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11263Qui veut payer pour regarder TF1 ?

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  • morin80s
    1 août
      Par Jérôme Lefilliâtre — 30 juillet 2017


      Le groupe audiovisuel de Bouygues a retiré ses programmes du replay des abonnés SFR. Le nouvel acte d’un bras de fer engagé pour renégocier son modèle de rémunération.


      Mauvaise surprise pour les abonnés SFR qui avaient prévu ce week-end de «binge-watcher» les premiers épisodes de Demain nous appartient, la nouvelle saga romantico-policière et ensoleillée de TF1. Samedi, à l’échéance de l’accord de distribution en cours entre les deux parties, le groupe audiovisuel de Bouygues a fait savoir que son service de télévision de rattrapage, MyTF1, n’était plus disponible sur les box de SFR.

      L’entreprise a également demandé à l’opérateur de Patrick Drahi (propriétaire de Libération) de cesser de diffuser les chaînes qu’il édite, à savoir TF1, TMC, NT1, HD1 et LCI. Sans effet pour le moment : cette décision technique revient à SFR, qui continue de proposer ces antennes à ses clients. «Constatant que Numericable-SFR poursuit l’exploitation commerciale de ses chaînes sans contrat, le groupe TF1 entend utiliser tous les moyens juridiques à sa disposition pour faire valoir ses droits», menace TF1, visiblement décidé à montrer les muscles.

      «Start over».
      Que se passe-t-il ? Cela fait plusieurs mois que le spectre d’une telle extinction des services de TF1 pour les box des distributeurs (Orange, SFR, Free, Canal +) plane sur le paysage audiovisuel. Depuis l’arrivée d’un nouveau patron à TF1, il y a un an et demi, en l’occurrence Gilles Pélisson, le groupe a décidé de revoir de fond en comble ses accords de distribution. Et de faire payer la diffusion de ses chaînes gratuites, alors que ce modèle de rémunération ne vaut historiquement que pour les antennes payantes.

      D’après plusieurs sources concordantes, TF1 espère tirer 100 millions d’euros annuels de cette renégociation avec tous les opérateurs confondus, à l’occasion de laquelle il promet la fourniture aux distributeurs de nouveaux services, comme le start over, permettant au téléspectateur de reprendre au début un programme en cours de diffusion.

      Pour une boîte faisant 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, la somme est conséquente. Elle lui faciliterait grandement la réalisation de son objectif de relèvement de la marge opérationnelle, qui doit progresser pour se stabiliser au-delà des 10 % d’ici à 2019.

      «Prise d’otage».
      Evidemment, les distributeurs à qui TF1 a présenté cette idée dès le printemps 2016 ne sont pas d’accord pour passer à la caisse… Leur argument est que les chaînes gratuites, en accès libre sur la TNT, n’ont, par définition, pas vocation à être payées. «Nous prenons déjà en charge tous les coûts de distribution, sans aucune rémunération sur la publicité», souligne l’un d’entre eux.

      Les distributeurs expliquent par ailleurs qu’ils rémunèrent déjà le groupe TF1 pour des services supplémentaires, comme le replay - à hauteur d’environ 5 millions d’euros par an dans le cas d’Orange, par exemple. En conséquence, les négociations patinent entre les deux camps. SFR, qui parle d’une «inique tentative de prise d’otage de ses clients» et évoque le lancement d’une action judiciaire, a saisi le Conseil supérieur de l’audiovisuel il y a quelques mois au sujet de ce contentieux.

      C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier le tour de force de TF1 à l’égard de SFR. Il a tout du coup de pression destiné à faire revenir l’opérateur à la table des négociations et à prévenir les autres distributeurs de la détermination de la filiale de Bouygues sur le sujet. Dans un mois, le contrat en cours entre Orange et TF1 arrivera à échéance. Les abonnés de l’opérateur historique, qui a engagé sur ce dossier une action devant le tribunal de commerce contre le groupe audiovisuel, pourraient connaître le même sort que ceux de SFR. Viendront peut-être ensuite le tour de ceux de Free et de Canal +. Pour Bouygues Telecom, le cas est différent car l’entreprise a le même actionnaire que TF1.

      Rivalité.
      «Je ne sais pas comment les annonceurs publicitaires vont réagir s’ils s’amusent à tout couper, s’étonne-t-on chez un distributeur. Quand on voit l’importance du parc de box en France… Et puis beaucoup d’entre elles sont équipées d’un tuner TNT qui permet quand même d’avoir accès aux chaînes gratuites.»

      Dans un message adressé aux salariés du groupe TF1, Gilles Pélisson a expliqué sa fermeté : «Nos contenus ont une valeur. Chaque année, nous investissons près d’1 milliard d’euros au service des téléspectateurs et de l’écosystème audiovisuel […]. Ces programmes créent de la richesse pour Numericable-SFR, en étant générateurs d’abonnements.»

      Et de constater que l’opérateur de Patrick Drahi, engagé dans une stratégie de diversification dans les programmes, «utilise désormais ces revenus pour nous concurrencer. Il investit des sommes considérables dans les contenus et les achats de droits, notamment sportifs». Ce nouvel état de rivalité entre SFR et TF1 explique aussi la décision du groupe audiovisuel.

      Jérôme Lefilliâtre

      http://www.liberation.fr/france/2017/07/30/qui-veut-payer-pour-regarder-tf1_1587205
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