LETTRE MÉLOMANE 99 - 04/2009
Barber Samuel (1981), Concerto pour violon Bolchoï Symphony orchestra
Leonid Kogan. Une oeuvre qui figurait déjà dans le répertoire de
critique-musicale.com, mais les réauditions d'oeuvres sont nécessaires,
même s'il est parfois dangereux de confronter des appréciations à
plusieurs années d'intervalle. Une confirmation cette fois-ci, puisque
l'oeuvre figurait avec les appréciations: (***/*/*) et que je lui
accorde aujourd'hui les appréciations suivantes (***/**/**), soit une
revalorisation du deuxième et du troisième mouvement. Il ne sera pas, je
pense, inintéressant de reconsidérer ce chef-d'oeuvre. Une composition
néoclassique révélant une originalité qu'oblitère son appellation,
considérée comme dépréciante par les mélomanes supérieurs. Un premier
mouvement qui s'affirme par un thème principal d'un mélodisme
incomparable. Tourmenter le violon pour le contraindre à une esthétique
antimélodique, c'est le parti facile choisi par les modernistes. Rien de
plus simple, en effet, que d'obtenir une partie violonistique qui
ressemble à une suite de couinements insupportables. Barber choisit au
contraire de servir le violon selon son génie propre. L'âme du violon,
c'est le legato. Un legato ici marié à la souplesse d'un staccato qui
n'est jamais heurté. L'écriture traduit un asservissement total de la
virtuosité à la thématique, non pas en sacrifiant la volubilité
instrumentale, mais en la délivrant de provocations aussi gratuites que
misérables (pour employer le terme consacré des contempteurs de la
virtuosité au 19e siècle) et dont le rôle est bien souvent de masquer
l'indigence de l'inspiration. Et dans cette oeuvre une orchestration à
mon avis remarquable, orchestration d'accompagnement constituée de
motifs lapidaires, très légers. On peut se souvenir des concertos pour
violon de Saint-Saëns, notamment le 3, le plus connu (quoiqu'à mon sens
pas le meilleur). Saint-Saëns, peut-être le premier à affirmer ce type
d'orchestration où les instruments s'alternent au lieu de se superposer,
structure si seyante précisément dans un concerto pour violon. On
pensera aussi à l'orchestration très originale de Rodrigo, extrêmement
épurée dans ce sens, qui en est un dérivé. Voilà pour la partie la plus
inventive de ce concerto. Ajoutons un mouvement lent d'un pathétisme
prenant, moins marquant, à mon avis, cependant, sur le plan thématique.
Le troisième mouvement essaie les possibilités d'un tempo très rapide,
non sans succès. On est ici très loin de la mélodie cantabile, mais
c'est à mon avis l'exploitation d'une possibilité extrême d'écriture qui
demeure mélodique dans sa nature, dans son ossature. Et c'est une
réussite qui pourrait évoquer le fameux Concerto pour violon de
Taktakichvili, aussi le 1 de Chostakovitch (surtout ne confondez pas
avec le 2, une catastrophe à mon sens), également le Concerto pour
violon de Busoni... Pour mémoire, voilà l'analyse critique que j'avais
écrite sur le Concerto de Barber il y a un certain nombre d'années. Je
l'avais oubliée au point que je ne me souvenais même plus avoir écouté
l'oeuvre.
"Sur une orchestration très aérée, parcimonieuse, feutrée, procédant par
de légères ponctuations, évolue un violon discret dont la souple
volubilité semble s'épancher sans heurt ni contrastes. Une grande
expressivité, une grande nostalgie se dégagent cependant des thèmes très
caractérisés (deux thèmes principaux, un mélodique, l'autre plus
rythmique) constituant le mouvement. De nombreuses hésitations, passages
pianissimo, communiquent à ce mouvement un caractère parfois intimiste
et mystérieux. L'utilisation des percussions, dépourvue de la moindre
agressivité, semble se fondre au contraire dans la suavité de
l'ensemble. Les crescendos utilisent plus largement les tutti de cordes.
Opérant une rupture totale, le troisième mouvement révèle un soliste
émacié, presque incolore, désincarné, animé d'une perpétuelle vélocité
sur un rythme à la forte scansion, presque haletant. Sa teneur
thématique me semble cependant réduite."
Pour le reste, Barsukov, Karaev, toujours sur le même CD Bolchoï
Symphony orchestra Leonid Kogan, des concertos pour violon
pseudo-modernes, tonaux, sans provocation, ni agressivité, ni
cacophonisme, reconnaissons-le, mais très peu mélodiques. Enfin, Bendix,
Simonsen - Oleg Marshev piano Mathias Aeschbachev conductor Aalborg
Symfoniorkester Aalborg Symphony Orchestra CD Danish piano concerto vol
4 - des concertos pour piano qui m'ont paru laborieux, très laborieux.
J'avais d'abord assassiné Bendix sous les catégories de musique
primaire, simplite. Et puis, après une évaluation continue, je me suis
aperçu que l'aspect un peu fruste du style recélait néanmoins une
certaine étoffe thématique. Dommage pour la forme. Un aspect massif,
tout de même, une inertie préjudiciable, relevée vers la fin du premier
mouvement par des passages cuivrés assez somptueux, pseudo-wagnériens...
Le Simonsen, non, je ne lui fais aucune grâce. Un romantisme compassé
qui applique des formules sans susciter d'émotions. Peu de substance
musicale à mon avis, dans cette machine vide, non dénuée de virtuosité,
mais brute de décoffrage, sans aucune recherche de souplesse ni de
finesse pianistique. Écriture très diatonique qui élimine toute
possibilité de nuances. Ces deux oeuvres pourraient évoquer plus ou
moins les concertos de Bronsart, Hiller, Henselt, Rheinberger, Schumann,
Goetz... Et pas la moindre velléité de rhapsodisme. Dommage. Vraiment
rien qui rappelle la saveur de la musique danoise illustrée de manière,
ô combien plus convaincante ,par Niels Gades. Si vous n'avez rien à
votre programme d'audition, procurez-vous plutôt la "Symphonie n°1" ou,
mieux encore, l'ouverture "Ossian" de ce compositeur.
Changement de décor. Youtube. Chaminade, Concertino pour flûte, le
célèbre et inoubliable Concertino pour flûte écrit dans un style
pseudo-impressionnisme d'une rare subtilité. Cécile Chaminade, grande
compositrice de la fin du 19e siècle. C'est la compositrice emblématique
de critique-musicale.com (en raison surtout de son Konzertstück, non
moins fameux que le Concertino). Critique-musicale.com qui présente par
ailleurs de nombreuses compositrices comme Amy Beach-Cheney, Maria
Szymanowska, Teresa Carreno, Sylvie Bodorova, Augusta Holmes...
http://www.youtube.com/watch?v=jwlCs3z4vzg&feature=related
Et un rappel: l'anniversaire de forum_classique (8ème année, naissance
le 22 mars 2001), forum que nous conseillons épisodiquement à nos
abonnés. Vous y trouverez de nombreuses suggestions pour découvrir de
nouvelles oeuvres.
http://cf.groups.yahoo.com/group/forum_classique/
Pour voir précisément les étoiles attribuées:
http://www.critique-musicale.com/2009-04.htm
http://www.critique-musicale.com
A bientôt
Claude Fernandez
PS Les liens sur youtube sont labiles et peuvent ne pas aboutir s'ils
sont visionnés longtemps après cette lettre d'un mélomane