LETTRE MÉLOMANE 82 - 11/2000
Où l'on pourrait reparler du fameux compositeur attardé, sentimental et
académique, celui que l'on taxa généreusement du sobriquet de vieux
pleurnichard il y a quelques décennies. Son premier concerto paru en
1874 fut jugé par les grands esprits comme une anthologie de passéisme
ringard. Et pourtant, Mackenzie, Tovey, sans lui, auraient-ils composé
ces chefs-d'oeuvre que nous propose la série des Romantic Piano
Concerto, le n°19? Oui, dans ces oeuvres, Tchaïkovsky partout, et,
suprême insulte au post-wagnérisme-impressionnisme, voie consacrée de
l'évolution, la vieille mélodie cantabile à la sauce russe ou plutôt ici
pseudo-russe, pseudo-nordique, pseudo-écossaise, comme on voudra. En
1897 avec Mackenzie, et, suprême affront au credo évolutionniste, en
1903 avec Tovey. Tout y est, la chaleur, la bravoure, le grand lyrisme.
Quels chefs d'oeuvres, où le génie éclate partout. Surtout le Mackenzie
qui décline la rutilance de ses gammes et arpèges avec la flamboyance de
son orchestre. CD Hypérion Stefan Osborne et BBC Scottish Symphony
(Martins Brabbins). Indispensable.
Sauer, Concerto n°2 (1901). Une oeuvre qu'on ne peut ignorer. Sauer,
l'art de trouver son originalité à partir de matériaux éprouvés,
rabâchés, resassés pendant un siècle de romantisme. Sauer, l'art
d'amalgamer le piano et l'orchestre, Sauer, l'art de fondre les
sonorités dans une pâte orchestrale mouvante (la fin du premier
mouvement). Sauer, l'art d'étonner, Sauer, l'art de dépasser. Il a
développé pour le piano (et l'orchestre) ce que Gliere a fait pour
l'orchestre seul. L'aboutissement suprême du raffinement et de la
complication sans rompre avec l'expressivité.
On le sait, le 20e siècle, c'est le 19e qui se prolonge. On l'a dit sans
doute plus à propos d'histoire et d'idéologie, ne pourrait-on le dire
plus encore à propos de musique? Emil von Sauer Concerto n°2 CD Danacord
Oleg Marshev et Aarhus Symphony Orchestra (James Loughran).
Chronique consacrée à la musique médiévale: où l'on voit qu'archaïsme et
modernisme se rejoignent... dans l'atonalisme.
http://www.critique-musicale.com
A bientôt
Claude Fernandez