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6737Chine-Pacifique - "L'Australie et la Nouvelle-Zélan de sous influence chinoise"

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  • Pierre-Yves Lambert
    28 sept.
      "Pékin a mis en place une stratégie multiforme qui passe notamment par l’élection de politiciens d’origine chinoise prêts à se servir de leur mandat pour défendre les positions de leur mère patrie"


      L'Australie et la Nouvelle-Zélande sous influence chinoise

      Des révélations récentes montrent comment la Chine cherche à influencer la politique de ces deux Etats. Notamment par la cooptation d’anciens élus et des cadeaux financiers aux partis politiques

      Julie Zaugg, Hongkong
      Publié jeudi 28 septembre 2017 à 17:06, modifié jeudi 28 septembre 2017 à 19:07.

      L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont en émoi. Plusieurs révélations récentes ont démontré les efforts mis en œuvre par Pékin pour influencer la politique et coopter les élites de ces deux pays. «Ce genre d’activités existe depuis des décennies, mais l’accession au pouvoir de Xi Jinping en 2013 leur a donné un coup d’accélérateur, explique Anne-Marie Brady, chercheuse à l’Université néo-zélandaise de Canterbury, qui vient de publier un rapport sur ce sujet. L’objectif ultime est d’obtenir que ces Etats adoptent des politiques conformes aux intérêts de la Chine à l’étranger.»

      La Nouvelle-Zélande, maillon faible

      L’Australie importe à la Chine car il s’agit de l’un de ses principaux fournisseurs de minerai de fer et de charbon. La Nouvelle-Zélande, de son côté, compte parmi les sept Etats qui ont des prétentions sur l’Antarctique, une zone que Pékin rêve d’investir, et elle est une source importante de terres arables et de produits laitiers. «Ce pays est aussi perçu comme le ventre mou de l’alliance des «cinq yeux» qui rassemble les services secrets américains, canadiens, britanniques, australiens et néo-zélandais, précise Anne-Marie Brady. La Chine espère sans doute en profiter pour accéder à certaines données sensibles.»

      Pour ce faire, Pékin a mis en place une stratégie multiforme qui passe notamment par l’élection de politiciens d’origine chinoise prêts à se servir de leur mandat pour défendre les positions de leur mère patrie, à l’image de Yang Jian, qui a accédé au parlement néo-zélandais en 2011. De 2014 à 2016, l’homme a fait partie d’une commission spéciale pour les affaires étrangères, le commerce et la défense, ce qui lui a donné accès à des documents confidentiels et lui a permis de participer à plusieurs négociations de haut niveau avec des officiels chinois. Avant d’émigrer en Océanie, il a passé quinze ans à étudier et à enseigner dans deux académies destinées aux services secrets et à l’armée chinoise.

      Des accointances douteuses

      La Chine cherche aussi à étendre son influence à travers des donations. Ces dix dernières années, deux magnats de l’immobilier proches du Parti communiste, Huang Xiangmo et Chau Chak Wing, ont donné 6,7 millions de dollars australiens (5,1 millions de francs) aux trois plus grands partis australiens. L’an dernier, le premier a annulé un don de 400 000 dollars au Parti travailliste, après que ce dernier a critiqué les prétentions territoriales de Pékin en mer de Chine méridionale. Le lendemain, le sénateur travailliste Sam Dastyari organisait une conférence de presse pour défendre la position de la Chine dans cette affaire. Il a dû démissionner depuis, en raison d’un cadeau reçu de la part d’une organisation proche de Pékin.

      Anne-Marie Brady a également relevé de nombreuses donations aux partis néo-zélandais. Entre 2011 et 2017, un proche de Pékin, Shi Deyi, le patron de la société d’investissement Shanghai Jiacheng Investment Management et de la firme de produits laitiers Oravida, a par exemple donné 186 500 dollars au Parti national, qui est au pouvoir depuis 2008.

      Troisième pôle de l’offensive chinoise: la cooptation d’anciens politiciens. «Ces gens se font proposer un poste important dans une entreprise chinoise, détaille Anne-Marie Brady. La Chine espère ainsi profiter de leur accès privilégié au pouvoir.»

      En Nouvelle-Zélande, l’ex-chef du Parti national Don Brash a été nommé à la présidence de l’antenne locale de l’Industrial and Commercial Bank of China et les ex-parlementaires Ruth Richardson et Chris Tremain ont accédé au conseil d’administration de la filiale néo-zélandaise de Bank of China. En Australie, l’ex-ministre du Commerce Andrew Robb est devenu consultant du Landbridge Group, une firme appartenant au milliardaire chinois Ye Cheng qui a obtenu un bail de 99 ans sur le port de Darwin.