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« L'intelligence économique, une nouvelle culture pour un nouveau   Liste de messages  
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Le prix de l'Académie de l'Intelligence Economique. En entier : «
L'intelligence économique, une nouvelle culture pour un nouveau monde »,
collection Questions Judiciaires.

De même que pour le prix de l'année dernière, la couverture du livre
mérite qu'on s'y arrête. Au fond, la couverture, c'est le seuil du
livre. L'endroit le plus fréquenté. Un livre qui est lu par 2000
personnes est vu par 100 fois plus de monde. On passe devant, dans une
librairie, dans une bibliothèque. Mais que trouve-t-on au seuil d'un
livre ? Des choses bien banales, plus ou moins perceptibles. On peut les
voir ou ne pas les voir. Cela dépent d'un autre seuil. Celui de notre
attention. Il y a forcément des choses qui demeurent au dessous de ce
seuil. Elles sont, au sens étymologique, subliminales.

Le directeur de la collection, au lieu de respecter l'usage, qui est de
rapprocher le nom de collection du logo de l'éditeur, l'a substitué au
sous-titre. Sur la page de couverture, on lit donc seulement
"L'intelligence économique" et juste en dessous, en rouge, "Questions
judiciaires", dans une typographie inspirée par l'ambiance graphique
"procès verbal d'instruction". Subtil tintement de casseroles. Bande son
très travaillée. Un fond sonore rugueux qui plonge notre vieux
néologisme dans son actualité fantasmatique.

Je continue. Deux tiers de la couverture sont occupés par une image.
C'est un gros plan photographique sur un visage, cadré sur les yeux et
le nez. L'homme porte des lunettes. Des lunettes avec des verres
teintés. Le tout est baigné d'une faible lumière verte. Il n'est pas au
soleil sur une plage. Que fait-il ? Il lit. Ou plutôt, il fait semblant
de lire. Car le texte en anglais qui se reflète dans ses lunettes, au
lieu d'être inversé comme dans un miroir, a été mis à l'endroit,
lisible. Ou bien - vous avez raison, c'est possible - il lit un texte
inversé, et c'est ce qui fait que son reflet sur les lunettes est lisible.

Nous voyons donc ce qu'il voit. Il y a redoublement du cadrage. Nous
voyons avec ses lunettes. Et le second cadrage est comme en camera
subjective, cette fois. Nous sommes dans la peau de l'espion, à lire ce
qu'il lit. Je ne reviens pas sur l'ambiance sonore. Voilà qui est
étrange. Des lunettes teintées pour lire un texte écrit à l'envers dans
une semi-obscurité. "Story telling".

Cela s'éloigne assez du style habituel de Didier Thimonier, le
maquettiste, comme on peut le constater en visitant
http://www.atelierdidierthimonier.com/ . Même pour ses couvertures de
romans policiers. Tel est donc très probablement le résultat d'un "brief
créatif" de l'éditeur ou du directeur de collection. Eric Delbecque,
lui, n'a pas forcément eu son mot à dire à cette étape. De la part d'un
éditeur, c'est pourtant plus prudent. Car l'auteur est toujours en
droit, en découvrant le livre fabriqué, de dire que la couverture ne lui
convient pas, qu'il interdit la vente de son livre sous cette fausse
apparence, et qu'il faut tout recommencer. Ce droit est parfaitement
justifié. Les auteurs ont rarement le courage d'en user.

Il y a des gens qui croient que j'exagère quand je dis que l'amalgame
entre l'intelligence économique et l'espionnage relève de l'affichage
subliminal. Cette couverture en témoigne, pourtant. Même si, en
l'occurence, cette preuve ne tient probablement qu'à la passivité d'Eric
Delbecque.

Le prix en question, de toute façon, n'est pas fait pour récompenser le
courage. Si c'était le cas, Damien Bruté de Rémur, l'auteur de "Ce que
intelligence économique veut dire", l'aurait eu. Un bon travail, je l'ai
déjà dit ici, avec des positions aux antipodes des miennes.

Le livre d'Eric Delbecque n'est pas mauvais. Son point faible se situe
surtout dans le chapitre intitulé "Les savoir-faire". On y trouve le
seul cas développé du livre, "l'affaire du saumon" (pp. 95 à 108). Une
analyse qui s'encombre, à mon avis, de nombreux biais.

Plus généralement, la notion de "nouvelle culture" fait une bonne
synthèse de tout ce qui cloche dans l'intelligence économique. La
négation de toute existence historique antérieure au concept, l'immense
retard du concept labellisé sur la pratique empirique, la confusion du
label et du réel, l'irréductible marginalité économique qui en résulte,
la mystique de la "révolution culturelle", dans un rapport d'entretien
mutuel avec cette marginalité. L'approche dogmatique de la puissance et
son métaphorisme belliqueux. Et pour finir, la faiblesse, en qualité et
en quantité, des interventions de l'Etat, s'obstinant à miser sur le
même numéro, sans conviction, tout en plafonnant sa mise. Tout cela, le
livre, sous sa "couverture" de roman d'espionnage, le reflète fort bien.


Frédéric Lepage







Mardi 16. Octobre 2007  12:21

heautontiant...
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Le prix de l'Académie de l'Intelligence Economique. En entier : « L'intelligence économique, une nouvelle culture pour un nouveau monde », collection...
Frédéric Lepage
heautontiant...
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16. Octobre 2007
13:35
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