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lettre-melomane · lettre de diffusion concernant la musique classique : lettre d'un mélomane
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LETTRE MELOMANE 102 - 07/2009   Liste de messages  
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LETTRE MÉLOMANE 102 - 07/2009

De Bériot, il faut consulter les dictionnaires spécialisés pour trouver ce nom, absent de la plupart des histoires de la musique. Il fut cependant un compositeur célèbre au 19e siècle, un de ces représentants de la fameuse école de violon franco-belge inexplicablement tombée dans l'oubli. Pourtant, que de concertos de pseudo-génies classiques apparaitraient fades, à mon avis, comparés aux 2 concertos que nous considérons ce mois-ci: le 7 et le 4 (Laurent Albrecht Breuninger Nordwestdeuttsche philarmonie - Franck Beermann), quoiqu'ils n'atteingent pas me semble-t-il, le Concerto n°2. Plutôt que de restaurer la mémoire de cette prestigieuse école franco-belge, les promoteurs de la nouveautés sortent Max Bruch de leur chapeau. Bruch, qu'on voudrait nous faire passer pour un génie violonistique. Pourquoi lui - qui ne fut jamais violoniste-compositeur? À mon sens, ce ne sont pas les oeuvres concertantes pour violon de Bruch, souvent ternes et sans panache - à part peut-être la Fantaisie écossaise, et encore - qui seront capables de rivaliser avec celles de De Bériot. Rarement, les choix édictés par la société musicale auront été aussi éloignés de l'histoire musicale réelle que dans ce genre instrumental. Cependant, les trois oeuvres violonistiques les plus célèbres sont certainement Les quatre saisons de Vivaldi, la Campanella de Paganini et l'Adagio de Giazotto (dit d'Albinoni) - surtout si l'on considère le nombre de transcriptions de ces oeuvres. Et ce choix électif du public correspond réellement aux étapes historiques de l'histoire du violon, l'apogée du violon baroque avec Vivaldi, la découverte de la virtuosité transcendante au 19e siècle avec Paganini. Quant à l'Adagio dit d'Albinoni, composé en 1945, son succès revêt certainement une signification que certains voudraient oublier. Il représente en effet un désaveu cinglant des théoriciens modernistes, dodécaphonistes et sérialistes. La réussite et la survie de ces oeuvres, jamais considérées dans les histoires de la musique, et rarement considérées, malheureusement, sur les listes et forums de mélomanes, représente un échec de la propagande idéologique véhiculée par les Intellectuels depuis deux siècles. On trouve bien loin derrière ce trio de tête les prétendus chefs-d'oeuvre des grands classiques, malgré l'avantage médiatique qui leur est procuré par tout l'appareil musical. Donc, De Bériot, à écouter absolument, un lyrisme toujours incisif, sans doute plus spectaculaire que celui de son compatriote Vieuxtemps qui opte pour une tessiture plus grave. De Bériot plus proche de Paganini, en ce sens, mais les deux compositeurs belges ont adopté les tours thématiques paganiniens qui déferleront comme un raz-de-marée dans le monde violonistique du 19e siècle. Deux exemples significatifs: Berwald avec son Concerto et Tor Aulin avec Konsertstycke op 7, Konsert 2 a-moll op 11 et le Concerto n°3: deux compositeurs nordiques, l'un au début du siècle, Berwald, l'autre à la fin du siècle, Aulin. Mais revenons à ces concertos de De Bériot. Orchestration sans doute moins élaborée que chez Vieuxtemps, avec moins d'ampleur, moins de majesté, mais on remarquera tout de même le climat très pathétique du 1er mouvement du Concerto n°4. L'évolution de l'école franco-belge par rapport aux modélès paganiniens tient sans doute plus à l'orchestration des concertos qu'au violonisme. Ce violonisme, moins subtil, plus brut, plus lapidaire, trop lapidaire peut-être chez De Bériot que chez cet autre compositeur post-paganinien qu'est par exemple Lipinsky. De Bériot, c'est la spontanéité, une manière plus directe d'atteindre la virtuosité. Il a tendance à éliminer ou écourter les phases préparatoires qui participent cependant à l'élaboration des épisodes virtuoses. Il est quelquefois sommaire, mais il atteint cependant cet état de grâce insaisissable lorsque la virtuosité maximale devient lyrisme pur, un état d'apesanteur spirituelle où il semble que la musique exprime l'absolu. Chostakovitch, plus décevant ce mois-ci avec les symphonies 1 et 6 (Berlin Classic Berliner Sinfonie Orchester Kurt Sanderling). De tout dans ces symphonies, un amalgame d'effets hasardeux, d'idées disparates, souvent vulgaires, pas toujours convaincantes, rarement convaincantes. Une exploitation de formules modernistes, moins outrées que dans bien d'autres oeuvres du compositeur, mais dont la gratuité, à mon avis, rejoint souvent l'insignifiance musicale. Le 1er mouvement de la 6, très long, recherche plutôt un pathétisme introuvable ou plutôt simulé. Pas le seul à se réfugier dans le faux pathétisme quand l'inspiration fait défaut, Chostakovitch, bien sûr. On peut même, sans doute, compter Beethoven dans les rangs de ces compositeurs s'adonnant à cette facilité. Un mouvement raté qui cherche à se raccrocher désespérément à quelques formules de l'expressionnisme russe, et quelques recettes du rhapsodisme. Chostakovitch, un moderniste qui s'acoquine au rhapsodisme. Quel autre compositeur se serait permis cet amalgame contre-nature? Au moins, il n'a pas honte. Nombreux sont les Intellecteuls modernistes qui se sentiraient humiliés d'adopter les oripeaux du romantisme tardif finissant. Pour de si grands esprits, le rhapsodisme est une ornière misérable qui les horrifie. C'est vrai, il faut les comprendre, comment redescendre si bas lorsqu'on a évolué dans les arcanes de la série. Au moins Chostakovitch n'a pas cette prétention, mais, ses errements symphoniques: bien pitoyables à mon avis, comparés à ce chef d'oeuvre de l'expressionniste russe au 20e siècle que représente la Symphonie n°2 de Kabalevsky...

Les étoiles attribuées:

BÉRIOT Charles de (1802-1870)
Concerto n°7 G major op 73 (1851) (***/***/***)
Concerto n°4 D minor op 46 (**/***/**)

CHOSTAKOVITCH Dimitri (1906-1975)
Symphonie n°1 (-/*/*/*)
Symphonie n°6 (*/*/*)

Un peu d'autosatisfaction pour terminer. Le point sur critique-musicale.com et la "Lettre d'un mélomane". Les statistiques font état de 12.000 pages vues par mois, 1000 visites par mois en moyenne. Pages les plus visitées: "Bach est-il un grand compositeur", en français et en anglais, puis pages du répertoire critique: TCA, HAA, SAA... Je n'aurais jamais cru qu'il y eût autant de mélomanes se délectant d'une remise en cause du Cantor. Accès par pays: France, Belgique, Canada, Suisse, bien sûr, puis US, Ukraine, Russie... jusqu'à Hong-Kong (0,03%). L'URL du site apparaît en premier avec les termes génériques "critique musicale" sur Google, Yahoo, Bing (le nouveau moteur remplaçant Live Search), en 5e position sur Yandex (le moteur russe) avec les termes "critique musicale musique classique" Pas si mal, mais vous n'êtes que 124 abonnés à cette lettre. Alors, faites abonner vos amis. Sur l'aspect historique, sachez que la "Lettre d'un mélomane" a été créée en mars 2001, en revanche, je n'ai pas retrouvé la date de création du site qui se perd sans doute dans la nuit des temps. Et rappelons enfin que critique-musicale.com a été salué par France-Musique il y a quelques années dans une émission de Philippe Kalman.

http://www.critique-musicale.com

À bientôt
Claude Fernandez


Samedi 4. Juillet 2009  6:20

claudefernandez
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claude fernandez
claudefernandez
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4. Juillet 2009
6:21
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