ReSPUBLICA N°116
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LE JOURNAL DE LA GAUCHE REPUBLICAINE, LAÏQUE, ECOLOGIQUE ET SOCIALE
«Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire : ce n'est pas
subir la loi du mensonge triomphant qui passe »
Jean Jaurès
«Ce qui constitue la vraie démocratie, ce n'est pas de reconnaître
des égaux, mais d'en faire »
Léon Gambetta
« Un jour le courage frappe à la porte de la peur et demande : « qui
est là ? » La peur répond: « la peur. » Le courage entre, et il n'y a
personne. »
Marianne Muguet
SOMMAIRE
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Allez sur notre nouveau site www.gaucherepublicaine.org.
Faites connaître ReSPUBLICA:
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AGENDA
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1 LA CHRONIQUE D'EVARISTE
2 FRANCE
A) Le crépuscule de la liberté de conscience.
B) L'historique et l'ideologie de l'association Diwan
C) Diwan:la lutte de la gauche républicaine, laïque, écologique et
sociale doit continuer
D) Projet de loi de financement de la sécurité sociale
3 INTERNATIONAL
A) Beresheet : Woodstock écolo, a cartonné
B) Chronique culturelle littéraire
C) Laïcité : l'arme qui manque à la gouvernance mondiale
D) De New-York à Gaillac : trajet d'une épidémie logotoxique - par
Robert Redeker
AGENDA
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Ødu 9 au 13 novembre : Réunion OMC (Organisation Mondiale du
Commerce) à Doha au Qatar, dont le but est à l'ordre du jour : la
discussion sur l'AGCS (Accord Général sur le Commerce et les
Services) qui vise à une privatisation généralisée de l'ensemble des
services publics.
Øsamedi 10 novembre 13h30 : OMC-Qatar Rendez-vous - Place de la
Bourse ... Plus de 50 organisations, dont Atttac, appellent à
manifester contre l'ouverture d'un cycle de libéralisation,
privatisation et dérégulation au Qatar (Doha). Venez nombreux,
conviez y vos ami(e)s et sympathisants. Le cortège ira de la place de
la Bourse à la Bastille (départ 14h de la Bourse). Apportez sifflets
ou tout autre instrument faisant du bruit, pour une minute de non-
silence à 15h.
Ø10 novembre : Colloque national UFAL à l'hôtel Départemental
(Conseil Général, 52 avenue de Saint-Just à Marseille) sur le
thème "Intégration par l'éducation". Inscriptions : contact@....
ØLundi 19 et mardi 20 novembre 2001 : 3ème forum sur les Services
d'intérêt général à Bruxelles. Pour recevoir le programme et le
formulaire d'inscription, faîtes celsig@....
ØVendredi 30 novembre à 20h à Nantes (44) : Conférence publique de
l'UFAL.
Maison des Associations, 21Allée Baco, 44000 NANTES.
Animée par Bernard TEPER, Président National de l'UFAL.
Contact :
Nord Loire Saint Nazaire
Jacques LOMBARD(tél : 02.40.34.82.54)
SUD LOIRE
Raymond NISON(tél : 02.40.31.03.45)
1- LA CHRONIQUE D'EVARISTE
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Après le 11 septembre, la "Belle Epoque" est encore plus belle !
Il a une centaine d'années se développaient une idéologie de
l'insouciance et du bien-être refusant de voir la réalité matérielle
et appelant de ses vœux une société du spectacle (théorisée plus tard
par Guy DEBORD). C'était la "belle époque" !
Cette période à permis la montée des intégrismes sectaires tant
politiques que religieux, montée qui a entraîné la marginalisation de
ceux qui avaient espérés la rupture de la gauche républicaine, laïque
et sociale (les amis militants politiques, syndicaux, associatifs de
Gambetta, Jaurès, Bernard Lazare, etc.) au profit d'une politique
spectacle organisée par des personnages "charismatiques et
providentiels" de gôche comme de droite. Ces derniers, à la solde des
tenants du capitalisme monopoliste, instrumentalisèrent les
sectarismes et les communautarismes, ouvrant par là même la voie au
développement du capitalisme et aux impasses des socialistes et des
communistes. C'était "la belle époque" !!!
Après le 11 septembre, celle-ci est encore plus belle ! La conformité
plurielle a perfectionné la "société du spectacle" par des médias qui
donnent l'apparence de la diversité. Les personnages "charismatiques
et providentiels" peuplent l'ensemble des médias écrits, radio au
audiovisuels. Les intégrismes, les sectarismes, les communautarismes
prospèrent. La gauche républicaine, laïque, écologique et sociale est
baillonnée par les uns, sommée de rejoindre tel ou tel
personnage "charismatique et providentiel" (sans droit de poser les
questions qui "fâchent") par les autres, et enfin critiquée quand
elle ne capitule pas devant telle ou telle position sectaire ou
dogmatique.
Fidèle à la stratégie de la "main de fer dans un gant de velours", la
gauche républicaine, laïque, écologique et sociale se doit de
s'opposer aux stratégies de "la main de fer dans un gant de fer",
de "la main de velours dans un gant de velours", de "la main de
velours dans un gant de fer".
Pour cela, il faut des lieux de débat. ReSPUBLICA est le seul lieu de
débat où la gauche républicaine, laïque, républicaine, écologique et
sociale n'est pas baillonnée et qui est ouvert aux débats
républicains.
C'est pour cela que nous accueillons aujourd'hui le point de vue du
philosophe Robert REDEKER.
2 FRANCE
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A) Le crépuscule de la liberté de conscience.
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Alerte..
À Antony (Hauts de Seine) la municipalité participe à l'élévation
d'une construction dont le caractère religieux ne peut échapper à
personne. Il s'agit d'un édifice d'une quinzaine de mètres de haut en
marbre gris clair et portant à son sommet une croix. Cet édifice est
construit au milieu du trottoir attenant à l'église Saint Jean Porte
Latine située avenue de la Fontaine Mouton dans le quartier du Grand
Ensemble de Massy-Antony près de la gare des Baconnets. Cette église
date du début des années 1960. Le symbole est assez marqué. Placé au
milieu du cheminement des passants ces derniers ne pourront plus
ignorer la hideuse façade de l'église qui se trouvait il y a peu
encore masquée par deux somptueux arbres qui ont été tronçonnés et
arrachés sans pitié. Leurs souches sont restées en place plusieurs
mois encore. De ces souches sont nées de nouvelles branches ce qui
démontrait qu'une force vitale incroyable habitait encore les restes
de ces pauvres arbres. Mais rien à faire, le denier du culte a eu le
dernier mot. L'enseigne publicitaire plutôt que la verdure.
Doit on rappeler au clergé que les arbres sont aussi des créatures de
Dieu et qu'a ce titre ils méritent la vie ? Que les arbres sont les
créatures les plus proches de l'image que l'on peut se faire d'une
vie créée par Dieu car ils ont les pieds bien ancrés dans la terre
nourricière et que leur sommet monte vers le ciel, vers ce Dieu même
que l'église vend et dont elle sacrifie les enfants les plus nobles…
pour les remplacer par des totems de béton.
La mairie n'a pas lésiné sur la mise en scène pour mettre en valeur
cette "maison de Dieu". Trottoirs réaménagés, éclairage amélioré
etc... Il s'agit d'une véritable agression contre la liberté de
conscience, contre les libertés individuelles, payée avec les deniers
des contribuables de la ville.
Aujourd'hui de plus en plus d'églises sont réinvesties par des
groupuscules catholiques ultra réactionnaires, le sons des cloches
accompagnent, à nouveau, et de plus en plus souvent, les bruits des
villes.
N'a t on pas entendu récemment jeter l'anathème sur une fête,
commerciale soit mais bien innocente (Halloween) parce qu'elle est
d'origine païenne et qu'elle est un symbole du mercantilisme
marchand "anglo-saxon" et donc nécessairement entaché de
protestantisme.
Il n est peu être pas loin le temps où l'on verra les places
publiques transformées, comme dans les pays musulmans les plus
réactionnaires, en tribunaux populaires où l'on jugera en trois coups
de cuillère à pot et condamnera à mort, ou pire, des hommes accusés
d'avoir voulu rester libres.
Christian Baron-Paris
B) L'historique et l'ideologie de l'association Diwan
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Résistance Pour une Ecole REpublicaine (REPERE) tient à la
disposition des lecteurs de ReSPUBLICA une étude, parue dans le
journal La Raison, sur l'historique de Diwan et sur Lœiz Herrieu (nom
de l'école Diwan de Lorient), raciste, antisémite et collaborateur
des nazis.
Vous pouvez demander ce document à REPERE2000@....
C) Diwan : la lutte de la gauche républicaine, laïque, écologique et
sociale doit continuer
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Le feuilleton à épisodes déclenché par les communautaristes de Diwan
et soutenu par leurs alliés de la conformité plurielle de gôche et de
droite a été relancé par la bonne décision du Conseil d'Etat.
Résistance Pour une Ecole REpublicaine (REPERE2000@...) a reçu un
abondant courrier électronique. D'abord, quelques courriels étaient
favorables à la balkanisation de la France et au communautarisme.
REPERE leur répond que :
1- l'intégrisme et le terrorisme se cultivent sur le terreau du
communautarisme. La lutte nécessaire contre l'intégrisme et le
terrorisme implique une lutte contre son terreau : le
communautarisme. Loin d'être un paravent contre le terrorisme et
l'intégrisme comme le prétende la conformité plurielle de gôche et de
droite, il en est le vecteur (voir la Corse, l'ex-Yougoslavie, le
Proche-orient, le Moyen-orient, etc... car la liste est longue!)
2- le communautarisme a été relancé ces dernières années par la
gouvernance mondiale du turbocapitalisme mondialisé (grandes firmes
multinationales et financières, associations internationales et
régionales et l'administration américaine et leurs alliés) pour
détruire toutes les solidarités qui gènent le développement de
l'extension du règne de la marchandise et de la privatisation
généralisée de la planète (services publics, sécurité sociale, états-
nations, etc.),
3- le communautarisme est l'un des vecteurs, avec les inégalités
sociales de la haine envers l'autre (certains courriels étaient
réellement des courriels de haine !)
4- beaucoup de nos lecteurs nous ont fait part qu'il estiment
que le communautarisme est le principal agent d'exclusion de
l'autre, "de ceux qui n'en sont pas" comme disait J.P.B. dans son
courriel.
Beaucoup de réactions étaient favorables à la prise de positions de
REPERE contre l'intégration de Diwan et son enseignement par
immersion dans l'enseignement public. Ces lecteurs ont tour à tour
montré que contrairement au communautarisme qui restreint la
démocratie, la position de REPERE favorisait la démocratie et
l'ouverture aux autres.
Plusieurs lecteurs ont fait ressortir l'originalité de la position de
REPERE à savoir que REPERE est favorable à l'augmentation des budgets
pour l'enseignement des langues étrangères, régionales et
transnationales (comme l'espéranto, comme le demandait Charly D.!)
dans l'enseignement public dans un même statut ce qui est une
position qui organise la promotion des langues régionales
facultatives. Ce statut conserverait une seule langue officielle
obligatoire, le français, qui serait donc la langue d'enseignement de
toutes les autres matières que les langues (maths, histoire,
sciences, biologie, etc.) contrairement à l'immersion qui prévoit que
ces matières puissent être enseignés dans une langue régionale. Ce
statut interdirait le caractère obligatoire des langues étrangères,
régionales et transnationales.
REPERE2000@... propose aux lecteurs favorables à ses propositions
de se retrouver sur sa liste de diffusion. Pour cela, vous pouvez lui
fournir directement vos adresses électroniques.
REPERE2000@... souhaite par là même renforcer le maillage de la
gauche républicaine, laïque, écologique et sociale dans le secteur
scolaire et universitaire comme condition d'une plus grande
émancipation humaine.
D) Projet de loi de financement de la sécurité sociale
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Le débat parlementaire sur le projet de loi de financement de la
sécurité sociale s'ouvrira le 23 octobre. Le parlement devrait
adopter en 1ère lecture le financement des emplois pour la réduction
du temps de travail de la Fonction Publique Hospitalière et voter la
modification de l'ordonnance de 1982 renvoyant les garanties
législatives statutaires des personnels à un cadre statutaire
réglementaire plus précaire.
La Fédération SUD demande aux parlementaires de ne pas adopter les
propositions d'emplois et le cadre réglementaire proposé par le
gouvernement.
3 INTERNATIONAL
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A) Peace and love en Israël
Beresheet : Woodstock écolo, a cartonné
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Dans le numéro précédent de Respublica, vous avez pu vous rendre
compte que nous avons décidé de passer pour le proche-orient la
déclaration israelo-palestinienne à la place de l'information sur
Beresheet qui était une sorte de Woodstock israelien et qui montrait
que la société israelienne est diverse. Nous l'avons supprimé du
journal sans l'avoir enlevé du sommaire.
Nos excuses à Laurent R. et aux lecteurs qui auront remarqué ce fait.
Nous sommes de plus en plus obligés de faire des choix entre des
informations intéressantes.
Pour que nous puissions augmenter notre masse d'informations, nous
avons besoin de votre soutien militant et de votre soutien financier.
Si vous êtes prêt à vous joindre à nous, n'hésitez pas à nous
contacter :
Association des Amis de Respublica (AAR)
27, rue de la réunion
75020 Paris
respublica1792@...
site:www.gaucherepublicaine.org
B) Chronique culturelle littéraire
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HOMO ZAPIENS, Viktor Pelevine (Editions du Seuil, 130 FF).
On nous avait dit que les grands écrivains russes n'allaient pas
tarder à apparaître. Les nouveaux Gogol, les nouveaux Dostoievski…
HOMO ZAPIENS est le huitième ouvrage traduit en français de Viktor
Pelevine, né en 1962. Dédié à "la mémoire de la classe moyenne", HOMO
ZAPIENS conte les aventures de Babylev Tatarski, homme ordinaire,
débarquant dans l'univers d'une "novo russie" inféodée aux nouveaux
maîtres : argent, télé, mafias et commerce du n'importe quoi.
Loufoque et halluciné, le héros du roman entame un long périple dans
le monde de la manipulation de la langue et des images, nouvelle
propagande s'attaquant aux esprits en vue de leur imposer des
produits. Terrorisme insidieux et visant directement la capacité
humaine d'appréhender le monde où il évolue. Pelevine pousse jusqu'à
l'absurde théologique cet empoisonnement du psychisme humain par des
individus devenus aussi vides que leurs messages…
Soulignons que HOMO ZAPIENS donne de parfaites illustrations des
mécanismes de ce formidable outil d'aliénation : la publicité. Or,
connaître les armes de son adversaire, c'est déjà le démythifier et
par là même se donner les moyens de lui résister. Détruire en soi-
même l'idée de la "toute-puissance" d'un ennemi, c'est déjà lui
porter de sales coups…
Philippe Pissier
C) Laïcité : l'arme qui manque à la gouvernance mondiale
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Nous reprenons ici une brève de François Delapierre, parue dans La
Lettre de la République Sociale de Paris :
"La cuirasse américaine a un défaut majeur : la contribution propre
de la puissance dominante au développement de l'intégrisme sur la
planète. Qui peut nier en effet que l'ordre mondial que les Etats-
Unis défendent a permis le renforcement sans précédent de ces
courants totalitaires ? Conséquence : l'intégrisme se combat avec les
seules armes dans lesquelles les Etats-Unis d'Amérique ne peuvent se
prévaloir d'une supériorité sur le reste du monde. Contre
l'obscurantisme, il faut la laïcité. Difficile en effet de combattre
l'intégrisme en jurant sur la Bible. Contre le terrorisme, il faut le
droit international. Difficile pour un pays qui s'est opposé avec
acharnement à la mise en place de la Cour pénale internationale.
Contre le blanchiment de l'argent sale, le contrôle public des marché
de capitaux. Contre la misère des pays du Sud, un autre modèle de
développement que celui de la mondialisation libérale qui nourrit les
inégalités sur la planète. Contre la crise de la démocratie, la
reconnaissance du rôle des Etats et la fin des politiques libérales
de démantèlement impulsées par le FMI… Les Etats-Unis se trouvent sur
toutes ces questions pris à contre-pied. Il leur faudrait renoncer
aux instruments de leur domination sur le monde. Cruel dilemme : faut-
il préférer l'humiliation de l'empire ou son démantèlement ?"
D) De New-York à Gaillac : trajet d'une épidémie logotoxique.
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Commençons par la narration d'un incident qui en dit long sur le
développement d'une judéophobie de gauche s'accompagnant de pratiques
de censure.
J'ai, dans le cadre du dernier salon du livre de Gaillac, à
l'invitation de la médiathèque municipale, prononcé, une conférence
sur le négationnisme titrée "L'Invisiblisation d'Auschwitz". Le
public était composé de gens de gauche, en particulier de militants
d'Attac. A la fin de mon intervention, un des militants – déclarant
par ailleurs appartenir au Cercle Marc Bloch dont l'épicentre siège à
Lyon – s'est levé pour affirmer d'une part qu'il était "antisioniste"
et d'autre part qu'il ne pouvait être question de laisser Israël,
Etat raciste, justifier son existence et son "colonialisme" par
l'usage de la mémoire de la Shoah. J'ai répondu que j'aimerais savoir
ce que signifiait réellement "antisioniste" demandant si à la racine
il ne constituait pas le déni du droit à l'existence pour Israël.
C'est bien dis-je, le seul Etat du monde dont vous demandez la
disparition, et vous trouveriez épouvantable et absolument raciste
autant que potentiellement criminogène, que quelqu'un se déclarât
radicalement anti-allemand ou anti-espagnol, ou même anti-chilien.
J'ai doublé cette demande d'une autre sur le sens du
mot "colonialiste" dans la mesure où, si on s'en tient à une
déontologie lexicale indispensable entre intellectuels, Israël n'est
stricto sensu ni un Etat colonial ni un Etat colonialiste. La salle
(une centaine de personnes) est alors devenue tumultueuse, secoué
d'un vent d'haineuse haleine ; brandir le nom d'Israël étant agiter
le chiffon rouge qui affole un certain public, notamment celui qui se
pare des prestiges de l'antimondialisme. Certains se sont levés en
hurlant : "c'est un scandale de faire l'éloge d'Israël à cette
tribune" (car elle était consacrée à la question du négatonnisme).
D'autres ont dit, d'après ce qui m'a été rapporté : "on va lui casser
la gueule". D'autres encore, dont Jean-Marie Brohm et Monique - Lise
Cohen, ont manifesté leur complète solidarité avec mes propos. J'ai
répondu en précisant qu'il eût été en effet scandaleux de se livrer à
la justification d'un régime criminel – par exemple l'Allemagne
nazie – ou totalitaire, mais qu'Israël n'était ni un Etat criminel
ni (à la différence des ex-idoles de tous les des ex-fans du Kremlin
reconvertis dans l'antimondialisation et l'antisionisme) un Etat
totalitaire. Que n'ai-je pas dit avec cette affirmation pourtant
frappée au coin du bon sens ? Un homme s'est même levé pour tonitruer
que j'étais négationniste ; entendons par cet usage singulier de ce
concept, appliqué en général aux négateurs d'Auschwitz, tels
Rassinier et Faurisson: nier le colonialisme israélien et
la "barbarie sioniste", c'est être négationniste. Une femme s'est
dressée pour hurler, à gorge déployée : "et Sabra et Chatila ?".
L'énonciation de ces deux toponymes fonctionna soudain comme un
équivalent symbolique d'Auschwitz renversant les Juifs du statut de
victime dans celui de coupable, et ce bien qu'à Sabra et Chatila ce
sont des Arabes qui ont massacré d'autres Arabes. Je n'avais, je
l'avoue, que rarement rencontré autant de haine, surtout à l'énoncé
d'arguments tout à fait raisonnables, dont l'aspect scandaleux
n'existe qu'aux yeux de mes interlocuteurs de ce jour-là. Une
pareille après-midi permet de se rendre compte que des pans entiers
d'une certaine gauche antimondialiste réutilise les méthodes
staliniennes de censure du débat, croyant dur comme fer à une vérité –
la culpabilité absolue d'Israël – qu'elle refuse d'examiner
raisonnablement. La gauche émotionnelle, celle qui s'est discréditée
par une étrange complaisance à l'endroit des incidents, dont la
coloration judéophobe et le contenu anti-républicain ne se cachaient
pourtant aucunement, survenus à l'occasion du match de football
France-Algérie, trahit, en de pareilles occasions, qu'elle est
également une gauche obscurantiste – qui ne veut rien entendre
d'équilibré sur Israël et la Palestine, aux procédés d'intimidation
totalitaires (il est vrai qu'aujourd'hui comme hier la foi
victimologique figure souvent l'obstacle à tout débat argumenté)!
Quelles leçons tirer de cet incident vécu, révélateur d'un nouveau
climat intellectuel et politique ?
De fait, depuis l'attentat du 11 septembre dernier à New-York, les
occasions d'assister à la résurrection de la judéophobie de gauche
(une vieille connaissance de l'histoire, puisque, après être passée
par le syndicalisme révolutionnaire et la Commune, on peut filer sa
trace jusqu'à Proudhon et au-delà jusqu'aux aux Lumières) se
multiplient. Le fantasme, politiquement localisé à gauche, d'un
complot mondial judéo-américain entre en symétrie avec celui
(aujourd'hui éteint) du judéo-bolchévisme, qui était à la mode dans
l'extrême-droite du temps où l'URSS existait. Il s'avère de plus en
plus fréquent d'entendre l'antimondialisme laisser remonter à sa
surface le soupçon d'un judéo-américanisme planétaire. Dans tous les
cas – balayant la totalité du spectre de la pensée politique : de
l'extrême-droite aux anarchistes - l'anti-américanisme et l'anti-
israélisme s'amalgament, l'Amérique et Israël étant supposés projeter
une domination capitaliste mondiale en faveur de leurs seuls
intérêts.
La seule prononciation du nom d'Israël fait perdre la raison à
beaucoup de monde. Ce nom déclenche une réaction dévastatrice qui
engloutit tout sur son passage; de fait, la force ravageuse de cette
hostilité anti-israëlienne demeure inexplicable sans le recours à
l'hypothèse selon laquelle elle ne serait que l'écume d'une animosité
beaucoup plus profonde, beaucoup moins circonstancielle, qui trouve
là, après avoir été condamnée à une durable clandestinité, un
exutoire où éclater, la très vieille haine antijuive (qui a pris la
tournure, au XIXème siècle, de l'antisémitisme). Israël : ce
statonyme est le nom interdit de prononciation sympathique sous peine
de provoquer une tempête d'exécration. Israël : ce nom d'un Etat est
devenu pour beaucoup, à gauche, le nouveau nom du Mal. Un nom qui –
aujourd'hui que plus personne ne croit au Diable, chacun lui cherche
des substituts tout aussi irrationnels : Israël est, dans une partie
de la gauche française, un de ces commodes substituts laïcs à Satan,
placé en opposition avec la figure angélisée du Palestinien et du
jeune de banlieue – fonctionne à la façon d'un détonateur sémio-
pulsionnel redoutablement efficace.
Etrangement, l'immense majorité des discours entendus et lus à la
suite des attentats du 11 septembre retournent l'accusation contre
les victimes. La désinhibition de la haine anti-israélienne a permis
tout autant de changer les victimes – les Américains – en coupables
que d'atténuer la responsabilité des coupables effectifs (le
terrorisme islamique fomenté ou soutenu par un certain nombre d'Etats
musulmans). Cette alchimie de pathopolitique fait glisser
l'imputation de culpabilité du criminel vers la victime – autrement
dit, on nage en pleine économie sacrificielle. Le coupable est tenu
pour innocent de son crime, la charge de la culpabilité est portée
par la victime : ces deux éléments sont les caractéristiques
principales de la logique du sacrifice. Du côté des assassins, comme
du côté de cette partie de la gauche dans laquelle se réveille de son
léger sommeil la vieille judéophobie, nous rencontrons une attitude
inscriptible dans le registre religieux – le sacrifice constituant le
cœur des religions. On doit même conclure à une régression pré-
abrahamique du religieux, compte-tenu qu'Abraham est la figure qui
dans l'histoire clôt l'ère des sacrifices humains ; or, pour
transporter la culpabilité de l'assassin vers la victime, les
discours légitimateurs du terrorisme doivent couvrir la
réintroduction du sacrifice humain. Pas de sacrifice sans discours
qui le prépare, l'accomplit, puis le commente : tout un travail
sémantique se déploie, dans les religions à sacrifices humains, pour
changer un meurtre en acte symbolique à valeur sacrée. Ce discours,
tenu par les castes sacerdotales, dit l'innocence du groupe
sacrificateur. Toujours une savante prose enveloppe le sacrifice de
sa logomachie, le déréalise, lui ôte sa matérielle épaisseur
d'horreur, par exemple que les hôtesses de l'air aient été égorgées
au couteau avant de projeter les avions contre les Twin Towers,
toujours un discours s'impose pour assurer sa propre cohérence, pour
donner à voir sa vérité dans l'occultation de l'horreur du meurtre.
En cette occurrence, le discours justificatoire se divise en deux :
le discours direct autodéculpabilisant des assassins et le discours
indirect, qui inverse la charge de la culpabilité, de toute une
partie de la gauche française quand, sous prétexte de renvoyer face à
face en miroir létal les "Talibans du pétrole" et les "Talibans de
Wall-Street", elle affirme que les Américains l'ont bien cherché.
Religiosité consciente – même si le geste sacrificiel, participant
pourtant à l'essence du religieux, demeure non compris et non assumé
comme tel - chez les assassins, se réclamant de l'islamisme, et
religiosité sauvage, totalement inconsciente, dans toute cette partie
de la gauche, se réclamant de l'anti-mondialisme, qui transfère la
culpabilité sur les victimes.
Cet ensemble d'événements permet de ressouder, à gauche, les couches
intellectuelles et les couches militantes, reconstruisant une unité
disloquée par l'histoire – à ceci près que, cette fois-ci, cette
unité, au lieu de proférer comme naguère le discours de
l'émancipation du genre humain à travers l'essence progressiste du
prolétariat, tient celui de la régression rebarbarisante portée par
l'islamophilie. Comment des esprits "de gauche", jadis progressistes,
ex-thuriféraires du mythe moderne de l'émancipation universelle
possibilisée par la classe ouvrière, peuvent-ils s'aveugler jusqu'à
trouver quelque légitimation à l'islamisme – que ce soit celui des
Palestiniens ou celui, violemment anti-républicain, des jeunes de
banlieue, qui se revendiquent, contre les institutions républicaines,
à la fois de Ben Laden et de l'ultracapitalisme fétichisé dans les
logos des marques Nike, Adidas etc… – prenant pour vertu ce que la
tradition issue des Lumières, dans ce qu'elle possède de meilleur,
nous a appris à combattre? Tout se passe comme si l'anti-israélisme
amalgamé avec l'anti-américanisme et le pro-palestinisme était le
nouvel opium d'une certaine gauche : opium des intellectuels (pour
reprendre une formule de Raymond Aron) et opium des militants, dans
une articulation entre militants et intellectuels qui reproduit plus
ou moins parodiquement une configuration qui avait cours dans les
années 50 du siècle passé, lors des plus beaux jours du stalinisme. A
la fin des années 70, on s'en souvient, survint une époque de
décrochage entre le monde militant et le monde intellectuel. C'est
cette déconnection qui aujourd'hui s'est partiellement effacée :
certains milieux intellectuels et certains milieux militants
fusionnent à nouveau, sous le signe d'un nouvel opium totalitaire
dont les guises les plus fréquentes sont l'antisionisme,
l'islamophilie et le pro-palestinisme.
L'épidémie la plus virulente ajointée à ces attentats n'est peut-être
pas celle due à la guerre bactériologique, mais l'épidémie
idéologique, qui, si elle poursuivait son développement,
consacrerait le triomphe des terroristes : répandre planétairement
les spores du virus judéophobe, ou bien en réveiller les souches
dormantes. De New-York à la petite bourgade tarnaise de Gaillac,
cette sinistre panspermie a déjà disséminé son poison logotoxique,
paralysant partout où elle le peut l'usage de la raison critique.
Robert REDEKER
11 octobre 2001