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04 juillet 2009 à 05h00; Jacques Samson, Le Soleil
Une triste histoire!
(Québec) Le 23 juin, veille de la Fête nationale, un navire de la Garde côtière
canadienne repérait, au large de Pointe-au-Père, la carcasse d'un mammifère
marin qui flottait à la dérive. Vérification faite, il s'agissait bel et bien de
Tryphon, ce grand cachalot qu'on recherchait depuis le 9 juin.
La mésaventure de Tryphon a commencé quand il s'est empêtré dans les câbles de
casiers pour crabes dans la région de Sept-Îles. Il avait été repéré par des
croisiéristes le 9 juin et le lendemain, des pêcheurs avaient réussi à le tirer
de sa mauvaise position en le libérant de 13 casiers, mais on s'est alors aperçu
que le cachalot avait toujours un câble enroulé autour de la tête et autour de
son aileron dorsal. Mais il semblait quand même en bonne forme.
Le 15 juin, soit cinq jours après sa libération, Tryphon était observé à 400 km
plus à l'ouest, dans la région des Bergeronnes, toujours empêtré dans ses
cordages.
Le 16 juin, l'équipe dépêchée sur les lieux n'a pu retrouver la trace du
mammifère et tout le monde qui navigue dans le secteur avait été informé de bien
surveiller la mer afin de le repérer et d'enfin pouvoir le libérer.
Finalement, le 23 juin, la garde côtière qui naviguait du côté sud du
Saint-Laurent a repéré la carcasse. Ce sont les gens de l'Institut
Maurice-Lamontagne qui ont confirmé que c'était Tryphon. L'identification a été
rendue possible grâce aux numéros de bouées accrochées aux cordages qu'il
traînait depuis plusieurs jours.
L'histoire est triste, très triste, d'autant que Tryphon était un cachalot connu
dans cette partie du fleuve. Sa première apparition a été signalée en 1991 et il
était fidèle à tout le secteur qui va de Tadoussac à Baie-Comeau, en passant par
les Bergeronnes.
D'ailleurs, depuis l'annonce de sa mort, plein de gens communiquent avec le
Réseau québécois d'urgence pour les mammifères marins et le Groupe de recherche
et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM) pour se désoler de sa
disparition et pour raconter des histoires qui le concernent, me racontait au
téléphone samedi dernier Véronik de la Chenelière, porte-parole de l'organisme.
Le cachalot est un animal rare dans le Saint-Laurent. Depuis qu'on s'y
intéresse, on n'en a recensé qu'une trentaine d'individus. C'est un mammifère
impressionnant qui mesure près de 15 mètres et pèse entre 20 et 40 tonnes.
Selon une publication de Chantal St-Hilaire, guide-biologiste, c'est la plus
grosse baleine à dents qui existe.
Le souffle de cette immense baleine fait jusqu'à trois mètres de hauteur et est
très bruyant. On peut l'entendre jusqu'à un kilomètre de distance.
Le cachalot peut vivre jusqu'à 60 ans.
La carcasse
La carcasse de Tryphon n'a pas été récupérée, même si son repêchage pourrait
servir énormément à l'éducation et à la recherche. On pourrait également
reconstituer son squelette et l'exposer dans un musée.
Quand un mammifère comme Tryphon flotte à la dérive, c'est très compliqué de le
récupérer et c'est une intervention qui coûte très cher.
Il est cependant possible que dans les prochains jours, la carcasse s'échoue sur
le rivage et là, on en profitera pour la récupérer.
La semaine prochaine, je vous reviendrai avec plus de précisions sur l'histoire
de Tryphon et celle de ses amis cachalots dans le Saint-Laurent.
J'ai fait un petit bout d'entrevue téléphonique avec le biologiste Robert
Michaud, un des fondateurs du GREMM et il m'a raconté des choses passionnantes
qui méritent que je m'y attarde dans une autre chronique