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Homélie de Noël de l'abbé Malherbe

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  • SMITS Gilbert
    Voici l homélie de Noël de l abbé Malherbe, curé de la Communauté paroissiale St Jean-Baptiste/St Loup à Namur : Donner naissance - mettre au monde -
    Message 1 de 1 , 1 janv. 2007
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      Voici l'homélie de Noël de l'abbé Malherbe, curé de la Communauté paroissiale St Jean-Baptiste/St Loup à Namur :

      Donner naissance - mettre au monde - accoucher - faire des projets - attendre - espérer - désirer.

      Et d'un autre côté : condamner à mort - avorter - jouer avec la mort - condamner à mort - torturer - massacrer...

      Dans un monde où l'on donne la mort comme la vie, où l'on prolonge la mort comme la vie ;

      QU'EST-CE QUE NAÎTRE AUJOURD'HUI ?

      DE QUELLE ESPÉRANCE POUVONS-NOUS PARLER ?

      Pourtant, voici, comme chaque année, à Noël, un cri : celui d'un nouveau-né, un cri au milieu de la nuit du monde :

      JÉSUS : la VIE est né. Paix aux hommes et aux femmes de bonne volonté !

      Toute naissance évoque l'émotion de voir sortir : la fleur sort de terre - l'oiseau sort de l'oeuf - l'enfant de sa mère. L'espérance est émergence, elle exorcise le gris de nos vies ; NEWMAN disait : "L'espérance nous invite à voir le soleil derrière les nuages."

      Toute naissance est aussi NUDITÉ : le nouveau-né apparaît nu.

      Comme tout enfant, Jésus se présente nu et cette nudité dévoile aussi, en filigrane, la faiblesse et la souffrance.

      St Paul, un jour, parlera de la souffrance de Jésus ; il dira qu'il s'est vidé, anéanti, qu'il a été humilié.

      Jésus, le passionné de la vie, s'est usé à vivre et à donner.

      Il a connu toutes sortes d'incompréhensions, de déceptions avec ses proches, des coups durs avec ses adversaires, la solitude dans les derniers moments de sa vie.

      Il a connu le VIDE et le sentiment D'ABANDON.

      C'est là où l'espérance risque de basculer et de virer au désespoir. L'espérance de Jésus fut courageuse, elle connut l'épreuve.

      Elle ne fut pas "insouciance", "inconscience" ; elle ne fut pas la soi-disant vertu des gens aisés qui ont tout eu durant leur vie et qui espèrent encore avoir tout après leur mort. Au-delà de la facilité et du simplisme de ceux qui disent :"ça va s'arranger", il y a l'espérance.

      Au-delà de l'amertume des désabusés, de l'agressivité des écorchés, il y a l'espérance.

      Au-delà du scepticisme des gens fatigués, il y a l'espérance.

      Car, il n' y a pas de vrai Noël, en dehors de nos réalités de vie, de chair, de souffrances, de joie et d'espoir, de lutte, pour que, en quelque portion de notre planète, l'amour triomphe peu ou prou, de la haine, de la violence et de l'injustice.

      N'oublions pas le réalisme de la Bonne nouvelle ; à la relire et la méditer, nous comprendrons vite que selon la parole de KIERKEGAARD : "Dieu ne parle qu'au présent et ce présent nous touche au plus intime de nous-mêmes ; pas pour nous faire basculer dans le rêve mais pour nous donner du courage et l'audace d'entonner avec d'autres le chant du monde, le chant de la vie".

      Le chant d'une espérance, incarnée dans les réalités de la vie. Puisqu'un Dieu tient le pari : se faire l'un de nous pour nous faire accéder, tous et toutes, à la plénitude de l'humanité.

      La foi du chrétien est notamment de croire que c'est avec un enfant que le monde naît et recommence ; un enfant, au sens étymologique du mot est un être "qui n'a pas la parole" (INFANS), il ne peut, donc, donner aucun ordre ; et dès le départ il est opposé à l'empereur qui lui, ordonne, par ses édits et lois.

      Pour mettre le monde en ordre : qu'il croit le sien, l'empereur COMPTE les humains, ses sujets et il les met en nombre comme pour la guerre ; derrière ce calcul, il y a la volonté de puissance.

      L'enfant-Jésus, va bouleverser cette logique de puissance et instaurer un autre ordre, une autre logique, la PAIX.

      Au lieu de DÉNOMBRER, il RASSEMBLE.

      Son projet n'est pas "ordre et nombre" mais "AMOUR et PAIX."

      Ce que Luc propose à notre foi, en relatant la naissance de Jésus, c'est qu'en lui, le Dieu qu'il va annoncer et servir, ne s'installe nulle part, ni dans le Temple ni dans les églises, ni dans le faste des cérémonies religieuses mais en plein monde profane, là où des gens peinent et travaillent, là où des gens s'aiment.

      Une humanité nouvelle s'éveille, là où Dieu est mis au monde, au coeur même d'un amour humain, celui de Marie et de Joseph.

      Un amour bien réel, affronté à des difficultés, dans un monde où les puissants donnent des ordres pour recenser leurs sujets afin de les mettre au pas et de les utiliser comme des objets, et des esclaves.

      Jésus ! Peut-être reste-t-il encore pour nous comme l'inconnu !

      Jésus, vous savez, celui qui racontait un "Royaume", promis à tous et toutes ; celui qui invitait à devenir un enfant, celui qui est mort alors qu'il pratiquait la non-violence et le partage.

      Jésus, cet être qui arrivait de l'avenir.

      Et nous avons eu peur de regarder Jésus en face ; nous nous sommes cachés derrière les cantiques et l'encens ; nous sommes restés à distance ; pendant des siècles nous avons proclamé l'Évangile en latin, peur de nous avancer trop dans ces pages qui brûlent et dérangent, car enfin, Jésus c'est celui qui est né dans une étable, qui fut persécuté par les prêtres de la vraie religion, cloué comme un esclave révolté, celui qui a dit : "les premiers seront les derniers, les publicains et les prostituées vous précéderont... " Lui, bon pour tous, miséricordieux, qui ne fut brutal qu'avec une seule race d'hommes : les riches hypocrites ; lui qui chassa du Temple les marchands, qui ne glorifia jamais l'argent, ni la famille, ni la patrie. Jésus, qui n'a pas institué l'Eucharistie pour être exposée ou promenée triomphalement mais pour être mangée comme le pain de la terre, non pas sous les regards de spectateurs mais à une table d'amis.

      Il n' y a rien à voir qu'en dedans et en mystère. Le spectacle, les chapes, les ors, les encensoirs, voilent le sens profond de la vie de Jésus plus qu'ils ne la manifestent.

      Sous les traits du Galiléen, dans sa démarche, ses yeux, ses mains, ses lèvres, c'était Dieu qui surgissait et avec lui, un monde neuf, que, seuls, nous n'aurions jamais pu imaginer, ni rêver. Pas étonnant que cela bouscule, il met vraiment tout à l'envers : les riches et les pauvres, ceux qui rient, ceux qui pleurent, les puissants et les doux, les repus et les affamés, ceux qui dominent et exploitent et les autres : les artisans de paix, les passionnés de justice.

      Cette nuit-là, il y a un peu plus que 2000 ans, César est dans ses palais de Rome. Dieu en Jésus est dans l'étable, ouverte à tous vents.

      César ne sait pas encore qu'il ne règne déjà plus que sur le vide. Un nouveau-né emmailloté, déjà ficelé de langes, comme il sera, un jour, un mort enroulé dans un linceul, déjà couché dans une crèche comme il sera un jour allongé dans son tombeau, un nouveau-né, ce qu'il y a de plus fragile et de plus inutile au monde, un enfant, cette nuit, vient déjà faire rouler la pierre de nos tombeaux.

      Le cri de ce nouveau-né, c'est celui d'une humanité nouvelle en train de naître.

      C'est déjà le cri d'une RÉSURRECTION.
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