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46265Les oulémas unis face à l’extrémisme

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  • amine bouchenaki
    2 nov.
      Les oulémas unis face à l’extrémisme
      63 pays musulmans ont participé à la Conférence internationale 
      sur la fatwa, tenue au Caire du 17 au 19 octobre, sous le slogan 
      « Rôle des fatwas dans la stabilité des sociétés ». 
      Objectif : s’attaquer à l’expansion des avis religieux extrémistes 
      et sceller l’esprit de tolérance et de modération. 

      Nada Al-Hagrassi25-10-2017












      Contrer la pensée extrémiste, réglementer l’émission des fatwas 
      et rappeler que l’islam n’est pas lié au terrorisme, tels étaient les objectifs 
      de la conférence tenue cette semaine, au Caire, sous l’égide de Dar Al-Iftaa. 
      Le grand imam d’Al-Azhar, cheikh Ahmad Al-Tayeb, le mufti de la République, Chawqi Allam, et le secrétaire général de l’Association du monde islamique, Mohamad Abdel-Karim, ont assisté à la séance inaugurale de la Conférence mondiale de la fatwa (avis religieux). 
      « Le terrorisme vise à se proliférer en liant à tort l’islam à la violence. 
      Il faut se méfier de ce complot visant à duper les jeunes générations 
      par de fausses idées qui n’ont aucun rapport avec les principes de l’islam, 
      une religion qui appelle à la tolérance et l’acceptation de l’autre », 
      a mis en garde le grand imam. 
      Pour sa part, le mufti de l’Egypte a appelé à coordonner les efforts 
      des pays musulmans pour s’attaquer aux dérives des fatwas. 
      « Le monde suivait de près les recommandations de cette conférence 
      traitant l’une des questions les plus influentes. Le danger des fatwas 
      appelant à la haine et à la violence menace la paix mondiale », 
      a dit Chawqi Allam.
      Trois axes principaux
      Les travaux de la conférence ont focalisé sur trois principaux axes : 
      le rôle des fatwas dans la stabilité des sociétés, leur rôle dans la lutte 
      contre la violence ainsi que le rôle de la fatwa en tant qu’outil de développement et de prospérité. 
      Des thèmes cruciaux, alors que la pagaille des fatwas dans les pays musulmans représente un vrai danger et que le terrorisme frappe un peu partout 
      dans le monde.
      Concernant la première question, le mufti a passé en revue des mesures 
      prises en Egypte pour mettre terme à la pagaille des fatwas. 
      Dar Al-Iftaa en Egypte a déjà pris plusieurs dispositifs, entre autres 
      l’élaboration d’un projet de loi qui détermine les instances 
      chargées exclusivement d’émettre des fatwas. Il interdit à toute personne 
      non autorisée d’émettre des fatwas et sanctionne les contrevenants 
      par des peines de prison et des amendes. 
      Cheikh Ibrahim Negm, conseiller du mufti d’Egypte, explique que ce genre 
      de mesures vise à barrer la route à tous ceux qui instrumentalisent 
      les fatwas pour véhiculer des messages de haine et de violence. 
      « Cette pagaille de fatwas menace la stabilité et la sécurité du monde entier. D’autant plus qu’elle nuit à l’image de l’islam et donne raison à l’islamophobie 
      de s’accroître. On n’hésitera pas de fermer les chaînes satellites diffusant 
      des fatwas extrémistes ou dénuées de fondement », prévient Negm. 
      Il ajoute que Dar Al-Iftaa accorde un intérêt particulier à la réforme du 
      discours religieux pour aller de pair avec les nouvelles données de l’époque 
      et pour contrarier l’extrémisme. Ainsi, il a été publié un magazine 
      en langue anglaise intitulé Al-Amana qui traite les fatwas erronées 
      et les dément par des textes religieux incontestables. 
      De même, lors de la conférence, il a été décidé d’en créer une version française. En outre, une première encyclopédie sur la pensée « takfiriste » 
      a été publiée en langue anglaise. Elle répond aux faux avis religieux 
      rejetant l’Autre et justifiant son assassinat.
      La conférence a aussi évoqué la problématique des minorités 
      musulmanes marginalisées, voire persécutées. Ce qui les rend des cibles 
      plus faciles pour les extrémistes. 
      A cet égard, il a été recommandé de dépêcher régulièrement des oulémas 
      d’Al-Azhar et d’autres institutions religieuses modérées du monde musulman 
      à ces pays. Objectifs : corriger les fausses interprétations des textes religieux 
      et aussi étudier les problèmes de ces minorités et leur fournir 
      les soutiens nécessaires.
      Combat sur la toile
      Le rôle d’Internet dans la diffusion des avis religieux extrémistes ou erronés 
      a été aussi l’un des axes importants discutés lors de la conférence. 
      Sur ce sujet, les participants ont cité l’exemple d’un site baptisé 
      « cheikh Google », largement suivi par les internautes et 
      qui diffuse quotidiennement des milliers de fatwas erronées. 
      Un phénomène inquiétant pour les instances religieuses musulmanes, 
      surtout que les auteurs des fatwas émises sur le site ne sont pas 
      des spécialistes, et leurs orientations sont douteuses.
      Il s’agit là d’une question importante puisque, selon les statistiques des 
      Nations-Unies, 85 % des jeunes ont recours à Internet pour chercher 
      des fatwas religieuses. Et que les sites les plus visités sont ceux 
      des mouvements extrémistes. 
      Mohamad Al-Machari, président du Conseil musulman européen, tire la sonnette d’alarme : il affirme que Daech gère environ 90 000 sites électroniques 
      diffusés dans une dizaine de langues. « C’est effrayant de savoir qu’à travers 
      ces sites, le groupe a réussi à recruter 12 000 djihadistes, de jeunes hommes 
      et de jeunes filles, dont des musulmans résidant à l’étranger. 
      Des réalités qui impliquent aux autorités religieuses à travers 
      le monde musulman d’oeuvrer à contrarier ce genre de fatwas appelant 
      à la violence et à la mort sous le nom de l’islam », souligne Al-Machari.
      Pour sa part, Mohamad Mahmoud Habib, membre de l’équipe électronique 
      à Dar Al-Iftaa, indique que 17 sites ont été créés. 
      « Via ces sites, les spécialistes en matière de fiqh (la jurisprudence islamique) 
      et d’interprétation du Coran présentent aux visiteurs les fatwas correctes 
      et modérées. Parallèlement, on se penche à recenser les fatwas erronées 
      ou fanatiques publiées sur Internet pour les contrer », explique Habib.
      Les recommandations faites à la fin de la conférence ont mis en relief 
      la nécessité d’élaborer une charte de déontologie pour les pays 
      musulmans interdisant aux médias la diffusion des fatwas 
      par des non-spécialistes. Il a été aussi recommandé de parvenir 
      à un cadre juridique commun qui réglemente les instances chargées 
      d’émettre les fatwas. Il a été aussi décidé de créer un centre 
      pour la formation des spécialistes chargés d’émettre des fatwas.