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Maria Poumier et José Marti (interview)

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    Une des gentilles membres de CSP a été vue à la Havane en train de causer devant un micro. ...Marti, Proust, Dostoïeski, Marguerite Duras... Pas un mot sur
    Message 1 de 1 , 23 avr. 2003
      Une des gentilles membres de CSP a été vue à la Havane en train de causer devant un micro.

      ...Marti, Proust, Dostoïeski, Marguerite Duras...

      Pas un mot sur le Rap.

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      "Lucia Jerez" , le seul roman de José Marti, enfin disponible en français

      Entretien avec sa traductrice et présentatrice de l'ouvrage, Maria Poumier.



      José Marti a publié cet unique roman par épisodes dans la revue El Latinoamericano entre le 15 mai et le 15 septembre 1885, tandis qu'il était en exil à New York. Maria Poumier l'a traduit en français, en a écrit la présentation et a travaillé les notes en compagnie de Mauricio Nuñez, chercheur du Centre d'études sur Marti de La Havane. Cet ouvrage de belle facture vient de paraître aux Éditions Patiño (Genève) en édition bilingue. Maria Poumier est venu le présenter à La Havane dans le prolongement de la
      Conférence sur l'équilibre du monde qui rendait hommage à notre Héros National.

      Comment vous êtes-vous lancée dans cette aventure ?

      " Je connais José Marti depuis l'âge de 6 ans parce que j'ai été à l'école à Cuba de 56 à 57. Je connaissais très peu de choses comme tous les petits enfants à peu près au niveau cours préparatoire mais Cuba a gardé la tradition de bien enseigner les valeurs civiques aux enfants. Marti a la particularité d'être un écrivain extraordinairement dense et concis, raison pour laquelle, en très peu de formules que tous les enfants connaissent, on touche au coeur de choses importantes pour l'histoire du pays.
      Ensuite, j'ai travaillé Marti dès que j'ai pu dans mes études d'hispaniste et j'ai donné des cours à l'Université de Paris VIII sur " Lucia Jerez ". Cela m'a fait penser qu'il fallait le traduire un jour où l'autre.

      Heureusement, l'année du 150e anniversaire s'est présentée et, avec le Centre d'Études sur Marti de La Havane, nous nous sommes dit que si l'on ne traduisait pas "Lucia Jerez" à cette occasion-là, nous laisserions passer le grand train du XXIe siècle et qu'après ce serait trop tard. Voilà pourquoi cela a fini par se faire très vite. Nous avons commencé l'année dernière, mais l'inspiration venait de très loin. "

      Marti lui-même jugeait cette oeuvre comme " mineure ". On dit aussi que Marti est difficile à traduire, comment avez-vous fait face à ces deux problèmes ?

      " C'est une oeuvre qui n'est absolument pas mineure. C'est une œuvre très importante qui appartient entièrement à la littérature du XXe siècle et non pas du XIXe. Ce livre dépasse complètement la conception romanesque du XIXe siècle. Il est même tellement expérimental que, quand on voit en détail la stylistique, on s'aperçoit qu'il annonce, entre autres, l'écriture de Marguerite Duras, avec des effets de dépouillement tout à fait à l'avant-garde de tout ce que l'on a fait pendant le XXe siècle. Cette
      ressemblance avec l'écriture de Marguerite Duras, et avec la recherche féminine en général, n'est pas du tout un hasard. Le roman est centré sur des jeunes filles. Marti l'avait publié sous un pseudonyme féminin. Il s'est lui-même complètement féminisé à l'occasion de ce roman et c'est un moment unique dans sa biographie. "

      Pourquoi pensez-vous qu'il croyait que cette oeuvre n'était pas de valeur ?

      " Je ne pense pas qu'il l'ait jamais cru. Il n'a pas eu le temps de s'occuper de présenter son oeuvre correctement, c'est tout. Il ne l'a jamais cru parce qu'on s'aperçoit que cette oeuvre a une telle densité, une telle profondeur qu'il a eu certainement beaucoup de raisons d'en être très fier."

      Comment avez-vous abordé ce travail ?

      " La traduction est très difficile car c'est une langue très riche. En général, les mots sont à prendre dans toutes leurs acceptions à la fois. C'est toujours le sens le plus ancien, le sens étymologique qui va dominer. C'est une langue populaire et savante à la fois. J'ai essayé d'être très fidèle aux détails. Ce n'est donc pas une traduction-adaptation. C'est une traduction très scrupuleuse. Néanmoins, dans toute traduction, on perd quelque chose de l'original. C'est pourquoi j'invite le lecteur à faire
      une lecture vraiment bilingue, à regarder à la fois l'espagnol et le français pour qu'il puisse saisir toute la richesse du texte. Parfois, le français explicite un peu l'espagnol mais, parfois, il sacrifie certaines nuances. "

      Vous avez signalé que c'était une bonne manière de faire aborder Marti par le public francophone, qui dispose, pour le moment, de relativement peu de textes de Marti.

      " Je pense que le roman est beaucoup plus accessible que les autres genres littéraires, surtout si on est amené à le traduire. Les écrits de Marti sont en général des essais, des discours dont on suppose à priori qu'ils sont très liés à leur contexte -ce qui est une erreur de perspective- mais, cela ne facilite pas l'abord du personnage. Cependant, le roman peut emballer tout le monde, hors contexte. "

      Vous avez fait des découvertes dans ce roman alors que vous connaissiez très bien l'oeuvre de Marti. Quelles sont ces découvertes et en quoi peuvent-elles être attirantes pour le public francophone ?

      " Ce qui est attirant pour le public francophone c'est de voir que Marti a été contemporain de la grande recherche romanesque européenne et des romanciers les plus ambitieux. C'est Goethe, Dostoïevski et Proust -les trois grands- qu'il faut mettre en parallèle avec Marti pour bien saisir la portée de son oeuvre. C'est très important parce que les romanciers latino-américains du XIXe siècle qui ont précédé Marti ont une vision beaucoup plus archaïque du roman. Ils veulent en faire des synthèses sur
      l'identité nationale, ou bien des fantaisies comportant des éléments historiques, style Walter Scott. Mais ce n'est plus du tout ce que demandait l'Europe à la fin du XIXe et au XXe siècle. Marti a écrit dans une perspective qui est celle du XXe siècle. La lecture en parallèle de Dostoïeski est très éclairante."

      Vous avez fait tout un travail de notes. Cela peut surprendre pour un roman. Qu'apportent-elles ? Pourquoi étaient-elles nécessaires ?

      " Les notes et l'introduction sont indispensables dans l'hypothèse où ce sont des Français ne connaissant pas la culture cubaine qui liront ce livre. Les notes présentent un résumé de la biographie de Marti, de son importance dans l'histoire de Cuba. Elles développent les références qu'il fait dans son roman à d'autres phénomènes culturels. Elles permettent donc de le connaître en tant que critique d'art. Il y a un grand nombre d'éléments biographiques que m'a apportés le Centre d'Études sur Marti de La
      Havane et que j'aurais jamais pu découvrir toute seule. "

      Vous comptez sur une grande diffusion de cette édition bilingue ?

      " Cette édition peut avoir une grande diffusion pour plusieurs raisons. La Fondation " Simon Patiño ", de Suisse, qui a édité le livre a à cœur de bien diffuser la culture hispano-américaine, dans toute sa diversité et profondeur. Pour eux c'est un texte important et ils font le maximum pour le faire connaître avec son rang. D'autre part, tous les amis de Cuba en France, savent que Marti est important et ils ont peu l'occasion de le lire s'ils ne maîtrisent pas l'espagnol. Donc, on peut compter aussi sur
      toute la solidarité avec le peuple et le gouvernement cubains actuels, dans les circonstances actuelles, pour pousser en avant ce volume. Les Cubains sont en train de faire des adaptations du roman. Un ballet doit sortir cette année, le scénario en a été fait par Fina García Marruz, une très grande spécialiste cubaine de Marti. Il y a aussi des projets de films. Tout cela permettra de faire connaître le texte. Il est très probable que, par le cinéma, l'œuvre de Marti parvienne au grand public qui ira après
      lire le livre. "

      D'autres perspectives de travail sur Marti ?

      " J'ai l'intention de poursuivre ma collaboration avec le Centre d'Études sur Marti pour faire, à Paris, en bibliothèque, des recherches qui permettront d'élaborer des notes très développées pour l'édition critique des Oeuvres Complètes, qui est en cours. "

      On sait que Marti est allé à Paris, qu'il a dit un certain nombre de choses sur la France, mais il y a encore beaucoup d'ombres dans cette période de la vie de Marti. Est-ce que vous avez découvert des choses nouvelles ?

      " Malheureusement non. Mais je continue à suivre Marti de très près. C'est le genre de choses qu'on ne peut réaliser qu'en équipe. Je suis donc très contente d'avoir commencé ma collaboration avec le Centre d'Études sur Marti car nous allons échanger nos questions et les réponses naîtront d'elles-mêmes. Quand on est tout seul, on n'a pas assez d'imagination pour se poser les bonnes questions, mais, à plusieurs, on y arrivera. Nous allons certainement avancer très vite maintenant. "

      Lucía Jerez, José Marti, Roman traduit par Maria Poumier, Editions Patiño, Genève, 2003, 8 rue Giovanni Gambini, 1206 Genève, Suisse
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