Attention, je parle bien du martinisme tel que constitué en ordre
indépendant à partir du XIX° siècle et répondant à des critères de
fonctionnement précis.
Pour fonder un ordre indépendant, il faut avoir été reçu SI IV, d'un
ordre régulier (c'est à dire dont le fondateur est SI IV).
La patente ou chartre, plus exactement, n'est pas un vulgaire bout de
papier , c'est un outil rituel qui permet de marquer physiquement le
lien spirituel établis avec une lignée existante.
Que des évènements particuliers aient pu mettre à l'écart
temporairement ce mode de fonctionnement, pourquoi pas, mais il faut
alors compter uniquement et entièrement sur les qualités de théurge
du fondateur pour que l'édifice temporel réponde à l'édifice
spirituel considéré. Comme un ami me le rappelait à propos de Jan Van
Rijckenborgh: "rebatir temporelement un égrégore initiatique, c'est
l'oeuvre de toute une vie". Ce fonctionnement régulier n'est pas un
absolu, mais une garantie de cohérence.
Je ne sais pas comment çà se passe en Franc Maçonnerie.
Pour ce qui est des patentes sauvages, je parle de cérémonies
d'initiation à la va vite qui permettent de distribuer en un week
end, ou de vendre, des patentes, parfois falsifiées à des golden boys
initiatiques. Dans ce cas, il me semble que ce sont les conditions
spirituelles qui ne sont pas réunies...
Voilà, cette clarté peut paraître assez rigoriste, mais çà n'est pas
moi qui ait inventé ce système hein...
Je crois fortement aux liens spirituels qui peuvent nous unir avec
certains maitres, parfois fondateurs de courants ésotériques. Des
éclaireurs de voie. Il y a je pense des manières de cheminer en
communion avec ceux ci, sans pour autant passer par un mode de
fonctionnement traditionel. Mais pour le coup, çà n'a plus rien à
voir avec le fonctionnement traditionnel des ordres réguliers...Etc.
Dans ce cas, il s'agit de bien distinguer le piratage occultiste de
la mystique opérative (cf ci dessous en partie).
De plus, il faut garder à l'esprit que le but ultime n'est pas de
devenir un chef de lignée, mais de réaliser l'opération spirituelle
inhérente à la nature humaine, c'est à dire, selon les mots du
martinisme, la réintégration.
Un initié peut être suffisament qualifié pour être "missionné" et
bâtir une nouvelle lignée vivante, à partir du moment ou son esprit
est solidement ancré dans celui de la Réintégration des êtres. Les
tibétains parlent de la possibilité pour un être éveillé de créer un
mandala, qui servira de cartographie spirituelle pour les lamas ayant
pris refuge en cet être.
Il s'avère que temporelement une lignée commence nécessairement, elle
finira donc. A mon sens, il n'y a aucune tradition primordiale
temporelle. Celle-ci ne peut être que spirituelle (on parle
d'Ekklesia). Chaque lignée temporelle doit donc être forcemment
attachée à la lignée spirituelle, et ce, quelque soit l'ordre
chronologique des fondations de ses branches. C'est la raison pour
laquelle il est parfaitement logique de trouver dans les chaînes
initiatiques soufies, le Prophète Muhammad, et par extansion, Allah
Lui-même. Dans le martinézisme, le cohen est nécessairement lié à
l'histoire biblique et à la succession des réparateurs prophétiques
successifs. Les maçons parlent de loges St Jean. Quelqu'un parmis
vous a-t-il rencontré l'évangéliste ou le baptiste en personne? :o)
J'aimerais aussi noter que la plupart des maîtres fondateurs de
différentes voies sont comme "réquisitionnés" pour entreprendre un
tel acte fondateur. J'aime par exemple la légende de Lao Tseu, dont
on dit qu'il aurait écrit le Tao Te King afin de pouvoir passer la
frontière d'un royaume (en guise de taxe douanière). Ramana Maharshi
s'est retrouvé en l'espace de quelques décennies, être le successeur
moderne de Shankara (fondateur de l'Advaita Vedanta) lui même, alors
qu'il ne faisait que répondre simplement à des questions de
visiteurs! Comme quoi.
Voilà pour quelques précisions.
M.