De : "andre.brunstein" <andre.brunstein@...>Date : 9 janvier 2007 07:54:24 HNECÀ : <Undisclosed-Recipient:;@...>Objet : 500 000La vie demain – Tragédie ou harmonie ?
Le Parisien du 8/01/07
Cancers professionnels : 500 000 salariés en danger
« Dix bombes sanitaires à retardement »
Anne Thebaud-Mony, chercheuse à l’INSERM, spécialiste du suivi des cancers d’origine professionnelle.
Que pensez vous du chiffre de 500 000 salariés exposés à ce risque, révélé par l’étude de l’INRS ?
Anne Thebaud-Mony (ATM) - Ce chiffre me paraît très significatif. On sait maintenant que , en dehors de l’amiante, le cancérogène le plus connu, il existe toute une série d’agents chimiques cancérogènes, encore beaucoup trop utilisés aujourd’hui. C’est le cas dans l’industrie chimique, la métallurgie, la construction des routes. Des protections existent souvent sur des chaînes de montage, mais lorsqu’il faut les nettoyer, les équipes d’intérimaires prennent les agents chimiques en pleine figure. De même sur les routes, les ouvriers qui passent le goudron sont surexposés au risque du cancer. Les femmes de ménage et les agents d’entretien respirent trop de polluants toxiques.
Les agents chimiques que l’on retrouve dans certaines industries jouent-ils un rôle important dans le développement des cancers ?
ATM – Oui. Leur influence est très importante et encore largement sous-estimée. J’estime qu’un cancer sur deux est provoqué par un agent chimique rencontré dans l’environnement professionnel. Ces polluants sont l’équivalent de dix amiantes à venir. Dix bombes sanitaires à retardement. Ils vont faire de très nombreux morts dans les prochaines années.
Comment en êtes vous sûre ?
ATM – Notre équipe de chercheurs du SCOP 93 suit justement le nombre de cancers d’origine professionnelle dans le département de Seine Saint-Denis. Sur les 600 dossiers que nous avons examinés depuis quatre ans, 80% des personnes ont été exposées à des cancérogènes. Et 100 de ces cas ont été officiellement classés en maladies professionnelles par les caisses de Sécurité sociale. De notre point de vue ces caisses de Sécurité Sociale les sous-détectent.
Mais par quels moyens arrivez-vous à ces chiffres ?
ATM – Nous avons un partenariat avec trois hôpitaux de la région (Avicenne, Montfermeil et RobertBallanger). Cela nous permet de recueillir le détail de cancers déclarés dans ces hôpitaux, dont les localisations cancéreuses peuvent théoriquement être liées à des polluants professionnels, en particulier les tumeurs des poumons, de la vessie des reins, du larynx, des sinus, de la plèvre et les leucémies. Puis nous interrogeons les malades pour connaître leur parcours professionnel, afin de repérer s’ils ont pu être exposés à tels ou tels polluants. Nous savons que dans la construction mécanique on trouve des solvants chlorés cancérogènes. Des toxicologues et des médecins du travail étudient leurs parcours professionnel et rendent une expertise permettant de dire si, en fonction de la durée d’exposition au polluant on peut parler d’un cancer d’origine professionnel.
Un salarié exposé à un agent chimique CMR (cancérogène, mutagène ou reprotoxique) est-il forcément en danger ?
ATM – Cela dépend de la dose et de la durée d’exposition, mais il est évident que ces produites CMR, quelle que soit leur dose, sont très dangereux pour l’homme. C’est même pour cela que les scientifiques les qualifient de CMR ! Il faudrait qu’à chaque fois, le salarié soit au courant quand il est confronté à ce type de produit dans son univers professionnel. Sinon nous allons reproduire dans quelques années, le drame de l’amiante, ou trop d’acteurs n’ont rien voulu voir pendant trop longtemps.
Malheureusement en France il y a un déficit énorme d’information sur les sujets, par les branches d’entreprises et par les pouvoirs publics. La réglementation actuelle qui prévoit pourtant l’information des salariés, est trop appliquée.
Produit
Nombre de salariés exposés
Principaux secteurs d’utilisation
Dichloroéthane
5600
Chimie – Pharmacie (Fabrication de médicaments
Chlorure de Vinyle
1300
Chimie (Plastiques et PVC)
Benzène
35500
Produits pétroliers (solvants chimiques)
Butadiène
2200
Chimie (caoutchouc synthétique – nylon)
Monoxyde de carbone
Pas de données
Tous secteurs
Oxyde d’éthylène, oxirane
1300
Chimie (détergents)
Formaldéhyde
42000
Textile, bois, pharmacie (Panneaux de bois, textiles, cuirs
Chlorométhane
620
Chimie (colles et peintures)
Phénol
4000
Produits chimiques
Toluène
115000
Encres d’imprimerie