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UN EPI DE BLE   Liste de messages  
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Revue « Le lotus bleu » de mars 1979



UN EPI DE BLE



Les Mystères d'Eleusis étaient basés sur la légende de la déesse Déméter (en
latin Cérès), dont la fille Perséphone (Proserpine) fut enlevée par Hadès
(Pluton), le dieu de l'empire des morts. La déesse, profondément chagrinée par
la perte de son enfant, la chercha dans toutes les régions de la terre, jusqu'à
ce que Perséphone, grâce à un décret divin, reçût la permission de revenir vers
sa mère.

L'heureuse rencontre eut lieu dans la cité d'Eleusis où Déméter séjournait, et
dans sa joie la déesse accorda aux hommes deux bienfaits de grand prix : elle
leur enseigna la célébration des Mystères et leur révéla l'usage du blé. Par ces
faveurs Déméter établit la base d'une civilisation supérieure, car l'agriculture
ou l'art de cultiver les céréales amena les hommes à abandonner la chasse et à
adopter un mode de vie plus doux; et les Mystères furent fondés afin de
permettre un épanouissement de l'âme humaine et la conduire vers la perfection.

La légende raconte que le premier homme à qui la déesse fit don du précieux épi
de blé fut Triptolème, qui est mentionné dans le grand poème appelé «Hymne à
Déméter » attribué à Homère, comme un des rois d'Eleusis. Ce sujet mythique est
représenté sur une stèle célèbre se trouvant au musée d'Athènes. Sur ce
chef-d'oeuvre antique on voit Triptolème figuré sous l'apparence d'un jeune
adolescent; il tend sa main pour recevoir de la déesse le grain de blé sacré,
tandis que Korê (nom de Perséphone dans les Mystères) pose la couronne de
l'initiation sur sa tête. La couronne et le grain de blé, qui étaient
probablement de bronze, ont disparu, mais tel fut sans doute le sens de la noble
scène sculptée.

Les Philosophoumena, oeuvre probablement due à Hippolyte et datant du début de
l'ère chrétienne, renferment la phrase suivante :

« Les Athéniens, au cours de l'initiation d'Eleusis, montrent aux Epoptes le
grand, admirable et excellent mystère : un épi de blé cueilli en silence ».

Ce passage montre que la présentation de l'épi de blé était réservée aux initiés
du troisième degré, celui des Mystères Réels. Au-delà des Petits et des Grands
Mystères, dont l'existence était connue de tous, il y eut une initiation
supérieure, cachée et secrète ; les disciples qui bénéficiaient du privilège d'y
être admis, étaient appelés « Epoptes », mot qui signifie « ceux qui voient » ou
contemplent, ou dont l'œil intérieur s'était ouvert aux visions divines.

La phrase « un épi de blé cueilli en silence » peut évoquer le recueillement et
la gratitude envers la déesse pour ses dons inestimables faits au profit de
l'humanité ; ou la méditation sur la signification du symbole. Dans un autre
sens, ces paroles peuvent être comprises comme une allusion aux rites sacrés.
Etymologiquement le mot « mystère » se réfère à l'idée du silence et du secret,
exprimé par la racine « my » ou « mu » (que nous retrouvons en français dans le
mot « muet ») ; et ainsi « mystère » signifie, d'une manière générale, ce qui
est inexprimable, ce qui ne peut pas être traduit en langage humain; le mot
implique des réalités subtiles qui ne peuvent être que contemplées en silence ou
suggérées par des symboles appropriés.

Le mot « mythe » est apparenté à celui de « mystère » ; c'est le plus souvent un
récit allégorique dont le sens sous-jacent reste caché aux profanes. Dans les
célébrations Eleusiniennes, Triptolème était honoré pour être le messager de la
déesse en répandant la connaissance du travail rural. Les soins donnés à la
production des céréales obligeaient les peuples à renoncer à la vie de nomades
et à se fixer dans des demeures stables, condition nécessaire pour créer une
civilisation favorisant le développement des arts et des sciences.

La tâche de Triptolème était donc très différente de celle des missionnaires
d'époques plus tardives, qui s'efforçaient à imposer une religion particulière à
des nations étrangères. Une telle entreprise aurait semblé incompréhensible aux
humains de l'antiquité classique, puisque leurs divinités étaient des dieux
nationaux et ne pouvaient être transférés à d'autres pays, dont chacun avait sa
propre forme de religion.

Des peintures sur des vases grecs montrent Triptolème conduisant un char ailé
tiré par des serpents et tenant dans sa main des épis de blé, au moment de
prendre son départ vers des contrées éloignées, afin d'apporter son message aux
peuples barbares. Cet exploit n'était pas exempt de dangers. Une pièce de
théâtre de Sophocle, intitulée « Triptolème » (cette oeuvre n'existe plus)
raconta les voyages et les aventures du héros, les obstacles et périls qu'il dut
affronter, de même que ses hauts faits et succès en répandant parmi l'humanité
la science de l'agriculture et la connaissance d'une vie supérieure.

L'exemple du roi Eleusinien était proposé aux initiés des Mystères, qui devaient
suivre les voies des vertus et d'être des missionnaires de paix et de
bienveillance - ce qui de nos jours doit être accompli par les Théosophes. .

Divers auteurs ont exprimé leur étonnement au sujet du symbole de l'épi de blé.
Ainsi nous lisons dans « The Eleusinian Mysteries and Rites » par Dudley Wright
(p. 89) (Theosophal Publishing House, London) les réflexions suivantes:

« Il serait intéressant de savoir pourquoi parmi toutes les plantes qui meurent
et revivent au cours d'une année, le blé a été choisi par préférence, pourquoi
l'épi plutôt que le grain, pourquoi il est dit qu'il devait être cueilli, pour
quelle raison la scène était réservée aux Epoptes, et en quelle manière il
assurait à l'individu une existence bienheureuse après la mort ».

Essayons de donner quelques réponses à ces questions. La raison particulière du
fait que le blé était tant honoré dans les Mystères, résidait dans la croyance
que cette plante bénéfique n'est pas un produit naturel de notre terre, mais
qu'elle fut reçue comme un cadeau divin. Son origine est encore de nos jours une
énigme pour la botanique moderne. La culture du blé était connue depuis les
périodes les plus lointaines du passé historique, mais on n'a jamais trouvé des
espèces naturelles qui l'auraient devancé. H.P. Blavatsky dit dans La Doctrine
Secrète (III, 468, éd. française)

« ...Nous voulons rappeler au lecteur que le froment n'a jamais été découvert à
l'état sauvage; ce n'est pas un produit de la terre. On a pu retrouver les
formes primordiales de toutes les autres céréales dans différentes espèces
d'herbes sauvages, mais le froment a jusqu'ici défié les efforts des botanistes
cherchant à découvrir son origine. Et rappelons-nous à ce sujet combien cette
céréale était tenue pour sacrée par les prêtres égyptiens ; du froment était
même placé auprès de leurs momies et on l'a découvert des milliers d'années plus
tard dans leurs cercueils ».

Les Egyptiens croyaient que la plantation du blé avait été introduite par Isis,
qui a bien des traits en commun avec Déméter. Selon La Doctrine Secrète.

« L'Isis égyptienne dit: "je suis la Reine de ces régions; je fus la première à
révéler aux mortels les mystères du froment... " ».

Selon la tradition perse, ce fut Zoroastre qui apporta aux hommes le blé et leur
fit connaître ainsi la nourriture la plus parfaitement appropriée au genre
humain.

Toutes ces légendes religieuses montrent que le blé était considéré par les
nations comme un don d'origine divine. Nous trouvons également une indication à
ce sujet dans La Doctrine Secrète (III, 467) :

« Des fruits et des graines, inconnus sur la Terre jusqu'alors, furent apportés
d'autres Lokas (Sphères) par les " Seigneurs de Sagesse ", pour le bénéfice de
ceux qu'ils gouvernaient ».



Le blé, l'aliment idéal de l'homme, avait également pour les peuples anciens une
grande valeur en tant que symbole. Lorsque les explorateurs modernes forcèrent
le silence millénaire des sépultures égyptiennes, ils trouvèrent dans les
sarcophages des grains de blé, qui, pensait-on, devaient servir d'aliment aux
décédés. Or ces reliques avaient une signification bien plus profonde, en tant
qu'emblème d'immortalité; en effet, après être resté caché pendant des milliers
d'années dans l'obscurité des tombes, le blé avait conservé son pouvoir entier
de germination. Il symbolise la vie permanente et ses formes renouvelées.

« Comme un grain l'homme mortel mûrit et comme le grain il naît de nouveau »
(Kathopanishad, I, 6).



Dans le Livre des Morts il est dit que :

« les serviteurs d'Horus glanent le froment dans le champ d'Aanroo, haut de sept
coudées » (D.S., III, 468) : « C'est une allusion directe à la division
ésotérique des principes de l'homme, symbolisés par le froment divin » (Ibid.,
note).



La perfection humaine est assimilée au « froment haut de trois coudées », ce qui
signifie les trois principes supérieurs, qui constituent l'état de conscience de
l'Adepte.



Le nom hébreu de l'épi est Shibboleth. On le trouve dans le récit biblique qui
raconte un épisode d'une guerre entre deux tribus, Gilead et Ephraïm (Juges,
chap. XII). Les guerriers de Gilead, ayant conquis les gués du Jourdain et
voulant distinguer les amis des ennemis, demandèrent à ceux qui essayèrent de
traverser le fleuve, de dire « Shibboleth » ; et les hommes d'Ephraïm, qui ne le
prononcèrent pas correctement, disant « Sibboleth », furent mis à mort. Et « il
périt en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Ephraïm ».

Quel conte horrible si on le prend à la lettre ! Mais c'est probablement une des
nombreuses allégories de la Bible, voilant des significations secrètes. On peut
interpréter ce récit dans le sens d'une allusion au Jugement Dernier, lorsque
ceux qui auront atteint la perfection et présenteront des « épis de blé »
pleinement épanouis, pourront accéder aux cieux des états spirituels
transcendants, tandis que les retardataires, qui ne peuvent pas prononcer
correctement la « parole », en seront exclus. Shibboleth, l'épi de blé, est le
mot de passe qui conduit à la béatitude des âmes libérées des liens terrestres ;
ceux qui n'ont pas fait les efforts requis pour apporter avec eux un épi de blé
dans sa maturité, sont :

« des "inutiles frelons", qui refusent de devenir des collaborateurs de la
Nature et qui périssent par millions au cours du cycle de vie Manvantarique ».



Le Psaume 126 dépeint l'Initié qui porte avec allégresse des gerbes d'épis,
après avoir passé par les difficultés et obstacles du sentier du disciple.

On connaît bien la célèbre parabole de l'Evangile de Jean, où Jésus prononce ces
paroles:

« En vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt,
il reste seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits » (XII, 24).

Ce verset, qui semble être un reflet des Mystères d'Eleusis, suggère le
sacrifice de l'Initié, qui est mort à son soi personnel; il ne vit que dans le
but d'être utile à l'humanité et ainsi il est devenu une force bénéfique dans le
monde. L'Initié ou Adepte est symbolisé par l'épi de blé, qui est
l'accomplissement du développement de la graine, ayant atteint la capacité du
don parfait, en apportant la nourriture divine aux humains

La semence est le germe divin implanté dans l'âme humaine. De même que le blé,
l'Esprit en l'homme n'est pas un produit de la terre; sa vraie demeure est au «
ciel » des plans supérieurs. C'est au moyen d'un long processus que le germe
prend racine dans la conscience humaine et fait apparaître un tendre bourgeon,
promesse de la croissance future. Tel est le « néophyte » (nom signifiant «
plante nouvelle ») ou le disciple en qui les potentialités spirituelles
commencent à éclore; il aspire à atteindre l'état de l'épi de blé mûr, image de
la perfection humaine.

Le but de l'initiation est d'accélérer l'épanouissement de la Vie Divine, dont
le germe demeure en chaque être humain. La véritable initiation est accomplie
par une croissance intérieure, alors que les rituels ne font que la symboliser.

L'épi de blé est la réalisation de la promesse contenue potentiellement dans la
graine. La couleur dorée du blé dans sa maturité rappelle le métal précieux des
alchimistes qui est le résultat de la transmutation ayant lieu dans le coeur et
l'esprit de l'aspirant dévoué à l'idéal le plus élevé.



Hermine SABETAY





Mardi 30. Mai 2006  15:09

seguy_michel
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SEGUY Michel
seguy_michel
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30. Mai 2006
15:09
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