Les Vietnamiens du Laos, entre ténacité et fortune
19/08/07
Source : http://lecourrier.vnagency.com.vn
Au sein de la communauté des Vietnamiens du Laos, nombreux sont ceux
qui évoluent dans les affaires. Quelques années auparavant, ils
étaient à la tête d'un petit commerce qui s'est transformé au fil du
temps en une affaire florissante pesant aujourd'hui des milliards de
dôngs.
De nombreux Viêt kiêu implantés depuis longtemps au Laos affirment que
plusieurs de leurs compatriotes figurent parmi les plus grandes
richesses de ce pays.
Là, on pourrait s'attendre à trouver des hommes, force est de
constater que ce sont bien les femmes qui ont le mieux réussi. Habiles
commerçantes, des Vietnamiennes du Laos possèdent de grands hôtels,
magasins, compagnies, fermes… Si à Pakse, Lê Thi Luong et Dang Thi Ly
sont considérées comme les femmes les plus riches du Laos, Nguyên Thi
Hon à Vientiane n'a pas grand chose à leur envier. Perspicaces et
inlassables travailleuses, toutes ont fait fortune en partant de rien.
Nguyên Thi Hon est née à Vientiane dans une famille pauvre originaire
de la province vietnamienne de Ninh Binh (Nord). Petite, elle a dû
abandonner ses études pour faire des travaux ménagers dans un
restaurant. Par la suite, elle était devenue marchande de légumes puis
de soupe. Une vie pénible et sans grande perspective. Sauf que la
jeune femme était intelligente et attentive. Fréquentant les stations
d'autobus, elle a réalisé l'importance des déplacements
inter-provinciaux. À la sortie de la guerre, le réseau du transport
routier lao était de mauvaise qualité. Mme Hon s'est donc lancée dans
l'aventure en investissant toutes ses économies dans un bus d'occasion
qui desservait les provinces du Nord du Laos. Dix ans d'épargne d'une
marchande ambulante de soupe pour sa dernière chance. En 1996, elle a
créé une compagnie d'autocars pour les lignes transnationales et est
devenue propriétaire d'une station de bus dans le centre de Vientiane.
Mme Hon possède aujourd'hui une cinquantaine de véhicules, dont la
moitié sont des bus modernes à étages. Ses biens sont estimés à des
centaines de millions de dollars. Une destinée improbable, marquée par
le caractère bien trempé de cette femme qui est restée, malgré le
succès, très humble.
La relève est assurée
De nombreux Vietnamiens nés dans les années 1970 et 1980 ont pris la
relève de leurs parents, perpétuant une tradition qui veut que les
Vietnamiens du Laos soient travailleurs, dynamiques et créatifs. Ce
sont des Vietnamiens de la 3e, voire 4e génération, nés dans ce pays.
Ils gardent toujours un profond attachement pour leur langue
maternelle et sont les gardiens de la culture millénaire de leurs
ancêtres.
Sorti de l'École polytechnique du Laos, Nguyên Khac Phong aurait dû
être un brillant ingénieur dans une grande entreprise. Mais une fois
diplômé, le jeune homme s'est lancé, en partenariat avec ses amis,
dans le business en ouvrant un hôtel à Vientiane et une boutique d'or
dans le marché de Sáng. Il investissait également dans l'immobilier.
En seulement 5 ans, Phong s'est bâti une petite fortune et est
propriétaire de quelques maisons dans la capitale lao. "Les jeunes
Vietnamiens du Laos sont très perspicaces dans les affaires
commerciales," observe-t-il.
Pour sa part, Lê Van Luân, 26 ans, Viêt kiêu de Pakse, a mené un MBA
en Grande-Bretagne. Il est actuellement patron d'un groupe économique
possédant 2 compagnies touristiques, 4 hôtels et 2 entreprises
d'import-export de meubles en bois, de poissons marins et d'objets en
plastique. En seulement 3 ans, Luân a doublé ses fonds et se prépare à
ouvrir de nouveaux hôtels à Savannakhet pour accueillir les touristes
vietnamiens et thaïlandais. Si le Laos lui a offert la fortune, lui et
sa famille n'en oublient pas le Vietnam. "Même si je suis né ici, mes
parents m'ont appris à préserver les mœurs et coutumes vietnamiennes
ainsi que notre langue maternelle. Ce sont mes racines," conclut-il.
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Hévéaculture : accélérer la réalisation des projets à l'étranger
Avec l'objectif de développer 200.000 ha d'hévéa au Laos et au
Cambodge vers 2010, le Groupe d'industrie du caoutchouc du Vietnam
accélère désormais la mise en oeuvre de ses projets sur la culture de
cet arbre industriel.
Au premier semestre, le Groupe d'industrie du caoutchouc du Vietnam a
réalisé un chiffre d'affaires de 3.875 milliards de dôngs, le cours
mondial de cette matière première étant de l'ordre de 2.000 dollars la
tonne. Àdire d'experts, les besoins mondiaux en caoutchouc devraient
encore augmenter dans les temps à venir. La Chine, les États-Unis et
la Russie continueront d'être les premiers clients du caoutchouc
vietnamien.
Jusqu'ici, le Groupe d'industrie du caoutchouc du Vietnam a conclu
plusieurs contrats d'exportation de longue durée avec leurs clients
traditionnels, qui totalisent environ 176.000 tonnes. Il a mis encore
en chantier plusieurs usines de traitement du latex, dont une à Ngoc
Hôi dans la province de Kon Tum au Tây Nguyên (hauts plateaux du
Centre), sans compter le projet de rénovation de l'usine Eah' Leo,
d'une capacité annuelle de 4.500 tonnes. Le développement de
l'hévéaculture dans les provinces du Nord et l'élargissement de la
superficie de cette plante industrielle à l'étranger font partie aussi
d'une stratégie de long terme de ce groupe.
Laos et Cambodge, 2 adresses pour l'hévéa vietnamien
Le Groupe d'industrie du caoutchouc du Vietnam a déployé au total 5
projets de l'hévéaculture sur une superficie totale de 58.600 ha dans
les provinces lao de Champassak, Saravane, Sékong et Attapeu, pour un
investissement total de 1.240 milliards de dôngs. À l'horizon 2010, il
entend planter 100.000 ha dans les provinces du Sud et du Centre du
Laos ainsi que sur une partie du haut plateau lao de Boloven.
La Compagnie du caoutchouc Viêt-Lào, qui a déjà planté 7.430 ha
d'hévéa au Laos, prévoit également d'augmenter ses plantations de
1.500 ha. Selon les prévisions, ce projet à 100% capital vietnamien
concernant la culture de 10.000 ha s'achèverait avec 2 ans d'avance
par rapport au plan prévu. Pour sa part, la compagnie par actions
Quasa Geruco a réservé au Laos, environ 1.000 ha pour cette culture et
700 autres ha pour la culture du cassier. Quant à la Compagnie par
action du caoutchouc Chupah-Hoàng Anh Gia Lai, elle vient de débuter
son projet de plantation de 500 ha d'hévéa. En général, le montant
total des investissements dans la plantation de l'hévéa au Laos se
chiffre à environ 49 millions de dollars. Ces projets ont créé
l'emploi à plus de 4.000 personnes.
Au Cambodge, le Groupe d'industrie et du caoutchouc du Vietnam vient
d'ouvrir un bureau de représentation pour d'assister ses 9 compagnies
membres à réaliser leurs projets. En vertu d'un accord
intergouvernemental, l'hévéa sera cultivé sur environ 100.000 ha dans
ce pays. À ce jour, ce pays a attribué à 2 de ces compagnies
vietnamiennes quelque 9.000 ha à cette fin.
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Le dynamisme des Vietnamiens du Laos
Le Laos est actuellement considéré comme un nouvel eldorado pour les
milieux d'affaires vietnamiens. La communauté Viêt kiêu du Laos,
particulièrement dynamique, a beaucoup contribué à resserrer les liens
économiques, culturels et amicaux entre les 2 pays.
Au départ de Hô Chi Minh-Ville, un vol direct à destination de
Vientiane ne dure que quelques dizaines de minutes. Cependant, les
opportunités de faire des affaires au Laos ne sont pas concentrées
seulement dans sa capitale mais aussi dans presque toutes ses
provinces. Pas étonnant que les portes-frontalières des provinces
vietnamiennes du Centre et du Nord sont particulièrement fréquentées.
Des milliers de Vietnamiens y font la queue pour tenter leur chance au
Laos.
Chaque jour, la nationale 9 reliant la province vietnamienne de Quang
Tri (Centre) au Sud du Laos est empruntée en moyenne par une vingtaine
d'autocars et camions chargés de marchandises des localités du Centre
comme Dà Nang, Thua Thiên-Huê, Quang Tri... Destination : Vientiane,
Pakse, Savannakhet... En car, il faut près de 36 heures pour aller de
Dà Nang à Vientiane, avec un arrêt nocturne à la porte-frontière de
Lao Bao (Quang Tri). Trajet d'un millier de kilomètres, mais prix du
billet plutôt raisonnable : 200.000 dôngs. "Un tarif qui convient bien
aux Vietnamiens, surtout aux petits hommes d'affaires", fait remarquer
Lê Viêt Hung, de Dà Nang, fournisseur de la plupart des grandes
bijouteries de Vientiane, tenues essentiellement par des Vietnamiens.
En une dizaine d'années de vie au Laos, il est devenu un commerçant
réputé.
Ces derniers temps, le nombre de Vietnamiens partis tenter leur chance
au Laos a fortement augmenté. Facteurs favorables : les grandes villes
du Laos ne sont qu'à quelques centaines de kilomètres des provinces du
Centre ; les voies de communication comme les nationales 8 et 9 sont
bonnes ; environ 30% des Lao connaissent le vietnamien, voire 40% à
50% dans les localités frontalières ; et la plupart des fonctionnaires
lao peuvent communiquer en vietnamien.
Selon des chiffres officiels, il y a environ 50.000 Vietnamiens vivant
et travaillant au Laos. Mais en réalité, ils devraient être beaucoup
plus nombreux. Le Vietnam compte 34 projets d'investissement au Laos,
d'un capital global d'une trentaine de millions de dollars, notamment
dans la construction de routes, d'écoles et d'habitations,
l'hydraulique, la fabrication de matériaux de construction, les
transports et le tourisme. En particulier, 2 autres grands projets
vietnamiens, d'une valeur réunie de près de 300 millions de dollars,
sont en cours d'expertise. L'un porte sur la construction d'une
centrale hydroélectrique à Xekaman et l'autre sur la plantation de
10.000 ha d'hévéas.
Des "Little Vietnam" un peu partout
Malgré leur ignorance de la langue lao, les touristes vietnamiens
n'ont pas de soucis à se faire car, à tout moment, ils peuvent
rencontrer leurs compatriotes. Les Vietnamiens, omniprésents au Laos,
s'installent même en quartiers à eux aux noms évocateurs comme "la rue
de Dà Nang" ou "le village de Huê".
"Au Laos, les Vietnamiens sont présents dans tous les marchés,"
observe Nguyên Van Dinh, originaire de la province de Quang Nam
(Centre), conducteur de tuk tuk à Vientiane depuis 3 ans. Connaissant
la capitale lao dans les coins et sympathique, il gagne près de 5
millions de dôngs par mois.
Sur les marchés les plus importants, la plupart des grands étals
appartiennent à des Vietnamiens. Dao Heuang, le plus grand marché du
Sud du Laos, a été récemment construit au centre de Pakse (province de
Champassak), financé par une Viêt kiêu , Lê Thi Luong. Ses commerçants
sont essentiellement des Vietnamiens.
C'est aussi le cas du marché de Sáng, dont le nom en lao est Talat Sao
, où les clients peuvent marchander en vietnamien comme s'ils étaient
au marché de Bên Thành à Hô Chi Minh-Ville. Selon Nguyên Thi Nhung,
proprié-taire d'un stand d'objets en plastique, la partie Ouest
regroupe des Vietnamiens originaires de Quang Nam-Dà Nang, celle de
l'Est est le domaine de Viêt kiêu de Thua Thiên-Huê (Centre), tandis
que les commerçants originaires des provinces du Nord se partagent le
fond du marché.
À Vientiane, beaucoup d'hôtels connus (Chaleunxay, Khamkhoun,
Saysomboun…) appartiennent à des Vietnamiens. Il en est de même pour
des villas cossues, maisons à étages imposantes et magasins renommés
implantés le long des grands axes comme FaNgum, Samsenthai,
Phomvihane... "Au Laos, les 2 tiers des hôtels et restaurants
appartiennent à des Vietnamiens ou ont été construits financièrement
en partie par eux," fait savoir Lê Van Thành, qui a investi dans la
construction de 5 hôtels à Vientiane et à Pakse.
Trân Thi Huê, présidente de la communauté vietnamienne de Vientiane,
reconnaît que le chiffre de 6.000-7.000 Vietnamiens résidant dans la
capitale du Laos ne con-cerne que ceux qui y vivent depuis longtemps,
mais ne tient pas compte des arrivées massives de ces dernières
années. Chaque ville ou province lao héberge maintenant des quartiers
vietnamiens, surnommés "Little Vietnam". Depuis plus d'un an, le long
d'une des artères principales de Pakse apparaît un quartier de ce
type, avec une dizaine de cafés gérés par des Vietnamiens.
Le hameau Viêt kiêu de Nhà Dèn, aussi à Pakse, abrite des familles
vietnamiennes vivant au Laos depuis 20 à 40 ans. Tous, adultes et
enfants, s'entretiennent en vietnamien. Et leurs maisons portent aussi
l'empreinte architecturale de leur pays d'origine. Selon Nguyên Van
Minh, qui vit au Laos depuis une quarantaine d'années, Pakse compte 7
hameaux vietnamiens avec près de 1.000 foyers, surtout originaires des
provinces de Thua Thiên-Huê, Quang Binh (Centre), Nam Dinh et Ninh
Binh (Nord). "Nous préservons nos coutumes et notre langue maternelle
comme si nous étions dans le pays," affirme M. Minh, heureux
propriétaire de 2 restaurants de pho et d'un magasin de matériaux de
construction dans la province de Champassak.
Selon Doàn Huu Dâu, président de l'Association des Vietnamiens de
Champassak - la province qui regroupe le plus grand nombre de
Vietnamiens du Laos -, plus des 2 tiers des familles vietnamiennes ici
peuvent être considérées comme aisées. "Ces dernières années, nous
avons pu constater un afflux de Vietnamiens désireux de travailler au
Laos, d'où la naissance de plusieurs +Little Vietnam+ à Champassak,"
explique-t-il. Pour Trân Thi Hà, originaire de la province de Quang
Nam (Centre), propriétaire d'un restaurant à Pakse depuis près de 4
ans, "l'important est de conserver l'entraide et la solidarité qui
existent entre les membres de la communauté vietnamienne de l'étranger".