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4693la vie érotique

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  • cyvard mariette
    31 juil.
      La Fontaine Contes tome premier
      Préface de l’auteur
      Sur le premier Tome de ces Contes.
      J’avais résolu de ne consentir à l’impression de ces Contes, qu’après
      que j’y pourrais joindre ceux de Boccace, qui sont le plus à mon gout ;
      mais quelques personnes m’ont conseillé de donner dès à présent ce qui
      me reste de ces bagatelles ; afin de ne pas laisser refroidir la
      curiosité de les voir, qui est encore en son premier feu. Je me suis
      rendu à cet avis sans beaucoup de peine et j’ai cru pouvoir profiter de
      l’occasion. Non seulement cela m’est permis, mais ce serait vanité à moi
      de mépriser un tel avantage. Il me suffit de ne pas vouloir qu’on impose
      en ma faveur à qui que ce soit, et de suivre un chemin contraire à celui
      de certaines gens, qui ne s’acquièrent des amis que pour s’acquérir des
      suffrages par leur moyen ; créatures de la Cabale, bien différent de cet
      Espagnol qui se piquait d’être fils de ses propres œuvres.
      Quoique j’aie autant de besoin de ces artifices que pas un autre, je ne
      saurais me résoudre à les employer : seulement, je m’accommoderai, s’il
      m’est possible, au gout de mon siècle, instruit que je suis par ma
      propre expérience, qu’il n’y a rien de plus nécessaire. En effet on ne
      peut pas dire que toutes saisons soient favorables pour toutes sortes de
      livres. Nous avons vu les Rondeaux, les Métamorphoses, les Bouts-rimés,
      régner tour à tour. Maintenant ces galanteries sont hors de mode, et
      personne ne s’en soucie : tant il est certain que ce qui plait en un
      temps peut ne pas plaire en un autre ! Il n’appartient qu’aux ouvrages
      vraiment solides, et d’une souveraine beauté, d’être bien reçus de tous
      les esprits, et dans tous les siècles, sans avoir d’autre passeport que
      le seul mérite dont ils sont pleins. Comme les miens sont fort éloignés
      d’un si haut degré de perfection, la prudence veut que je les garde en
      mon cabinet, à moins que de bien prendre mon temps pour les en tirer.
      C’est ce que j’ai fait, ou que j’ai cru faire dans cette édition, où je
      n’ai ajouté de nouveaux Contes, que parce qu’il m’a semblé qu’on était
      en train d’y prendre plaisir.

      Il y en a que j’ai étendus, et d’autres que j’ai accourcis ; seulement
      pour me diversifier et me rendre moins ennuyeux. Mais je m’amuse à des
      choses auxquelles on ne prendra peut-être pas garde, tandis que j’ai
      lieu d’appréhender des objections bien plus importantes. On m’en peut
      faire deux principales : l’une que ce livre est licencieux, l’autre
      qu’il n’épargne pas assez le beau sexe. Quant à la première, je dis
      hardiment que la nature du Conte le voulait ainsi, étant une loi
      indispensable, félon Horace, ou plutôt félon la raison et le sens
      commun, de se conformer aux choses dont on écrit. Or qu’il ne m’ait été
      permis d’écrire de celles-ci, comme tant d’autres l’ont fait, et avec
      succès, je ne crois pas qu’on le mette en doute : et l’on ne me saurait
      condamner, que l’on ne condamne aussi l’Arioste devant moi, et les
      Anciens devant l’Arioste. On me dira que j’eusse mieux fait de supprimer
      quelques circonstances, ou tout au moins de les déguiser.

      Il n’y avait rien de plus facile ; mais cela aurait affaibli le Conte,
      et lui aurait ôté de sa grâce. Tant de circonspection n’est nécessaire
      que dans les ouvrages qui promettent beaucoup de retenue dès l’abord, ou
      par leur sujet, ou par la manière dont on les traite. Je confesse qu’il
      faut garder en cela des bornes, et que les plus étroites font les
      meilleures : aussi faut-il m’avouer que trop de scrupule gâterait tout.
      Qui voudrait réduire Boccace à la même pudeur que Virgile, ne ferait
      assurément rien qui vaille, et pècherait contre les lois de la
      bienséance, en prenant à tâche de les observer. Car, afin que l’on ne
      s’y trompe pas, [8] en matière de vers et de prose, l’extrême pudeur et
      la bienséance sont deux choses bien différentes. Cicéron fait consister
      la dernière à dire ce qu’il est à propos qu’on dise, eu égard au lieu,
      au temps, et aux personnes qu’on entretient. Ce principe une fois posé,
      ce n’est pas une faute de jugement que d’entretenir les gens
      d’aujourd’hui de Contes un peu libres. Je ne pèche pas non plus en cela
      contre la morale. S’il y a quelque chose dans nos Écrits qui puisse
      faire impression sur les âmes, ce n’est nullement la gaieté de ces
      Contes ; elle passe légèrement ; je craindrais plutôt une douce
      mélancolie, où les Romans les plus chastes ou les plus modestes sont
      très capables de nous plonger, et qui est une grande préparation pour
      l’amour. Quant à la féconde objection, par laquelle on me reproche que
      ce livre fait tort aux femmes ; on aurait raison, si je parlais
      sérieusement : mais qui ne voit que ceci est jeu, et par conséquent ne
      peut porter coup ? Il ne faut pas avoir peur que les mariages en soient
      à l’avenir moins fréquents, et les maris plus fort sur leurs gardes. On
      me peut encore objecter que ces Contes ne sont pas fondés, ou qu’ils ont
      partout un fondement aisé à détruire ; enfin qu’il y a des absurdités,
      et pas la moindre teinture de vraisemblance. Je réponds en peu de mots
      que j’ai mes garants : et puis ce n’est ni le vrai, ni le vraisemblable,
      qui font la beauté et la grâce de ces choses-ci ; c’est seulement la
      manière de les conter. Voilà les principaux points sur quoi j’ai cru
      être obligé de me défendre. J’abandonne le reste aux censeurs ; aussi
      bien serait-ce une entreprise infinie que de prétendre répondre à tout
      jamais la critique ne demeure court, ni ne manque de sujets de s’exercer
      : quand ceux que je puis prévoir lui seraient ôtés, elle en aurait
      bientôt trouvé d’autres.


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