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Un Plan de Travail Initatique
Les dix conversations suivantes, introduites par l’immortel « Si tu peux... »
de l’initié Kipling font partie du travail que j’ai réalisé en une année pour
les loges martinistes
Aloysius
et Re David
de Rome.
Les thèmes traités ont comme seul objectif la spoliation, pierre d’angle de la
voie martiniste et présupposé de l’évolution initiatique. Je retiens ce travail
- en cela j’ai été encouragé par l’avis désintéressé et par les exhortations de
quelques amis- puisse être utile autant pour ceux qui ont entrepris le chemin
martiniste que pour ceux qui envisagent de le parcourir et pour tous les esprits
réfléchissant sur eux-mêmes
.
"Si" de kipling
(ou bien tout un programme de travail)
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir,
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pouvant lutter et te défendre,
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter les sots,
et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot,
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis, en frères,
Sans qu’aucun ne d’eux soit tout pour toi,
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur,
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant,
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite,
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
Quand tous les autres la perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.
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10
MALKUT
"Tu es le Brahman Suprême, l’Ultime Demeure, le Souverain Purificateur, la
Vérité Absolue et l’éternelle Personne Divine. Tu es Dieu, l’Etre Primordial,
originel et absolu. Tu es le non-né et la Beauté que tout envahi": ainsi dans la
Bhagavad Gita parla Arjune au Seigneur Krishna quand celui-ci se révéla.
Retenons de cette description ces quelques points : purification, vérité,
beauté.
Dans le second chapitre de "Ecce Homo", Louis Claude de Saint Martin affirme:
"chaque fois que l’Homme contemplera ses rapports avec Dieu, il retrouvera en
lui les éléments indissolubles de son essence originelle et les indices naturels
de sa glorieuse destination". Si on établit un lien entre les extraits de ces
deux ouvrages, si éloignés dans le temps et dans l’espace, produits dans des
ambiances culturelles si différentes on découvre qu’en réalité les principes de
base pour se réintégrer, c’est-à-dire pour entreprendre le chemin du Réveil,
sont pratiquement identiques : on ne passe pas le seuil de la Porte du Lendemain
sans une recherche constante de purification, de vérité, de beauté. Je dis bien
recherche plutôt qu’acquisition car l’important est plus de chercher que de
trouver.
Pendant qu’il commence son dialogue, strictement personnel et irrépétible, avec
Dieu, l’Homme doit progressivement affiner ses instruments dans le but de les
rendre plus aptes à la pénétration et propices à réfléchir la lumière provenant
d’en Haut. Il est futile d’attendre d’être arrivé à la perfection avant de
parler avec Dieu. Il sait déjà ce dont nous nécessitons et, si nous parlons
c’est pour consentir à nous-mêmes d’éclaircir nos idées et approfondir notre
approche du Réel.
Mais comment peut-on affiner ses instruments ? Il n’y a que la voie de l’amour
réciproque, de la tolérance et de la charité.
A ce point, une autre citation illuminera le chemin de notre recherche qui se
poursuit, il faut bien le rappeler, dans un domaine initiatique grâce à un
chrême initiatique. Au chapitre 16 de "Imitation de Christ", Thomas de Kempis
écrivit sous le titre "Compréhension Fraternelle": "Dieu a voulu qu’il en soit
ainsi pour que nous apprenions à porter chacun le poids des autres. Personne
n’est sans défaut, personne n’est sans charge, personne n’est suffisant à
soi-même, personne n’est suffisamment savant ; mais il faut que nous nous
rassemblions, que nous nous consolions car ainsi nous nous aidons, nous nous
instruisons et nous nous corrigeons. C’est à l’occasion de quelque contrariété
qu’on voit bien la virtuosité d’un homme. En effet, ce ne sont pas les occasions
qui font l’Homme fragile mais elles montrent simplement ce qu’il est". Dans ces
paroles est contenue la clé -une des clés- afin de vivre harmonieusement notre
"Ecce quam bonum": personne n'est sans défaut et aucun d’entre nous ne doit
montrer intolérance ou ennui vis à vis des frères et des soeurs dans l’erreur.
Il est nécessaire d’écouter le cœur : la relation qui s’instaure dans une
ambiance fraternelle doit être dépourvue de toute réserve mentale, c’est-à-dire
elle doit être limpide et claire.Tolérance ne signifie donc pas une excessive
indulgence mais l’effort de comprendre les raisons de l’autre et l’engagement de
l’aider à se corriger seulement après qu’il aura reconnu l’erreur que nous lui
attribuons. C’est le seul système valable pour se rapprocher les uns des autres,
pour êtres contigus et solidaires, pour transcender petit à petit les limites
dans lesquelles notre individualité nous enferme. Au fur et à mesure qu’évolue
ce processus de rapprochement vers les autres, se réalise notre approche
individuelle vers le but de notre union avec l’Absolu, vers cette dernière
destination -si près et si lointaine- qui contemple la sortie du cycle des
réincarnations pour entrer sur une onde de vie plus vaste. Il est nécessaire
d’avoir progressivement raison des éléments qui sont en nous et qui de chacun de
nous font l’unité : se débarrasser de la Terre, puis de l’Eau, puis de l’Air et
enfin du Feu qui sont en nous afin d’être restitués intègres à la matrice
première dont nous sommes partis.
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9
YESOD
Une fable antique.
Trois hommes cassent des pierres dans un lieu où s’érigera une cathédrale. un
passant, cheminant par-là, demande au premier des hommes: "Que fais-tu ?" "Tu ne
le vois pas ? répondit-il. Je casse des pierres". Puis, il demande au second:
"Et toi ?" Répondit-il: "me procure de quoi vivre pour ma famille et moi-même".
Enfin au troisième. "Et toi que fais-tu ?" - "Moi, je construis une cathédrale".
Ici, on peut recueillir trois des nombreux niveaux de perception de sa propre
réalité intérieure, du plus bas -relatif à un niveau circonscrit à l’individu,
(je dirai au physique), au niveau intermédiaire où le discours individuel va
plus loin que l’individu jusqu’aux affections les plus proches, jusqu’au dernier
niveau -celui de l’homme qui a compris le but de son oeuvre qui case les
pierres, qui travaille pour lui et sa famille mais qui conserve, devant le
regard de l’esprit, le but le plus haut et le plus reculé pour lequel il oeuvre.
D’une autre manière c’est un voyage du "personnel" à "l’impersonnel".
Voyage extrêmement difficile. Les obstacles, représentés par le physique
apparaissent insurmontables. Pensez : notre physique, le corps, est tellement
dense, tellement épais qu’il réussit dans la plupart des cas et pour toute la
durée de l’incarnation à faire oublier à l’esprit prisonnier quelle est sa vraie
nature, quel est le monde d’où il vient, quel est celui où il va. Les
prisonniers de Michel Ange, fondus dans la matière informe qui les resserre et
les enferme de tous côtés, ne peuvent donner qu’une pâle idée de la prison que
le physique mortel représente pour l’esprit immortel. La libération apparaît
impossible, même si on peut en percevoir les signaux quand le corps dort et que
les canaux subtils de l’esprit s’élèvent vers la région illimitée des rêves,
témoignage, même à travers différentes natures, d’une réalité à laquelle on
accède et qui n’est pas la réalité ordinaire de tous les jours.
Ceci dit, je ne veux pas faire du corps une sorte de matrice de tous les maux
possibles. Je crois dans le corps car nous en avons un et je crois en la
possibilité qu’il peut offrir à l’esprit de se développer harmonieusement et
graduellement. Toutefois, il faut rétablir un rapport harmonieux avec son corps.
Le discours est vieux comme le monde : les alchimistes soutiennent qu’il faut
spiritualiser le corps et donner corporéité à l’esprit. Une lecture
superficielle de et axiome hermétique nous conduit déjà à une conclusion de
grande importance : il est nécessaire d’agir de façon à ce que le corps et
l’esprit cohabitent harmonieusement dans une lumière de conscience, inspirés
dans leur action par des valeurs communes, c’est-à-dire qui soient pertinentes à
l’une et à l’autre et par ailleurs recevables. Obtenir le meilleur résultat avec
le minimum d’effort est une de ces valeurs ; rechercher ce qui globalement fait
du bien et éviter tout ce qui globalement fait mal : c’est une autre de ces
valeurs et ainsi de suite sans compromis. Par exemple : si quelque chose plaît
au corps mais laisse l’esprit inquiet ce n’est pas bien et cela ne sert à rien ;
de même pour une chose qui plait à l’esprit mais dérange le corps. La sérénité
est un splendide papier de tournesol pour démontrer l’équilibre par fait atteint
entre corps et esprit.
Pour essayer d’atteindre cet objectif il y a une méthode qui peut être
expérimentée. Nous avons dit que pendant le sommeil les canaux du corps ont
tendance à être moins resserrés. Ainsi avant de s’endormir, détendu sur le lit
on détend les muscles et on cherche à atteindre un état de tranquillité
intérieure. A ce moment là, invoquer fortement l’Ange et réaliser qu’on est en
train de s’endormir, c’est-à-dire dans une hase de "veille" de l’esprit lequel
aura finalement l’occasion de sortir de ses canaux. En même temps nous réalisons
que l’Ange veille, très lumineux, debout près de notre lit. Entrons ainsi pour
le moment dans le sommeil. Le lendemain, à peine debout, cherchons de nous
souvenir des rêves faits, de se rappeler toutes les sensations qu’ils nous ont
provoquées, de les interpréter. Celles qui paraîtront les plus significatives on
les notera sur un cahier (journal personnel). Tout de suite après prenons
conscience de la perception que, la nuit passée, nous sommes entrain de rentrer
dans les ténèbres de l’extérieur que les portes de notre prison corporelle sont
entrain de se refermer sur nous. Cherchons de vivre toute la journée avec cette
conscience et en même temps essayons diverses tentatives pour sortir de
l’obscurité diurne, de se libérer, de laissez parler l’esprit, de ne pas
s’identifier avec son propre corps ou du moins de ne pas s’identifier avec son
propre corps ou du moins de ne pas s’identifier totalement avec lui.
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8
HOD
Nous sommes immortels. Notre vie s’écoule de manière ininterrompue vers des
horizons toujours plus vastes, vers une capacité de perception toujours plus
subtile, vers une expansion de la conscience de moins en moins étroite. Au
moment de l’individuation nous avons entamé un processus qui n’aura pas de fin,
qui part d’un dessein dont nous ne réussissons pas à imaginer le plus petit
détail. Nous avons obtenu la perception des mondes qui s’interpénètrent l’un
dans l’autre, le monde physique, émotif, mental, spirituel et d’autres dont, à
notre niveau actuel d’évolution, leur connaissance ne nous est pas accessible ;
dans ces mondes, nous nous y déplaçons consciemment (quand nous décidons ‘être
pleinement conscient) avec le corps physique dans le monde physique, avec les
émotions dans le monde divin ou l’astral, avec la pensée dans le mental et avec
l’esprit dans le monde spirituel. Nous vivons en même temps sur tous ces niveaux
et c’est ce "vivre avec" qui dans la plupart des hommes se transforme en drame :
très peu, même parmi ceux qui se disent initiés, ont appris la suprême loi de
l’harmonie, de cet amour qui doit s’allumer aussi à l’intérieur de nous même et
qui est destiné à déplacer le soleil et les autres étoiles. S’il n’y a pas
d’harmonie, la condition humaine est farcie de contradictions et serpente à
travers la peur, l’anxiété, l’angoisse, toutes filles de la hâte de vivre.
Est pressé de vivre celui qui croit avoir seulement une vie à vivre et par
conséquent il craint de ne pas réussir à réaliser tous les projets qu’il a
formulés. En nous doit se développer la prise de conscience, soutenue par
l’expérience, que cette hâte est pure folie, que le temps à notre disposition
est illimité, que de vie en vie nous contribuons à la construction de quelque
chose qui nous transcende et nous appartient un temps. Chaque fois que nous nous
incarnons nous reprenons le fil qui a continué à se dénouer même au-delà de la
frontière qui sépare la vie de la mort ; un fil qui continue à s’enchevêtrer
avec les personnes que nous aimons et qui nous sont chères, de même que celles
que nous n’avons pas su aimer et avec lesquelles il existe une dette karmique à
résoudre. Notre vie est une occasion continuelle de régénération.
Les obstacles ne manquent pas. Le principal est comme je l’ai déjà dit la hâte.
Un autre obstacle est l’illusion. Alors que la physique subatomique commence à
tracer un monde où tout est "un" et en préfigure des postulats, la plupart
d’entre nous continue à alimenter l’illusion de la séparation. Non seulement par
rapport aux autres, ce qui est compréhensible, mais aussi par rapport à soi
même, si bien que, malgré ce que nous répétons sans cesse à l’interne de nos
écoles initiatiques, la plupart d’entre nous oublie fréquemment d’être un esprit
qui anime un corps –différents corps- dont il se revêt, en use tant qu’il en a
besoin ; ainsi, il s’identifie avec son corps physique et fait une seule chose
de sa décadence inévitable avec la chute de son "soi" plus profond. Cet état de
conscience, non seulement est une illusion dont on guérit mais c’est aussi un
danger sur l’esprit, en effet, ne peuvent pas se refléter les impressions
profondes subies par les soi-disant corps inférieurs. L’habitude enracinée de
penser d’une certaine façon, les idées cristallisées et immuables, préjudices
etc.… sont de blocages internes qui s’ils sont entretenus constamment ils
impriment leur matrice sur l’esprit, lequel une fois désincarné rencontrera des
résistances plus importantes au cours de sa marche, par ailleurs impossible à
interrompre, vers la libéralisation. Ceci est non autre chose que "l’enfer" qui
pourra nous toucher après la mort si nous n’avons pas appris, pendant la vie à
être agiles, légers, disponibles, prêts à revoir tout et à le soumettre,
toujours à nouveau à l’examen de la raison et de l’expérience ; c’est dans ce
sens que doit être entendue cette phrase contenue dans le livre "Illusions" de
Bach : "le péché capital consiste à limiter l’Etre : ne le commet pas".
Nous devons donc tout faire pour éviter, avec l’enfer, de ralentir notre
évolution d’autant plus qu’il ne semble pas que soit exigé des choses qui ne
soient pas à notre portée. La vie doit être comprise comme danse, comme chant,
avec légèreté quel que soit ce qui peut nous arriver de grave, de laid car en
réalité rien de tout ce qui nous touche, rien de tout ce qui nous effleure ne
nous appartient guère. Une approche joueuse de l’existence, une disponibilité
infinie au changement, une capacité de courir constamment en dehors des murs de
notre prison pour rechercher quelque chose sont les meilleurs passeports pour ce
qui nous attend au- delà de l’horizon.
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7
NETZAH
"Immortel, autogéniste, omniscient, sans désir, sans défaut et rempli de vie" :
ainsi est défini l’Atman dans l’Atharvaveda, c’est-à-dire le soi transcendental
qui habite en nous. On dit aussi que "qui connaît Lui, l’Atman savant, n’a plus
peur de la mort et ne vieillit pas". Des phrases comme celles-ci font partie du
patrimoine de quiconque pratique les études ésotériques et les concepts sont
tellement répétitifs que parfois ils se vident de leur signification originaire
et profonde. (Et parce qu’à force de lire, notre attention et notre tension
diminuent).
En somme, c’est le "Connais toi- toi-même" du temple de Delphes, une phrase qui
nous est répétée sans cesse soit par nos instructeurs, soit par nous même et qui
pour cela semble être vidée de sens. Toutefois la conversion, comprise comme
renversement est indispensable pour qui suit la voie initiatique. C’est
indispensable que ce renversement soit réel plutôt qu’une conviction
fallacieuse.
Voyons donc comment est-il possible d’essayer de connaître soi-même. On part
des prémices évidentes et irréfutables : chacun de nous est incarné dans une
forme spécifique et distincte des autres. Ce discours est valable tant pour le
corps visible que pour les corps invisibles : remarquons, en effet, que comme
nos corps sont différenciés les uns des autres de la même manière sont
différenciées nos mentalités, notre façon de se mettre en relation avec le monde
des sentiments, des désirs et ainsi de suite. A ce stade, plutôt que de
s’efforcer a priori de comprendre "qui sommes-nous"? Cherchons d’abord de
définir qui, en cette incarnation actuelle, "nous ne sommes pas", tant sur le
plan physique que sur d’autres plans.
Un individu qui commence ce type d’étude, se rend compte qu’autant d’effort
qu’il fasse, il ne pourra jamais devenir un sprinter de Olympiades car ses
muscles et sa constitution physique ne le lui permettent pas, ni un pilote
d’avion car sa vue et son ouïe ne sont pas excellentes, ni un chirurgien car ses
mains sont souvent prises de tremblements, ni un gardien de chenil car il
souffre d’allergie aux poils de chien, et ainsi de suite. Cette grossière
observation peut être étendue à la sphère émotive et sentimentale et à la sphère
mentale. La phrase "c’est plus fort que moi" bien des fois, cache la paresse
pour affronter une réalité désagréable, mais parfois elle reflète la réalité de
quelqu’un d’objectif qui a pris conscience de ses limites humaines. Limites, qui
naturellement, peuvent être repoussées un peu plus loin mais qui ne font pas
abstraction d’une structure de base, qui est celle que nous portons dans ce
monde (lien karmique pour ceux qui y croient) au moment où nous immergeons dans
l’existence.
Quiconque a fait une analyse de ce genre à propos des limites de ses corps
(visibles et invisibles) a déjà circonscrit considérablement la sphère de son
enquête. Il sait d’être venu au monde pour réaliser un objectif en se servant
exclusivement des instruments spécifiques qui sont ses propres instruments. Par
conséquent, les instructions pour l’utilisation de ces corps (qui, je le répète
ont leur limite), il ne peut que se les donner à lui-même : cette expérience est
déjà une ligne d’arrivée importante.
Ainsi à ce stade, ayant découvert quel type d’individu il m’est impossible
d’être, la recherche se limite à ce que je peux donner partant des éléments dont
je dispose. En ce qui concerne cette phase de travail il est nécessaire que le «
moi » prenne conscience, outre ses propres limites, de ses possibilités de
réalisation. Afin que cela se produise, il est nécessaire que l’harmonie
s’instaure à l’intérieur du champ de conscience, c’est à dire que les
contradictions qui nous animent au lieu de s’assembler au bout d’un conflit
exaspéré, apprennent à cohabiter de la même manière qu’au sein d’une famille où
vivent harmonieusement des personnes de caractère, d’âge et de sexe différents
ayant aussi des origines spirituelles et des objectifs différents. L’harmonie à
l’intérieur de soi naît du principe d’acceptation.
Qu’est-ce-que cela veut dire ? Cela signifie être conscient de faire partie
d’un important mécanisme évolutif dont nous ne savons rien mais dans lequel nous
agissons pour notre transformation et celle d’autrui. Cela signifie avoir
compris de disposer, au niveau individuel ‘un bagage d’idées, de pulsions, de
tendances que nous avons préparé pour affronter cette incarnation actuelle de la
meilleure façon dans le but de notre développement. Cela signifie se rendre
compte qu’en principe c’est notre immortalité et que tout ce qui nous arrive –
quant à cette immortalité nous nous référons – est accidentel, fusse la plus
belle ou la plus terrible des expériences (de toute façon, c’est une
expérience). Cela signifie vivre intensément l’instant présent avec la
conscience d’une vie vécue comme une aventure continuelle d’un horizon à
l’autre. Cela veut dire marcher à tout prix, même si nous nous sentons épuisé
car ce n’est pas nous qui marchons mais le Dieu qui est en nous demeure et qui
le veut ainsi.
Cela signifie reconnaître dans le fini, dans les limites et dans les défauts
d’autrui, ses propres limites, ses propres défauts et par conséquent sentir les
autres réellement des frères, petits, aveugles, parfois comme nous désespérés,
mais divins, biens qu’encore inconscients, au fin fond de leur substance d’être
humain.
L’oubli de soi –s’oublier vraiment soi même- en vivant dan la joie c’est la
meilleure façon de consentir à ce dieu caché de resplendir et de s’affirmer dans
l’aveuglante réalité du "JE-SUIS" : objectif à atteindre sans le rechercher.
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6
TIPHARET
Il y a le long du chemin initiatique, un piège subtil qui peut se transformer en
mal incurable.
Puisque nous parlons tant de prise de conscience et de réveil de ces facultés
spirituelles qui peuvent nous permettre une approche avec notre "soi
transpersonnel" -c’est-à-dire la scintille divine dont la Tradition prétend
qu’elle est en chacun de nous- il est toujours menaçant le danger d’alimenter,
même à un autre niveau de conscience (quand nous y arrivons et si nous y
arrivons) des tendances égoïstes qui à cause de leur propre nature nous poussent
toujours plus loin du but que nous voulons atteindre. Ces tendances, en soi ne
sont pas négatives car elles sont à la base de l’instinct de survivance, mais
l’utilisation que nous pouvons en faire peut être erronée .
Le renoncement au "moi partial" , en fait, comporte réellement l’oubli de soi,
au moins quand on travaille à certains niveaux: il n’est pas permis à ce niveau
là de se donner comme objectif la réalisation d’une vertu quelconque ou la
réintégration ou le service; j’irai plus loin : il n’est pas licite de se donner
quelque objectif. N’importe quel objectif, en fait, qu’on se fixe consciemment
naît de l’élaboration d’un processus mental qui, évidemment, tient compte
d’aspirations intérieures précises ; mais à ces niveaux là, quand on fait
fonctionner la pensée (le mental) on perd encore une fois le contact avec la
Réalité Une. Afin que l’homme puisse aspirer à la liberté, le mental doit cesser
de fonctionner : ceci est un des principaux enseignements secrets de toutes les
traditions religieuses et de tous les systèmes de philosophie ésotérique. C’est
à travers cet axiome hermétique que nous nous rendons compte du pourquoi le
"scandale" soit soulevé chaque fois que quelque très haute incarnation est
passée sur cette terre pour nous indiquer la Voie. C’est le scandale de jésus,
de Krishna, de Bouddha, de François d’Assises, de maître Eckart et de tant
d’autres, connus et inconnus qui à travers leur action ont accéléré le processus
de l’évolution humaine.
Nous sommes là à nous parler et à échanger des instructions des expériences et
des suggestions à travers une structure qui tient compte aussi de la hiérarchie.
Mais si de tout cela nous avons besoin, si tout ceci de quelque manière nous
résonne à l’intérieur et nous gratifie c’est parce que nous n’avons pas encore
appris à rester seul avec nous même, c’est-à-dire à cohabiter avec le vide
mental qui est la condition nécessaire pour l’Action Pure. Il faut bien se
comprendre : le vide mental n’est pas absence de pensées –dire ceci est
stupide-. Vide mental signifie abolir un mécanisme pour laisse qu’en nous fasse
irruption une autre chose qui allume de manière fulminante le processus
d’individuation. Le soi disant mental familier, discursif est en fait l’obstacle
majeur à l’individuation.
A ce stade, il est clair que tous les jeux et toutes les techniques à travers
lesquels nous cherchons de rompre quelque chose en nous vont bien : les tarots,
l’astrologie, l’histoire de la philosophie, la foi, les opérations magiques.
Tout cela va bien, je le répète mais à condition que rien de ceci soit culturel,
voilé ou non d’une subtile complaisance. En réalité l’étude de l’astrologie ne
sert pas pour enquêter ou pour cerner des défauts personnels à corriger : ces
discours sont des discours apparents. L’étude de l’astrologie, au contraire, à
travers quelques-uns de ses axiomes apparemment indémontrables doit servir à
provoquer un choc intérieur ; elle doit mettre en crise notre capacité de
raisonnement, même la plus hardie et désinhibée ; elle doit faire apparaître et
disparaître en nous les lumières d’un monde étranger et inexploré, nous faire
ressentir l’existence des rives d’une autre mer qui avec cette dimension –dans
laquelle habituellement nous nous déplaçons et croyons être- n’ont aucune
relation sinon cette capacité de perception qui peut s’éveiller en nous. Là où
ce monde étranger, ces rives sont en réalité notre destination et notre origine,
toutes deux perdues de vue, oubliées du moment où nous nous sommes "corporisés".
Ce monde que nous croyons étranger, ces rives que nous croyons ailleurs se
manifestent en nous à travers certains rêves et surtout à travers certaines
impressions –que nous ne pouvons confondre avec d’autres de la vie soit-disant
éveillée- que ces rêves ont suscité. Certains rêves particuliers nous ouvrent
les portes de l’Au-delà » -qui est peut-être notre demeure- et nous enrichissent
d’émotions et de sensations totalement différentes de celles que nous éprouvons
éveillés. Ceci est la preuve de notre être profondément différent de ce que nous
croyons. Voilà : notre vie ordinaire de chaque jour, notre façon d’être présent
toujours et partout, notre façon de mesurer et d’évaluer sont faites pour le
Monde de l’Action. Mais le Règne des Cieux –qui par ailleurs commence par là- ne
peut pas ne pas être chose
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5
GEBURHA
Nous sommes incarnés. D’un point de vue occulte cela signifie que notre esprit
demeurant dans sa Région céleste décida de revenir faire l’expérience dans le
monde de la Manifestation. Il descendit. Et en fonction des lois du Karma il
choisit, pour s’incorporer les conditions les plus adéquates tant du point de
vue psychologique qu’environnemental pour son évolution.
En fonction de ces principes –qui sont, bien sûr, des hypothèses de travail
mais que chacun peut étudier et approfondir de manière à les transformer en
expérience directe à partir de son propre vécu- chacun de nous, quelles que
soient les circonstances dans lesquelles il se trouve, vit au mieux de ses
possibilités spirituelles, qu’il soit né roi, qu’il soit né dans un taudis,
qu’il soit riche et beau ou au contraire pauvre et difforme. L’expérience que je
vis est mon expérience unique et spécifique dont je peux tirer profit mieux que
quiconque car c’est la mienne. Celle que nous sommes actuellement en train de
faire c’est l’expérience de la forme car être incarné signifie avoir une forme,
être une forme.
La forme est rigide. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que la forme
que nous avons nous conditionne et nous conduit dans nos actions, c’est-à-dire
dans le karma que nous produisons et que nous brûlons pendant que nous sommes
dans l’incarnation. L’aspect physique, le caractère, la mentalité, la
sensibilité, les mécanismes émotifs varient d’être à être considérablement ; ce
sont eux la matière sur laquelle travailler et les instruments à travers
lesquels œuvrer. Le travail consiste dans la transformation de soi mais
paradoxalement avant d’amorcer tout type de processus de transformation il faut
s’accepter comme l’on est. S’accepter, en fait, signifie se fixer à l’esprit
d’avoir fait le choix le plus judicieux dans le processus de réincarnation et
signifie aussi reconnaître que dans ce choix l’esprit n’a pas fait autre chose
que s’adapter à une nécessité déterminée par les lois du karma, c’est à dire par
l’accumulation de situations mises en œuvre à des époques précédentes par
d’autres « moi historiques « Quand le vent souffle, fais-toi roseau » dit un
adage populaire. Dans le tourbillon où nous vivons quotidiennement c’est, cette
adaptation à la forme impérieuse, l’unique attitude compatible avec la sagesse.
S’accepter c’est aussi cela.
Mais la forme, je le répète est rigide. A travers elle, nous pouvons lire,
comme un livre ouvert, notre condition spirituelle et avec un peu d’entraînement
même celle des autres. La perception du niveau de chacun est lisible à travers
une myriade de signes sans équivoque, que la psychologie a individualisé, mais
surtout à travers les yeux qui ne mentent jamais.
Pour amorcer ce processus cognitif en ce qui concerne soi même, le travail est
un peu plus difficile. Comment puis-je faire en fait pour me connaître tant que
je m’observe de l’intérieur? Que connaît-il du soleil celui qui a toujours vécu
dans une caverne? Bien, en ce sens, nous sommes tous, plus ou moins, celui de la
caverne. Comment puis-je m’observer de l’extérieur? Comment puis-je sortir à
l’air libre?
La chose n’est pas possible à cent pour cent : et il me vient à l’esprit, à ce
propos, l’adhésion unanime de Jésus à son physique quand, pendant de longs
moments il fut pris de désespoir avant le Jardin de Gethsémani puis sur la
croix. (C’est peut-être le maximum parmi tant d’enseignement que Jésus nous a
laissé). Mais, toutefois, on peut faire beaucoup dans cette direction.
Ainsi, encore une fois, nous revenons au discours de la dépersonnalisation.
L’approche ne peut et ne doit pas être violente : le processus advient à travers
de petits signes constants et surtout pas tant à travers des médiations plus ou
moins intenses relatives à la propre ambiance spirituelle, quant à travers notre
activité quotidienne. En effet, nous sommes réellement des êtres qui vivent leur
vie de tous les jours. Alors, il est nécessaire de s’interroger de l’extérieur
sur des vétilles quotidiennes : l’adhésion à une idée politique, par exemple,
les opinions sur la société, sur le comportement des jeunes, sur la famille, sur
le travail, sur l’avenir individuel ou collectif. Qu’est ce que de tout ceci
nous appartient, nous est propre –c’est-à-dire souffert et variable- et
qu’est-ce qui est une induction qui, lancée par les autres, a eut une emprise
facile sur notre comportement ? Travaillant constamment dans cette direction on
arrive assez rapidement à percevoir quelque chose de nouveau et de différent de
la banalité quotidienne : c’est l’impression d’une légèreté qui s’épanouit en
nous et palpite dans l’attente de quelque chose. C’est le prélude au Réveil, le
signal qui exprime l’éclairage d’une conscience moins étroite tendue vers des
horizons plus lumineux ou qui oublie totalement l’existence de n’importe quel
horizon. C’est dans cette légèreté, dans cette fluidité, dans cette spontanéité
réelle que, qui le veut, peut pénétrer dans l’état de « Mag », minimum requis
pour œuvrer sur des plans subtils. Mais pas auparavant. Tout ceci pour être
accepté doit être expérimenté personnellement. Ce discours, en effet, n’est lui
aussi qu’une hypothèse de travail.
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4
CHESED
Un ordre initiatique comme le nôtre a dans la liturgie (comme "Ouvre sur la
Pierre", selon l’acception étymologique) un des points de force de son
opérativité affirmée. L’autre point évidemment est représenté par la capacité,
libérée individuellement par chaque membre, d’étendre le champ de sa propre
conscience ; sans cette expansion, soit dit en passant, l’œuvre sur la pierre ne
se réalise pas et le rite se transforme en une vaine cérémonie.
Ceci dit, il est licite –mais c’est un devoir de le dire- de s’interroger si
les choses sont réellement ainsi dans le but sacro-saint de ne jamais se reposer
sur les lauriers des connaissances désormais acquises (vraies ou présumées
telle).
En effet, le rite s’articule à travers une série de gestes et de paroles,
fixés, par la Tradition à travers laquelle ils ont été transmis : paroles et
gestes qui ne doivent pas être changés sous peine d’invalidité du rite ou pire.
C’est dans cette continuité, dans la répétition qu’est le point de départ du
fait liturgique. L’initié, ensuite, grâce à l’expansion de sa conscience,
réussit parfois à entrer en contact avec "quelque chose" qui dans la plupart des
cas (quand il ne s’agit pas d’une pure illusion) est le fait d’atteindre un
autre plan de conscience plus élevé.
A ce stade on peut s’interroger si cette réalisation advient grâce au rite
(pratiquement justement avec conscience) ou si la conscience suffit toute seule
à provoquer ce saut de niveau. C’est une question hautement stimulante car elle
se pose dans une optique critique (certes de manière constructive, comme doit
toujours être la critique) vis à vis du mécanisme même de l’initiation. En fait,
la question est la suivante : si quelqu’un que je nomme profane réussit à
travers des techniques particulières à amplifier son champ de conscience et à
atteindre un nouvel état d’être, quel est alors le sens de la distinction entre
le monde profane et le monde initiatique? C’est bien vrai que l’initiation peut
me servir pour obtenir un état que les autres peuvent atteindre pour ainsi dire
grâce à leurs seules forces mais alors pourquoi la distinction?
Mais encore : c’est tellement difficile de supposer que certains rites –je ne
dis pas tous- constituent la répétition mécanique de paroles et de gestes qui,
s’ils ont une signification dans certains domaines, ils ne l’ont plus dans le
nôtre? Avec la télécommande j’allume la télévision à distance : cette
connaissance transmise depuis 2000 ans peut ne pas avoir de sens pour l’être
qui, confiant dans le rite, voudrait provoquer l’allumage d’une télé par un
simulacre de télécommande volontiers dépourvu même de l’indispensable pile et
(si on y fait attention), cet être accomplira tous les gestes corrects comme la
tradition des anciens le lui aura enseigné mais le rite ne provoquera aucun
effet. Certains de ces individus prendront conscience de la vanité de la chose
mais d’autres –et peut-être les plus nombreux- alimenteront en eux la certitude
d’avoir œuvré dans le sacré. De toute façon, tous auront tiré un avantage
c’est-à-dire celui d’être persuadé, de manière non erronée, d’être, à la fin,
des opérateurs dans une dimension "diverse ".
Seulement ceci compte: être différents, mais non par rapport aux autres, mais
plutôt par rapport à soi. C’est facile d’être différent par rapport aux autres:
il suffit de se revêtir d’un habit un peu excentrique, de se parer d’un objet
insolite et le jeu est fait. Au contraire, il est très difficile d’opérer cette
diversité à l’intérieur de soi-même, retournant ces sédiments que les années et
l’attitude constante la paresse ont laissé se stratifier. Qui pratique une diète
alimentaire sait combien il est difficile de perdre, voir de manière épisodique,
quelques kilos. Le "gras spirituel", si l‘on peut parler ainsi est aussi
difficile à éliminer surtout parce qu’il a tendance à se transformer pour les
mêmes raisons que les kilos en trop qui se reprennent et qui peuvent tous être
considérés comme les fils de la "Déesse Inattention".
L’homme qui, avec toutes les forces de son âme, tend vers la conscience
constante s’immerge –indépendamment des moyens utilisés- dans le monde de la
permanence, dans cet éternel présent qui transcende le temps. Notre relation
avec l’univers (dont nous faisons partie) doit se dérouler sous le signe de la
continuité ; regarde la mer et sens "ta" mer gronder en toi, ; regarde une
fontaine et sens "ta" fontaine ruisseler en toi, ; regarde le ciel parsemé
d’étoiles et sens ce silence infini s’animer en toi. En toi, en effet, il y a
tout et tu pourras t’en rendre rapidement compte si tu auras fait en sorte que
ce vécu ne soit pas un élégant exercice de méditation, mais plutôt un état
permanent de ton être.
Si tu n’y es pas arrivé, rassemble toutes tes énergies vers la réalisation de ce
but : c’est la base de tout processus de transmutation, le point de départ pour
transformer une créature qui aime, mange, boit, souffre et meurt en un autre
être qui tout en continuant à aimer, manger, boire, souffrir, a compris qu’il ne
mourra plus. Qui a réalisé en lui cette condition a, à son tour, le devoir
d’utiliser toutes ces énergies (qui deviennent illimitées) afin que les autres
le suivent, toujours plus nombreux, le long du chemin du réveil. "Grandissez et
multipliez-vous" peut vouloir dire cela.
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3
BINAH
Quand on voit un port, une autoroute, un appareil photo, en somme n’importe
quel objet dans les mains d’un être humain (ou fabriqué par l’homme ou un robot)
seulement très brièvement on s'arrête pour penser que ponts, autoroutes,
appareils photos, avant d’être construits ont été objets de détail, projets
minutieux et précis dessinés sur du papier et avant même le dessin, ils ont été
une idée qui a jaillit de la pensée humaine. Arrêtons-nous un instant sur cette
pensée : sans l’idée en amont de l’objet, l’objet ne peut se manifester dans le
monde du devenir. Chaque chose –comme l’affirme Platon- est avant tout une idée:
c’est à notre liberté d’agir de la traduire dans une réalisation tangible.
Maintenant, il semble évident qu’à peu de personnes convient totalement le
monde dans lequel nous vivons : dans l’optique de chacun, le monde pour être
joyeusement vivable devrait être transformé d’une certaine manière. Sur le
"comment", les idées sont divergentes, mais il semble escompté que la plupart
des hommes désirent ardemment vivre dans un monde où soient bannies les
maladies, la misère, la pollution, la violence, la peur etc.… Une espèce de
paradis sur terre en définitive, un monde dont on dit qu’il était avant cet
événement très lointain que généralement on appelle la "chute".
Le monde dans lequel aujourd’hui nous vivons c’est celui que nous même, en tant
qu’espèce, à travers nos ancêtres, nous nous sommes donnés. C’est un monde dont
nous faisons tout pour le maintenir en vie comme il est, persuadé pour la
plupart que toute forme de changement est soit impossible, soit terriblement
fatigante. Aucun d’entre nous semble disposé à renoncer aux privilèges et au
confort que le progrès nous a donné et il nous semble assez facile d’oublier que
le progrès peut se nourrir aussi de ces maux que nous voudrions voir
disparaître. Les exemples, même bouleversants sont sous les yeux de tous.
Mais sommes-nous vraiment condamnés à l’impuissance? En réalité, il semble que
la principale forme d’impuissance se nourrit du désespoir de pouvoir faire
quelque chose, au niveau individuel, pour transformer le monde. S’il est vrai
que les idées de la plupart des personnes sont orientées vers un monde meilleur,
alors pour que ce monde meilleur se réalise, il suffirait de concevoir ce projet
détaillé, minutieux et précis et aussitôt passer à l’action. Utopie? peut-être.
Mais à l’origine de tout mouvement de transformation réelle de la condition
humaine il y a toujours eu une impulsion d’utopie. Il faut former, au niveau
individuel, des idées claires et agir d’en conséquence. Peu d’idées claires bien
sûr et limitées à son propre environnement sans perdre de vue l’objectif que
l’on s’est donné. Par exemple, il y a un cas où huit martinistes et un enfant
ont participé ensemble à une manifestation nationale contre les dangers de la
légèreté dans la gestion et l’utilisation de l’énergie nucléaire. Certainement,
aucun d’entre eux n’était d’accord pour revenir au temps des bougies ou disposés
à renoncer à tous les bénéfices du progrès et ils n’étaient pas non plus unis
pour des raisons d’idéologie politique. Mais ils ont participé car ils sentaient
obscurément que certains principes, dans la conscience collective, doivent
inspirer et que des exigences particulières plus proches de l’être humain dans
son entière splendeur doivent commencer à rendre le dessus, qu’il est nécessaire
d’augmenter les capacités de réflexion de l’humanité tout entière afin de ne pas
perdre de vue les buts opéra tifs de l’humanité même, qui sont ceux d’une
évolution harmonieuse des âmes et des corps. Si pour obtenir que cette idée
s’affirme il est nécessaire de se mélanger à un compost humain qui contient des
excités (peut-être ignoblement manœuvrés) qui semblent vouloir tout et tout de
suite, le choix ne laisse aucune alternative. Comme chaque structure sociale se
transforme de l’intérieur, même le monde peut être transformé en participant, à
l’intérieur, à ses inquiétudes mais sans jamais perdre de vue le but fixé. C’est
un choix d’humilité et comme tel il est utile.
Mais ce n’est pas tout. Par le rituel journalier de chaîne chaque martiniste
dès le grade d’associé a la possibilité d’œuvrer sur le monde –en particulier
sur l’aura terrestre- appelant des forces préposées à sa sauvegarde et à la
décontamination de toutes les impuretés astrales que sur cet aura nous
déchargeons à chaque seconde. Seule est apparente la rupture entre impureté du
monde physique et impureté du monde astral, dont en réalité, l’une est
réciproquement le reflet de l’autre en un répugnant mécanisme d’osmose. La force
magique d’une chaîne comme la nôtre peut être importante si les éléments, peu
nombreux qui la composent peuvent être légitimé, en interne, à œuvrer dans le
sacré. Cette force, en vérité peut être énorme mais il doit s’agir si on veut
utiliser un terme familier d’énergie « propre ». Autrement on est en train de
jouer. Voilà qu’encore une fois le discours revient inévitablement à l’activité
intérieure de l’être humain et dans ce cas à celle de l’initié. La
transformation de soi et du monde est à la portée de main, mais il faut agir et
ne pas perdre son temps avec des paroles ou avec de subtils « se faire voir »
qui appartiennent au Règne de l’Illusion.
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2
HOKMAH
La vie est participation. Plus nous participons –individuellement et
collectivement- au monde des autres plus nous répandons sur les soi disant plans
subtils nos opportunités pour un réveil durable relatif à cette vie d’incarnés
et à l’autre vie. Une des dernières choses écrites par le comique Marcello
Marchesi avant de mourir fut : "l’important c’est que la mort nous trouve
vivants". Pour beaucoup c’est une boutade intelligente, pour nous c’est une
réalité car conscients comme nous devrions l’être du fait que notre survivance
dans l’autre monde est étroitement liée avec la capacité multiplicative que nous
avons de ce côté de la manifestation, de produire toujours plus de vie en nous
et dans les autres.
Cela établi, il faut s’entendre sur les modes de participation initiatique. A
travers la spoliation, nous cherchons de poursuivre l’objectif de reconnaissance
de soi : une fois que nous nous sommes reconnus -et acceptés- nous découvrons
que nos sommes petits mais en phase de développement. Comme des enfantsi.
Il est important, fondamental que l’enfant grandisse bien, autrement il devient
comme la plupart des hommes un adulte immature. Participer aux choses du monde
des enfants signifie s’ouvrir quotidiennement à l’émerveillement.
C’est un travail difficile qui te fait comprendre que cette spoliation que tu
croyais avoir obtenue avec effort était en réalité une chimère. Tu as en fait
encore un rôle dont tu dois te libérer : celui justement de l’enfant qui
s’émerveille tous les jours. En définitive tu récites et tant que tu récites tu
portes de toute façon un masque; tu es "personne", non participant de
l’éternité.
Le monde dans lequel nous sommes est un chaos dans lequel nous devons chercher
de mettre de l’ordre : ses contradictions, ses souffrances, ses âpretés ne
compensent pas peut être pas un instant de joie; c’est un véritable enfer dit-on
mais si ceci est vrai, alors cela signifie que chaque personne, par le seul fait
d’être incarné, d’être "revenu" dans cet enfer, est un pécheur qui doit racheter
de petites ou de grandes fautes. Il est vrai que dans la myriade de pécheurs se
mélangent de temps en temps de grandes âmes qui s’incarnent dans le seul but
d’ouvrir de nouveaux passages au réveil. Mais ce discours est en dehors des
nécessités opératives de la plupart des hommes (presque la totalité), un mélange
de bien et d’ignorance, de sommeil et de veille, d’espoir et de désespoir. Cet
ensemble homogène et désorganisé, privé d’une poussée énergique et animé de
mouvements instinctifs s’appelle l’humanité.
Nous, initiés nous en faisons partie : il faut en prendre acte. La plupart
d’entre nous n’et pas pire, ni meilleur que la multitude des semblables avec
laquelle il se confronte tous les jours, toutes les heures dans l’autobus, au
bureau, sur les plages, à la queue des péages d’autoroutes. Assujettis à de
telles pulsions, aux même petites manies et phobies, aux même antipathies et
sympathies instinctives et malheur à nous si nous ne nous en rendons pas compte.
Si nous pouvons, quelque part, nous différencier des autres c’est peut-être dans
la prise de conscience croissante des aspérités qui encombrent la route que nous
sommes en train de parcourir avec les autres ; peut-être nous nous sommes donnés
un but que les autres ne se sont pas donné; peut-être nous avons appris quelque
chose de la tolérance (même si souvent nous ne réussissons pas à la mettre en
pratique); peut-être que parfois nous réussissons à comprendre que de ce monde
les âmes sont seulement des invités en exil; peut-être avons-nous l’intuition
que le monde dans lequel nous vivons est quelque chose de plus profond que son
image en superficie qui déjà seule semble rendre certaines personnes accomplies.
Que cela nous plaise ou pas, le monde dans lequel nous vivons c’est le seul que
nous ayons. Si nous voulons qu’il soit meilleur nous devons, chacun pour sa
part, contribuer à le rendre meilleur. La contribution advient justement avec la
participation, avec le renoncement volontaire de sentir de faire partie de
l’aristocratie initiatique qui est réelle mais que nous n’avons pas forcément
tous obtenue par le seul fait d’avoir subi l’imposition des mains. C’est bien
mieux de faire partie d’une aristocratie et d’en douter plutôt que de se croire
élu sans avoir réellement acquis cet état.
Si par un acte de simple humilité nous réussissons à nous laisser glisser dans
cette réalité intérieure et à agir en conséquence, le monde ne sera pas avare de
preuves illuminantes et indicatives. Il est nécessaire de choisir d’adhérer avec
détachement aux choses les plus désagréables (comme par exemple les réunions du
syndic d’immeuble dont tous parlent mal comme ceux qui interviennent n’étaient
pas des hommes!) et observer ce qui se passe en nous. Je dois encore rencontrer
une personne qui ne parle pas avec suffisance et ennui des réunions d’immeuble
ou des activités de sommes politiques ou des syndicats, des commerçants, des
médias. Est-il possible que tous ces éléments, si vitaux dans un cadre de
participation active soient toujours à refuser en bloc? N’est-il pas plutôt
exact que de formuler certains jugements nous ne faisons pas autre chose que
d’approuver des opinions courantes sans en avoir ni la force ni le courage
d’avoir ses propres opinions? Et s’il est vrai que, dans certains domaines nos
opinions en faveur d’idées courantes, c’est-à-dire si nous sommes cristallisés
n’est-ce pas le moment de tout revoir sous la lumière du courage? Parce qu’en
fait, il s’agit bien de courage. C’est en fait une des grandes occasions qu’a
l’être humain, soucieux de son propre renouveau, de se renverser lui-même. C’est
particulièrement dans la juste approche de ces tâches quotidiennes ennuyeuses
mais nécessaires que nous pouvons mesurer notre chemin individuel vers la
grandeur d’âme. Il est certes plus facile de se lancer au milieu des flammes
pour sauver deux enfants en danger que de se mesurer quotidiennement, sans en
souffrir, avec les réalités mesquines et réductives. Elles sont bien sûr
mesquines et étroites mais elles le sont pour qui les vit comme un poids et ne
réussit pas à en retirer les vastes possibilités de libération filtrées par
l’exercice de la patience, de la modestie et de la dépersonnalisation
authentique.
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1
KETHER
Les dieux sont morts, les oracles se taisent, les squelettes de ces titans qui
tentèrent l’escalade vers le Ciel se sont pétrifiés sous des tonnes de roches,
leurs épées flamboyantes sont désormais en morceaux et dévorées par la rouille.
Le monde a perdu ses certitudes et transpercé par l’angoisse et l’indécision il
s’interroge sur l’inquiétude des temps nouveaux qui surviennent, sur le Kali
Yuga, cet Age Noir dont nous devons encore toucher le fond. La fin du monde est
déjà commencée depuis un certain temps : le ciel, la mer, la terre sont
empoisonnées et pour la première fois dans l’histoire de tous ceux qui vivent
sur la planète il n’est pas donné la possibilité, s’ils voulaient de se retirer
dans un lieu sûr pour se dédier en toute tranquillité à la méditation et à la
contemplation. Par conséquent, les références au passé sont tombées car ce que
faisaient les Anciens nous ne pouvons plus le faire.
L’Agneau a ouvert le septième sceau de l’Apocalypse, et du turibulum que l’Ange
jeta sur la terre "vinrent les tonnerres, les éclairs, les voix et les
tremblements de terre": tout ceci a non seulement une signification bien précise
mais aussi une réelle confrontation par une observation même pas trop
approfondie. Les fléaux annoncés par les sept trompettes sont déjà depuis un
moment parmi nous. Si cette prise de conscience se développe, l’angoisse pour
l’avenir qui tenaille les mortels disparaît tout à coup car il y a l’Etoile du
Matin pour nous indiquer sur notre chemin de Nouveaux Cieux et une Terre
Nouvelle.
Nous devons nous préparer à ces évènements mais s’oublier. Nous, en effet, nous
devons préparer les routes pour la future humanité ; nous sommes les ancêtres,
la vieille humanité, le passé, tout ce qu’un jour, dans la conscience collective
des temps futurs, se stratifiera en tant que tradition. Aucun d’entre nous
probablement ne pourra jouir, en tant qu’incarnés, des splendeurs que la
nouvelle préfigure. Ceci à bien y penser est une occasion en plus pour s’oublier
soi-même et pour se dédier avec zèle, chacun selon ses possibilités, au grand
travail de construction d’un temple dont nous ne verrons pas l’achèvement. Nous
mourrons sur le Mont Nébo, comme Mosé en vue d’une terre promise qui ne sera pas
la nôtre, mais vers laquelle nous aurons incité –seulement par Amour- des
créatures humaines qui n’existent pas encore dans cette existence.
Quelle meilleure occasion pour s’oublier soi-même et travailler avec
accomplissement? Combien et quelles scories, travaillant avec sincérité en ce
sens, avons-nous réussies à libérer de notre karma individuel? Quel meilleur
témoignage de foi, d’ardeur, d’optimisme, de grandeur pourrions-nous transmettre
aux générations futures?
Le monde de la forme, dans lequel nos actions se déroulent est si
rigoureusement mathématique que peu d’espace consens à une réelle créativité, si
bien que, non par hasard, ils sont toujours en majorité, les penseurs qui
renferment dans un aveugle déterminisme toute opérativité humaine. Les valeurs
anciennes tombent sans que d’autres, apparemment, prennent leur place. Mais, se
sentir à l’étroit dans notre prison quotidienne est l’occasion de rachat,
l’unique par ailleurs : en supposant que la force métaphysique de "Super Homme"
qui brise toute barrière, tout lien, ne me soit pas donnée, il ne me reste plus
qu’à vivre. Oui, mais comment?
Si tout ce qui a été avancé est jusque là acceptable, même comme hypothèse de
travail, le problème fondamental de vivre se simplifie outre mesure : il n’y a
rien d’autre à faire, parait-il, que de vivre comme le font toutes les créatures
humaines c’est-à-dire: "au jour le jour".
Essayons! Essayons cette aventure initiatique de vivre au jour le jour à
travers des rythmes épurés des expériences réalisées jusqu’à aujourd’hui dans
notre vie spirituelle. Vivre sans tension, répondre docilement et avec les yeux
ouverts à toutes les incitations qui au plus profond de l’âme bouillonnent et
qui maintenant ont la possibilité de s’écouler le long de ce canal, débarrassé
des impuretés, que l’on aura su préparer –si on l’a réellement fait- après des
années d’autoanalyse et tension mentale. Regarder remonter à la surface
l’orgueil, transformé en conscience de soi, l’avarice devenue prudence, la
gourmandise sublimée dans la joie de vivre, luxure chargée en amour qui "meut le
soleil et les autres étoiles". S’il est vrai que chaque soi-disant péché capital
n’est pas autre chose que l’exaspération d’une vertu à obtenir, il ne semble pas
y avoir aujourd’hui d’autre route à parcourir. C’est ainsi que nous renaissons à
nous-mêmes ; c’est ainsi que nous pouvons nous recréer et c’est ainsi que
l’enfant paraît. Il y a une image de la grande tradition initiatique que chacun
d’entre nous devrait toujours avoir à l’esprit : le magicien naît nu, puis au
cours de sa vie il se munit d’un nombre d’instrument toujours plus important ;
mais s’il veut mourir comme un magicien, c’est-à-dire en tant qu’homme qui a
réellement mit dans l’être quelque chose de durable, il doit se dévêtir
progressivement de tout et se restituer nu à la Terre mère.
La sagesse de nos maîtres passés –je vous le rappelle- a montré que le
dénuement est le premier devoir de l’Associé; si cette tâche est exécutée comme
il se doit, de grandes et fondamentales difficultés ont été vaincus et toute une
vie consacrée à cet objectif, une fois rejoint, devient un point de départ vers
de nouvelles aventures. Alors, la rigueur de la forme tombe et les portes du
Ciel se referment et l’initié, désormais Adepte, devient un pontife,
c’est-à-dire le constructeur d’un pont entre le monde des hommes et le monde des
Dieux.
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Mardi 6. Décembre 2005 15:33
"SEGUY Michel" <seguy.michel@...>
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