Cher Amis,
Henri Tincq (du Monde) a sorti en Mars 2003 un livre qui s'intitule: "Dieu en
France, Mort et résurrection du catholicisme." (KTO a fait une émission sur la
question, où l'on voit entre autre H. Tincq qui parle. On peut la voir sur leur
site Internet) Dans le chapitre V de sa Première partie ("Une crise de la vérité
et de la norme") - chapitre à mon sens central car il arrive à toucher le cour
de la crise que l'Eglise traverse -, j'ai relevé quelques citations qui m'ont
paru résumer l'essentiel de son diagnostique, que je trouve perspicace et qui
correspond à la réalité (du moins telle que je la perçois).
Pourquoi faire part de cela au "Groupe Prier la Parole"? Car tout simplement
j'estime que les deux choses coïncident: son diagnostic de la crise et notre
effort de faire la Lectio divina, de rejoindre (ou plutôt d'être rejoins) par le
Christ qui croise notre chemin tous les jours et nous parle, nous nourrit de Sa
Parole. Il met le doigt en fait sur un point central que j'exprimerais ainsi:
l'impossibilité dans laquelle une absence de "méthode" pour écouter Dieu nous
parler nous a mis pour communiquer avec Dieu! Il évoque cette sorte d' "écran"
qui s'est interposé entre Dieu et nous et ce, par une science exégétique bonne
mais insuffisante. Les carences que l'on observe encore dans l'exégèse isolent
l'être humain de Dieu. Or la Lectio divina, et une "méthode" simple mais
efficace (patristique je dirais) pour écouter le Christ et nous nourrir à de sa
Parole sont d'une urgence terrible aujourd'hui.
A mon sens, la condition d'un renouveau possible et durable passe par une lectio
bien pratiquée et donc: efficace!
Voici quelques uns de ses passages qui expriment le mieux la crise:
· "On a parlé de désertion des intellectuels catholiques, de déclin militant,
de désaffection pour le ministère clérical, d'éloignement de pratiques, des
sacrements et des rites les plus traditionnels. Mais la crise de l'Eglise
n'est-elle pas plus profonde? Ne s'agit-il pas d'abord d'une crise de la foi et
de son fondement historique? D'une crise d'autorité[1], d'interprétation des
Ecritures, de confiance dans le dogme et, de là, dans l'enseignement même de
l'Eglise, dans son gouvernement, dans sa discipline?" (p. 102)
· "La troisième (crise) est peut-être la plus grave, car elle touche aux
fondements mêmes de la foi, au rapport du fidèle à l'Ecriture, à la discipline
exigée de lui par une institution qui garde le monopole de l'interprétation, de
la parole et du commandement. Nous y voilà." (p. 104)
· "comment concilier une interprétation plus scientifique de textes sacrés avec
l'adhésion à une foi qui dépasse la science." (p. 104)
Il évoque ensuite la question du Dogme et de la Morale (et par le fait même
l'autorité de l'Eglise) qui se construisent autour des textes et de l'attitude
de l'homme contemporain face à eux:
· "l'homme moderne est aujourd'hui ébranlé par des dogmes comme le péché
originel ou la naissance virginale de Jésus qui ne lui semblent plus
correspondre aux exigences de la science." (p. 105)
· "Jean Delumeau, historien, constate cette distance prise avec des dogmes dont
l'importance ne lui apparaît plus pertinente [.] Si considérable et décisif
qu'il ait été, l'édifice dogmatique construit autour des textes est donc menacé.
N'est-il pas devenu un obstacle même à l'évangélisation?" (p. 105)
· "la soumission qu'elle (l'Eglise) exige de ses fidèles à son interprétation et
à son magistère doctrinal se heurte aux requêtes de libre-arbitre, de droit de
critique, de participation, d'élaboration collective des décisions, de parité.
La désobéissance d'une partie des siens, le silence et l'indifférence des
autres, une marginalisation de son rôle et de sa parole sont aujourd'hui le gage
à payer à des sociétés où les catholiques sont moins nombreux, moins influents
et préfèrent suivre leur conscience plutôt qu'une discipline monolithique
parfois incomprise." (p. 105)
· "Pourquoi l'Eglise, "experte en humanité" comme disait le pape Paul VI, ne
réussit-elle pas à se faire entendre de la société moderne? Pourquoi tant de
doutes sur les fondements mêmes de la foi, de crispations sur une discipline
interne dépassée par beaucoup d'aspects, sur une morale qui l'éloigne de tant de
jeune et de couples, sur un rapport à la fois de fascination et de répulsion
pour la science, sur un mode de gouvernement centralisé qui ne respecte même pas
l'esprit de "collégialité" défini par ses textes et qui reproduit, enfin, des
modèles sexistes plutôt archaïques?" (p. 110)
· " "Plus personne ne peut dire: voici la tradition vraie, voici la Vérité.
Parce que le régime de la Vérité a changé. Ce n'est plus un régime de vérité
objective, fournie d'en haut par quelque appareil que ce soit. Désormais, c'est
l'individu qui est au centre, qui produit lui-même son propre système de
significations, conduit ses expériences, exprime ses aspirations." " (p. 112)
· "Le prochain pape aura pour principaux ennemis l'indifférentisme et le
relativisme." (p. 111)
· "seul un message d'accueil et de proposition peut être audible de la part de
l'Eglise dans la France contemporaine." (p. 114)
Je trouve qu'on peut alors lancer le débat, car là au moins, on
touche le fond de la chose, je pense! Qu'en pensez-vous?
Jean
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[1] Je pense qu'il veut dire: "Autorité des Ecritures".
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul on été
supprimées]