L'extériorité au savoir comme lieu de la pensée et de l'éthique
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John Théophile Désaguliers et le schisme de 1717
Histoire de la transmission du Mot de Maçon aux loges anglaises ou l’odyssée
d’un jeune scientifique issu de l’immigration protestante française.
Dans son récit de la constitution de la Grande Loge de Londres, Anderson indique
que la scission entre les quatre loges créatrices et les maçons restés fidèles
aux anciennes traditions était due à ce que les quatre ateliers entrés en
dissidence, se considéraient comme ayant été négligés par Sir Christopher Wren,
maître des Loges de Londres depuis 1698. Anderson ne fait connaître ni la
raison, ni la forme de cette manifestation d’indifférence ou d’hostilité. Mais
l’étude de ce qui s’est passé entre 1691 et 1717 permet de penser que le schisme
maçonnique préparé dès 1716 et consommé l’année suivante marque l’aboutissement
d’une divergence fondamentale d’idées entre la masse de la Fraternité encore
opérative et certaines personnalités agissantes groupées dans la loge de Saint
Paul, qui datait seulement de 1691, et dans trois autres loges qui venaient à
peine de voir le jour, puisque la plus ancienne d’entre elles n’avait pas plus
de quatre ans. Ces personnalités qu’on peut qualifier de modernistes, avaient au
plus haut degré l’esprit d’examen, de recherche et de perfectionnement. Adeptes
de l’évolution scientifique poursuivie dans le sein ou dans le rayonnement de la
Société Royale et engagées dans les combinaisons du parti whig, elles n’avaient
ni le respect religieux des formes désuètes ni le culte méditatif des
conceptions mystiques. Leurs tendances réalistes, qualificatif qu’il ne faut pas
prendre dans un sens péjoratif, devaient inévitablement les amener à vouloir
changer ce qui, dans les errements anciens, leur apparaissait comme dénué de
vraisemblance ou de portée ; et, d’autre part, ces novateurs ne pouvaient pas
manquer, en raison de leur rang social, de leur savoir et de leur culture, de se
considérer comme bien supérieurs à la masse des frères, et de sacrifier au désir
d’élever l’institution et de l’orienter dans la voie qui leur semblait à tous
les points de vue, même à celui de la politique, avantageux au bien général de
l’humanité.
"Hanc extollit, illam deficit" : Il élève celle-ci ; il abaisse celle-là. Devise
du Prince d’Orange.
On ne dira jamais assez la puissante contribution que la félonie de Louis XIV
par son parjure (la révocation de l’Edit de Nantes) apporta à la naissance de la
nouvelle maçonnerie menée activement par le jeune scientifique Jean-Théophile
Désaguliers ...
Le paradoxe de cette nouvelle maçonnerie réside dans le fait qu’elle est en
grande partie le résultat naturel d’un projet français en terre britannique et
ceci du fait de la présence massive d’huguenots (près de 200.000), la fleur de
l’élite française protégée par le prince Guillaume d’Orange qui avait lui même
connu dans sa province d’Orange les exactions de l’absolutisme royal !... Le
second paradoxe résulte de cette union surprenante de deux grandes âmes : Isaac
Newton porteur d’un projet "ésotérique" avec son culte de Démeter et la
rencontre au final assez fortuite entre J-T Désaguliers et le pasteur Anderson
dont nous relaterons les épisodes inédits.
Si la Tradition est à la fois transmission et trahison jamais cette définition
n’aura aussi bien définie la portée (musicale) sur la quelle cette aventure
allait s’écrire selon une mesure à trois temps : la volonté de la masse des
protestants exilés de se forger une identité en rapport avec leurs qualités, la
nécessité de mettre à bas les corporatismes des "Antients" - les catholiques -
pour mettre en avant les "lumières", l’émancipation de la religion par la
religion. Tout ceci allait donner naissance à un schisme sans précédent dont
l’importance aujourd’hui commence seulement à se mesurer puisqu’il décida pour
partie de l’enjeu de ce qu’il convient de nommer "notre modernité". Au nombre
des ces héros Jean-Théophile Désaguliers au même titre que Locke, Newton,
Leibniz et tant d’autres ... a oeuvré utilement pour le bien général de
l’humanité. Cette chronique "désaguliérienne" retracera les étapes d’un parcours
décisif qui vit l’enfantement d’un monde nouveau porteur de nos valeurs : le Mot
de Maçon recueilli par le futur Grand Maitre de la nouvelle Grande Loge
d’Angleterre fut le lien grammatical de cette articulation exceptionnelle entre
l’Ancien et le Nouveau Monde.
Ce que fut la vie de Th. Désaguliers
d’après David-C. A. Agnew
The Protestant Exiles from France, chiefly in the Reign of Louis XIV
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Illustration : "The Virtual Orrery " ou planétarium de poche avec indication du
mouvement des planètes du système solaire. J.T. Desaguliers, Course in
Experimental Philosophy
Jean Théophile Desaguliers se distingue dans de nombreux domaines de la science.
Il dépose à Westminster le 25 juin 1720 avec Daniel Niblet, chaudronnier de
cuivre, et William Vreem, fabricant d’instrument, un brevet pour la fabrication
de la vapeur et de la vapeur des liquides d’ébullition utiles pour beaucoup de
buts, et servant notamment à la préparation d’une liqueur à partir du brassage
et de la distillation du malt. Il est aussi le concepteur d’un planétarium dont
la représentation du système solaire montre le mouvement de quelques planètes.
Il est par ailleurs l’inventeur d’une technique d’adduction d’eau en hauteur
dans les maisons et d’une pompe centrifuge pour l’aération des salles
d’habitation et de bâtimen.
Pour comprendre les liens étroits qui unissaient la communauté protestante des
éxilés français de Londres, il est intéressant de se rapporter, pour les années
1717 et suivantes, à l’ouvrage "The Protestant Exiles from France, chiefly in
the Reign of Louis XIV" du Rév. David-C. A. Agnew. Le sous-titre de cette œuvre
précieuse résume son contenu : Les Réfugiés Huguenots et leurs descendants dans
la Grande Bretagne et en Irlande.
La famille royale de Hanovre montra un louable intérêt pour la science. Dans son
journal, la comtesse Cowper note à la date du Il février 1716 : « Sir Isaac
Newton et Dr Clarke vinrent dans l’après-midi expliquer le système de
philosophie de Sir Isaac à la princesse de Galles. »
En 1717 le roi Georges 1er, requit Désaguliers de donner son cours de
conférences àHampton Court ; sa Majesté et la famille royale étaient parmi les
auditeurs. Ce cours était accessible au grand public, même au beau sexe. Le
conférencier fut fait le même jour, 16 mars 1718, bachelier et docteur en droit.
Il y a lieu de remarquer que le Dr Désaguliers était un clergyman de l’Eglise
d’Angleterre. Le comte de Carnavon, un généreux ami du Dr Keill, prit
Désaguliers sous son patronage et fit de lui son chapelain ; il le présenta au
bénéfice de Stanmore Parva ou Whitchurch.
En 1717, il prêcha devant le roi un sermon sur un texte de saint Luc, XIII, 5,
qui aurait été récompensé par le cadeau du prieuré de Much-Munden, dans le
Hertfordshire, si un ami du comte de Sunderland n’avait pas produit
antérieurement une réclamation. Désaguliers obtint la même année un bénéfice à
Norfolk, d’un revenu annuel de 70 livres sterling ? qu’il échangea en 1727 pour
le prieuré de Little Warley, Essex, dont sir John Tyrrell était le patron.
Sous ce règne il fut fait chapelain du prince de Galles Frédéric, et en 1738
chapelain du régiment de Bowles Dragons. Le fait qu’un seul sermon de lui ait
été conservé, parmi une masse de conférences scientifiques et productions
littéraires, semble le dépouiller de son caractère religieux : mais il fut
toujours reconnu un clergyman. Un certain jour qu’il dînait dans une illustre
compagnie, un officier jura au cours de la conversation, et après chaque juron
il lui demandait pardon. Après avoir patiemment supporté cette grande
inconvenance pendant quelque temps, le Dr Désaguliers réduisit son interlocuteur
au silence en lui disant : « Monsieur, vous avez essayé de me rendre ridicule
par vos excuses soulignées. Tout ce que je vous dirai, si le Dieu tout-puissant
ne vous a pas entendu, c’est que je ne le lui dirai jamais. »
Dans son registre de famille (livre de raison), écrit en français sur les marges
d’une Bible, il continua le ton pieux et l’esprit dévot de son père. Nous avons
ainsi les noms, jours de naissance et baptême de ses enfants. Son aîné, qui
portait ses prénoms, naquit le 2 mars 1715 et mourut le 19 août 1716. Le second,
né le 18 août 1718, aussi nommé Jean-Théophile, vécut jusqu’à l’âge viril. John
Isaac né le 7 octobre 1719, fut tenu sur les fonts baptismaux par sir Isaac
Newton, le marquis de Carnavon (fils aîné de son protecteur, qui avait été créé
duc de Chandos et marquis de Carnavon le 30 avril 1719) et Cassandra Cornwallis.
Thomas naquit le 5 janvier 1721 Trois filles : loanna, Sarah-Jane et Elisabeth,
moururent en bas âge ; les parrains et marraines de la seconde fille avaient été
Lord Malpas, la duchesse de Richmond et la comtesse de Dalkeith.
L’inscription relative à la naissance de Thomas est un exemple remarquable de
formule huguenote : « Aujourd’hui, le 5 de janvier, est né mon quatrième fils
Thomas au grand péril de la vie de sa mère qui, par la grâce de Dieu, a enfin
accouché heureusement. Cet enfant a eu, pour parrains, Thomas Parker, comte de
Macclesfield et grand chancelier d’Angleterre, et Archibald Campbell, comte
d’Hay et, pour marraine, Theodosia, coin,, se de Clifton, fille de my lord
Clarendon, depuis décédé , Dieu donne à cet enfant sa grâce et bénédiction. »
Tous les enfants furent baptisés à Saint-Margaret’s Westminster.
Le 25 juin 1720, le brevet fut délivré à Jean-Théophile Désaguliers, Daniel
Niblett et William Vreem, d’une invention pour rendre la vapeur (steam and
vapor) de liquides bouillants utilisable en vue de multiples usages. En 1721 il
fut consulté par le Conseil de ville d’Edimbourg sur l’établissement d’ouvrages
hydrauliques pour cette cité, et il en reçut des honoraires. Le bureau de
vérification approuva le 22 mars 1722 ce que Désaguliers avait fait et le
complimenta.
La lettre suivante, conservée au British Museum, a été publiée dans la
Biographie Britannica :
« Au Dr Scheutzer de Channel Row, le 15 janvier 1728-9. - Monsieur, je me
proposais d’avoir l’honneur de rendre visite au Président (de la Royal Society)
pour lui parler de ce que je vous avais dit au Slanghter’s Coffee House ; mais
le travail du jeudi était trop pour moi dans mon état ; il a occasionné une
rechute qui m’a retenu à la chambre depuis lors. J’étais à peine délivré d’un
long accès de goutte ; une station d’à peine deux heures sur mes pieds ce
jour-là, alors qu’ils étaient encore faibles, jointe à l’action du froid, m’a
donné un retour de douleur et de claudication le même soir.
« Je dois vous demander d’être mon avocat auprès de sir Hans, pour le prier,
s’il n’y a rien de contraire à la forme en cela, d’être assez bon pour régler
mon salaire de l’année dernière au prochain conseil, ce qu’il est d’usage de
faire généralement à la réunion de la Société qui suit les vacances, bien que
maintenant la mort du Trésorier s’y oppose. Cela me rendrait bien service en ce
moment, parce que je suis absolument dépourvu d’argent. Ce que de plus je vous
ai dit oralement, vous le mentionnerez, quand il sera convenable de le faire, en
faisant ce qui m’obligera beaucoup... etc. - Signé, J.-T. Désaguliers. »
[Cette lettre, indique qu’en 1729 Désaguliers n’était pas dans une situation
prospère. Elle donne également sur sa santé des explications à retenir.]
Le Dr Désaguliers n’était pas seulement membre de la Royal Society. Il était
membre de diverses académies étrangères et notamment membre correspondant de
l’Académie des Sciences de Paris.
Paul Dawson, un de ses élèves, prit la liberté inexcusable de publier en 1719 un
volume in-4°, intitulé Système de Philosophie Expérimentale de Désaguliers.
Celui-ci ne prit la peine de désavouer la qualité d’auteur qu’après quinze
années, au moment où il publia lui-même deux volumes in-4e intitulés Un Cours de
Philosophie Expérimentale. Dans la préface datée de 1734 il parle ainsi de sa
carrière pleine de succès : « Vers l’année 1713, je suis venu m’établir à
Londres, où j’ai vu avec grand plaisir la Philosophie de Newton accueillie avec
faveur parmi les personnes de tous rangs et professions, même parmi les dames,
grâce aux expériences dont on accompagnait les démonstrations. Quoique quelques
hommes ingénieux aient depuis cette époque, enseigné avec grand succès et
enseignent encore, la philosophie expérimentale à ma manière ou à celle du Dl
Keill, j’ai pu faire autant de cours qu’il m’a été possible. Le présent dans
lequel je suis maintenant engagé est le 1211, depuis que j’ai commencé à en
faire à Hart Hall à Oxford en l’année 1710. La satisfaction que je ressens
d’avoir été, en quelque sorte, l’auteur du développement de ces connaissances
est si grand, que, sans vanterie, je ne puis pas m’empêcher de dire que sur les
onze ou douze personnes qui professent des cours de philosophie expérimentale en
ce moment en Angleterre et ailleurs, j’ai eu l’honneur d’en avoir huit qui ont
été mes élèves ; et les découvertes ultérieures de ces maîtres deviennent pour
moi un avantage. »
Mentionnons ici une élégante brochure, merveilleusement illustrée et imprimée
sur grand papier in-4’ intitulé Le Système du monde de Newton, le meilleur
modèle de gouvernement, poème allégorique auquel est ajouté la Plainte de
Cambria contre le jour intercalaire dans l’année bissextile, par J.-T.
Désaguliers, 44.D (Docteur en droit), chapelain de sa Grâce le duc de Chandos,
et F.R.S. (Membre de la Royal Society). Westminster, 1728 .
La versification employée au lieu de la prose, en vue de mieux plaire aux jeunes
ou indolents lecteurs, est du genre de Dryden, et si nos souvenirs sont exacts,
en voici le premier vers : dans les temps anciens, avant que la corruption se
soit manifestée...
Le 15 avril 1738, Désaguliers procéda à quelques expériences devant Frederick,
prince de Galles, à Cliefden House. Il donna aussi son cours de conférences
devant George II et la famille royale. Lorsque la rue de Channel Row fut
désignée pour être démolie pour donner place à une voie donnant accès au nouveau
pont de Westminster, il changea d’appartement et s’établit au-dessus de la
GrandPlace à Covent Garden, où il continua à conférencer jusqu’à sa mort. Il fut
à plusieurs reprises consulté par le gouvernement à propos du projet du pont de
Westminster, dont son assistant, Charles Labelye était le dirigeant (overseer).
A la demande du Parlement, il érigea un ventilateur dans une pièce au-dessus de
la chambre des Communes.
Nous donnons un coup d’œil dans la salle de conférences de Désaguliers en lisant
une lettre écrite de Londres, le 6 mars 1741, par le baron de Bielfeld,
ambassadeur de Prusse :
« Je me suis évadé deux fois par semaine de mes travaux, pour écouter le célèbre
Dl Désaguliers, chapelain de sa royale hautesse le prince de Galles, dans un
cours de philosophie expérimentale ; et j’ai engagé presque tous les ministres
étrangers d’ici à m’accompagner. L’appartement du docteur a plus l’apparence
d’une salle de congrès que la classe d’un professeur ; et comme nous le payons
généreusement, en retour, il n’épargne aucune peine pour nous accueillir et
découvrir à nos yeux tous les ressorts secrets de la nature. Physique,
mécannique, hydraulique, hydrostatique, optique, astronomie, sont toutes
incluses dans son cours.
« Vous avez, je crois, dans votre riche librairie, l’ouvrage du docteur intitulé
: Un cours de Philosophie Expérimentale ; il forme la base de ses conférences.
Parmi le grand nombre de ses machines, aucune n’a plus excité mon admiration que
son fameux Planetarium. J’avais auparavant vu, dans les bibliothèques à Leyde,
Berlin et partout ailleurs, diverses sphères faites pour montrer à nos yeux les
mouvements des corps célestes. J’ai examiné aussi celle que nous appelons
l’Orrery, du nom de son inventeur Lord Orrery. Mais toutes ces machines, quoique
ingénieuses, ont un défaut très grand. Car, en plaçant le soleil au centre et
lui donnant la grosseur d’une orange, il est nécessaire, en vue de maintenir une
juste proportion entre lui et les planètes, et de déterminer des distances
exactes, que cette sphère ait au moins un mille anglais de diamètre.
« Frappé de cet inconvénient, le Dr Désaguliers, réfléchit longuement pour
arriver à découvrir un moyen de perfectionner cette machine, et à la fin il
imagina son Planetarium. Il fut très aidé dans cette besogne par M. Graham, le
plus capable et le plus célèbre horloger qui fut jamais.
« Lorsque l’ensemble de la machine est à point, vous voyez le soleil immuable
dans le centre, et la terre, et la lune, et les planètes et leurs satellites qui
tournent autour du soleil sur leurs axes. Il commence alors à tourner une
manivelle, et immédiatement l’ensemble du ciel est dans son mouvement naturel,
chaque corps décrivant, son orbite particulier, circulaire ou elliptique. La
première conférence est donnée à la lumière du jour, pour que les auditeurs
puissent clairement observer tous les différents corps et leurs mouvements. Dans
la conférence suivante, il place au centre un petit globe de cristal qui
contient une lampe et représente le soleil. Il ferme alors les fenêtres et,
mettant de nouveau son Planetorium en mouvement, il montre, dans cette leçon,
quelles parties de la terre, de la lune et des planètes sont éclairées à chaque
instant.
« Dans ces deux conférences, remarquez-le, les distances exactes doivent être
abstractivement considérées (il faut ne pas s’arrêter aux distances qui séparent
les corps), car il n’est pas possible de les représenter exactement avec une
machine ayant quatre pieds (1 m 33) de diamètre. Mais, dans les conférences
suivantes, le Docteur décompose sa machine et présente à ses auditeurs le soleil
encore au centre, mais avec une planète et ses satellites à la fois. Avec cette
méthode, les distances deviennent plus perceptibles ; et en cette manière il
explique avec une admirable facilité le système solaire tout entier. Tout est
montré avec tant de clarté, que je m’engagerais, avec l’aide du Planetarium, à
apprendre l’astronomie en un mois, à toute dame ayant tant soit peu de curiosité
et d’attention. Mais une telle machine n’est pas à la portée de toutes les
bourses ; celle du Dl Désaguliers lui a coûté en effet plus de 1000 livres
sterling (plus de 200 000 de nos francs de 1930). »
L’Académie de Bordeaux avait, à la demande de M. Harpez de la Force. offert une
médaille de 300 livres (livres françaises ; 300 livres avaient, vers 1740, un
pouvoir d’achat égal à celui de plus de 3 000 de nos francs de 1930) pour sa
meilleure étude sur l’électricité. En 1742, une Dissertation sur l’Electricité
du Dl Désaguliers gagna la médaille. Priestley remarque dans son Histoire sur le
Présent Etat de l’Electricité :
« Au Dr Désaguliers nous sommes redevables de quelques termes techniques qui ont
été extrêmement utiles à tous les électriciens à ce jour, et qui probablement
resteront en usage aussi longtemps que le sujet sera étudié. Le premier il
appliqua le terme de conducteur à ce corps auquel le tube excité apporte son
électricité, - terme qui a depuis été étendu à tous les corps qui sont capables
de recevoir cette propriété. Et il appelle ces corps dans lesquels l’électricité
peut être excitée par chauffement ou frottage, électriques per se. »
Ce fut en 1738 que Désaguliers fit ses premières expériences électriques devant
la Royal Society, qu’il est dit pouvoir avoir faites à une date antérieure ; «
mais il ne voulait pas entrer en conflit avec M. Stephen Grey, qui avait
entièrement tourné ses pensées vers l’électricité, mais qui était d’un
tempérament à l’abandonner entièrement, s’il imaginait que quelque chose était
fait en opposition avec lui ». Désaguliers fut aussi l’auteur de nombreux
articles dans les « Philosophical Transactions » de l’année 1716 à 1742, sur les
couleurs du prisme, l’atmosphère, le baromètre, le magnétisme, l’électricité,
les statiques, le mouvement perpétuel. Il publia aussi des traductions d’auteurs
étrangers, notamment d’Ozanam, etc.
Le Docteur continua ses conférences avec une grande réputation jusqu’à sa
soixantième année qui fut celle de sa mort (1744). Il n’épargna aucune dépense
pour l’illustration de ses conférences. Comme beaucoup d’hommes ayant une vie
sédentaire, il eut un peu naturel appétit de nourriture. De sorte que son esprit
peut s’être égaré dans ses derniers mois.
On dit aussi que ses affaires particulières ont pu être embarrassées ; mais la
poésie de Cawthorn dans sa Vanité des Joies Humaines est terriblement exagérée.
... Permettre à la muse qui pleure de dire
Combien pauvre, négligé Désaguliers abattu
Comment lui qui apprit à deux gracieux rois à voir
Tout Boyle annobli et tout Bacon connu,
Mourut dans une cellule, sans un ami pour le garder,
Sans une guinée et sans un tombeau ...
Il était veuf ; ses enfants ayant leurs foyers particuliers peuvent ne pas avoir
été présents lorsqu’il expira, pour n’avoir pas reçu un avis à temps. Mais il
est certain qu’il eut des funérailles décentes. Les Anecdotes Littéraires de
Nichols mentionnent en effet le fait suivant : « ... qu’il mourut dans son
logement dans le Bedford Coffee House, à Covent Garden, le 29 février 1744
(nouveau style) et qu’il fut enseveli dans le Savoy, le 6 mars. »
Le Gentleman’s Magazine dit de son côté : « Mort le 29 février 1744, le Dr
Désaguliers, un gentleman universellement connu et estimé. » Paix à son âme.
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