LETTRE MÉLOMANE 77 - 06/2000
Grisaille dans l'ensemble pour cette sélection du mois de mai. On aurait
tort cependant de ne pas considérer plus attentivement certaines
oeuvres. La symphonie Asraël de Suk par le Bavarian Radio Symphony
Orchestra (Kubelik), il faut bien l'avouer, un échec, à ce qu'il me
semble par rapport à la symphonie op 14 du compositeur, certainement une
des oeuvres majeures du 19e siècle. C'est la première fois que Suk me
déçoit après une série impressionnante d'oeuvres éblouissantes (si l'on
excepte quelques oeuvres de musique de chambre): la Fantaisie pour
violon et orchestre op 24, la suite pour orchestre Pohadka, et en
musique de chambre 4 pièces op 17. Suk reste pour moi (d'après ce que je
connais) le compositeur tchèque majeur. Néanmoins, la plus plus grande
symphonie tchèque demeure, à mon sens, la Symphonie du Nouveau Monde. Je
ne conseille donc pas cette symphonie Asraël, sauf si vous vous éclatez
en écoutant les purs exercices de virtuosité symphonique - là, vous
serez servi. Abordons le CD en addendum de la revue classica.
Généralement ces CD présentent des oeuvres convenues et je m'empresse de
les envoyer directement dans ma poublelle. Celui-ci m'a paru original
par les oeuvres qu'il présentait, et surtout par la présence de
l'immense Briccialdi, si oublié. Avec lui, Cambini et Reicha.
Composition instrumentale un peu inusité pour un quintette, ne se
prêtant guère à des effets lyriques, mais plutôt à des oeuvres de
divertissement. Et c'est bien ce que m'est apparu. Des oeuvres plus
orientées vers un style pseudo-galant passe-partout, même pour Reicha et
Briccialdi qui appartiennent au 19e siècle. Cambini, d'abord: très plat
à mon goût. j'avoue qu'il ne m'a jamais ébloui malgré son renom en son
temps. Reicha, lui, franchement ennuyeux - pour éviter un épithète moins
convenable. Reste finalement Briccialdi. pas une oeuvre hyper-géniale
son quintette op 124, non, mais tout de même. il y a toujours une idée
qui traîne quelque part, et quel métier, mais un métier qui génère
toujours des effets. C'est ce que je dirai pour les 1er et 3ème
mouvement que j'ai évalué une étoile, mais ils valent très largement
cette étoile que, quelquefois j'accorde assez facilement sans grande
exigence. Plus pathétique, plus lyrique le second mouvement, cela me
paraît certain: 2 étoiles - en là encore très largement. Quelle manière
admirable d'utiliser chaque instrument pour créer des effets spécifiques
à sa sonorité! Une mélodie pathétique très émouvante. Un mouvement où il
ne manque presque rien pour passer au niveau supérieur de l'excellence.
CD Classica jeunes interprètes Quintette Aquilon.
Chronique 77, très orientée vers une optique sociologique de la musique.
Où vous apprendrez que même Beethopven peut être considéré comme un
exploiteur social!
http://www.critique-musicale.com
A bientôt
Claude Fernandez