LES AUXILIAIRES DE VIE SCOLAIRE - AVS
PRÉSENTATION CRITIQUE DES AUXILIAIRES DE VIE SCOLAIRE
LES AVS - Introduction critique : un engouement ambigu
L'apparition des auxiliaires d'intégration scolaire, en 1998,
inaugurait une nouvelle étape de l'intégration scolaire, celle de
l'intégration scolaire bon marché. Bon marché non seulement parce que
les auxiliaires étaient sous-payés, mais parce qu'ils ne coûtent rien
(en postes) aux Inspections académiques ni aux DDASS. L'intégration
ordinaire demande aux Inspecteurs d'Académie et aux Directeurs des
DDAS de prendre sur les dotations et sur les budgets qui leur sont
alloués des moyens en personnels et en formation (1). Les auxiliaires
d'intégration ne sont pas inclus dans la dotation de la carte
scolaire. On comprend l'engouement des responsables départementaux
pour cette nouvelle forme d'aide à l'intégration.
On manque de sessad, on ne forme plus d'enseignants spécialisés ?
Qu'à cela ne tienne, il y a les auxiliaires d'intégration !
Cette approche négative, toutefois, n'explique pas tout à elle seule.
Si les Auxiliaires d'Intégration Scolaire ont connu un succès
immédiat c'est parce que, bien sûr, leur apparition répondait à un
besoin mais aussi, nous semble-t-il, parce qu'elle correspondait à
une évolution dans la façon de concevoir l'intégration scolaire.
Un besoin
Le besoin était réel et si le statut des Auxiliaires n'était pas, dès
leur origine, sans soulever quelques inquiétudes, leur intérêt était
indéniable, ils occupaient un créneau vacant, celui de
l'accompagnement d'enfants handicapés moteur en vue de permettre leur
intégration scolaire. Sans eux, un certain nombre d'enfants
n'auraient pas pu fréquenter les écoles. Et assez vite leur champ
d'action a tendu à s'élargir bien au-delà du cadre du projet initial,
souvent à la demande ou sous la pression des parents et pour pallier
les carences des administrations (2).
(2) Devenus Assistants d'Éducation/Auxiliaires de Vie Scolaire,
leur statut est moins aléatoire et leurs missions sont mieux
définies. Très tôt, les premiers Auxiliaires ont cherché à se former,
à se professionnaliser et se sont organisés en vue de donner à leur
statut une assise professionnelle et pérenne. Ils ont su se rendre
incontournables.
Une évolution de la scolarisation des enfants handicapé
Mais l'apparition et le développement des AVS doivent être mis aussi
en liaison avec l'évolution plus générale de l'appréhension du
handicap à laquelle nous assistons depuis quelques années, évolution
qui s'exprime notamment au niveau du vocabulaire. C'est ainsi que par
exemple on est passé de "l'intégration scolaire" à "la scolarisation
des enfants handicapés" et de "la personne handicapée" à "la personne
en situation de handicap".
Avoir affaire à la personne handicapée, c'est chercher à mieux
connaître les déficiences et les troubles inhérents à son handicap
pour y apporter les réponses (thérapies, rééducations, remédiations,
etc.) les mieux adaptées et les plus efficaces. L'action des
professionnels et des équipes soignantes se trouve centrée sur la
personne handicapée. Prendre en compte la situation de handicap,
c'est adopter un angle d'approche un peu différent, puisque c'est
chercher à "aménager la situation" de la personne handicapée (3).
(3) Janine Laurent-Cognet "La fonction d'auxiliaire de vie scolaire
(intégration individuelle) est-elle une fonction originale ? Nouvelle
Revue de l'AIS n° 30 , 2ème trimestre 2005, p 122
De ce point de vue, la fonction d'Auxiliaire de Vie Scolaire arrivait
à point nommé. L'Auxiliaire ne se définit pas uniquement par le fait
qu'il est attribué à un enfant handicapé mais aussi par le lieu où il
exerce son activité, l'école. L'Auxiliaire a pour mission de
permettre à l'enfant handicapé de trouver sa place et son statut
d'écolier dans sa classe comme dans la vie de l'école, mais aussi
bien de permettre à l'enseignant, aux camarades, à toute l'école de
l'accueillir dans les meilleures conditions, par exemple en
facilitant les relations interactives et la communication.
L'attention se porte certes sur les difficultés de l'enfant mais
aussi sur ce qui fait difficulté à l'enfant (par exemple les
contraintes de la discipline scolaire, de l'écriture ou de la prise
de parole en classe, etc.).
On est sorti de la sphère de la prise en charge exclusivement
médicale ou paramédicale. L'AVS a un rôle d'interface ou de
médiateur. Il apparaît alors comme celui qui est le mieux placé pour
favoriser la scolarisation, puisqu'il est celui qui prend l'enfant
comme il est et qui l'accompagne "en situation". Cette nouvelle
fonction d'accompagnateur devient en quelque sorte emblématique de la
nouvelle intégration scolaire. On comprend l'attente et les espoirs
des parents.
Mais cette nouvelle mission a ses exigences et ses limites et bien
des questions relatives notamment à la formation des AVS et à leur
statut restent posées. Nous en évoquons quelques-unes.
La formation des AVS
C'est d'abord aux enfants handicapés que les AVS ont à faire. Si l'on
s'en tient aux seuls besoins des enfants, la "formation d'adaptation
à l'emploi", comme on dit, devrait être extrêmement large, parce que
ces besoins sont variés. A l'AVS, on demandera aussi bien d'établir
un bon rapport avec l'enfant que de maîtriser les gestes de portage
et d'hygiène auprès d'un jeune handicapé moteur ou d'avoir quelque
idée de l'aide à l'apprentissage auprès d'un enfant déficient mental
ou autiste. La question est alors de savoir jusqu'où peut aller
l'attente du maître ou des parents vis à vis de l'AVS et donc quelle
doit être sa formation. Certains débats sur les listes de diffusion
montrent que des parents souhaiteraient que les AVS aient des
compétences équivalentes à celles des éducateurs spécialisés.
Les autres dimensions de leur fonction, dans leurs rapports à
l'enseignant, aux parents, aux autres élèves, éventuellement aux
autres professionnels, appelleraient aussi une réflexion approfondie.
Les échanges entre AVS, sur leurs propres listes de diffusion (4),
laissent percevoir un certains malaise, par exemple dans les
relations enseignant/parents/AVS : on éprouve le sentiment qu'un
certain nombre d'AVS vont chercher auprès des parents la
reconnaissance qu'ils ne trouvent pas dans l'école. D'autres estiment
que l'enseignant se décharge trop facilement sur eux de l'enfant
handicapé (5). La question de la formation est inséparable ici de
celle du statut : qui supervise le travail des AVS, dans quelles
équipes sont-ils réellement insérés ?
(4) Voir par exemple http://www.auxiliaire-vie-scolaire.fr.st/ ou
http://www.avsi.forumactif.com Les sites et les forums ouverts par
quelques-uns d'entre eux et sur lesquels ils échangent sont
significatifs de l'ambiguïté de leur situation et des questions
qu'ils se posent.
(5) "Au fond, c'est moi qui fais la classe à l'enfant" écrit une
AVS…
Le statut des AVS
Le projet d'intégration d'un enfant est un projet partenarial :
comment l'AVS s'insère-t-il dans cette action commune ? S'y insère-t-
il vraiment, ou n'est-il pas condamné, par son statut, à ne rester
qu'un un acteur plus ou moins marginal ?
Récemment, intervenant sur la liste de diffusion "autisme", Gérard
Griffon insistait sur le fait que dans une classe accueillant des
enfants autistes, l'adaptation nécessaire de l'environnement ne
pouvait pas être le fait du seul AVS mais qu'elle devait être l'œuvre
de toute une équipe (6).
(6) "Une scolarisation d'enfant avec autisme ne peut uniquement
être soumise à la présence ou non d'un ou une AVS car l'adaptation à
la foire aux stimuli que représente une classe ordinaire dans une
école ordinaire ne dépend ni de l'instit, ni de l'AVS, ni de la bonne
volonté ou de la formation d'un des protagonistes pris séparément,
mais de la volonté de toute l'équipe élargie (...).
En d'autres termes, si toute l'équipe joue le jeu de l'intégration,
le problème est bien près d'être résolu. C'est ce qu'on constate par
exemple dans les classes où un service de soin (sessad ou hôpital de
jour) intervient de manière régulière et continue dans la classe et
dans l'école. Et l'on peut penser qu'effectivement, pour développer
l'intégration scolaire, la première chose à faire est de développer
l'action de ces services dans le sens d'une plus grande implication
dans l'aide à la scolarisation des enfants handicapés. Quitte à
adjoindre à ces services, dans ce but, des auxiliaires dont la
présence pourrait s'avérer utile pour des tâches qui n'exigent pas
une formation spécialisée et qui ne nécessitent pas de monopoliser
des personnels plus qualifiés.
Mais c'est une option différente qui a été retenue, sans doute parce
qu'elle était la plus économique, peut-être aussi parce que les
services existants, trop centrés exclusivement sur l'enfant,
n'étaient pas suffisamment sensibles à ces nouveaux besoins. On a
donc créé une nouvelle fonction et un nouveau corps d'Auxiliaires de
Vie Scolaire, en espérant sans doute que si la scolarisation des
enfants handicapés est le travail de toute une équipe, l'injection
d'un nouveau membre, ou d'une nouvelle fonction, contribuerait à
impulser, de proche en proche, une dynamique en ce sens ?
Encore faudrait-il leur en donner les moyens, non seulement au niveau
de la formation, mais par un statut reconnaissant leur place relative
dans le processus de scolarisation de l'enfant, définissant les
frontières de leur action et facilitant ainsi leurs rapports
institutionnels avec les enseignants, avec les autres partenaires de
l'intégration de l'enfant et avec les parenrts. Or le bon équilibre
n'est pas simple à trouver, car comme nous l'avons noté, les AVS
marquent une volonté de rupture avec les structures traditionnelles
de l'aide aux enfants handicapés... Mais actuellement, ils n'ont
aucun lien du côté des services de soins et ils ne sont pas
réellement intégrés à l'éducation nationale, où leur rattachement
reste exclusivement administratif : ils n'ont pas de supérieur
hiérarchique, ni lieu institutionnels d'échange sur leur pratique et
de concertation, ils sont largement laissés à eux-mêmes. Sans parler
de l'insuffisance des formations. Bien souvent, ils portent plus ou
moins solitairement le poids de la situation de handicap en milieu
ordinaire. Le "groupe départemental" des AVS, qui apparaît
actuellement comme un simple bureau de planification du travail et
non pas comme un véritable dispositif départemental d'animation en
vue d'institutionnaliser un partenariat où les AVS ont leur place,
pourrait peut-être être appelé à jouer un rôle déterminant. Et puis
il faudrait sortir leur statut de son actuelle précarité !
Conclusion
En tout cas, il ne suffit pas de mettre des AVS à côté des enfants
pour réaliser "l'école pour tous", comme on aime à dire. Encore faut-
il veiller à ce qu'ils ne travaillent pas de manière isolée mais au
contraire en liaison institutionnelle avec les enseignants et avec
les autres professionnels qui suivent l'enfant.
Une pétition lancée par le FNASEPH le 12 octobre 05 exprime un
certain nombre de craintes quant au fonctionnement des AVS. Voir
http://www.snuipp.fr/article2711.html En voici quelques extraits :
Le dispositif des Auxiliaires de Vie Scolaire (...) relève depuis
2003 de la responsabilité du ministère de l'Education nationale.
Les associations, les organisations syndicales, ainsi que la plupart
des acteurs de l'éducation se battent pour une meilleure formation
des AVS, une plus grande professionnalisation de la fonction, un
encadrement effectif des services départementaux d'AVS, la
reconnaissance du statut de ces personnels.
Elles ont obtenu en juillet 2004 la publication d'une circulaire
ministérielle précisant les conditions d'intervention, de recrutement
et de formation des AVS.
Aujourd'hui, nous faisons le constat que :
- la circulaire de juillet 2004 n'est toujours pas appliquée,
- le nombre d'AVS reste insuffisant pour répondre aux besoins
d'accompagnement des élèves en situation de handicap (...)
- les services départementaux ne sont pas dotés des moyens adéquats,
- la formation est inégalement assurée,
- les pratiques académiques ne sont pas harmonisées.
Par ailleurs, si les 8000 emplois vie scolaire annoncés (...) ne
sauraient palier le manque d'AVS, ni s'y substituer.
Cela constituerait indéniablement une régression en matière de
qualification et de statut (...)
Associations et organisations syndicales de l'éducation signataires :
AAD-ALPC-ANPEA-APF-Autisme France-FAIT21- FGADPEP-FNASEPH-
SESAMEAutisme-UNAPEI / UNSA Education -SE UNSA- SGEN CFDT-SNUipp FSU-
SNES FSU-
http://scolaritepartenariat.chez-alice.fr/page791.htm