Vendredi 22, à 20H30: "Hygiène de vie et alimentation de la femme
enceinte: apport de la naturopathie en complément de la surveillance
médicale classique."
Dimanche 24: Atelier 20: Thérapies et hygiènes de vie: les alternatives.
Deux occasions manquées d'exercer son esprit critique.
La première, parce que Philippe et Chantal Dargère n'ont laissé ni le
temps ni l'espace pour cela. Dans leur approche de la santé, le
risque zéro fait place à l'assurance 100%: le bonheur et la santé
sont à portée de main. Faire ceci, ne pas faire cela, voici la
recette. Pas de questionnement dans cette approche de la
naturopathie, mais des certitudes: l'hygiène de vie a ses règles
(édictées depuis combien de temps?) et il suffit de les suivre pour
voir sa vie fleurir. Parmi ces règles, le crudivorisme, présenté
comme une nourriture d'aliments "vivants" (qu'est-ce que la viande
vivante d'un animal mort, je ne le sais pas), en opposition avec les
aliments cuits, qui seraient "morts".
La seconde occasion manquée s'est passée lors de l'atelier 20. Sur
le moment, je n'ai pas compris qu'Alain Rousseaux désaprouvait les
propos des deux élèves de Dargère (pardon, je n'ai pas retenu leurs
noms), mais qu'il avait pris le parti de ne pas les contrecarrer pour
différentes raisons. Parmi ces raisons, celle de ne pas faire
éclater, à l'occasion des EGN, les divergences profondes entre écoles
naturopathes - qu'il me corrige si je retranscris pas tout à fait
notre conversation du soir même.
Argumenter directement avec les élèves m'a paru impossible, car ils
exprimaient leurs convictions, et non des idées prêtant à discussion.
Je me suis bien reconnue en eux quand vers l'âge de 18 ans j'avais
des convictions (émotionnelles?) sur la naturopathie, balayant d'un
revers de main les précautions, les relativités, les prudences. Mais
mon point de vue n'allait pas plus loin que la famille et l'entourage
proche (qui ne se gênait pas pour me renvoyer à mes platesbandes - la
danse). Je ne faisais ni consultations, ni conférences, ni articles.
Dire en public que la chimio contre le cancer "rend malade", avec
tous les sous-entendus possibles, sans circonstancier et relativiser
ce propos, est un dérapage inadmissible dans cet atelier et encore
plus dans le cadre des EGN.
Pour répondre aux élèves, je m'adressais donc à Alain, souhaitant le
faire réagir, ce qui n'a rien donné bien sûr pour les raisons
évoquées plus haut. Je pensais que les trois intervenants étaient de
la même école, et simplement qu'Alain Rousseaux, étant plus
expérimenté, avait un discours plus rodé et prudent. En même temps,
je voyais bien qu'il n'y avait rien de commun entre les deux
approches. J'étais perdue et me suis assez vite tue. Je me le suis
aussitôt reprochée après l'atelier, face au dérapage en question (qui
ne dit mot consent) et aux propos angéliques et racoleurs qui ont
fusé ici ou là (par exemple, une participante:"je connais le remède
naturel quand on a un problème de thyroïde, je peux vous le dire").
Il me reste à comprendre en quoi la naturopathie est liée, ou pas, au
magnétisme, au décodage biologique, et au rebirth, tous les trois
évoqués. Les praticiens de ces thérapies alternatives qui sont
intervenus avaient l'air en terrain connu avec la naturopathie, comme
s'ils faisaient tous partie de la même grande famille, érigée en
concurrente de l'allopathie.
Pourtant Alain Rousseaux a fait une distinction très nette entre ce
qui est du domaine de la naturopathie et ce qui ne l'est pas. Il a
parlé de "crise de guérison", de symptômes positifs pour l'organisme,
que l'on peut aider par la naturopathie. J'aurais aimé entendre ou
lire dans son texte (cf les ressources de l'atelier) le terme de
"bénin" (dictionnaire: doux, bienveillant, sans gravité) associé aux
symptômes qui concernent la naturopathie d'aujourd'hui selon lui.
Quoi qu'il en soit, ces symptômes sont à distinguer des maladies
dégénératives ou mortelles, domaine par excellence de l'allopathie.
Distinction que ne fait pas le décodage biologique, par exemple, qui
prétend pouvoir tout soigner par le psychologique.
Alain Rousseaux mentionnant la semi-illégalité dans laquelle se
trouvaient les naturopathes, j'ai demandé pourquoi les praticiens ne
se contentaient pas de la "naturo" et tenaient tant à la "pathie".
Comme toujours avec l'oral, je vais trop vite et brûle les étapes.
J'aurais dû introduire ma question en disant qu'étant donné qu'il se
place du côté des symptômes d'autoguérison, la question se pose de
l'utilité même des thérapeutes.
Des termes comme "hygiéniste" ou plus récemment "harmoniste" (adopté
par Raymond Dextreit) conviennent mieux, il me semble, même s'ils
datent. Ils soulignent le côté domestique de ces savoirs, où
l'expertise est partagée entre le soignant et le soigné.
L'hygiéniste ou l'harmoniste sont des conseillers, avec lesquels le
client s'entretient.
Dans une approche holistique de la santé qui utilise les ressources
et stratégies "naturelles", les recommandations sont individualisées
et la personne doit se prendre littéralement en mains. Elle est
actrice de sa guérison, ce qui la distingue du patient qui prend
sagement ses médicaments formatés pour le plus grand nombre.
Appliquer de l'argile, faire des enveloppements ou jeûner demandent
un doigté et une écoute des sensations, en plus des connaissances
requises des méthodes. A l'opposé, prendre un anti-inflammatoire ne
requiert que de savoir ouvrir la bouche et avaler une pilule. En
cela, un naturopathe qui se contente de prescrire des huiles
essentielles ou des pilules de plantes avec quelques conseils
élémentaires d'hygiène de vie ne diffère en rien d'un allopathe.
Ma question suivante essayait de fournir un angle de vue
complémentaire: la naturopathie tient-elle compte de l'effet placebo?
Si l'on fait appel en naturopathie aux capacités d'autoguérison, que
fait d'autre l'effet placebo? L'effet placebo est par excellence la
démonstration du pouvoir d'autoguérison de l'organisme. L'étudier et
le reconnaître dans une approche de la santé, qu'elle soit
thérapeutique ou domestique, me semble fontamental. Et c'est rendre à
la "nature", chère aux naturopathes, ses lettres de noblesse.
Ces deux questions sont restées en suspens dans cet atelier.
Il y a bien d'autres points qui mériteraient d'être mentionnés lors
de ces deux événements. Je n'ai développé que ceux qui m'ont
particulièrement interpellée.
Avant de venir aux EGN, j'avais lu attentivement le papier d'Alain
Rousseaux, écrit qui a suscité en moi bien des questions, critiques
et commentaires, mais ce n'est pas ici le propos. Je n'ai pas pu
faire de même avant la conférence de Philippe et Chantal Dargère,
aucun de leurs écrits n'ayant circulé sur le net. Non "avertie" et
non conviée à une possibilité de réaction, je me suis sentie prise en
otage par des donneurs de leçons.
Finalement, j'aurais peut-être préféré que la guerre entre écoles
éclate. Nous aurions été conviés à l'événement, et après l'orage une
bonne pluie nourricière aurait rendu tout cela plus clair!
Andréine Bel
Auteur de "Vers une santé autonome"
http://bioethics.ws/seitai/accompagner.pdf
PS: je n'ai pas écouté l'enregistrement de ces deux cessions. Mes
citations sont de mémoire, s'il y avait des inexactitudes, merci de
les mentionner.