BEL ANNIVERSAIRE D’EGLISE-WALLONIE
De sa 8e journée de réflexion qui marquait ses 25 ans d’activités, le
mouvement Eglise-Wallonie avait annoncé qu’il y consacrerait un de ses
bulletins trimestriels. Mais il lui faudra au moins une brochure pour
répercuter les apports des intervenants et participants à sa journée
anniversaire.
C’est à Namur, lieu de sa création en novembre 1983, que le mouvement
Eglise-Wallonie a fêté son premier quart de siècle d’activités. En
présence de Mgr Warin, évêque auxiliaire de Namur, membres et sympathisants
ont approfondi la conjonction entre trois éléments : être chrétiens,
wallons, aujourd’hui. Mais en partant de ce qui a été réalisé en 25 ans.
Ainsi, rappel a d’abord été fait des livres, cahiers, dossiers et bulletins
qu’Eglise-Wallonie a réalisés ou édités avec d’autres. Ont aussi été
signalés le site internet www.eglise-wallonie ouvert en 2007 et le forum de
discussion électronique. Ce dernier a, en effet, diffusé depuis 2002 plus de
1300 envois quasi quotidiens contenant, habituellement et d’origines diverses,
plusieurs messages sur des enjeux de société et les relations entre adeptes
des diverses convictions religieuses et philosophiques. De même, il a été
relevé que ces problématiques ont aussi été abordées lors des journées de
réflexion et dans les interventions du mouvement qui ont appelé les pouvoirs
publics, autorités religieuses et individus à construire une Wallonie à la
fois responsable de son développement et ouverte, y compris à travers le
fonctionnement des institutions politiques et religieuses.
Mais la journée de réflexion 2009 d’Eglise-Wallonie a surtout été marquée
par l’écoute des contributions d’invités.
Ainsi, une approche socio-économique de la Wallonie a été développée par
Jean-François Husson, secrétaire général du Centre Interuniversitaire de
Formation Permanente (CiFoP) et des Congrès des Economistes belges de langue
française. Des constats qu’il a présentés en détails, avec recul et aussi
humour, ainsi que d’une invitation à aller voir ailleurs, l’orateur a tiré
la conclusion que la priorité doit être donnée à la gouvernance et à des
investissements à poursuivre et à développer dans les domaines économique,
social et éducatif. Dans ce contexte, il a mis l’accent sur le capital humain.
En complément à cet exposé, Joseph Pirson, directeur d’un établissement
d’enseignement, a souligné le besoin de penser l’enseignement obligatoire et
non obligatoire d’une manière globale, ainsi que celui de voir quels types de
regroupements il convient de promouvoir pour éviter que la pilarisation à la
belge ne soit remplacée par la marchandisation du secteur.
Secrétaire générale de l’Action Chrétienne Rurale des Femmes (ACRF),
Brigitte Laurent s’est basée à la fois sur une récente enquête réalisée
par son mouvement et sur les valeurs portées par l’Evangile pour attirer
l’attention sur la précarisation des femmes qui se manifeste tout
particulièrement en milieu rural dans les cas des femmes seules avec enfants à
charge, des femmes aux emplois précaires ou à la recherche d’un emploi.
Quant à M. Tryphon Mubanga, arrivé du Congo dans les années ’80, il a
partagé quelques questions qu’il se pose à partir de sa participation à la
vie de l’Eglise chez nous, dont celles relatives à la chute de la pratique
religieuse et aux rapports entre les membres du clergé, africains compris, et
les fidèles, en relevant que « quand le prêtre déborde, l’église se vide
».
Relevant les évolutions intervenues durant les dernières décennies dans notre
société et notamment le fait que l’Eglise catholique et même le
christianisme sont désormais critiqués ou ignorés, Jean Pirotte, professeur
émérite d’histoire à l’UCL, a considéré comme question importante celle
de voir comment témoigner de l’Evangile au sein du peuple wallon. Tout en
notant qu’il n’est pas possible de régler tous les problèmes globaux dans
cette cellule du monde qu’est la Wallonie, il a estimé qu’il serait possible
et important - notamment de la part de l’Eglise - d’y tenir un langage prenant
en compte les droits de l’homme, la dignité et l’égalité des femmes, ainsi
que le dialogue interculturel.
Auteur dramatique et athée, Jean Louvet a constaté avec plaisir que le 25e
anniversaire d’Eglise-Wallonie coïncidait quasiment avec celui du Manifeste
pour la culture wallonne auquel ont adhéré tant des incroyants que des
croyants, du fait que la question régionale a rapproché des Wallons de
diverses convictions. Mais il a souligné la méconnaissance existant d’un
côté comme de l’autre à propos de l’histoire politique et religieuse ainsi
que de la culture de la Wallonie. Cependant, pour lui, il va falloir retrouver
ensemble les fondements d’une croyance face au Dieu ou plutôt au faux Dieu
qu’est désormais le Marché.
Sur base des diverses interventions, les participants ont relevé les enjeux et
actions à considérer comme prioritaires.
En ce qui concerne les institutions politiques et ecclésiales, il a été
souligné le besoin de combler le fossé qui s’est creusé entre les
décideurs et les citoyens ou fidèles, ainsi que celui de développer une
éducation et une formation dans les domaines politique et religieux. Et cela,
en ce et y compris au sujet de l’adaptation des institutions au plan de la
Wallonie, mais aussi au niveau de l’Europe, de la Belgique, des provinces et
des diocèses. De là le rôle que peuvent avoir des mouvements et groupes,
même modestes, comme Eglise-Wallonie, pour envoyer des messages favorisant le
débat.
Du point de vue économique, ont été retenus comme enjeux majeurs la
responsabilisation des gens et l’inclusion sociale générale - dont celle des
jeunes - dans le premier monde qu’est celui du travail. De là des actions à
mener pour tous les âges en matière de formation et d’éducation ainsi que
pour favoriser l’adaptation des personnes.
Du point de vue culturel, doit être comblé le déficit constaté à l’égard
de la conscience wallonne face à l’avenir de l’autonomie et des compétences
de la Région. Soit un enjeu à rencontrer notamment en accentuant l’action
d’Eglise-Wallonie à la base. Ont aussi été relevées comme importantes les
relations à avoir avec l’autre, flamand, bruxellois, étranger, ainsi que
l’option pour les pauvres avec ses implications dans divers secteurs de la
société (économie, santé, enseignement).
Au nom d’Eglise-Wallonie, son président, Luc Maréchal, a remercié
intervenants et participants pour tous les apports que le mouvement devra
prendre en compte afin de rencontrer la « sainte trinité » formée de la
fidélité à l’Evangile, de la philosophie des Lumières et d’une analyse
critique de l’actuelle société capitaliste.
La célébration du 25e anniversaire d’Eglise-Wallonie a encore été marquée
par un mélange de « poignées de terre » apportées de différents coins de
Wallonie, de Bruxelles et de Bolivie. Ce mélange a été accompagné par trois
lectures : celle d’un poème sur ce geste symbolique offerte par son auteur,
Joseph Dewez, président du cercle royal littéraire dialectal des Rèlis
Namurwès, celle d’une prière attribuée à Pierre Harmegnies, prêtre montois
tué par les Rexistes, lue par Jean Louvet et celle de la prière pour la
Wallonie faite par son coauteur Jean-Emile Humblet, président-fondateur du
Mouvement jubilaire.
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