Alors qu'il n'était point attendu au départ et qu'il n'était pas, non
plus, donné favori au moment du dépouillement des offres des
différentes candidatures, voilà que Sudatel gagne la licence globale de
télécommunications. Pour cela, il a fallu à l'opérateur de décaisser
100 milliards de nos francs. Parmi les trois opérateurs qui étaient en
lice, Sudatel a été le meilleur disant, Celtel et Bintel ayant
respectivement proposé 52 milliards et 75 miliards d'offres
financières. Ayant été floué par le passé, dans l'attribution de la
deuxième licence de téléphonie mobile, l'Etat a cette fois-ci, pris les
devants en se montrant très regardant sur l'offre financière.
D'ailleurs, celle-ci a été le critère de sélection le plus déterminant
(60 %), le critère technique n'occupant que 20 %, de même que celui
juridique. En plus de faire la meilleure offre financière, Sudatel se
propose de verser, dès que le décret d'attribution sera signé, le
montant total dans les caisses du Trésor public. L'Etat sénégalais a
préféré cette proposition plutôt que celle de Celtel qui était,
pourtant, favorite pour gagner la deuxième licence. L'opérateur de
télécommunications danois ne faisait, non seulement, pas le poids face
à son concurrent, mais elle s'engageait à payer de manière fractionnée
le montant qu'il a proposé, soit sur cinq années. Or, ayant fait ses
calculs, l'Agence de régulation des télécommunications et des postes,
s'est rendu compte qu'en acceptant cette proposition, l'Etat pourrait
se retrouver perdant. Car, argue-t-on, dans cinq ans, les 52 milliards
proposés par Celtel pourraient se retrouver en deçà avec les
dépréciations possibles du dollar. En plus de cet avantage sur ses
autres concurrents, Sudatel aurait une assise financière internationale
imposante.
Les différents cabinets commis pour y enquêter auprès de
banques étrangères l'ont confirmé. ‘Le travail a été fouillé, on a
vraiment pris le temps d'en savoir plus sur l'opérateur', confie une
source digne de foi. A cela s'ajoute, le fait que, d'après le directeur
général de l'Artp, Sudatel est côtée en bourse sur la place financière
à Dubaï et dans d'autres pays arabes. Du côté de l'Artp, l'on soutient
par ailleurs, que dans aucun des pays où il officie dans la
sous-région, Sudatel n'a fait une offre financière supérieure à 30
milliards. ‘Donc, c'est une aubaine pour l'Etat Sénégalais',
exulte-t-on au niveau de l'Artp. A côté de ce renflouement des caisses
de l'Etat, l'agence régulatrice sénégalaise a obtenu du nouvel
opérateur l'engagement de proposer un modèle tarifaire abordable et
d'améliorer considérablement l'acquisition des terminaux. A en croire
donc Sudatel, les consommateurs sénégalais peuvent envisager l' avenir
sous de meilleurs auspices. En outre, c'est environ 1 500 emplois que
le dernier arrivant dans le domaine des télécommunications compte créer
au Sénégal.
Soucieuse de booster le secteur des télécomunications
grâce à une technologie de pointe, l'Agence de régulation, soutient-on,
a été, également, exigeante par rapport à l'offre technique. C'est
ainsi que la technologie de troisième génération proposée par Sudatel a
été déterminante dans son choix. Ladite technologie prendra en charge
aussi bien les besoins actuels que futurs et contribuera à un rapide
déploiement du nouveau réseau . Sudatel entend être opérationnel au
Sénégal en janvier 2008. Du côté des responsables de cet opérateur,
l'on assure que ‘Sudatel utilise une technologie de pointe en matière
de téléphonie mobile'. Celle-ci dite de troisième génération ‘est plus
avancée et elle est surtout prisée, depuis quatre ans, dans les pays
développés tels que les Etats-Unis et le Japon', en plus d'être
différente du réseau Gsm.
Si Bintel s'est classé dernier alors que son offre
financière (75 milliards) est supérieure à celle de sa devancière
immédiate, en l'occurrence Celtel, c'est que, confie-t-on, elle n'a pas
une expérience avérée en matière de télécommunications. ‘Elle est
novice en la matière', soutient-on. Selon notre source, le malheureux
opérateur faisait plus, jusqu'à une période récente dans d'autres
activités telles que les infrastructures routières.
Dans l'attribution de la nouvelle licence, le gouvernement
du Sénégal a obtenu de la part du nouvel opérateur que ‘15 % des
actions soient directement réservées au secteur privé national'. Cette
contrepartie dans la transaction est conforme, soutient-on, ‘aux
décisions prises par le président de la République lors de la tenue des
assises en juillet 2004 sur la libéralisation du secteur des
télécommunications où il invitait les nationaux à entrer dans
l'actionnariat du nouvel opérateur'.
Sudatel : Fiche signalétique et faits d'armes
L'heureux gagnant de la nouvelle licence globale est l'héritier de
l'opérateur historique soudanais. En 2005, il comptait 774 000 abonnés
et détenait 62 % des parts de marché sur le réseau de lignes fixes. Son
objectif , soutient-on, est d'être un acteur majeur dans les réseaux de
fibre optique au niveau de l'Est et du centre de l'Afrique et de
trouver des relais de croissance.
Sudani, la filiale mobile de Sudatel opère avec un réseau
troisième génération (3G) avec le standard Cdma et vient d'atteindre le
seuil des 2 millions de clients.
Compétent dans la fourniture d'accès à Internet, Sudatel
sert, à travers ses différentes filiales, 56 % de la demande dans ce
domaine au Soudan. Dans ce pays, tous les opérateurs en Tic dépendent
de lui pour la fourniture d'infrastructures.
Après la privatisation de Sudatel en 1994, l'Etat
Soudanais a peu à peu cédé ses parts, il n'en détient plus que 21 %
aujourd'hui. Et parmi les partenaires de Sudatel qui détiennent une
part du capital se trouve Etisalat, l'opérateur historique des Emirats
Arabes Unis.
Sudatel représente 60 % du volume des transactions à la
bourse de Khartoum. Il est aussi côté à Bahreïn, à Dubaï et Abu Dabi.
Avant le Sénégal, Sudatel a obtenu une licence en Mauritanie avec une contrepartie financière de 25 milliards de Fcfa.
Deux poids deux mesures
Hier, face à la presse, les autorités de l'Artp ont reconnu sans
ambages avoir donné la priorité, dans l'attribution de la deuxième
licence globale, à l'offre financière. C'est dire que l'offre technique
est, à leurs yeux, moins importante. Pourtant, lorsqu'il s'était agi de
choisir le partenaire stratégique pour le terminal à container, l'Etat
avait jeté son dévolu sur Dubaï Ports World au détriment du Groupe
Bolloré sous prétexte que l'offre technique de ce dernier ne faisait
pas le poids. En cédant le sésame à 100 milliards, il est vrai que
l'Etat va bien se sucrer. Mais, que gagneront les consommateurs
sénégalais dans cette transaction ? N'avait-on pas opté pour la
libéralisation du secteur des télécommunications en vue d'améliorer les
produits offerts aux consommateurs ?
Aujourd'hui, avec les désagréments notés régulièrement
dans les réseaux, le vœu des Sénégalais est de voir leur quotidien
amélioré dans le domaine de la téléphonie. Si Sudatel ne garantit pas
cela, cela veut dire que l'on jette, de nouveau, l'argent du
contribuable par la fenêtre au profit d'affairistes sans foi ni loi.