Trouver du sens et en donner, à tous les âges.
Ces termes sont le fil conducteur du bref mot d’accueil que je vous
adresse à propos des quatre raisons de mon invitation :
Trois ans à Louvain-la-Neuve :
Mon choix ne fut pas dû au hasard quand j’ai décidé de quitter Genval où
Françoise et moi avions passé quarante-trois années, d’abord avec nos enfants,
c’est-à-dire les trois-quarts de notre vie conjugale.
Nous dominions la vallée de la Lasne inspiratrice quotidienne d’une
écrivaine associant à son beau jardin des mots, l’union à la nature.
C’est là que nos lourdes épreuves ont trouvé du sens puisque Françoise
s’est investie dans la solidarité avec d’autres parents désenfantés.
C’est là aussi que la municipalité a su assurer son souvenir en baptisant de son
double nom un chemin rural voisin.
Louvain-la-Neuve ?
Ottignies, la Dyle, les betteraves, mais bientôt le cyclotron.
Le fruit du divorce de Leuven-Louvain où j’ai étudié dans trois facultés ; (deux
sont représentées ici, n’est-ce pas cher Léon, cher Gilbert, cher Jean) et
enseigné dans l’une, mais surtout où j’ai dû dans un pays occupé prendre des
risques « être insoumis » (1).
Leuven est devenu aussi le lieu de l’intolérable « Walen buiten » à cause de la
forme et de la manière dont cela s’est passé ;
« Il faut pardonner sans oublier » dixit le cher Paul Lévy (l’oublie-t-on
aujourd’hui ?)
Pourtant dans les années 60, les Professeurs Maisin et Bailleux (2) du
côté wallon et Dorine du côté flamand, négociaient discrètement dans la dignité
un départ devenu inéluctable comme l’a prouvé entre autres la fédéralisation de
la Belgique en 1980.
Là aussi, le mal a eu du sens en conduisant grâce à un dur labeur au
Louvain-la-Neuve d’aujourd’hui et à ses retombées sur le Brabant wallon.
Le lieu où nous sommes, ce lieu, ce bâtiment, datant de 20 ans, sont un symbole
pour la jeunesse de Wallonie comme l’a bien compris notre
municipalité en le baptisant : Cortil du Coq hardy, et plus tard en me
reconnaissant une citoyenneté d’exception.
Merci aux édiles d’hier et d’aujourd’hui ici présents en cette Fondation qui,
elle aussi prouve que du mal peut naître du bien : les noms des deux jeunes gens
disparus, Pierre-Marie et Jean-François Humblet, plus qu’un rappel de projets
brisés, marquent une volonté de renaissance, sont un appel à l’espérance qui
interpelle les jeunes Wallons.
L’édifice a également du sens comme affirmation wallonne nécessaire aux
étudiants de la nouvelle Université ; le Recteur Macq me l’a déclaré.
Enfin, une opération de pointe au coeur, bien réussie.
Une occasion de plus, d’apprécier des comportements amicaux ;
aussi réflexion sur les progrès exponentiels de la science médicale,
(n’est-ce pas Jacques et Françoise ?) avec les défis éthiques et sociaux qui
l’accompagnent (certains ne pouvant pas se payer des traitements et des
médicaments récents).
Pour moi, quel sens donner à une vie prolongée ?
C’est clair, pas : « attendre » mais garder la ligne que je me suis tracée à 14
ans.
Telle est la voie de mon quatrième âge.
Merci à Sylvain pour son accompagnement au saxo, instrument bien de chez nous ;
il n’est pas supérieur à un Stradivarius mais c’est un trait d’une identité
nécessaire !
Merci à tous d’être là ;
E T N U N C G A U D E A M U S I G I T U R !
Jean-E. Humblet, Louvain-la-Neuve, le 2 mai 2009
(1) Etre à la tête du refus du travail obligatoire de centaine
d’étudiants, et ensuite membre du mouvement : Insoumis de Résistance
armée.
(2) En contact avec le bureau de Rénovation wallonne dont je faisais partie.