La soupe de hannetons printaniers Maïté se met à table, ©Mollat
éditeur Bordeaux 41
Je vous donne cette recette que personne ne fait plus, et que vous ne
ferez sûrement jamais ; cependant, je vous assure en avoir mangé et m'en
être trouve contente !
Quand j'étais petite, au retour du printemps, j'attrapais de ces
hannetons, verts en dessus et cuivreux par-dessous. Ils sont meilleurs
pour la soupe que ceux qu'on trouve dans la luzerne ou sur les branches
des peupliers : les verts métalliques.
C’est surtout le soir qu'ils se réunissent pour tourner autour des haies
en bourdonnant. Des fois, je leur attachais un fil à la patte pour les
faire s'envoler depuis mon pupitre, pendant l'école...
Ma grand-mère nous disait qu'on allait faire la soupe avec ces hannetons
et que ce serait moins couillon que de les attraper pour leur tremper le
derrière dans l'encrier avant qu'ils aillent se poser sur le bureau de
la maîtresse.
Quand j'avais quelques douzaines de hannetons, je les dépouillais de
leurs ailes extérieures - les élytres, comme c'était marqué dans le
livre de leçons de choses - et de leurs tenailles dentelées.
Là, grand-mère les pilait au mortier pour s'en faire une pâte qu'elle
mélangeait avec de la graisse du cochon. Elle ajoutait de l'eau du puits
à son mélange et mettait à bouillir un moment. Du sel, du poivre. Après,
elle passait ce bouillon au tamis fin sur des tranches de pain blanc
grillées.
Ça ne se raconte pas... La soupe aux hannetons de printemps, elle est
savoureuse ; elle est parfumée ; pas autant que la soupe aux écrevisses
à pattes rouges, mais pas loin !
Autrement, pour détruire ces nuisibles, on mettait un tonneau rempli
d'eau et dont l'intérieur était enduit de goudron jusqu'au niveau de
l'eau ; sur les bords, on posait une croix en bois et une lanterne sur
cette croix. Les hannetons attirés par la lumière, se précipitaient sur
le verre de lampe et tombaient dans le tonneau...
Scanné par Gladys Dinletir