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LE MANUSCRIT DE TRINITY COLLEGE
traduit et présenté par Edmond MAZET
INTRODUCTION
Ce manuscrit se trouve à la bibliothèque de Trinity College à Dublin. Il
provient de la collection de Sir Thomas Molyneux (1661-1733), un érudit de
Dublin. Il a été publié dans les Transactions of the Lodge of Research no CC,
Dublin, 1924, puis par Knoop, Jones et Hamer dans Early Masonic Catechisms. Nous
le traduisons d'après l'Edition de Knoop, Jones et Hamer.
Il porte au dos la suscription « Franc-Maçonnerie fév. 1711». Cette suscription
n'est pas de la même main que le texte, qui pourrait donc être antérieur à cette
date, mais ne lui est pas postérieur. Il n'a pas été possible de préciser si la
suscription ou le texte était de la main de Sir Thomas Molyneux.
Rien ne prouve que le texte ait été écrit en Irlande, et il serait vain d'y
chercher des particularités de la Maçonnerie irlandaise (il est d'ailleurs bien
établi que la Maçonnerie a été importée de Grande Bretagne en Irlande, tout
comme elle a été importée plus tard dans d'autres pays). On observera d'ailleurs
que le texte présente de nombreuses affinités avec les catéchismes écossais et
avec le Sloane 3329.
Comme ce dernier il est composé de deux parties, quoique dans l'ordre inverse :
un catéchisme par demandes et réponses, et une description des secrets de
reconnaissance, qui présente plusieurs traits communs avec la partie
correspondante du Sloane 3329. Enfin, comme ce dernier, le manuscrit de Trinity
College atteste l'existence avant 1717 (et on peut préciser avant 1711) d'un
système en trois grades.
Un détail intéressant est que le manuscrit commence par un dessin représentant
un H majuscule surmonté d'une croix. Ce dessin est visiblement extrait du
monogramme IHS du nom de Jésus, qui est souvent écrit avec une croix au dessus
du H
Il faut y voir un écho de cette piété christique qui s'exprime si éloquemment
dans des textes comme le manuscrit Graham ou le manuscrit Dumfries no 4, et plus
discrètement dans le Sloane 3329. On y a parfois vu l'origine un écho de cette
piété christique qui s'exprime si éloquemment dans des textes comme le manuscrit
Graham ou le manuscrit Dumfries no 4, et plus discrètement dans le Sloane 3329.
On y a parfois vu l'origine du triple tau, mais cela n'est pas confirmé par la
muséographie des bijoux de l'Arche Royale.
LE MANUSCRIT
Sous une peine qui ne saurait être moindre (2).
Question : Quelle sorte d'homme êtes-vous ?
Réponse : Je suis un maçon.
Q : Comment le saurai-je ?
R : Par les signes, conventions et points de mon entrée.
Q : Où avez-vous été entré ?
R : Dans une loge complète (3) et parfaite.
Q : Qu'est-ce qui fait une loge complète et parfaite ?
R : Trois maîtres, 3 compagnons hommes du métier (4) et 3 apprentis entrés.
Q : Comment se tient votre loge ?
R : Est et ouest, comme le temple de Jérusalem.
Q : Où se tient le maître ?
R : Dans une chaire d'os au milieu d'un pavé d'équerre rectangulaire (5).
Q : Pourquoi se tient-il là ?
R : Pour observer le lever du soleil et voir le moment de mettre ses hommes au
travail.
Q : Quelle est la hauteur de votre loge
R : Aussi haut que les étoiles, des pouces et des pieds innombrables.
Q : Où gardez-vous la clé de la loge ?
R : Dans une boîte d'os, à un pied et demi de la porte de la loge.
Q : Quelle distance y a-t-il du cable à l'ancre ?
R : Autant que de la langue au coeur.
Q : Dans quel sens souffle le vent ?
R : Est et ouest, et du sud.
Le signe commun consiste à se frotter la bouche de la main droite, puis à faire
passer celle-ci transversalement devant la gorge, et à la poser sur le sein
gauche. Le signe de maître est : colonne vertébrale, le mot matchpin. Le signe
de compagnon homme du métier est : jointures et tendons, le mot Jachquin (6). Le
signe de l'apprenti entré est : tendons, le mot Boaz, ou : c'est creux (7). Pour
le maître, pressez la colonne vertébrale, mettez votre genou entre les siens, et
dites Matchpin. Pour le compagnon homme du métier, pressez les jointures et les
tendons et dites Jachquin (6). Pour l'apprenti entré, pressez les tendons et
dites Boaz ou : c'est creux (7). Dans l'obscurité pour savoir s'il y a un maçon
à l'entour, dites : «le jour a été fait pour voir, et la nuit pour entendre»
.(8) Si vous êtes parmi les frères, et s'ils boivent à votre santé, retournez
votre verre de haut en bas ; si après l'avoir fait deux ou trois fois vous les
entendez dire : «buvez, et je me porterai garant de vous, c'est qu'ils paieront
votre écot. Ou encore, si vous dites «le squire est maigre», ou si vous lancez à
l'un d'eux un bourre-pipe en disant : «changez moi ce liard» (9), ils paieront
votre écot. Pour envoyer chercher un frère les signes sont les suivants (10). Si
vous dites : «La loge n'est pas tuilée», cela revient à dire qu'il y a dans la
compagnie quelqu'un que vous soupçonnez d'être un frère (sic). Pour faire
descendre un homme d'un échaffaudage, ou de n'importe où, joignez les talons en
écartant les bouts des pieds et regardez en l'air, puis, avec la main ou avec
une canne, faites un angle droit. Ce geste et tous les autres doivent être faits
d'un air très détaché.
NOTES :
(1) Signalons au passage que ce monograme n'a rien de «jésuite». Il était en
usage aussi bien dans l'Eglise anglicane que dans l'Eglise catholique romaine.
On peut le voir par exemple sur des vases liturgiques des XVIIe et XVIIIe
siècles conservées dans le trésor de la cathédrale Christchurch d'Oxford.
(2) Début de la formule annonçant les châtiments prévus pour le parjure. Cette
formule, qui est devenue rituelle dans la Maçonnerie anglaise, se trouvait
primitivement dans les « paroles de l'entrée» des catéchismes écossais.
(3) Full.
(4) Le Trinity College, appelle le compagnon fellow craftsman alors que le
Sloane 3329 et les catéchismes écossais l'appellent fellow-craft.
(5) Il semble que deux réponses soient mélangées ici, l'une concernant la place
du maître, l'autre concernant la place de la clé de la loge.
(6) Lecture incertaine, selon Knoop, Jones et Hamer : on pourrait également lire
Jackquin.
(7) Jeu de mots entre Boaz et bose, terme archaïque signifiant : creux. Cela
explique le passage du Sloane 3329 (cf. la note 3 de ce texte) qui donne comme
moyen de reconnaissance «frapper doucement sur le mur ou sur l'ouvrage en disant
: ceci est bose ou creux».
(8) Ce trait apparaît également dans le Sloane 3329.
(9) Groat, pièce de quatre pence. Ce trait se retrouve approximativement dans le
Sloane 3329.
(10) Le premier signe représente évidemment une équerre. Il correspond au
passage du Sloane 3329 qui prescrit d'envoyer à un maçon «une épingle pliée ou
un morceau de papier découpé en forme d'équerre». Les deux autres signes
représentent respectivement la loge et un compas mesurant un cercle.
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