Chargement ...
Désolé, une erreur est survenue lors du chargement du contenu.

Poèmes, contes, histoires sur le thème de l'amour, philosophiques-politiques…

Agrandir la zone des messages
  • coeurromantique-owner@...
    (Pour me contacter, envoyer un poΦme, un conte, une nouvelle, merci de ne pas rΘpondre α ce message (trop de spams reτus α l adresse liΘe α cette
    Message 1 de 1 , 14 août 2013
      (Pour me contacter, envoyer un poème, un conte, une nouvelle, merci de ne pas répondre à ce message (trop de spams reçus à l'adresse liée à cette newsletter, donc je ne fais plus le tri depuis x temps), mais d'utiliser ce formulaire : http://coeurromantique.free.fr/envoi.html  )


      Bonjour-soir !

      Vous trouverez ci-après des contes, poèmes plus ou moins engagés, certains sur le thème de l'amour, de ma plume (reçu dernièrement aucun texte via le formulaire de contact).

      Mais avant, nouveau coup de projecteur sur les dernières créations de « Personne », qui, pour rappel, est une artiste qui écrit et interprète ses propres textes, fait de l'info-scénario et qui quasiment tous les jours partage une nouvelle œuvre sur son journal : http://www.lejournaldepersonne.com/category/journal/ 

      Elle a notamment fait quelques billets-vidéos philo-politiques, en lien avec 



      le temps, l'être et l'amour (certaines de ces vidéos sont dans les rubriques  Nietzsche et Platon)

      A mes yeux, toutes ses vidéos sont à voir, à méditer, donc je n'en vois pas une sur laquelle attirer particulièrement votre attention, mais il y a :

      La Cantate de Personne (court-moyen métrage) : http://www.lejournaldepersonne.com/2013/07/la-cantate-de-personne/ 


      Dans le registre émotionnel, que j'ai trouvé très fort.

      Sinon, deux de mes textes ont été dernièrement publiés sur son site : 


      * Le début (légèrement revu) et la suite du conte « étrange » Project Chaos : http://www.lejournaldepersonne.com/2013/08/project-chaos-pascal-lamachere/ 

      Et militant à mon petit niveau pour une alimentation végétarienne, qui est tout à fait viable contrairement à ce que certains pensent, apprennent, pourrait même être plus bénéfique pour la santé quand bien équilibré, j'avais scribouillé un dossier pour présenter la « chose » : http://www.lejournaldepersonne.com/2013/02/le-changement-par-lassiette-p-lamachere/ 

      Je vous invite aussi à voir la vidéo : 

      « Dossier VIANDE » Documentaire poignant sur la réalité sordide d'un aliment : http://www.youtube.com/watch?v=giU5bYS9YVg&list=FLDNul8ZMLY1Ve2acuLpgXjA&index=1 


      A voir une courte vidéo : Comment nourrir tout le monde ? : http://www.youtube.com/watch?v=8mqftfLVfSA&list=FLDNul8ZMLY1Ve2acuLpgXjA&index=59 

      Pour revenir à la poésie, je vous invite à lire : Luc-Olivier d'Algange : « Songeurs et chanteurs : la raison poétique chez Pierre Boutang » : http://www.lejournaldepersonne.com/2013/07/luc-olivier-dalgange-songeurs-et-chanteurs-la-raison-poetique-chez-pierre-boutang/ 

      Vous trouverez des lectures sur divers thèmes dans l'Editorial : http://www.lejournaldepersonne.com/category/editorial/ 

      Si les articles, vidéos, docs engagés vous intéressent, des liens sont de temps en temps ajoutés sur le prescripteur : http://www.lejournaldepersonne.com/personneapersonne.php 

      Bonne continuation et fin d'été,
      Pascal
      Pour me (re)joindre sur facebook : http://fr-fr.facebook.com/pascal.lamachere   
      Pour suivre ce que je partage sur twitter (vous pouvez le faire sans vous y inscrire) : http://www.twitter.com/France_Toulouse 
      Mes textes, articles publiés sur le journal de Personne : http://www.lejournaldepersonne.com/category/pascal/ 

      *   *   *   *   *
        *   *   *   *

      Sur les quais de l'Amour


      Sur les quais de l'Amour, les âmes grandissent,
      Un ticket en main, unique, vers l'absolu,
      L'horizon dégagé, des bonds qui esquissent
      Et une mallette à remplir d'instants mis aux nues.

      Au cours de route, désir consomme les chairs,
      Les esprits et cœurs refont ensemble le monde,
      Donnent des couleurs au train, embellissent l'air,
      Se nourrissent de ces trésors qui abondent
      Sur les quais de l'Amour.

      A deux, dépassent l'orage qui vagabonde,
      La volonté, la soif d'essentiel étendu.
      Et si un feu s'éteint, il reste dans un monde,
      Et si un ciel déraille, essence reste féconde
      Dans un cœur et les âmes auront bien vécues
      Sur les quais de l'Amour.

      © Pascal Lamachère

      *   *   *   *   *
        *   *   *   *

      Indignez-vous


      Indignez-vous, révoltez-vous, qu'importe les filets !
      Soyez-vous, n'ayez pas peur des ombres dans la forêt,
      Cherchez la voie dans vos entrailles tout au fond touchées,
      Car si du faux plombe la montagne, elle reste sacrée ;

      Quand les feux explosent aux portes de l'humanité,
      Quand des nôtres sèment la mort au nom de la coutume,
      Quand nous restons spectateurs, avec têtes ensablées,
      Quand la route des innocents, couverte de bitume,
      Indignez-vous ;

      Et si vous perdez espoir, un jour où les pieux tombent,
      Et si le courage s'évapore à peau de chagrin,
      Si malin vous a dénoncé sur l'autel de sa faim,
      Qu'il a usé votre secret et poussé vers tombe,
      Partagez, créez ; suggère une âme qui dit sans fin :
      Indignez-vous.

      © Pascal Lamachère

      *   *   *   *   *
        *   *   *   *

      La rose rouge du noir


      Une fin de journée d'hiver, un feu s'allonge sur la glace d'une rivière…
      Par quelques crépitements, il murmure au ciel sombre, pendant que tombe du sable blanc :

      « Qu'il est si dur d'aimer
      Quand on ne peut partager
      Le coeur du ciel tout entier,
      Garde enfoui du sacré. »

      L'air ne résonna pas, nulle réponse, si ce n'est… La glace qui se mit à trembler, jusqu'à se faire entendre.

      La glace : « Vous faites point de fusion,
      Êtes-vous en combustion ?
      Est-ce ainsi être amour ? »

      Le feu : « Il y en a de toutes les sortes,
      Mais toutes ont en commun de pouvoir 
      Faire couler larmes, de l'ombre au séjour.
      Quoique cela ne soit pas de sa porte,
      Pas toujours du fait, en soi, du miroir,
      Du sentiment pouvant valser mortes.
      Plus d'autres qui l'ouvrent et s'y mêlent,
      Font chauffer bouillon avec bouts d'ailes,
      Forment une bien étrange cohorte
      Qui s'en vont fort compresser la source,
      En tirer la substance des larmes. »

      La glace : « Qu'est-ce que c'est que larmes ? »

      Le feu : « Les larmes, un peu comme de la mousse,
      Des paroles de la lumière en soi,
      Qui viennent des profondeurs pour signal,
      Si je puis arriver à l'écouter.
      Elles parlent au cœur qui écoute la loi,
      Murmurent au monde incarné un mal,
      Soupirs désincarnés qui vont tomber
      En grimpant la montagne consacrée.
      Elles sont un peu comme un jardin secret
      Qui pousse derrière les pages noires. »

      La glace : « Alors, ça peut faire mal ? »

      Le feu : «  Mon amour, des larmes de sang a fait couler,
      M'a partagé entre la joie d'or et l'espoir,
      Entre un horizon sans orage et un dédale. »

      La glace : « Cependant, votre flamme est encore très forte.
      Etait-elle comme de la lave, ou la mousse 
      Ne l'a-t-elle pas apaisée… D'autres escortes ? 
      Pendant que nous parlons, je sens des secousses !
      Une alarme qui me dit que ma fin approche ! »

      Le feu : « Vous m'en voyez désolé.
      Je n'arrive à m'apaiser,
      Juste un peu, parfois, fantoche
      D'un volcan qui est volcan. »

      La glace : « Vous allez vous enfoncer ?!
      Nous risquons ainsi tout deux
      Passer sous larme du temps. »

      Le feu : « Qu'ainsi réalisée,
      Passion aura senti cieux,
      Car sans, je ne suis rien,
      Juste un trait perdu au loin. »

      Une soirée d'hiver, des murmures se perdirent entre les abîmes et les cimes.

      Au petit matin, un promeneur trouva une stalagmite écarlate en forme de rose au milieu de la rivière.

      © Pascal Lamachère

      *   *   *   *   *
        *   *   *   *

      histoire d'amour


      Triste sort fiévreux, des amours vécus,
      Des amours dans un nuage ou déchus,
      Consumés avant de s'être éclairés,
      Consommés sans avoir su consumer
      Sur la table de l'esprit, dans la coupe :
      Raisins, pommes de toutes les sortes,
      Oranges et la framboise blanche.
      Et sinistre la renverse de chaloupe
      Dévorée par l'abime et son escorte,
      Dans les eaux imaginaires de l'étanche.

      Bénis par Vénus, sont les amoureux
      Qui au bon moment ont pu se trouver,
      Qui ont dépassé l'épreuve du feu,
      Aidés par le temps et la volonté,
      Dissous vanité avec l'effet mer,
      Atteint chacun le point d'ataraxie,
      Sans perdre l'ardeur d'un partage aimé,
      Telle culture qui respecte terre,
      Etoiles contemplées dans ciel de vie,
      Essence d'un chemin de liberté.

      © Pascal Lamachère

      *   *   *   *   *
        *   *   *   *

      Contes à l'Insoumise


      « Décapiter ? Gloups… »

      Un soldat se tourna vers le puits sans fond donnant sur un ténu filet de lumière.

      « Vous avez entendu ? ô capitaine, mon capitaine, que pouvons-nous faire ? »

      Point de réponse. Le soldat paniqua quelque peu.

      « Euh… ô gardienne du château des muses, fée du cercle des mots dits, enchanteresse du balcon des étoiles,

      A l'heure où la hache tournoie, où le tranchant pointe le bout du trait, telle la lune dans la nuit qui provoque les marées,

      Laisse-moi te conter l'histoire de la pierre voyageuse, qui s'élance vers le bout du bout du monde, et tombe sur une ange, du moins sa malle !

      Alors, alors… Il était une fois une pierre voyageuse qui s'élança vers le bout du bout du monde, mais tomba sur une malle portée ! Et voilà ! Tadam !

      Euh… Non, attendez, pas la décapitation … Euh, ô capitaine, mon capitaine ?! »

      Toujours pas de réponse, si ce n'est… Cette fois, le filet de lumière s'évapora, laissant place à une étrange brume phosphorescente qui remonta, remonta, sortit du puits et assombrit le paysage tout en lui donnant une touche de coucher de soleil tamisé.

      La voix du soldat se fit entendre tel un écho, un peu plus modulée :

      « Ô ! fleur de feu,

      Il était une fois, dans un volcan sous-marin, l'ombre de créatures oubliées depuis la nuit des temps.

      La lumière de leur être se cachait dans l'abysse des abysses.

      Toutes s'en portaient bien ainsi, pouvant danser, nager, sans être inquiétées par les créatures d'en haut.

      Un jour de plein été, à l'heure où les nuages grondent, où l'air est mitraillé des éclats de l'airain céleste, une gigantesque pierre issue de la nuit des temps sombra, s'engouffra en direction du volcan. Des poissons et des mammifères marins ne purent rien faire à son passage, d'autres eurent le temps de quitter le point d'impact.

      Il était une fois, un volcan sous-marin à la crête ouverte.

      La pierre fut arrêtée, ne fit pas de dégâts parmi les créatures du volcan sous-marin, leur château encore intact. Mais bientôt l'eau salée et l'eau de feu se rencontrèrent, suivit une réaction en chaîne, et les ombres devinrent vivantes, et les vivantes furent mises en danger par le chaos ambiant.

      Des requins préhistoriques, nés dans la nuit de l'océan, sortirent à ce moment vers ce jour de flamme.

      Il était une fois un jour de flamme dans une nuit de lumière.

      Sans l'envoyée des anges du ciel, une sirène, cette histoire se serait arrêtée là, dans une fin sinistre pour les créatures sans défense face aux éléments déchaînés.

      Il était une fois une envoyée des anges du ciel, une sirène munit du sceptre des 5 éléments.

      Après avoir agité son sceptre, la sirène poussa un cri défiant tout bruit et tout silence. Une étrange lumière jaillit de sa bouche jusqu'à l'abysse des abysses, éloignant les requins, enrobant d'un voile protecteur chaque être des créatures oubliées afin qu'elles puissent regagner leur profondeur sans être plus blessées, séparant l'eau de feu et l'eau salée, dissolvant la pierre issue de la nuit des temps, y forgeant un nouveau dôme pour le volcan sous-marin. Aussitôt fait, l'envoyée regagna son poste de vigile de la Loi du Ciel.

      Il était une fois plusieurs mondes sauvés. »

      Ces derniers mots exprimés, la brume s'évapora, laissant un soldat perplexe, mais pas trop mécontent.

      « Alors ?! A vous de décider du sort qui sera réservé ! »

      Et c'est ainsi qu'un couperet tomba, à côté, jusqu'à une prochaine fois ?!

      *

      Une belle nuit d'été, rien ne sortit de la bouche du capitaine. Le soldat paniqua quelque peu lorsqu'il vit l'instant fatidique approcher et la grande Shahryare s'impatienter. Il marcha à pas rapides sur les remparts, posant tour à tour ses yeux sur l'horizon obscur de l'océan silencieux et celui de vagues remuantes, et sur le couperet dans la cours.

      Soudain, alors que ses paupières se faisaient lourdes, il eut une idée ! Il courut jusque dans une chambrée, sortit un parchemin et alla voir la gente dame au tranchant ferme.

      Si vous me le permettez, ô insatiable Shahryare, insoumise parmi les insoumises, je ressors un texte de circonstance pour cette fin de nuit :

      « Avant d'aller dormir ou mourir

      Avant d'aller dormir ou mourir,
      Rejoindre la lumière du dehors
      Par les ombres du dedans,
      J'aurais voulu vous dire,
      J'aurais voulu conter stellaire flore,
      J'aurais voulu dans l'élan,
      Au creux des mots tamisés,
      Les légendes d'aujourd'hui vous dévoiler…

      Avant d'aller dormir ou mourir,
      J'aurais voulu aller au bout de mes aventures
      Mais la plume d'esprit a « tiqué »,
      Les héros se sont mis à frémir,
      Se sont faits à contre paupière le mur
      Et mon cœur s'est mis à courser
      Le sable du marchand en vue d'offrir
      Une fin des temps aux faux mobiles…

      Avant d'aller dormir ou mourir,
      Rejoindre la pénombre qui oscille,
      J'aurais voulu pouvoir la dire,
      La beauté de vie en mots à partager,
      La beauté de la farandole des parchemins liés,
      Ceux qui ont été
      A nos rivages semés…

      Avant d'aller dormir ou mourir,
      J'aurais voulu pouvoir composer,
      En une courte envolée, en quelques vers,
      L'histoire des montagnes saisir
      Des abîmes, des cieux grisés,
      Parler des maux de la terre,
      Mais une muse a voulu savourer
      Et sur la page ces lignes a « saigné »…

      Pour l'indicible, repos n'est pas une trêve,
      L'éveil en est la sève,
      Les volets clos en sont la grève,
      Alors je vous souhaite doux rêves…

      Et maintenant, la tête reposée,
      Je peux aller dormir ou mourir, même si la mutine
      Continue, dans les recoins, lumière à pointer,
      Murmurant ses mots, agitant en songe sa mine… »

      Le récitateur déglutit, espérant avoir échappé une nouvelle fois au couperet.

      *

      Alors qu'il était dans la cours, à gambader sur les vagues impalpables, près du couperet, une fin de journée, au temps des falaises du crépuscule, le soldat fut interpellé par un capitaine : « Si vous êtes prêt, c'est à votre tour ! »

      Le soldat fit un signe d'entendement et se leva, prit une grande inspiration et se rendit à pas rapides dans la salle des mille et une histoires. Il eut un mélange d'appréhension et de joie. Mais alors qu'il franchit le seuil, une lumière violette crépusculaire illumina son regard, et il s'arrêta un instant.

      L'Insoumise Shahryare : « Eh bien ?! J'attends ! Que faites-vous donc planté là ? Si vous voulez directement aller au couperet, libre à vous ! »

      Le soldat baissa les yeux : « Ô gente Shahryare, oreille attentive, croqueuse de contes, muse d'Athéna… »

      L'Insoumise Shahryare : « Muse d'Athéna ? Vraiment ? »

      Le soldat releva les yeux, avec un air légèrement contrit, puis laissa s'échapper un petit rire en haussant les épaules : « Oui, vraiment ! »

      Il alla s'assoir sur le coussin du conteur, devant le trône.

      Le conteur : « Ce soir, je vais vous raconter l'histoire du capitaine qui se prenait pour un soldat… Mais si ça ne vous plait pas, plutôt que de me faire couper la tête, j'opterai pour le déshonneur en m'enfuyant ! »

      L'Insoumise Shahryare : « Oh oh ! Vous voilà bien optimiste ! Je suis peut-être réellement muse d'Athéna ? En tout cas, vous le découvrirez si jamais vous essayez de fuir ! »

      Le conteur : « Vous voilà bien optimiste ! »

      L'Insoumise Shahryare : « Impertinent ! »

      Le conteur : « Pertinent ! Je cours vite et j'ai déjà mon plan, mais… »

      L'Insoumise Shahryare : « Je pourrais demander à l'instant à ce que la porte de cette salle soit fermée et les fenêtres gardées ! »

      Le conteur : « J'ai des complices ! »

      L'Insoumise Shahryare : « Vous bluffez ! »

      Le conteur : « Euh… Oui, bon, je ne sais pas vous mentir ! Toujours est-il que… Euh… ça semblait une bonne idée au départ, en fait… Bref ! De toutes les façons, je vous aime bien, et je n'ai pas l'intention de fuir ! Et puis même si mon histoire est courte, je pense qu'elle devrait m'éviter de passer l'arme sous terre ! »

      L'Insoumise Shahryare : « Merci de m'en laisser juger ! »

      Le conteur se lança : « Lors d'un nouveau jour naissant,
      en fin d'hiver, au frimas,
      un capitaine sorti,
      prêt à braver tous les temps.
      Il fut seul, sans ses soldats,
      voulant mettre que sa vie
      en jeu dans les coutumes
      à exécuter toujours.
      Quand à l'une il s'apprêtait,
      sur la rive de l'écume
      des étoiles du gel lourd,
      il vit un vieillard tomber.
      Touché par la vue de faux,
      il tituba, s'arrêta,
      à cet instant, des sorciers
      du grand pays des cents flots,
      élurent de planter mats,
      de posséder les êtres
      devant ses yeux immobiles.
      Mais ils ne furent maîtres
      qu'un battement qui cille,
      un moment de faiblesse.
      Pas assez pour l'emporter,
      assez pour qu'aucun gagne,
      tous vivent l'instant tristesse :
      mages noirs dépossédés,
      échappant de peu au bagne ;
      capitaine sans mémoire,
      se prenant pour un soldat. »

      L'Insoumise Shahryare : « Euh… Comment s'en est-il sorti ? Seul contre des mages ? C'est pas un peu abusé ?! »

      Le conteur : « J'ai pas fini ! Enfin, j'ai pas abordé le comment, pour laisser votre imagination décider ! Voyez comme je suis généreux ! Mais dans mon histoire, il avait quelques pouvoirs, un capitaine des mages blancs ! et puis il a été aidé par d'autres, alertés par la bataille ! »

      L'Insoumise Shahryare : « Hu hu ! Bon, soit ! Finissez ! »

      Le conteur : « Depuis lors, les siens eurent beau
      lui rafraichir, sans espoir
      devant son manque de foi.
      Il erra ainsi, servant
      sans chercher à commander,
      sans mettre non plus élan,
      jusqu'à l'illumination
      de sources à protéger,
      vue de cieux en créations,
      tels ceux d'une Shahryare
      et de sa suite aux histoires. »

      L'Insoumise Shahryare : « Bon ! Vous pouvez disposer pour ce soir ! Allez me chercher le suivant ! »

      Le conteur s'inclina, adressa un franc sourire à Shahryare et s'exécuta.

      *

      Le lendemain soir, le capitaine qui s'était pris pour un soldat, vint lire une tranche d'histoire ancrée dans un de ses vieux carnets, qu'il avait retrouvé en faisant le ménage dans sa malle aux souvenirs, et dont il repensa certains passages, pour Shahryare.

      « L'histoire que je vais vous narrer vous paraîtra peut-être invraisemblable, mais elle est vraie ! Je ne vous demande pas de croire au père joël ni aux cloches volantes et autres icônes des folklores festifs inventés pour égayer le cycle des petits et grands, dont nous n'avons aucune preuve, si ce n'est une trace de poussière d'étoiles en nous. Bien entendu, vous pouvez même rien croire de ce que je vais vous conter. Je vous laisse le choix ! Voyez comme je suis un bon capitaine ! Non, sans rires, sans plaisanteries, sans fariboles, si vous ne deviez pas me croire, laissez-moi au moins vous bercer d'illusions, comme un cœur d'enfant pourrait se laisser transporter lorsque l'imagination s'envole dans des contrées qu'il foule au grès des paysages lettrés. J'arriverai alors, peut-être, à vous transmettre l'intensité de l'aventure. Une saveur d'un autre monde peu croyable, un univers enchevêtré à une destinée inimaginable, des épopées de contes de fées que l'on sait, que l'on pense, une fois que l'on a perdu notre enchantement, pas réelles… Et pourtant… Et pourtant !

      C'était par un jour gris de la saison des vertes prairies, des bains de pieds dans la mer. Les nuages et les branches valsaient, les ombres étaient ténues et tendaient à se fondre dans les pavés, les gens pressaient le pas vers leur destination. Avec ses enfants, la noble comtesse Lilou avait programmé une escapade en pleine nature. Le temps morose avait amoindri le peu de motivation qu'ils avaient, mais ils étaient toujours prêts à consacrer deux jours à une petite réunion familiale. Lilou en avait donc profité pour insister et les avait entraînés loin du comté des hautes collines sableuses.

      Ce fut dans cet état d'esprit mi-figue mi-raisin, qu'ils quittèrent leur chaumière. Quelques « jeux de calèche » plus tard, quelques chansonnettes, discussions passionnées sur les goûts et les couleurs de chacun, ils arrivèrent en bordure de forêt, dans une petite zone aménagée. Les y accueillirent des pins, chênes, peupliers… des drus dressés, les bras ouverts, parfois un peu refermés sur l'indicible, et en lisière, des fougères royales entourant un tas de bois, non loin d'un ruisseau s'enfonçant dans l'ombre de ce que Lilou aimait aussi nommer les cheveux de dame nature.

      Devant cette entrée, cet antre vert, sa jeune fille de 11 ans, Lucy, fut la plus enthousiaste. Elle l'aida à sortir les affaires de la calèche et – passés les tables de pique-nique, un sentier aménagé de la main de l'homme pour ses pieds rêveurs -, dans une clairière à moitié sauvage, à monter les deux tentes, pendant que son fils Louis, jeune garçon de 14 ans, s'était mis à flâner, capuche sur la tête, en prétextant faire les premiers repérages approfondis. Jusque-là, rien d'extraordinaire à signaler, si ce n'est le plaisir d'être en plein Gaïa, le « frisson paisible » qui leur parcourut l'échine et les premières gouttes de pluie de la journée…

      Sur la pointe du jour, là où l'on ouvre ou ferme les portes pendant que les nuages épanchent leur trop plein, là où les ombres s'échouent, se replient, fusionnent presque sur le point de bascule, l'espace de l'instant, Lilou, jeune femme de 34 ans, allait faire une rencontre du quatrième mage, une expérience d'une autre dimension.

      Alors qu'il s'était mis à pleuvoir des fines cordes, que Lucy s'était réfugiée dans sa tente, Lilou resta dehors à appeler Louis, qui avait dû se mettre à l'abri, collé à un arbre au feuillage touffu, ou alors, que la pluie ne dérangeait pas le moins du monde. En tournant la tête vers le sous-bois, ce qui lui sembla être une magnifique fleur de lys écarlate, se figea dans son champ de vision. Elle jura qu'elle venait d'apparaître. Un clignement d'yeux plus tard, et elle vit un drôle d'animal, un croisement entre un écureuil et un loup, fondre sur la fleur. Lilou eut envie de la protéger et lança le premier projectile venu, en se précipitant dans sa direction. L'instant d'après, elle était littéralement dans une autre dimension, mais une dimension ancrée dans le même environnement.

      Dans cet « hors humain », tout fut trouble à sa vue, sans néanmoins en perdre l'essence, les détails. Nez à nez avec l'étrange, la mire s'y fondant, elle perçut, à travers son élégante robe satinée et au-dessus, que la « fleur » était une créature mobile dotée des mêmes genres de membres que nous, à quelques « détails » près : deux jambes avec des sortes de racines en guise de pieds ; un tronc ; deux bras terminés par des sortes de feuilles rougeâtres ; un cou et une tête formée dans les pétales de la corolle. Puis son regard prit du recul, et elle vit un tableau magique. Non loin de la créature féminine, de la « femme-fleur », son pendant masculin, un « homme-fleur » vêtu d'une sorte de chapeau, en train de créer une boule lumineuse entre ses mains, et derrière, entre deux arbres, une porte imposante entrebâillée d'où sortirent quelques têtes de ses soeurs, différemment colorées, aux « pétales » différemment formées et ornées de couvres chefs originaux. En un instant, sans qu'elle ne puisse réagir, se demander si l'intention était hostile, la boule fusa dans sa direction… et la toucha. Elle ne pensa pas qu'elle perdit l'esprit pendant sa « transformation », tout au plus un vacillement indolore. Lorsqu'elle sortit de sa torpeur, elle était à leur taille, avec une morphologie proche de la leur, sans être totalement comme eux. Elle voyait toujours aussi trouble, et ce qui la différenciait en apparence, c'était les traits de la tête. Lorsque, plus tard, elle fut en mesure de voir son reflet dans une mare lumineuse, elle put constater que sa figure humaine était bien visible. Mais avant d'arriver à ce plus tard…

      - Jour ensoleillé, être au-delà de la porte ! Merci d'avoir sauvé Eselle, l'une des nôtres, fit en premiers pas le magicien, sur un ton amical.

      - Mirci ! Mirci ! Mirci ! lança Eselle en s'accrochant au bras de Lilou, ses gros yeux ronds embués d'émotion.

      - Miirci ! Miirci ! déclamèrent en choeur ses soeurs.

      - Euh… Je… Avec plaisir ! Je… je m'appelle Lilou ! répondit-elle, avec une manière résultant du mélange de l'étonnement et de la fierté.

      - Bienvenue dans notre univers ! Moi c'est Lifu, sage-mage pas encore tout à fait au point ! hi hihi… Venez avec nous, qu'on vous présente aux autres, et surtout à notre räeine ! proposa l'homme-fleur plein d'entrain.

      - J'aurais aimé, mais j'ai mes enfants qui m'attendent, je ne veux pas qu'ils s'inquiètent, expliqua Lilou, les bras ballants. Désolée.

      - Oh, pas de soucis ! Les grains de lumière s'écoulent plus lentement ici ! Vous avez le temps ! Lui assura Lifu.

      Comment des êtres doués de magie avaient-ils eu besoin d'elle pour leur venir en aide, comment pouvaient-ils parler le même langage, comment fonctionnait leur univers ? La comtesse allait bien vite apprendre les subtilités, le pourquoi du comment, l'organisation de leur monde. Vous voulez savoir ? Eh bien… patientez !

      De quoi le couperet ? Si vous le faites, pas de suite à l'histoire ! Ni d'autres !

      Bon, d'accord… Lilou commencerait par vous dire que les « femmes-fleurs » sont des fleurines et les « hommes-fleurs » des lutamicins, qu'ils vivent comme une sorte de village en autarcie, que toutes les créatures de leur dimension ne leur veulent pas que du bien, qu'elle les comprenait mais que leur langue est composée de quelques tournures particulières qu'elle a essayé de retranscrire au mieux, que tout cela elle l'apprenait en « chemin », au bras d'Eselle…

      Tout en tapant un brin de causette, ils commencèrent par ouvrir et passer la porte marquée de motifs géométriques, puis montèrent l'escalier de pierres construit comme un demi arc-en-ciel dirigé vers des cimes. Le long de l'ascension, elle admira leur architecture, des paliers où il y avait des bifurcations vers des petits escaliers menant à des bâtisses, dans des arbres.

      A mi-chemin, elle fit plus attention à leur démarche. Elle était si légère qu'ils lui semblaient presque voler, léviter. Ce ne fut qu'après un arrêt, après avoir zyeuté des bâtiments désolidarisés des arbres, en contrebas, pendant les explications de Lifu sur leur fonction de lieu de travail pour les artisans, des sages-mages, des collecteurs, et d'hébergement pour des ouvriers, des gardes d'élite (souvent les mêmes), des collecteurs, qu'elle vit les pieds avancer plus lentement et se poser réellement sur le sol, s'articuler à « l'humaine ».

      Un peu avant l'antre du sommet du tronc de l'arbre géant, le terminus de l'escalier, Lilou s'enquit de leur pouvoir, de tout ce qu'ils pouvaient faire. Cette fois, ce fut Eselle qui joua le porte-parole, tout en se dodelinant. Le sage-mage en profita pour aller voir la räeine, avec les autres fleurines de son escorte. Pendant qu'ils préparaient la rencontre entre deux mondes qui auraient pu ne pas se mêler, elle apprit que : tous les fleurins peuvent naturellement se rendre hors phase terrestre, invisible, si pas perturbés ; toutes les fleurines, hormis la räeine, n'ont qu'un seul vrai pouvoir (mais quel pouvoir !) : celui de récolter de l'essence de vie en périphérie de la forêt, de l'essence nécessaire à l'utilisation des autres pouvoirs ; en plus de ça, la räeine peut aspirer l'énergie en cas de situation critique, d'utilisation non souhaitée ; les lutamicins sont spécialisés dans un « domaine » particulier, de par leur apprentissage et leur « constitution de naissance » : certains peuvent utiliser à bon escient l'énergie pour accroître leur « force », d'autres transforment tout ce qui n'est pas vivant en une autre forme, tel que des objets ou des bâtiments, d'autres peuvent créer des bulles protectrices en contact avec le « grand tout », peuvent sentir et influer sur l'espace-temps et le parcours de l'essence de vie envoyée par leurs dames de coeur, d'autres encore s'en servent pour avoir les sens aiguisés et peuvent plus efficacement rendre temporairement, mais totalement, « hors dimension ou dimension humaine » tout ce qui les entoure… ; le type de pouvoir le mieux maîtrisé à l'âge adulte a une incidence sur le travail officiel du lutamicin dans son village…

      Lifu revint pour l'inviter à rentrer. Avant de ce faire, la comtesse était loin d'imaginer à quel point c'était… La décoration était sobre – les murs de bois, le plafond de feuilles suffisaient à donner un cachet naturel et séduisant, même le lit de poussière, d'humus ? au sol -, mais la pièce était… royale, de la digne taille de la salle de réception d'un palais. Au milieu, sortant du sol, il y avait des sortes de tuyaux d'où émanaient des vapeurs phosphorescentes. La pièce baignait dans cette étrange luminosité, les feuilles laissaient à peine filtrer l'or de la fleur de feu. Lilou en vint à se demander si ces effets étaient les mêmes que dans notre dimension.

      - Bienvenue en ce lieu, guerrière de l'autre monde. Je suis Personxa, räeine des fleurins. La pleine lumière d'en haut n'est pas bénéfique aux plus jeunes et aux plus âgés, expliqua-t-elle, ayant deviné la question qui lui taraudait en restant ainsi bloqué sur le plafond.

      - Oh ? Je… Merci ! répondit-elle en portant toute son attention sur la fleurine qui venait de lui parler.

      Elle était au fond de la pièce, assise sur un tabouret en bois clair en forme de fleur, vêtue d'une magnifique robe verte et d'un chapeau arc-en-ciel, entourée essentiellement de fleurines et de quelques petits qui s'approchèrent de Lilou en la saluant des deux « mains ». Elle fit de même, quelque peu étonné de leur silence, laissant ses accompagnateurs derrière.

      - Lilou, c'est à notre peuple de vous remercier ! Nous sommes vos obligés, le tisserand céleste a dû en décider ainsi. Que pouvons-nous faire ? lui demanda Personxa, d'une voix devenue suave.

      - Hmmm… J'aimerais bien en apprendre plus sur vous, votre univers ! , vous présenter aussi à mes enfants, fit-elle en vœu, enjouée par cette opportunité, arrivée près des sources de la phosphorescence.

      - Cela tombe bien, cela va être la fête de la plaine céleste. Pendant que la fille de Gaia, la lune, la déesse protectrice envoie sa pleine énergie sur nous, nous organisons une rencontre entre deux villages fleurins. Enfin, pour tout dire, si petits et grands y sont, pour favoriser le mélange des cultures, de la différence, sur une rive de la plaine, c'est des fleurines d'un village qui se retrouvent avec des lutamicins d'un autre, et sur une autre c'est l'inverse. La soirée est essentiellement passée autour d'histoires, d'envolées, des bouches d'âmes d'une fleurine et d'un lutamicin, qui vont au centre de la plaine s'imprégner de la bénédiction des fées et de la déesse, lui conta la räeine, lumineuse mais aux propos un peu abscons au novice, à l'étrangère qu'elle était.

      - Cela… serait avec plaisir ! se contenta-t-elle de répondre, arrivant près d'elle, cessant de saluer les petits.

      - Ce qui a été dit poussera dans la terre ! Lifu vous ramènera et vous attendra. Vous n'aurez qu'à revenir au même endroit quand vous serez prêts. En attendant, nos bâtisseurs vont ouvrager pour que vous ayez une demeure à vous. Vous resterez autant de temps que vous voudrez ! Lui assura Personxa en se levant.

      - Merci ! Répondit Lilou en s'inclinant.

      La fleurine fit de même, s'approcha de Lilou. Après un moment d'hésitation, les yeux dans les yeux, comme si elles se parlaient sans mots, comme si la räeine lui demandait la permission de… Dans un geste ample, assuré, délicat, elle lui toucha le visage. L'humaine ferma les yeux sous ses feuilles, sentit une chaleur l'envahir. Quelques instants plus tard, Personxa revint sur son tabouret. Sans rien ajouter non plus, Lilou se retourna et marcha vers l'entrée. En passant de nouveau près du système central, elle vit deux petites fleurines s'y engouffrer et un lutamicin en être éjecté… avec légèreté. Elle supputa, et Lifu le lui confirma dehors, que les tuyaux étaient un moyen de communication – par poussée ou aspiration – avec l'étage du dessous, et que la vapeur était une concentration de l'essence « magique ».

      En retournant à notre dimension, Lilou fut insatiable en informations, mais ne voulut trop poser de questions. Elle se demanda aussi comment aborder le sujet avec Lucy et Louis. Et, après avoir retrouvé son apparence, sa taille humaine, après avoir quitté Lifu et Eselle, elle réalisa que cela n'allait pas être aussi simple que d'inviter quelqu'un à vous suivre dans un joli endroit : la pluie battante était toujours-là.

      - Louis ?! Louis ?! hurla-t-elle en courant, slalomant entre les ronces, les grosses branches à terre, les buissons, les arbres, allant dans la direction opposée que celle du campement, marchant probablement sur l'équivalent du territoire des fleurins.

      Au bout d'une dizaine de minutes, Lilou fut essoufflé, se rapprocha d'un arbre, le choisissant comme abri de fortune. Le pipi des anges, comme aimait à l'appeler Louis, redoubla. Bien que l'appréciant autour du château du comté, elle pesta, maugréa, en arriva à oublier presque le cadeau qui les attendait.

      - Louis ?! Louis ?! hurla-t-elle de plus belle, en désespoir de cause.

      En retour, silence d'une pluie d'abat… La comtesse tourna la tête de droite à gauche, commença à se dire qu'avant qu'elle perde le sens de l'orientation, il valait mieux qu'elle retourne voir Lucy et qu'elles attendent sagement sous la tente. Ce qui s'avéra être une excellente décision.

      - Maman ! Louis est revenu pendant que tu crapahutais. Il est sous sa tente ! Lui annonça sa fille, la tête dans une petite ouverture de leur tente, le regard pétillant de malice, visiblement ravie de la voir revenir trempée, lessivée. Dans la précipitation, la mère n'avait rien prit pour se couvrir.

      - Mets ton manteau, Lucy ! J'ai trouvé une créature qui a besoin d'aide, mais je ne puis l'aider toute seule ! tempêta-t-elle presque, l'air grave, improvisant une excuse pour la faire bouger, jouant sur la corde sensible, son esprit chevaleresque.

      - Maman, qu'est-ce qui se passe ? demanda un Louis qui venait de sortir, à son tour, la tête de l'autre tente, pendant que Lucy s'exécutait.

      - J'ai aussi besoin de toi, viens, tu verras ! répondit Lilou, préférant rester évasive. Et prenez vos affaires !

      Bien que la demande fût contradictoire, ils obtempérèrent. Elle ferma les tentes et ils n'eurent qu'à courir une dizaine de mètres.

      - Stop ! Lifu ?!

      - Li quoi ?! s'étonnèrent les enfants, en chœur.

      Sur ces entrefaites, ils n'eurent le temps de se poser plus de questions. Une lumière opaline jaillit de nulle part et ils furent en face de Lifu, et à sa taille, transformés en simili fleurins, au sec, en face de la grande porte.

      - Eselle est retournée à ses occupations, elle m'a chargé de te redire merci et qu'elle espère… commença à lui parler le lutamicin, sans préambules.

      - Mais, que… c'est quoi ce binz ? De la vraie magie ? C'est démentiel… Pourquoi on voit tout trouble ? Vous vous êtes vus ? coupa Louis, l'air contrit.

      - Maman, où tu nous as amené ? C'est qui cette créature ? C'est Li machin ? Pourquoi tu… mitrailla Lucy de questions, réfugiée à ses côtés, une légère vexation visible dans son grain de voix.

      - Lucy, Louis, voici Lifu, un lutamicin, un être qui appartient à… l'espèce des fleurins. Si je vous en avais parlé, vous m'auriez prise pour une affabulatrice, que je voulais vous raconter une histoire comme quand vous étiez plus jeune et avec la pluie, vous ne m'auriez peut-être pas suivie. Mais ceci est bien… réel ! Je les ai rencontrés… par hasard. Nous sommes conviés à une soirée. Je vous expliquerai tout, bientôt !

      - Jour lunaire, êtres au-delà de la porte ! J'espère que vous ne serez pas aussi scarabées que certains de nos petits fleurins ! hihihi. En tout cas, bienvenue ! lança un Lifu plein de bonhomie. Et euh, vous pouvez laisser vos sacs, de toutes façons, ils sont trop grands pour vous maintenant ! hihihi. Enfin, un bâtisseur et un tisserand viendront vous les amener, à votre taille ! En attendant, suivez-moi !

      Passée la porte, les enfants furent ébaubis de plus belle. Mais ils n'eurent la même chance que Lilou, celle d'avoir une vue plongeante : au lieu de monter l'escalier, ils longèrent la « frontière » – incarnée par une sorte d'halo séparant la clairière de leur habitat -, passèrent près d'une gigantesque souche sur laquelle trônait un fleurin – un garde, expliqua leur guide -, pour être finalement conduits en marge des bâtiments qu'elle avait entraperçus depuis les escaliers, devant une presque demeure en forme de coque d'œuf. Celle-ci finit de se « construire » devant leurs mirettes, sous l'effet de la magie des lutamicins bâtisseurs… Des flux de lumière sortaient du sol, les pierres et des branches fusionnèrent sur le toit.

      - Voilà où vous pouvez vous préparer, vous reposer, et qui sera votre chez-vous, chez-nous ! annonça Lifu, avec une fierté, une joie perceptible. Bon, je vous laisse ! Profitez bien de la soirée plaine ! Ah ! Elle est par là ! montra-t-il du bras.

      L'admiration de Lilou sauta des lutamicins à l'ouvrage aux colonnes, aux sortes de tuiles, aux toits, à l'architecture recherchée des autres demeures. Finalement, leur guide s'en alla avec les autres lutamicins. Le trio resta néanmoins, quelques instants encore, bouche bée, hébété.

      Lorsque la mère reprit ses esprits, elle constata que de nombreuses fleurines descendaient les escaliers, que quelques-unes étaient en train de se rapprocher d'une zone de lumière tamisée, dans une sorte de clairière, un peu plus au nord-est que l'arbre géant de la raëne, légèrement au nord-ouest de leur position.

      - Bon, les enfants, je vous dois quelques explications !

      Ils entrèrent dans la coque des invités. La pièce était circulaire, « habillée » de 3 couches suspendues, « collées » au mur, et d'une table ayant un seul pied au centre. Sur la table, il y avait trois bols emplis d'un liquide violet. Lucy le renifla… et le savoura en toute confiance. Lilou s'approcha et constata que l'effluve sucré était en effet engageant. Louis emboîta le pas, ou plutôt, les gorgées. Les laissant à leur dégustation, leur mère alla s'asseoir sur une couche, tout en leur contant son aventure. Un peu avant la fin de son histoire, deux lutamicins entrèrent, avec les répliques des sacs, à leurs tailles.

      - Jour ensoleillé, créatures au-delà de la porte !

      - Jour lunaire, plutôt, non ?! reprit l'autre, celui vêtu chichement, le bâtisseur.

      - Pardon, oui, hihihi… J'avais la tête dans la lumière ! Mes excuses les plus ombragées. Jour lunaire ! Voilà vos affaires… j'y ai glissé quelques parures qu'un sage-mage m'a suggérées, se reprit et expliqua le tisserand, vêtu d'une toge turquoise, rehaussée par des étranges petits papillons à l'apparence cristalline, et d'un élégant chapeau.

      - Bonne plaine ! conclut le bâtisseur.

      - Excellente plaine ! renchérit le tisserand.

      Aussitôt dit… Les humains prirent leurs affaires, se changèrent, en mettant les « parures » du tisserand : un beau chapeau, une sorte de belle toge rouge et de papillon pour tenir les cheveux de Lilou ; un chapeau et une magnifique robe verte pour Lucy ; un singulier chapeau et une sorte de costume orangé pour Louis. Le trio fit ensuite route vers le lieu de la dite soirée.

      C'est en chemin, à l'orée, après tous les bâtiments, qu'ils arrivèrent au « plus tard » évoqué lors de la découverte, celui où Lilou vit son reflet dans une mare lumineuse. Elle avait déjà pu constater, en regardant ses enfants, qu'ils n'avaient pas l'apparence tout à fait « fleurine », mais ce fut autre chose de le voir sur son visage. Cependant elle n'eut le temps de trop détailler : Eselle vint à leur rencontre en tapant des mains. Le regard de la comtesse passa de la mare à la fleurine, de la fleurine au lac de lumière tamisée, de ce qu'ils semblaient nommer la plaine. Sur la « rive », une bonne centaine de fleurines et de lutamicins. Au-dessus du lac, des petites créatures ailées. Des fées ?

      - Jour lunaire, enfants de Lilou ! Lilou, j'espère que vous êtes contente de vos parures ?! Venez, ça va bientôt commencer ! Oh, et ah, tenez ! Le bâtisseur a oublié de vous donner ça. Personxa a pensé que ça vous intéresserait.

      Eselle lui tendit un livre et une plume rouge. Elle la gratifia d'un large sourire. Puis ils la suivirent et ils se posèrent à même le sol, en tailleur, près d'autres fleurins qui se tournèrent vers eux. Les lutamicins, venus d'un village éloigné, leur portèrent un regard interloqué, avant que des fleurines ne leur parlent, et surtout, que les festivités commencent…



      (Message over 64 KB, truncated)
    Votre message a été soumis avec succès et sera remis aux destinataires brièvement.