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Autisme : une déficience intellectuelle non démontrée   Liste de messages  
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http://www.ledevoir.com/2006/02/20/102496.html
Le Devoir.Com
Édition du lundi 20 février 2006
Mots clés : Montréal, Science, Université, autisme

Autistes: l'intelligence autrement
Une équipe de l'Université de Montréal démontre que les méthodes couramment
employées pour évaluer l'intelligence des autistes sont inadéquates
Pauline Gravel

Tout est faux.


La plupart des scientifiques sont partiaux. Les mesures qu'ils ont effectuées
jusqu'à maintenant ne sont pas représentatives et contribuent à entretenir le
mythe que les autistes sont en majorité des déficients intellectuels, ou
exceptionnellement des «idiots» savants.
Michelle Dawson, une chercheuse autiste, et le Dr Laurent Mottron, professeur
au département de psychiatrie de l’Université de Montréal.
Annik MH De Carufel

L'équipe du Dr Laurent Mottron, professeur au département de psychiatrie de
l'Université de Montréal, a jeté un pavé dans la mare de ce consensus trop
longtemps entretenu, hier dans le cadre du congrès de l'American Association for
the Advancement of Science (AAAS) à Saint-Louis au Missouri. En collaboration
avec Michelle Dawson, une chercheuse autiste, le Dr Mottron a démontré que les
méthodes couramment employées pour évaluer l'intelligence des autistes étaient
inadéquates et ne permettaient pas de révéler le réel niveau d'intelligence de
ces personnes parfois muettes et dont le comportement bizarre à certains égards
a souvent conduit à une sous-estimation de leurs capacités intellectuelles.

Pour apprécier adéquatement l'intelligence des autistes, le Dr Mottron
souligne aussi le fait que celle-ci est souvent évaluée à l'âge de 4 ou 5 ans,
soit bien avant qu'un enfant autiste atteigne son plein potentiel intellectuel,
lequel n'apparaît souvent que vers six ans. Or, cette estimation précoce
entraînerait la plupart du temps une sous-évaluation de leur niveau
d'intelligence. «Un tel jugement erroné aura des conséquences désastreuses sur
l'enfant qui sera diagnostiqué autiste de bas niveau, car on ne lui offrira pas
le matériel et les occasions dont il aurait besoin pour apprendre et se
développer», dit Michelle Dawson, qui souligne le fait qu'il y a eu un temps
dans sa vie où elle présentait le tableau d'un autiste de bas niveau.

Vision négative

Dans la plupart des centres de recherche et des cliniques du monde, le
quotient intellectuel (QI) des autistes est mesuré à l'aide des échelles
Wechsler qui sont constituées de 11 sous-tests censés composer un échantillon
représentatif des différentes caractéristiques de la cognition humaine. Les
autistes maîtrisant le langage oral sont plutôt médiocres aux sous-tests
verbaux, en particulier ceux dits de compréhension, mais ils excellent
littéralement aux tests de dessins avec blocs contrairement aux non-autistes qui
présentent invariablement le même niveau moyen à cette dernière tâche. «Les
autistes ont clairement un pic d'habileté à ce sous-test particulier qui
consiste à reproduire un dessin géométrique avec des faces de cubes», souligne
le Dr Mottron, qui dirige la clinique spécialisée de l'autisme à l'Hôpital
Rivière-des-Prairies. «Or depuis, une trentaine d'années, une hypothèse
dominante dans le monde scientifique disait que si les autistes étaient bons
pour faire des
dessins avec blocs, c'était forcément parce qu'ils avaient un déficit du
traitement des formes globales. Partant d'un dogme absolument non contesté que
l'autisme est une maladie, les scientifiques cherchent ce qui ne marche pas chez
les autistes. Ils cherchent des déficits qu'ils rêvent d'apparier avec des
anomalies génétiques ou cérébrales.»

«Il n'y avait pourtant aucune évidence que ce pic d'habileté pour les dessins
avec blocs était causé par une faiblesse, ce n'était qu'une présomption, et nous
l'avons démontré dans une précédente publication», ajoute la cosignataire de
l'article présenté à l'AAAS, Michelle Dawson, qui déplore avec force cette
vision trop souvent négative de l'autisme.

Un cerveau différent

Partant de l'idée que les autistes, avec un cerveau différent de celui de la
majorité d'entre nous -- que Michelle Dawson désigne comme des «typiques» --,
pouvaient réussir certaines tâches beaucoup mieux que nous, les chercheurs de
l'Université de Montréal se sont appliqués à rechercher ces forces que
détiennent la plupart des autistes. Car en effet, presque tous les autistes
présentent des pics d'habileté : certains sont des musiciens prodiges, d'autres
sont dotés d'une orientation spatiale exceptionnelle, une certaine proportion
sont des calculateurs de calendrier, ils arrivent à trouver le nom du jour
correspondant à une date donnée dans le futur juste en regardant un calendrier
de l'année en cours, une prouesse qui nécessite un algorithme très puissant.
Les chercheurs ont ainsi découvert que ces mêmes autistes verbaux
réussissaient beaucoup mieux (ils atteignaient 30 centiles de plus qu'au
Wechsler) au test des matrices progressives de Raven, un test de résolution de
problèmes impliquant un haut niveau de raisonnement abstrait, mais qui ne
comporte aucune instruction verbale. Qui plus est, certains autistes muets qui
avaient été catégorisés comme déficients moyens en raison de leur très faible
performance sur les échelles de Wechsler atteignaient des scores exceptionnels
(parfois le 95e centile) au test de Raven, alors que certaines épreuves du test
sollicitent la logique du langage pour être résolues chez les sujets typiques ou
non-autistes. «Cela prouve donc que les autistes ne fonctionnent pas comme nous,
qu'ils ne résolvent pas les problèmes par la même trajectoire que nous», affirme
Laurent Mottron. Et pourtant, les non-autistes obtiennent des résultats
équivalents aux deux tests (Wechsler et Raven).

John Raven a construit ce test pour mesurer l'habileté d'apprentissage et
évaluer l'intelligence indépendamment du niveau de culture, souligne le Dr
Mottron. Les armées du monde entier l'utilisent pour connaître la «comprenette»
des engagés, compte tenu que le recrutement s'effectue souvent dans des milieux
socioculturels défavorisés. Comme il est complètement dépourvu d'instructions
verbales, le test de Raven a aussi servi dans un but anti-raciste à montrer que
des populations qui avaient peu accès au code écrit étaient du même niveau
d'intelligence que d'autres plus scolarisées.

Une force interprétée comme un déficit

De nombreux scientifiques associent les pics d'habileté des autistes à une
intelligence strictement perceptive, qu'ils considèrent souvent comme une
faculté cognitive peu évoluée. Pourtant, certaines tâches du test de Raven
semblent nécessiter un traitement cognitif plus complexe que la simple
perception, relève Laurent Mottron. Or, les autistes utilisent la perception
autrement que nous le faisons, et ce, pour résoudre des tâches dites
d'intelligence. «La perception est surfonctionnelle chez les autistes qui
discriminent mieux que nous tant sur le plan visuel qu'auditif. Elle joue
probablement un rôle plus important et plus efficace dans la résolution de
tâches faisant appel à l'intelligence que chez les typiques», souligne-t-il.
Lorsqu'ils regardent un objet, les autistes catégorisent et généralisent
beaucoup moins que les typiques. Ils explorent toutefois minutieusement la
physique de l'objet, sa brillance, sa forme, et en font un traitement très
approfondi qui leur ouvre de nombreuses portes, explique le chercheur. Les
autistes semblent apprendre beaucoup plus de choses que nous par simple
exposition. «Nous assimilons les informations sans faire d'effort intellectuel,
de façon moins volontaire que les typiques, et sans vraiment savoir quoi en
faire», précise l'autiste Michelle Dawson. «Cette connaissance reste là sans
rien faire dans mon cerveau jusqu'à ce que je me retrouve devant une tâche dans
laquelle cette information s'intègre et sert à résoudre l'interrogation.»

Par contre, quand Laurent Mottron lit un article scientifique, c'est pour
chercher une certaine information qui confirmera ou infirmera son hypothèse de
départ. «Je ne mémorise pas tout, j'élague tout ce qui ne concerne pas cette
information pour ne pas me laisser distraire. Et si plus tard, j'ai besoin d'une
autre information qui se trouvait dans le même article, je le relis», précise à
son tour le psychiatre qui ne cesse de souligner l'apport incroyable de Michelle
Dawson qui est devenue sa collègue de travail il y a près de trois ans. Or, on
peut interroger Michelle après qu'elle a fait la lecture d'un article de la même
façon qu'on interroge une base de données, car Michelle n'a pas de préférences
dans ce qu'elle mémorise. Elle assimile maintes informations même si elle ne
sait pas si celles-ci lui serviront. Mais ensuite, elle connecte ces
informations avec ce qu'elle entend ou voit et cela lui donne nombre d'idées
nouvelles et inattendues pour appréhender un problème. Qui
plus est, sa pensée n'est jamais partiale alors que la nôtre l'est constamment
puisque nous cherchons pendant des années à défendre les hypothèses que nous
avons développées.»

Pour Michelle Dawson et Laurent Mottron, l'intelligence perceptive des
autistes est sans conteste de l'intelligence vraie. La chercheuse autistique
croit qu'«il faudrait évaluer l'intelligence à la capacité d'un individu
d'effectuer ou non une tâche plutôt qu'au fait qu'il y arrive par des moyens
typiques ou atypiques».


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[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul on été
supprimées]




Mardi 21. Février 2006  18:12

lrenoux
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