Le 27 nov. 05, à 07:42, Spinodo - Charles Mougel a écrit :
> Cette nuit :
>
http://www.tv-radio.com/ondemand/france_inter/OSMOSE/OSMOSE.ram
> Il a encore neigé de la mémétique. J'ai écouté le direct cette fois
> ;-)
> Bertrand, tu t'occuperas de la copie de sauvegarde ? Sinon, je peux le
> faire ce soir.
> Charles.
Bonjour à Pascal & à vous tous,
J'étais parti quelques jours au pays natal de Jules Verne et j'ai
essayé d'y faire un peu de mémétique (à ma façon), avec le bouquin de
Pascal sur mon bureau, ce qui m'a permis de prendre quelques notes
entre des rendez-vous importants...
- CLSP est une somme de travail intéressante, un exposé clair,
documenté & jamais ennuyeux de ce qu'est ou pourra devenir la
mémétique francophone, ça, je l'ai déjà dit et je n'y reviendrai pas en
détail car c'est indiscutable.
C'est aussi et surtout pour moi un bloc de réflexions à consulter dans
tous les sens et, si le coeur vous en dit, à saisir au hasard comme on
peut lire des versets du Coran, par exemple à la page 287 ! (Je jure
que j'ai utilisé la fonction randomize !) Il s'agit du "premier présent
que l'on offre à un enfant" : un nom ! Et là, Pascal ne fait pas
allusion aux modalités de réplication du prénom donné en "baptème" à
chaque gamin qui vient de naître, mais les règles de codage en étaient
établies avec rigueur jusqu'au milieu du XXème siècle. Et je ne parle
pas de l'ordre des prénoms énoncés par l'état civil, qu'il fût
religieux ou laïque... Un mème qui contient lui-même ses propres
réplications internes, longtemps immuables !
- Quelques réflexions pêle-mêle :
Ce que PJ appelle (souvent) solution, moi je l'appelle LE CHOIX qui
s'inscrit au bout d' une arborescence de choix logiques. (En caractères
'light' p.210-211 de CLSP.) La "solution" fait éminemment appel au
libre-arbitre de chacun car, outre les contraintes et le déterminisme
contenus dans notre génome et notre acquis culturel, il restera tous
les choix possibles du sujet qui a faim. Bien sûr, le choix pourra être
influencé par des expériences précédentes, mais pas nécessairement. Il
se peut même que le choix soit... de ne rien prendre du tout et
d'attendre la prochaine opportunité de se restaurer.
- Ceci m'amène à parler du package des mèmes de la soupe que Pascal a
bien développé, autant qu'il se trouve en phase sur ce sujet avec Sue
Blackmore. Je regrette juste qu'il n'ait pas remis à l'honneur les
mèmes du feu primitif, qu'il n'ait pas déterminé la période historique
(préhistorique plutôt) d'initialisation de ces mèmes (sans doute les
débuts du néolithique ?) et que surtout il n'ait pas pas mis de l'ordre
dans les nécessités logiques qui ont présidé à l'avènement de ce
super-mème culinaire par excellence :
1) Le feu
2) La maîtrise technologique de la fabrication d'un récipient résistant
au feu
3) L'accès à l'eau
4) La production (à proximité) de légumes variés si possible & autres
ingédients le cas échéant
4) La mise au point aléatoire de la/des procédures de préparation, de
cuisson & d'assaisonnement
Tout cela met en oeuvre en effet beaucoup de mèmes, mais je ne suis pas
certain que ce qui domine dans cette exploration mémétique soit la
duplication ou la réplication plus ou moins servile des procédures,
mais plutôt le tâtonnement expérimental et l'inventivité. Bref, une
certaine universalité de la découverte et de la pérennisation de ce
plat incontournable ici ou ailleurs. En fait, je suis persuadé qu'il y
a eu dans ce cas davantage de phénomènes de convergences que de pures
imitations/réplications d'une recette acquise une fois pour toutes.
(Personnellement, si je fais de la soupe, je n'ai pas de code bien
installé en tête et aucun a-priori : je ferai plutôt avec ce qu'il y a
en ce moment dans mon jardin et/ou dans mon frigo et aussi en fonction
du temps dont je dispose pour exécuter ce travail...)
Mais, je suis comme Susan et Pascal, bien convaincu que la soupe recèle
des richesses en mèmes quasiment inépuisables, comme tout ce qui s'est
inventé et réinventé autour du feu... (Je détaillerai dans un texte sur
memetics-story...)
- Pour les 2 émissions de radio récentes de P J, c'était très bien très
clair et le courant passait plutôt bien auprès des animateurs/trices,
surtout trice d'ailleurs, mais ce n'est qu'une impression.
J'ai pris des notes et je détaillerai sur mon blog les remarques qui
m'ont été inspirées par la relecture dynamique du bouquin et l'écoute
des émissions radio.
Bravo donc Pascal ! Bonne prestation ! Voix, choix des arguments, du
niveau de langage, de complexité des explications et des exemples
choisis.
Globalement encore un regret : que tu n'évoques jamais ou presque le
rôle de l'éducation dans la transmission des mèmes, sauf quand tu
parles de Vincent Delerme éduqué (en famille par papa as-tu dit à cette
vision reproductive des petites choses du quotidien) et lorsque tu dis
que tu vas aller présenter la mémétique dans un cours de philo à la
Sorbonne car invité par un ami.
Je voudrais juste dire que dans toutes les CSP que tu cites,
susceptibles de s'intéresser aux mèmes & à la mémétique (philosophes,
économistes, publicitaires, neuroscientifiques, psy, ethnologues,
sociologues, médecins, etc...) que sais-je moi, tu ne cites jamais les
enseignants en tant que tels, de l'école maternelle à l'université &
aux grandes écoles. Et pourtant, je puis t'assurer qu'ils s'intéressent
à ce paradigme nouveau qui vient... d'arriver sur le marché de la
pensée.
Moi qui suis encore un instituteur de mèmes (dans l'esprit), je te le
confirme. Bien que mon entrée dans le monde des mèmes soit plutôt
d'approche neuroscientifique (voilà 22 ans que je suis tombé dedans !)
je considère que la transmission des mèmes de base se fait par les
familles, puis par l'École, même si tout cela est bien perturbé à
l'adolescence par l'image/retour nécessaire du groupe d'âge auquel on
appartient & la grosse IMAGE qu'en renvoient les médias* et autres
lobbies du pilotage des comportements sociaux.
@ + pour + de détails
Jean-Pierre
PS : Juste une ' tite question : pourquoi as-tu choisi une formule
d'Arthur Rimbaud "On n'invente pas, on se re-souvient" plutôt qu'une
autre de Jules Renard par exemple ?
"N'importe quelle idée semble personnelle, dès que l'on ne se rappelle
plus à qui on l'a empruntée."
(Elle est dans le site www.memetique.org et c'est une très bonne chose
!)
Rassure-toi, j'adore Rimbaud. C'est même mon poète préféré. Mais Jules
Renard a décrit et mis en scène bien plus de mèmes que l'aventurier
d'Éthiopie qui lui, a raconté (mais si joliment !) des rêves de voyant,
lorsqu'il flirtait avec l'enfer...
J-P