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France - Arabie Saoudite : Soupçons sur le contrat du siècle

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    EXCLUSIF - Arabie saoudite Soupçons sur le contrat du siècle Depuis dix-huit ans, les ministres de l Intérieur successifs, dont Nicolas Sarkozy, ont tenté
    Message 1 de 1 , 7 mai 2004
      EXCLUSIF - Arabie saoudite

      Soupçons sur le contrat du siècle

      Depuis dix-huit ans, les ministres de l'Intérieur successifs, dont Nicolas Sarkozy, ont tenté de faire aboutir un fabuleux contrat de 7 milliards d'euros entre la France et l'Arabie saoudite. Or, récemment, l'Elysée a repris la main.

      Jean Guisnel

      le point

      06/05/04

      «Les rétrocommissions espérées se montaient à environ 5 % de 7 milliards, soit 350 millions d'euros. Ceux qui fonctionnent de cette façon n'ont rien compris aux évolutions en cours!»C'est un fonctionnaire en colère qui s'exprime ainsi. Les 7 milliards concernent un gigantesque contrat entre les industriels fran-çais Thales et Vinci et le royaume d'Arabie saoudite.Ce projet, baptisé Miksa, vise à surveiller les frontières terrestres et maritimes du royaume wahhabite en fournissant des hélicoptères et des avions, des véhicules terrestres et des radios, des liaisons satellites et des routes, des aéroports et des radars, des salles de commandement et des casernes. De quoi équiper et loger une armée de gardes-frontières de trente mille hommes. Bref, l'un des plus fabuleux contrats jamais signés par l'industrie française, capable d'assurer dix mille emplois durant dix ans. L'autre record, c'est que ce contrat a été initié en 1986 par le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua et qu'il se négocie donc depuis... dix-huit ans !

      Le véritable point de départ remonte cependant à la signature d'un protocole d'accord, le 12 novembre 1994, entre Charles Pasqua et son homologue saoudien le prince Naïef Ben Abdelaziz al-Saoud. Ensuite, à des degrés divers, les ministres successifs de l'Intérieur s'y sont tous intéressés.

      Mais personne autant que Nicolas Sarkozy. A peine entré en fonctions, il écrit dès le 8 juillet 2002 au prince Naïef, inamovible ministre de l'Intérieur saoudien, qu'il « propose à Votre Altesse royale de signer avec Elle dès qu'Elle le souhaitera l'accord de coopération préparé par nos services ». En fait de «nos services»,le côté français est représenté par Thales,chef de file désigné dès le départ par Charles Pasqua et par une société anonyme proche du ministère de l'Intérieur présidée par Alain Rondepierre. Mais, dès la reprise en main de ce dossier par Nicolas Sarkozy, deux hommes vont en fait le traiter directement: Claude Guéant,le directeur de cabinet,et Brice Hortefeux,l'ami et conseiller politique du ministre. Alors que leurs fonctions ne les y prédis-posent pas, ces deux hommes vont effectuer des voyages en Arabie saoudite. Le début des soupçons... De source proche de Nicolas Sarkozy, on s'offusque :
      « On a récupéré le bébé pour faire avancer les choses, c'est tout. »

      Sarkozy évincé par l'Elysée ?

      Mi-2003, ce sont des fonctionnaires agissant de leur propre chef qui rendent compte à l'Elysée de ce qu'ils perçoivent comme des anomalies. Et notamment le fait que des acteurs s'agitent dans l'ombre,parmi lesquels l'ingénieur général de l'armement Jacques Lys - autrefois désigné par Pasqua pour participer à une commission de travail franco-saoudienne - et un homme d'affaires libanais apparaissant régulièrement dans des dossiers d'armement : Ziad Takieddine. Cet homme avait en particulier joué un rôle important auprès de François Léotard, alors ministre de la Défense, dans la négociation du contrat Sawari 2, portant sur la vente de frégates à l'Arabie saoudite, le chef de file de ce projet étant Thomson-CSF, l'ancien nom de Thales. La mission d'intermédiaire de Ziad Takieddine avait été interrompue brutalement par l'Elysée en 1996, non sans qu'une équipe du service action de la DGSE ait dû être mise à contribution, à Genève, pour le convaincre du sérieux de la présidence de la République. PDG de Thomson, Alain Gomez avait dans la foulée été remercié sans ménagement par le Premier ministre Alain Juppé. Personne ne faisait alors mystère du fait qu'il s'agissait d'une remise au pas des réseaux ayant agi au profit de l'ancien candidat à la présidence de la République Edouard Balladur.

      Soyons clair : certains, à l'Elysée, ont cru voir dans le rôle de Nicolas Sarkozy autour de l'affaire Miksa une tentative de mise en place d'un réseau de financement occulte. Cette conviction a été confortée après la visite à Riyad, le 10 novembre dernier, du sherpa de Chirac, le diplomate Maurice Gourdault-Montagne. Officiellement pour « souhaiter un bon ramadan » au prince régnant Abdallah. En réalité, pour convaincre ce dernier de la nécessité de retirer à Thales, à Civipol et à Nicolas Sarkozy la mainmise sur le contrat. Et donc sur un hypothétique trésor de guerre de 350 millions d'euros... Peu après, Jupiter tonnait ! Thales apprenait que l'ensemble du dispositif savam-ment mis en place était jeté à bas et que le contrat se négocierait dorénavant
      «d'Etat à Etat», c'est-à-dire entre l'Elysée et le prince régnant. Côté fran-çais, c'est désormais une structure proche du ministère de la Défense, la société Sofresa,dirigée par Michel Mazens, qui a reçu la charge du dossier. Et chacun doit rendre compte à Maurice Gourdault-Montagne. Chez Nicolas Sarkozy, on confirme : « En accord avec l'Elysée, on leur a laissé la main ! »

      Est-ce à dire que le contrat Miksa est placé sur de nouveaux rails ? On le saura assez rapidement,Abdallah étant attendu à Paris dans les semaines, voire dans les jours qui viennent. Les soupçons de corruption sont-ils envolés pour autant ? Rien n'est moins sûr... Car de bons connaisseurs du dossier affirment que, si les règles anticorruption fixées par l'OCDE en 2000 et avalisées par la France seront appliquées strictement, le contrat Miksa n'est pas un bloc homogène. Il concerne des équipements d'origine française, certes, mais aussi, pour près de la moitié de sa valeur, d'énormes travaux de génie civil que le principal sous-traitant de Thales, le groupe de travaux publics Vinci, avait prévu de confier à la société saoudienne Almabani, réputée proche du prince Naïef. Or voici que, depuis quelques semaines, des rumeurs courent sur le fait que cette société se verrait préférer l'une de ses deux concurrentes, Saudi Oger, dont le propriétaire n'est autre que Rafic Hariri, le Premier ministre libanais, proche du prince Abdallah et grand ami de Jacques Chirac

      Des gros sous

      Il y a l'affaire Miksa. Et ses à-côtés. Par exemple, la révocation par Thales, fin 2000, du contrat de conseil signé avec deux hommes d'affaires libanais, les frères Nasr et Joseph Abou-Diwan.Selon ce document, les agents commerciaux devaient être rémunérés pour leur rôle de conseil auprès du gouvernement saoudien. Mais Thales ne veut plus entendre parler de commissions occultes parce que l'OCDE l'interdit : si la société contrevenait à cette règle, son PDG et quelques cadres courraient le risque de la prison. Les Diwan (Joseph est décédé) n'auront donc rien. Comme leur avocat l'a confirmé au Point, ils n'ont pas porté plainte pour rupture abusive de contrat. Un autre à-côté spectaculaire est détaillé dans le livre d'un ancien policier de la brigade des stupéfiants, Fabrice Monti. Rappelant que 2 tonnes de cocaïne avaient transité d'Amérique du Sud à Paris dans le Boeing d'une société propriété de la famille royale saoudienne en 1999, le livre raconte comment le prince Naïef, ministre de l'Intérieur saoudien, a fait pression sur la France. En menaçant de mettre fin au contrat Miksa. «La probabilité que les autorités françaises aient accédé aux exigences saoudiennes est élevée», écrit l'auteur.

      J.G.

      © le point 06/05/04 - N°1651 - Page 38 - 1211 mots
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