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Emile Lefrançois. (Octobre 1998)
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1) Pythagore et son temps
1.1‑ Le monde antique méditerranéen
La navigation, armée pour le commerce ou les raids militaires, a joué un rôle
important en
Méditerranée, dès le 3ème millénaire.
Il semble que Troie ait été fondée avant 2500 par des marins audacieux, venus
du Bas
Danube, parlant un "grec proto‑ionien" qui s'est répandu en Anatolie et en
Egée. Mais
d'autres marins de Méditerranée Centrale et des peuplades descendues par
l'Illyrie en Grèce
Continentale, parlaient une langue véhiculaire analogue, un " proto‑grec"
dorien (?),
peut‑être d'origine "Atlante".
Au 20 millénaire, la Basse Vallée du Nil est en contact avec ces "Peuples de
la Mer"
appelés Haou‑Nebout (parlant grec) qui sont tantôt amis comme alliés
mercenaires,
tantôt ennemis comme pirates, parfois à l'appui de raids venus de l'Ouest par
la Libye
ou même de l'Est.
On peut citer les exemples suivants d'alliances de la Basse‑Egypte avec des
forces
« grecques ».
C'est avec des mercenaires Haou‑Nebout que le Thébain Ahmosis 1er, fondateur
de la
18° dynastie, vers 1590, conquiert le Delta (Avaris) en battant le roi
(pharaon) hyksos
Apophis, dont le Joseph biblique fût peut‑être ministre. Ahmosis parachevait
ainsi la
lutte engagée par son père, Kamosis, avec l’aide de mercenaires libyens,
Un texte montre Ahmosis, le Libérateur, engageant ses sujets à acclamer son
épouse, la
"Dame des Haou‑Nebout". Cette 18° dynastie s'achève avec l'usurpateur
Horemheb, un
général hissé au pouvoir après une période de troubles.
A la mort d'Horemheb (1315), les désordres reprennent jusqu'en 1310, où un
chef
de mercenaires de Méditerranée Centrale et de Libye, un "Larthe"
étrusque‑Zèthos 1er
(Seti 1er), fonde la 19 ° dynastie (celle des Ramsès).
Après de multiples troubles dynastiques, et une longue domination assyrienne,
un prince
vassal de l'Assyrie, Psammétique, fonde la 26° dynastie, dite Saîte (650), en
faisant
largement appel à des mercenaires d'lonie et de Carie (hoplites dits "Hommes de
Bronze")
pour saisir et asseoir son pouvoir. Ce pharaon, d'origine lointaine carienne,
crée même un
"corps" d'interprètes de Grec.
A la suite d'une guerre ratée, en Libye, contre la colonie grecque de Cyrène,
le pharaon
Apriès est détrôné par son général vaincu, Amasis, qui va régner 42 ans
(568‑526), avec le
concours de mercenaires et de marins ioniens. Allié de Polycrate de Samos, dont
la
flotte est très puissante, Amasis concède à des Grecs, en 565,la "colonie" de
Naucratis
accessible par mer et résiste à la poussée perse de Cyrus.
A ces époques, les échanges culturels et religieux n'ont pas manqué entre la
Méditerranée
« grecque » et l'Egypte, même si les "nobles" et le sacerdoce égyptiens
"méprisent" les
marins et les commerçants "grecs" pour leurs façons de vivre "impures"
(Hérodote). Apollo
est assimilé à Osiris, Artémis à lsis. Athéna est honorée par un temple
dans le Delta.
1.2‑ Le temps de Pythagore
La philosophie grecque est née et s'est développée dans les terres ioniennes
d'Anatolie et du Dodécanèse, avant d'émigrer, sous la pression des exactions
de l'impérialisme Perse, vers les Cyclades, la Grèce continentale (Athènes)
et la Grande Grèce (Italie du Sud et Sicile).
Après la longue (10 ans) guerre de Troie (vers 1300) qui a affaibli les cités
Egéennes et l'Anatolie, on trouve, vers 1200, des traces d'importants ravages,
attribués, pour partie à des migrations et des raids de "Peuples de la Mer"
et, aussi, à des catastrophes naturelles (tremblements de terre et raz de
marée sunami), puissantes émissions et effondrement dans la mer du volcan de
Thera‑Santorin, vidé de ponce et de cendres). Pendant 3 ou 4 siècles, ces
régions semblent archéologiquement vides, comme sans Histoire. Mais, aux 8e et
7e siècles, les cités d'Anatolie, supposées reconstituées de populations
disparates et appauvries, sont devenues assez riches en hommes pour fonder de
nombreuses "colonies" en Mer Noire et en Méditerranée Centrale dont elles
étaient, pour partie, issues.
Il faut noter que les cités ioniennes ont disposé, dès le 8e siècle (750)
d’un alphabet né à Milet, bien adapté à la langue "grecque" pour lire et
écrire. Cet alphabet, issu du phénicien après plusieurs tâtonnements, est
déjà largement répandu au 6e siècle. Comme les cités loniennes sont
gouvernées par des oligarchies coiffées par des tyrans assez libéraux, il a
pu naître, grâce à cet alphabet, des écoles d'enseignement "laïques" (hors
des temples). La tentation sera grande pour les Maîtres d'école d'écrire des
livres pour échanger leurs idées et diffuser leur savoir. Avec le vocabulaire
pauvre en "abstraits" dont ils disposent, les mots n'auront pas toujours le
même sens. Ces Maîtres étaient appelés Sages (Sophoï), avant que Pythagore,
par modestie, se fut déclaré "Ami de la Sagesse", car "Sagesse, comme
Vérité, sont divines.
1.3‑ La philosophie ionienne
Les philosophes les plus marquants du temps de Pythagore sont, comme lui,
ioniens. Ce sont :
Thalès (625‑535), phénicien de Tyr émigré à Milet. Sage légendaire de
souche thélide, descendant d’Agenor- Il a fréquenté le Sacerdoce Egyptien
et aurait dit de l'Apollo de Didymes (Carie) qu'il était le "protecteur du
peuple du Nil. ( Apollo n'est pas un mot d'origine grecque). Chez Thalès, qui
n’a pas laissé d’ouvrage didactique, mais des maximes et des aphorismes,
apparaît déjà Arché, au sens de Pouvoir de l’Un, exercé par l’Esprit (
Nous).
- Anaximandre de Milet (610‑546) ‑ Elève de Thalès très réputé.
Pour lui, dans l’Apeiron (l’Indéterminé) qui contient Tout, l'Arché est
le principe unique divin, ineffable, qui fait régner l'Harmonie et la Justice
par son Intelligence (Noûs),.
- Anaximène de Milet (580‑529) ‑ Elève d'Anaximandre et ami de
Pythagore ‑ Pour lui l'Apeiron est appelé un Ether , espace (infini) des
"souffles".
- Xénophane de Colophon (576‑484) ‑ Rhapsode, élève
d'Anaximandre émigré en Sicile ‑Pour lui, Dieu n'est en rien anthropomorphe
‑ Réprouve les sacrifices sanglants ‑ Parle de l'Etre (au sens de Noûs)
avant Parménide.
- Héraclite d'Ephèse (540‑480) ‑ de la lignée de Adroclides,
fondateurs d'Ephèse et maîtres héréditaires du Temple de la Cité ‑ Déçu
par sa Cité, il se démet de sa charge sacerdotale, pour finir ses jours très
modestement. A connu Anaximène et Pythagore ‑ A écrit un livre déposé dans
le Temple d'Artémis ‑ Pour lui, "La Loi Unique et Divine" du Logos.,
désigné aussi par le UN
- (au neutre) ou encore par la Chose Sage, anime et régit toute la
Nature, en perpétuel renouvellement.
‑ Anaxagore de Clazomènes (498‑428)‑ Elève d'Anaximène et pythagoricien
discret ‑Emigré à Athènes ‑ Protégé par Périclès ‑ A été le
maitre de Socrate et d'Euripide ‑ Il insiste sur l’Intelligence (Noûs) ou
Esprit, qui régit et anime toute spiritualité. Tous ces philosophes partagent,
en commun avec Pythagore, comme nous verrons, la croyance à la non‑mortalité
de l'Esprit de l'homme (pour autant qu'il en ait) et, en conséquence, au Dieu
UN (éternel) et au Monde des Esprits divins (non mortels).
1.4‑ La Vie de Pythagore et son oeuvre 1.41 ‑ Pythagore est né vers 580,
(ou 590) dans l'ile de Samos. Son père, d'origine lointaine phénicienne (Tyr),
en passant par Vile de Lemnos, est un joailler aisé. L'enfant, très doué, est
confié aux meilleurs précepteurs de son temps, dont Phérécyde de Syros,
initié à l'Orphisme, Anaximandre de Milet, savant "mathématicien", et aussi
Thalès de Milet qui fut frappé par l'excellence de ses dons. Il eut ensuite
des maîtres phéniciens (Tyr, Sidon). Puis, sur la recommandation de Polycrate
(tyran de Samos) auprès du pharaon de Basse‑Egypte Amasis, Pythagore alla
suivre la formation scientifique et initiatique des. collèges sacerdotaux
d'Héliopolis (et peut‑être de Memphis). Enfin, Pythagore rencontra des
"mages" Chaldéens (en Phénicie ?) et fut l'hôte de Temples Grecs, en
particulier le Temple d'Apollon à Délos, avant de regagner, après une absence
de plus de 25 ans, son ile de Samos, où la tyrannie de PoJycrate s'était
durcie. Il tenta, sans succès, d'y ouvrir une Ecole, avant d'émigrer vers
l'âge de 40 ans, en 540 (532 selon certaines sources), en Grande Grèce (Italie
du Sud). Il y créa, à Crotone, une Ecole "laïque" de Sagesse rapidement
renommée, dont le recrutement, l'organisation et l'enseignement paraissent
calqués sur ceux des grands Temples égyptiens. On sait que ces Temples
recrutaient, avec le plus grand soin, des jeunes gens, doués intellectuellement
et psychiquement, pour les instruire et les former, afin de maintenir leur
autorité dans les techniques, les arts, la médecine et, bien sûr, les
pratiques sacerdotales, en particulier la divination. L'Ordre Pythagoricien, de
Crotone, aristocratique au sens grec du mot, aura une existence publique d'assez
courte durée, car il ne sera pas supporté par les mouvements "démocratiques"
qui ont agité à cette époque les cités de la Grande Grèce et de la Sicile.
Pythagore meurt vers 500, probablement retiré à Métaponte. Après la mort de
Pythagore, l'ordre et les Cercles pythagoriciens de la Grande Grèce sont
progressivement affaiblis, assaillis et dispersés (450). Mais, l'Ordre avait
essaimé rapidement dans le Monde Grec et en Italie. Son enseignement (secret)
s'est perpétué dans des cercles fermés, sans reconstitution d'EcoIes de
Sagesse, sauf peut‑être à Rome, où les persécutions contre les
Pythagoriciens (Mathematicii), défenseurs de la République et du Sénat,
furent nombreuses. Cicéron, dont l’ami P.Nigidius Figulus animait une
Confrérie pythagoricienne réputée, pouvait écrire qu'à Rome "nul n'était
considéré comme instruit s'il n'était Pythagoricien". Ni prophète, ni
prêtre, mais savant et thaumaturge, Pythagore n'est pas porteur d'une
révélation nouvelle. Il est initié aux rites et symboles des Mystères qui
voilent les enseignements des grands Temples où, à un niveau initiatique
élevé, est perçue la même métaphysique et sont couronnées les mêmes
vertus.
Nous disposons de plusieurs biographies de Pythagore dont celles de Diogène
Laërce, de Jamblique et de Porphyre . Bien que tardifs, ces auteurs sont
précieux, car ils reprennent des sources anciennes, aujourd'hui disparues.
1.42‑ Pythagore a peu écrit. on lui attribue des Discours Sacrés"Hieroï
Logoï », dont on retrouve, çà et là, des fragments.
Le poème les Vers Dorés , de 71 (ou 73) vers attribué à Lysis, réfugié à
Thèbes auprès d'Epaminondas, parait constitué, pour plus des 2/3, par des
extraits authentiques des "Discours Sacrés".
On connait plusieurs traductions de ce poème, probablement restauré au 3°
siècle PC, celles d'André Dacier, Garde des Livres du Cabinet du Roi (Louis
XlV), de Fabre d'Olivet (1767‑1825) et de Mario Meunier (1925).
Nous disposons aussi de longs Commentaires des "Vers Dorés" par Hiéroclès
(5° siècle PC) et d'Examens détaillés par Fabre d'Olivet.
Les "Examens" de Fabre d'Olivet sont intéressants, en raison de sa grande
culture et de sa sensibilité aigüe à l'Hermétisme pythagoricien.
Nous avons 2 traductions des Commentaires d'Hiéroclès, celle d'André Dacier
(vers 1700) et celle de Mario Meunier. Hiéroclès a bien connu le
néo‑pythagorisme alexandrin. Il pense que les Vers Dorés. sont un résumé
authentique de l'enseignement pythagoricien pour
"l'extérieur", la pratique des vertus, et pour 1'intérieur", la connaissance
de soi et, par là, celle du divin.
Outre les "Discours Sacrés", on attribue à Pythagore ( ou aux pythagoriciens )
de nombreux aphorismes ( acousmata ).
Une analyse des Vers Dorés et des Aphorismes sort du cadre de cette note.
1.43‑ Revenons, un moment, sur l'Ecole de Sagesse de Crotone. Celle‑ci
accueillait des auditeurs libres, agréés, et l'Ordre Pythagoricien proprement
dit, formé de
‑ Néophytes soumis à une instruction préparatoire –
-Scientifiques ( Mathematikoï ou Physikoï ), recevant une instruction profane.
- Vénérables (Sebastikoï), initiés aux arts "sacrés" et à la
métaphysique–
- leur signe emblématique est le pentalpha.
- Certains Scientifiques et Vénérables, les politikoï, sont formés
aux problèmes politiques et économiques. Sous le signe emblématique de la
Balance, ils peuvent participer au gouvernement des cités, en leur nom propre.
Tous les membres de l'Ordre sont tenus au secret, c.à.d., qu'ils ne peuvent
révéler ni l'origine, ni les circonstances d'acquisition, des informations qui
leur sont venues de l'Ordre, tout en pouvant en user à titre personnel.
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La Sagesse pythagoricienne, dont l’emblème est un Y (majuscule), comporte une
branche métaphysique, la droite, et une branche pratique, la gauche, qu’il
est conseillé de maintenir d'importance égale. La partie métaphysique est
l'Hermétisme, en rapport avec le Sacré ou le Divin. La partie pratique est
l'Art de Vivre, en rapport avec la Nature.
2.1 ‑ L'Hermétisme pythagoricien.
11 ‑ Sur l'immortalité de l'Esprit (Noûs)
L'Hermétisme antique distingue :
- le monde manifesté, la Nature (Physis ) où toutes choses naissent,
vivent et meurent, en perpétuel renouvellement.
‑ le monde non‑manifesté, non‑mortel, le Divin ou Monde des Esprits.
La base de cette métaphysique est la croyance fondamentale qu'une part de
l'homme,appelée son Esprit (Noûs), pour autant qu'il en possède au moment de
sa mort physique,n'est pas mortelle.
Cette croyance, très ancienne, s'est incorporée d'abord dans un culte des
ancêtres
(familiaux ou tribaux). L'existence, chez certains hommes, de capacités innées
ou de réminiscences inexplicables, ainsi que d'autres faits étranges,
confortent cette croyance. Si l'Esprit (Noûs) de l'homme est non mortel, il
provient bien d'un quelque part, appelé Monde Divin, où il reviendra. ici ou
là, modifié ou non. après la mort du corps.
2.12‑ Sur le Dieu Un et la Création
La cause du Monde divin et de la Nature (vivante) est attribuée à un Principe
Unique, le
Dieu Un ( O Theos), Père de Tout, auquel est souvent associé un parèdre, un
FiIs,Démiurge, représentant la volonté créatrice du Dieu Un, son Logos.
L'ensemble Dieu‑Logos est hors de l'espace et du temps (physique), donc
inconnaissable et éternel, ineffable. Il gouverne la Nature suivant des lois
immuables.
Ces lois assurent le Bien et l'Harmonie dans la Nature, où la création est
continue, selon des rythmes génération ‑ vie ‑ mort, sans fin.
La question de l'origine et de la fin des Mondes, autrement dit, de l'origine et
de la fin des Temps, n'a pas de sens, puisque la Vérité et la Vie qui
gouvernent la Nature sont inexplicables. La thèse d'un big‑bang originel,
comme la perspective d'une spiritualisation globale de la Nature retournant au
Néant originel, n'intéressent pas l’Hermétisme. Il serait moins insensé de
conjecturer sur l'astéroïde qui, un jour, détruira brutalement notre terre,
phénomène minuscule à l'échelle astronomique et conforme aux lois de la
Nature.
Le Monde Divin, émané du Dieu‑Logos est présenté, allégoriquement, comme
constitué de divinités à trois niveaux.
- ---des divinités immortelles, occupant les sphères célestes, selon
leur rang
- ‑ des héros (glorifiés) ou saints, non‑mortels
- ‑ des daïmons, anges‑gardiens ou génies, non mortels.
- La raison humaine n'a pas accès à la connaissance des structures et
des lois du Monde Divin. Il est cependant donné à l'homme, qui a pu acquérir
conscience de son propre Esprit, un accès au monde divin par la voie
(initiatique) qui le relie à son daïmon (son ange‑gardien en langage
chrétien). L'ensemble "Dieu UN‑Logos ‑ Monde Divin ‑ Nature" constitue la
Tétrade Sacrée pythagoricienne, la Tétractys Sacrée.
2.13‑ Sur l'homme
L'homme a une triple nature, corps (Soma ) âme (Psyché ) et
Esprit (Noûs). Il
peut donc vivre une triple existence, animale (instinctive), animique
(consciente) et spirituelle (intelligente, au sens grec).
Ces 3 existences sont en quelque sorte intégrées dans une "unité volitive »
pour constituer le fameux quaternaire humain, la Tétractys humaine. Le corps
est mortel, l'âme aussi, mais elle ne s'évanouit pas en totalité dès la mort
du corps, alors que l'Esprit, séparé du corps, rejoint le Monde Divin.
L'Initié Virgile écrit qu'après la mort
Le corps va à la terre,
Les manes circonvolent,
L’esprit s'éloigne vers les Cieux.
Mais rien n'est aussi simple. Le corps physique, accessible directement à nos
sens (sensations) est complété par le corps éthérique, non visible, sauf
exception. L'aura humaine, qui peut être vue par certaines personnes, est
perçue communément par des animaux, comme les chiens. L'âme, dont la partie
basse partage avec le corps la vie instinctive (La Gana), est, dans sa partie
moyenne, le siège des passions, des sentiments et de l'entendement. Dans sa
partie haute, elle est connexe de l'Esprit par la conscience morale et la raison
(Logos ) L'Esprit est la source des inspirations, de la sagacité et de
lIntelligence (partie haute de l'inconscient dans le langage de K.G.Jung). A un
niveau élevé de vertu et de spiritualité, une partie de l’âme haute est
supposée pouvoir accompagner l'Esprit dans le Monde Divin, et produire, en cas
de "renaissance » une résurgence de souvenirs de vie antérieure (anamnésie).
2.14‑ Sur le Monde Divin
Le principe de l'unité absolue de Dieu, ou du Dieu‑Logos, ineffable, ramène
au seul Monde Divin les révélations religieuses et les théologies. Selon
l'Hermétisme, il peut apparaitre, sur la terre, des êtres doués de capacités
psychiques et spirituelles hors du commun (sur‑naturelles), thaumaturges,
prophètes, théurges. S'ils laissent, après leur mort corporelle, un champ
d'énergie spirituelle bénéfique suffisant pour rassembler des fidèles autour
de leur mémoire, iIs sont considérés comme des avatars (incarnation) d'un
Etre Divin, classé dieu, héros ou daïmon. Une Divinité est ainsi née dans
la mémoire des hommes après une incarnation sur‑naturelIe. Aller plus avant,
c'est quitter I'Hermétisme pour une gnose. Remarquer que dans la théologie
chrétienne, la Cause de Tout, Dieu‑Logos, Père et Fils, forme, avec la
partie haute du Monde Divin, appeIée Esprit Saint, la Triade des 3 Hypostases,
la Trinité, sur laquelle les Eglises Chrétiennes se sont divisées, pour des
raisons humaines, jusqu'à affirmer, tantôt la consubstantialité des 3
Hypostases, ce qui revient à une théologie du Dieu Un, tantôt une certaine
"hiérarchie trinitaire" où l'EspritSaint représente les Energies Divines
auxquelles l'homme peut espérer accéder, à son niveau d'initiation
spirituelle. L’Eglise catholique romaine est du 1er type. L'Eglise dite
Johannite, qui se rallie au Prologue de l'Evangile de St Jean, est du 2ème
type, plus proche de l'Hermétisme. Les Chrétiens orthodoxes disent, avec St
Basile : "Le Père se révèle par le Fils dans l'Esprit (Saint)". Comme nous
l'avons dit, l'homme est "à I’image de Dieu", ou plutôt divin, seulement
dans la mesure où il possède I'Esprit (Noûs ).
7.
La transmigration des Esprits (métempsycose ou palingénésie) est une vision
allégorique d'une spirale de purifications spirituelles, après laquelle
l'Esprit peut échapper aux cycles des renaissances (pas nécessairement sur
notre globe) pour devenir daïmon, héros et même dieu, non mortel ou immortel.
Cette vision, commune aux brahmanes, chaldéens, égyptiens, pythagoriciens et
celtes (druides) a été reprise par 1 église chrétienne primitive imprégnée
d'Essénisme, en particulier par Origène. La transmigration a été condamnée,
en même temps que la pré‑existence des Esprits, lorsque l'ésotérisme
chrétien a cessé d'être toléré, en écartant le Johannisme.
2.15‑ Sur le Bien et le Mal
L'Hermétisme ignore la dualité Bien‑Mal et évite cette pierre d'achoppement
en affirmant ‑ la Puissance de la Volonté, centrée sur l'âme, donne à
l'homme son libre‑arbitre face à la Nécessité du destin, qui n'est pas
inéluctable. ‑ L'homme, comme toute la Nature, est soumis à la Providence
divine qui dispense le.Bien. ‑ La source des maux (du corps, comme de l'âme)
est dans les vicissitudes inévitables de la vie, auxquelles le Sage échappe
mieux que l'insensé, car il peut, avant d'agir, connaître les conséquences
(nécessaires) de ses actes. Cette "métaphysique" ne peut être acceptée, sans
l'appui d'une révélation religieuse, que par un homme vertueux, ayant des
connaissances suffisantes. Cet "aristocrate", étonné en observant la Nature et
la Vie, dont la compréhension profonde lui échappe, sait que la Vie de la
Création (minérale, végétale, animale) est un miracle permanent d'une
Providence qu'il identifie au Bien. L'idée que la Vie ne serait que la
conséquence naturelle d' hasardeuses étincelles (de vie) est pure folie.
2.16‑ Sur l'Harmonie et le Nombre
L'Harmonie règne partout dans l'Univers qui, à cause de celà, est désigné
comme Cosmos.
Le Cosmos est régi, naturellement, par la proportion
géométrique ( Analogia ) , par opposition à l'égalité arithmétique.
Dans le Gorgias, Socrate, après avoir rappelé à Calliclès qu'aux dires des
sages
(pythagoriciens) "le ciel, la terre, les divinités et les hommes sont groupés
en une
communauté faite d'amitié, de modération et de Justice", le prie curieusement
d'observer que "la proportion géométrique a une grande puissance chez les
dieux et les hommes".
L'égalité (arithmétique) parmi les hommes mène au désordre et à
l'injustice. ll est "injuste de traiter éoalement des inégaux".
Il y a "symétrie" ( Symetria ) là où existent des proportions harmoniques
entre les éléments d'un ensemble.
Il y a "symphonie" ( Symphonia ) là où les intervalles sont en proportions
harmoniques ( en musique, en géométrie, en architecture, ...)
Les Pythagoriciens attachent un grand prix à la musique "so 7laire" (gamme
naturelle et lyre à 7 cordes), en rejetant la musique "lunaire" ( flûte
dionysiaque).
L'Harmonisation est aussi la réduction du divers grâce à une médiété
(dualité unité) :accord entre A et B par la médiété C telle que A/C = C/B
‑ Proportion dorée entre A et B lorsque A/B = (A+B)/A.
Le Nombre. Arithmos.
‑ De même que tous les nombres arithmétiques procèdent de un, toutes choses
et tous les Etres qui procèdent de la Monade (Dieu‑Logos), sont désignés,
par analogie, sous le terme voilé abscons de Nombre. Le Nombre (avec N
majuscule), proche de l'idée platonicienne, a valeur de "code génétique" du
Réel. Il est difficile d'en dire plus sur ce point, sans "brouiller le Sens par
le discours" Hors des sentiers de la Sagesse, arithmos a été appliqué : ‑
à des couples symboliques comme : Impair‑pair, achevé‑inachevé,
même‑autre, feu‑eau, blanc‑rouge, droite‑gauche, etc... ‑ à une
arithmologie prolixe des premiers nombres ‑ à l'arithmétique, déjà
développée au 6ème siècle en Egypte et chez les Ioniens.
2.2‑ L'Art de Vivre
2.21‑ Les Religions
L'Hermétisme, stricto sensu, réduit le "Sacré" à une relation directe et
"aride" entre l'individu et la frontière du Monde Divin. Il n'y a donc point de
religion pythagoricienne proprement dite, même si Pythagore était proche de
l'Orphisme, une pensée religieuse, refusant les sacrifices sanglants et sans
temples, baignée de poésie et de musique, une détente pour l‘Esprit. Or,
dans l'antiquité, les cités sont placées sous la protection de divinités
(dieux ou déesses) emblématiques, servies dans des Temples par un Sacerdoce
qui pratique, entre autres, la Divination. Les pouvoirs politiques et religieux
sont bien distincts, mais participent ensemble à des liturgies, des mystères
et des sacrifices. Le Temple principal de la Cité est interrogé
obligatoirement par les pouvoirs politiques pour savoir si la Divinité est
favorable ou défavorable à un projet. Les chefs militaires sont mêmes
accompagnés de "devins". Ne pas participer à la vie religieuse locale fait
courir le risque d'une accusation de crime souvent puni d'ostracisme ou de mort,
car, en indisposant la divinité, il peut porter atteinte à la sécurité de la
cité, toujours en péril de raids ennemis, de batailles perdues, de vents
défavorables ou de tempêtes. Pythagore conseille de sacrifier, par prudence et
confraternité, aux dieux locaux, en offrant de préférence des produits
naturels et des oeuvres d'art. La participation aux Mystères est recommandée,
dans la mesure du possible. La croyance aux protections divines, en particulier
aux divinations, ne parait guère profonde, si on en juge par les sarcasmes du
théâtre athénien, avec la liberté accordée aux poètes. Mais la Divinité
protectrice reste, comme un "palladium", un "drapeau", l'emblème de l'union
amicale (philia) des citoyens devant le danger. Quant à la divination, elle a,
au moins, les vertus d'être une assurance des pouvoirs (politiques et
militaires) contre les risques et un frein contre les décisions trop hâtives.
Dans "Hélène"
d ‘Euripide, le soldat (Socrate ?) se moque des devins devant Ménélas et
termine sa tirade : "Le vrai devin, c'est un jugement droit et du courage".
2.22‑ L'examen de conscience Le moyen naturel d'accès à la "Connaissance de
soi" est l'examen de conscience objectif, qui, d'après les Vers Dorés, doit
être pratiqué le matin au réveil et le soir avant le sommeil. Il ne s'agit
pas de méditer, mais de passer en revue ses activités avec lucidité, des
mêmes yeux que l'on considère les autres, comme dans un miroir.
Le but à atteindre est d'être pleinement soi‑même en restant modéré
(prudent et tempérant) tout en cultivant l'Amitié et pratiquant la Justice. Le
pythagoricien, d'expression stoïcienne, Marc‑Aurèle, dans ses "Propos pour
moi‑même" veille à "ne rien faire que son Principe Directeur, ( Hegemon ou
daïmon) puisse réprouver" et "prie pour que son daïmon reste droit". Ceci
ramène, sur le plan spirituel, à une recherche ésotérique du Sens, voie
praticable sans risque de "déboussolage" seulement par un "aristocrate" (au
sens grec), cultivé et vertueux. Comme l'a clairement dit Plotin, la "qualité
du daïmon est variable selon la conduite de la vie". L'examen de conscience
objectif est le moyen principal de progrès spirituel, conseillé par
l'Hermétisme pythagoricien.
2.23‑ Sur l'Amour et l'Amitié
L'Amour Sacré ‑ Pour un Sage, le sentiment que Dieu porte un amour
( Agapè, Philia ) aux créatures est insensé. ll suffit que ses lois immuables
soient bonnes.
L'Amour Sacré ou Vénération, monte de l'homme vers Dieu‑Logos, en communion
avec les harmonies de la Providence. Cette Vénération s'exprime dans des
Hymnes. L’Hymne à Dieu du pythagoricien Proclos a été longtemps attribué
à St Grégoire de Naziance. Les Hymnes adressés aux divinités sont des
prières.
Un Sage peut être agnostique, déiste ou religieux.
‑ L’agnostique est sensible à l'évidence du caractère "miraculeux"
permanent de la Vie, mais se contente de sa relation initiatique "amicale" avec
son daïmon. Peu d'hommes peuvent vivre avec fruit cette quasi‑solitude
spirituelle. Beaucoup vont à la surdité de l'athéisme ou se perdent dans des
idolâtries.
‑ le déiste se contente de contempler la Nature et d'en jouir, en étendant
l'Amour Sacré vers le bas, jusqu'à ces gouttelettes de rosée, éclatantes des
couleurs du spectre au soleil du matin ‑ Maigre butin.
‑ le religieux participe aux liturgies et au culte (de son milieu), qui
rompent sa solitude spirituelle ; sans s'enchaîner aux dogmes.
L 'amour profane, charnel, est naturel, donc légitime, tant qu'il favorise la
santé et la joie de vivre.
Dans l'amour profane animique, multiforme, les pythagoriciens écartent les
passions (maladies de l'âme), et portent un grand intérêt à une "source
bénéfique qui (seule) rompt l'isolement du sage sur la terre"
2.24‑ La Loi Naturelle
Comme il n'y a qu'une physique, il n'y a qu'une métaphysique qu'on peut appeler
Théologie (avec un T majuscule) et dont il y a peu à dire. Le renommé
philosophe Boèce (482‑524), un pythagoricien (si célèbre qu'il fut
béatifié sur la foi de textes apocryphes), disait : "Bien sûr, il n'est qu'un
seul Dieu ; mais il peut exister de nombreuses divinités, par participation" ;
avec leurs théologies propres. Il est plus difficile, mais raisonnable,
d'admettre que la nature humaine est unique et donc qu'une Loi Naturelle est
adéquate pour l'homme., L'Art de Vivre pythagoricien ne fait acception de
personne, mais préconise, pour le bien commun, le règne de l'égalité
géométrique : Pour chacun, devoirs et droits "selon ses capacités" réelles ;
non selon ses mérites" dont la mesure est trop subjective.
.
3. Les influences Pythagoriciennes Que nous reste‑il de Pythagore ? lI
faudrait tout un ouvrage pour dresser un tableau des pythagoriciens connus,
avoués ou non, depuis 25 siècles. Mais quelques noms vont suffire pour amener
notre conclusion.
3.1‑ Sur Socrate et Euripide A l'époque de Socrate (469‑399), il eût été
dangereux à Athènes, et presque partout.dans le monde méditerranéen, de se
reférer ouvertement à l'enseignement pythagoricien, tenu en sommeil ou caché.
Ainsi, dans Platon (428‑349), lorsque Socrate évoque les "sages", il faut
entendre "les pythagoriciens". Platon affirme clairement, dans une lettre à
Denys de Syracuse, qu'il n'a jamais rien écrit sur la doctrine "secrète",
réservée "aux gens cultivés", et qu'il a seulement rapporté à ce sujet
quelques propos tenus par Socrate. L'oeuvre de Platon était encore très
célèbre pour sa qualité littéraire au XWI siècle ; mais le vrai philosophe
grec dont on dissertait était Pythagore ; on se demandait, avec insistance, si,
oui ou non, il "avait bien connu le Père, le Fils, et l'Esprit (Saint). On sait
que Socrate a collaboré étroitement au théâtre tragique de son ami Euripide
où l'Hermétisme est parfois dévoilé comme dans cet extrait "Ce qui est né
de la chair retourne à la terre, mais ce qui a germé d'une semence éthérée
retourne vers la voûte céleste". Ecrit vers 425, ceci est proche de Jean III
‑6.7. Avec logique, Socrate ne parlait pas du Dieu‑Logos, ineffable, mais
seulement de l'Art de Vivre, non sans rappeler, ça et là, la non‑mortalité
de l'Esprit Le Maître d'éloquence réputé, Isocrate d'Athènes, ose écrire,
avec malice, après la mort de Socrate : "Nous admirons plus, aujourd'hui, un
pythagoricien lorsqu'il se tait que les autres, même les plus éloquents, quand
ils parlent". La Sagesse pythagoricienne a une vocation universelle et Socrate
osera se déclarer "Citoyen du Monde", tout en étant un vigoureux "hoplite"
athénien, redoutable au combat. Les pythagoriciens d'expression stoïcienne
modérée, Epictète (50130) sont très proches de Socrate. St Justin (100‑
165), pythagoricien chrétien a dit qu'il eût volontiers canonisé Socrate.
3.2. Sur Ammonios Saccas, Origène, Plotin.
Ammonios Saccas, le « Porte-faix Libyen » ( ou le « porte-faix d’Ammon »
), vivait à Alexandrie dans la première moitié du 3ème siècle, contemporain
de Clément d’Alexandrie. Il n’a pas laissé d’œuvre écrite.
Pythagoricien et « Maïtre des disciplines philosophiques » ,très érudit,
probablement thaumaturge et théurge, son enseignement secret est réservé à
un petit nombre d’élèves. Dans son Histoire Philosophique du Genre Humain,
Fabre d’Olivet qualifie Ammonios de « théosophe auquel le Christianisme
doit ses rites sacrés et ses formes « . Deux de ses élèves, Origène
(chrétien ) et Plotin ( pythagoricien ) ont laissé des Å“uvres importantes.
Origène ( 185-253 ), dans son Traité des Principes, s’ingénie à réduire
les divergences et établir des convergences entre l’Hermétisme et les textes
bibliques interprétés souvent comme des allégories. Il affirme clairement la
préexistence et la non-mortalité de l’Esprit, ainsi que la «
réincarnation « , qui seront rejetés par les églises chrétiennes lorsque
l’ésotérisme chrétien, réservé nécessairement à une « aristocratie «
spirituelle, sera exclus, « pour des raisons humaines ».
Plotin (205‑270), né dans une famille patricienne d'Alexandrie, très doué
et modéré, s'est adonné tardivement à la philosophie et a suivi pendant 11
années, de 28 à 39 ans, les enseignements d'Ammonios. Devenu maître d'une
école célèbre à Rome, probablement après la mort d'Ammonios, il a laissé
une oeuvre abondante, les Ennéades, où sont rassemblés, souvent écrits, ou
ré‑écrits, par son assistant Porphyre (ou des élèves), ses enseignements
pendant une vingtaine d'années. Cette oeuvre, non dogmatique, disparate et
touffue, est surtout nourrie de commentaires, au jour le jour, "dans l'esprit
d'Ammonios", sur des textes grecs, le plus souvent de Platon ou de commentateurs
de ses ouvrages. Plotin résiste aux tendances gnostiques et théurgiques. Ni
Origène, ni Plotin n'ont dévoilé expressément les leçons dAmmonios,
conformément à la règle pythagoricienne du Secret. Mais, étant donné les
orientations bien différentes de leurs oeuvres, on peut conjecturer que ce qui
leur est commun est bien "dans l'esprit d'Ammonios", donc pythagoricien.
3.3‑ Le Prologue de l'Evangile de St Jean et le Johannisme.
Le Prologue de l'Evangile de St Jean, écrit en Grec (hellénistique) à
Ephèse, au 1er siècle,
a beaucoup intéressé et dérangé.
On a traduit Arché par "Commencement" ou "Principe", et Logos par "Parole" ou
"Verbe", pour plaire ou ne pas choquer, alors que le vocabulaire de la
philosophie ionienne
invite à une traduction plus claire. Arché, chez Thalès et Anaximandre est un
Pouvoir non limité, pour ne pas dire absolu (comme dans AL( archonte,
monarchie, etc ... ).Logos grec) équivaut au UN chez Héraclite. C'est le
Créateur
qui anime et régit toute la Nature.
Ainsi, »en arché en o logos » se traduit par "Au Pouvoir est ce Logos , ou
tout puissant est ce logos »...
Le Verset 5, compte‑tenu des analogies et équivalences entre les couples de
contraires
Vie‑Mort, Lumière‑Ténèbres, Esprit‑corps (chair), peut se lire comme
une affirmation de la non‑mortalité de l'Esprit (Lumière), qui anime le
corps sans le suivre dans la mort.
Cette transcription en clair ne change pas le sens des premiers versets du
Prologue, suivis du témoignage de Jean le Baptiste (I'Essenien) dont des
disciples existaient à Ephèse (Actes 19). Mais notre façon de lire raccorde
bien le christianisme naissant à la métaphysique ionienne (pythagoricienne).
3.4‑ St Irénée (130‑208) Né à Smyre et élève de Polycarpe qui avait
reçu un enseignement direct de St Jean à Ephèse, St Irénée rapporte, dans
son ouvrage "La pseudo‑gnose démasquée", ce qu'il a vu et connu des Eglises
chrétiennes primitives dAsie Mineure. Selon Irénée, Dieu, par sa main qui est
Logos, a créé l'homme destiné à participer à l'immortalité et
l'incorruptibilité divines. L'incarnation est la preuve de cette volonté. Le
Logos, en créant continûment, révèle l'éternité de Dieu. La réalité
divine comporte 3 Hypotases "hiérarchisées", Père, Fils, Esprit Saint. Ceci
est conforme à l'Evangile de St Jean où le Fils, Christ incarné, qui agit par
et pour le Père, annonce qu'après son retour à la droite du Père, les
croyants recevront lumière et protection de l'Esprit de Vérité (Paraclet ou
Esprit Saint). L'analogie avec l'Hermétisme est complète si l'Esprit Saint
(Energies Divines) est assimilé à la partie haute du Monde Divin.
12. St Irénée est Johannite. Il n'est pas Père de l'Eglise, car sa position a
été considérée par Rome comme une innocente, mais réelle, source
d'hérésies. La position d'Arius, prêtre ascétique d'Alexandrie, est
analogue. Mais, elle a été déformée en devenant l'Arianisme.
3.5‑ La Chevalerie du Temple. L'ascèse et les dangers obligent à être clair
et direct. Le Fils, ayant regagné la droite du Père, est devenu ineffable,
comme Dieu‑Logos. Reste l'Esprit‑Saint (Paraclet), désigné aussi par la
Sophia (Ste Sophie de Byzance) à laquelle peut s'intégrer la Ste Vierge. Le
Temple associe toujours dans ses rites et ses prières, "Dieu et Nostre‑Dame",
sans nommer le Saint‑Esprit, ni la Ste Vierge. Il est clair que la Chevalerie
du Temple est Johannite.
3.6‑ Le néologisme Il Vorsokratiker" La philosophie allemande, de Leibniz à
Heidegger, a élevé un barrage contre la diffusion de la Sagesse
pythagoricienne en forgeant le néologisme "vorsokratiker" pour séparer Ioniens
(et Pythagore), au langage sobre, et Athéniens prolixes, Platon, Aristote, et
autres... Cette séparation ramène à la querelle du Nominalisme et du
Réalisme. En mélant Sacré et profane, le Nominalisme allemand se nourrit de
longues formulations ingénieuses, autour de concepts comme : l'Etre, le Temps,
l'Espace, l'Existence, la Chose, la Substance, etc... A l'opposé, le Réaliste
pythagoricien, maître de son art,' peut "penser en puissance d'agir". Comme
Pascal, il ne définit aucun des concepts "généraux" comme être, espace,
etc... Il parce que ces termes désignent si naturellement les choses qu'ils
signifient, à ceux qui entendent la langue, que l'éclaircissement qu'on en
voudrait faire apporterait plus d'obscurité que d'instruction". Comme avait dit
Plotin à propos du célèbre Longin de Tyr, nos Allemands se comportent plus en
"philologues qu'en philosophes".
4.‑ Aujourd'hui.
Dans ses encycliques, "Veritatis SpIendor" et celle, toute récente, "Foi et
Raison". le pape Jean‑Paul II, sans oublier sa responsabilité de chef de
l'Eglise romaine, est très proche de la Sagesse pythagoricienne. Ceci me remet
en mémoire une oeuvre célèbre du juge rabbinique Baya Ibn Paqûda, écrite en
arabe, vers l'an 1000, en Espagne. L'auteur y distingue nettement, les devoirs
Il extérieurs", dont il est Juge, et les devoirs "intérieurs", ceux de
l'Esprit, dont chacun est juge pour soi‑même, en pratiquant l'examen de
conscience. A l'époque de Baya, un livre ne circulait que parmi les gens
"instruits". Son livre n'a pas fait scandale. Mais qu'en serait‑il aujourd'hui
? Peut‑on, doit‑on, aujourd'hui, devant les médias, parler d'Hermétisme
(métaphysique) et de Loi Naturelle (Art de vivre) ? là où le Il commun des
mortels" qui a besoin de "sacraliser" les moments importants de la vie (mort
comprise), se trouve privé de participation aux rythmes et aux rites de la
"bonne religion" de sa Tradition. Tout se passe, comme s'il manquait à la
Chrétienté, héritière, qu'elle le veuille ou non, de la Sagesse
pythagoricienne, par le canal de l'Hermétisme Johannique, un Ordre Intérieur,
réservé aux clercs et aux laïcs "instruits et de bonne volonté". Si un tel
Cercle existe, je ne l'ai pas rencontré.
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"SEGUY Michel" <seguy.michel@...>
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