SPS
TERRITOIRES OCCUPES/DEFENSEURS DROITS HUMAINS/MEDIA
Interview de Mohamed Cheikh EL Moutawakkil
El Aaiun (territoires occupés), 31/07/2006 (SPS) L'activiste sahraoui des droits
humains, Mohamed El Moutawkkil, a accordé au site "Cahiers du Sahara"
(http://www.cahiersdusahara.new.fr/ ) une interview exclusive que nous
reproduisons ci-après. L'entretien a été traduit de l'arabe par SPS :
"Mohamed El Moutawkkil ( voir photo), de son vrai nom Mohamed ould Cheikh ould
el Hassan, est né le 10 octobre 1966 à Assa dans une famille sahraouie composée
des grands-parents, des parents et de leur huit enfants.
Il a fait ses études primaires entre Akka, Agadir, Ettantan et Assa, ses études
secondaires à Guelmim et l'université entre la faculté des sciences de Kenitra
et celle d'Agadir. Il a obtenu sa Licence en Géologie en 1990.
Il a participé à la Intifada du 24/09/2006 à Assa et a été arrêté et condamné à
un an de prison ferme qu'il a purgé dans la prison d'Inzegan.
Il a milité au côté d'autres Sahraouis en faveur des droits de l'homme et a
participé à la fondation de la section Sahara Occidental du Forum Vérité et
Justice.
Mohamed Cheikh el Moutawakkil a été déporté arbitrairement à Casablanca en
Novembre 2001 et arrêté le 20/07/2005 après le déclenchement de la Intifada de
l'indépendance.
Il milite avec d'autres activistes sahraouis en faveur des droits de l'homme au
Sahara Occidental et est connu dans les milieux médiatiques marocains par ses
positions soutenants le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.
Question : Parlez-nous des emprisonnements politiques que vous avez subis.
Etaient-ils tous liés à vos positions politiques concernant le Sahara Occidental
?
Réponse : L'expérience des emprisonnements politiques que j'ai vécue était la
conséquence d'une lutte populaire conçue et menée par des militants sahraouis
conscients de leurs responsabilités et prompts à mener la population dans un
élan où chacun pouvait donner le meilleur de lui-même et retrouver des énergies
insoupçonnables. Nous avons réussi, vers la fin des années 80 à concrétiser,
progressivement ce militantisme à travers des sit-in, des marches, des
revendications et des prises de positions et en faire une arme, rendu chaque
jour plus efficace par la confrontation et par la répression qu'impose aux
Sahraouis l'appareil répressif marocain.
Notre conscience, fruit d'une volonté politique visant à consacrer notre droit à
l'existence et à la vie, n'a d'égal que notre conviction profonde que le prix à
payer ne pouvait être que très élevé, ce qui a aidé à tracer le chemin devant
une génération de militant qui ont transcendé les difficultés, sacrifier leurs
engagement familiaux et leur ressources afin que soit réalisé le droit collectif
des Sahraouis à un vie empreinte de dignité. C'est dans ce contexte que ma
première arrestation avait eu lieu. C'était le 24/04/1992 à Assa. J'ai passé à
l'époque un an d'incarcération dans la prison d'Inzegan, en compagnie d'autres
camarades de lutte.
Ma deuxième détention a eu lieu après le déclenchement de l'Intifada de
l'indépendance. J'ai été arrêté ainsi que plusieurs activiste sahraouis des
droits de l'homme. Cette fois je n'étais pas directement impliqué dans les
manifestations qui ont eu lieu, mon arrestation était à cause de mes positions
politiques affichées. Cette expérience carcérale, nonobstant sa courte durée,
avait ses répercussions. Toutes nos actions militantes à l'intérieur de la
prison, nos longues grèves de la faim, et le procès du régime que nous avons
imposé à l'intérieur des tribunaux marocains avaient reçu de la part de la
population une adhésion sans précédent.
Question : croyez-vous que vous êtes victime d'une campagne sciemment menée par
les services secrets marocains afin de vous détourner de vos positions
politiques déjà déclarées ?
Réponse : Assurément. Les services secrets marocains n'ont de cesse de cibler et
de piéger les militants sahraouis aidés en cela par une poignée de Sahraouis
intéressés et mercenaires. Ces services secrets et leurs barbouzes poursuivent
avec acharnement leurs actions maléfiques contre les militants sahraouis. Leur
dernière trouvaille en matière de propagande était d'accuser les activistes
sahraouis des droits de l'homme de recevoir des fonds et du matériel depuis
l'étranger et de les utiliser pour de s'enrichir illicitement au détriment des
victimes. Evidemment, l'objectif est de salir la réputation de ces militants,
créer le déséquilibre au sein de notre communauté nationale et approfondir les
divisions au moment où notre société traverse une période de mouvements et de
changements.
Cette politique et ces méthodes seront sans aucun doute vouées à l'échec malgré
la complicité d'une presse inféodée et quelques influences sur des personnes aux
convictions fragiles. Nos militants ne seront ni coupés de leur bases ni de leur
environnement. Nous devons, à tout égard, rester vigilants pour contrer cette
guerre psychologique visant à semer le doute et saboter nos acquis et qui
constitue le complément d'une politique d'agression et de répression directe
mais qui a prouvé son inefficacité.
Question : Qu'elles sont vos revendications politiques et juridiques face à
l'Etat marocain?
Réponse : Nous nous sommes plusieurs fois exprimé et dit que le représentant
unique et légitime du peuple sahraoui demeure le Front Polisario et nous avons
appelé à le soutenir et à appuyer sa direction nationale présidée par le
Secrétaire général du front, Mohamed Abdelaziz. Seul le Front Polisario possède
la légitimité de la représentation et celle de définir les objectifs politiques
à suivre. Sa ligne politique est claire et ne souffre aucune ambiguïté et nul
n'a besoin d'être clerc pour la comprendre, elle se résume en l'application pure
et simple de la légalité internationale et des résolutions de l'ONU. Cela reste
la seule voie à même de résoudre ce conflit entre le peuple sahraoui et l'Etat
marocain. Ce dernier est appelé à respecter ses engagements internationaux et
permettre au peuple sahraoui d'exercer son droit inaliénable à
l'autodétermination comme il est appelé à respecter les Traités internationaux
qu'il a ratifiés et plus particulièrement celui relatif aux droits civils et
politiques et celui relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ainsi
que la Convention contre la torture. Ces Traités et Convention sont
continuellement l'objet de violations par l'appareil répressif marocain sans
aucune considération morale ou humaine.
Question : Quel bilan faite-vous de ce que subissent les Sahraouis ?
Réponse : Les Sahraouis ont souffert de toutes sortes de tortures et de
répressions et subissent la tragédie de l'exode et de l'exil qui n'ont
d'objectifs que l'humiliation et la destruction de l'homme. Ils continuent de
résister à toutes les tentatives d'assujettissement et d'assimilation
perceptibles quotidiennement dans une politique de domestication et de terreur.
La tragédie des Sahraouis ne se limite pas au nombre incalculable de veuves et
d'orphelins, de martyrs et de disparus, mais elle engendre des séquelles
psychologiques bien plus graves et imprime dans la mémoire collective une
histoire tragique jalonnée de pratiques inacceptables devenues l'expression
manifeste d'une intolérable condition coloniale.
Cette tragédie durera tant que cette occupation persiste et ne cessera que par
la disparition de cette occupation.
Question : Les Sahraouis ont déclenché leur Intifada pacifique de
l'indépendance. Quel bilan faites-vous un an après ?
Réponse : Grosso modo, nous pouvons dire que cette Intifada a permis aux
Sahraouis de se débarrasser de la peur et de l'hésitation. Leur comportement
militant est devenu plus audacieux. La foi des Sahraouis en la justesse de leurs
revendications les pousse à envahir les places et les rues arborant le drapeau
national et scandant des slogans en faveur de l'autodétermination. Ils le font
au prix du sang et en engageant leur liberté et tout ce qu'ils possèdent de plus
cher. Cela constitue assurément un signal fort et même un véritable SOS en
direction de la communauté internationale et finira par attirer l'attention du
monde et obliger l'Etat marocain à réviser ses calculs et à souscrire à la
légalité internationale.
Question : d'aucun pensent que ce que souffrent les Sahraouis actuellement n'est
que dérapages et dépassement de quelques responsables autoritaires, tandis que
d'autres le considèrent comme étant une politique systématique dont l'objectif
est de terroriser les Sahraouis afin de les dissuader de revendiquer
l'autodétermination et l'indépendance. Quelle est votre opinion ?
Réponse : La répression sauvage dont souffrent les Sahraouis s'inscrit dans le
cadre d'une punition collective pratiquée de façon systématique par l'Etat
marocain. Je ne peux pas dire que ces pratiques criminelles qui ne se sont pas
limité aux enlèvements, arrestations et tortures mais se sont étendues à
d'autres pratiques encore plus criminelles telles brûler les sahraouis ou les
assassiner et le cas des deux martyrs « Hamdi Lembarki » et « Lekhlifi
abbacheikh » est là pour nous le rappeler, constituent un simple dérapage des
agents de l'autorité, cela peut évidemment être commis, mais reste marginal. Ce
qui se passe au Sahara Occidental, particulièrement depuis un an, est bel et
bien une pratique illégale systématisée. Nous avons observé que depuis
l'Intifada les choses se sont aggravées au Sahara Occidental, les appareils
sécuritaires sont impliqués quotidiennement dans des crimes systématisés et ne
font qu'exécuter des décisions d'en haut à savoir la Direction générale de la
sécurité. A cette politique répressive s'ajoutent de temps à autre quelques
"initiatives" visant à éteindre la flamme de l'Intifada, dont la dernière en
date est la constitution du CORCAS.
Question : La décolonisation du Sahara Occidental est dans l'impasse. Quelle
initiative internationale pourrait l'en sortir ? Que peuvent encore concéder les
parties en conflit afin de parachever ce processus ?
Réponse : Nous ne pouvons pas dire que le processus de décolonisation du Sahara
Occidental se trouve dans une impasse tant que la 4ème Commission de l'ONU
revendique le devoir d'appliquer le droit à l'autodétermination à cette ancienne
colonie espagnole : le Sahara Occidental. Nous constatons cependant que les
décisions du Conseil de sécurité dans ce sens manquent de mécanismes
d'application efficaces. Il est à constater également que les deux belligérants,
le Front Polisario et le Maroc, revendiquent la légalité internationale et cela
constitue en soit un élément essentiel à même d'aider à mettre en oeuvre le Plan
de règlement, à travers des mécanismes de pression nécessaires à son
application.
Question : Peut-on dire que l'Espagne applique une politique de deux poids deux
mesures et se dérobe de sa responsabilité historique concernant la
décolonisation du Sahara Occidental ?
Réponse : L'Espagne, pays naguère colonialiste, revendique aujourd'hui les
valeurs démocratiques et fait partie de l'Union européen. La transition
démocratique espagnole a amené au pouvoir un régime totalement différent du
précédent. Ce régime démocratique ne pourrait se laver les mains de cet
héritage honteux et se dérober de ses responsabilités de décoloniser son
ancienne colonie, le Sahara Occidental.
Le Gouvernement espagnol tente d'induire en erreur l'opinion espagnole qui
manifeste un soutien sans faille à la cause du peuple sahraoui. Les déclarations
du Gouvernement espagnol faisant état de son engagement de respecter les
décisions de l'ONU ne sont pas reflétés par une volonté réelle de trouver la
solution juste et préconiser par le Droit international.
Question : quelle est votre position par rapport au Conseil de Ould Errachid,
qualifié par certains de cheval de Troie ?
Réponse : Le Conseil de Ould Errachid est loin d'être un cheval de Troie. Il est
illusoire d'imaginer que les Sahraouis, tous les Sahraouis, croiront que ce
conseil sera le véritable adversaire dans la bataille de l'autodétermination. Ce
conseil n'est autre qu'une institution makhzenienne loin d'être au niveau de la
représentation de l'Etat marocain. Un simple outil pour la consommation interne
au Maroc qui ne possède aucun pouvoir de décision.
Que pensez-vous de ceux qui ont trahi la cause du peuple sahraoui et l'ont
abandonner pour se battre seul ?
Réponse : Le peuple sahraoui est un peule qui fraye son chemin de libération
dans des conditions difficiles. Certains de ses fils l'ont trahi mais il
demeurera libre et digne, aimant la paix et rejetant les haines et les rancunes.
Notre peuple rejette l'humiliation et la domination et aspire à rassembler tous
ses fils.
Question : Un dernier mot ?
Réponse : Je voudrais féliciter les efforts fournis par le staff du « Cahiers du
Sahara », ce site qui est un exemple de créativité et dont l'objectif est de
gagner la bataille de l'information et hisser ce travail au niveau souhaité par
les militants. Nous lui souhaitons tout le succès. Merci. (SPS)
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[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul on été
supprimées]