. LA LEGENDE D'HIRAM
Chaque mois de juillet, le « Tour de France » ressuscite la grande fête du vélo.
Il peut être vu comme un carnaval moderne où un univers, centré sur le profit,
laisse une place à l'expression mouvante et rituelle des rêves populaires. Mais
le « Tour de France » exprime un rapport capital avec le temps, le changement et
l'avenir.
Dans ce moment de la vie, une nouvelle classe d'âge succède à la précédente. Le
temps détrône l'ancien monde et couronne le nouveau.
Naissance et mort y sont intimement liées. L'épreuve est une fête, un temps
joyeux, qui interdit à l'ancien temps de se perpétuer et qui engendre le temps
nouveau. Dans cette alternance temporelle, qui donne vie et mort, la naissance
et la mort ne sont pas coupées l'une de l'autre. Les deux pôles du devenir sont
englobés dans leur unité contradictoire. Chaque étape est un nouveau
commencement qui est porteur d'une virtualité future.
Les champions qui dominent la course cherchent à acquérir une « maîtrise » de la
vie, une forme de perfection humaine où l'imitation des aînés joue un grand
rôle. Cette recherche de la perfection pourrait se définir par trois maximes : «
L'apprentissage, long et difficile, doit être méthodique », « Les chefs-d'œuvre
sont marqués par le temps », « La mort vient toujours à son heure ». Mais, dans
le « Tour de France », on parle de la mort en faisant la fête. Dans les cris de
la foule, de nouveaux champions, pleins de force et d'espoir, viennent pour
perpétuer la tradition.
Le maillot jaune est un symbole qui fait entrer son détenteur dans la catégorie
des hommes-dieux qui meurent. Comme dans le cycle du « Rameau d'Or » décrit par
James Frazer, « Il faut tuer l'homme-dieu, dès qu'apparaissent les signes de son
déclin et transmettre son âme à un successeur vigoureux ».
Ainsi, de maillot jaune en maillot jaune, la course cycliste du « Tour de France
» forme une longue chaîne de meurtres rituels. Héros solaire, le vainqueur
conquiert la « Toison d'Or » après une longue lutte et par un acte de rupture :
la mise à mort rituelle et symbolique de son prédécesseur, exécutée au nom de la
pérennité des valeurs. Cette mise à mort est réalisée dans un moment de fête,
d'une grande sacralité. L'ordre du monde se restaure et le nouvel élu symbolise
l'éternelle jeunesse du monde nouveau.
Je vous ai parlé du « Tour de France » car il n'est pas sans analogie avec le
Compagnonnage. Mais j'aurais pu vous entretenir tout aussi bien du « Mundial »,
des « Jeux Olympiques » ou de la « Corrida ».
Parce que j'ai la certitude que la démarche maçonnique ne consiste pas à «
s'envoler » ou à « se réfugier » dans les « nuages théologiques » des rituels et
des symboles. Et que j'ai l'intime, mais absolue, conviction qu'elle doit, au
contraire, enraciner tout ce qui constitue sa substance, dans les traditions
populaires, mythologiques et religieuses, afin d'y chercher tout ce qui peut y
révéler le sens de la destinée de l'homme et la signification de l'aventure
humaine.
Les origines de la légende
L'étude des origines d'une institution a pour préliminaire la distinction entre
la légende et la vérité historique, entre les récits abondants et variés issus
de l'imagination populaire et les données authentiques, dont on peut déduire, à
défaut d'une certitude, une conjecture raisonnable. Cette distinction, entre la
fable et la réalité, s'impose particulièrement en ce qui concerne la légende
d'Hiram, dont les origines sont à la fois obscures et méconnues. Si l'on ajoute
foi à des contes dont l'antiquité n'est pas douteuse, le problème sera vite
résolu.
Il suffira d'interroger un maître, de préférence un ancien, un de ceux qui ont
conservé intacte la foi des anciens âges et d'écouter… Il dira les origines
bibliques de la légende, les étapes de la construction du Temple de Salomon, les
péripéties de la vie d'Hiram et son assassinat final par trois mauvais
compagnons. Il citera des noms, des faits, des dates. Aucune question ne
l'embarrassera, car la relation traditionnelle, dont il sera l'interprète, est
des plus précises. Inutile d'ajouter que ses dires, dont la sincérité sera
absolue, ne seront appuyés par aucune preuve, qu'il resteront peu vraisemblables
et que le travail de l'historien, loin d'être terminé après cette audition,
commencera seulement avec elle.
Martin Saint-Léon, dans son livre sur le Compagnonnage, paru en 1901, expose les
légendes que possèdent les fédérations qui administrent les trois Rites du
Compagnonnage : « Les Compagnons du Devoir et de Liberté », « Les Enfants de
Maître Jacques », « Les Enfants du Père Soubise ». Chacun des trois Rites
possède sa légende propre et prétend se rattacher à l'un de ces trois fondateurs
: Salomon, Maître Jacques, Soubise. Et chaque légende possède elle-même des
variantes, voire des versions différentes.
Selon Perdiguier, dans son livre sur le Compagnonnage, Maître Jacques aurait été
l'un des premiers maîtres-artisans de Salomon et compagnon d'Hiram. Il travailla
à la construction du Temple de Salomon et fut nommé Maître des Tailleurs de
Pierre, des Maçons et des Menuisiers.
Le Temple achevé, il quitta la Judée, en compagnie d'un autre Maître, Soubise,
avec lequel il se brouilla. Soubise débarqua à Bordeaux et Maître Jacques à
Marseille, avec ses disciples. C'est alors qu'il dut se défendre contre ceux de
Soubise qui décidèrent un jour de jeter Maître Jacques dans un marais, afin de
le faire disparaître.
La fin de l'histoire de Maître Jacques semble calquée sur le récit de la passion
du Christ. Alors qu'il était en prière, l'un de ses disciples vint lui donner un
baiser de paix. C'était le signal convenu pour cinq assassins qui le tuèrent de
cinq coups de poignard.
Sa dépouille mortelle fut rituellement ensevelie par ses Compagnons près de
Saint Maximin et le traître eut la même fin que Judas.
Soubise fut accusé d'avoir été l'instigateur de ce meurtre, ce qui fut longtemps
la cause de la désunion entre les Compagnons des deux Rites. Mais cette
accusation fut finalement estimée injuste et un autre récit raconte que Soubise
versa des larmes amères sur la tombe de son ancien ami et qu'il flétrit son
assassinat
Mais une autre version de la légende, veut, qu'au lieu d'avoir été un artisan
contemporain de Salomon, Maître Jacques ait été tout simplement le même
personnage que Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers, brûlé sur
ordre de Philippe le Bel. Jacques de Molay a très bien pu, dans le cadre des
nombreuses constructions édifiées par les templiers, initiés et grands
constructeurs, donner une règle aux ouvriers Maçons, Tailleurs de Pierre et
Charpentiers qui travaillaient pour « Le Temple » et constituer des sociétés de
Compagnons. Cette version, à première vue moins invraisemblable que la
précédente, ne repose toutefois sur aucun fondement historique.
Car si l'existence d'une filiation entre les Templiers et les confréries
ouvrières, d'où est issu le Compagnonnage, n'est pas impossible, force est de
considérer que, même probable, elle demeure purement conjecturale.
La légende de Soubise est implicitement contenue dans la précédente.
Soubise, architecte du Temple de Salomon, comme Maître Jacques, ami de celui-ci,
serait devenu l'instigateur de son assassinat. Le fait est toutefois contesté.
Mais d'après un autre récit, Soubise aurait été un moine bénédictin qui aurait
vécu à la fin du XIIIème siècle. C'est sous le costume des moines bénédictins,
qu'il est généralement représenté dans les Cayennes. Soubise aurait participé,
avec Jacques de Molay, à la construction de la cathédrale d'Orléans. Le
Compagnonnage aurait été fondé à cette époque et Soubise aurait survécu quelques
années au grand Maître des Templiers. Cette version, qui n'est pas impossible,
reste également purement conjecturale.
Les Compagnons du « Devoir et de Liberté », Enfants de Salomon, prétendent eux,
que leur fondateur est le roi Salomon lui-même. Et ils se réfèrent à une légende
qui a pour point de départ un passage de La Bible (Premier Livre des Rois,
Chapitre 5, paragraphes 13 à 18 -
26 à 31 - dans l'édition de La Pléiade) :
« Salomon leva une corvée dans tout Israël et la corvée comprenait 30.000
hommes. Il les envoya au Liban, 10.000 par mois, par relèves.
Adoniram était préposé à la corvée. Salomon avait aussi 70.000 porteurs et
90.000 carriers dans la montagne, sans compter les officiers nommés par les
préfets et qui étaient préposés au travail, soit 3.300 qui avaient autorité sur
les gens qui exécutaient le travail. Le roi ordonna d'extraire de grandes
pierres, des pierres de prix, pour poser, en pierres de taille, les fondations
de la Maison.
Puis les maçons ainsi que les Giblites, taillèrent et préparèrent les bois et
les pierres pour bâtir la Maison… Le roi Salomon envoya quérir Hiram de Tyr.
C'était le fils d'une veuve de la tribu de Nephtali, mais son père était un
Tyrien, artisan en airain. Il était rempli de sagesse, d'intelligence, de
science, pour faire toute œuvre en airain. Il vint donc chez le roi Salomon et
fit ses ouvrages » (Premier Livre des Rois, Chapitre 7, paragraphes 13 à 15).
Rien, dans ce texte, ne permet de conclure à l'existence d'une association telle
que le Compagnonnage au temps de Salomon… Mais la légende continue le récit
biblique. Suivant la version d'Agricol Perdiguier, dans son livre sur le
compagnonnage, les travaux étaient exécutés sous la direction d'un maître
habile, nommé Hiram. Hiram travaillait le bronze et il était rempli de sagesse,
d'intelligence et de science. Pour payer les ouvriers, en éliminant les intrus
et les oisifs qui se mêlaient à eux, Hiram donna à chacun des ouvriers un
nouveau mot de passe pour se faire reconnaître. Ainsi, chacun était payé selon
son mérite et recevait, le moment venu, les assignations et les mots de passe
qui lui permettaient de se faire reconnaître. Le Compagnonnage de Liberté était
fondé.
Une seconde légende se superpose à la première. Trois compagnons, Holem ou
Hoben, Sterkin ou Skelem, et Hoterfut, furieux de s'être vus refuser la
maîtrise, décidèrent de contraindre Hiram à leur donner le « Mot » de maître ou
de l'assassiner. C'est cette version qui constitue la trame du rituel que nous
venons de vivre ensemble.
La signification de la légende
A quelque mythologie qu'elle se rattache, la légende peut être belle en
elle-même. Elle peut même satisfaire l'esprit pendant des années, sans qu'il y
décèle l'ouverture d'un chemin vers la philosophie. Puis un jour, mûr pour cette
expérience, il perçoit d'instinct l'appel qui incite au mouvement. Double
invitation au voyage. Mais invitation patiente et renouvelée dans le silence,
car chacun partira s'il le veut et quand il le voudra… Pilate tue l'Esprit, mais
au lieu de le mettre en croix, il met une croix dessus. Et c'est toujours la
même opération, toujours à refaire. Mais on n'a pas assez de croix. Le Christ
est mort, Pilate est né. Et tout irait parfaitement bien, comme Pilate l'entend,
si l'on pouvait être sûr d'avoir tué l'Esprit.
Mais les esprits reviennent, comme on dit.
C'est pourquoi il faut avoir le courage de regarder jusqu'au fond du tombeau
pour savoir qu'il est bien vide et que c'est ailleurs qu'il faut le chercher. Le
suprême malheur, pour le sanctuaire, serait de devenir le tombeau scellé, devant
lequel on monte la garde. Et on ne le ferait que parce qu'il y aurait là un
cadavre. C'est pourquoi le suprême courage est de proclamer que le tombeau, tous
les tombeaux, sont vides : celui de Persée, immortalisé dans les étoiles, celui
du Christ, au matin de Pâques, celui d'Hiram, qui revit en chacun de nous.
Alors, comment aborder la légende d'Hiram, avec un regard résolument tourné vers
le futur ? Peut-être en se demandant pourquoi il est impossible d'éviter de
réfléchir son propre portrait dans le miroir qu'est par définition une légende.
Car il n'existe aucun maçon sérieux qui n'ait trouvé dans ce récit autre chose
que sa propre image. Voilà qui place la légende au cœur du véritable étonnement
philosophique, au chapitre des miroirs… Et l'on peut se demander si la question
du miroir n'est pas précisément la question fondamentale de l'initiation. Car le
piège dans lequel la légende prend tout maçon, est qu'elle ne nous permet pas
d'échapper à l'auto-portrait, du moins après avoir tenté de jeter un regard vers
le miroir qui nous regarde. Car en fait, la véritable question est bien de
savoir comment sont montés une légende, un mythe, un temple ou un rituel, en
forme de miroirs. Et l'on essayera donc d'observer comment le miroir est
construit, en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de notre propre moi
symbolique. Ainsi la légende d'Hiram engendre-t-elle ses propres lecteurs, car
il n'y a pas plus de lecteur universel d'une légende ou d'un mythe qu'il n'y a
d'auditeur universel de la cinquième symphonie.
La légende d'Hiram, c'est donc d'abord un recours à soi-même, où chacun est
invité à trouver sa propre vérité. Et c'est sans doute bien là que se trouve le
sens alchimique de la légende, si l'on veut bien voir dans l'alchimie la
tentative de chaque individu pour découvrir sa propre vérité, son propre secret,
pour trouver la connaissance suprême réservée à chaque itinéraire humain. Car
qu'est- ce donc que l'Initiation, sinon la traversée des épreuves, à travers
lesquelles l'être humain met à nu, lentement, cette étincelle qui est en lui et
qui, une fois révélée, éclaire l'univers et lui donne un sens. Il ne me semble
donc pas que je ne vous parlerai que partiellement de la légende, car le pire
serait de croire que la quête s'achève, que l'Initiation se termine et que l'on
pourrait y mettre le point final d'une dissertation.
Ce sont des mots prononcés au hasard, qui m'ont peu à peu tout révélé. Les
sonnets de Gérard de Nerval éveillèrent tout d'abord mon attention, puis mon
intérêt. Et l'auteur de ces vers avait effectué un « Voyage en Orient » dont je
compris qu'il ne serait pas sans intérêt de lire le récit qu'il en avait
rapporté. Et c'est ainsi que je découvris « l'histoire de la Reine du Matin et
de Soliman, Prince des génies ». Au fil des douze chapitres, d'« Adoniram », le
premier, à « Macbenah », le dernier, la légende m'apparaissait plus symbolique.
Les trois mauvais compagnons symbolisaient l'ignorance, l'hypocrisie et le
fanatisme. La recherche et la découverte du corps d'Hiram exaltaient les trois
vertus opposées, mais aussi la liberté et la fidélité, l'une portant l'autre, et
qui sont les vertus de l'esprit. La fidélité est la lumière de l'esprit. Dès
qu'on change ses idées d'après l'événement, l'intelligence n'est plus qu'une
fille.
Et je retrouvais la légende au portail Nord de la cathédrale de Chartres, où
figurent David ainsi que Salomon et la Reine de Saba.
Voici que de symbole, la légende devenait histoire... Salomon, constructeur, il
y a trois mille ans, du « premier temple », détruit en l'an 600 avant notre ère
par Nabuchodonodor II. Tout près, se trouve Zorobabel, architecte du « second
temple », embelli par Hérode et détruit par les romains, en l'an 66 de notre
ère. Eséchiel, l'inventeur du « troisième temple », a disparu du portail à la
Révolution, mais Saint Jean-Baptiste présente « au passant » l'emblème de « la
Cité qui n'a besoin ni du soleil, ni de la lune pour l'éclairer, car l'agneau
est son flambeau ». Ainsi, n'y avait-il pas qu'un seul temple… Et peut-être
pourrait-il s'agir ici de celui dont il est écrit : « Détruisez ce temple et je
le rebâtirai en trois jours »…
La légende d'Hiram pose en fait la vraie question : crucifixion, résurrection,
mort et renaissance, là est le vrai problème… La mort à soi-même que prônent les
morales, les philosophies, les religions et la franc-maçonnerie elle-même, qui
n'est pas une religion, ne peut être considérée comme l'écrasement devant
l'autre ou encore comme la soumission à un sur-moi légaliste et culpabilisant.
La signification en est toute autre… Mourir à soi-même, c'est perdre le
narcissisme primitif qui rend l'homme inapte à toute vraie vie, à tout échange
profond avec autrui. C'est passer du stade objet, soumis à des interdits et à
des tabous, au stade sujet, autonome, responsable, capable de s'aimer
profondément et d'aimer profondément l'autre.
C'est là sans doute le véritable sens de la résurrection ou de la re- naissance
qui font de nous des êtres libres.
« Ici, tout est symbole », cette affirmation, répétée au cours de la cérémonie
d'initiation est chargée de sens, parce qu'elle annonce la valeur de la démarche
et la méthode de travail : la recherche du sens, au delà de l'apparence. Après
son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur la passion
d'Hiram. Et il apprend alors que les maîtres disposent pour se reconnaître d'un
mot substitué à la « parole » qui a été perdue. La « parole » est perdue pour
ceux qui croient avoir tout vu, tout dit et qui disent « qu'il n'y a rien à
voir… ». La parole est effectivement perdue lorsqu'on n'est plus à même de
produire une pensée nouvelle à propos des symboles. Car le symbole est le
langage du sens et il peut nous permettre d'accéder à la signification. Ainsi la
« parole perdue » est-elle toujours à retrouver et sa quête exige une remise en
question permanente de toutes nos certitudes antérieures.
Muni du mot substitué, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les
rites. Mais le voyage initiatique ne peut être accompli par celui qui se
contente du mot substitué. La Maîtrise véritable exige l'essentiel. Encore
faut-il garder un esprit critique et conserver un certain humour, afin de ne pas
devenir un dévot béat qui attend une « révélation » de la part de ses maîtres.
Ainsi, au départ, dès le commencement de la quête, il faut savoir que la «
parole » ne pourra se dire. Elle sera montrée, sortie d'une boite, sous l'égide
de la Rose, sous forme d'initiales, qui resteront le symbole du « mot » et non
le « mot » lui-même, enfin retrouvé… Connaître, ce n'est point démontrer ni
expliquer. C'est accéder à la vision. Seulement, pour voir, il faut d'abord
participer. Et c'est un rude apprentissage. C'est pourquoi on cherche toujours «
des hommes de bonne volonté ». Et voici l'évangile nouveau : « La Paix se fera,
si les hommes la font. La Justice sera, si les hommes la font. Nul destin, ni
favorable, ni contraire, n'est écrit. Les choses ne veulent rien du tout. Nul
dieu dans les nuages… Mais le héros seul sur sa petite planète, seul avec les
dieux de son cœur, Foi, Espérance, Charité. »… C'est pourquoi il faut avoir le
courage de proclamer que le tombeau est vide et que l'acacia refleurira .
La suite de la légende
Jules Boucher donne, en complément de son livre sur « la symbolique maçonnique
», la belle légende maçonnique, kabbalistique et profondément ésotérique « des
trois Mages qui ont visité la grande voûte et qui ont découvert le centre de
l'idée » (page 355).
« Longtemps après la mort d'Hiram et de Salomon, après que les armées de
Nabuchodonosor eurent détruit le royaume de Juda, rasé la ville de Jérusalem et
détruit le Temple, trois voyageurs arrivèrent au pas lent de leurs chameaux.
C'étaient des Mages, des initiés de Babylone, qui venaient en pèlerinage et en
exploration sur les ruines de l'ancien sanctuaire.
Après un repas frugal, en parcourant l'enceinte ravagée, ils découvrirent une
excavation. C'était un puits, situé à l'angle sud- est du Temple. Le plus âgé
des Mages, qui semblait être le chef, se coucha à plat ventre sur le bord et
regarda dans l'intérieur du puits. Un objet brillant frappa ses yeux et il
appela ses compagnons.
Il y avait là un objet digne d'attention, sans doute un bijou sacré.
Ce bijou était un Delta d'une palme de côté, fait du plus pur métal, sur lequel
Hiram avait gravé le nom ineffable et qu'il portait sur lui, le revers uni
exposé aux regards.
Le Mage, descendu au fond du puits, ramassa le bijou, constata avec émotion
qu'il portait le nom ineffable. Il regarda autour de lui et distingua dans la
muraille une ouverture fermée par une porte de bronze. En remontant, il dit à
ses compagnons ce qu'il avait vu et leur parla de la porte de bronze. Ils
pensèrent qu'il devait y avoir là un mystère et résolurent de partir ensemble à
sa découverte.
Chacun des Mages, tenant une torche, se laissa glisser jusqu'au fond du puits.
Puis, sous la conduite de leur chef, ils s'enfoncèrent tous les trois dans le
couloir menant à la porte de bronze… »
Il y a une définition du secret maçonnique qui prétend que : « dire quelque
chose à quelqu'un, c'est l'appauvrir, parce que c'est l'empêcher de le découvrir
seul ». Je vous laisserai donc partir seuls à la recherche de cette légende en
vous souhaitant d'avoir un jour le bonheur de la vivre vous-mêmes en maçonnerie.