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10749Que faire pour nos langues ?

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  • Jean Lafitte
    8 févr. 2013
      Cars amics,

      J'ai eu connaissance hier d'une question parlementaire posée par le Sénateur EELV Jean-Vincent Placé à Mme la ministre de la culture sur la ratification puis l'application de la Charte européenne des langues régionales.
      Cette annonce permettant aux lecteurs de réagir, je lui ai écrit, et vous en fais part pour permettre le débat :
       

      Monsieur le Sénateur,

       

      L’importance de vos fonctions dans votre parti donne certainement du poids à votre intervention, mais je crains que vous ne connaissiez pas grand chose de ce sujet extrêmement complexe et sur lequel je « planche » depuis plus de 30 ans, tout en enseignant bénévolement une des langues de France dans un cours hebdomadaire parisien.

      Exalter les langues de France et pleurer sur leur disparition est une « tarte à la crème » du discours politique qui ignore plusieurs faits « incontournables » :

      – avant d’être une richesse culturelle appuyée autant que possible sur une littérature, une langue est le moyen de communication immédiate du groupe social qui en use ;

      – plus ce groupe s’étend, plus ses membres les plus actifs ont besoin d’une langue comprise partout où sont leurs affaires, leur carrière, l’exercice de leur pouvoir ;

      – depuis au moins le XIIIe s., ces catégories de personnes (noblesse, bourgeois des professions que nous appelons libérales, bourgeois commerçants…) ont adopté la langue du roi le plus puissant de l’époque, celui de France ; ils n’usaient plus des « langues régionales » que dans leurs relations domestiques, et les laissaient aux classes populaires qui se les transmettaient par oral ; l’école n’enseignait d’abord que le latin, puis le français ;

      – les plus dynamiques du peuple n’aspiraient qu’à une chose, parler français pour devenir à leur tour des « Messieurs » ;

      – c’est pour ouvrir au peuple un accès massif au français, langue des lois émancipatrices de la Révolution, que vos prédécesseurs de l’époque ont stigmatisé les patois, vestiges de la division des Français au profit des classes dirigeantes de l’Ancien régime ;

      – la grande majorité de ceux qui militent pour les langues régionales doivent au français leur carrière et leur patrimoine, ces langues n’étant même pour certains qu’un moyen facile d’obtenir des rentes publiques sans qu’on vérifie l’efficacité de leur action ;

      – pendant ce temps, le peuple qui parlait ces langues est passé au français grâce à l’école de la République ; même si les méthodes employées choquent aujourd’hui, c’étaient celles ouvertement en usage depuis au moins le XVIe s. dans les collèges qui obligeaient ainsi les jeunes fils de bourgeois à parler latin, et non français ;

      – le nombre de locuteurs effectifs est tombé si bas en Métropole que tout enseignement scolaire d’une langue régionale n’est que perte de temps, les élèves n’ayant pratiquement plus l’occasion d’en user dans la société ;

      – l’article 75-1 de la Constitution, placé dans le Titre XII « Collectivités territoriales » ouvre à celles-ci un vaste champ d’action pour sauvegarder les langues patrimoniales de leur territoire ; mais aucune ne semble pressée de s’en servir, sachant que les dépenses à engager ne seront que quelques seaux de plus dans un tonneau des Danaïdes ;

      – la Charte européenne n’apportera rien de plus, car selon son article 1er, les langues qu’elle entend protéger doivent être « pratiquées traditionnellement » sur une « aire géographique dans laquelle [elles sont] le mode d’expression d’un nombre de personnes justifiant » les mesures qu’elle prévoit.

       

      Ma conclusion :

      l’enseignement doit être réorienté, au moins en Métropole, sur l’histoire et la géographie locales, qui ouvrent sur la langue des anciens textes ou des toponymes, et l’apprentissage des chansons en langue régionale, tous moyens pour donner aux élèves le gout de leur région et l’envie d’en savoir plus.

      Et en parallèle, favoriser les cours d’adultes portant sur les mêmes matières et, cette fois, sur la langue, enseignée comme langue morte, certes, mais aussi de culture, comme le latin pour l’Occident.


      FIN DE CITATION


      Hèt beroy,

      J.L.



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