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Sujet: Lettre Automates Intelligents n°74-75 (version html) - 4
septembre 2007
Date: Tue, 04 Sep 2007 17:30:19 +0200
De: Automates Intelligents <automates-intelligents@...>
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* n°74/75 - Mardi 4 septembre 2007*
*Editorial*
Agriculture et agroalimentaire en Europe. <#edito> par Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
*Articles*
Pourquoi les lois fondamentales de la physique paraissent-elles
orientées..? <#art1> par Jean-Paul Baquiast
De la connaissance à l'action <#art2> par Robert Vallée
Sur les cerveaux de Boltzmann <#art3> par Jean-Paul Baquiast
*Du côté des labos*
La vision sémantique chez les robots <#lab1> par Jean-Paul Baquiast
Vers des robots conscients <#lab2>, par Jean-Paul Baquiast et Christophe
Jacquemin
Robots européens dotés d'émotions <#lab3> par Jean-Paul Baquiast et
Christophe Jacquemin
*Science, technologie et politique*
Les technologies de souveraineté <#stp1>par Philippe Grasset
Mobilisation pour l'IPV6 <#stp2> par Jean-Paul Baquiast et Christophe
Jacquemin
*Biblionet, suivi de Les livres en bref*
Making up the mind <#bn1>, par Chris Frith, présentation par Jean-Paul
Baquiast
The Trouble with Physics <#bn2>, par Lee Smolin, présentation par Jean
Paul Baquiast
I am a Strange Loop <#bn3>, par David Hofstadter, présentation par Jean
Paul Baquiast
Pesticides <#bn4>, par Fabrice Nicolino et François Veillerette,
présentation par Jean Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Les livres en bref <#livrebref> par J.P Baquiast et C. Jacquemin
*En Bref... *
Simulateur de catastrophe <#ac8>
Fièvre aphteuse britannique <#ac7>
<#ac10>Phoenix Mars Lander <#actoto>
Robot ouvrier japonais
<#actata>Les codes des Rovers <#ac4>
Programme européen Presencia <#ac3>
Interface cerveau-machine chez Hitachi <#ac2>
Robots récolteurs <#ac1>
*InfoExpress*
Les infos de juillet-août 2007 <#xppp>
*Courrier des lecteurs*
Strange Loop, Rafale, Jean Staune <#courrier>
*Editorial*
*Agriculture et industrie agroalimentaire en Europe
Une ré-évaluation s'impose
*par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
08/08/07
Des événements de grande importance se déroulent actuellement dans le
monde, impliquant la production, la distribution et la transformation
des produits agricoles. L'Europe, dont ces activités constituent l'une
des premières forces, doit procéder à une nouvelle évaluation de
l'importance qu'elle leur attache, des moyens qu'elle y affecte et de la
façon dont, grâce à elles, elle pourra diffuser de nouvelles pratiques
respectueuses tout autant de l'environnement que des consommateurs. *
*
On constate cette année, à l'échelle du monde, un excédent de la demande
sur l'offre en ce qui concerne les produits laitiers, entraînant des
hausses de prix non négligeables. Ce phénomène marque déjà ou marquera
rapidement les marchés de céréales et de viande. C'est une des
conséquences de la croissance rapide de la demande émanant des pays
émergents. Il affecte désormais l'agriculture et l'agroalimentaire comme
il l'a fait de l'énergie et des matières premières industrielles.
La croissance de la demande mondiale n'aura aucune raison de s'arrêter,
sauf crise économique générale. A la demande de produits d'alimentation
s'ajoutera de plus en plus celle de bio-carburants. Ces demandes en
hausse ne provoqueront pas à court ou moyen terme une croissance
correspondante de l'offre. On sait que concernant l'énergie et les
matières premières, les réserves vont nécessairement diminuer, en
attendant le relais plus lointain des technologies nouvelles. Dans le
domaine agricole, si des capacités de production demeurent encore
inexploitées, elles ne sont pas très importantes et se heurteront
inévitablement, dans les années prochaines, à la crise climatique et
environnementale. Autrement dit, le recours à des agricultures
intensives, grosses consommatrices en eau et en intrants chimiques,
grandes destructrices des milieux naturels, grandes exportatrices de
surplus subventionnés, ne sera plus possible. Quant aux produits
alimentaires de synthèse, il ne faudra pas compter sur eux avant
longtemps pour nourrir les affamés.
Concernant l'industrie agroalimentaire, la question se pose un peu
différemment. La Big Food peut continuer sur sa lancée actuelle, en
diversifiant de plus en plus ses produits, en les farcissant de
compléments chimiques, en jouant de la publicité pour créer de nouvelles
modes alimentaires et, finalement, en contribuant à répandre cette
maladie désormais universelle qu'est l'obésité. La hausse des prix des
matières premières agricoles ne la gênera pas beaucoup. La gourmandise
de ses « cibles » est analogue à une addiction. Pas plus que la hausse
du prix du tabac ne diminue la demande, la hausse des prix des aliments
ne diminuera sensiblement la demande des consommateurs, même pas sans
doute celle des plus pauvres, au moins dans les pays favorisés. Mais
sont-ce là des raisons pour que l'industrie agroalimentaire échappe à
l'évaluation qui s'impose.
Nous pensons qu'en ce qui concerne tout au moins l'Europe, il convient
d'examiner sans attendre le type d'avenir que nos sociétés prévoient
pour leur agriculture et leur industrie agroalimentaire. A priori, il
s'agit d'activités dans lesquelles l'Europe dispose d'éléments de
puissance économique et politique non négligeable. L'augmentation de la
demande mondiale ne pourra que renforcer ces atouts. Il conviendra donc
de revoir les bases de la politique agricole commune, plus axée
aujourd'hui sur la résorption des excédents que sur l'augmentation de la
production. Concernant les industries alimentaires, il faudra cesser de
les considérer comme secondes au regard des industries manufacturières.
Il y a quelques mois encore, rares étaient ceux qui se seraient engagés
pour que Danone reste dans le patrimoine industriel européen.
Aujourd'hui, on accepte que le même Danone vende Lefèvre-Utile aux
Américains comme s‘il s'agissait d'un élément de faible importance. Si
l'Europe était dirigée avec un tant soit peu de perception stratégique
des enjeux, elle élaborerait sans tarder une politique agro-industrielle
de combat lui permettant de mieux valoriser à l'avenir les atouts
importants conférés par ces secteurs.
Ceci ne devrait pas cependant être une raison pour que les lobbies
agricoles et agroalimentaires européens se croient autorisés à mettre en
condition plus encore qu'ils ne le font actuellement gouvernements et
citoyens. Nous l'avons dit, le temps de l'agriculture intensive ou de la
suralimentation devrait être révolue. L'Europe, en intensifiant ses
recherches agricoles, vétérinaires et diététiques, devrait donner au
monde l'exemple d'une agriculture radicalement biologique, d'une
nourriture simple et saine privilégiant les céréales par rapport aux
viandes, de pratiques commerciales renonçant aux abus publicitaires.
Serait-ce un rêve inaccessible ?
Nous pensons que c'est aux plus consciencieux de nos professionnels, de
nos chercheurs et de nos citoyens qu'il appartient de répondre à cette
question décisive pour la compétitivité économique et morale future de
l'Europe.
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
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Lire aussi l'éditorial précédent:
Le monde, dans l'indifférence générale, est en train d'épuiser ses
ressources en minéraux rares
http://www.automatesintelligents.com/edito/2007/juin/edito.html
<http://www.automatesintelligents.com/edito/2007/juin/edito.html>
*Articles*
*Pourquoi les lois fondamentales de la physique paraissent-elles
ajustées pour permettre la vie et la conscience ?
* Jean Paul Baquiast 11/07/07
/Mots clefs : lois fondamentales, bio-friendly, principe anthropique,
multivers, quantum post-selection, flexi-laws, darwinisme quantique,
décohérence.
/
Résumé. Une série d'articles publiés indépendamment les uns des autres
par la revue /NewScientist/ du mois de juin 2007 signale des recherches
récentes permettant d'entrevoir quelques pistes en réponse à la question
fondamentale posée par le principe anthropique : pourquoi les lois de la
physique paraissent-elles favorables à la vie (telle que nous la
connaissons) ? Ces pistes font appel aux interprétations de la physique
quantique selon lesquelles - pour simplifier - c'est l'observateur
macroscopique qui crée l'univers observé à partir d'un indéterminisme
quantique primordial. La plus fructueuse, en termes scientifiques comme
philosophiques, a été baptisé le "Darwinisme quantique".
La question donnant son titre à cet article est posée aujourd'hui avec
de plus en plus d'insistance. Par lois fondamentales, on entend les
lois, découvertes progressivement par les physiciens, qui définissent
les conditions nécessaires à la construction des particules matérielles.
Elles régulent l'organisation de la matière aussi bien en vastes
structures cosmologiques qu'en organismes vivants de type terrestre, y
compris ceux qui, comme nous, dotés de conscience, peuvent se donner des
représentations d'eux-mêmes dans l'univers et modifier l'ordonnancement
de cet univers en faisant appel à la science. On dit que les lois
fondamentales sont « /bio-friendly/ ». Elles sont réglées à quelques
millièmes d'unités près (/fine-tuned/) d'une façon telle qu'elles sont
compatibles les unes avec les autres et, finalement, avec la vie telle
que nous la connaissons sur Terre. Ainsi, si le proton était plus lourd
que le neutron de 0,1%, tous les protons produits dans les suites du Big
bang n'auraient pu acquérir de charge électrique et auraient dégénéré en
neutrons. De ce fait les atomes n'auraient pas existé et la chimie
aurait été rendue impossible.
Cette propriété des lois fondamentales a été exploitée par les tenants
du principe anthropique fort qui en déduisent que l'univers aurait pu,
dès le début, avoir été conçu par une super-intelligence voulant faire
apparaître la vie et l'homme. Inutile de dire que cette hypothèse d'une
super-intelligence n'a aucun intérêt scientifique puisqu'elle n'est pas
démontrable. Elle permet seulement aux spiritualistes de justifier la
création telle que racontée dans les Ecritures. Le principe anthropique
faible est plus modeste. Il se borne à constater que, dans l'univers tel
qu'il est défini par les lois de la physique, des organismes vivants
tels que nous ont pu se développer. Il n'exclut d'ailleurs pas que dans
d'autres cantons de l'univers, à partir des mêmes lois fondamentales,
d'autres formes de vie et de conscience soient possibles. Mais là
encore, le principe anthropique faible n'a guère d'intérêt scientifique.
Il n'ouvre pas de pistes pour rechercher derrière l'ensemble des lois
fondamentales de la physique un principe explicatif unique qui
permettrait de comprendre pourquoi ces lois sont ce qu'elles sont et
grâce auquel la science, le cas échéant, pourrait imaginer ou construire
des univers différents.
Faut-il alors que les scientifiques matérialistes – ceux qui excluent le
recours à la divinité comme principe explicatif - ne puissent faire
autre chose que constater l'existence des lois fondamentales, aux
origines inexpliquées, flottant si l'on peut dire comme autant de
principes organisateurs au-delà (ou au-dessus) du monde matériel et du
monde biologique. On retrouverait là une sorte d'idéalisme ou réalisme
des essences, de type platonicien, qui inspire aujourd'hui encore, dans
un domaine voisin, beaucoup de mathématiciens. Pour certains de ces
derniers, les lois mathématiques constituent un univers situé en dehors
du nôtre, qu'ils découvrent peu à peu et dont d'ailleurs ils retrouvent
les grandes règles logiques à l'Å“uvre dans les lois de la physique. Au
contraire, pour d'autres mathématiciens, que nous qualifierions
d'évolutionnaires ou darwinistes, les lois mathématiques sont des
produits de l'architecture des cerveaux. Ceux-ci auraient
progressivement acquis, dès le règne animal, la capacité de qualifier et
quantifier des « objets » à partir d'un continuum de signaux physiques
émanant du monde extérieur.
Une variante du principe anthropique faible vise à expliquer pourquoi
nous nous trouvons dans un univers favorable à la vie, sans faire appel
à la simple lapalissade selon laquelle si nous sommes là, c'est parce
que nous sommes là. Il s'agit de l'hypothèse bien connue du multivers.
Selon cette dernière, le monde quantique fondamental générerait en
permanence des bulles d'univers qui s'organiseraient en évoluant selon
des modes différents, intégrant plus ou moins de complexité. Le monde
quantique n'étant pas limité par des facteurs temporels ni par le nombre
des combinaisons que peut produire l'émergence de particules physiques à
partir des entités quantiques, un nombre infini d'univers, présentant un
nombre infini d'organisations différentes, pourrait résulter des
fluctuations quantiques produites par la supposée énergie du vide. De
cette infinité de tirages de la loterie quantique, rien n'interdit de
penser qu'un bon numéro, celui d'un univers permettant la vie, ait pu
apparaître. Mais à nouveau cette explication n'est pas satisfaisante.
Non seulement parce qu'il n'a pas été à ce jour possible de prouver
l'existence d'univers multiples, mais surtout parce que les lois
primordiales ou méta-lois, autrement dit le mécanisme générateur
permettant aux multi-univers d'apparaître, y compris en comportant de «
bons numéros » favorables à la vie, ne sont pas plus connaissables ni
explicables, dans cette hypothèse, que dans les précédentes.
Cependant, aujourd'hui, une série d'articles publiés indépendamment les
uns des autres par la revue /NewScientist/ du mois de juin 2007
permettent d'entrevoir quelques réponses à la question fondamentale
posée par le principe anthropique : pourquoi les lois de la physique
paraissent-elles favorables à la vie (telle que nous la connaissons) ?
Ces réponses font appel, comme l'on pouvait s'en douter, aux
interprétations de la physique quantique selon lesquelles - pour
simplifier - c'est l'observateur macroscopique qui crée l'univers
observé à partir d'un indéterminisme quantique primordial.
*La post-sélection quantique*
Une première de ces réponses/(1)/ <#a1> a été baptisée du terme de
post-sélection quantique (/quantum post-selection/). Elle repose sur une
expérience proposée il y a une vingtaine d'années par le physicien John
Wheeler reprenant le fameux dispositif des fentes de Young. Cependant la
création du réel par l'observateur, dans l'expérience de Wheeler, ne
concerne pas le réel d'aujourd'hui, mais celui du passé. On sait que
dans le système de Young classique, le fait de placer un détecteur
derrière une des fentes détruit la nature quantique des micro-états (par
exemple des photons) envoyés sur ces fentes. Autrement dit, au lieu de
se comporter en onde et de générer des franges d'interférences sur un
écran, les photons se comportent en particules et génèrent des points
d'impacts ponctuels. On dit aussi que l'observation réduit leur fonction
d'onde ou les oblige à décohérer. Dans l'expérience de Wheeler, des
télescopes placés derrière l'écran et observant les photons une fois
qu'ils ont interféré et produit des franges sur l'écran détruit ces
franges. Autrement dit, l'observation remonte dans le temps et modifie
rétroactivement le résultat de l'expérience. Stephen Hawking et Thomas
Hertog en ont conclu, dans un article de février 2006/(2) <#a2>/ que
«l'histoire de l'univers – autrement dit (c'est nous qui le disons) les
phénomènes par lesquels cette histoire se manifeste – dépend des
questions qu'on lui pose». L'existence des observateurs et de la vie
aujourd'hui a un effet sur le passé. En formulant la chose autrement,
avec un peu d'extrapolation, on pourrait dire que si les lois de la
physique nous paraissent favorables à la vie, c'est parce que ce sont
des êtres vivants qui observent le monde quantique primordial et y ont
vu, ou plutôt créé, des lois favorables à la vie.
Les lois de la physique seraient donc flexibles. Elles dépendent des
observateurs. On parle de « /flexi-laws/ ». Paul Davies, auteur de
l'article, et des collègues tentent actuellement de donner une base
mathématique cohérente au concept de lois flexibles et de sélection post
quantique. Il faut en effet tenter d'expliquer pourquoi le processus
ainsi décrit produit des résultats déterminés au lieu de générer un
désordre total. La question est encore à l'étude/(3)/ <#a3>.
*Le darwinisme quantique*
L'hypothèse selon laquelle l'observateur d'aujourd'hui définirait ce
qu'était l'univers avant lui paraît cependant assez « tirée par les
cheveux ». Une hypothèse plus simple est présentée dans ce même numéro
du /NewScientist//(4)/ <#a4>. Elle fait appel au principe bien connu de
la superposition, selon lequel une particule ne peut être décrite que
par sa fonction d'onde, tant du moins que celle-ci n'a pas été réduite
par un observateur. La particule, de quantique et indéterminée, devient
alors, une fois observée, physique (on dit aussi macroscopique) et
sujette aux lois physiques que nous connaissons. Mais qui observe ?
S'agit-il seulement d'un physicien armé d'un instrument adéquat ?
Les chercheurs Robin Blume-Kohout et Wojciech Zurek ont proposé
récemment d'admettre que ce serait l'environnement de la particule qui
jouerait le rôle d'observateur. Ils ont nommé ce phénomène le darwinisme
quantique. Les physiciens quantiques, quand ils isolent des bits
quantiques, pour faire notamment de la cryptologie quantique, les
maintiennent à l'abri de l'environnement, composé de particules
macroscopiques, car celles-ci provoqueraient la décohérence des q.bits.
Mais au lieu de considérer l'environnement comme exerçant un effet
négatif, les auteurs proposent de voir dans celui-ci un agent de
sélection permettant de stabiliser dans un sens favorable à la « survie
» de cet environnement les propriétés quantiques des particules avec
lesquelles il interfère. Ainsi, progressivement, les produits de ces
interactions, c'est-à-dire des particules quantiques décohérées (dont la
fonction d'onde aura été réduite), seront intégrés aux systèmes
macroscopiques et copiés en grand nombre, avec leurs nouvelles
caractéristiques physiques et chimiques, s'ils sont favorables à la
survie de ces systèmes. Les auteurs de l'hypothèse ont construit un
dispositif expérimental utilisant un objet quantique oscillant
interagissant avec son environnement, que nous ne décrirons pas ici en
détail et qui illustre ce processus/(5)/. <#a5>
On voit le grand intérêt de cette approche. Si nous nous appuyons sur
elle, nous n'aurions plus à nous étonner du fait que l'univers physique
tel qu'il nous apparaît (au niveau des lois macroscopiques que nous y
observons) soit favorable à la vie et à la pensée, puisque c'est cet
univers qui, à partir des multiples possibilités permises depuis son
origine par l'interaction avec le réservoir infini de possibles propre
au monde quantique, a provoqué la décohérence dans le sens favorable à
sa croissance des particules quantiques avec lesquelles il interagissait
(qu'il « observait »). Nos lecteurs se souviennent peut-être que le
biologiste quantique John John MacFadden avait suggéré une hypothèse
voisine pour expliquer l'introduction d'une variation orientée dans les
mutations, à l'occasion d'interaction entre des particules quantiques et
les atomes du génome/(6) <#a6>/. Bien évidemment, une telle approche est
strictement darwinienne. Elle exclue tout finalisme. Elle postule
seulement que les systèmes macroscopiques, qu'ils soient physiques,
biologiques ou mentaux, se construisent par des variations au hasard
résultant des décohérences favorables à la survie qu'ils provoquent en
interagissant avec le monde quantique. Ne sont conservées que les
variations physiques, chimiques ...et biologiques... favorables au
développement de ces systèmes.
Mais les auteurs de l'hypothèse du darwinisme quantique ne semblent pas
encore s'être posés la question des origines tout à fait première de la
construction de l'univers macroscopique et des lois que nous y
observons. Pour cela, il faudrait remonter au niveau de la première des
particules quantiques décohérée à partir de laquelle le Big Bang se
serait déchaîné. Pourquoi cette particule primitive supposée a-t-elle
adopté tel état macroscopique et non tel autre, alors qu'aucun
"observateur" ne l'observait. On peut penser qu'il s'est agi d'un simple
hasard, parmi de nombreux autres choix surgissant en permanence du vide
quantique - et pouvant donner naissance à d'autres bulles d'univers que
nous ne connaîtront jamais. Pour comprendre cela, il semble que les
hypothèses proposées par Seth Lloyd concernant les origines de l'univers
à partir du vide quantique peuvent alors être appelées à la rescousse.
Le postulat retenu par Seth Lloyd, qui ne se distingue pas en ceci de la
grande majorité des cosmologistes contemporains, est que notre univers
serait né, au sein d'une infinité d'autres, d'une fluctuation dans
l'énergie du vide quantique (ou énergie de point zéro).
Ce terme d'énergie du vide désigne un univers sous-jacent à tous les
univers possibles, notamment à notre univers. Il est dénué de temps,
d'espace et de masse. Son entropie est maximum (infinie ?) dans la
mesure où il est impossible de donner la moindre information concernant
ce qui s'y trouve. Mais cet univers sous-jacent se manifeste en
permanence au niveau de notre univers. D'abord par l'existence des trous
noirs, si on conserve l'hypothèse de l'existence de ceux-ci. Mais aussi
simplement parce que toutes les particules matérielles qu'étudie notre
physique doivent être considérées comme résultant de la décohérence de
processus ondes-particules quantiques appartenant au monde quantique.
Selon certaines hypothèses de la physique quantique, l'énergie du vide
n'est pas statique. Elle est bouillonnante. A grande échelle, elle
manifeste des fluctuations imprévisibles (création de paires
particules-anti-particules). En permanence, des particules ou bouffées
d'énergie sont créées et d'autres annihilées. Autrement dit, des «bulles
d'univers», dotées de temps et d'espace locaux, sont aléatoirement
créées. Certaines sont annihilées, d'autres se développent. On peut
faire l'hypothèse que notre univers a été le produit d'une de ces
fluctuations. Une particule quantique aurait vu sa fonction d'onde
réduite et se serait retrouvée sous la forme d'une particule matérielle
ou macroscopique dont les propriétés auraient été favorables à la
création de particules plus complexes par « observation » du monde
quantique environnant. Des décohérences et des computations en chaîne en
auraient résulté, d'où seraient sortis le monde que nous connaissons et
les lois d'organisation des objets physiques, biologiques et même
mentaux qui régulent son développement.
L'apport de Seth Lloyd à ce schéma est que l'univers primordial se
serait comporté comme un ordinateur quantique et aurait calculé son
propre développement, ce qui expliquerait la vitesse avec laquelle il
aurait exploré toutes les possibilités physiques, chimiques puis
biologiques macroscopiques offertes par la décohérence de la particule
initiale/(7)/ <#a7>.
Quoi qu'il en soit, la réponse à la question posée en titre: " Pourquoi
les lois fondamentales de la physique paraissent-elles ajustées pour
permettre la vie et la conscience ? " serait donc assez simple.
L'univers qui est le nôtre se serait construit, dès la décohérence de la
première particule, en même temps qu'il construisait ses lois. L'état
physique affecté, suite à un évènement aléatoire, par cette première
particule, aurait déterminé la suite. Les particules ultérieures ont
obligatoirement adopté, lors de l' "observation" qu'exerçait sur elle
cette première particule, un état physique compatible avec l'état de
celle-ci. Par la suite, lors de la réduction de la fonction d'onde des
particules quantiques ultérieures, seuls ont été sélectionnés les états
compatibles avec l'amorce d'univers en train de se construire. Mais ceci
ne veut pas dire que les lois de la physiques ont été "ajustées", par
une force inconnue, pour permettre la vie. Cela veut seulement dire que
les différentes organisations matérielles, physiques et chimiques qui
sont nées de la décohérence initiale se sont édifiées selon certaines
lois constructales qui ont permis l'apparition des grandes et petites
structures de l'univers, et éventuellement des atomes nécessaires à
l'auto-synthèse de la vie. Mais on peut penser que le vide quantique
initial produit en permanence un nombre infini de solutions différentes,
dont nous n'aurons jamais connaissance.
*L'observateur crée-t-il la réalité ? *
Peut-on déduire de ce qui précède que l'observateur humain crée la
réalité et que le monde n'a pas d'existence en dehors de lui ?/(8)/
<#a8> Nous pensons qu'il faut distinguer selon les temps de l'
"observation". Les objets du monde macroscopique, ceux avec lesquels
nous sommes en contact tous les jours, n'ont pas été créés en premier
lieu par des observateurs humains. Dans l'hypothèse de la décohérence en
chaîne à partir d'une particule quantique matérialisée, l' « observation
» a été provoquée par les ensembles macroscopiques apparus
progressivement. Il s'agissait d'abord de systèmes matériels, puis, sur
Terre, de systèmes biologiques et d'objets mentaux. Ce sont tous ces
systèmes qui ont créé le monde matériel et ses lois par interactions et
sélections croisées.
Aujourd'hui cependant, au moins sur Terre, le processus se poursuit et
s'amplifie du fait de l'apparition d'observateurs humains qui observent
aussi bien les objets macroscopiques que le monde quantique. On notera
là une intéressante /boucle étrange/ (pour reprendre le terme de Douglas
Hofstadter <#bn3>) puisque ces observateurs sont les produits d'un
processus physique d'observation antérieur et qu'ils se retournent sur
ce processus pour l'étudier. Ceci notamment dans le cadre de la
recherche scientifique expérimentale. Nous avons indiqué à d'autres
occasions, dans cette revue, qu'il s'agit d'un mécanisme
constructiviste. La science, les technologies, les idées créent de la
complexité dans le monde macroscopique, à partir de leurs activités
quotidiennes. Cette complexité, comme l'on sait, n'est d'ailleurs pas
toujours intelligible par cette même science. Il nous semble que Miora
Mugur-Schächter ne dise pas autre chose lorsqu'elle analyse la façon
dont l'observateur humain isole et qualifie de micro-états quantiques
afin d'en faire des réalités matérielles/(9)/. <#a9>
Mais peut-on pour autant dire que l'interaction des particules
quantiques avec des particules matérielles et à plus forte raison des
observateurs humains puisse créer le monde quantique ? Ceci supposerait
que notre univers matériel et plus précisément que les observateurs
humains qui s'y trouvent, soient capables d'imposer leurs lois au monde
quantique. Il s'agirait évidemment d'une erreur. Tout au plus
peuvent-ils constater quelques régularités dans le monde quantique,
exploitées dans les technologies récentes. Mais ils ne créent pas
d'hypothétiques lois quantiques fondamentales, à supposer qu'il en
existe. Ou tout au moins ils n'en sont pas encore capables.
Aujourd'hui la physique, qu'elle soit simplement quantique ou qu'elle
s'inspire des hypothèses nouvelles de la *gravitation quantique*, ne
peut produire des hypothèses testables relativement à de telles lois.
Les expériences actuelles sur l'intrication, notamment, ne permettent
pas de comprendre ce qui se cache derrière les phénomènes observés/(10)/
<#a10>. L'esprit humain y arrivera-t-il un jour ? Beaucoup de physiciens
sont confiants et pensent que la physique fondamentale est aujourd'hui à
un tournant. Elle devrait enregistrer tôt ou tard un changement
important de paradigme. Peut-être pourra-t-on mieux comprendre la
logique profonde du monde quantique, notamment le mécanisme permettant
de générer des univers, semblables ou différents du nôtre. Certains
comptent pour cela sur ce que révélera le Large Hadron Collider du Cern
quand il entrera en service, mais pour le moment il s'agit de simples
vÅ“ux de leur part. Il n'est pas exclu non plus, autre possibilité,
qu'une illumination vienne un jour d'une direction totalement
inattendue. Quand on dit que la science ne fait pas rêver…
*/Notes
/*/(1) Voir Paul Davies, Laying down the laws, Newscientist, 30 juin
2007, p. 32.
(2) Voir Hawking-Hertog, Populating the Landscape: A Top Down Approach
http://www.arxiv.org/abs/hepth/0602091
(3) Voir Aharonov et Tollaksen, Juin 2007, New insights on time symmetry
in quantum mechanics, http://www.arxiv.org/abs/0706.1232
(4) Voir Zeeva Merali, Quantum reality, Darwinian style, NewScientist,
30 juin 2007, p. 18.
(5) Voir Avril 2007, Robin Blume-Kohout et Wojciech H. Zure, Quantum
Darwinism in quantum Brownian motion: the vacuum as a witness :
http://eprintweb.org/S/authors/All/zu/Zurek/2 aussi
http://www.arxiv.org/abs/0704.3615
(6) Voir notre article : John John Mac Fadden, Quantum Evolution :
http://www.automatesintelligents.com/interviews/2002/mai/mcfadden.html
(7) Voir notre article : Seth Lloyd, Programming the Universe :
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2006/avr/lloyd.html
(8) Voir Michaël Brooks, Reality Check, NewScientist, 23 juin 2007 p. 30.
(9) Voir notre article: MMS, Sur le tissage des connaissances :
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2006/sep/mms.html
(10) Voir Lee Smolin et Fotini Markopoulou, Disordered locality in loop
quantum gravity states : http://www.arxiv.org/abs/gr-qc/0702044/
<http://www.arxiv.org/abs/gr-qc/0702044>
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>** **
------------------------------------------------------------------------
**De la connaissance à l'action ****
** Robert Vallée
Professeur émérite à l'Université Paris-Nord
Président de la World Organisation of Systems and Cybernetics
r.vallee (arobase) afscet.asso.fr
/Dans le n°79 de La Revue Automates Intelligents, nous avions présenté
l'ouvrage «Cognition et système. Essai d'épistémo-praxéologie» que le
professeur Robert Vallée avait publié en 1995 (L'Interdisciplinaire,
Limonest). A notre demande, il a bien voulu compléter cette présentation
par l'article ci-dessous, en insistant sur l'aspect épistémologique
étendu à la décision et à l'action. Nous l'en remercions vivement. AI/
La cybernétique du second ordre, telle qu'elle a été proposée par Heinz
von Foerster dans les années 80, insiste sur l'importance de
l'observation : non seulement les systèmes peuvent être observés mais
ils peuvent aussi observer. Même la simple rétroaction implique à chaque
instant l'observation de l'écart entre ce qui est réalisé et ce qui est
désiré. Ceci implique un « opérateur d'observation », au sens
mathématique de terme, (Vallée, 1951, « Sur deux classes d' ‘opérateurs
d'observation' », Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, t. 233,
1350-1351). Un système, que nous dirons cybernétique, observe à la fois
son environnement et lui-même. En d'autres termes il observe l'univers,
ou plus précisément son état, à travers un « opérateur d'observation »
agissant, inévitablement, sur le passé et le présent des signaux qui lui
parviennent et non pas seulement sur leur présent. Dans l'observation
faite à un instant donné il y a ainsi une trace des observations
passées. Fondées sur les résultats de l'observation, des décisions sont
prises qui engendrent des actions. Intervient donc un opérateur de
décision qui transforme l'histoire des observations faites en l'histoire
des décisions prises. Cet opérateur agit sur le passé et le présent des
observations faites. Les systèmes cybernétiques non seulement observent
mais ils décident. Il y a donc une « cybernétique du troisième ordre »
qui complète celle du second ordre. En fait, l'observation ne peut être
séparée de la décision et donc de l'action engendrée. Un système,
capable de décider, modifie son environnement et lui-même. Apparaît
alors une boucle au sein de l'univers constitué par le système et son
environnement. Une synthèse de l'observation, de la décision et de
l'action paraît nécessaire. Nous proposons de l'appeler «
épistémo-praxéologie » (Vallée,1975, « Observation decision and
structure transfers in systems theory, », in Progress in Cybernetics and
Systems Research, R. Trappl (ed.), vol.1, 15-20, Hemisphere Publishing
Corporation, Washington) pour montrer le lien qu'elle établit lien entre
l'observation (la perception), la connaissance au sens le plus large
(épistémè) et l'action (praxis).
Une présentation plus précise du concept d' « opérateur d'observation »
nécessiterait un appareil mathématique un peu lourd. Contentons-nous de
dire que si x(t) représente, à l'instant t, l'état de l'univers
(environnement et système) ou encore que si x est la fonction de t
définie par x(t), l'action de l'opérateur d'observation O se traduit par
y = O(x), où y est la fonction y(t) décrivant l'évolution des
observations (ou perceptions) faites par le système. Ainsi y est une «
image épistémologique » de x. De nombreux exemples peuvent être donnés
dans le cas linéaire (filtrage de fréquences par exemple) qui conduisent
à des considérations algébriques. Le problème de l'indiscernabilité de
deux évolutions x et x' se présente en des termes simples. Si
l'opérateur O possède un inverse, à deux évolutions distinctes x et x'
correspondent deux évolutions perçues distinctes y = O(x) et y'= O(x').
Par contre si O ne possède pas d'inverse, ce qui est le cas général et
qui incite à dire que « la nature a horreur de l'inversibilité », on
peut avoir y = O(x) = O(x') avec x différent de x'. Les évolutions x et
x' sont perçues de la même façon, on peut dire qu'il a une «
indiscernabilité épistémologique » qui trahit certains traits «
subjectifs » des capacités d'observation du système. Nous avons ici le
point de départ d'une « épistémologie mathématique » (Vallée, 1975, cf.
plus haut). Poursuivant dans cette direction, si W est l'ensemble de
toutes les fonctions d'évolution x de l'univers et O(W) l'ensemble des
évolutions y perçues par le système, on peut dire que O(W) est,
métaphoriquement, un « écran » sur lequel apparaissent les images y des
x. Mais O(W) est généralement muni de structures intrinsèques, fait qui
influence la nature des structures que le système est « tenté »
d'attribuer à l'ensemble W a priori amorphe. Ce phénomène, signalé dans
un contexte voisin par Léon Motchane, peut être retrouvé dans le cadre
du formalisme des «opérateurs d'observation» sous le nom de ce que nous
appelons «transfert inverse de structures».
Ce processus de transfert inverse n'est pas sans rapport avec la
métaphore de la caverne de Platon, proposée dans « La République ». Dans
ce lieu souterrain vivent des hommes, enchaînés depuis l'enfance,
capables seulement d'observer ce qui est en face d'eux au fond de la
caverne. Dans la direction opposée, derrière ces prisonniers, se trouve
un feu et entre ce feu et eux-mêmes il y a un mur le long duquel se
déplacent des statues et des objets portés par des gens cachés par le
mur. Les hommes enchaînés voient seulement les ombres projetées sur le
fond de la caverne qui joue le rôle d'un écran. Leur connaissance de
l'univers se réduit à ces ombres mouvantes et quand ils entendent des
sons ou des voix, ils croient qu'ils proviennent des ombres elles-mêmes.
Cette partie optique de la métaphore qui considérée dans sa totalité a
pour but ultime la théorie des « idées » proposée par Platon, peut être
vue comme une présentation de la perception imparfaite engendrée par un
« opérateur d'observation ». Deux objets différents peuvent avoir la
même ombre, la structure même du fond de la caverne est transférée
subjectivement aux objets, ne serait-ce que sa bi-dimensionalité et ses
irrégularités. D'autres métaphores philosophiques pourraient être
invoquées, par exemple celle des verres colorés de Kant, mais aucune n'a
la force, ni la poésie, de celle de Platon.
Comme nous l'avons dit, un système cybernétique est aussi capable de
décider. L'opérateur d'observation O transforme la fonction x, décrivant
l'évolution de l'univers (environnement et système), en la fonction y
décrivant l'évolution des perceptions du système. De la même façon
l'opérateur de décision D, agissant sur y, donne la fonction z décrivant
l'évolution des décisions prises z = D(y). Celle-ci est une fonction de
commande des effecteurs du système. On peut estimer artificiel de
considérer les opérateurs O et D séparément et plus réaliste de
s'intéresser à leur action conjointe. En effet x donne y et y donne z =
D(y) = DO(x). Si nous représentons le produit DO par un opérateur unique
P, que nous appelons « opérateur pragmatique », nous avons z = P(x). P
donne une « image pragmatique » z de x, c'est-à-dire une description de
l'évolution x de l'univers, comme le fait y. Mais ici c'est le langage
des décisions et non plus celui des perceptions qui est utilisé. D'un
point de vue mathématique les propriétés de P sont analogues à celles de
O : « indiscernabilité pragmatique », « transfert inverse pragmatique »
qui sont autant de concepts importants de l' « épistémo-praxéologie ».
Le « système cybernétique », que nous avons considéré, observe
l'environnement et lui-même (donc l'univers), décide et agit sur
l'environnement et lui-même. Mieux, il observe l'univers à travers une
partie de lui-même, de même quand il agit, circonstances favorables à
quelque « harmonie préétablie ». Par ailleurs ce système cybernétique
est un sujet qui observe un objet (l'environnement) et qui, s'observant
lui-même, est aussi objet. C'est donc un « sujet-objet » et non un
simple sujet comme dans l'épistémologie et la praxis classique. Ses
capacités d'observation et d'action sont limitées par les défauts des
opérateurs d'observation, de décision et aussi par les infirmités des
opérateurs d'effection. Cas extrêmes : un organe de la vue ne peut se
voir, un organe du tact se toucher. À l'observation, la décision et
l'action sont attachées des valeurs particulières : le vrai, le
justifié, le réalisable. L'accès à ces valeurs ne peut être que partiel,
compte tenu de ce que nous venons de dire des opérateurs concernés.
Néanmoins, même si le système cybernétique observe, décide et agit de
façon imparfaite, il transforme et l'environnement et lui-même. Le sujet
en co-évolution avec l'objet participe à une auto-construction de
l'univers qu'ils constituent. Il y a là ce que nous pouvons appeler un «
constructivisme bien tempéré », loin de tout solipsisme.
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
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**Sur les cerveaux de Boltzmann **
par Jean-Paul Baquiast
22/08/07
/Voir aussi notre article dans ce numéro:
Pourquoi les lois fondamentales de la physique paraissent-elles ajustées
pour permettre la vie et la conscience ? <#art1>/
/Ludwig Eduard Boltzmann /
Un article récent de Mason Inman, dans le NewScientist du 18 août 2007,
p. 20 (voir Spooks in Space
<http://www.newscientist.com/channel/fundamentals/mg19526171.100-spooks-in-space\
.html>)
soulève un curieux problème, qui ne semble intéresser que quelques rares
cosmologistes théoriciens du multivers, tels Don Page et Andrei Linde.
Il s'agit d'une hypothèse selon laquelle les fluctuations de l'énergie
du vide pourraient faire apparaître de façon aléatoire des «
observateurs » dits /Boltzmann Brains/, lesquels pourraient venir en
concurrence avec les observateurs humains dans l'observation de l'univers.
Le concept de cerveau de Boltzmann, ou /Boltzmann Brain/, dénommé aussi
paradoxe du cerveau de Boltzmann (qu'il ne faut pas confondre avec le
concept de machine de Boltzmann désignant un certain type de réseaux de
neurones) a été développé récemment à partir d'une intuition déjà
ancienne due à Ludwig Boltzmann (1844-1906).
Un cerveau de Boltzmann serait une entité consciente née d'une
fluctuation aléatoire provenant d'un état fondamental de chaos
thermique. Boltzmann ne connaissait évidemment pas la physique
quantique. Mais il avait cherché à comprendre pourquoi nous observons un
haut degré d'organisation dans l'univers (ou bas niveau d'entropie)
alors que la seconde loi de la thermodynamique professe que l'entropie
devrait augmenter sans cesse. Dans ce cas, l'état le plus probable de
l'univers devrait être proche de l'uniformité, dépourvu d'ordre et
présentant par conséquent une entropie élevée.
Boltzmann avait formulé l'hypothèse selon laquelle nous-mêmes et notre
univers, nous serions les résultats de fluctuations se produisant au
hasard au sein d'un univers à entropie élevée. Même au sein d'un état
proche de l'équilibre, on ne peut exclure de telles fluctuations dans le
niveau de l'entropie. Les plus fréquentes seraient relativement petites
et ne produiraient que de bas niveau d'organisation. Mais
occasionnellement, et de façon de plus en plus improbable en fonction de
l'élévation du niveau d'organisation, des entités plus organisées
pourraient apparaître. Pourquoi n'en observons-nous pas davantage ?
Parce que vu les dimensions considérables de l'univers ces entités
hautement organisées sont très rares à notre échelle d'espace-temps. De
plus, par un effet de « sélection », nous ne voyons que le type
d'univers hautement improbable qui nous a donné naissance, et non
d'autres éventuellement différents. Il s'agit là de l'application avant
la lettre, par Boltzmann, du principe anthropique faible.
*La concurrence de niveaux d'organisation moins élevés*
Ceci conduit au concept de cerveau de Boltzmann. Si le niveau
d'organisation de notre univers, comportant de nombreuses entités
conscientes, est le résultat d'une fluctuation au hasard, son émergence
est bien moins probable que celle de niveaux d'organisation moins
élevés, seulement capables de générer une seule entité consciente,
elle-même plutôt rustique. Ces entités devraient donc être d'autant plus
nombreuses que serait élevée la probabilité de leur apparition. Ainsi
devraient exister des millions de cerveaux de Boltzmann isolés flottant
dans des univers faiblement organisés. Il ne s'agirait pas
nécessairement de cerveaux tels que nous les connaissons, mais seulement
de structures suffisamment organisées capables de jouer le rôle
d'observateurs tels que le sont les humains quand ils observent leur
univers.
C'est ici que l'on rejoint la science moderne, notamment la cosmologie.
Celle-ci postule que ce que nous observons, donnant naissance aux lois
de la physique, s'applique à l'univers tout entier. Dans la physique «
réaliste », l'univers « en soi », existant indépendamment des
observateurs, est donc conforme à ce que nous observons. Pour notre
part, dans le présent article, afin prendre en compte la relation entre
l'observateur et l'observé introduite par la physique quantique, nous
dirions que ce que nous observons décrit un certain type de relations
entre l'observateur et l'observé, typique de l'univers tel qu'il nous
apparaît. Si nous retenons l'hypothèse constructiviste développée par
certains physiciens quantiques, nous irons plus loin. Nous supposerons
que ce que nous observons décrit un univers créé par la relation entre
l'observateur que nous sommes et l'observé que nos instruments nous
permettent de caractériser. Mais dans tous les cas, la position unique
d'observateur qui est la nôtre devrait nous permettre d'affirmer que
l'univers tel que nous l'observons (ou le construisons) est lui-même unique.
Ce ne serrait plus le cas si, conformément à l'hypothèse des cerveaux de
Boltzmann, il existait des myriades d'observateurs observant un univers
plus global que celui que nous observons. Ceux-ci pourraient être si
nombreux, dans un futur de plusieurs milliards d'années, qu'ils nous
remplaceraient en tant qu'observateurs. De ce fait, l'univers que nous
avons cru pouvoir décrire perdrait toute pertinence. Des visions du
cosmos profondément différentes de celles que nous en avons pourraient
remplacer la nôtre. Il ne s'agirait d'ailleurs pas de simples visions
virtuelles mais en fait d'univers différents qui se substitueraient au
nôtre, si l'on retient l'hypothèse que les univers naissent de
l'interaction entre observé et observateur.
*Des fluctuations dans l'énergie du vide*
Selon Andréi Linde, de Stanford, cité par Mason Inman, ce ne sont plus
des fluctuations dans le niveau d'entropie qui généreraient des cerveaux
de Boltzmann, mais des fluctuations dans la force répulsive, qualifiée
d'énergie noire, constante cosmologique ou énergie du vide. On retrouve
là les hypothèses déjà familières relatives à l'énergie du vide. Il est
à peu près admis que le vide quantique fluctue puisque par définition,
les «particules» qui le peuplent ne peuvent être au repos. Il peut en
émerger de façon aléatoire des couples de particules-antiparticules qui
s'annihilent, mais aussi des photons voire des atomes qui interagissent
avec la matière ordinaire. Rien n'interdit de penser que sur une durée
de temps suffisante, puisse se produire une émergence d'objets plus
complexes. Il s'agirait de phénomènes très improbables mais non
entièrement impossibles.
La probabilité d'apparition d'une entité consciente répondant aux
caractéristiques du cerveau de Boltzmann serait si faible qu'aucune
d'entre elles, dit-on, n'aurait eu la chance de se matérialiser pendant
les 13,7 milliards d'années correspondant à l'histoire de notre univers.
Mais si celui-ci s'étend indéfiniment sous la pression de l'énergie
noire, sa durée de vie s'étend elle-même sans limites et les chances de
voir apparaître des cerveaux de Boltzmann augmentent considérablement.
Ces cerveaux, il est vrai, n'observerait plus un univers tel que nous
connaissons, mais des espaces uniformes, froids et noirs, inhospitaliers
pour nos formes de vie. Alors nos propres intelligences auraient depuis
longtemps disparu et la forme d'intelligence incarnée par ces cerveaux
dominerait le cosmos entier.
Nous n'évoquerons pas dans ce court article les tentatives des
cosmologistes pour qui l'hypothèse des cerveaux de Boltzmann mérite
d'être approfondie. Ils s'efforcent de rendre compatible cette hypothèse
avec d'autres plus traditionnelles, mettant en scène l'inflation (une
inflation éventuellement non limitée dans le temps) et l'émergence de
bébés-univers au sein d'un multivers plus général. Nous avons plusieurs
fois dans cette revue indiqué notre défiance vis-à-vis de tels modèles,
qui pour le moment ne paraissent pas pouvoir être testés expérimentalement.
*Les cerveaux de Boltzmann peuvent-ils être déjà parmi nous ? *
Mais il nous semble que, plus immédiatement, des hypothèses exploitant
le concept des cerveaux de Boltzmann mériteraient d'être formulées.
Peut-être même pourrait-on essayer de les vérifier. La possibilité de
voir émerger, dans notre monde matériel, à partir de l'énergie du vide,
des objets complexes pouvant éventuellement prendre la forme d'entités
intelligentes ne serait pas à exclure. Le fait que cette émergence soit
hautement improbable, sur la trop courte période de 14 milliards
d'années, n'interdit pas en effet qu'elle ait pu se produire, au moins
une fois. Point n'aurait été pour cela besoin d'attendre des trilliards
d'années. Ainsi, si mes chances de gagner à la loterie sont infimes,
rien ne m'interdit en termes de probabilités de gagner dès le premier
coup, quitte à ce que cette éventualité ne se reproduise plus avant des
millions d'années.
Autrement dit, un ou plusieurs cerveaux de Boltzmann, incorporés à des
ensembles d'atomes plus ou moins organisés, auraient déjà pu apparaître
dans notre monde à partir de l'énergie du vide. Certains d'entre eux se
sont peut-être développés dans des parties de l'univers que nous ne
connaissons pas ou que nous ne connaîtrons jamais, compte tenu de
l'expansion. Pourquoi, de la même façon, ne pas faire l'hypothèse que
l'intelligence des systèmes biologiques dont nous sommes des composants
puisse être née d'une émergence de cette nature. Dans cette même ligne
de conjectures, nous ne pouvons pas exclure la possibilité de voir un
cerveau de Boltzmann se matérialiser dans notre monde sous une forme et
dans des circonstances que nous n'aurions évidemment pas pu prévoir. Il
serait paradoxal que si ce phénomène pour le moins surprenant se
produisait sous nos yeux, nous l'attribuions à la manifestation d'un
extra-terrestre – voire pour les esprits religieux à un miracle – alors
qu'il ne s'agirait que d'une manifestation banale du monde quantique
sous-jacent, monde dont nous ne connaissons encore pratiquement rien.
Dans l'article sur les lois fondamentales de la physique, référencé en
exergue, nous évoquions plusieurs hypothèses pouvant justifier le fait
que ces lois sont ce qu'elles sont. Certaines de ces hypothèses
pourraient utilement être rapprochées de celle des cerveaux de Boltzmann
telle que présentée dans ce dernier paragraphe du présent article. L'une
de ces hypothèses, qualifiée de darwinisme quantique, s'accommoderait
très bien du concept de cerveau de Boltzmann. Nous écrivions dans cet
article : /" Autrement dit, des «bulles d'univers», dotées de temps et
d'espace locaux, sont aléatoirement créées (à partir du vide quantique).
Certaines sont annihilées, d'autres se développent. On peut faire
l'hypothèse que notre univers a été le produit d'une de ces
fluctuations. Une particule quantique aurait vu sa fonction d'onde
réduite et se serait retrouvée sous la forme d'une particule matérielle
ou macroscopique dont les propriétés auraient été favorables à la
création de particules plus complexes par « observation » du monde
quantique environnant. Des décohérences et des computations en chaîne en
auraient résulté, d'où seraient sortis le monde que nous connaissons et
les lois d'organisation des objets physiques, biologiques et même
mentaux qui régulent son développement." /
Dans l'hypothèse du darwinisme quantique, les décohérences en chaînes se
seraient produites à partir de l' « observation » des entités quantiques
fondamentales qu'aurait réalisé une première particule matérialisée. On
comprendrait mieux les pouvoirs générateurs de cette observation si, à
la place d'une particule unique, c'eut été un cerveau de Boltzmann tout
armé, c'est-à-dire un observateur disposant déjà d'une organisation
matérielle complexe, avec ses règles émergentes, qui aurait observé le
monde quantique. Ce cerveau-observateur aurait généré de ce fait notre
univers actuel, régulé par les lois que nous connaissons. Ces lois
elles-mêmes ne seraient autres que celles selon lequel aurait été
organisé (de façon évidemment totalement aléatoire) le
cerveau-observateur de Boltzmann originaire du tout premier instant de
notre temps et de la toute première particule de notre espace.
*Pour en savoir plus*
** Voir, concernant Boltzmann et l'entropie, l'article de Wikipedia dont
nous nous sommes inspirés. Voir aussi les textes cités en référence.
http://en.wikipedia.org/wiki/Boltzmann_brain
** Predicting the Cosmological Constant from the Causal Entropic Principle
par Raphael Bousso, Roni Harnik, Graham D. Kribs, Gilad Perez
http://www.arxiv.org/abs/hep-th/0702115
<http://www.arxiv.org/abs/hep-th/0702115>
© Automates Intelligents 04/09/2007
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*Autres articles parus sur le site Automates Intelligents*
Daniel Tammet, le calculateur-prodige
<http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/aout/tammet.html>,
par Jean-Paul Baquiast
Bouddhisme et physique quantique
<http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/aout/kohl.html>,
par Christian Thomas Kohl
Agrocarburants, aujourd'hui et demain
<http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/aout/agrocarburant.html>,
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
L'effet papillon dans l'effet papillon
<http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/aout/effetpapillon.html>,
par Stéphane Jourdan
Sur l'agrobiologie
<http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/juil/gernez.html>,
par Joël Gernez
La ville, avenir de l'homme
<http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/juin/verticalfarm.html>,
par Jean-Paul Baquiast
© Automates Intelligents 04/09/2007
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*Du côté des labos*
**La vision sémantique chez les robots **
par Jean-Paul Baquiast
22/08/07
Il est devenu banal d'envisager que les robots, naviguant sur le web,
puissent apprendre à utiliser tous les documents écrits dont celui-ci
regorge. Cela peut faire peur, car avec les systèmes automatiques de
gestion des connaissances, le moindre robot pourra devenir infiniment
mieux informé que le mieux informé des humains. Comme l'information
contribue à l'intelligence, celle des robots pourra croître de façon
exponentielle.
Mais une connexion même permanente avec les textes du web ne suffira pas
pour que les robots puissent naviguer efficacement dans notre monde
peuplé d'images, images d'objets ou images d'êtres vivants. Ils devront
apprendre à identifier ces images, non seulement de façon automatique,
sur le mode déjà connu de la reconnaissance des formes, mais en
découvrant leur « sens », c'est-à-dire les signification que nous
humains attribuons aux objets, les usages que nous en faisons, les
projets que nous nourrissons à leur égard. Seule la compréhension de ce
qu'on appelle aussi le contenu sémantique des symboles visuels permettra
aux robots de conférer des sens à leurs propres actions et de devenir
des êtres intentionnels autonomes
C'est ainsi que si le robot ne distingue pas entre l'image d'une banane
en vraie grandeur et celle d'un lampadaire en forme de banane, il ne
pourra pas dialoguer avec un vendeur du rayon fruits d'un super-marché.
Ce vendeur ne s'intéresse qu'à la première et saura la distinguer
immédiatement de l'objet orné (si l'on peut dire) d'une banane en
plastique vendu par son collègue au rayon Luminaires du même magasin.
Mais comment fournir au robot le répertoire d'images lui permettant
d'enrichir son regard et de le charger d'intentionnalités. La réponse là
encore se trouve dans le web. On sait que les moteurs de recherche
fournissent désormais, parallèlement à la référence aux textes, la
référence aux images, de plus en plus nombreuses, qui accompagnent ces
textes. Mais l'interprétation de ces images n'est pas immédiate. C'est
l'étude des solutions proposées dans ce but par un certain nombre de
laboratoires qui a fait l'objet du récent Semantic Robot Vision
Challenge SRVC, organisé en juillet 2007 lors de la conférence annuelle
de l'Association Américaine pour l'Intelligence Artificielle à Vancouver.
Il est facile de programmer un robot pour lui permettre d'utiliser une
image, par exemple celle d'une banane, afin de reconnaître une vraie
banane dans un environnement réel. A partir de cette image, il déduira
les formes extérieures et la couleur du fruit qu'il comparera avec les
messages reçus de ses capteurs et provenant de l'objet. Il ne pourra
donc pas confondre la banane avec un autre objet également présent, par
exemple une lampe de chevet en forme de banane.
La tomate, dite "banane"Mais si le robot n'a jamais vu d'image de banane
auparavant, comment pourra-t-il identifier une banane réelle ? Comment
la distinguera-t-il, par exemple, non seulement d'une lampe mais d'une
tomate dite banane, elle-même de couleur jaune (photo ci-contre).
Comment, tâche aussi difficile, pourra-t-il rejeter des images associées
au terme de banane par le web et désignant en fait un objet tout
différent, par exemple un type de costume de bain vendu sous ceBanana
moon qualificatif (image: Banana Moon, 2 pièces) Les humains font
facilement ces distinctions car ils associent à chaque image
d'innombrables souvenirs fournissant des informations permettant de
faire la distinction entre des objets relativement comparables,
notamment en fonction de l'usage qu'ils en font.
Différents laboratoires construisent actuellement des logiciels
permettant aux robots d'extraire des images du web et de les utiliser
pour donner un sens aux concepts représentés. Les 4 équipes ayant
participé au SRVC de Vancouver ont présenté des solutions voisines. Une
liste de 20 objets (désignés par leur nom) avait été donnée aux robots.
Ces objets étaient physiquement présents dans un environnement de
démonstration de 6 mètre2. Les robots avaient une heure pour rechercher
sur le web les images correspondant aux mots de la liste et les
analyser. Ensuite, ils devaient retrouver les objets réels correspondant
aux mots et aux images associés.
*Un Challenge couronné de succès*
La première phase du travail consistait à transformer les centaines
d'images obtenues pour chaque mot, par exemple le mot banane (faites le
vous-mêmes sur Google et vous verrez) en une description permettant de
reconnaître la banane réelle de la salle de démonstration et la
distinguer des autres 19 objets présents. Pour cela le logiciel fourni
aux robots leur permettait d'identifier dans les images de banane
recueillies sur le web des formes ou patterns caractéristiques du fruit
en question, afin de les distinguer de formes voisines mais non
caractéristiques. Il fallait à cette fin supposer que la majorité des
images collectées concernait des bananes et non des tomates, des lampes
ou des costumes de bain. C'est bien sur ce principe que fonctionnent les
moteurs. Personne ne s'étonnera que les textes et images les plus requis
par les internautes et correspondant au mot-clef banane, correspondent à
des bananes-fruits. Une représentation ou image type pouvait alors être
élaborée, servant au logiciel à éliminer les images s'éloignant de ce
modèle. Inutile de souligner que, même pour une tâche qui ainsi décrite
paraît élémentaires, il faut disposer d'outils de reconnaissance des
formes très performants.
Une fois équipé de cette image type, le robot prenait des vues (avec par
exemple une caméra stéréo) des objets de l'espace de démonstration. Il
les comparaît avec l'image type et, en cas de ressemblance, déclarait
avoir identifié l'objet cherché. Un robot particulièrement évolué,
baptisé Curious George, put ainsi reconnaître 7 des 20 objets. Les
autres obtinrent de moins bons résultats, en partie parce que leurs
capteurs ne leur permettaient pas de différencier suffisamment les
objets observés.
Les programmes encore primitifs ainsi mis en démonstration
s'amélioreront dans l'avenir en fonction de l'apprentissage qu'en feront
des robots interagissant avec des environnements de plus en plus riches
et appelés à résoudre des problèmes d'identification de plus en plus
complexes. Comme parallèlement le web s'enrichira, là aussi de façon
automatique accélérée, avec des contenus de plus en plus significatifs,
textes et images, l'avenir de l'intelligence intentionnelle robotique
paraît assurée.
On se demandera quel usage les robots feront des nouvelles capacités que
le traitement des images associées à des concepts et fournies par le web
leur offrira. Les chercheurs voudraient que des robots domestiques ou
industriels ainsi équipés puissent développer leurs capacités
d'identification des objets dans des environnements réels. Mais au-delà
de ces usages, nous retrouvons la problématique posée en introduction.
Quand les robots seront capables de faire appel en des temps très courts
aux millions de concepts et d'images fournies par les moteurs de
recherche moderne, leurs capacités de jugement autonomes s'inscriront
sur une courbe qui dépassera rapidement celles des humains. Le web sera
devenu un de leur territoire sémantique et ils ne s'en laisseront
peut-être pas écarter facilement.
*Pour en savoir plus*
Le sujet est chaud, aux Etats-Unis tout au moins. On trouve sur Google,
au 22 août, 550.000 pages sur le sujet ou sur des sujets voisins
** Résultats du Challenge sur le blog Artificial Intelligence and Robotics
http://smart-machines.blogspot.com/2007/07/
semantic-robot-vision-challenge-video.html
<http://smart-machines.blogspot.com/2007/07/semantic-robot-vision-challenge-vide\
o.html%20>
** Le site de SRVC http://www.semantic-robot-vision-challenge.org/
** Article du NewScientist /I Google, therefore I am/ 18 août 2007, p. 22
© Automates Intelligents 04/09/2007
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**Vers des robots conscients
**par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
15/06/07
La revue /NewScientist/ du 19 mai 2007, p. 30, rapporte les expériences
impliquant les robots Nico (Yale) et Leonardo (MIT) et visant à
développer des comportements qui chez un animal (ou un humain)
permettraient de parler de conscience de soi.
*Nico *
Le chercheur en intelligence artificielle Kevin Gold, sous la direction
du Pr. Brian Scassellati du Social Robotics Lab de Yale, développe des
modèles intéressant l'acquisition du langage et la reconnaissance de soi
en utilisant un robot nommé Nico. Celui-ci, en service depuis quelques
années au sein du laboratoire, est désormais capable d'identifier son
image dans un miroir et de distinguer entre l'émetteur et le récepteur
d'un message parlé. Ces recherches devraient permettre de préciser les
modalités d'interaction entre les humains et les robots. Mais, plus
généralement, elles seront utiles pour éclairer la façon dont les
animaux et les jeunes enfants procèdent quand ils font preuve de
comportements analogues.
Le robot NicoOn sait que la reconnaissance de soi a été identifiée
depuis longtemps chez des animaux supérieurs, notamment à l'occasion du
test dit du miroir. Un chimpanzé marqué d'une tache de peinture rouge à
la face et la voyant dans le miroir tente de l'enlever, prouvant ainsi
qu'il associe l'image dans le miroir à l'image plus globale qu'il a de
lui. Des tests plus sophistiqués confirment ce premier diagnostic.
Certains chercheurs en déduisent qu'en conséquence le chimpanzé se rend
compte de ce que les autres perçoivent de lui. Ceci serait important
pour expliquer l'élaboration des hiérarchies sociales au sein du groupe.
Mais on ignore encore si l'animal a conscience de son apparence globale,
ce qui lui permettrait de l'identifier dans le miroir ou si, de façon
moins complexe, il se borne à percevoir les mouvements affectant son
image lorsque celle-ci est reflétée par le miroir.
Nico, pour ce qui le concerne, ne dispose, grâce à une programmation
ingénieuse que nous ne décrirons pas ici, que de la capacité de
s'identifier dans le miroir à partir de la perception du mouvement d'un
élément de son corps, par exemple un de ses bras. Le robot classe tout
ce qu'il perçoit en trois catégories, le soi, l'autre et l'inanimé, en
utilisant des paramètres qui ont été implémentés dans sa mémoire. Pour
s'identifier, Nico bouge un de ses bras et au vu de ce mouvement dans le
miroir classe ce qu'il voit dans la catégorie du soi.
On dira que ceci est très loin d'une conscience de soi, même sommaire,
telle qu'elle peut se manifester chez des animaux. En effet, il s'agit
d'un comportement analysé et programmé par des humains. Ne rejoint-on
pas les performances gestuelles et vocales préprogrammées dont de
nombreux robots anthropoïdes se montrent capables. Mais bien que
sérieuse, l'objection ne tient pas si l'on considère que dans la nature,
des associations entre programmes comportementaux très simples ont pu
conduire à des comportements globaux plus complexes comme ceux
aboutissant à la reconnaissance de soi dans un miroir. La même chose
peut donc se produire en robotique. Ce qui sera intéressant de montrer,
dans la suite des interactions entre Nico et son environnement, sera
l'éventuel enrichissement spontané de la conscience de soi du robot,
sans qu'il soit nécessaire à ses concepteurs de pré-programmer et
charger des instructions de commande plus complexes.
Pour la suite, les chercheurs souhaitent que Nico acquière la capacité
de réfléchir à ses propres objectifs aussi bien qu'à ceux des autres.
Ensuite, en faisant la différence entre eux il comprendra les actions
des autres à partir de ce qu'il sait des siennes. Si le modèle qu'a le
robot de lui-même devient assez complexe, il pourra l'utiliser pour
prédire ce que ferait une personne dans une situation donnée.
L'autre orientation actuellement recherchée concerne l'acquisition du
langage. Le robot pourra-t-il apprendre la signification des mots et
leurs usages en fonction de la façon dont les personnes les manipulent.
On sait que de telles recherches, sur des bases un peu différentes, sont
poursuivies en France dans le laboratoire de Sony-CSL.
*Leonardo*
Le robot Leonardo du MITLeonardo est un robot à fourrure construit au
MIT. Il a acquis la capacité de comprendre que quelqu'un d'autre
pourrait croire quelque chose dont on connaît soi-même la fausseté.
C'est ce que l'on nomme la fausse croyance (/false belief/) mise en
évidence par le test du chocolat. On montre à un jeune sujet un film où
un enfant cache un morceau de chocolat dans un tiroir puis s'en va. Sa
mère survient alors et place le chocolat ailleurs. Un très jeune sujet
prédira que l'enfant du film cherchera le chocolat là où la mère l'a
mis. Il est incapable de voir le monde par les yeux d'un autre. A partir
de 4 à 5 ans, au contraire, le sujet prédira que l'enfant du film
cherchera le chocolat là où il n'est pas, c'est-à-dire dans le tiroir,
puisque l'enfant du film n'est pas supposé savoir où la mère a placé le
chocolat.
Les chercheurs Cynthia Breazeal et Jesse Gray, du MIT, utilisent des
logiciels de reconnaissance des visages, des formes et de la voix afin
de permettre au robot Leonardo de se doter d'un «cerveau» qui lui soit
propre, rassemblant une liste d'objets et d'événements identifiés qu'il
sait identifier. Quand il perçoit un nouveau visage, il se dote d'un
nouveau «cerveau» qui traite l'information comme il le fait lui-même,
tout en voyant le monde selon le point de vue de la nouvelle personne.
Ainsi, contrairement à ce qu'il fait pour son propre compte, Leonardo ne
prend pas en compte dans le cerveau qu'il attribue à la personne
étrangère des objets ou des évènements que celle-ci ne pourrait pas
percevoir (si par exemple elle avait quitté la salle). Ainsi la capacité
de se représenter les croyances des autres permet à Leonardo de mieux
comprendre leurs objectifs. Ses interactions futures avec eux seront
donc améliorées.
On voit que ces recherches, non seulement conduisent à des robots plus
adaptés aux relations avec les humains, mais permettent de comprendre
les étapes du développement cognitif chez l'enfant, développement
cognitif dont la compréhension n'a pas beaucoup progressé depuis les
observations de Piaget. A nouveau, on peut montrer que des comportements
apparemment complexes découlent de l'interaction de mécanismes beaucoup
plus simples.
*Pour en savoir plus*
** Le Social Robotics Lab de Yale University :
http://gundam.cs.yale.edu/Projects.htm
** Voir aussi http://www.yaledailynews.com/articles/view/19544
** Leonardo au MIT :
http://robotic.media.mit.edu/projects/Leonardo/Leo-intro.html
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
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*Les recherches européennes dans le domaine des robots orientés-émotions
*par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin 25/06/07
Après le programme ECAgents http://ecagents.istc.cnr.it/, dont nous
avions rendu compte et qui s'intéresse particulièrement à l'émergence de
la communication et des langages entre robots interagissant entre eux et
avec les humains, la commission Européenne a décidé d'aborder
directement le domaine, sans doute encore plus complexe, des robots
évolutionnaires plongés dans notre vie quotidienne.
Nous avons plusieurs fois regretté le retard que prenaient les
laboratoires européens dans ces voies de recherche en plein
développement, notamment en Asie (Japon, Corée) pour ce qui concerne les
robots dits de compagnie ou de service et aux Etats-Unis pour ce qui
concerne les robots militaires ou d'application duale (comme les
véhicules robotisés capables de couvrir des distances de centaines de
miles sans assistance). Les sommes consacrés à ces thèmes par ces pays,
dont nous ne pouvons faire le total ici, sont considérables. Ce n'est
pas une raison pour dédaigner ce que pourront faire à l'avenir les
Européens, d'autant plus que beaucoup d'entre eux disposent d'un
savoir-faire conceptuel important. On avait noté par exemple ces
dernières années que Sony avait localisé à Paris son laboratoire
Sony-CSL, responsable des principaux développements du chien Aibo et
aujourd'hui en charge d'autres études avancées dans le domaine de la
robotique évolutionnaire.
Il est donc intéressant de présenter le projet européen Feelix-growing
(http://www.feelix-growing.org/) <http://www.feelix-growing.org/> qui
vient de débuter et qui comporte plusieurs partenaires français. Nous
dirons un mot ensuite de l'association Humaine, /Human Machine
Interaction on Emotion, (/http://www.emotion-research.net/)
<http://www.emotion-research.net/>qui vient d'être créée par une
trentaine de groupes de recherche internationaux, avec la participation
du CNRS, à la suite d'une réunion en juin à Paris. Dans les deux cas,
les recherches visent à développer des robots interagissant avec des
humains dans un certain nombre de situations quotidiennes. Il est donc
nécessaire de les doter d'une sensibilité émotionnelle, les rendant
capables de comprendre et d'exprimer des émotions dans les «langages»
développés depuis des millions d'années par les animaux et les hommes.
Ces communications émotionnelles ne remplaceront pas celles provenant
d'échanges langagiers verbaux, mais les compléteront et les enrichiront.
On parle désormais non plus seulement de robots parlants mais d'
«émorobots» .
Il faut rappeler, à l'attention de tous les réductionnistes qui
prétendent que le langage et les émotions ne peuvent apparaître chez des
machines qu'à condition d'être programmés pas à pas par des ingénieurs,
que ces capacités rapprochant de plus en plus les robots des animaux et
des hommes résultent d'un auto-apprentissage du robot en situation. Dans
le premier cas, on obtenait le robot Aibo qui remuait la queue quand on
lui caressait la tête (source d'ailleurs d'intense émotion chez son
possesseur) parce que les programmeurs de Sony avaient programmé cette
fonction parmi des centaines d'autres. Dans l'autre cas, le robot
apprend de lui-même, comme le fait un animal ou un enfant, au cours d'un
processus éducatif comportant punitions et récompenses, à associer des
signaux reçus du monde extérieur (mimiques, regards, gestes, tons de la
voix, voire odeurs corporelles) à tel ou tel de ses états internes, et à
répondre par ses signaux à lui, au risque évidemment de se tromper et de
devoir se corriger.
Nous sommes là dans le vaste domaine de la programmation génétique ou
évolutionnaire, permettant à une machine dotée d'un nombre suffisant de
capteurs, effecteurs et unités de mémoire, de commencer à se comporter
comme un organisme vivant simple faisant ses premiers pas dans la vie.
Cette hypothèse, banale pour un roboticien moderne, est encore
considérée comme une hérésie par ceux qui associent la vie, la
sensibilité et finalement l'évolution et l'adaptation dite
"intelligente" à l'intervention d'une force extérieure d'origine divine,
ou – ce qui revient au même pour les croyants - à une force d'origine
humaine, l'homme en ce cas étant considéré comme doté de pouvoirs
extra-matériels dont il aurait seul sur Terre l'exclusivité.
Les robots étudiés dans les programmes évoqués ici sont évidemment fort
loin de disposer de conscience artificielle. Mais en théorie, rien
n'interdit cette perspective. Le grand spécialiste des sciences
cognitives Douglas Hofstadter vient de publier un ouvrage «/I am a
strange loop/», Basic Books, 2007 (voir notre recension <#bn3>), où il
démontre par analogies que le Moi supposé conscient et libre de ses
décisions peut très bien émerger d'interactions entre contenus cérébraux
qu'il avait déjà qualifié dans son Å“uvre fondatrice Gödel, Escher, Bach
de «Boucles étranges ou hiérarchies enchevêtrées» (pages 770 et
suivantes de l'édition française de 1985). Nous pouvons retenir l'idée
que les projets européens intéressant les «émorobots» visent à permettre
à ceux-ci de construire spontanément des «boucles étranges». Ceci sous
une pression de sélection très simple : ceux qui n'y arrivent pas, au
terme de nombreux processus d'essais et erreurs, n'ont pas de
perspectives de survie.
*Le projet Feelix growing*
FEEL, Interact, eXpress: a Global appRoach to develOpment With
INterdisciplinary Grounding. Financé par la Commission européenne
(contract FP6 IST-045169, Décembre 2006 - Mai 2010). Budget: 2.5 million €.
*Objet du projet* (Adapté du Project summary
http://www.feelix-growing.org/node/3 )
Pour intégrer les robots à un environnement humain où ils pourront
rendre des services (aide aux personnes, monotoring et surveillance,
loisirs), il ne suffit pas de prendre des produits livrés sur étagère
pour les plonger directement dans la vie sociale. L'adaptation à un
milieu complètement inconnu et changeant, la capacité d'ajustement aux
caractéristiques bien définies de partenaires humains, nécessitent des
dispositions qui ne découleront que d'un apprentissage à long terme,
analogue à celui que reçoivent les enfants, mais se déroulant dans des
délais bien plus courts.
Le projet consiste à explorer sur le mode interdisciplinaire et de façon
intégrée et globale le processus d'un développement en société, conçu
comme riche, flexible, autonome et tournée vers les besoins de
l'utilisateur humain. Dans ce but, le projet se fixe plusieurs objectifs :
* Définition de scénarios intégrant les principaux enjeux et la
typologie des problèmes rencontrés par des agents autonomes
(biologique et robotiques) socialement situés.
* Etude des rôles de l'émotion, de l'interaction, de l'expression et
de leurs interconnections au sein de systèmes robotiques
socialement situés, de façon à améliorer les capacités de ceux-ci
dans les domaines énumérés ci-dessus, puis tester dans le cadre
des scénarios prédéfinis les aptitudes qu'ils auront acquises.
* Intégration de ces aptitudes dans au moins 2 systèmes robotiques
différents et étude des répercussions en découlant sur les
disciplines-mères impliquées.
* Identification des requisits et des étapes permettant d'obtenir
des standards pour la définition des scénarios et la typologie des
problèmes, les métriques d'évaluation, la réalisation de
plates-formes robotique dotées de technologies pouvant être mises
de façon réaliste au contact du public dans la vie quotidienne.
L'approche hautement interdisciplinaire de Feelix Growing conjugue
les théories, les méthodes et les technologies provenant de la
psychologie du développement et de la psychologie comparée, de la
neuro-imagerie, de l'éthologie et de la robotique autonome et
évolutionnaire. Le projet vise à produire des résultats
significatifs pour la communauté scientifique dans deux domaines.
D'une part, les recherches conduites exploreront les questions
encore peu étudiées découlant de l'interaction croissante entre
des technologies de plus en plus nombreuses et des humains dont
les réactions restent mal comprises, que ce soit dans les
robotiques de loisirs, d'aide au développement et à la
réhabilitation thérapeutique, des services. D'autre part, l'effort
résolument interdisciplinaire entrepris permettra d'établir des
collaborations à long terme entre les disciplines et les
laboratoires.
*Les partenaires* (http://www.feelix-growing.org/node/4)
On dénombre six partenaires6, représentant plusieurs pays européens.
Certains regroupent plusieurs laboratoires. La participation
française est notable . Il faut s'en féliciter, après avoir
longtemps déploré dans nos colonnes le peu de motivations des
chercheurs français - ou ce qui est pire des comités de financement
- pour de tels sujets. Bornons-nous seulement à signaler la PME
Aldebaran, qui seule dans ce groupe conjugue la recherche, les
applications et l'approche commerciale, avec le robot Nao (voir
http://www.aldebaran-robotics.com/. On lira également à ce sujet
notre actualité (20 janvier 2007)
<http://www.automatesintelligents.com/actu/070131_actu.htm>.
*Le réseau HUMAINE*
HUMAINE (/Human-Machine Interaction Network on Emotion/) est un réseau
d'excellence établi au sein du 6e Programme cadre européen de recherche,
dans la section des technologies de la société de l'information IST
(Information Society Technologies) Thematic Priority IST-2002-2.3.1.6
Multimodal Interfaces.
Le contrat dédié au réseau (Contrat no. 507422) a débuté le 1er janvier
2004 pour une durée de 4 ans. Il associe 33 partenaires dans 14 pays. Le
travail est donc largement entamé. Il a pris de nombreuses directions et
ne peut être résumé ici. On se rendra sur le site pour apprécier ses
développements. La page Start permet de suivre un fil conducteur
http://emotion-research.net/aboutHUMAINE/start-here
Pour résumer la présentation du programme, nous indiquerons simplement
qu'il a pour ambition de fonder le développement en Europe de systèmes
qui puissent enregistrer, modéliser ou influencer les états émotionnels
chez l'humain. On parlera de systèmes «orientés-émotions». On soupçonne
que de tels systèmes peuvent avoir un rôle important dans les futurs
interfaces hommes-machines mais leur potentiel réel est encore trop peu
étudié pour qu'apparaisse clairement la meilleure façon de les développer.
Ce déficit d'études tient une nouvelle fois à la dispersion des
disciplines qui s'intéressent aux différents aspects d'une approche
nécessairement complexe. Le réseau HUMAINE vise donc à rapprocher les
meilleurs experts des disciplines concernées. Six thèmes
transdisciplinaires ont été identifiés, dans lesquels des recherches
nouvelles ont été engagées: la théorie des émotions, les interfaces
prenant la forme d'échanges de signes ou signaux, la structure des
interactions à consonance émotionnelle, l'émotion dans la cognition et
l'action, l'émotion dans la communication et la persuasion, les usages
possibles des systèmes orientés-émotion.
Les équipes en charge de chacun de ces thèmes mettent en place des
groupes de travail et proposent des guides de développement. Des
sessions plénières permettent de faire des états des lieux
transdisciplinaires. Différentes aides au développement, bases de
données, points de réflexion éthiques et de bonne pratique sont élaborées.
*Observation*
Il n'existe pas encore malheureusement de synthèses générales permettant
aux non-spécialistes de se rendre compte des avancées conceptuelles et
pratiques de cet ensemble de recherches. De même, les conséquences à en
tirer pour la réflexion philosophie et politique intéressant les
relations entre les humains et les robots émotionnels restent encore de
l'appréciation de chacun de ceux qui se seront donné la peine de
naviguer dans les publications. C'est tout à fait dommage, car face aux
chercheurs américains et japonais qui savent beaucoup mieux communiquer,
y compris en présentant des robots anthropomorphes parfois très
rustiques, la recherche européenne continue à passer largement inaperçue
des décideurs et du grand public.
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
*Science, technologie et politique*
**
***Les technologies de souveraineté : usage et utilité en temps de crise
*par Philippe Grasset
/Nous publions à nouveau cette communication de Philippe Grasset au
séminaire “Indépendance de l'Europe et souveraineté technologiqueâ€,
organisé par PanEurope France, Paris, les 28 et 29 avril 2004.
L'actualité le suggère en effet, à un moment ou l'actuel président
français semble intéressé par le renforcement de la souveraineté
européenne. Cette souveraineté passe nécessairement par des programmes
technologiques, où la France compte tenu de ses réalisations passées et
actuelles devrait prendre un des premiers rôles. Bien évidemment ce qui
est écrit dans cet article à propos du Raptor pourrait être transposé
aujourd'hui au cas du Joint Strike Dighter F.35 du même General
Dynamics. On lira sur cette question la réponse à l'intervention d'un
lecteur dans notre rubrique Courrier. /
/Nous ajoutons à ce premier article, dans l'encadré ci-dessous
<#encadre>, le condensé d'un autre article de Philippe Grasset que
celui-ci vient de publier sur son site à la suite de deux déclarations
significatives faites à l'occasion du Salon du Bourget. Celles-ci posent
directement, une nouvelle fois, la question des technologies de
souveraineté et de l'attitude que les Etats européens devraient selon
nous adopter à leur égard. AI/
*Introduction*
1). Nous nous proposons d'évoquer la question des “technologies de
souveraineté†de la façon la plus large possible, en appuyant surtout
sur le phénomène de souveraineté qui fait toute l'originalité du
concept. Si l'on se réfère à la définition de la souveraineté — j'y
viendrai plus loin — il est extrêmement rare, si ce n'est complètement
inédit, de voir un produit de la machine et du machinisme perçu comme un
outil d'affirmation de souveraineté.
2). Cette intervention sera faite selon une division en trois parties :
(1) la première évoque la situation des technologies avancées au travers
de l'exemple du programme d'avion de combat F/A-22 Raptor. (2) La
seconde cherche une meilleure compréhension du phénomène considéré par
un exercice de définition. (3) La troisième s'attache à la situation
française.
3). Les technologies de souveraineté doivent apparaître comme un
phénomène plein de paradoxes. Le premier d'entre eux est que les
technologies de souveraineté, regroupant en général les technologies
avancées, sont par définition fondatrices de la puissance aujourd'hui.
Parallèlement, elles sont en train d'entrer dans une situation de crise
très inattendue, qui a la particularité de reproduire l'un des aspects
de la crise de civilisation qui nous affecte aujourd'hui. Cette
situation de crise est abordée ci-après au travers d'un exemple fameux.
*Le cas du F/A-22 Raptor*
Avion de combat F/A-22 Raptor4). Nous choisissons le cas du programme
américain d'avion de combat F/A-22 pour exposer cette situation de crise
des technologies avancées parce qu'il s'agit d'un des systèmes
militaires les plus puissants en développement, et parce que les
systèmes militaires présentent en général les cas les plus avancés
d'utilisation des technologies.
5). Les Américains ont mis 5 ans et 7 ans respectivement à développer
les avion F-4 Phantom et F-15 Eagle, qui sont les prédécesseurs du
F/A-22 dans la mission dite de “domination aérienne†combinant puissance
et équipements technologiques très avancés. Le programme aboutissant au
F/A-22 a été officiellement installé, comme Advanced Technological
Fighter, en 1981. Le Raptor, au mieux, sera opérationnel en 2007-2008.
Son développement aura duré 26-27 ans, contre 5 et 7 ans à ses
prédécesseurs. Cette extraordinaire disparité pour un programme qui n'a
à aucun moment été freiné par des interventions extérieures (réductions
budgétaires) suggère autre chose qu'une simple dérive bureaucratique.
6). Le F/A-22 est le produit le plus puissant et le plus avancé de
l'intégration des technologies avancées destinées à l'armement et au
combat. C'est pourtant à ce titre que le F/A-22 connaît des difficultés
techniques, qui sont pour une part essentielle la cause des délais qu'il
a connus et de l'incertitude entourant son avenir.
7). Le problème du programme F/A-22 est qu'il est à la fois incapable
d'intégrer toutes les technologies dont il dispose, et qu'il est
prisonnier de ces technologies. Son incapacité d'intégration est
accentuée par le rythme d'arrivée des innovations technologique, qui
nécessitent des modernisations en cours de développement et accroissent
la difficulté d'intégration. Le General Accounting Office a calculé que
les changements de conception en cours de développement ont compté pour
37% des pannes du système général de gestion électronique de l'avion,
qui est son principal problème.
8). Si l'on voulait conceptualiser ces problèmes, on dirait qu'on
assiste à un développement exponentiel des parties aux dépens du tout.
Cela renvoie à un aspect de ce que certains identifient aujourd'hui
comme une crise de civilisation : développement exponentiel des
spécialisations et raréfaction jusqu'à l'aveuglement des visions
globales du monde.
9). On précisera pour en terminer avec le cas du F/A-22 que la méthode
maximaliste d'utilisation de toutes les technologies avancées suivie par
les Américains n'est pas celle des Européens, moins par capacité que par
philosophie. Cela explique des différences importantes, à l'avantage des
Européens.
*Définitions*
10). Nous élargissons maintenant l'analyse en passant à la définition
des technologies dans le concept qui nous occupe. A côté des troubles
nouveaux qui les affectent, ces technologies avancées sont génératrices
de puissance selon les appréciations modernistes de la puissance
(fortement influencées par l'américanisme). Comme le maître de la
puissance suprême est encore l'État, c'est donc la puissance de la
nation dont sont comptables ces technologies. Elles sont par conséquent
justement identifiées comme des technologies de souveraineté.
11). Comme on l'a vu avec le F/A-22, lorsque nous parlons de
“technologies avancéesâ€, nous désignons autant les technologies
elles-mêmes que le processus de leur intégration, — c'est-à-dire un
rassemblement de techniques fonctionnant comme un ensemble, dont
l'intégration est la condition sine qua non pour provoquer un processus
amenant des effets importants, voire révolutionnaires, qui sont des
ruptures de situation. Par définition, les technologies avancées sont
mouvement, et mouvement révolutionnaire. Étant mouvement, elles sont
déstructurantes.
12). Ayant identifié le terme “technologies†de notre concept, nous
passons à la définition de son deuxième terme, — la souveraineté. La
souveraineté est une affirmation collective et identitaire. La
souveraineté désigne une valeur d'enracinement, un lien entre le passé
et l'avenir, une valeur pérenne par essence. La souveraineté tend à
fixer l'éphémère, elle est la mère des orphelins que nous sommes.
13). Plus concrètement, plus historiquement : la souveraineté évolue
selon les situations et les comportements, pour tenter à chaque fois
d'imposer la stabilité qu'implique la transformation d'une convergence
momentanée en une immanence. La souveraineté fixe ce qui peut l'être
dans un temps historique, éventuellement en changeant d'objet (il y eut
la monnaie, aujourd'hui ce n'est plus un attribut de souveraineté. Les
technologies qui ne l'étaient pas hier le sont devenues.)
14). La souveraineté est une tentative constante, à la fois volontaire
et instinctive, d'une communauté, d'une culture, d'une entité politique,
de marquer sa durée dans le chaos de l'histoire, — d'imposer l'ordre au
désordre. La souveraineté, c'est donc la stabilité contre le désordre,
la fermeté de l'enracinement contre l'entropie, la tradition qui fixe
les choses contre le désordre du mouvement qui les défait.
15). Fondamentalement, la souveraineté est une valeur structurante,
puisqu'elle est elle-même une structure. Par rapport aux tendances de
notre temps historique, nous remarquons aussitôt que la souveraineté est
nécessairement l'antithèse de la globalisation déstructurante. Elle est
une résistance dans le sens historique du terme, comme il y eut une
résistance en France en 1940-45, qui se faisait implicitement au nom de
la souveraineté.
*Paradoxe des technologies de souveraineté*
16). Il y a donc dans notre concept de technologies de souveraineté un
formidable paradoxe qui est peut-être ou peut-être pas une
contradiction. Aujourd'hui, l'un des principaux objets de la
souveraineté, valeur structurante par essence, est la technologie
avancée, valeur déstructurante par définition.
17). Ce paradoxe est évidemment une contradiction dans la mesure où il
est une illustration de notre crise générale, notre “crise de
civilisationâ€, qui se réalise dans un affrontement entre forces
déstructurantes et forces structurantes.
18). Au contraire, s'il est bien compris au travers des définitions
précises des deux termes, ce paradoxe peut être une arme d'une
singulière souplesse. C'est là que nous sommes conduits à aborder la
situation de la France, situation inscrite dans le cadre européen et
inspirant ce cadre européen.
*Le cas français dans le contexte européen*
19). Pourquoi la France ? D'abord, parce que ce pays est, par rapport à
la mesure quantitative de la puissance, exceptionnellement avancé du
point de vue des technologies avancées. Il est, en vérité, par l'ampleur
de ses positions en matière de technologies avancées, par la position de
pointe de certaines d'entre elles notamment dans l'armement, au niveau
du meilleur et parfois en avant de lui. D'autre part, la France possède,
au niveau de sa psychologie collective, une exceptionnelle capacité
d'intégration qui lui permet de résoudre souvent le problème de
l'intégration des technologies avancées et de renforcer sa position
actuelle.
20). A côté de cela, la France moderne, en continuation de sa politique
traditionnelle réactivée par le général de Gaulle, a une politique
fondée sur l'indépendance, c'est-à-dire sur l'affirmation de la
souveraineté. Cette position traditionnelle, c'est-à-dire conforme à la
tradition comme à une valeur structurante, fait de la souveraineté le
principe naturel de la position et de la politique françaises. Cette
référence à la souveraineté explique les positions et politiques
fondamentales de la France aujourd'hui, bien mieux que les soupçons
portés contre elle ou les procès qui lui sont faits.
21). On comprend alors combien la France devrait être à l'aise avec
l'actuelle situation des technologies de souveraineté : à la fois tenant
une position au niveau des techniques en attendant de voir où mène
l'actuelle crise, à la fois profitant mieux qu'aucun autre de l'aspect
de souveraineté du phénomène. Cette position satisfaite peut être
activée de manière très enrichissante si elle l'est dans le cadre
européen, la France “européanisant†ses technologies avancées en
affirmant le principe de souveraineté qui les habite, pour que ce
principe serve à toute l'Europe en tant que telle lorsque l'Europe
affirme sa puissance à l'extérieur. Le programme UCAV, lancé par les
Français, proposé en coopération européenne et accueilli avec une très
grande faveur par nombre de pays européens (Suède, Grèce, Italie, etc),
est l'exemple parfait de cette situation.
22). Cela signifie encore : une attitude soutenue à l'exportation,
lorsqu'une vente d'armement doit devenir la fourniture d'un moyen
d'expression de la puissance de la souveraineté en même temps qu'un
moyen d'échange aux niveaux psychologique et culturel. Le but conceptuel
est alors de faire affirmer aux autres la puissance technologique pour
soutenir leur souveraineté, ce qui renforce évidemment le principe
structurant de souveraineté contre les poussées déstructurantes,
essentiellement d'origine américaniste. Par exemple, l'exportation d'un
système comme le Rafale, selon la tradition française de coopération et
de respect de la souveraineté, s'oppose à la philosophie d'un programme
comme le JSF américain, marquée par une non-coopération et une agression
déstructurante contre la souveraineté des acheteurs.
*Conclusion*
23). Pour le reste et pour conclure, nous devons observer que cette
puissante affirmation de souveraineté dans un outil mécanique par
ailleurs en crise, est l'indication de la crise fondamentale qui secoue
notre civilisation. Il faut le savoir, il faut en user du point de vue
technologique comme du point de vue politique tout en en tirant les
leçons. Et il faut constater ce paradoxe final que les technologies de
souveraineté, qui portent une part importante de la crise générale que
nous connaissons, présentent également ce qui est un des remèdes à cette
crise, c'est-à-dire la notion identitaire et structurante de la
souveraineté.
*L'Europe et sa logique de puissance *
http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4133
Philippe Grasset, 24/06/07
On sait que Nicolas Sarkozy et les Français se sont battus à Bruxelles
pour tenter de limiter dans le texte du Traité européen l'emprise de la
compétition et de la concurrence sans entraves. On a vu derrière cette
démarche une préoccupation sociale que l'on s'est empressé de mettre en
exergue. Ce n'est pas le plus important, tant s'en faut. La vérité est
que la défense de certaines entreprises contre les attaques de la
libre-concurrence qui permettraient leur rachat par la seule mécanique
du marché concerne en priorité non la protection sociale, mais la
puissance de l'Europe. C'est la thèse de la protection des “champions
économiques†ou celle de la défense des *technologies de souveraineté*,
dont nous estimons qu'elles jouent un rôle fondamental, d'une part pour
la défense des peuples en temps de crise, d'autre part pour l'identité
des peuples en temps de crise —ceci, somme toute, équivalant à cela.
En même temps que se passait le psychodrame de Bruxelles, deux nouvelles
venait d'être ou étaient publiées :
** D'une part, la déclaration dans le Financial Times
<http://www.ft.com/cms/s/c1ca13ca-1dc2-11dc-89f7-000b5df10621,Authorised=false.h\
tml?_i_location=http%3A//www.ft.com/cms/s/c1ca13ca-1dc2-11dc-89f7-000b5df10621.h\
tml&_i_referer=http%3A//www.ft.com>du
19 juin de Bob Stevens, patron de Lockheed Martin, d'une extraordinaire
impudence si l'on se place du point de vue du bon sens, de la logique,
de l'intelligence, de la dignité et de l'habileté politique (/"Lockheed
chief warns Europe"/). Pas une de nos grandes voix européennes n'a
réagi. Pourtant l'Américain nous dit qu'il n'est pas question que se
développe une industrie européenne de l'armement indépendante et
souveraine, que les Européens sont tout juste autorisés à se coordonner
en fonction des règles et les exigences des USA. Cet avertissement vient
du représentant de la soi-disant plus grande puissance de l'Histoire qui
dépense $750 milliards par an pour sa défense, qui n'est pas capable de
soumettre en quatre ans un pays exsangue de 25 millions d'habitants et
qui est même sur le point d'y recevoir une raclée mémorable, qui enfin
n'est pas capable de fabriquer un avion de combat (le JSF) sans que le
délai de production double et le prix quadruple par rapport aux
prévisions de départ.
** D'autre part la confusion chez EADS, suite à des déclarations au
Financial Times-Deutschland
<http://www.ft.com/cms/s/39f32e86-20e8-11dc-8d50-000b5df10621,Authorised=false.h\
tml?_i_location=http%3A//www.ft.com/cms/s/39f32e86-20e8-11dc-8d50-000b5df10621.h\
tml&_i_referer=http%3A//www.dedefensa.org/article.php?art_id=4133>
du 22 juin du co-Directeur Général, l'Allemand Tom Enders, atlantiste
convaincu et fervent adepte des lois du marché. Ces déclarations
portaient sur le fait que la direction d'EADS “examinait†l'état de ses
avoirs, — s'en débarrasser ou pas, selon les intérêts du marché boursier
et des orientations soi-disant stratégiques, — et, parmi eux, les parts
(46%) d'EADS dans la société Dassault. Ces parts représentent la
participation de l'Etat français dans cette société. La réaction
française, par la voix de l'autre co-Directeur Général d'EADS, Louis
Gallois, a été instantanée et très ferme. Enders a fait marche arrière,
parce qu'en ce moment Berlin ne peut se passer du soutien de Paris dans
ses manÅ“uvres européennes.
*
La logique boursière des autres “Européens†*
La légèreté et le style “investisseur boursier†avec lesquels parle
Enders concernant le sort de la part d'EADS dans Dassault sont
stupéfiants. L'impression retirée est que ces gens n'ont aucune
conscience politique de rien, qu'ils n'ont aucune véritable connaissance
de ce que Dassault représente du point de vue industriel et
technologique d'une part, du point de vue politique et stratégique de
l'autre, ceci pour la France mais aussi pour l'Europe. C'est l'“esprit
du marché†(marché libre, s'entend) complètement déchaîné, avec comme
seule conscience et comme seule connaissance des choses et des êtres la
valeur boursière à son niveau le plus primaire.
Etonné, ou semblant l'être, le même article du même journal rapportent
ceci :/ « Dassault is an issue which the French government watches like
a hawk,†said one person familiar with the company. “One wrong nuance in
public statements can get you in trouble, regardless of how small the
mistake may actually be.†Dassault is the sole supplier of combat
aircraft to the French air force.» /
La question n'est pas tant de débattre de la possibilité ou pas de
cession de ces 46% de Dassault, que de considérer la différence d'état
d'esprit qu'on met ici en évidence. Cette différence sépare
fondamentalement la partie française et la partie allemande, aussi bien
chez EADS que dans les élites politiques. L'état d'esprit français
considère d'abord la valeur d'une chose en fonction de son rapport à la
souveraineté et à l'indépendance. Ces concepts sont pratiquement
inconnus du côté allemand. Il est évident qu'un rapport avec la société
Dassault, qui est l'une des premières sociétés du monde en matière
d'avions de combat et de systèmes électroniques, est nécessairement un
rapport dont les références d'évaluation absolument prioritaires sont la
souveraineté et l'indépendance.
Cet épisode rapporté par le FT doit évidemment être confronté aux deux
autres éléments signalés plus haut : la volonté française que l'“esprit
du marché†ne soit plus la règle absolue de la vie économique et
politique de l'Europe d'une part, la volonté américaniste de réduire
totalement l'industrie européenne d'armement à une position vassale de
sous-traitance. Il n'est un secret pour personne que Dassault est,
depuis des années sinon des décennies, dans la ligne de mire américaine.
Un objectif prioritaire pour les USA consiste à détruire cette société
ou tenter d'en prendre le contrôle. Or cette hypothèse qui semblait
impensable (“en prendre le contrôleâ€) apparaît du domaine du possible
dans l'esprit de certains à la lumière des déclarations incroyablement
légères d'un Enders (avec l'accord de «/many investors/»).
Certes, la perspective même théorique d'une “prise de contrôle†de
Dassault serait dans l'état actuel des choses ressentie par le
gouvernement français comme un acte de guerre. Il l'interdirait,
pourrait-on dire d'une façon imagée, si nécessaire par la force. Mais
dans l'immédiat c'est la question de l'avenir de EADS qui est posée. Une
bataille terrible est engagée qui n'a rien à voir avec la position
financière de cette société et ses erreurs de gestion. Les Français sont
ou seront conduits à admettre que le “mariage†avec les Allemands dans
ce domaine stratégique est une erreur de première dimension. La
coopération européenne et l'axe franco-allemand sont une bonne chose
tant qu'on en excepte les vraies choses sérieuses que sont la
souveraineté et l'indépendance.
Le sommet de Bruxelles a, bon gré mal gré, déplacé au centre de la
réflexion et de la bataille politiques la question de la protection
structurelle de ce qui fait la puissance européenne, — ou, mieux dit, de
ce qui fait la puissance des quelques nations qui existent encore au
sein de l'ensemble européen. Il est très probable que ce domaine va
être, dans les prochains mois et les prochaines années un terrain de
grand affrontement. Débarrassés d'une certaine façon, par la récente
élection présidentielle, de leur complexe du “repli frileux†(pour cause
de non-alignement sur la pensée unique européenne), les Français
devraient se battre avec rage pour reprendre le contrôle des quelques
attributs souverains qu'ils ont aventurés dans la “coopération
européenneâ€, EADS compris.
Cette coopération pourra et devra se faire, mais sous strict contrôle
des puissances nationales et armée d'un rideau de protection contre les
attaques financières des forces extérieures tentant d'investir par
l'argent ce qu'elles sont incapables de réduire par la seule qualité de
leurs produits. Un «*complexe de forteresse*» ? Sans aucun doute, avec
le mot “complexe†pris dans son sens d'organisation militaire. Le modèle
à suivre à cet égard est, — employons l'expression pour une fois qu'elle
est justifiée, — le “modèle américainâ€.
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
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** ***L'Europe doit se mobiliser pour l'IPv6***
**par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 14/06/07
Logo OCCAID
*IPv6 le nouvel Internet*
L'Internet mondial est apparu aux Etats-Unis en 1969 et en Europe dans
les années 1980. Il est basé sur une technologie fondamentale,
permettant de transporter les informations. On la désigne par le terme
d'IP ou Internet Protocol. Plusieurs versions se sont succédées.
Aujourd'hui on travaille encore sur la version 4, ou IPv4. Celle-ci se
caractérise par l' «adresse IP» permettant d'identifier chaque machine
pour y accéder. Elle est composée de 10 chiffres. Sa taille définit la
capacité d'adressage, c'est-à-dire le nombre de machines ou
d'équipements connectables au plan mondial.
La capacité d'adressage avait été prévue en 1983 pour environ 250
millions d'utilisateurs alors que ce nombre est passé aujourd'hui à 950
millions et ne cesse de grandir. Il y a donc rareté potentielle. De plus
les Etats-Unis, s'appuyant sur leur position dominante dans les TIC, se
sont réservé 56% des adresses, au détriment notamment des pays
asiatiques dont la croissance Internet est pourtant exponentielle.
Devant la pénurie menaçante, les gestionnaires de l'Internet ont adopté
plusieurs mesures pour étendre la capacité d'adressage au sein de
l'IPv4. Mais ces mesures ne suffisent plus. Sur les prochaines cinquante
prochaines années, la population mondiale passera de 6 à 9 milliards
d'habitants, tandis que la croissance dans les pays émergents
multipliera les besoins de connexion. Il faut donc définir un nouveau
protocole respectant l'esprit égalitaire de l'Internet, mais permettant
de supporter les interconnections entre PC, téléphonie mobile,
applications domotiques, capteurs industriels, automobiles, et bientôt
tous les objets quotidiens, dont la plupart seront robotisés et reliés
en réseau. On désigne ce dernier phénomène du terme d'*Internet des
objets*. Chaque appareil doté d'un émetteur-récepteur Internet pourra
communiquer avec de nombreux autres proches ou lointains. Les puces RFID
joueront un rôle essentiel à cet égard.
Ces différents objets offriront des services à la fois diversifiés et
convergents (enseignement, commerce électronique, jeux, santé, etc.).
Ils devront être de plus souvent mobiles, offrir une grande qualité de
service, assurer la sécurité et la protection des données des
utilisateurs, y compris à l'encontre des attaques terroristes.
Pour ces diverses raisons, l'organisme mondial de standardisation de
l'Internet, l'Internet Engineering Task Force, a développé un nouveau
protocole dénommé en 1995 IPv6, ou version 6 de l'IP. Celui-ci est conçu
pour répondre à l'expansion prévisible des besoins résumés ci-dessus. Il
intègre les améliorations requises aujourd'hui en termes de sécurité,
qualité de service, auto-configuration, etc. (l'auto-configuration
n'oblige plus à paramétrer les machines en leur indiquant leur adresse
IP. Celle-ci est construite automatiquement par l'appareil). Les
connexions de bout en bout entre appelés et appelants pour tous types de
transports d'images et de sons deviendront immédiatement possibles et
les raccordements pourront être permanents - sauf interruptions
volontaires pour raison de sécurité.
*La recherche et le développement en Europe*
Le développement mondial du réseau IPv6 et des applications l'utilisant
exige un important effort de recherche, entrepris par les universités et
les industriels. Parallèlement, l'introduction de l'IPv6 dans
l'éducation oblige à des collaborations entre établissements
d'enseignements et laboratoires. En France, ces efforts se sont
développés autour du réseau RENATER, des grandes écoles, de diverses
universités et de certains opérateurs dont France Telecom. Différents
projets applicatifs ont été entrepris, dans la domotique, le commerce
électronique, l'automobile, avec les industriels des secteurs concernés.
En Europe, la Commission européenne a créé en 2001 une Task-force IPv6
dans le cadre du plan «e-Europe». Un budget d'environ 100 millions
d'euros a été progressivement alloué pour soutenir des projets de
recherche (6Net, Euro61X, Eurov6). On notera en particulier le réseau
GEANT qui interconnecte les institutions de recherche européen et se
connecte aux grands réseaux mondiaux.
*Le retard européen par rapport au reste du monde*
Cependant les spécialistes considèrent que les Européens ne se préparent
pas suffisamment à l'arrivée du nouvel Internet et aux impacts qu'il
aura nécessairement sur la fourniture d'équipements et services
l'utilisant. La compétitivité déjà critique des industriels européens
risque de s'effondrer face aux nouvelles offres, dont la plupart
viendront d'Asie.
Du fait de leur réserve actuelle d'adresses en IPv4, les Etats-Unis se
sont surtout intéressés jusqu'à présent aux applications militaires qui
implémenteront systématiquement l'IPv6, dans le cadre du «/netcentric
warfare/». Le Département de la Défense a prescrit dès 2003 que les
réponses à ses appels d'offres garantissent le support par les nouveaux
produits des protocoles IPv6. Les systèmes de communication militaire
devront tous l'intégrer en 2008. De son côté, le Département du Commerce
a lancé une enquête auprès des acteurs industriels visant à préparer une
politique industrielle gouvernementale en ce sens. A la suite de cet
enquête, l'OMB (Office of Management & Budget) de la Maison Blanche a
rendu publique le 2 août 2005 la décision de convertir, non plus les
seuls réseaux militaires, mais TOUS les réseaux de l'administration
américaine à IPv6 d'ici juin 2008. Quand on connaît l'impact de telles
démarches sur l'industrie et les télécommunications mondiales, on mesure
le retard que prendront ceux qui n'auront pas anticipé les nouveaux
développements.
Le gouvernement chinois, mieux que tous autres, l'a compris. Il a
décidé, en 2003, le lancement du programme CNGI (China Next Generation
Internet) et la mise en place d'une Task force chinoise. En 2006 a été
inauguré le plus grand réseau IPv6 du monde, basé sur les
infrastructures de plusieurs opérateurs.
Le Japon, fidèle à sa tradition de grands plans stratégiques à
l'initiative gouvernementale, a défini en 2000 une stratégie «e-Japan»
avec la création d'une Task force japonaise, le grand programme de
recherche WIDE (Widely Integrated Distributed Environment) et le soutien
à des projets industriels pilotes, notamment en transport et domotique.
Tous les réseaux ont reçu la consigne de migrer en IPv6 pour 2005 au
plus tard. Ces objectifs sont en train d'être tenus, voire améliorés.
Taïwan et la Corée du Sud suivent cet exemple. Pour les industriels et
les gouvernements asiatiques, IPv6 constitue véritablement le grand
enjeu du XI^e siècle à ne pas manquer.
On ajoutera que les grands industriels mondiaux précèdent ou relaient
les gouvernements dans cette approche. C'est d'abord le cas des
opérateurs de télécommunication (par exemple NTT au Japon), des
équipementiers (CISCO, 6WIND, Nokia, Sony), des fabricants de logiciels
et offreurs de service, en tête desquels on retrouve comme à l'habitude
les américains Microsoft et IBM.
L'Afrique seule demeure encore à l'écart du mouvement, ce qui compromet
son avenir dans la société de l'information.
*Notre analyse*
Nous estimons qu'en Europe - et plus particulièrement en France - la
prise de conscience du danger qui menace les opérateurs, les industriels
et les utilisateurs européens n'est pas suffisante. Certes, comme
signalé plus haut, la Commission s'est alertée et certains laboratoires
ont commencé à travailler. Mais ceci reste marginal par comparaison avec
ce que font les superpuissances d'aujourd'hui et de demain. Ni les
décideurs politiques ni le grand public ne savent encore à ce jour ce
que signifie le concept d'IPv6 et les implications en termes de
souveraineté politique, militaire et économique qu'il sous-tend. Rien
n'est donc fait pour préparer les entreprises et les administrations aux
investissements qui seraient nécessaires. Au mieux, on considère, comme
on le fait à propos de tout ce qui concerne Internet, que le marché
suffira à répondre aux besoins, que les Etats européens n'ont pas besoin
de s'unir et que des actions concertées impliquant des ressources et des
incitations publiques ne sont ni nécessaires ni utiles. Lorsque le
réveil se fera, il sera trop tard.
On voit se renouveler les scénarios d'ignorance et d'abandon qui ont
conduit les Européens à devenir des nains dans le domaine des
technologies de l'information et de la communication. Ces mêmes
scénarios, dans le domaine du spatial, conduisent actuellement aux
difficultés du programme stratégique Galiléo, où les enjeux sont
comparables.
Une première tâche s'impose donc à ceux qui en ont les moyens : alerter
l'opinion et les gouvernements. Ceci suppose des articles, des
séminaires, des interventions auprès des responsables. La Commission
européenne prépare un nouveau colloque sur la question pour le printemps
2008. C'est une bonne initiative mais elle ne mobilisera que ceux déjà
sensibilisés au problème. Des actions plus larges s'imposent, avec le
relais des médias, notamment dans les Etats européens tels que la France
où l'ignorance du problème semble actuellement maxima.
*Pour en savoir plus*
On trouve sur l'Internet de nombreux documents et forums sur la
question, mais ils sont d'une part fréquemment en anglais et d'autre
part souvent très techniques. On pourra consulter cependant:
** l'IPV6 forum (mondial) :) http://www.ipv6forum.org
** Sa Task force française (/sic: site mis à jour en février 2005 !) :/
http://www.fr.ipv6tf.org/
** Le portail IPv6 européen : http://www.eu.ipv6tf.org
** Le centre des technologies nouvelles de Caen http://www.ctn.asso.fr
<http://www.ctn.asso.fr>qui a publié, notamment, un DVD sous la
direction de Philippe Lequesne, distribué par Ingenium
http://www.ingenium.unicaen.fr/.
** Sur l'Internet des objets, voir le rapport de l'IUT (Union
Internationale des Télécommunications)
http://www.itu.int/itunews/manager/display.asp?lang
=fr&year=2005&issue=09&ipage=things&ext=html
<http://www.itu.int/itunews/manager/display.asp?lang=fr&year=2005&issue=09&ipage\
=things&ext=html>
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
*Biblionet*
**Vouverture du livre "Makin up the mind"Making up the mind
****How the Brain Creates our Mental World
par Christopher D. Frith
**
Blackwell Publishing 2007
Présentation et commentaires par Jean-Paul Baquiast 29/07/07
Chris FtihChris Frith est professeur de Neuropsychologie au Wellcome
Trust Center for Neuroimaging de l'University Collège à Londres. Il a
publié plusieurs livres portant sur les neurosciences appliquée au
pathologique comme au normal.
*Pour en savoir plus*
** Page personnelle http://www.fil.ion.ucl.ac.uk/Frith/
<http://www.fil.ion.ucl.ac.uk/Frith/>
** CV sur Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Chris_Frith
** Présentation du livre
<http://books.google.fr/books?id=ky1ZVGc_RCgC&dq=Making%2Bup%2Bthe%2Bmind&sa=X&o\
i=print&ct=book-ref-page-link>
par Goggle Bolks
** Le site http://www.usd.edu/psyc301/Rensink.htm , cité par l'auteur,
présente un certain nombre d'exemples où le cerveau perçoit
difficilement les modifications affectant deux images fixes présentées
l'une à côté de l'autre. NB: cliquer dans la 1ère image pour en obtenir
d'autres.
On pourrait penser que le dernier livre de Chris Frith, /Making up the
Mind/, fait partie des nombreuses publications de vulgarisation qui
montrent comment le cerveau, normal ou pathologique, peut déformer la
réalité. Les figures provoquant des illusions d'optiques ou des
différences d'interprétation selon l'instant, comme l'ultra-célèbre
squelette du cube, font évidemment partie de cette psychologie amusante.
Mais se limiter à ce regard superficiel représenterait une erreur
profonde. Nous pensons pour notre part que l'ouvrage, bien que clair et
facile à lire, constitue une des thèses « monistes » la plus radicale à
ce jour. Nous voulons dire par là qu'il constitue une analyse
particulièrement pertinente enlevant toute crédibilité scientifique,
s'il en restait, aux arguments spiritualistes ou dualistes selon
lesquels l'esprit et la conscience sont chez l'homme d'une essence
distincte de celle de la matière cérébrale. L'auteur ne se cache pas
d'être matérialiste, affirmation qui suppose aujourd'hui un certain
courage face à la remontée des intégrismes religieux, y compris en
Grande Bretagne. Mais il ne présente pas dans ce livre un argumentaire
en faveur du matérialisme philosophique. Il se borne à relater avec
beaucoup de modestie épistémologique ce que l'expérimentation
scientifique montre aux psychologues évolutionnaires tels que lui. Cette
expérimentation s'appuie évidemment, non seulement sur une solide
expérience hospitalière mais, comme le prouvent les nombreuses citations
accompagnant l'ouvrage, sur l'imagerie cérébrale qui est aujourd'hui le
complément indispensable à l'observation clinique lorsque l'on veut
analyser le fonctionnement du cerveau inclus (/embodied/) dans le corps
– ceci aussi bien chez l'animal que chez l'homme.
Nous avons précédemment rendu compte d'observations et de thèses
analogues, notamment en présentant cette année les derniers livres de
Lionel Naccache
<http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2007/jan/naccache.html>
et de Gerald Edelman
<http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2007/mai/secondnature.html>.
Qu'ajoute à cet égard celui de Chris Frith ? Nous pourrions dire qu'il
formule avec ce que l'on pourrait appeler une clarté particulièrement
aveuglante la thèse fondamentale de la psychologie évolutionnaire, qui
devrait semble-t-il s'imposer à tous ceux qui prétendent discourir
scientifiquement sur le cerveau, l'esprit, la conscience et le prétendu
libre-arbitre. Nous avons plusieurs fois formulé cette thèse dans cette
revue, en rendant compte des travaux sur ces thèmes. Elle inspire
également notre dernier livre. Comment formuler cette thèse ?
L'auteur en donne un résumé dans le prologue (p. 17). Résumons
nous-mêmes son propos : /« La distinction entre le mental et le physique
est fausse. Il s'agit d'une illusion créée par le cerveau. Tout ce que
nous savons du monde physique, de notre propre corps et de notre monde
mental, vient de notre cerveau. Mais nous n'avons pas de relations
directes avec les objets ou les idées. En nous cachant le travail de
(re)construction du monde auquel il procède, notre cerveau nous donne
l'illusion de cette relation directe. Il nous fait croire également que
notre monde mental est indépendant du monde et nous appartient en
propre. A travers cette double illusion, nous nous ressentons (à tort)
comme des « agents » capable d'une action autonome sur le monde. Dans le
même temps cependant notre expérience du monde, construite par le
cerveau, a été partagée depuis des millénaires par des organismes
analogues aux nôtres, d'où est née la culture humaine qui à son tour
modifie le fonctionnement du cerveau sans qu'il s'en rende compte » . /
On trouvera peut-être ce résumé un peu obscur, tant du moins que l'on
n'aura pas lu le livre en détail, comme il se devrait. Nous allons donc
essayer de paraphraser l'argumentaire de l'auteur, en espérant ne pas
trop déformer sa pensée. Nous avons situé délibérément cette paraphrase
dans l'histoire de l'évolution des êtres vivants, alors que Chris Frith
s'est plus particulièrement centré, concernant l'élaboration de
l'esprit, sur le rôle joué chez l'homme par le cerveau. Mais toute son
analyse, comme il se doit de la part d'un psychologue évolutionnaire,
trouve ses fondements dans l'histoire d'une évolution biologique s'étant
poursuivie sans véritable solution de continuité pendant des centaines
de millions d'années.
*La création du monde mental par le cerveau*
Les organismes vivants élémentaires se sont différenciés du monde
physique en acquérant une membrane, un milieu intérieur, puis des
organes sensoriels et effecteurs complétés d'un système nerveux
coordonnateur et centralisateur. Chez les organismes plus évolués, le
système nerveux s'est trouvé doté d'un organe, le cerveau, capable de
conserver la trace neuronale des expériences vécues par l'organisme en
interaction avec son milieu.
Le propre de la vie est de se développer sans cesse, en fonction des
sources d'énergie disponibles et des résistances du milieu. Chaque type
d'organisme, que ce soit au niveau de l'espèce (génotype) ou de
l'individu (phénotype), explore donc incessamment son environnement sur
le mode dit des essais et erreurs. Un certain nombre de tentatives
échouent et disparaissent. D'autres réussissent et sont conservées. On
dit qu'elles sont sélectionnées par l'évolution. C'est l'ensemble de ces
solutions réussies et conservées que mémorisent, sur le long terme, les
gènes de l'espèce et sur le court terme, dans le temps de sa vie, le
corps et le cerveau de chaque individu.
Sur le plan anatomique, le corps propre à telle ou telle espèce peut
être considéré comme un modèle « en creux » du milieu dans lequel cette
espèce se développe. Si tel animal est doté d'yeux, par exemple, je peux
en conclure que le milieu où il vit comporte des sources émettant des
photons, lesquelles sources signalent la présence d'aliments à exploiter
ou de dangers à éviter. Les animaux dépourvus d'yeux, par contre, qui
survivent en utilisant d'autres sens, tel l'odorat, nous révèlent que
leur habitat est obscur : cavernes ou terriers souterrains. En examinant
l'animal, nous pouvons obtenir des modèles descriptifs de
l'environnement auquel il s'est progressivement adapté, sans avoir à
étudier directement cet environnement.
Dans sa globalité, le milieu naturel est constitué d'un enchevêtrement
de particules et de forces dont aucun organisme vivant n'est capable de
modéliser les interactions de façon exhaustive. Par contre, chaque
espèce, du fait même qu'elle a réussi à survivre dans un environnement
particulier auquel elle s'est adaptée, obtient du fait de son
organisation corporelle une description pertinente de la partie limitée
du milieu naturel avec laquelle les individus de cette espèce
interagissent. Pour l'espèce, la question de la vérité de cette
description ne se pose pas. Elle est forcément vraie. Mais la portée du
modèle se limite à la façon dont les organes sensoriels dont disposent
les représentants de cette espèce perçoivent les relations entre
particules et forces propres au milieu particulier dans lequel vit
celle-ci. Chaque espèce ne s'intéresse, de fait, qu'au modèle décrivant
le milieu précis avec lequel elle interagit. La « vérité » ou pertinence
du modèle peut cependant être améliorée en permanence. Du fait des
mutations génétiques, l'organisme produit de nouvelles hypothèses sur
son environnement, dont certaines se révèleront « vraies », en ce sens
qu'elles amélioreront son adaptation, et d'autres « fausses », en ce
sens qu'elles entraîneront sa mort.
Comprendre ceci, sur lequel Chris Frith n'insiste peut-être pas assez,
est indispensable pour comprendre le rôle du cerveau en tant qu'organe
améliorant l'interaction du corps avec le milieu. La relation des
organismes dotés d'un cerveau avec le milieu dans lequel ils vivent
n'est pas différente de celle établie par les espèces dont le système
nerveux est plus simple ou qui n'ont pas de système nerveux. Cependant
le cerveau apporte une dimension supplémentaire en ce sens qu'il permet
de mémoriser sous forme d'associations neuronales les résultats de
l'expérience acquise par l'organisme en interaction avec son milieu. Le
cerveau devient donc le support d'un modèle du monde beaucoup plus
complet et flexible que celui résultant de l'organisation corporelle
proprement dite. Ce modèle suscite les réactions les plus appropriées à
la survie. Ainsi, au lieu de réagir en direct aux informations venues du
monde extérieur, comme le fait une bactérie se dirigeant vers un milieu
riche en aliments dès qu'elle a perçu les signaux en provenant, l'animal
disposant grâce à son cerveau d'un modèle plus complexe du monde, acquis
par expérience, pourra faire appel aux stratégies de recherche de
nourriture qui auront été mémorisées dans son cerveau comme s'étant
révélées les plus efficaces en fonction des circonstances.
L'organisation neurologique du cerveau de chacune des espèces, comme
celle de leur corps, a résulté de l'histoire évolutive de ces espèces.
Ainsi les cerveaux des prédateurs sont-ils plus aptes que ceux des
végétariens à identifier le mouvement, puisque, au fil des temps, la
réception d'images mobiles a été associée pour les premiers à la
présence de proies éventuelles. Encore faut-il que les capacités
cérébrales acquises par l'évolution et transmises génétiquement soient
mises en œuvre au cours d'un apprentissage individuel. Elles ne
s'expriment que rarement à la naissance. C'est au cours d'une éducation
personnelle, toujours sur le mode essais et erreurs, que le cerveau du
jeune individu apprendra à construire le modèle du monde le plus apte à
garantir la survie de celui-ci. L'apprentissage se poursuit d'ailleurs
tout au long de la vie.
La question de la « vérité » ou pertinence du modèle du monde conservé
par le cerveau ne se pose pas davantage que celle du modèle du monde
correspondant à l'organisation corporelle. Le cerveau fait en permanence
des prédictions sur le monde, que l'organisme met à l'épreuve. Les
prédictions améliorant l'adaptation de l'organisme sont conservées et
sont donc « vraies » pour lui. Les autres disparaissent. Nous verrons
ci-dessous que, si l'on transpose la question de la vérité au niveau des
connaissances collectives détenues par l'espèce, la même problématique
se retrouve. Le modèle collectif du monde ne renvoie pas à des vérités
absolues, mais à des connaissances permettant à l'espèce de s'adapter au
mieux ici et maintenant. Ce sont les seules vérités ayant un sens pour
l'espèce.
Le cerveau des espèces supérieures, celui de l'homme en particulier, est
donc devenu avec le temps le support de modèles du monde décrivant le
milieu dans lequel chacune de ces espèces se trouve plongée. Comme le
montre Chris Frith, ce mécanisme ne fonctionne pas toujours
parfaitement. Un cerveau, qu'il soit sain ou, à plus forte raison,
endommagé, peut créer des représentations qui ne correspondent pas aux
signaux que reçoivent les organes sensoriels. A l'inverse, il peut
recevoir de bonnes informations mais ne pas les intégrer au modèle
global du monde qu'il fournit à l'individu. Mais, même lorsqu'il
fonctionne normalement, le cerveau ne décrit jamais le monde tel qu'il
serait aux yeux d'un observateur extérieur omniscient. Il produit,
toujours par essais et erreurs, une vision « hallucinée » du monde
(Chris Frith parle de fantasy » ou « fantasme ») qui détermine les
décisions que prend l'organisme tout entier pour optimiser son
adaptation au monde. Il s'agit par ailleurs d'un processus de
regroupement statistique des informations pertinentes, par lequel le
cerveau échappe à l'envahissement des détails perçus en permanence par
les organes sensoriels.
Si l'hallucination se révèle pertinente, elle est conservée. Sinon, elle
disparaît et parfois, avec elle, le cerveau et l'individu qui l'ont
générée. Ainsi, face à une crevasse qu'il faut franchir pour échapper à
un prédateur, le cerveau de tel individu peut estimer à la suite
d'expériences précédentes que l'exploit est faisable. Il génère en
conséquence une représentation sur le mode hallucinatoire le décrivant
en train d'accomplir et réussir le saut. Le corps, déterminé par cette
vision, commande les gestes nécessaires. Mais l'exploit ne réussit pas à
tous les coups. L'inadéquation entre le modèle et le milieu réel peut se
payer durement. Tout ceci se déroule évidemment sur un mode purement
déterministe. A aucun moment, ni le cerveau ni le corps de l'individu ne
prennent de décisions qui ne seraient pas déterminées par des
enchaînements antérieurs de causes et d'effets. Autrement dit, évoquer
la « liberté » du décideur, au sens où les spiritualistes parlent de
libre-arbitre, n'aurait aucun sens.
*Les modèles collectifs du monde et le Moi*
Les psychologues ont tendance à étudier le fonctionnement du cerveau
chez l'individu, en oubliant que celui-ci est le produit d'une évolution
génétique et phénotypique qui se produit au sein du groupe. Chris Frith
rappelle à juste titre que les représentations neuronales se
construisent pour l'essentiel lors des interactions en miroir des
individus entre eux. Chez les espèces telles que l'espèce humaine ayant
développé des langages dotés de mots, c'est-à-dire des symboles globaux
pouvant résumer une expérience collective, les modèles collectifs du
monde s'expriment par l'intermédiaire de ces langages. Le langage
scientifique s'est imposé, chez certains humains tout au moins, parce
que, à l'expérience, il s'est révélé le plus adéquat pour produire des
prédictions elles-mêmes les plus efficaces en terme d'adaptation. Il va
de soi que le langage scientifique n'est pas plus « vrai », dans
l'absolu, que toutes les représentations, conscientes et inconscientes,
produites ou utilisées par un cerveau en bon état de marche. Il est
seulement le plus pertinent de tous pour réaliser des prédictions
effectives, parce qu'il rassemble l'expérience très vaste de millions
d'humains. Sa mise à jour sur le mode essais et erreurs s'impose
cependant, comme celle de tous les modèles prédictifs plus restreints.
On notera à propos des contenus des cerveaux résultant de l'interaction
sociale que l'auteur n'évoque à aucun moment le concept de « même ».
Sans doute considère-t-il qu'il ne s'agit pas d'un thème susceptible
d'étude scientifique, avec les instruments qui sont les siens.
Parmi les créations collectives qui s'imposent de facto aux cerveaux des
individus en interaction sociale se trouve le *Moi*. Chris Frith estime
qu'il s'agit d'une illusion de plus créée par le cerveau, du fait qu'il
n'est pas capable de faire apparaître les multiples liens reliant
l'individu au monde physique et au monde social. Ce sont ces liens qui
déterminent en fait le comportement. Le cerveau génère donc une nouvelle
illusion ou hallucination, celle d'un Moi se comportant en agent
autonome. Mais ce Moi se borne à entériner avec quelques instants de
retard les décisions prises par l'organisme tout entier, sous la
coordination globale du système nerveux central et du cerveau. Ces
décisions elles-mêmes ne sont pas libres. Elles découlent de
l'enchaînement complexe des causes et des effets qui s'applique en
permanence à l'individu dans le cours de sa vie biologique et sociale.
L'illusion de liberté que ressent le sujet (humain) présente sans doute
quelques avantages évolutionnaires mais Chris Frith s'avoue incapable de
préciser lesquels. A plus forte raison a-t-il refusé de faire de son
livre une étude de plus sur la conscience, estimant que ce sujet dépasse
les possibilités des moyens d'observation des neurosciences
d'aujourd'hui. Cette modestie fait tout l'intérêt et le charme de son
livre.
En conclusion, ce petit livre de 200 pages, riche de références et de
commentaires personnels, constitue une des présentations les plus
séduisantes que nous connaissions des rapport du mental avec le
biologique et le monde extérieur. Sous un air innocent, il balaie les
ratiocinations relatives à l'âme et au divin qui sous-tendent encore la
plupart des ouvrages de psychologie cognitive. Mais on ne doit pas se
faire d'illusion. La capacité du cerveau humain à créer des mythes ne se
laissera pas décourager pour autant.
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
------------------------------------------------------------------------
** **The trouble with physicsThe Trouble with Physics
****The Rise of String Theory,
the Fall of a Science and what comes next
par Lee Smolin****
**Houghton Mifflin Cie
2006
Rien ne va plus en physiqueTraduit en français par Alexeï Grinbaum sous
le titre
/Rien ne va plus en physique !
L'échec de la théorie des cordes,/
avec une préface d'Alain Connes
18 avril 2007
Présentation et commentaires par Jean-Paul Baquiast (d'après l'original
en anglais). Texte relu et complété par Philippe Lequesne 01/08/07
Lee SmolinLee Smolin est un physicien théoricien la vaste culture. C'est
aussi, même s'il ne l'affiche pas, un philosophe, un sociologue et un
pédagogue de la science remarquable. Il est actuellement chercheur au
Perimeter Institute, dans la province canadienne de l'Ontario, qu'il a
contribué à fonder afin d'encourager les remises en question et idées
nouvelles en science, venant de la part de ceux qu'il appelle des
visionnaires (seers) dans son livre.
Ouvrages précédents:
* 1999. /The Life of the Cosmos/
* 2001. /Three Roads to Quantum Gravity/ (voir notre présentation
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2002/oct/smolin.html.
Nous renvoyons le lecteur à cet article. Il y constatera que dès 2002
nous avions voulu rendre hommage au travail profondément original de Lee
Smolin.
*Pour en savoir plus *
** Page personnelle : http://www.leesmolin.com/
** Le site du livre :http://www.thetroublewithphysics.com/
Les spécialistes étudieront sur ce site deux séries de réponses faites
par l'auteur à diverses observations et critiques:
*/ In a recent letter to friends and colleagues I emphase the main
themes and conclusions of TTWP. /
* /Here is a response to a review by Joe Polchinski that several people
asked for. /
** Le Perimeter Institute :http://www.perimeterinstitute.ca/
On pourrait croire, si l'on s'en tenait au titre du livre, /The Trouble
with Physics/ (TTWP) que Lee Smolin ne se borne pas à constater
l'impasse dans laquelle se trouverait selon lui la théorie des cordes,
mais qu'il étend ce constat d'échec à la physique fondamentale toute
entière. Il est vrai que si, loin d'apparaître comme la théorie ultime
en physique, la théorie des cordes se révélait incapable de fournir de
preuves, après bientôt quarante ans de recherches, à l'appui des visions
profondément contre-intuitives du monde qu'elle propose, l'ensemble de
la physique fondamentale en souffrirait. Jusqu'alors en effet, pour les
physiciens en général et les cosmologistes à en particulier, c'est
l'expérience instrumentale, et non la production de modèles
mathématiques aussi élégants soient-ils mais non vérifiables, qui
constitue la première source du savoir sur le monde. Il en est de même
d'ailleurs pour toutes les sciences.
Mais TTWP (bien que l'auteur s'en défende) n'est pas seulement une
critique sévère de la théorie des cordes. C'est aussi un acte de foi
dans l'avenir de la physique, à condition que celle-ci sache renouveler
en profondeur les questions qu'elle pose à la nature. Lee Smolin
consacre plusieurs chapitres importants de son livre à recenser les
directions dans lesquelles pourrait se développer une nouvelle physique,
à la fois théorique et expérimentale, capable de dépasser les blocages
actuels. Pour ce qui nous concerne, comme la présentation de la théorie
des cordes a déjà fait l'objet de nombreuses publications, c'est à la
discussion des nouvelles voies de recherche présentées par l'auteur que
nous voudrions consacrer l'essentiel de cet article.
Avant cependant d'en venir à ce thème, qui est de la plus haute
actualité, nous devons indiquer que TTWP comporte plusieurs chapitres de
réflexion sur la science, sur les scientifiques et sur les divers
intérêts qui la financent. Ce travail est intéressant, mais il nous
paraît faire montre d'une certaine naïveté. Disons seulement ici, sans
entrer dans la discussion, que Lee Smolin ne va sans doute pas encore
assez au fond des critiques nécessaires. Si l'on considère en effet que
l'essentiel des crédits de recherche dans le monde intéressent les
applications militaires et économiques dites de puissance, on peut
craindre que la recherche fondamentale, y compris en physique, soit de
moins en moins bien dotée. Or, comme Lee Smolin le montre, pour aboutir
à des résultats susceptibles de préciser les nouvelles visions du monde
physique qu'il appelle de ses vœux, il faudrait admettre que seuls 10%
des projets pourraient éventuellement apporter des changements de
paradigme, les 90% restant n'aboutissant pas. Si les universités et plus
généralement les Etats acceptaient de tels ratios pour la recherche
fondamentale, tout à fait reconnus par les capital-risqueurs en matière
industrielle et commerciale, il faudrait multiplier par 10 les crédits
de recherche fondamentale. Il faudrait aussi sans doute créer des
structures de recherche non finalisée (blue sky research) beaucoup plus
nombreuses et mieux dotées que les quelques rares fondations et
instituts existant actuellement. Comme rien ne laisse espérer que cela
sera fait, on ne pourra donc compter que sur des hasards heureux pour
imposer de nouvelles révolutions conceptuelles, notamment avec l'entrée
en service des nouvelles générations d'instrument – et aussi de
nouvelles générations de chercheurs moins enfermés dans leurs
spécificités disciplinaires.
*Les cinq grands problèmes non résolus par la physique contemporaine*
Lee Smolin commence son ouvrage par le recensement des cinq grands
problèmes qui se posent aujourd'hui à la physique théorique (que nous
préférerions appeler physique fondamentale, pour la distinguer de la
physique appliquée). Ce recensement est de la plus haute importance, non
seulement parce que dans la suite du livre, Lee Smolin montrera que la
théorie des cordes n'offre à ce jour de perspectives sérieuses que pour
la résolution d‘un seul de ces problèmes, mais aussi parce que ce
catalogue de nos ignorances doit rester présent à l'esprit lorsque l'on
s'interrogera sur les nouvelles solutions que pourraient proposer de
nouveaux concepts appuyés sur de nouvelles observations expérimentales.
Nous dirions pour notre part, en nous adressant aux lecteurs de notre
revue, que garder constamment en esprit la liste de ces problèmes
constitue la seule façon d'évaluer l'intérêt des innombrables événements
qui constituent l'actualité de la physique contemporaine. Bien
évidemment, les questions fondamentales que pose la physique, à la
frontière de la métaphysique, sont bien plus nombreuses. Mais cette
liste à l'intérêt de mettre l'accent sur les problèmes vraiment « chauds
», compte-tenu de l'actualité. Reprenons donc la liste de Smolin, sans
entrer dans la définition des termes employés, supposée connue de nos
lecteurs.
* Premier problème : *unifier la relativité générale et la mécanique
quantique dans une théorie générale de la nature qui a déjà été baptisée
du terme de gravitation quantique*. Celle-ci n'a jamais encore été
produite à ce jour. Or la nature est une et devrait donc relever d'une
théorie unifiée. Une telle unification devrait en particulier faire
disparaître l'apparition de valeurs infinies qui perturbent chacune de
ces deux théories dans son domaine, alors que la nature n'a jamais
présenté de phénomènes infinis. Il s'agirait alors d'obtenir avec la
gravitation quantique une théorie finie (finite theory).
On pourra discuter évidemment de cette exigence d'unification. La nature
est-elle vraiment une ? On discutera aussi le postulat « réaliste » posé
implicitement par cette question : existe-t-il une nature en soi que
l'on pourrait décrire comme l'on décrit une chaise ou un organisme
vivant ? Nos concepts scientifiques ne sont-ils pas seulement construits
par notre cerveau, en fonction du degré de développement du «
super-organisme scientifique » dont nous faisons partie ?
* Second problème : *donner des fondements « réalistes » à la physique
quantique*. Si celle-ci a ouvert des domaines d'applications en grand
nombre, elle n'a jamais voulu ni pu décrire les phénomènes en termes
déterministes. En particulier, elle ne cherche pas à définir précisément
l'entité observée, la mesure, l'observateur. Elle se borne à présenter
des probabilités d'occurrence. Une théorie unifiée de la gravitation
quantique devrait pouvoir résoudre ce problème.
La encore, on discutera de l'intérêt soit de donner une interprétation «
réaliste » à la physique quantique, soit d'inventer une nouvelle
physique quantique qui soit déterministe (on retrouve là la question des
variables cachées). Mais Lee Smolin reconnaît qu'il se range dans la
vaste classe des physiciens réalistes, pour qui l'indétermination de la
physique quantique reste une tare. Dans la suite du livre, il montre que
les fondements de la relativité comme ceux de la théorie quantique ne
paraissent pas aujourd'hui aussi établis que l'on pense généralement.
Comment alors construire une théorie de la gravitation quantique sur de
telles bases ?
* Troisième problème : *décrire par une seule théorie les diverses
particules et forces identifiées par la physique.* Dans un premier
temps, se pose la question de la pertinence du modèle dit standard des
particules élémentaires formulé dans les années 1970. Celui-ci,
considéré comme un des grands succès de la physique de ces années,
décrit les interactions forte, faible et électromagnétique, ainsi que
l'ensemble des particules élémentaires qui constituent la matière. Il
regroupe six espèces de quarks (composants des protons et neutrons) et
six espèces de leptons (incluant l'électron et le neutrino). Les forces
d'interactions connues, auxquelles correspondent des bosons, sont
l'électromagnétisme, les forces nucléaires faibles et fortes et la
gravité. Développé entre les années 1970 et 1973, c'est une théorie
quantique des champs compatible avec les principes de la mécanique
quantique et de la relativité, en bon accord avec les données
expérimentales. Mais il ne s'agit pas d'une théorie complète des
interactions fondamentales principalement parce qu'il ne décrit pas la
particule supposée correspondant à la force de gravitation, le graviton,
qui n'a pas encore été identifiée. De plus et surtout, il présente une
longue liste de constantes ajustables ou paramètres libres, qui
décrivent entre autres les masses des particules élémentaires ainsi que
leurs différents couplages. Ces paramètres doivent être déterminés
expérimentalement car le modèle standard n'est pas une théorie
fondamentale permettant de comprendre pourquoi les valeurs observées
sont ce qu'elles sont.
* Quatrième problème :* expliquer comment et pourquoi les variables
ajustables du modèle standard sont déterminées par la nature.* Il serait
nécessaire d'obtenir une théorie unifiée des particules et de leurs
forces d'interaction, comportant toutes les particules actuellement
observées ou susceptibles de l'être prochainement avec l'arrivée de
nouveaux instruments. Rappelons que ces particules et forces ne sont
généralement pas considérées comme existant en elles-mêmes, mais comme
des phénomènes manifestant l'existence de dynamiques plus profondes
encore inconnues. Cependant, comme elles ne se produisent pas au hasard,
elles doivent bien obéir à quelque chose qu'il faudrait faire
apparaître, existant soit dans la nature, soit dans ce que nous
appelions dans un paragraphe précédent le super-organisme scientifique.
* Cinquième problème, particulièrement d'actualité : *obtenir une
théorie qui explique les phénomènes dits de la matière noire et de
l'énergie noire.* Ceux-ci sont considérés comme de grands succès récents
de l'observation expérimentale du cosmos, montrant que les modèles
théoriques purement mathématiques ne peuvent jamais prétendre donner des
prévisions complètes de ce qu'est la nature. L'observation surprend
toujours. On sait, concernant la matière noire, que l'observation des
vitesses orbitales des étoiles dans les galaxies ne correspond pas à ce
qu'elle doive être compte tenu des masses visibles. L'erreur est dans un
facteur de plus de 10, ce qui laisse supposer l'existence de formes de
matière ou d'énergie non encore détectables. Concernant l'énergie noire,
il s'agit d'une force d'expansion (dite aussi constante cosmologique,
pour des raisons que nous ne rappellerons pas ici) qui s'ajoutant à
l'expansion du cosmos depuis le Big Bang, a été récemment observée et
paraît responsable d'une accélération uniforme du cosmos tout entier.
Ainsi, il apparaît dorénavant que 96% des propriétés observées de
l'univers, propriétés que l'on regroupe désormais dans un « modèle
standard de la cosmologie », correspondent à des phénomènes dont on ne
sait absolument rien.
Ou bien la matière noire et l'énergie noire existent et il faut
expliquer à quoi elles correspondent. Ou bien elles n'existent pas, mais
alors il faut expliquer pourquoi la gravité apparaît modifiée sur de
grandes échelles. A nouveau se pose la question inhérente à la physique
fondamentale : pourquoi les constantes du modèle standard (ici le modèle
standard de cosmologie, incluant l'énergie noire), ont les valeurs
qu'elles présentent à l'observation – étant supposé, évidemment, que
cette dernière soit fiable?
*Le rêve de l'unification*
Les chapitres suivants de TTWP (2, 3 et 4) explicitent, avec la clarté
pédagogique caractéristique de l'auteur, le développement des théories
d'unification en cosmologie et en physique. Cette histoire commence
vraiment avec l'affirmation de Giordano Bruno, selon laquelle les
étoiles étaient des soleils comme le nôtre (affirmation qui causa sa
condamnation à mort et son exécution par l'Inquisition). Elle se
poursuit encore aujourd'hui, jusqu'à la dernière hypothèse en date, la
théorie des cordes. Lee Smolin s'interroge sur la pertinence du besoin
d'unifier les théories. En dehors du fait que les hypothèses
unificatrices répondent à un besoin d'esthétique, elles correspondent le
plus souvent à des avancées conceptuelles et paradigmatiques, entraînant
de nouvelles hypothèses et de nouvelles découvertes. Mais il arrive
qu'elles induisent des erreurs, surtout lorsqu'elles ne sont pas
démontrables par l'expérience.
La théorie de la relativité générale d'Einstein a fait plus qu'unifier,
elle a introduit une géométrie de l'espace et du temps indépendante de
l'arrière-plan (/background independent)/. Ce caractère est fondamental
pour Lee Smolin et devrait être retrouvé par toutes les théories
unificatrices futures, visant notamment à intégrer mécanique quantique
et relativité dans la future gravitation quantique. Dire que la théorie
de la relativité générale est indépendante de l'arrière plan
(background) signifie qu'elle peut être formulée sans fixer auparavant
une métrique. Tous les champs y sont dynamiques, tous interagissent,
tous s'influencent respectivement. Cependant Einstein échoua dans sa
tentative de créer une géométrie de l'espace-temps capable d'unifier la
gravité et l'électromagnétisme. Avec le développement de la physique
quantique après 1930, il ne lui fut pas davantage possible d'unifier
cette nouvelle physique avec les autres forces. Lee Smolin raconte
comment Einstein perdit tout crédit dans cette tentative vaine, alors
que l'élite de la physique mondiale se tournait vers la physique quantique.
Dans le cadre des deux grandes théories de physique fondamentale du
XXème siècle, la relativité et la mécanique quantique, notons que la
culture et la formation de Smolin sont essentiellement orientées vers la
relativité, à contre courant de la plupart des physiciens théoriciens
contemporains. Il est étonnant d'ailleurs, que lors qu'il parle de
mécanique quantique, il ne cite que très rarement le nom de Paul Dirac
dont les travaux sur l'anti-matière et l'équation relativiste de
l'électron ont à la fois couronné les débuts de la mécanique quantique
des années 1930, et servi de point de départ à l'électrodynamique
quantique, continuée par la suite, entre autres par Richard Feynmann.
Les efforts d'unification se poursuivirent néanmoins, à partir de la
physique quantique, dans la direction des forces autre que la
gravitation: l'électromagnétisme : théorie quantique des champs,
électrodynamique quantique) …jusqu'au modèle standard des particules
élémentaires proposé en 1970. Mais au-delà, les tentatives
d'unification, dites de grande unification, ne purent aboutir. Il
fallait inventer une symétrie capable de transformer les quarks,
constituant des protons, en leptons. Le nom de code en est SU(5). Mais
il n'a pas été possible à ce jour de prouver la désintégration du proton
prévue par la théorie. Il paraît nécessaire à Lee Smolin d'en conclure
que la grande unification SU(5) était une hypothèse fausse.
*La rupture entre théorie et expérience
*
L'échec des premières théories de grande unification n'a pas empêché les
théoriciens de formuler de nouvelles hypothèses, mais cet échec a, selon
l'expression de Lee Smolin, ouvert en physique une crise qui se poursuit
encore. La théorie et l'expérimentation ont cessé de travailler main
dans la main comme elles l'avaient toujours fait jusqu'alors. A partir
des années 80, un certain nombre de physiciens restés fidèles à
l'expérimentation se sont contentés d'approfondir le modèle standard.
Cependant la plupart des théoriciens se sont engagées dans des
hypothèses encore plus ambitieuses que celles concernant la grande
unification. Le chapitre 5 du livre décrit les orientations retenues,
hormis la théorie des cordes examinée dans les chapitres suivants. Il
s'agit d'une histoire compliquée que nous n'évoquerons évidemment pas
ici. Bornons-nous à dire que ces hypothèses ont principalement visé à
unir les deux grandes classes d'objets supposés construire le monde :
les particules (quarks et leptons) et les champs (ou forces) au sein
desquels elles interagissent. Selon la théorie quantique, les particules
sont aussi des ondes mais la théorie n'unifie pas pour autant les
particules et les champs. La théorie distingue au contraire deux grandes
classes de particules élémentaires, les fermions et les bosons. Les
fermions sont les particules de matière (électrons, photons, neutrinos).
Les bosons sont les particules associées au champ. Le photon est un
boson, de même que les bosons faibles W+, W- et Z° de la force nucléaire
faible et les gluons de l'interaction nucléaire forte (voir encadré
ci-dessous).
Pour poursuivre les tentatives d'unification, il a paru nécessaire de
définir un processus dit de supersymétrie dans lequel il serait possible
de remplacer un fermion par le boson correspondant sans changer les
conditions de l'expérimentation. Dans ce cas, chaque particule aurait un
superpartenaire à découvrir, dit « s », par exemple le sélectron pour
l'électron. L'encore hypothétique « boson de Higgs », objet de toute
l'attention de la presse technique, serait le boson correspondant, dans
les théories de supersymétrie, à la force électrofaible (interaction
entre électromagnétisme et force nucléaire faible du modèle standard).
C'est la seule particule de ce modèle non encore observée. Sa découverte
aurait un rôle capital car elle permettrait d'expliquer la différence de
masse entre les autres particules élémentaires, particulièrement entre
le photon sans masse et les bosons W et Z. Elle légitimerait ainsi
l'ensemble du modèle standard des particules élémentaires, alors que sa
non-découverte remettrait en cause beaucoup des hypothèses
correspondantes. D'où l'intérêt qui s'attache à ce que montrera le futur
LHC du Cern quand il entrera en fonction dans les prochains mois.
En attendant, la supersymétrie reste une hypothèse. Mais même au cas où
l'hypothèse serait vérifiée, Lee Smolin considère qu'elle ne répondrait
à aucun des cinq problèmes qu'il a identifiés au début de son livre,
notamment pourquoi les constantes du modèle standard sont ce qu'elles
sont. En effet, la supersymétrie comporte un grand nombre de variables
libres, que le théoricien peut fixer à son gré pour justifier ses choix
de modélisation.
Le chapitre 6 évoque les tentatives, engagées aussi dans les années
1989, pour développer une théorie consistante de la gravitation
quantique. Lee Smolin y reprend les grandes lignes de son précédent
ouvrage, /Three Roads to Quantum Gravity,/ référencié en introduction.
Il y rappelle que pour lui une telle théorie doit être indépendante de
l'arrière-plan comme l'est la théorie de la relativité. Ceci veut dire
que la géométrie de l'espace ne doit pas y être fixée à l'avance.
L'espace évolue dynamiquement selon les mouvements de la matière en son
sein. Il existe aussi des ondes gravitationnelles qui parcourent la
géométrie de l'espace. L'espace peut avoir dans certains cas plus de
trois dimensions. Il n'y a pas de loi qui définisse ce que doit être une
fois et pour toutes la géométrie de l'espace, il y a seulement une loi
qui définit comment la géométrie évolue. Ainsi la géométrie de l'espace
ne fait pas partie des lois fondamentales de la nature. Elle évolue en
fonction de lois plus profondes. Il en est de même du temps. Le monde
doit être décrit en termes d'événements et de relations, d'où découlent
des causalités. Mais ces événements ne sont pas référencés à un temps
défini de l'extérieur.
Lee Smolin observe que les hypothèses relatives à la gravitation
quantique proposées à partir des années 1970 sont toutes du type «
indépendant de l'arrière-plan », sauf la théorie des cordes. *C'est là
pour lui le plus grand défaut de celle-ci*. La responsabilité en a
incombé à Einstein et aux relativistes qui ne surent pas dès
l'apparition de la mécanique quantique obliger celle-ci à prendre en
compte l'hypothèse de l'existence d'ondes gravitationnelles (il est vrai
particulièrement faibles, si elles existent et jusqu'à ce jour
inobservées) et faire ainsi de la mécanique quantique une théorie
indépendante de l'arrière-plan. Elle ne l'est toujours pas, ce qui
limite nécessairement ses ambitions cosmologiques. D'intéressantes
recherches sont conduites aujourd'hui autour des trous noirs, qui
disposent de champs gravitationnels suffisamment forts pour y étudier la
supergravité. Mais rien de substantiel ne permet encore d'en tirer les
bases d'une théorie substantielle de la gravitation quantique.
*Les révolutions avortées de la théorie des cordes*
La seconde partie de TTWP est consacrée à la théorie des cordes. On sait
que pour Lee Smolin, il s'agit essentiellement d'une impasse, pour la
raison principale que les hypothèses qu'elle propose ne sont pas
testables. Elles sont de toutes façons en si grand nombre que les
théoriciens des cordes peuvent toujours prétendre, face à un résultat
contredisant telle variante, qu'il en existe une autre susceptible
d'être ultérieurement confirmée. Lee Smolin au contraire s'en tient
fermement aux considérations de Karl Popper, selon lesquelles une bonne
théorie scientifique doit, non seulement être prouvable, mais aussi
falsifiable. Il a été décrit comme un « popperrazzi », ce qu'il accepte
volontiers d'être. Là encore, nous n'entrerons pas dans les nombreux
arguments permettant à Smolin et ceux qui, de plus en plus nombreux,
prennent leurs distances vis-à-vis de la théorie des cordes, de
justifier leur refus d'y voir la Théorie du Tout que ses promoteurs ont
voulu faire.
Toujours d'un point de vue épistémologique, ce livre est d'ailleurs
aussi un remarquable exemple d'application, sur un cas contemporain, des
thèses de Thomas Kuhn dans son Å“uvre célèbre « /La structure des
révolutions scientifiques/ » : on assiste « en direct » à la fissure
d'un « paradigme » de science « normale »
Les chapitres 7, 8, 9, 10 et 11 du livre analysent ce que Lee Smolin
appelle les prémisses, la première révolution et la seconde révolution
de la théorie des cordes, ainsi que les développements ayant suivi de la
part des défenseurs de la théorie. Le Chapitre 12 suivant recense les
points que la théorie des cordes expliquerait, c'est-à-dire les apports
positifs qu'elle aurait fait à la cosmologie et à la gravitation
quantique. Mais on verra que ses apports sont pour lui limités. La
théorie ne répond à aucun des 5 grands problèmes de la physique
contemporaine qu'il a identifiés au début de son livre, sauf au
troisième de ces problèmes : l'unification des particules et des forces,
ceci il est vrai dans une perspective dépendante de l'arrière-plan qui
limite la portée de la démarche. Ce faisant, la théorie des cordes
évoque une « simple loi » permettant de comprendre pourquoi les
particules sont ce qu'elles sont à l'observation. C'est que les cordes
qui leur correspondent se déplacent dans l'espace-temps de façon à
minimiser l'aire qu'elles occupent (comme le font des bulles de savon).
On retrouverait là une loi fondamentale des théories constructales selon
laquelle les formes de la nature sont ce qu'elles sont du fait que la
concurrence entre elles les obligent à minimiser l'énergie qu'elles
consomment.
Rappelons rapidement que pour la théorie des cordes, toutes les
particules et les forces (bosons) que l'on observe découlent de la
vibration d'objets minuscules en forme de cordes, linéaires ou bouclées.
La théorie des cordes se veut une théorie de la gravitation quantique
puisqu'elle intègre dans son approche les forces gravitationnelles. Les
différentes espèces de particules correspondent à des modes différents
de vibration de ces cordes élémentaires. Pour produire les formes
complexes correspondant à ces particules, les cordes se développent dans
des espaces dotés d'un plus grand nombre de dimensions que l'espace
ordinaire, au moins six dimensions supplémentaires. Mais celles-ci n'ont
pas été observables à ce jour du fait de leurs tailles
submicroscopiques. De plus, les formes pouvant être ainsi adoptées sont
en très grand nombre, correspondant à différents univers, avec des
particules différentes et des constantes fondamentales également
différentes. On ajoutera que pour les théoriciens des cordes les trois
dimensions de l'espace sont confinées à la surface de membranes ou
branes flottant dans un espace multidimensionnel. Ces branes peuvent
entrer en collision et provoquer des explosions d'énergie analogue à la
collision matière-anti-matière.
Les défenseurs de la théorie des cordes (il en reste) dont notamment Joe
Polchinski, de l'université de Californie, à qui Lee Smolin répond sur
le site de son livre (voir notre encadré introductif), ne désespèrent
pas cependant d'obtenir prochainement certaines preuves, sinon
décisives, du moins encourageantes. Un article d' Amanda Gefter les
énumère dans le /New Scientist /du 14 juillet 2007, p. 30. Les
possibilités sont les suivantes :
- détecter des supercordes ayant subi une forme d'inflation leur ayant
donné des dimensions cosmologiques. Ces objets exerceraient un effet de
lentille gravitationnelle, au cas où ils s'interposeraient entre la
Terre et une étoile lointaine. Plus généralement, ils devraient produire
des ondes gravitationnelles très puissantes, détectables dans l'
observatoire LIGO et le futur LISA. De telles ondes devraient aussi
perturber le rythme des émissions radio émanant d'un pulsar.
A l'inverse, des ondes gravitationnelles trop fortes, qui seraient
observées dans les image micro-ondes du fonds de ciel (CMB) obtenues par
l'observatoire orbital Wilkinson ou le futur observatoire européen
Planck seraient incompatibles avec la théorie des cordes.
- expliquer pourquoi des plasmas de quarks et gluons obtenus dans les
collisions entre atomes d'or dans le Relativistic Heavy Ion Collider de
Brookhaven se comportent non comme le gaz prévu par la chromodynamique
quantique mais comme un liquide auquel correspondrait un trou noir prévu
par la théorie des cordes. Cela ne serait pas une preuve définitive de
la validité de cette dernière, mais pourrait en être un indice fort.
- prouver l'existence des extra-dimensions prédites par la théorie des
cordes au cas où le futur LHC du Cern montrerait que des débris
résultant des collisions organisées par ce dernier seraient « avalés »
au lieu d'être conservés. Ils pourraient l'être au sein des
extra-dimensions de la théorie des cordes. Au-delà, si le LHC prouve la
supersymétrie en faisant apparaître de superparticules, il fournirait un
nouvel indice fort en faveur de la théorie des cordes.
Lee Smolin prend soin, dans son livre et ses articles, de ne pas
condamner à l'avance toutes perspectives expérimentales pouvant apporter
des preuves à la théorie des cordes. Il est plus prudent et, en bon
scientifique, il réserve l'avenir. Mais il nous prévient du fait, déjà
signalé dans cet article, qu'existant non pas une mais des millions de
théories des cordes ou de modèles en découlant, il est trop facile aux
théoriciens de trouver l'explication ponctuelle à telle ou telle
observation pouvant être considérée comme une preuve de la théorie. De
même, les expériences qui la contrediraient explicitement peuvent
toujours être considérées comme invalidant telle version de la théorie
et non les autres.
Pour notre part, nous pensons, avec Lee Smolin, que /la cause de la
théorie des cordes est entendue. Elle est fausse ou, en tous cas,
gravement inadéquate./ Il en est de même de la théorie du Tout et la
M.théorie qui en sont des versions « journalistiques », destinées à
encourager de généreux donateurs. Il est temps, comme le fait TTWP, de
passer à autre chose, c'est-à-dire aux hypothèses, reposant sur de
nouvelles observations, pouvant montrer que des approches résolument
révolutionnaires doivent dorénavant être poursuivies pour comprendre
l'univers ou, tout au moins, pour interpréter les nouvelles expériences
qui s'accumulent en ce moment. Ce ne seront pas alors les seuls
fondements de la théorie des cordes qui seront remis en cause, mais ceux
des piliers désormais centenaires de la physique fondamentale, les deux
relativités et la mécanique quantique.
*Vers une nouvelle physique*
La Troisième partie de TTWP, avec les chapitres 13, 14 et 15, vise à
évoquer les différentes approches que Lee Smolin recommande aux lecteurs
d'analyser, s'ils veulent interpréter correctement les nombreux articles
publiés par la littérature scientifique et qui contribuent, soit
ponctuellement, soit plus systématiquement, à définir les contours d'une
nouvelle physique. Celle-ci n'est pas encore fixée sous forme d'un
paradigme susceptible de remplacer les paradigmes relativiste et
quantique, mais les visionnaires (ceux que Smolin appellent des « seers
» dans son livre), commencent à en faire apercevoir les contours.
Comme visionnaires, outre des physiciens qu'il côtoie, Lee Smolin prend
l'exemple d'un mathématicien français contemporain (il a 79 ans),
Alexander Grothendieck, médaille Fields, génie des mathématiques du XX^e
siècle, dont les concepts – théorie des motifs, topos..- sont repris par
Alain Connes, préfacier de TTWP, dans un livre de physique mathématique
de plus de 600 pages qui vient de sortir mi-juillet /« Non commutative
geometry, Quantum fields and motives »/. Alain Connes, pour traiter en
mathématicien de la physique fondamentale, s'appuie aussi sur les
concepts formulés en 1832 par un autre génie mathématique visionnaire de
20 ans : Evariste Galois.
Le paysage reste complexe, sans directions encore privilégiées, car la
nouvelle physique explore de nombreuses voies. Ces voies peuvent
apparaître contradictoires mais rien n'exclut qu'elles convergent à
terme dans une nouvelle grande synthèse. Parmi les visionnaires, Lee
Smolin range un certain nombre de chercheurs travaillant autour du
Perimeter Institute ou provenant des laboratoires européens dont la
culture scientifique s'oppose nettement, selon lui, à la culture
américaine dominante trop impliquée dans la théorie des cordes. Nous
n'hésiterons pas, pour notre part, à ranger Lee Smolin au premier rang
des visionnaires sur lesquels il compte pour renouveler la physique. Il
n'a peut-être pas encore produit une hypothèse théorique appuyée sur une
preuve expérimentale capable de lui mériter le prix Nobel. Mais il est
un des seuls à pouvoir décrire la physique avec la hauteur de vue qui
s'impose non seulement à un physicien digne de ce nom mais à ce qu'il
est aussi sans le reconnaître, c'est-à-dire un philosophe des sciences.
A nouveau, nous ne pouvons entrer dans les détails des directions de
recherche évoquées par TTWP, dont chacune mériterait un article
circonstancié. Inutile de dire que la plupart ne sont pas compatibles
avec la théorie des cordes. Bornons-nous à en donner une liste abrégée,
en suivant l'ordre du livre :
* Les régularités étonnantes pouvant apparaître suite aux analyses de
plus en plus précises de la température de fond de ciel cosmique (CMB)
résultant des données recueillies par l'observatoire orbital Wilkinson,
en attendant celles du futur observatoire européen Planck. Des pics et
des axes privilégiés de radiation (axe du Diable) semblent contredire
l'hypothèse encore généralement admise de l'inflation supposée avoir
homogénéisé le paysage à grande échelle.
* Les différences d'accélération entre étoiles au sein des galaxies
pouvant laisser suspecter l'existence d'une modification, dans certaines
conditions, de la loi de Newton. Il s'agit de la désormais célèbre MOND
ou Modified Newtonian Dynamics dont la prise en compte obligerait de
modifier la relativité générale à certaines échelles.
* Les expériences susceptibles de remettre en cause les constantes dites
fondamentales de l'univers. De plus en plus, comme nous l'avons
nous-mêmes indiqué dans divers articles, il serait peu scientifique de
considérer qu'à toutes les échelles, celles-ci soient effectivement et à
jamais invariables. C'est en premier lieu le cas de la vitesse de la
lumière, qui pourrait être dépassée aux très grandes énergies, comme le
montre notamment l'observation des rayons cosmiques extrêmement
énergétiques arrivant sur Terre. Le détecteur de rayons cosmique Pierre
Auger, qui commence à fonctionner en Argentine, apportera prochainement
des informations décisives. L'observation des sursauts ou explosions
gamma pourrait donner des éléments comparables. Le prochain Gamma Ray
Large Area Space Telescope permettra de préciser les informations reçues
de l'espace.
Rappelons que nous avons dans cette revue présenté le livre « Faster
than the Speed of Light »
<http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2003/mai/magueijo.html>,
dans lequel João Magueijo avait défendu une première version de sa
thèse, d'ailleurs toujours controversée, relative au caractère non
absolu de la vitesse de la lumière
* Si la vitesse de la lumière n'était plus une constante, ce serait à
son tour la relativité restreinte d'Einstein qui devrait être modifiée
ou, tout au moins approfondie. On sait que celle-ci repose sur deux
principes : la relativité du mouvement et le caractère absolu de la
vitesse de la lumière. Remettre en cause ce dernier principe conduit à
ce que l'on désigne du terme de relativité doublement restreinte (en
anglais, DDR, /deformed ou doubly special relativity/). Celle-ci
entraînerait à son tour une remise en cause de la valeur absolue de la
longueur de Planck. Encore controversée, cette hypothèse postulée pour
la première fois par Giovanni Amelino-Camelia, rejoint par João Magueijo
et Lee Smolin, postule qu'une échelle basée sur celle de Planck devrait
rester invariante dans les transformations relativistes, et serait donc
indépendante de la vitesse de l'observateur et de l'unité de mesure
qu'il utilise. Lee Smolin a rattaché ces points à l'exploration qu'il
continue à faire de la gravitation quantique en boucles. Les promoteurs
de la DDR espèrent bientôt pouvoir tester ses prédictions.
* Les nouveaux développements de la gravitation quantique, reposant sur
une théorie indépendante de l'arrière-plan, et respectant ainsi le
postulat fondamental de la relativité générale. De nouvelles hypothèses
ne font pas de l'espace ou de ce qui s'y déplace le cadre à considérer
en premier. Elles s'inspirent de la physique quantique. *L'espace pour
elles doit être une propriété émergente, comme la température d'un corps
émerge du mouvement des atomes qui le constituent.* Les propriétés
fondamentales seraient alors discrètes et s'organiseraient autour de
relations où la causalité jouerait un rôle premier. Lee Smolin consacre
plusieurs pages à l'état actuel de la théorie de la gravitation
quantique en boucles qui, s'inspirant de ces considérations et
contrairement à la théorie des cordes, représente à ses yeux et à ceux
de beaucoup de théoriciens renommés, dont semble-t-il le mathématicien
français Alain Connes, inventeur de la géométrie non commutative, une
perspective crédible.
Nous observerons ici pour notre part que l'hypothèse selon laquelle le
monde physique que nous connaissons, avec ses constantes fondamentales,
serait constitué de *propriétés émergentes* d'un monde quantique
sous-jacent, est de plus en plus explorée. L'article <#art1> que nous
publions dans ce même numéro en fournit un exemple, avec notamment le
thème qui nous paraît très prometteur du darwinisme quantique, que Lee
Smolin ne pouvait pas connaître en 2005, quand il écrivait son livre.
* Nous mentionnerons pour finir les hypothèses, non citées par Lee
Smolin, mais révélatrices de l'effervescence de la jeune physique,
relatives aux particules dites Axion et Chameleon susceptibles
d'expliquer l'énergie noire (voir notamment le NewScientist, 21 juillet
2007, p. 10).
*En conclusion, les visionnaires
*Le chapitre final 18 du livre élargit le regard en présentant une série
de visionnaires de la physique dont les approches, même si elles ne sont
pas toujours reconnues par la science dominante (mainstream), lui
paraissent devoir elles-aussi contribuer au renouveau des fondements
conceptuels et paradigmatiques de la physique. Nous retiendrons ici les
noms de *Roger Penrose, Robert Laughlin, Holger Bench Nielsen*
(inventeur des random dynamics), *Gerard ‘t Hooft, Julian Barbour*
(auteur de The End of Time, 2001), *David Finkelstein, Antony Valentini*
(auteur de Pilot-wave Theory of Physics and Cosmologie, à paraître, où
il reprend et généralise l'hypothèse des variables cachées en physique
auantique)…sans oublier *David Deutsch* et *Seth Lloyd*, dont nous
avions en leur temps présenté les ouvrages.
Cette liste, comme les noms que nous n'avons pas cités ici, sont pour
Lee Smolin comme pour nous la preuve que la physique fondamentale, loin
d'être en crise, à la suite des errements de la théorie des cordes,
serait au contraire en plein renouveau. Voici qui devrait exciter les
imaginations des jeunes chercheurs.
/NB: le numéro de septembre 2007 de La Recherche propose 4 articles sur
la théorie des cordes/
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
------------------------------------------------------------------------
** I am a strange lopp I am a Strange Loop**
**par Douglas Hofstadter**
Basic Book 2006, 412 pages
Présentation et commentaires par Jean-Paul Baquiast
02/07/07
Douglas Richard HofstdterDouglas Richard Hofstadter (né le 15 février
1945) est un universitaire américain. Il est connu surtout pour son
ouvrage Gödel, Escher, Bach, les brins d'une guirlande éternelle, publié
en 1979, et qui obtint le Prix Pulitzer en 1980. Ce livre, donc le titre
est souvent abrégé en «GEB», a inspiré des milliers d'étudiants à se
lancer dans une carrière dans les domaines de l'informatique et de
l'intelligence artificielle.
Fils du prix Nobel de physique Robert Hofstadter, il a obtenu son
doctorat en physique de l'université de l'Oregon en 1975. Il est
actuellement (2005) professeur de sciences cognitives et d'informatique,
professeur adjoint d'histoire et de philosophie des sciences,
philosophie, littérature comparée et psychologie à l'université de
l'Indiana à Bloomington, où il dirige le Centre de Recherche sur les
Concepts et la Cognition (Center for Research on Concepts and Cognition
site web).
Ses domaines d'intérêts comprennent les sujets relatifs à l'esprit, la
créativité, la conscience, la référence à soi-même, la traduction et les
jeux mathématiques. À l'université de l'Indiana à Bloomington, il a été
co-auteur, avec Melanie Mitchell et d'autres, d'un modèle de «perception
cognitive de niveau supérieur», Copycat, ainsi que de plusieurs autres
modèles cognitifs et de reconnaissance d'analogies.
*Pour en savoir plus*
** Page personnelle
http://www.cogs.indiana.edu/people/homepages/hofstadter.html
** Wikipedia (français) http://fr.wikipedia.org/wiki/Douglas_Hofstadter
** GEB Edition française, supervisée par l'auteur, InterEditions 1985.
Edition originale, Basic Books, 1979.
Comme beaucoup de ceux qui avaient étudié l'informatique et les logiques
computationnelles dans les années '70, j'avais entendu parler de Douglas
Hofstadter et de son libre /Gödel, Escher, Bach/ en termes extatiques
par ceux d'entre nous qui avaient eu la chance de faire des séjours dans
une université américaine. Selon eux, on trouvait « TOUT » dans le GEB
anglais. Mais ayant eu l'ouvrage entre les mains, j'y avais vite
renoncé. D'abord parce que la langue, avec les innombrables néologismes
inventés par l'auteur, me paraissait quasiment incompréhensible. D'autre
part et surtout parce que, à part quelques passages suscitant la
curiosité, et de belles illustrations, il me semblait ne mener à rien.
Je me suis cependant procuré l'édition française dès sa parution.
J'ai évidemment alors mieux compris la pensée de l'auteur et ses
multiples détours, mais là encore, le livre me paraissait trop éloigné
de la rigueur cartésienne pour que je puisse y pénétrer en profondeur.
Je me suis borné à le survoler, sans rien en retenir de marquant. Cette
incompréhension était sans doute entièrement de ma faute, mais je dois
dire, aujourd'hui encore, que bien que GEB figurât dans ma bibliothèque,
je n'aurais pas eu l'idée de le rouvrir, s'il je ne m'étais pas mis
moi-même en devoir de faire pour Automates Intelligents une chronique du
dernier livre de Douglas Hofstadter, /I am a Strange Loop,/ en
conséquence de la lecture d'un entretien avec l'auteur publié par le
NewScientist le 29 mars 1997.
Ayant depuis quelques années parcouru beaucoup d'ouvrages sur la
conscience, lesquels m'avaient inspiré, outre divers articles pour notre
revue, le chapitre Conscience de mon dernier livre, /Pour un principe
matérialiste fort/, j'étais en effet curieux de voir ce que pouvait en
dire Douglas Hofstadter. Je me demandais, connaissant à la fois le côté
apparemment un peu « sentimental lyrique » de l'auteur et la montée en
Amérique de toutes les formes de spiritualisme, dont les plus douteuses,
s'il n'avait pas rejoint la vaste cohorte des /Born Again,/ ceux qui
redécouvrent Dieu et s'efforcent de justifier cette redécouverte en
alignant des arguments pseudo-scientifiques. Dieu merci, il n'en était
rien. Ma philosophie moniste, selon laquelle l'esprit et la conscience
procèdent de la matière, s'est trouvée renforcée, s'il en était besoin –
il n'en était pas besoin – à la lecture du livre. Il est vrai que si
j'avais lu auparavant – ce que je n'avais pas fait – /The Minds' I
/écrit avec Daniel Dennett en 1981, /Metamagical Themas/ (1985) et
/Fluid Concepts and Creative Analogies/ (1995), oeuvres précédentes de
l'auteur, je ne me serais pas inquiété de son éventuelle conversion.
Certes, dans /I am a Strange Loop/, Douglas Hofstadter reste fidèle à sa
façon d'inventer un vocabulaire et des exemples analogiques censés
éclairés la pensée mais qui selon moi ne s'imposent pas et compliquent
plutôt la lecture. De même, il agace un peu car il est manifestement
très naïvement imbu de lui-même et de son moi, même s'il nous explique –
j'y reviendrai- que le Moi est une hallucination. On ne peut pas ignorer
en le lisant à quel point il a été précoce, découvrant la mathématique
et la musique à l'âge ou les autres enfants lisent encore Tintin. Mais
le lecteur lui pardonnera ces petits accès de vanité en considérant la
sincérité qu'il met dans ses convictions altruistes et sa grande bonne
volonté à s'ouvrir aux autres. Il est par exemple strictement
végétarien, afin de respecter la vie des animaux susceptibles d‘héberger
des états conscients, fut-ce de façon fugitive. De même, il connaît et
aime l'Europe et les Européens, contrairement à beaucoup de ses
compatriotes. Mais c'est surtout sa très grande culture, littéraire,
musicale et scientifique que l'on admirera. Manifestement, aucune des
avancées récentes des sciences dites de la complexité, allant de la
physique quantique à la biologie et aux sciences cognitives, ne lui ont
échappé.
*/I am a Strange Loop /en bref*
Venons en maintenant à l'essentiel du livre. Le message principal qu'il
comporte est le refus de toute forme de dualisme, c'est-à-dire d'une
idée selon laquelle (je cite p. 357) « au dessus ou à côté des entités
physiques gouvernées par les lois physiques, existerait une Essence
universelle, appelée « conscience » qui serait une propriété de
l'univers invisible, non mesurable, non détectable, possédée par
certaines entités et non par d'autres ». Il reconnaît que cette Essence,
proche de ce que les religions occidentales nomment l'âme, est très
séduisante. Elle est en accord avec nos perceptions quotidiennes, selon
laquelle il faut distinguer entre l'animé et l'inanimé et, d'autre part,
au sein du monde animé lui-même, entre le Moi et les Autres. Douglas
Hofstadter remarque à juste titre que si ce Moi conscient est une
émanation de la Conscience universelle, magiquement attribuée à chaque
humain à sa naissance, il n'y a pas lieu de s'étonner que la conscience
humaine puisse expliquer tant de mystères, Dieu se tenant derrière en
renfort. Les recherches scientifiques visant à comprendre la conscience,
le Moi et le monde lui-même en termes rationnels perdent tout intérêt.
Ce refus du dualisme n'est pas pour nous d'une grande originalité, même
s'il doit être renouvelé devant les résurgences du spiritualisme dans
les sciences et la volonté d'explique l'inconnu par de mystérieuses
essences extra-matérielles renvoyant en fait aux descriptions archaïques
du monde que proposent les Ecritures et autres traditions se prétendant
sacrées. Mais le livre va plus loin. Il rappelle très clairement les
hypothèses permettant de comprendre comment la conscience humaine, forme
apparemment plus « évoluée » de celle déjà présente chez les animaux
supérieurs, peut émerger chez les individus au fur et à mesure que se
construit leur corps et leur cerveau. Le tout en interaction avec leur
environnement physique, biologique et sociale. C'est à une présentation
et à une discussion rapide de ces hypothèses que nous allons maintenant
nous livrer.
Nous n'allons pas dans cet article faire une présentation du livre
chapitre par chapitre. Elle serait trop longue et inutile. Les lecteurs
intéressés par l'évolution de la pensée de Douglas Hofstadter doivent
absolument se procurer l'ouvrage et l'étudier en détail. Nous n'allons
pas non plus commenter les exemples de systèmes auto-réferants donnés
par l'auteur, notamment le trop long chapitre consacré à la controverse
Gödel-Russel, gagnée comme on sait par Gödel dont le théorème éponyme
est devenu un classique de la logique moderne. Ces exemples sont certes
intéressants mais ils obscurcissent nous semble-t-il, plus qu'ils ne
l'éclairent, la démonstration proposée par le livre. D'ailleurs Douglas
Hofstadter s'en est rendu compte et il a donné, dans GEB comme dans ici,
des exemples d'auto-références plus simples, accompagnés de la façon de
s'extraire des cercles vicieux produits/(1)/ <#isl1>.
Nous allons par contre nous efforcer de dégager le fil essentiel de
l'ouvrage, qui propose une argumentation très forte en faveur de
l'explication matérialiste-évolutionnaire des phénomènes de conscience
et de l'apparition du Moi. Cette argumentation est loin d'être
originale, mais elle présente un caractère stimulant du fait des
arguments et exemples nouveaux fournis par la réflexion personnelle de
l'auteur. Elle ne convaincra sans doute pas les dualistes
spiritualistes, mais elle renforcera dans leurs convictions, face aux
offensives renouvelées de ces derniers, les monistes matérialistes
pouvant se sentir ébranlés. Précisons d'emblée un point de vocabulaire.
Dans cet article, nous traduirons le « I » anglais non pas par « Je »
mais par « Moi ». On sait que « I » en anglais peut avoir les deux sens.
Il faut donc selon le contexte distinguer le I sujet (/I do/) et le I
objet (I is a self-referent symbol). En français, on peut plus
facilement faire cette distinction, en utilisant le pronom Je pour
représenter le sujet (Je fais ceci) et le mot Moi pour représenter
l'objet (Dupont présente une hypertrophie du Moi).
La thèse de Douglas Hofstadter, sauf erreur d'interprétation, consiste à
dire que l'évolution darwinienne des êtres vivants, se déroulant sur le
mode hasard-nécessité, a fait apparaître, dans l'une de ses branches,
des organismes dotés d'un système nerveux central. Si ces organismes ont
survécu face à ceux, sans doute plus robustes, dépourvus de système
nerveux centraux, c'est parce que le système nerveux central et
notamment le cerveau associatif qui le couronne dans ses formes les plus
achevées, leur ont rendu des services justifiant le maintien et le
renforcement de la fonction cérébrale. Ceci est bien connu des
biologistes évolutionnaires mais doit être rappelé.
*Les services rendus par le cerveau*
Quels sont les services rendus par le cerveau, ou si l'on préfère,
quelles fonctions assure-t-il au bénéfice des organismes qui en dont
dotés. On évoquera d'abord la *coordination sensori-motrice *générale.
Le moustique, souvent cité par Douglas Hofstadter, dont le cerveau est
très rudimentaire, en est parfaitement capable, tout au moins dans
certaines limites. Cela lui a permis de survivre à travers les âges et
lui promet aujourd'hui, avec la hausse des températures globales, un bel
avenir.
La deuxième grande fonction permise par le cerveau consiste à *mémoriser
tous les événements* vécus par l'animal, de façon à ce qu'il puisse
retrouver face à des situations actuelles celles des recettes ayant
réussi dans des situations précédentes. On discute parfois les capacités
de mémorisation, sous forme d'associations neuronales stables/(2)
<#isl2>/ du cerveau humain, doté de 100 milliards de neurones. Certains
neuroscientifiques pensent que tout ce qu'a vécu l'individu, depuis le
stade embryonnaire, est effectivement inscrit quelque part dans le
système nerveux et pourrait être retrouvé. Le cerveau met donc à la
disposition des animaux qui en sont dotés des banques d'histoires
considérables, qui leur permettent de se rétrojecter plus ou moins
automatiquement dans leur passé, c'est-à-dire de s'inscrire dans un
temps historique (avec possibilité d'extrapolation vers un futur
supposé). Il en est de même évidemment au niveau des groupes, dont les
individus bénéficient, soit par la transmission génétique, soit par la
transmission sociale, des acquis individuels conservés par l'évolution
du fait des succès de survie qu'ils ont assurés.
La troisième grande fonction du cerveau consiste à *globaliser et
catégoriser* ces millions ou milliards de «mémoires partielles», en les
classant par catégories et en les désignant d'un terme spécifique. Il
s'agit de proposer ce que l'on pourrait appeler des macro-instructions
permettant l'accès à des classes de mémoires ou instructions
élémentaires. Ce sont ces classes que Douglas Hofstadter désigne
globalement du terme de « symbol », qu'elles soient ou non nommées par
un terme spécifique dans le langage verbal. Pourquoi ce travail de
regroupement, classification et symbolisation ?
Douglas Hofstadter insiste sur le fait (au demeurant bien connu) que
tout ce qui concerne effectivement l'anatomie et la physiologie se situe
au niveau cellulaire voire atomique. A ce niveau règne un déterminisme
parfait, analogue au déterminisme grâce auquel l'interaction des
molécules d'un gaz soumis à pression dans une enceinte provoque
l'échauffement dudit gaz/(3)/ <#isl3>. <#isl3> Mais à ce niveau, le
cerveau associatif n'apporte pas de valeurs ajoutées spécifiques
permettant d'améliorer les chances de survie de l'organisme. Tout se
passe en dehors de son contrôle (sauf peut-être lorsque les neurones
déclenchent la production de certains corps ayant un effet de régulateur
global). Le cerveau ne perçoit et ne traite que les phénomènes
macroscopiques de la vie courante. Seules donc l'intéressent les
expériences concrètes vécues par le sujet quand il explore le monde par
essais et erreurs. Ce sont les résultats de ces explorations que le
cerveau associatif mémorise, classifie et s'efforce de retrouver en cas
de besoin.
Pour pouvoir les retrouver rapidement, le cerveau doit procéder comme le
fait un documentaliste quand il utilise des mots clefs généraux du type
"Politique" "Economie", "Sciences". Ainsi le cerveau du chien, comme
celui de l'homme, mémorisera plusieurs dizaines ou centaines de
macro-catégories, telles que «tout ce qui est bon à manger» et «tout ce
qui est susceptible de comporter une menace». Dans tous les cas, il
s'agit d'ensembles stables ou relativement stables de collections de
souvenirs eux-mêmes constituées d'associations de neurones. Evidemment,
il n'existe pas de documentaliste dans le cerveau qui classerait de
façon rationnelle les souvenirs pour les retrouver au plus vite et de
façon la plus pertinente possible face aux exigences de la compétition
darwinienne. La définition des catégories, de leurs contenus, de leur
ordre de préséance s'est faite au long des millénaires puis au long de
la vie de l'animal, de sorte que ne sont conservées que les informations
et les macro-catégories ayant le mieux contribué à la survie.
CanicheDe même nul n'a décidé de donner des noms aux différentes
catégories. Par la force des choses cependant, elles se sont trouvées
"marquées" dans le cerveau, au cours de l'évolution, d'une façon
permettant de les retrouver facilement. On ne connaît pas le détail des
procédures assurant la recherche en mémoire des informations
pertinentes. On sait par contre que lorsqu'un chien perçoit une odeur de
nourriture, il se comporte différemment de ce qu'il fait quand il croît
entendre un cambrioleur. Et ceci avec des temps de réponse courts. On
peut donc penser que la perception sensorielle primaire active non
seulement des réflexes primaires mais des souvenirs personnels à
l'animal, lesquels entre en compétition dans ce que l'on appelle encore
l'espace de travail conscient pour piloter le comportement en sortie le
plus approprié. On pourrait ajouter que tout ce qui est décrit ici
relève de la conscience primaire, présente chez l'homme et chez sans
doute la plupart des animaux dotés de système nerveux central. Elle est
d'ores et déjà observable également chez des robots équipés de systèmes
suffisamment performants de capteurs et d'effecteurs/(4) <#isl4>/.
Une quatrième fonction du cerveau n'est accessible qu'aux organismes
dotés d'une complexité suffisante (certains animaux dits supérieurs et
bien évidemment l'homme). Elle se traduit par l'apparition de la
conscience de soi ou conscience dite supérieure. Elle repose sur la
*capacité qu'à le cerveau d'observer une partie de son fonctionnement
*et du fonctionnement des organes relevant de la commande volontaire.
Douglas Hofstadter consacre de longs développements aux boucles
physiques de récursion fréquentes dans les machines modernes (par
exemple la caméra qui filme l'écran sur lequel apparaît ce qu'elle
filme). Les boucles biologiques de récursion sont innombrables et bien
plus complexes. (sécrétion d'une hormone suscitant l'appétit en cas de
baisse du niveau de sucre détecté dans le sang, par exemple). Douglas
Hofstadter ne les étudie guère et c'est dommage, car ces mécanismes bien
décrits par notre ami le médecin physiologiste intégrateur Gilbert
Chauvet,
<http://www.admiroutes.asso.fr/automates/collection/chauvet.htm>
permettraient aussi d'expliquer comment certains neurones ou groupes de
neurones en sont venus à s'observer au moment où ils observaient les
autres ensembles neuronaux s'activant à l'appel des sollicitations
extérieures.
Diverses hypothèses sont actuellement suggérées pour décrire les
mécanismes neurologiques permettant à certaines parties du cerveau de
s'activer à l'occasion de l'activité d'autres parties du cerveau, ainsi
que les conséquences pouvant en résulter sur l'activité globale ou
finale du cerveau et du corps lui-même. On a évoqué l'existence de
neurones miroirs/(5) <#isl5>/. Mais peu importe pour ce qui nous
concerne. Quel que soit le mécanisme d'auto-observation ou de récurrence
au sein du cerveau, on peut sans risque faire l'hypothèse que ce
mécanisme existe bien, puisque les résultats de son activité se
constatent en permanence. C'est lui que Douglas Hofstadter désigne du
terme (lui-même étrange), de boucle étrange (/strange loop/) et dont
l'importance est primordiale dans l'étude du Moi dit conscient puisque
c'est lui qui fonde ce dernier. La boucle produit un résultat. Elle
modifie, sous l'influence du macro-concept Moi, l'entité neurologique
observée, d'une façon complexe, imprévisible mais certaine. C'est en ce
sens que l'on peut parler des effets moteurs de la conscience (ou de la
prise de conscience, pour parler comme les psychanalystes). D'une façon
générale, de nouveaux éléments de complexité ou de variabilité sont
apportés dans le cadre de boucles antérieurement fermées sur
elles-mêmes. Le comportement global du sujet s'en trouve nécessairement
influencé. Ceci est particulièrement vrai lorsque la prise de conscience
s'organise autour des macro-informations représentant dans le cerveau
l'expérience globale et historique du sujet, autrement dit autour du
concept de Moi.
Comment ceci peut-il se faire ? Nous avons vu qu'un animal, même
lorsqu'il n'est pas capable de conscience supérieure, utilise les
macro-instructions ou macro-catégories correspondant à des situations
mémorisées du fait de leur importance pour la survie. Il sait sans
difficulté retrouver tout ce qui concerne sa nourriture, les partenaires
sexuels, les prédateurs. Mais il le fait sans classer toutes ces
informations dans la macro-catégorie de « Tout ce qui concerne mon
organisme face à la faim, aux besoins de reproduction, aux prédateurs ».
Pour un humain au contraire, la complexité de son cortex associatif lui
a permis de constater que l'essentiel des informations mémorisées dans
son cerveau avaient trait à la survie de son organisme. Par ailleurs, il
avait déjà, disposant du langage, donné des noms aux macro-catégories
essentielles à sa survie : nourriture, partenaire sexuel, prédateur. Il
était donc tout à fait normal qu'un nom émerge pour représenter
l'organisme global en lutte pour sa survie dans le vaste monde. Ce fut
le Moi, c'est-à-dire l'entité symbolique globale ou
macro-macro-catégorie qui donnait leur sens aux macro-catégories de
niveau inférieur
Mais dès ce moment, du fait des phénomènes d'emballement qui peuvent
affecter les boucles récursives, bien décrits par Douglas Hofstadter, le
concept de Moi allait jouer un rôle de plus en plus important, en
permettant de réorganiser de façon plus systématique et plus performante
toutes les connaissances acquises expérimentalement par l'espèce et
l'individu. Comme cette réorganisation entraînait des conséquences
favorables à la survie de l'individu et de l'espèce, elle ne pouvait que
se poursuivre sans limites autres que de fait. Le Moi s'est donc
développé, au-delà parfois du raisonnable. Pour les mêmes raisons, comme
il devenait associé à toutes les décisions que prenait de fait
l'individu, en réponse aux déterminismes d'ailleurs complexes qui le
conditionnaient, le sujet a eu tendance à penser que c'était le Moi qui
décidait, et qui plus est, qu'il décidait librement.
La cinquième fonction du cerveau, qui semble comme la précédente
réservée aux humains, est simplement évoquée par Douglas Hofstadter
(alors qu'à notre avis elle est excessivement importante). Il s'agit de
la *capacité d'halluciner le contenu du Moi.* Pour notre auteur, comme
pour d'ailleurs de nombreux cogniticiens, le Moi, au moins dans ses
principales dimensions, est le produit d'une hallucination. Mais
qu'est-ce qu'une hallucination ? On associe ce terme à la propriété
qu'ont certains cerveaux ayant perdu le sens du réel de générer des
images ou des personnages que le sujet halluciné considère comme
existant véritablement. A ce niveau, c'est un dysfonctionnement pouvant
entraîner la mort. D'une façon beaucoup plus générale et inoffensive,
voire utile, le cerveau peut, quant il organise les informations
sensorielles afin de construire des images du « réel » qui l'entoure,
projeter dans ce réel reconstruit des propriétés qui n'existent que pour
lui et qui n'intéresseraient pas nécessairement d'autres sujets – à
l'exception de ceux qui partageraient la même hallucination. Ainsi je
peux « halluciner » autour de représentations du chef de l'Etat, de
l'être aimé, de ma voiture, de la pollution, de la crise mondiale, de
Dieu ou de tous autres objets ou catégories que je suis conduit à
découper de facto dans le monde, au cours de mon existence quotidienne.
Les animaux, même supérieurs, à moins de les droguer, ne semblent pas
capables de telles hallucinations. Un chien ressent son maître tel qu'il
se manifeste effectivement à lui et non tel qu'il pourrait l'imaginer
dans une sorte de délire exalté. Chez l'homme au contraire, cette
faculté d'hallucination, projetée sur ce qui l'entoure, est à la source
de tous les mythes, de tous les dépassements, de toutes les folies. Elle
a sans doute été sélectionnée par l'évolution parce qu'elle était utile.
Le concept de Moi n'y échappe évidemment pas. Lorsque le sujet se
comporte de façon non hallucinatoire, il prend les décisions qui lui
imposent les circonstances, analogues à celles que prendrait un animal
dans une situation semblable (par exemple traverser une rue en regardant
à gauche et à droite, ce que les animaux familiers savent faire).
Lorsqu'il est sous l'emprise d'une image hallucinée de son Moi, il peut
faire n'importe quel exploit, tel arrêter à lui tout seul une colonne
blindée…ou n'importe quelle folie, telle que se précipiter sous un autobus.
*Le Moi de Douglas Hofstadter face au Moi des spiritualistes *
On voit alors que le Moi ainsi défin/i(6) <#isl6>/ présente différents
caractères qui en font l'antinomie de ce que les spiritualistes
appellent le Moi conscient et libre, propriété qui est pour eux conférée
aux hommes par Dieu pour les distinguer des animaux et plus généralement
de la matière ?
** Le Moi est une propriété partagée par les individus de nombreuses
espèces vivantes. Mais elle présente une intensité différente selon les
espèces et au sein des espèces, selon l'âge et les modes de vie. Douglas
Hofstadter classe les espèces selon leur aptitude à la conscience.
L'homme est au sommet, les virus et microbes à la base. On remarquera
qu'il n'y fait pas encore entrer les robots fussent-ils réputés
conscients. Mais cela ne saurait tarder, compte-tenu de la définition
qu'il se donne des conditions permettant l'émergence du Moi.
** Le Moi se construit progressivement, chez chaque individu au sein de
chaque espèce, en fonction des expériences vécues et mémorisées par les
individus. Autrement dit, on ne naît pas conscient, on le devient.
** Le Moi n'est évidemment pas immortel. Il est lié au corps et au
cerveau de la personne et disparaît avec ceux-ci.
** Le Moi peut cependant être partagé. Ceci s'explique très simplement.
Il est partagé entre personnes ayant eu des expériences communes et
ayant appris à réagir de façon corrélée. Mais, même dans l'amour né
d'une longue vie commune, le Moi de l'autre, que je peux comprendre et
héberger, n'est jamais qu'une version réduite du Moi de cet autre. Il
s'éteint progressivement avec la séparation. De la même façon, je ne
peux pas espérer que mon Moi puisse survivre longtemps chez les autres,
aussi nombreux soient ceux que notre exemple ou notre fréquentation ont
inspiré/(7)/. <#isl7>
** Plus généralement, Douglas Hofstadter considère que notre Moi héberge
une grande quantité de consciences partielles, inspirées de celles de
tous les êtres, ouvrages et événements qui nous ont marqués. L'idée est
assez banale. Nous sommes en permanence influencés par d'autres, dont
nous adoptons, partiellement et/ou momentanément, les façons de faire et
les idées. On pourrait dire aussi, en adoptant l'approche mémétique, que
nous sommes constamment envahis par des mèmes produits par l'activité,
éventuellement halluciné, du moi des autres/(8)/. <#isl8>
** Le Moi n'est pas libre. Il est déterminé, mais les modalités de ce
déterminisme n'apparaissent pas clairement à l'observation, car les
causes en sont complexes et enchevêtrées. De plus, chacun perçoit, de
façon évidemment erronée, qu'il est libre de prendre telle ou telle
décision/(9)/ <#isl9>. Douglas Hofstadter exécute en quelques lignes, et
de façon bien réjouissante, l'hypothèse chrétienne du libre-arbitre.
L'illusion d'être libre et responsable fait partie des modes
hallucinatoires par lesquels le concept de Moi dynamise le sujet
conscient – tout en renforçant son influence sur lui.
** Le Moi, et plus généralement la conscience, sont strictement liés à
un corps, à un cerveau et donc à un individu. Il n'y a pas de conscience
cosmique ni, bien évidemment, de divinités qui en seraient la
quintessence. Là encore, Douglas Hofstadter exécute en quelques mots les
pratiques propagées, notamment aux Etats-Unis, par les adeptes des
religions et philosophies contemplatives. Ce n'est pas, dit-il, en
s'enfermant sur soi afin d'évacuer toutes les informations venant du
monde extérieur et de sa propre individualité que l'on peut retrouver
une quelconque spiritualité cosmique. On se transforme simplement en
cadavre avant la lettre.
On peut cependant parler de Moi collectif, émergeant au sein des
groupes. Mais cela n'est pas en contradiction avec ce qui précède, car
ces Moi(s) collectifs sont produits par la collaboration de Moi(s)
individuels/(10)/ <#isl10>.
*Conclusion*
Nous pourrions pour terminer cette analyse retenir la conclusion de
Douglas Hofstadter. La façon de voir le monde et la conscience qu'il
nous propose (et qui plus généralement inspire la science matérialiste)
ne doit pas être source de désespoir ou de désenchantement. Elle
apporte, nous dit-il dans la dernière page de son livre, une façon plus
subtile et plus profonde de comprendre ce que c'est que d'être humain /«
a deeper and subtler vision of what it is to be human »/. Nous pourrions
dire la même chose de la description du cosmos que donne la science
matérialiste moderne : une façon plus subtile et plus profonde de
comprendre ce qu'est l'univers, au regard des descriptions simplistes et
aliénantes qu'en donnent les religions/(11) <#isl11>/.
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*/Notes/*/
(1) Le barbier du village qui rase tous les habitants qui ne se rasent
pas eux-mêmes.
(2) Jean-Pierre Changeux parlait d' «objets mentaux» dans son livre
fondateur «L'homme neuronal» (1983)
(3) Douglas Hofstadter n'évoque pas l'indéterminisme quantique supposé
régner au niveau subatomique, sans doute parce que l'indéterminisme
quantique, à notre niveau, se traduit toujours par un déterminisme
global, de type statistique probabiliste, analogue au déterminisme
statistique qui permet de prévoir l'évolution des grands ensembles :
molécules, foules, etc.
(4) Curieusement, Douglas Hofstadter ne fait pas la distinction,
pourtant courante, entre conscience primaire et conscience supérieure,
cette dernière se caractérisant par la prise en compte d'une
représentation du Moi.
(5) Parler de neurones miroirs n'est pas très explicite en termes
évolutionnaires. On peut certes admettre que certains neurones aient
acquis (par hasard) l'aptitude de s'activer en miroir dans certaines
circonstances, mais il a fallu des pressions de sélection considérables
pour qu'ils deviennent, que ce soient eux ou que ce soient des
assemblées analogues de neurones, les supports des comportements
générant le concept de Moi. L'apparition du langage, ayant conduit les
hominiens à dénommer de façon codée des événements saillants
indispensables à leur survie, a du jouer à cet égard un rôle essentiel.
On sait que des primates peuvent se reconnaître épisodiquement dans un
miroir, mais ils n'ont pas la possibilité de nommer leur image, même
s'ils savent par ailleurs répondre au nom de baptême qu'ils ont reçus.
S'ils ne sont pas incités à nommer leur image, pour l'utiliser, c'est
que cela ne leur apporterait aucun avantage immédiat, leurs besoins
essentiels étant satisfaits par ailleurs. Il n'en fut pas de même sans
doute chez les hominiens primitifs. Observant un de leurs semblables
inventer un geste vital, ils ont été poussés à imputer ce geste à
l'individu précis qui le pratiquait et à s'imaginer dans le rôle de ce
dernier. D'où l'émergence du concept de Toi, qui a sans doute préfiguré
celui de Moi. En accomplissant à leur tour ce même geste, par imitation,
ils ont du même coup rendu utile le concept de Moi, capable de copier ce
que faisait le Toi. Nous nous livrons ici à des suppositions mais c'est
dans l'intention de fournir des analogies, dont on sait que Douglas
Hofstadter apprécie beaucoup le caractère pédagogique. Notons à cette
occasion que notre auteur n'a pas fait, sauf erreur, d'allusions au Toi
comme précurseur possible du Moi.
(6) Le Moi ou la conscience individuelle. Douglas Hofstadter emploie
aussi volontiers le terme d'âme (/soul/) mais sans y mettre d'intention
mystique. C'est seulement parce qu'il est un grand sentimental
(7) Douglas Hofstadter consacre de longs développements à l'expérience
de pensée consistant à se demander ce que deviendrait le Moi d'une
personne entièrement téléportée dans un double. Nous pensons que la
question ne se pose pas. Dès que les deux consciences seraient
incorporées dans des corps différents, et comme ceux-ci, par la force
des choses, vivraient des expériences différentes, chaque Moi se
développerait de façon différente et n'auraient donc plus conscience
d'être les mêmes. On retrouve des situations un peu analogues dans les
cas cliniques de « split brain ».
(8) Observons que Douglas Hofstadter ne semble pas porter grand intérêt
à la mémétique, bien que celle-ci puisse expliquer plus facilement qu'il
ne le fait lui-même les contagions entre contenus mentaux qui se
produisent au sein des groupes.
(9) Cette perception est renforcée par les rêves, qui semblent tous,
sauf erreur, s'organiser autour d'une image hallucinée du Moi. Dans les
rêves, le Moi est omnipotent ou, tout au moins, dégagé des contraintes
de l'immersion dans un monde étranger. Beaucoup de personnes
transportent dans la vie éveillée des empreintes de leur Moi onirique
halluciné.
(10) Par souci d'exhaustivité, il faudrait en fait reprendre la question
de la formation des contenus cognitifs collectifs, au sein des groupes
sociaux animaux et humains. Les contenus de la science en font partie.
Ils génèrent sans aucun doute le concept de Nous, qui s'implante dans
les cerveaux individuels et modifie leur activité. Mais ceci nous
entraînerait trop loin, car Douglas Hofstadter n'a pas directement
traité cette question.
(11) Sur le côté désespérant ou au contraire exaltant de cette
constatation, on lira dans ce numéro (rubrique courrier <#courrier>) une
remarque d'un de nos correspondants et la réponse proposée./
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
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**Couverture du livre "Pesticides"Pesticides.
Révélations sur un scandale français**
**par Fabrice Nicolino et François Veillerette**
Editions Fayard 2007
Présentation et commentaires par jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
21/06/07
Fabrice Nicolino et François VielleretteFabrice Nicolino (à gauche de
l'image) est journaliste : il a travaillé notamment pour /Politis,
Télérama, Géo, Le Canard Enchaîné/. Il est l'auteur de plusieurs livres,
dont ‘Le tour de France d'un écologiste' (paru au Seuil). Il collabore
au mensuel Terre Sauvage.
François Veillerette (à droite) est enseignant. Il a été président de
Greenpeace en France, et il a créé avec Georges Toutain le Mouvement
pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), dont il
est le président en titre. Il est également administrateur du Pesticide
Action Network Europe (PAN Europe), le réseau européen d'ONG
spécialisées dans les pollutions par les pesticides. Il a publié en 2002
un livre de référence sur les conséquences environnementales et
sanitaires des pesticides : /Pesticides, le piège se referme/ (Paru chez
Terre Vivante)
On pourrait être tenté de ranger le livre /Pesticides /de Fabrice
Nicolino et François Veillerette parmi les nombreux libelles produits
par les militants écologistes s'en prenant avec plus ou moins
d'objectivité aux multinationales des secteurs agroalimentaire et
phytosanitaire. Nous estimons que ce serait une erreur. Même si cet
ouvrage est écrit avec passion – ce qui n'est pas une critique – il pose
de graves questions qui doivent intéresser, non seulement les lecteurs
de notre Revue, supposés soucieux de mieux connaître les relations
entretenues entre les scientifiques et les pouvoirs, mais chacun de nous
en tant que citoyen. Observons d'emblée que les constatations faites par
les auteurs pourraient être transposées avec certaines précautions à
tout ce qui concerne la vente et l'utilisation des produits dits
chimiques dans l'industrie et pour les usages domestiques. Les
protestations des industriels de la chimie européenne ayant accompagné
la mise en place du programme communautaire Reach, entré en application
le 1er juin 2007 sous la responsabilité de l'agence européenne ECHA
(European Chemichals Agency) en ont donné l'illustration. La question
des OGM doit aussi être abordée dans la même optique, puisque pour le
moment les recherches sur les organismes génétiquement modifiées et les
pratiques commerciales en découlant sont uniquement le fait des
multinationales dénoncées par /Pesticides/.
Avant de dresser la liste des questions posées par le livre, indiquons
que l'enquête à laquelle se sont livrés les auteurs nous a paru
particulièrement scrupuleuse et aussi complète qu'il était possible pour
un ouvrage de 380 pages. Les sources sont toutes citées et vérifiables,
notamment lorsqu'elles ont fait l'objet d'édition sur Internet. Les
personnes interrogées semblent l'avoir été avec objectivité. Les rares
d'entre elles ayant refusé de répondre sont citées, ce qui permettrait
éventuellement de s'y adresser pour complément d'information. Nous ne
sommes certes pas en présence d'une thèse universitaire. Le fond et la
forme sont propre au journalisme d'investigation, mais nous ne voyons
aucune raison sérieuse de rejeter l'ouvrage en bloc, en l'attribuant à
on ne sait quelle manoeuvre souterraine visant à déstabiliser
l'industrie, l'agriculture, la science et l'administration françaises.
Ajoutons que nombre des comportements observés se retrouvent dans les
principaux pays européens et posent donc globalement la question de la
façon dont les citoyens de l'Union peuvent s'informer et réagir face aux
abus provenant des professions et des administrations relevant des
domaines agro-alimentaire, phytosanitaire, vétérinaire et pharmaceutique.
*Les « intérêts américains » acteurs de la révolution verte*
Dans le cadre d'un article nécessairement court, nous n'allons pas
résumer l'ouvrage, mais avant d'évoquer les graves questions qu'il pose
à chaque citoyen comme à chaque décideur, résumons brièvement l'histoire
qu'il nous raconte.
C'est celle de la transformation accélérée de l'agriculture française
traditionnelle, à la fin de la dernière guerre, en vue de répondre aux
besoins alimentaires de la population. L'agriculture est en moins de
vingt ans devenue intensive et productiviste, par l'emploi systématique
du machinisme, des engrais chimiques et des pesticides. Mais cette
transformation, selon les auteurs, aurait pu se faire plus
progressivement et en respectant davantage les équilibres naturels si
elle n'avait pas été pilotée de l'extérieur et quasi imposée au monde
rural par ce qu'il faut bien appeler les « intérêts américains ».
L'histoire est particulièrement intéressante car l'on retrouve ces mêmes
intérêts, sous des formes et avec des acteurs différents, dans tout ce
qui a orchestré le redressement de l'économie et de la société de
l'Europe occidentale, ainsi que la mise en place de l'Union européenne
sous sa forme initiale dite du Marché commun. Nous avons déjà évoqué la
question dans cette revue à propos de Plan Marshall et des accords
Blum-Byrnes ouvrant le domaine culturel aux majors du cinéma américain.
Le même phénomène s'était produit à une bien plus grande échelle dans
les domaines de la défense et des industries stratégiques en général,
puis dans celui des technologies de l'information.
Par intérêts américains, il faut entendre ce que l'on dénomme dorénavant
le complexe politico-industriel unissant les grandes entreprises
américaines et les représentants du Département d'Etat, des ministères
techniques et des agences fédérales. Dans le cas de l'agriculture, le
livre les désigne clairement. Il s'agit du monde du machinisme agricole,
des engrais chimiques, de l'industrie phytosanitaire et des semenciers –
ces derniers se retrouvant aujourd'hui derrière les campagnes visant à
généraliser les OGM en Europe. C'est par l'action conjuguée et
harmonieuse de ces divers intérêts que le monde rural français a été
obligé de s' « adapter », beaucoup plus vite qu'il n'aurait été
raisonnable au regard de ce que l'on appelle aujourd'hui la protection
de l'environnement.
*Des effets désastreux sur la santé publique*
Si cette adaptation s'était faite en ménageant les grands équilibres
entre les espèces vivantes et les ressources en terres et en eau, il n'y
aurait eu que moindre mal. La ruralité du XIX^e siècle n'avait plus sa
place au XX^e . Mais elle s'est accompagnée et s'accompagne encore, non
seulement d'une grave atteinte à ce que l'on appelle aujourd'hui la
biodiversité, mais aussi d'une mise en danger de la santé des citoyens,
agriculteurs et consommateurs. Ceci par un usage absolument
irresponsable des produits chimiques destinés à «protéger» les récoltes
contre les parasites, c'est-à-dire des pesticides qui donnent son titre
au livre. On objectera que, contrairement aux sombres pronostics des
auteurs, la santé publique est – ou paraît – meilleure aujourd'hui qu'il
y a 50 ans. Mais il faut se méfier des apparences. Les pesticides et
autres produits chimiques industriels et domestiques provoquent des
troubles et des maladies mal décelables par l'épidémiologie classique,
dont aucun d'entre nous, semble-t-il, puisse se prétendre indemne. Le
livre en recense un grand nombre. Les autorités sanitaires qui
prétendraient le contraire devraient présenter des dossiers
inattaquables, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui – d'autant plus
comme nous allons le voir, que leur objectivité n'est pas toujours assurée.
Le lecteur de 2007 ne s'étonnera sans doute pas du fait que les grandes
firmes de la chimie aient exploité le créneau de la course à la
productivité agricole qui s'ouvrait, sans se préoccuper de la santé
voire de la vie des usagers. La désastreuse histoire de la dioxine et de
l'amiante montre ce qui se passe lorsque les intérêts industriels ont la
bride sur le cou. Mais le vrai /«scandale français»/ dénoncé par le
livre tient à la complicité active de deux catégories
socio-professionnelles auxquelles le citoyen mal informé et sans moyens
d'action tend généralement à faire confiance pour le protéger. Il s'agit
des scientifiques et des administrations.
En France, l'Etat dispose de prérogatives de contrôle et de répression
que les autres Etats n'ont pas toujours dans d'autres pays, du fait que
par tradition il est censé protéger les citoyens contre les abus
toujours possibles des initiatives privées. Pour cela, il s'appuie sur
des ministères spécialisés, ceux de l'agriculture et de la santé en
particulier. Ces ministères eux-mêmes, et leurs services régionaux,
délèguent une partie de leurs pouvoirs à des agences chargées d'évaluer
les problèmes et les solutions, en veillant à ce que ces solutions,
quand elles font appel à des moyens potentiellement dangereux, soient
strictement proportionnées aux objectifs à atteindre. Enfin, comme ni
les ministères ni même les agences ne disposent toujours de 'expertise
scientifique nécessaire, des scientifiques reconnus, nommés experts,
sont recrutés à titre permanent ou occasionnels pour éclairer
l'administration et le public.
*De véritables "pactes de corruption" ?*
Il faut savoir que le citoyen français, habitué à une relative
indépendance des administrations face aux groupes de pression et aux
formes discutables (pour ne pas dire autre chose) qu'ils adoptent
souvent, fait spontanément confiance aux services publics et aux experts
scientifiques censés le protéger. Certes, nul n'ignore que le poids
politique de certaines professions est grand, celui des agriculteurs ou
de la grande distribution en particulier. On pourrait cependant espérer
que ces professions soient suffisamment indépendantes des industriels et
refuseraient d'employer des produits toxiques susceptibles de mettre en
danger la survie même de leurs activités. Or le livre laisse entendre
que le citoyen français avait été – et demeure - bien naïf face à ce
qu'il est qualifié ici de pactes de corruption. Les industries
chimiques, qu'elles soient américaines ou européennes, pénètrent par
différentes formes d'influence les structures administratives et les
comités d'experts censés les évaluer et les contrôler. Les moyens
qu'elles consacrent à cet entrisme sont tels que, sauf cas d'abus
particulièrement visibles, elles manipulent comme elles le veulent ceux
chargés de les contrôler. Mais il ne s'agit pas de simples manoeuvres
commerciales sans grandes conséquences. Nous l'avons dit, le domaine est
si sensible que ce sont des milliers de morts et des centaines de
milliers de maladies et troubles graves divers qui à moyen ou long terme
résulteraient de l'absence de contrôle sérieux sur la fabrication, la
vente et l'emploi des pesticides.
Sans doute beaucoup de lecteurs du livre de Fabrice Nicolino et François
Veillerette, tomberont de haut en découvrant que des institutions aussi
respectables que l'Institut National de la Recherche Agronomique ou
l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments ont pendant des
années (elles le font sans doute encore), couvert les agissements des «
faux-nez » du lobby multiforme des pesticides agissant sous couvert de
la protection des plantes et des consommateurs. Que penser également des
scientifiques, qui, sciemment ou abusés, ont produit des diagnostics
rassurants alors qu'ils auraient du tirer la sonnette d'alarme ? A qui
donc se fier dans un tel monde? La question doit être posée car
manifestement les campagnes menées par les agriculteurs biologiques et
les militants écologiques voulant démontrer qu' «une autre agriculture»
serait possible, aussi bien en Europe que dans les pays pauvres, n'ont
guère eu de résultats jusqu'à présent. La destruction des milieux
naturels et l'empoisonnement (n'ayant pas peur des mots) des paysans et
des consommateurs se poursuit à grande échelle.
*Mais comment nourrir 9 milliards d'humains et faire face à la Grande
Crise ?*
L'ouvrage, de même que ceux abordant ce sujet ou des sujets voisins, a
suscité évidemment de nombreuses réactions, dont beaucoup émanent des
professions mises en accusation. Elles visent à déconsidérer les auteurs
et leurs procédures d'enquête. Il n'y a là rien d'étonnant. Il n'est pas
possible cependant d'ignorer les critiques s'inspirant d'un argument
apparemment plus rationnel. Elles tournent autour d'une question de
fond: "Comment nourrir aujourd'hui 6,5 milliards, et bientôt au moins 9
milliards d'humains, sans faire appel à des techniques de production de
plus en plus éloignées des équilibres naturels : cultures hors-sols,
emploi massif des nutriments et conservateurs dont l'innocuité n'est pas
systématiquement prouvée sur le long terme, recherche de nouvelles
espèces plus productives ou même production d'aliments de synthèse tels
que ceux étudiés par les biotechnologies voire les nanotechnologies
(génie génétique, biologie synthétique, etc.) ? Comment enfin obtenir de
tels résultats sans faire confiance à des industries très puissantes et
très concentrées, pratiquement incontrôlables par des réglementations
administratives imposées de l'extérieur ?"
Les défenseurs de l'agriculture biologique affirment – et pensent
pouvoir démontrer sur des exemples probants, aussi bien en Europe que
dans le tiers monde - que cela est possible. Mais nous pensons que la
question doit être posée à une échelle bien plus large que celle de
l'agriculture et de l'alimentation. Elle relève dorénavant des
changements radicaux qui devront être adoptés dans tous les pays du
monde pour faire face au réchauffement climatique, à la désertification,
à la perte des réserves en eau, à l'accumulation dans des mégapoles
misérables de populations agricoles chassées de leur terre et finalement
aux crises politiques et affrontements violents en résultant. Un article
récent du NewScientist (/The Continent that ran dry/, 16 juin 2007, p.
8) montre que l'Australie, supposée prospère, est en train de courir à
ce que Jared Diamond </biblionet/2006/avr/collapse.html>avait qualifié
dans son dernier ouvrage de "Collapse" ou effondrement général. Ceci
parce que ses méthodes d'agriculture productiviste conjuguées à des
sécheresses de plus en plus persistantes sont en train de compromettre,
non seulement ses activités agricoles et son littoral, mais aussi la vie
quotidienne dans les sept plus grandes villes, à commencer par Sydney.
Pour des organismes tels que le /Monash Sustainability Institute/ de
l'université de Monash, Melbourne, le salut ne pourra venir que d'une
approche nécessairement globale visant à la réduction de tous les
gaspillages, à la décroissance d'un certain nombre de consommations
devenues insupportables et à la refonte de tous les processus de
production et de distribution, concernant aussi bien le secteur agricole
que le secteur industriel. Ceci nécessitera l'éducation et la
participation de tous les citoyens mais aussi un appel renforcé à
l'expertise scientifique et aux incitations fiscalo-administratives.
On voit bien que de tels objectifs, comme nous l'écrivons pour notre
part depuis longtemps dans cette revue, s'imposeront non seulement aux
pays dont la situation eu égard à la grande crise environnementale est
déjà critique, mais à tous, la France et l'Europe en premier lieu. Se
pose alors la question qui ressort de la lecture du livre de Fabrice
Nicolino et François Veillerette : à qui se fier dans la définition et
la mise en oeuvre de telles politiques ? Si ce sont des multinationales
visant la recherche d'un profit immédiat, elles-mêmes soutenues par des
superpuissances hégémoniques, qui prennent en main et imposent les
changements, l'échec est assuré et les catastrophes que l'on voudrait
éviter seront au contraire amplifiées et accélérées.
Nous pouvons donc retenir que, loin d'être anecdotique et encore moins
tendancieux, le livre /Pesticides/ soulève des problèmes d'une ampleur
considérable, dont tous les Européens, qu'ils soient décideurs, agents
économiques ou simples citoyens, doivent dorénavant prendre conscience.
*Pour en savoir plus*
** Le site du livre http://www.pesticides-lelivre.com/ Nombreux liens
disponibles
** Le programme Reach :
http://ec.europa.eu/environment/chemicals/reach/reach_intro.htm
** ECHA http://ec.europa.eu/echa/home_en.html
** Sur les perspectives de l'agriculture biologique, face aux OGM, pour
nourrir le tiers monde, lire un article très complet de Marc Dufumier,
Professeur d'agriculture comparée et développement agricole, Institut
National Agronomique Paris-Grignon (INA-PG)
http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2004/dufumier/article.htm
<http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2004/dufumier/article.htm>
© Automates Intelligents 04/09/2007
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*Livres en bref*
*
The Brain That Changes Itself, Stories of Personal Triumph From the
Frontiers of Brain Science, Norman Doidge, M.D., Viking, 2007*
Dans ce livre destiné à surprendre, l'auteur, neurologue se disant
lui-même neuroplasticien, c'est-à-dire étudiant les capacités
d'adaptation du cerveau, montre que celui-ci n'est jamais figé dans une
posture atteinte à l'âge adulte. Il est capable de se reconfigurer en
permanence, sous la pression des contraintes rencontrées par le sujet.
Ainsi disparaît de plus en plus la distinction traditionnelle entre le
cerveau (brain) et l'esprit (mind), le premier étant par définition
rigide et le second souple. La plasticité du cerveau se manifeste dès le
jeune âge et se poursuit jusqu'à la vieillesse. Elle a de bons côtés, en
permettant par exemple à un cerveau touché par une attaque de récupérer.
Mais elle en a d'inquiétants. Les cerveaux peuvent se déformer
durablement lorsqu'ils sont soumis à des stimulus visant à imposer aux
sujets des croyances ou des comportements agressifs.
La question de fond n'est pas résolue par l'auteur : quels sont les
agents cérébraux ou autres qui provoquent l'adaptation ou la
réadaptation du cerveau. S'agit-il de fonctions primitives, bottom up,
comme celles permettant à certains organes de compenser des déficits?
S'agit-il au contraire de fonctions globales, top down, découlant du
fonctionnement de ce que les théoriciens de la conscience primaire
nomment le noyau actif ?
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*Endless Universe: Beyond the Big Bang; Neil Turok et Paul J.
Steinhardt, Doubleday, 2007 *
Neil Turok est professeur de physique théorique à l'université de
Cambridge (USA), Paul Steinhardt à Princeton. Leur livre conteste
l'hypothèse généralement admise du Big Bang comme origine de notre
univers. Il s'appuie sur une nouvelle version de la théorie des cordes,
dite aussi M Theory. Il relance l'hypothèse de l'univers cyclique, en
voulant montrer que le Big Bang n'était qu'un écho de la collision de
deux "membranes" ou "branes" (braneworlds), résultant du dépérissement
d'un univers antérieur disparu. Cette hypothèse, dite "ekpyrosis",
promet l'apparition d'un nouveau cycle, avec un nouveau cosmos, dans des
trilliards d'années futures. Elle est évidemment totalement
invérifiable. Mais le livre est très attrayant, de lecture facile et met
le lecteur au coeur des débats des physiciens théoriciens - auxquels se
complaisent sans y comprendre grand chose beaucoup de philosophes
métaphysiciens, espérant parfois y trouver la preuve de l'existence de
Dieu.
Il faut savoir cependant que, comme le plaide Lee Smolin dans son
dernier livre, présenté dans ce numéro, la théorie des cordes est
considérée par certains comme une machine à soutirer des crédits de
recherche alors que des problèmes plus immédiats et plus faciles à
résoudre mériteraient les financements publics.
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
*En bref*
*Un simulateur de catastrophe pour améliorer la programmation de robots
de sauvetage autonomes*
Christophe Jacquemin - 06/08/07
Nick Jennings et son équipe(1) de la School of Electronics & Computer
Science (ECS) de l'université de Southampton (Royaume-Uni) vient d'être
récompensé pour le développement d'un simulateur de catastrophes destiné
à améliorer la programmation de robots de sauvetage autonomes.
Le ESCKernel, - Programme AladdinBaptisé "ECSKernel", ce système est le
gagnant (dans la catégorie "Infrastructure") du dernier concours
"Robocup Rescue" qui s'est tenu cet été à Atlanta. Il permet la
simulation de catastrophes types et d'assurer la coordination de robots
en cas de différentes situations d'urgence. Suivant ces dernières, il
est possible de mieux paramétrer et coordonner un programme de sauvetage
impliquant de multiples agents robotisés (programmation multi-agents),
apprenant de manière autonome à évoluer sur terrain sinistré.
Cette innovation a été conçue comme partie du programme "Autonomous
Learning Agents for Decentralised Data (ALADDIN)", projet de recherche
lancé il y a cinq ans avec le soutien financier de BAE Systems et du
Physical Sciences Research Council.
Partie d'une vue en 3D de la ville de KobeDéveloppé sous Linux, le
ECSKernel va maintenant intégrer le projet de plate-forme "Agent
Simulation" (cf: http://www.robocuprescue.org/
agentsim.html <http://www.robocuprescue.org/agentsim.html>) qui vise à
la mise en place d'un cadre de recherche pour le développement de
nouvelles solutions robotisées en recours aux situations de
catastrophes. Le nouveau dispositif permettra à tous les chercheurs
concernés d'évaluer leurs innovations dans des conditions très proches
du réel, au plus près d'un environnement urbain type.
Dans ce cadre, on pourra relire avec intérêt notre dossier "
Intelligence artificielle distribuée et gestion des crises " paru en
2001 : http://www.automatesintelligents.com/labo/2001/nov/dossier.html
/(1)/ /Sarvapali D. Ramchurn, Alex Rogers, Kate McArthur, Perukrishnen
Vytelingum et Alessandro Farinelli./
*En savoir plus *
** RoboCup Rescue : http://www.robocuprescue.org/
** RoboCup Rescue EcsKernel project :
http://ecskernel.ugforge.ecs.soton.ac.uk/
** Programme Aladdin : http://www.ecs.soton.ac.uk/research/projects/aladdin
** Communiqué de ECS : http://www.ecs.soton.ac.uk/about/news/1403
<http://www.ecs.soton.ac.uk/about/news/1403%20>
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*Possible origine accidentelle de l'épidémie de fièvre aphteuse britannique*
Jean-Paul Baquiast - 05/08/07
L'épidémie de fièvre aphteuse annoncée hier dans un élevage bovin du
Surrey, dans le sud de l'Angleterre, pourrait provenir de la fuite d'un
virus étudié dans un laboratoire public voisin. A la date de ce jour, 5
août 2007, les soupçons se portent sur le site de Pirbright, situé à
seulement cinq kilomètretres de cette exploitation, occupé par
l'Institut de la santé animale (IAH), organisme public, et Merial Animal
Health, un laboratoire pharmaceutique spécialisé dans les maladies animales.
/"C'est une piste prometteuse mais nous ne sommes pas sûrs"/, a déclaré
ce 5 août sur BBC News24 Hilary Benn, ministre de l'Environnement, de
l'Alimentation et des Affaires rurales (Defra). Cette souche était
/"très semblable"/ à celle utilisée à Pirbright./ "Elle se trouve à
l'IAH et a été utilisée dans une préparation (de vaccin) fabriquée en
juillet 2007 par le laboratoire de Merial"./
L'Institut de la santé animale (IAH) a nié dimanche toute faille de sa
sécurité. Le virus détecté est /"très proche"/ d'une souche de 1967
conservée par le laboratoire, mais /"nous l'avons utilisé de manière
limitée dans le laboratoire au cours des dernières quatre semaines"/, a
souligné son directeur, le professeur Martin Shriley. Merial a pour sa
part suspendu par précaution la préparation de vaccins. Son implantation
britannique fait partie des quatre laboratoires autorisés par l'Union
européenne /"à manipuler le virus aphteux vivant pour la production de
vaccins"/. Les autres sont à Lyon (France), Cologne (Allemagne) et
Lelystad (Pays-Bas). /(source AFP) /
Quoi qu'il en soit, cet événement montre que les craintes exprimées à
l'égard des laboratoires qui étudient des germes pathogènes ou tentent
de modifier leurs génomes pour les rendre plus agressifs ne sont pas
vaines. Ce sont surtout les scientifiques américains qui pratiquent de
telles recherches, sur financement du département de la défense, et dans
le but - illusoire pensons-nous - de lutter contre le bio-terrorisme.
Des maladresses et le cas échéant des actes criminels sont toujours à
craindre.
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*Lancement du Phoenix Mars Lander par la Nasa
*Jean-Paul Baquiast - 05/08/07
La sonde PhoenixLa Nasa a lancé le 4 août le Phoenix Mars Lander (sonde
Phoenix), un robot stationnaire qui ira creuser le sol gelé des régions
arctiques de Mars pour tenter d'y détecter des traces de vie microbienne
passées ou présentes. La sonde devrait se poser près du pôle nord de
Mars autour du 25 mai 2008 au terme d'un périple de 680 millions de
kilomètres. Le coût de la mission est de 420 millions de dollars.
La Nasa compte poser la sonde sur un site plat et dépourvu de blocs
rocheux, à une latitude qui correspondrait sur la Terre à celle du nord
de l'Alaska, et où le robot affrontera des températures de -73° à - 33°
C. Une fois sur la surface de Mars, Phoenix déploiera un bras articulé
de 2,35 mètres capable de creuser à une profondeur d'un mètre. Les
scientifiques espèrent que le robot trouvera de la glace, dont ils
supposent la présence dans le sous-sol. Puis il déterminera si cette eau
solide est, ou a été, propice au développement d'une vie primitive.
La sonde n'est pas équipée pour détecter directement la présence passée
ou présente de vie dans le sous-sol martien, a souligné la Nasa. Mais
ses instruments peuvent, en analysant la composition du permafrost
martien, trouver des molécules de carbone et d'hydrogène -des éléments
nécessaires à la vie- ainsi que d'autres composants chimiques et
déterminer ainsi si la vie a été ou est possible sur Mars.
Un bouclier thermique aidera Phoenix à supporter sa rentrée dans
l'atmosphère martienne à 5,7 km par seconde, puis un parachute le
ralentira. Après s'être séparé de son parachute, de petites rétrofusées
le poseront en douceur, à environ 2,4 mètres par seconde, sur le sol où
il reposera sur ses trois jambes. Une fois ses panneaux solaires
déployés, quinze minutes après l'atterrissage, le Phoenix Mars Lander
mesurera environ 5,5 mètres de longueur sur 1,5 mètre de diamètre. Il
transporte avec lui 55 kg d'appareils scientifiques dont une station
météorologique canadienne.
*Pour en savoir plus*
** Site de la mission : http://phoenix.lpl.arizona.edu/
<http://phoenix.lpl.arizona.edu/%20>
** Page de la Nasa :http://mars.jpl.nasa.gov/missions/present/phoenix.html
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*HRP3 Promet MKII : prototype de robot ouvrier japonais capable de
travailler par tous les temps*
Christophe Jacquemin - 07/07/07
Robot ouvrier HRP3 Promet MKII - Photo : UPADes chercheurs japonais ont
présenté récemment leur dernier spécimen de robot humanoïde, le HRP-3
Promet MK-II, robot ouvrier capable de travailler en milieu industriel,
en intérieur mais également à l'extérieur sous une pluie battante, ou en
milieu humide.
Issu d'une longue lignée de prototypes, le robot doté de 42 degrés de
liberté et mesurant 1,60 mètre pour 68 kilogrammes est capable de
marcher pendant deux heures de suite et par exemple de manipuler de
façon experte un tournevis en adoptant une posture lui permettant de
coupler ses forces.
Le robot humanoîde HRP3 Rappelons que le Japon s'est engagé dans le
développement de toutes sortes de robots afin de pallier le manque de
main d'oeuvre prévisible* (qu'il s'agisse de l'industrie ou des
services) et d'aider les hommes dans l'accomplissement de tâches
dangereuses, délicates ou ingrates.
Ayant reçu l'aide de l'état, la réalisation du présent prototype est le
fruit d'une coopération entre les entreprises Kawada Industries et
Kawasaki Heavy Industries (KHI) avec l'Institut national des sciences et
technologies industrielles avancées.
/* Le Japon, dont le taux de natalité est l'un des plus faible de la
planète, ne souhaite pas avoir recours à la main d'oeuvre étrangère./
*En savoir plus : *
** Kawada Industry Inc. : http://www.kawada.co.jp/
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*La NASA dévoile une partie du code source de ses Rovers*
Christophe Jacquemin - 01/07/07
Robots de la Nasa utilisant le logiciel CLARATyLa NASA vient de rendre
publique une partie du code source de son logiciel CLARATy (/Coupled
Layer Architecture for Robotic Autonomy/) utilisé dans certains robots
d'exploration autonomes comme les Mars Rover. Distribuée désormais sous
la licence Caltech TSPA*, la plate-forme logicielle comprend des modules
développés conjointement par le centre de recherche Ames de la NASA, le
Carnegie Mellon et l'université du Minnesota dans le cadre du Mars
Technology Program.
Chaque module a une fonction destinée à l'exploration : contrôle des
caméras, de la mobilité (qu'il s'agisse de véhicules à jambes, à roues,
ou hybrides), calcul de chemin et modélisation de terrain.
10% du code est désormais disponible sous la version 0.10-beta - soit 44
modules totalisant 100.000 lignes du programme . Mais à terme, la NASA
envisage de rendre public, 30% du logiciel. Objectif : rassembler la
communauté universitaire autour de CLARATy pour l'enrichir de nouveaux
modules apportant de nouvelles fonctionnalités.
/* Autorisant le développement d'applications à but non commercial./
*Pour en savoir plus*
** Communiqué de presse de la NASA :
http://www-robotics.jpl.nasa.gov/news/newsStory.cfm?NewsID=69
** Le Claraty Robotic Software : http://claraty.jpl.nasa.gov
** Mars Technology Program : http://marstech.jpl.nasa.gov/
** License CLARATy TSPA :
http://claraty.jpl.nasa.gov/man/software/license/open_src/index.php
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*Interface cerveau-machine (BCI) non invasive. Le programme européen
PRESENCCIA*
Jean-Paul Baquiast - 30/07/07
Réalité virtuelleLe programme européen PRESENCCIA expérimente une forme
d'interface cerveau-machine différente de celle d'Hitachi mentionnée
ci-dessous. Il s'agit de mettre en relation le cerveau d'une personne
convenablement appareillée et des avatars se mouvant dans un univers
virtuel analogue à celui de Second Life.
Le projet, financé par le 6e programme- cadre de recherche européen,
rassemble 15 universités et partenaires européens. Il ne comporte pas de
représentant français (sic). Il étudie les modalités d'interaction entre
des personnes physiques et des environnements à la fois physiques et
virtuels. Les environnements virtuels sont peuplés d'avatars, un peu
analogue à ceux qu'offre Second Life. Mais, tandis que dans Second Life,
les participants sont des internautes ne pouvant interagir qu'avec le
clavier et la souris, dans PRESENCCIA, ils sont physiquement présents
dans l'installation tout en pouvant interagir directement avec leurs
avatars en faisant appel à leur pensée. L'objectif à terme consiste à
obtenir un monde entièrement virtuel dans lequel les participants qui y
seront immergés pourront naviguer au gré de leur imagination.
Plusieurs solutions sont développées pour ce faire. La première est une
BCI qui mesure les signaux émanant du cerveau à partir d'électrodes
attachées au crâne et qui les traite avec un équipement
d'électro-encéphalographie. Le système identifie les informations
correspondant à l'activité neuronale en réponse à des ordres simples
imaginés par le sujet : avancer une jambe, tourner à gauche ou à droite,
etc. Il en résulte des instructions qui sont transmises à un avatar
représentant le sujet. Celui-ci est installé dans une salle sur les murs
de laquelle sont projetés les éléments d'un univers virtuel. Il est donc
immergé sans efforts dans ce dernier et peut facilement imaginer les
mouvements qu'il commande à son avatar.
On voit que de telles expériences permettront, non seulement de préciser
les signaux neuronaux correspondant à tel ou tel ordre donné par la
pensée, mais d'explorer les réactions mentales d'un sujet complètement
plongé dans un environnement virtuel. Celles-ci seront-elles semblables
ou différentes de celles résultant de l'interaction avec le monde réel ?
On sait que les spécialistes des mondes virtuels affirment que, pour peu
que ces mondes se rapprochent du monde réel, les sujets ne peuvent plus
les distinguer. A partir de ce moment, ils peuvent imaginer des actions
qui leur seraient impossibles dans la réalité. Etudier leurs
comportements dans de telles situations pourrait, entre autres,
faciliter la rééducation de personnes paralysées. Mais à terme, bien
d'autres applications intéressant les sciences cognitives pourront être
envisagées, sur le thème de la consistance de la conscience confrontée à
divers « réels».
*Pour en savoir plus*
** PRESENCCIA : http://www.cs.ucl.ac.uk/research/vr/Projects/PRESENCCIA/
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* Interface cerveau-machine (BCI) non invasive chez Hitachi*
Jean-Paul Baquiast - 29/06/07
Brain Computer Interface non invasifUne interface cerveau-machine (BCI,
Brain-Computer Interface) non invasive, développée par Hitachi, analyse
les changements dans les flux sanguins du cerveau et les transforme en
signaux électriques capables de transmettre des ordres à des machines.
Une coiffe (pesant malheureusement encore 1 kg) comporte des dispositifs
dits de topographie optique qui envoient de faibles flux de lumière
infra-rouge à travers la surface du cerveau afin de détecter les
changements dans l'alimentation en sang des vaisseaux irriguant les
aires étudiées. Des fibres optiques recueillent les informations et les
transmettent à des dispositifs d'analyse ou de commande. Il suffit alors
de vouloir donner un ordre à la machine, en pensée, pour que l'ordre
s'exécute. Le système peut aussi servir à analyser le fonctionnement des
aires cérébrales, qu'elles soient saines ou malades. On espère qu'à
force de s'imprégner d'infrarouge, le détenteur du cerveau ne se mettra
pas à son tour à voir rouge.
*Pour en savoir plus*
** Notre article du 02/01/07 : Les Interfaces cerveau/ordinateur non
invasifs on le vent en poupe
<http://www.automatesintelligents.com/labo/2007/jan/bci.html>
** Site Technology.com :
http://www.technovelgy.com/ct/Science-Fiction-News.asp?NewsNum=1087
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*Robots récolteurs *
Jean-Paul Baquiast - 20/06/07
Images d'artiste de robots récolteurs d'orangesDes associations
d'exploitants de vergers de la Californie, regroupées au sein du
California Citrus Research Board, ont sollicité la firme Vision
Robotics, de San Diego, en vue de développer des robots récolteurs de
fruits susceptibles de remplacer les armées de travailleurs temporaires
qui sont actuellement employés à cette tâche. Officiellement il s'agit
de suppléer à un manque de main-d'oeuvre qui se fait de plus en plus
sentir, et qui entraîne des pertes de récoltes importantes. Mais en
arrière-plan, joue sans doute le souci de tarir une forme d'immigration,
officielle ou clandestine, mexicaine ou asiatique, dont les Américains
d'origine se plaignent de plus en plus.
Le pari semblait difficile, compte tenu de la fragilité des arbres et
des fruits, empêchant toutes manipulations brutales. De plus, les cibles
devraient être traitées une à une, d'une façon excluant tout automatisme
simple. Le prototype en cours de réalisation comportera en fait deux
robots travaillant en tandem. Le premier scannera les arbres et
construira une représentation en 3D de la localisation et de la taille
de chaque orange. Il calculera la séquence de ramassage la plus
rationnelle. Le second, doté de 8 bras, exécutera les ordres de récolte
qu'il aura reçu et signalera au premier les erreurs éventuelles. Le
système devrait être opérationnel dans 18 mois environ et ses promoteurs
prévoient, à échéance de 3 à 4 ans, de véritables armées de tels robots
parcourant les plantations. Mais gare à la production de gaz à effet de
serre. Les travailleurs humains rejettent (en principe) moins de CO_2 .
Vision Robotics se spécialise dans les robots industriels ou domestiques
pour lesquels une capacité de vision extrêmement précise constitue le
principal sens requis.
*Pour en savoir plus*
** Vision Robotics corp. : http://www.visionrobotics.com/
<http://www.visionrobotics.com/>
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
*InfoExpress*
/
InfoExpress est une rubrique d'informations brèves plus particulièrement
orientées vers les questions d'intelligence économique/
*
Août 2007 *
*Croire au Diable n'est pas plus scientifique que croire en Dieu*
On peut s'étonner de voir Le Monde 2 proposer sans aucun recul des
extraits du nouveau roman de Norman Mailer, consacré à l'enfance
d'Hitler "Un château en forêt". Bien que faisant appel à des détails
biographiques apparemment sérieux, l'auteur pervertit son analyse en
introduisant un envoyé de Satan qui guiderait le jeune Adolf dans la
voie satanique, afin d'en faire le Mal incarné. C'est une offense grave
aux historiens que prétendre expliquer des phénomènes relevant de la
psychologie et de la sociologie par l'intervention du Diable. Si Mailer
avait fait appel au doigt de Dieu pour justifier la chute finale
d'Hitler, tout le monde se serait moqué. Mais là, apparemment, les
critiques, impressionnés se taisent. Satan serait-il plus crédible que
Dieu ? Norman Mailer est bien américain en cela. Pour lui l'explication
du monde ne se conçoit pas sans appel au surnaturel.
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*Bioéthique ou biorégression*
Une expérience récente faite sur la souris a montré que seules des
cellules-souches embryonnaires pouvaient réparer un muscle cardiaque en
partie détruit par un infarctus. Tout permet de penser que l'opération
serait transposable chez l'homme. En tout cas, il faudrait pouvoir un
jour essayer. On voit les espoirs que de telles interventions pourraient
donner à des malades condamnés à l'immobilité suite à une atteinte
cardiaque étendue. Rappelons qu'au contraire des cellules-souches
embryonnaires, les cellules-souches non embryonnaires ne manifestent que
des facultés d'adaptation et de régénérescence très limitées.
Malheureusement, cette perspective, qui devrait faire l'objet d'un
intérêt unanime en Europe, reste du domaine de l'impossible du fait de
la radicalisation progressive de l'Eglise catholique concernant tout ce
qui touche à l'embryon, fut-il constitué de quelques cellules seulement.
Cette position lui est propre et ne se retrouve pas dans les autres
religions. Un certain nombre de gouvernements européens ont cependant
intériorisé les interdits du Vatican et prohibé, notamment, les
recherches sur les cellules-souches embryonnaires. Seule la Grande
Bretagne fait montre à cet égard du minimum d'ouverture permettant à la
recherche scientifique de s'exercer normalement.
Les biologistes européens s'impatientent de plus en plus. Certains
d'entre eux viennent de demander aux législateurs allemands et italiens
de revenir sur les interdictions en vigueur dans ces deux pays
concernant les recherches sur l'embryon humain. Quant à la France, le
précédent gouvernement avait promis que cette question, parmi d'autres,
serait soumise à des Etats Généraux de la bioéthique qui devaient se
tenir à la rentrée. Ces débats devaient précéder la révision de la loi
de bioéthique prévue pour 2009 et être conduits sous l'autorité de
l'Agence de la biomédecine. Mais aujourd'hui, à la consternation de la
très grande majorité des professionnels, la ministre de la santé et des
sports refuse d'honorer cette promesse.
En bonne logique européenne, ces questions devraient être discutées et
réglementées de la même façon dans l'ensemble de l'Europe. La maladie
n'y a pas de frontières. Les soins ne devraient pas en avoir non plus.
De plus, il est anormal que les athées et agnostiques soient pénalisés
du fait de croyances qu'ils ne partagent pas. S'il est sans doute encore
impossible d'obtenir un consensus minimum sur les questions de
bioéthique dans l'Europe des 27, il serait au moins souhaitable que les
grands Etats européens, disposant de potentiels de recherche importants,
puissent s'accorder après discussion sur des protocoles dont
l'importance en termes scientifiques et thérapeutiques se révèle chaque
jour davantage.
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*Les bombardiers stratégiques russes*
Bombardier stratégique tupolevConcernant l'aviation militaire, nous
pouvons noter la mini-gesticulation qu'a entreprise le président Poutine
en relançant les patrouilles intercontinentales du vieux cheval de
retour dont dispose encore l'aviation russe, le bombardier stratégique
Tupolev TU 95 dit aussi Bear. Les âmes sensibles se sont peut-être
émues, du moins en Europe de l'Est. Mais c'est oublier que depuis des
mois les Etats-Unis multiplient les provocations militaires à l'égard de
la Russie. Ils sont bien soutenus en cela par la Grande Bretagne. La
dernière (ou avant dernière) de ces provocations a consisté à refuser
l'offre russe d'implanter sur une base sous influence russe les radars
américains du futur système anti-missiles balistiques qui sera déployé
en Europe. Le prétexte qui laisse beaucoup d'experts dubitatifs était
que cette base était trop proche de l'Iran.
Certes le Bear peut encore emporter des missiles nucléaires, mais
pourquoi suspecter aujourd'hui les Russes de vouloir utiliser de telles
armes alors que les pays occidentaux n'ont pas besoin de bombardiers
pour délivrer des charges nucléaires où ils veulent. Il semble que les
Etats-Unis et leurs amis anglais soient animés de la volonté tenace de
rendre impossible toute coopération avec la Russie. Si la France voulait
faire entendre une voix différente et plus raisonnable à ce sujet, ce
serait peut-être le moment d'envoyer à Moscou M. Kouchner. Mais à la
réflexion, un autre émissaire serait peut-être préférable. 22/08/09
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*Les avions ravitailleurs de l'US Air Force*
Philippe Grasset, 22/08/09
*Avion ravitailleur*Des raisons techniques et budgétaires sont évoquées
pour justifier le rejet de l'offre EADS Northrop Grumman dans
l'acquisition d'avions ravitailleurs pour l'armée de l'air américaine
(USAF). Mais les commentaires de la presse américaine montrent bien
qu'il s'agit essentiellement d'une mesure inspirée par le patriotisme
industriel. Vous dites « patriotisme industriel » ? Je croyais que ce
mot était indécent, à l'heure du libéralisme triomphant.
Un formidable contrat de l'USAF est actuellement en compétition entre
l'Europe et les USA : autour de $100 milliards sur 10 ans pour une
flotte de ravitailleurs en vol. D'un côté, le KC-767 de Boeing, de
l'autre le KC-30 de Airbus (EADS), qui a fait alliance avec aux USA (les
deux avions sont des adaptations militaires de deux modèles civils de
Boeing et d'Airbus). Les Européens espèrent faire une percée sur le
marché militaire américain mais divers signes montrent que leurs
espérances s'apparentent de plus en plus à des illusions.
• Un premier point est la décision de l'USAF, au début du mois,
d'écarter toute formule de partage du marché entre Boeing et EADS/
Northrop-Grumman. Cette formule, lancée par les parlementaires des Etats
où Northrop-Grumman a de l'influence, était évidemment la plus sûre
formule pour que les Européens obtiennent un contrat de l'USAF. Elle
représentait un cadeau fait par le Pentagone à la représentation
parlementaire favorable à Northrop-Grumman. La formule a été jugée trop
coûteuse par une USAF qui affronte une crise budgétaire majeure.
• Au-delà de cet argument, toutes les indications montrent que les
Européens n'ont guère de chances face à Boeing. Celui-ci joue à fond la
carte patriotique et protectionniste. Il obtient tous les soutiens
patriotiques nécessaires. De plus il avance que ce contrat est vital
pour la survie de sa division militaire dans la décennie qui vient, ce
qui est un argument toujours efficace. Boeing vient d'organiser un
déplacement sponsorisé de journalistes influents pour promouvoir son
offre. Un certain Godfarb, du Weekly Standard, invite, avait déjà fait
valoir son point de vue: « “Airbus is a European company, and worse,
it's closely connected to the French government The folks in Congress
can find a way to award the contract to Boeing without the appearance of
any impropriety. But how could they explain sending our tax dollars to
France?†.Une traduction est-elle nécessaire ?
Une non-décision pourrait être prise, consistant en un report du contrat
jusqu'à ce que les industriels américains proposent de nouvelles
générations de ravitailleurs entièrement automatisés. Les avions actuels
seraient en effet encore opérationnels à 90%. Ceci étant, une défaite du
KC-30 (ou un report de la décision, ce qui revient au même pour le
KC-30) dans cette affaire serait un rude coup pour la fraction allemande
(de tendance transatlantique) de EADS, représentée par l'Allemand Enders
(nouveau patron d'Airbus) contre le Français Gallois (nouveau patron
d'EADS). Un renforcement de plus de l'influence française dans EADS
devrait en résulter.
* Lire l'article complet de Philippe Grasset, avec ses références
http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4342
<http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4342>
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*Chrysomèle du maïs, maïs transgénique et désinformation*
La chrisomèle du maîs - Photo : DRNotre ami Michel Naud, président de
l'association française pour l'information scientifique, dont nous
constatons régulièrement le rôle utile pour purger les communications
scientifiques de diverses atteintes idéologiques, religieuses ou
commerciales, nous communique un échange qui l'oppose au journal
Futura-Sciences. En bref, celui-ci reprend à mots plus ou moins couverts
une accusation faite au maïs trangénique Monsanto MON863, utilisé aux
Etats-Unis pour lutter contre la chrysomèle des racines du maïs
(/Diabrotica virgifera/). Des bruits apparemment non fondés ont circulé
dans les milieux anti-OGM, selon lesquels des rats nourris de ce maïs
présenteraient des malformations anatomiques. Ces accusations font suite
aux insinuations selon lesquelles la chrysomèle des racines du maïs
aurait été introduite ou réintroduite en Europe par des agents de
Monsanto, afin de faciliter la vente de la variété protégée MON863. Nous
n'avons pas de sympathie particulière pour Monsanto, mais il nous paraît
particulièrement dangereux, sous prétexte de lutter contre les OGM, de
monter de faux procès qui ne visent qu'à une chose, favoriser le rôle
politique des militants anti-OGM et des écologistes qui les défendent -
tout en déconsidérant les scientifiques qui essayent d'y voir clair sans
être nécessairement soudoyés par les industriels.
Le lecteur se fera une idée de la question en consultant l'article de
Futura-Sciences
<http://www.futura-sciences.com:80/fr/sinformer/actualites/news/t/zoologie/d/ale\
rte-a-la-chrysomele-des-racines-du-mais-en-france_12660/>
et celui de l'Afis <http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article734>
. Michel Naud demande à Futura-Sciences de rectifier son information (ce
qu'il a fait en partie). Nous noterons pour notre part que si
Futura-Sciences s'inscrit sans hésiter dans la lutte contre les OGM, il
n'hésite pas à publier de nombreuses publicités pour les solutions
(chimiques) permettant le "traitement" des plantes. On suppose que les
rats, non plus que les humains, n'apprécient particulièrement les
produits correspondants; 18/08/07
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*Compromis Washington/New-Delhi sur le nucléaire *
Les Etats-Unis et l'Inde ont signé un compromis sur la mise en oeuvre de
l'accord de coopération nucléaire annoncé en juillet 2005 par le
président américain, George Bush, et le Premier ministre indien,
Manmohan Singh. Cette coopération était présentée comme ouvrant la voie
à un partenariat stratégique jugé de la plus haute importance par
Washington. L'Inde avait craint un moment que le Congrès ne ratifie pas
ce projet, mais il l'a fait en décembre 2006. Demeurait la question de
savoir si New Delhi conservait la possibilité de retraiter le
combustible usagé et de procéder à d'éventuels essais nucléaires.
L'accord n'est pas connu. On sait que les Etats-Unis ont accepté
l'exception indienne. Alors qu'ils n'autorisent que les alliés les plus
proches (Japon, Union européenne) à retraiter l'uranium, ils ont accepté
de donner les mêmes droits à l'Inde. En échange, New Delhi devra
construire de nouvelles installations à cet effet, qui devront être
soumises au contrôle de l'Agence internationale pour l'énergie atomique.
En ce qui concerne les éventuels essais nucléaires - pour lesquels New
Delhi observe un moratoire unilatéral -, les deux parties sont restées
dans le flou. L'Inde, qui s'inquiétait de perdre sa source
d'approvisionnement en cas d'essai nucléaire, pourra disposer d'une
réserve stratégique de combustible et d'un accès garanti par les
Etats-Unis au marché international. L'accord ne pourra entrer en vigueur
que lorsque l'Inde aura négocié les conditions de vérification par
l'AIEA. Le Congrès devra réexaminer l'accord.
On constate que les Etats-Unis sont prêts à de grandes concessions dans
le domaine nucléaire quand ils s'adressent à l'Inde. Pour eux, il est
essentiel d'en faire un « partenaire privilégié », notamment vis-à-vis
du Pakistan. Ils comptent aussi vendre des matériels militaires nombreux
à l'Inde, comme ils l'ont déjà annoncé.
Cela veut-il dire que l'Inde entrera définitivement dans la sphère
d'influence américaine ? La chose paraît peu probable, compte-tenu des
ambitions à l'autonomie politique et économique de ce pays à l'égard du
reste du monde. Les Etats-Unis sont trop imprévisibles aujourd'hui pour
devenir des partenaires à suivre les yeux fermés. L'Europe en tous cas
devrait rappeler, si besoin était, et pas seulement par la voix de la
Grande Bretagne, qu'elle compte aussi développer un partenariat avec
l'Inde, notamment dans les technologies de défense de l'environnement et
de la santé. Elle ne devrait pas non plus renoncer à une coopération
dans le nucléaire. Les Américains estiment en effet que la coopération
nucléaire avec l'Inde pourrait générer des contrats allant jusqu'à 100
milliards de dollars pour l'industrie américaine et créer 27.000 emplois
chaque année pendant dix ans. 08/08/07
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*Accord Areva-Niger*
Le Niger est le quatrième producteur mondial d'uranium, après le Canada,
l'Australie, le Kazakhstan et la Russie. La demande ne cessera
d'augmenter dans les prochaines années, suite au nouvel engouement qui
s'exprime pour les centrales électro-nucléaires. La firme française
Areva, un des premiers industriels en ce domaine, se doit donc d'assurer
ses approvisionnements en combustible, si possible par des contrats à
long terme garantis au plan diplomatique. Mais elle doit admettre que le
temps n'est plus où elle était presque seule sur ce marché et pouvait
dicter ses conditions aux Etats miniers.
Mine d'uranium au NIger Après diverses péripéties, qui pouvaient faire
craindre une rupture entre les deux parties, Areva et le gouvernement du
Niger se sont mis d'accord, par un document signé le 1er août, sur de
nouveaux termes pour l'exploitation des mines de Cominak et de Somaïr,
situées près d'Arlit, dans le massif de l'Aïr (photo ci-contre). Le prix
de vente sera plus élevé et Areva perdra le monopole de l'achat du
minerai. Le Niger va certainement diversifier ses partenaires. De
nombreux pays, dont la Chine, prospectent de plus en plus dans la région
et font le siège de Niamey.
Il s'agit d'une évolution normale, que l'intérêt comme la morale
conseillent d'encourager. Un pays comme la France ne doit pas donner
l'exemple, ni en Europe ni dans le monde, d'une exploitation sans
scrupules des pays producteurs de matières premières. Areva pour sa part
devra améliorer les conditions d'exploitation sur les sites et fournir
au Niger des services associés. Mais cela ne l'empêchera pas de procéder
ailleurs à d'autres acquisitions, comme le rachat qui vient d'être
annoncé, pour 2,5 milliards de dollars, du groupe canadien Uramin et de
ses gisements en Afrique.
Plus généralement, comme l'uranium-minerai sera de plus en plus une
denrée rare, l'une des solutions d'avenir demeure la surgénération.
Abandonnée par la France (à tort pensons-nous) suite aux difficultés de
Superphoenix, elle redeviendra possible dans de meilleures conditions
avec les futures centrales de 4e génération.
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*Appel de James Hansen concernant la remontée du niveau des mers*
La Floride après une hausse de 5 m. du niveau océanique. En rouge les
parties submergéesJames Hansen est chef du Goddard Institute for Space
Studies de la NASA. Il s'est déjà fait connaître par des publications à
contre-courant du discours politique américain concernant les risques du
réchauffement climatique et le rôle des activités humaines dans
celui-ci. Sa carrière en a certainement souffert, bien que sa notoriété
interdise que l'on prenne contre lui de sanctions trop évidentes. Nous
avons plusieurs fois cité ses déclarations.
Aujourd'hui, dans un article édité par le nouveau Journal en Libre Accès
/Environmental Research Letters/ (journal que nous conseillons à nos
lecteurs d'inscrire dans leurs favoris) et repris par le /NewScientist/
du 28 juillet 2007, p. 32, il dénonce une « réticence scientifique »
pesant sur beaucoup de ses collègues. Ceux-ci n'osent pas faire
connaître ceux de leurs travaux relatifs à une prochaine montée du
niveau des mers pouvant atteindre plusieurs mètres. Ils craignent des
rétorsions de ceux qui militent pour le /"business as usual"/. Pourtant,
les conséquences de ce phénomène seraient si catastrophiques pour les
zones côtières du globe, les plus habitées et les plus actives
économiquement, qu'il faudrait au contraire alerter l'opinion. Tous les
pays seraient touchés, y compris les pays riches. De grands travaux
protecteurs mobiliseraient des crédits considérables.
La seule façon d'éviter que ceci ne se produise – et peut-être est-il
d'ailleurs trop tard – serait de limiter sévèrement la production de gaz
à effet de serre, afin que la température globale d'ici la fin du siècle
ne dépasse pas 1°. James Hansen appelle, au-delà du discours
politiquement contraint du /GIEC ou Panel on Climate Change,/ à un
regroupement des scientifiques décidés à faire connaître publiquement
les causes et les conséquences de cette montée du niveau des mers. Ceci
de toute urgence car le phénomène paraît susceptible de s'emballer de
façon incontrôlable compte tenu de nombreux effets rétroactifs encore
mal connus. (image: La Floride après une hausse de 5 m. du niveau
océanique. En rouge les parties submergées).
* ERL http://www.iop.org/EJ/journal/erl
* Article et références
http://www.iop.org/EJ/article/1748-9326/2/2/024002/erl7_2_024002.html
<http://www.iop.org/EJ/article/1748-9326/2/2/024002/erl7_2_024002.html>
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*Les riches détruisent les richesses du monde*
Dans une lettre publiée par la revue scientifique britannique
/NewScientist/ du 28 juillet 2007, Victoria Hurth de la Business School
de l'université d'Exeter et Peter Welles de l'Université de Cardiff,
attirent l'attention sur une question qui devrait devenir majeure pour
nos civilisations confrontées à la majeure crise environnementale et
économique qui s'annonce. Il s'agit du poids que prélèvent sur les
ressources mondiales, pour leur propre consommation gaspilleuse,
l'infime minorité de ceux que l'on désigne en anglais par le
qualificatif de High-net-worth individuals HNWIs). Cette catégorie mal
définie comprend les « très riches », ceux qui composent la Jet Set
internationale. Mais elle comprend aussi les « riches » qui calquent une
grande partie de leurs comportements sur les premiers. Ces derniers
possèdent des fortunes, hors résidence principale, que l'on peut estimer
à 1,5 millions de dollars et plus. Leur nombre aurait cru en 2005 de
8,6% sur 2006 et serait d'environ 9,5 millions. Leur pouvoir d'achat
annuel aurait augmenté de 11,5% sur le même laps de temps et atteindrait
87 milliards de dollars, soit en moyenne 4 millions de dollars par
personne. La plupart se rencontrent dans les pays développés mais un
nombre croissant appartient désormais aux pays émergents.
Que leur reprocher ? Des modes de consommation sans proportion avec la
valeur ajoutée éventuelle que leur travail pourrait apporter à la
collectivité (beaucoup ne travaillent pas vraiment). Ils utilisent à
tout va des avions privés, des voitures de luxe, consomment des
quantités anormales de nourritures, coûteuses à produire en terme de
bilan carbone. Plus grave peut-être, ils se portent acquéreurs sur les
marchés clandestins de tous les biens et espèces vivantes menacées de
disparition, précisément parce que celles-ci comporte une valeur
marchande et spéculative qui flatte leur vanité.
Aujourd'hui, notent les auteurs de la lettre, un tabou général interdit
de critiquer les riches et très riches. Mais si la crise s'aggrave,
comme il est inévitable, il faudra bien s'en prendre à eux et à leurs
façons de vivre. Ce ne sera pas par un réflexe de type égalitariste,
mais par salubrité sociale.
Notre commentaire: On dira que les ressources mondiales gaspillées par
les riches sont faibles comparées aux 1.000 milliards de dollars de
dépenses militaires annuelles. Mais il faut voir que la société étant
profondément mimétique, les comportements gaspilleurs des riches sont
pris en modèle, à travers les images qu'en donnent les médias, par de
nombreuses couches sociales qui s'imaginent, en les imitant, accéder à
l'élite. Ainsi se créent des comportements dépensiers de masse,
concernant par exemple l'importance donnée à l'automobile, qui
s'opposeront le moment venu aux réformes indispensables des modes de
consommation et de production.
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*Les immeubles basse énergie*
L'expert du climat Danny Harvey de l'université de Toronto a récemment
présenté, avec son équipe, des plans pour réduire radicalement l'énergie
utilisée par le secteur de la construction, à la fois pour chauffer et
climatiser les immeubles. Toute une série de technologies sont
dorénavant disponibles, permettant de réaliser des immeubles basse
énergie, dits aussi « /passive house/ » « en anglais et « /passivhaus/ »
en allemand. Il s'agit non seulement de matériaux isolants, mais aussi
d'une conception générale des immeubles privilégiant l'économie et
l'appel aux ressources naturelles, tant pour les habitations
individuelles que pour les habitats collectifs et tours de grande
hauteur. Selon ces études (à paraître prochainement dans un N° spécial
de la revue /Building Research & Information/
<http://www.tandf.co.uk/journals/routledge/09613218.html>), un tiers de
l'énergie consommée par l'habitat, qui représente elle-même un tiers du
C0_2 produit par l'homme, pourrait être économisé en 10 ans. Compte tenu
de la hausse des prix de l'énergie, les dépenses correspondantes
pourraient être rentabilisées en 3 à 7 ans. Les technologies existent en
effet déjà, contrairement à celles intéressant le secteur également gros
producteur de C0_2 des transports.
Malheureusement, nul n'a intérêt à encourager l'emploi de telles
techniques. Aux Etats-Unis, on constate jusqu'à présent une augmentation
continue de la superficie des logements et du gaspillage des ressources
qui s'y investissent. En Chine, la course au logement pousse au
contraire à des solutions qui pour être économiques n'en sont pas moins
consommatrices en énergie. Les immeubles américains devraient consommer
25% d'énergie en plus d'ici 2020, et l'immobilier chinois 50%.
En Europe, où la tradition et les efforts récents d'architectes et
d'entreprises innovantes favorisent les économies d'énergie dans
l'habitat, ce sont les normes gouvernementales qui font défaut. En
effet, dans l'état actuel des réglementations, nul n'a vraiment intérêt
à investir de façon suffisante : ni les propriétaires, ni les
locataires, ni les collectivités locales, ni les industriels du
chauffage et de la climatisation. Nous sommes en présence d'un domaine
typique où s'impose d'urgence une réglementation très incitative.
Celle-ci pourrait être de la responsabilité des Etats, mais elle serait
encore plus efficace si elle faisait l'objet d'une politique européenne
concertée. Le temps presse, compte tenu de la vitesse avec laquelle de
nouvelles politiques de promotion de l'habitat populaire ou touristique
se mettent en place, accompagnées d'efforts importants de rénovation.
Mais si rien n'est fait dès maintenant, rattraper les erreurs de
conception ne sera plus possible.
On notera cependant l'existence du projet européen Passive-On, programme
de recherche et de diffusion d'information financé par la Commission
européenne, sous l'égide du programme Énergie Intelligente pour l'Europe
(SAVE). Le projet vise à promouvoir les logements à très basse
consommation d'énergie dans les climats chauds.
* Passive House, wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/Passive_house
* Passive-On http://www.passive-on.org/fr/
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*Juin-Juillet 2007 *
*L'Europe de l'Otan serait-elle encore la seule à croire à la RMA? *
Le concept de super-guerre technologique a toujours fait l'affaire du
Pentagone et des industriels américains travaillant pour l'armement.
Aujourd'hui encore, au salon du Bourget, le chef de la division
militaire de Boeing s'est inquiété d'une possible baisse du budget
militaire américain (lequel rappelons-le sert ainsi à financer
indirectement le /Dreamliner/, dont la division civile de Boeing tire
grande gloire). Développé dans les années 1990, le concept a été repris
et rebaptisé après l'invasion de l'Irak sous le nom de RMA (/Revolution
in Military Affairs/) et plus récemment, à l'initiative de Rumsfeld,
sous celui de /Transformation/. L'idée est connue. Elle consiste à dire
que les armes nouvelles, aérospatiales notamment, peuvent cibler et
détruire tout ennemi dans le monde, assurant ainsi la sécurité des
nations qui les maîtrisent. Ainsi, ces nations n'ont plus à tenir compte
des résistances populaires, nationalistes, religieuses, territoriales ni
des « milices » qu'elles mobilisent.
Au contraire de cette doctrine, les théoriciens de la Guerre de 4e
Génération, ou G4G (dont le stratège américain William S. Lind)
affirment que ces armes sont impuissantes face à la résistance opiniâtre
des peuples envahis ou attaqués. Même si ceux sont souvent animés de
sentiments que nous qualifierions de primitifs, où la démocratie à
l'occidentale est absente, ils sont capables de mettre en échec les plus
fortes armées du monde. L'URSS en Afghanistan et les Anglo-Américains en
Irak en ont fait l'amère expérience.
Israël en a fait également le constat récemment. Il avait cru pouvoir
venir à bout des combattants palestiniens en appliquant les méthodes
militaires américaines. L'échec de Tsahal est désormais patent.
Il n'y a plus que les militaires européens, ceux du moins qui (à l'Est
de l'Europe) se laissent intoxiquer par le Pentagone au sein de l'Otan,
pour croire encore aux vertus des technologies de type Guerre des
étoiles procurées par le Pentagone. Ainsi leur aveuglement en faveur du
système anti-balistique proposé par Washington a pour premier résultat
de donner à Poutine des arguments lui permettant de mieux diviser
l'Union Européenne. Une défense de l'Europe autonome devrait au
contraire mieux analyser les menaces éventuelles qui pèsent sur notre
continent et rechercher les moyens de prévention appropriés. Ceci ne
passe certainement par l'intégration dans un système de défense
américain qui craque de toutes parts. 10/07/07
NB. Si les Européens voulaient se donner une stratégie internationale
(pas uniquement basée sur la défense) cela passerait par des programmes
comme Galiléo. C'est ce qu'a bien compris le site "trotskiste"
américain, World Socialist Web Site, cité par Dedefensa. La seule
réserve que nous ferions à cet article concerne la volonté des Européens
de se donner grâce à Galiléo une vision stratégique, comme croit le
constater son auteur. On se demande si, à part quelques personnes en
France et à Bruxelles, les gouvernements européens le considèrent ainsi.
http://www.wsws.org/articles/2007/jul2007/gali-j07.shtml
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*Le nouveau rapport de l'Agence Internationale de l'Energie. La crise
arrive plus tôt que prévu*
L'Agence Internationale de l'Energie, basée à Paris, a été créée pour
conseiller les Etats-membres de l'Agence en matière de politique
énergétique. Ses membres sont aujourd'hui au nombre de 26 (dont la
France). Ses études portent aussi bien sur l'évolution des offres
(notamment en matière de pétrole) que sur celle de la demande,
comprenant les économies d'énergie). Elle a fourni produit plusieurs
rapports ces dernières années, à la demande du G8, que l'on peut
consulter sur son site. Aujourd'hui, dans un nouveau rapport, elle
montre que l'accroissement de la hausse de la demande des produits
pétroliers, conjuguée avec la raréfaction des ressources économiquement
exploitables, va conduire à une accélération de la crise. Plus tôt que
prévu, c'est-à-dire dans les 5 ans, les prix devraient monter et de
nombreuses activités reposant sur l'exploitation du pétrole vont être
affectées. L'AEI déplore que les gouvernements et les entreprises
continuent à ne pas tenir compte de ces prévisions. Même si dans le même
temps, les avertissements relatifs à l'imminence de la crise climatique
se font plus pressants, les acteurs politiques et économiques
multiplient les appels à la croissance, à la production, au commerce, au
libre-échange. à la consommation, d'où ne peut que découler une
consommation en forte hausse. Personne par contre ne prévoit les mesures
à prendre en cas de crise déclarée, laquelle s'étendra à bien d'autres
domaines que ceux liés à l'économie du pétrole. L'Europe à cet égard
n'est guère plus sage que les Etats-Unis. La France ne donne pas
l'exemple, puisqu'à Bruxelles le 9 juillet, Nicolas Sarkozy a fait
valoir qu'il comptait sur une relance de la consommation pour assurer
l'équilibre des comptes. Les milliards affectés à la relance de la
consommation seraient plus utiles s'ils servaient à préparer des
investissements en vue d'une meilleure gestion de l'énergie. 10/07/07
* AIE http://www.iea.org/
* Article du Financial Times, cité par Dedefensa
http://www.ft.com/cms/s/2d97d75a-2e0c-11dc-821c-0000779fd2ac.html
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*L'intelligence collective proposée par Pierre Lévy*
Pierre LévyLe journal Le Monde du 24/26 juin
(http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-927305,0.html a publié
une interview du professeur canadien Pierre Lévy. Il y présente un très
ambitieux projet, dit IEML, *Information Economy Metalangage*, dont il
est semble-t-il l'un des auteurs principaux, sinon le principal. Ce
projet s'inscrit dans une perspective de grande portée qu'un texte de
Pierre Lévy, présenté sur le site consacré à IEML
http://www.ieml.org/spip.php?rubrique33&lang=fr/
<http://www.ieml.org/spip.php?rubrique33&lang=fr/> résume en ces termes:
/L'intelligence possible du XXI^e siècle
La numérisation des documents, leur interconnexion dans un espace
virtuel ubiquitaire et les possibilités de traitement de ces documents
par des robots logiciels annoncent une mutation culturelle de grande
ampleur, qui se déroulera forcément sur plusieurs générations. Plutôt
que d'assister de l'extérieur à cette mutation, les intellectuels
doivent à mon sens en prendre la tête. En effet, l'informatique, qu'on
peut définir simplement comme l'art et la science de la construction
d'automates manipulateurs de symboles, se trouve encore dans sa
préhistoire au début du XXI^e siècle. La communauté des chercheurs en
sciences humaines, quelle que soit la diversité de ses disciplines et de
ses racines culturelles, peut faire bénéficier l'informatique naissante
de sa compréhension des processus symboliques et de ses traditions
multiséculaires de réflexion sur le sens et sa complexité. Elle
contribuerait ainsi à la naissance d'une informatique sémantique au
service d'une nouvelle intelligence possible, capable non seulement
d'automatiser les opérations arithmétiques et logiques mais également
(moyennant codage) l'éventail indéfiniment ouvert des procédures
herméneutiques qui permettent de donner sens à la mémoire collective./
Pour voir la suite, consulter
http://www.ieml.org/IMG/pdf/L_intelligence-possible.pdf
Tous ceux qui ont suivi les développements de l'informatique puis
d'Internet depuis les années 1980 connaissent Pierre Lévy. Son nom reste
associé à son projet d'"arbre des connaissances" par lequel il voulait
formaliser et mettre en relation les connaissances scientifiques et
professionnelles d'un groupe ou d'un individu. Mais nous pensons que
beaucoup de ceux qui s'intéressent non seulement à l'informatique mais à
la gestion des connaissances ignoraient les nouvelles directions dans
lesquelles s'engage dorénavant Pierre Lévy. Le projet IEML est encore
loin d'être abouti, nous dit-il, mais il est désormais lancé, comme en
témoigne le site précité.
Mais de quoi s'agit-il exactement, au-delà de ce que peut faire
modestement le semantic web? C'est là que le bât blesse. Nous ne pensons
pas être complètement idiots, ni totalement dépouvus de bases en logique
et en mathématique, pour ne pas parler d'informatique. Mais avouons
avouer qu'après plusieurs heures (ou demi-heures, pour être plus précis)
à naviguer dans le site, on ne peut se représenter en quoi consistera le
nouveau langage, ni à quoi il servira exactement, au-delà des nobles
ambitions affichées.
Cela tient que Pierre Lévy ne fournit aucun exemple ni aucune analogie
permettant de répondre à ces questions de façon simple.
Donnons donc rendez-vous à Pierre Lévy dans quelques temps, quand il
aura pris la peine de se rendre accessible. Mais si certains de nos
lecteurs l'ont mieux compris que nous et veulent nous expliquer
simplement comment ce que nous n'osons pas appeler une "machine à gaz"
va marcher, nous serions très heureux de leur donner la parole. AI
* Pierre Lévy dans wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Pierre_Levy
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*Essort du créationnisme en Europe*
''Stupéfait'', ''effrayé'' et ''choqué''. Le rapporteur de la Commission
de la culture et de l'éducation de l'Assemblée parlementaire [du Conseil
de l'Europe (à ne pas confondre avec le Parlement de l'Union européenne,
Guy Lengagne (France, PS) a le 25 juin vivement regretté la décision de
l'Assemblée de renvoyer en commission son rapport sur les dangers du
créationnisme dans l'éducation. /''Je ne peux y voir qu'une manÅ“uvre de
ceux qui veulent, par tous les moyens, lutter contre la théorie de
l'évolution et imposer les idées créationnistes. Nous assistons aux
prémisses d'un retour au Moyen Age, et trop des membres de l'Assemblée
des droits de l'homme ne s'en aperçoivent pas''. /
/"La cible première des créationnistes contemporains, essentiellement
d'obédience chrétienne ou musulmane, est l'enseignement, s'inquiète le
rapport. Nous sommes en présence d'une montée en puissance de modes de
pensée qui, pour mieux imposer certains dogmes religieux, s'attaquent au
coeur même des connaissances."/ En France, l'offensive la plus récente
remonte à janvier : un Atlas de la création venu de Turquie - /"l'un des
principaux berceaux du créationnisme islamique", selon le rapport -
visant à démontrer que "la création est un fait" et l'évolution une
"imposture" a été distribué aux établissements scolaires, avant d'en
être retiré" ./
* A voir absolument: la vidéo de la conférence de Presse de Guy Lengagne
mms://coenews.coe.int/vod/070625_w04_w.wmv
<mms://coenews.coe.int/vod/070625_w04_w.wmv%20%20>
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*Le radar et le système Graves*
Dans le cadre du salon du Bourget (du 18 au 24 juin), le ministère de la
Défense français a présenté le radar « Graves » (Grand réseau adapté à
la veille spatiale), situé à 40 km de Dijon. Ce système, unique en
Europe, est chargé de surveiller les objets en orbite basse de l'espace.
Actuellement, environ 9 000 objets d'une taille supérieure à 10 cm, dont
près de 800 satellites actifs, orbitent autour de la Terre. Un bon
nombre survole quotidiennement la France et l'Europe plus généralement,
menaçant ainsi la confidentialité et la sécurité d'informations
stratégiques et militaires, sans parler de la prolifération des débris
qui seront un frein majeur dans l'utilisation de l'espace.
Opéré par le Commandement de la défense aérienne et des opérations
aériennes (CDAOA) et développé par l'Onera, « Graves » est l'unique
système de surveillance de l'espace en Europe. Totalement autonome, il
est capable de détecter des objets d'une taille d'au moins un mètre
carré évoluant une altitude comprise entre 400 et 1 000 km. Un système
de réception des données est installé à une distance de 400 km sur le
plateau d'Albion. Une fois l'objet identifié, le système indique où il
se trouvera dans les jours qui suivent. Graves est télésurveillé et
télégéré depuis la base aérienne 102 de Dijon-Longvic. Le coût global du
système s'élève à 30 millions d'€ pour un million d'€ d'entretien
annuel. Compte-tenu des services rendus, il faut bien se rendre compte
que cette somme est dérisoire.
Depuis décembre 2005, « Graves » a répertorié et suit désormais plus de
2 200 objets. Tous les satellites observés ne sont pas nécessairement
identifiés par la connaissance de leur origine et leur mission. 20 à 30
"anomalies orbitales" correspondant vraisemblablement à des satellites
espions principalement américains, non déclarés. La France ne cherche
pas à polémiquer à ce sujet avec les Etats-Unis, mais il est
incontestable que l'existence de Graves change l'équilibre stratégique
entre les deux pays, dans un domaine où la supériorité américaine était
jusqu'alors considérable.
Graves permettra à l'avenir, par ailleurs, d'actualiser les trajectoires
des futurs satellites du système européen Galiléo et d'avertir les
populations d'éventuelles retombées de débris spatiaux.
Trajectoire de stalleites
* Présentation par l'Onera http://www.onera.fr/dprs/graves/index.php
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*La fin du pétrole n'est pas pour demain *
Extraction off shore
C'est ce que pensent sans trop le dire (écologie oblige) les grands du
pétrole. Une des raisons de leur enthousiasme découle des perspectives
d'extractions off shore permises par la multiplication des stations
flottantes de pompage et de traitement dites FPSO: Floating Production
Storage and Offloading. Il s'agit de barges géantes qui sont de
véritables prouesses technologiques. Généralement fabriquées en Asie,
elles sont remorquées à des milliers de milles de distance et
positionnées sur les champs pétrolifères au large des côtes. Total en
exploite deux, Girasol et Dalia, dans le golfe de Guinée. Bien que
coûtant 3 milliards d'euros pièce, elles permettent un coût d'extraction
de 10 dollars pour un baril vendu, comme on sait, entre 60 et 70
dollars. L'Afrique représente pour Total, mais aussi pour les /big oil
/américaines (Exxon, Chevron), européennes (BP, ENi) et chinoises
(Sinopec et CNOOC) un nouvel eldorado - dont les populations locales ne
voient évidemment pas la couleur. Il n'y a pas de raison dans ces
conditions, pour les compagnies pétrolières, d'envisager d'investir dans
des énergies alternatives - sauf à titre cosmétique.
* On trouve des détails concernant les FPSO sur Wikipedia:
http://en.wikipedia.org/wiki/Floating_Production_Storage_and_Offloading <V>
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*Evolution des dépenses militaires mondiales
*/Source Le Monde, 20 juin, p. 24. /
D'après les études convergentes de divers Instituts de recherche, le
niveau des dépenses militaires mondiales a dépassé en 2006, avec 1.204
milliards de dollars, celui le plus élevé atteint durant la guerre
froide. La progression a été de 37% depuis 10 ans. La somme atteinte
correspond à 2,5% du PIB mondial soit 184 dollars par habitant. Les
effectifs militaires et paramilitaires ont dépassé les 31 millions
d'hommes.
Les principales dépenses se répartissent de la façon suivante:
Etats-Unis 489 milliards (soit 47% du total mondial), Europe de l'Ouest
220, Europe de l'Est (incluant la Russie) 23; Proche Orient 63, Asie du
Sud (incluant l'Inde) 25, Asie de l'Est, incluant la Chine et les Corées
120, Amérique du sud 21, Nations Unies 4. On considère que les dépenses
russes, indiennes et chinoises sont sous-estimées de 50%. Dans l'état
prévisible de l'évolution des relations internationales, la hausse des
dépenses militaires, sans nouvelle guerre d'ampleur, se poursuivra. Les
Européens seront peut-être surpris de l'importance de leurs budgets
militaires, la France suivie de la Grande Bretagne tenant la tête.
Par comparaison, l'aide globale au développement est de 106 milliards.
On sait également que plus d'1,5 milliards d'humains vivent avec un
revenu annuel ne dépassant pas 350 dollars.
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*Le financement des grandes infrastructures de recherche européennes*
De nombreux chercheurs, relayés par les femmes et hommes politiques,
laissent entendre que les grandes infrastructures de recherche
européenne sont des jouets ne faisant plaisir qu'à quelques
spécialistes. C'est évidemment faux. Ces équipements sont des pôles de
croissance et de compétitivité, capables de faire sensiblement avancer
la recherche fondamentale comme les applications, en liaison avec les
universités et entreprises qui se regroupent autour d'eux. Encore
faut-il qu'ils soient conçus et gérés dans la perspective d'une
coopération européenne en réseau. C'est là que le bât blesse souvent car
les susceptibilités nationales sont fortes et le pays ayant obtenu,
après des années de négociations avec ses homologues, une décision en sa
faveur, tend à oublier que le projet est et doit rester européen.
Feuille de route sur l'énergieNous avions déjà indiqué dans cette Revue
que le Forum stratégique européen sur les infrastructures de recherche
(ESFRI), émanation des Etats membres et de la Commission européenne,
avait recensé les équipements jugés à divers titres utiles, sinon
indispensables, à la recherche européenne. Il a présenté à Hambourg, du
5 au 7 juin, la «feuille de route» correspondante. Inspiré d'un exercice
similaire conduit en 2003 par le département américain de l'énergie, ce
document n'établit pas de priorités et n'a qu'une valeur consultative.
Il serait indispensable cependant que les gouvernements et l'Union
européenne le prennent en considération dans les prochaines années et
assurent les financements correspondants.
Que trouve-t-on dans cette feuille de route ? Un brise-glace (360
millions d'euros), un réacteur de recherche sur les centrales nucléaires
de quatrième génération (500 millions d'euros), un générateur source de
neutrons (1 050 millions), un radiotélescope s'étendant sur 1 kilomètre
carré (1 150 millions), un ensemble de supercalculateurs (400 millions),
une base de données sur la santé, le vieillissement et la retraite en
Europe (50 millions), un observatoire de la biodiversité (370 millions),
un réseau pour la recherche clinique (36 millions). Ces infrastructures
de recherche figurent sur une liste de 35 grands équipements dont les
experts estiment que l'Europe devrait se doter pour tenir son rang en
matière de recherche scientifique.
La feuille de route porte encore la marque de la prépondérance de la
physique dans les grands instruments. Lors de sa préparation, les
physiciens avaient constitué dix groupes d'experts, les biologistes et
les médecins trois seulement, les sciences humaines deux. Le prochain
exercice devrait cependant s'élargir aux questions d'énergie,
d'environnement et de capacités de calcul. Il est vrai que les
biologistes ont du mal à comprendre la nécessité de s'allier dans une
infrastructure. Même en médecine, les chercheurs devraient pourtant se
coordonner autour de gros centres ayant une masse critique, reliés à une
infrastructure distribuée, au contact des malades.
Selon le commissaire européen à la recherche, Janez Potocnik, ces 35
projets représentent 14 milliards d'euros. La Commission ne peut les
prendre tous à sa charge. Dans les 54 milliards d'euros de son 7e
programme-cadre pour la recherche et développement (2007-2013), seuls
1,7 milliard d'euros sont destinés aux infrastructures. Même si une
partie des fonds structurels destinés aux nouveaux entrants devrait
pouvoir être utilisée, il faudra que les Etats membres se mobilisent
fortement pour que la feuille de route ne reste pas un vain exercice.
L'exercice entrepris par l'ESFRI restera en effet académique si les
budgets que les Etats acceptent de consacrer à la recherche par
l'intermédiaire de la Commission ne sont pas sérieusement augmentés dès
l'année prochaine. C'est tout l'enjeu, à peine évoqué en France lors des
dernières élections, du rôle et des moyens de l'Europe dans le domaine
scientifique et technologique. Il est malheureusement occulté par les
débats portant sur le droit et les institutions.
* ESFRI Roadmap http://cordis.europa.eu/esfri/roadmap.htm
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*Nouvelles de l'Agence spatiale européenne*
L'Esa a signé avec Thales Alenia Space, le 18 juin au salon du Bourget,
la commande de Sentinel 1, le premier de la série de satellites destinés
au sein du futur réseau GMES à suivre les changements de l'environnement
terrestre. Le coût en est de 229 millions d'euros et le lancement est
prévu pour 2011. C'est bien mais les impatients diront que le
déploiement du réseau GMES se fera bien tardivement et bien lentement,
alors que l'urgence pour l'Europe d'obtenir des données fiables sur ce
sujet hyper-sensible est plus grande que jamais.
Lors de ce même salon du Bourget, le directeur général de l'Esa,
Jean-Jacques Dordain et l'Administrateur de la Nasa Michael Griffin ont
signé un accord de coopération, impliquant également l'Agence spatiale
canadienne, concernant le remplacement du télescope orbital Hubble par
le James Webb Space Telescope (JWST) qui devrait être lancé en 2013 et
rester en fonctionnement au moins 5 ans. Ce télescope doté d'un miroir
de 6,5 de diamètre (au lieu de 2,4 pour Hubble) sera équipé d'appareils
permettant des observations nouvelles dans les différentes gammes. L'Esa
en assurera le lancement avec une Ariane 5 ECA et fournira en
coordination avec les instruments de la Nasa un spectrograph dit
Near-Infrared spectrograph (NIRSpec). Un consortium associant d'autres
européens et la Nasa équipera le télescope d'un Mid-Infrared Instrument
(MIRI)
Dans un autre domaine l'accord Nasa - Esa prévoit que cette dernière
concevra, développera et lancera à la même époque la mission Pathfinder
dotée de l'équipement LISA (Laser Interferometer Space Antenna). La
mission LISA Pathfinder est destinée à préparer la mission LISA
conjointe entre l'Esa et la Nasa pour la recherche des ondes
gravitationnelles. 21/06/07
* Note de l'Esa http://www.esa.int/esaCP/SEMA3T7OY2F_index_0.html
* Pathfinder LISA http://www.esa.int/esaSC/120397_index_0_m.html
<http://www.esa.int/esaSC/120397_index_0_m.html>
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*Astrium aborde le tourisme spatial*
Filiale du groupe EADS spécialisée dans les systèmes spatiaux civils et
militaires, EADS Astrium vient de présenter son projet de véhicule
spatial qui devrait permettre à des touristes de réaliser de courts vols
en apesanteur. Astrium propose un appareil de la taille d'un jet
d'affaires pouvant embarquer quatre passagers et le pilote. Il décollera
d'une piste conventionnelle à l'aide de ses moteurs atmosphériques. Puis
à l'altitude de 12 km, un moteur fusée sera mis en route, et le véhicule
prendra à la fois de la vitesse et de l'altitude, pour culminer à 100
km. La phase d'apesanteur provoquée par la trajectoire parabolique
au-delà de l'atmosphère durera environ trois minutes, tandis que la
totalité du vol, du décollage à l'atterrissage, prendra environ deux
heures.
Le tourisme spatial, malgré son aspect élitaire, ou à cause de cela,
fait l'objet d'un grand intérêt médiatique, notamment aux Etats-Unis. Le
séjour à bord de la Station Spatiale Internationale, principale
possibilité offerte actuellement, coûte environ 21 millions de dollars.
Mais des séjours plus courts en apesanteur ont également été réalisés.
Malgré son handicap, le physicien britannique Stephen Hawking avait pu
ainsi expérimenter la gravité zéro à bord d'un appareil classique et
s'était déclaré enchanté (image ci-contre). Astrium a donc décidé de ne
pas laisser cette activité à ses concurrents. François Auque, président
d'Astrium, estime que si le prix du voyage pouvait être abaissé à
150.000 ou 200.000 euros, le tourisme spatial pourrait représenter
15.000 passagers par an à l'horizon 2020, dont il espère capter 30 % du
marché.
Le projet sera essentiellement financé par le secteur privé, à l'instar
du Space Ship Two de Virgin Galactic dont la rentabilité ne fait aucun
doute à son concepteur, l'homme d'affaires britannique Richard Branson.
Astrium va donc rechercher des partenaires du côté des régions
européennes et des investisseurs privés.
L'idée nous paraît intéressante, afin de renforcer la présence
européenne dans le domaine des industries spatiales. Astrium ambitionne
par ce projet de conforter une position déjà enviable en se lançant dans
un secteur qui ne pourra que prendre de l'importance à l'avenir, et où
toute expérience acquise aux origines sera précieuse face aux
entreprises qui tenteront d'exploiter ce filon dans quelques années. De
plus, un tel projet permettra de maintenir les compétences du groupe. Le
nouvel appareil pourrait ainsi donner naissance à un lanceur spatial
réutilisable, dont la cellule passagers serait remplacée par un étage
supplémentaire et une charge utile.
Le projet, dont la première ébauche a été présentée en mars dernier au
comité exécutif d'EADS, ne sera soumis au conseil d'administration que
lorsqu'un budget précis aura été mis au point. Provisoirement, le coût
du développement est estimé à un milliard d'euros et une décision de
lancement devrait être prise à la fin de l'année.
On observera que sans attendre, Les autorités aéronautiques tunisiennes
ont accueilli avec satisfaction le choix de l'aéroport de Tozeur, dans
le sud tunisien, qui avait été évoqué comme possible premier site de
lancement du futur avion-fusée.
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*Panne d'ordinateur à bord de l'ISS*
Le 15 juin, les contrôleurs américains et russes ont partiellement
rétabli les fonctions informatiques de la station spatiale
internationale (ISS) après une panne qui aurait pu dans le pire des cas
forcer l'équipage a revenir sur Terre. Cette panne sans précédent a
interrompu plusieurs heures les communications entre le centre de
contrôle spatial de Moscou et l'ordinateur central russe de la Station
spatiale internationale (ISS), vital pour l'oxygène, l'eau et la
stabilité de la station. Le système informatique en cause est russe.
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*Alimentation électrique sans fil
*/Source: Science express 7 juin 2007/.* *
// Une équipe du MIT a montré qu'il était possible d'alimenter en
courant une ampoule de 60 watts, sans utiliser de fil. L'ampoule est
placée à 2 mètres de la source. Le dispositif serait précieux pour
recharger à distance les appareils mobiles. Le rendement est aujourd'hui
de 45%. L'article ne précise pas quels sont les effets sur un organisme
vivant placé dans le champ de la transmission.
* Article de Technology review http://www.technologyreview.com/Energy/18836/
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*Robot lunaire Indien*
L'Indian Space Research Organisation (ISRO) développe actuellement un
robot, le "SmartNav", destiné à faciliter les prochaines missions
lunaires envisagées par cette agence. Il facilitera l'identification de
la surface de la Lune et son exploration ultérieure par des astronautes.
Il s'agit d'un robot bipède doté de senseurs sophistiqués et de caméras
à haute résolution. Il pourra explorer des terrains variés, rapporter
des échantillons de sols et rassembler de nombreuses informations utiles
aux astronautes.
L'ISRO a programmé deux missions: la Chandrayan-II Moon Mission en 2011,
comportant un atterrissage, et une première mission en 2008 où le
véhicule lunaire se bornera à orbiter autour de la Lune.
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*Identification des visages*
Les performances des logiciels permettant l'identification des visages
(/face-recognition technology/) progressent rapidement. C'est ce qu'ont
montré des manifestations récentes consacrées à cette question aux
Etats-Unis: le Face Recognition Grand Challenge, le Face Recognition
Vendor Test (FRVT) 2006 and l'Iris Challenge Evaluation (ICE). Financées
par le National Institute of Standards and Technology (NIST), les
épreuves ayant opposé différents logiciels ont montré des progrès de
plus de 10 fois dans la précision de l'identification depuis 2002 et de
100 fois depuis 1995. Le meilleur des algorithmes dépasserait les
capacités de la plupart des humains, sauf des "physionomistes"
professionnels. On devine que ces technologies intéressent de nombreux
services à finalité commerciale ou de sécurité. Les roboticiens ne
manqueront pas de les mettre en oeuvre en ce qui concerne les
interactions entre robots et humains.
* Voir Technology Review http://www.technologyreview.com/Infotech/18796/
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*Le PC Ultra-portable*
Jeff Hawkins, fondateur de Palm, créateur du premier Personal Digital
Assistant, le Palmpilot, et du téléphone portable intelligent Treo, a
présenté un nouveau produit le 30 mai 2007 à la D: All Things Digital
conference de Carslbad, Californie. Il s'agit d'un ordinateur portable
(laptop) baptisé le "Tweener". L'engin est particulièrement réduit et
portable, bien que disposant des principaux organes et logiciels des
micro-ordinateurs plus importants. Il doit pouvoir être utilisé couplé
avec Treo et autres Foleo. Le prix annoncé est de $499. Microsoft et
Intel ont promis de développer les logiciels adaptés. Les autres
industriels du secteur, Samsung Group, Sony (SNE), Nokia Corp. (NOK),
HTC, Fujitsu (FJTSY) et Vulcan Portals surveillent attentivement le
créneau.
Dans le même temps, Nicholas Negroponte, ancien du Medialab du MIT,
s'efforce de développer pour les enfants du tiers monde un calculateur
simplifié à $100. Ce prix ne semble pas aujourd'hui pouvoir être tenu.
Un concurrent indien est allé jusqu'à proposer un produit voisin à $10,
suscitant l'incrédulité. Ces PC paraissent désespérément pauvres aux
yeux d'un occidental.
Laquelle de ces deux conceptions de l'ultra-portable bon marché
l'emportera? Sans doute l'une et l'autre, dans des segments différents
d'utilisation. Nokia est le seul industriel pouvant encore se dire
européen ayant des chances de figurer sur ces créneaux. 05/06/07
* Jeff Hawkins, décidément infatigable, est aussi l'auteur de l'ouvrage
sur le cerveau que nous vous avions présenté précédemment, "/Intelligence/".
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2005/sept/hawkins.html
<http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2005/sept/hawkins.html>
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*Le nouveau service Street view de Google*
Google Maps offre aux Etats-Unis un nouveau service de cartographie
urbaine, Stree View, utilisant des milliers d'images de rues, immeubles
et personnages. Ces images peuvent être zoomées, laissant apparaître des
détails personnels. Les applications possibles du service vont de la
préparation de visites touristiques à la recherche de cibles
commerciales, en passant par le simple voyeurisme, voire le chantage.
Des citoyens qui se sont reconnus ont commencé à protester...Google,
comme d'habitude, joue l'innocence. A suivre.
* http://maps.google.com/help/maps/streetview/
© Automates Intelligents 04/09/2007
<#sommaire>
*Courrier des lecteurs*
Courriers adressés par les lecteurs (questions, observations, critiques)
Sauf demande expresse de ceux-ci, nous ne publierons ici pas leurs
références
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*Sur le libre-arbitre
**Question*
de Guillaume de L.
La juxtaposition de ces deux paragraphes tiré de votre article
présentant sur le site "I am a strange Loop" de Douglas Hofstadter...
/« Le Moi n'est pas libre. Il est déterminé, mais les modalités de ce
déterminisme n'apparaissent pas clairement à l'observation, car les
causes en sont complexes et enchevêtrées. De plus, chacun perçoit, de
façon évidemment erronée, qu'il est libre de prendre telle ou telle
décision 9). Douglas Hofstadter exécute en quelques lignes, et de façon
bien réjouissante, l'hypothèse chrétienne du libre-arbitre. L'illusion
d'être libre et responsable fait partie des modes hallucinatoires par
lesquels le concept de Moi dynamise le sujet conscient – tout en
renforçant son influence sur lui. »/
/« La façon de voir le monde et la conscience qu'il nous propose (et qui
plus généralement inspire la science matérialiste) ne doit pas être
source de désespoir ou de désenchantement. Elle apporte, nous dit-il
dans la dernière page de son livre, une façon plus subtile et plus
profonde de comprendre ce que c'est que d'être humain « a deeper and
subtler vision of what it is to be human ». Nous pourrions dire la même
chose de la description du cosmos que donne la science matérialiste
moderne : une façon plus subtile et plus profonde de comprendre ce
qu'est l'univers, au regard des descriptions simplistes et aliénantes
qu'en donnent les religions. »/
provoque une interrogation chez moi : comment peut-on être joyeux et
enchanté d'apprendre que le libre–arbitre n'existe pas, que la liberté
du sujet est une hallucination du Moi…(position que nous partageons en
grande partie) Que cela nous apporte une compréhension plus subtile et
profonde de l'univers, OK. Mais pour ma part, j'ai beaucoup de mal à
m'en réjouir. Car alors, en quoi nos vies sont-elles si différentes de
celle d'une fourmi qui est programmé pour aller chercher des morceaux de
feuille et les ramener à la fourmilière, ou d'un vers de terre remuant
la terre ? Certes, nous avons l'immense chance, qu'ils n'ont pas, de
pouvoir regarder le Loft sur TF1 ou de lire Heidegger… Mais si le
libre-arbitre n'existe pas, si notre liberté est une hallucination, en
quoi ces « choix » sont-ils fondamentalement différents de ceux de la
fourmi, qui pourra choisir telle feuille, ou telle partie plutôt qu'une
autre ? Il nous reste, maigre consolation, la profondeur de notre regard
sur l'univers et la conscience de notre aliénation.
*Réponse*
De J.P.Baquiast
Merci de ce commentaire très pertinent. Il peut y avoir plusieurs
réponses à cette question. Celle que je pourrais proposer est liéee au
bonheur (ou même au plaisir) que donne la recherche scientifique et les
philosophies de la connaissance s'appuyant sur elle. L'individu, ses
angoisses et ses espérances personnelles s'y dépassent face à la
découverte - je dirais pour ma part à la construction, étant défenseur
de l'idée d'une science constructiviste - de vastes ensembles de
connaissances, jamais interrompue, où de nouvelles questions obligent à
remettre en cause sans arrêt ce que l'on croyait savoir.
Ceci peut donner un bonheur analogue, je pense, à celui qu'apporte à
certains la construction d'un bateau en bois à l'ancienne, la création
artistique ou autres activités où le Moi cesse de devenir enfermé sur
lui pour s'ouvrir aux autres. La science permet d'exercer l'esprit, mais
aussi l'affectivité, l'imagination, la sensibilité.... La seule chose
qu'elle ne puisse procurer est la joie liée à l'exercice physique...et
encore. Rien n'exclue d'ailleurs que les fourmis, dans leurs petites
têtes, puissent ressentir des plaisirs analogues en construisant leur
fourmilière
Certes, participer à des cérémonies religieuses comme le pèlerinage de
Chartres peut donner des joies de même nature à certains individus.
Encore faut-il qu'ils puissent croire en Dieu. Mais s'ils croient en
Dieu, ils s'interdisent comme le notent tous les scientifiques
matérialistes, les joies encore plus vastes de la découverte (ou de la
construction) du "réel" puisque tout a déjà été dit par les Ecritures.
Je vais prochainement commenter, avec mes faibles moyens, l'évolution
qui se dessine actuellement en cosmologie concernant les prétendues lois
fondamentales de la physique, utilisées pour justifier le principe
anthropique fort. Je pense que j'aurai un certain plaisir, que j'espère
pouvoir faire partager à mes lecteurs, à réfléchir sur ce point. Pour un
créationniste, la question n'aurait aucun intérêt.
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*A propos du concept de souveraineté technologique européenne*
*Question
*L'avion Rafale est encore un exemple de souveraineté mal placée. En
voici la description sous wikipedia
<http://fr.wikipedia.org/wiki/Dassault_Rafale>. Malheureusement, dans
cet article, rien n'est dit sur la prouesse qui a conduit la France à se
lancer seule dans cette aventure. Pour résumer, l'avion qui a coûté une
fortune, et donc a lourdement handicapé le budget de l'armée française
(rallonge des porte-avions et retard sur tous les autres programmes),
s'avère une vieillerie dès sa mise en circulation et est invendable.
*Réponse
*de Automates Intelligents
Sur le Rafale et plus généralement les technologies françaises, il faut
éviter les jugements sommaires, répandus par la concurrence
anglo-saxonne et répétées de façon mécanique par les atlantistes
européens. Sans être corrompu par Dassault, nous pouvons rappeler les
différents éléments suivants :
1. Question prix.
- Le coût de développement de l'avion ne peut être comparé à aucun
autre, car les constructeurs étrangers ne communiquent pas à ce sujet et
surtout ne comptabilisent pas les aides directes et indirectes qu'ils
reçoivent de leurs gouvernements. Il en est de même d'ailleurs pour
l'aviation civile.
- Le Rafale est plutôt économique à la vente. Selon Defense
Aérospace.com
<http://www.defense-aerospace.com/dae/articles/communiques/FighterCostFinalJuly0\
6.pdf>,
cité par Dedefensa.org, notre correspondant spécialiste de
l'aéronautique, le Rafale s'impose aisément comme le moins coûteux avec
le JAS 39 Gripen (l'avantage de l'avion français étant démultiplié par
ses capacités et sa puissance très supérieures à celles de l'avion
suédois), — $62,1 et $68,9 millions respectivement pour le Rafale et le
Gripen. Le reste se situe dans une autre catégorie de prix, on dirait la
“catégorie anglo-saxonne†et assimilée : des $78,4 millions du F/A-18E
aux $177 millions du F-22 (avec en intermédiaire : $108,2 millions pour
le F-15E, $115 millions pour le JSF et $118,2 millions pour
l'Eurofighter Typhoon).
2. Question performances, le Rafale est versatile et léger,
contrairement à l'Eurofighter et les américains tels le F.15 ou le F.A
22 Raptor qui sont de l'avis des aviateurs "/clumsy/". C'est un avion de
ce genre qui s'impose dans les guerres de 4e génération. On sait que
l'US Air Force s'est plainte de l'inadéquation de ses avions en Irak,
suite à des plaintes de l'infanterie. Or il ne s'agit plus aujourd'hui
de préparer une guerre contre les Soviétiques.
3. Question disponibilité, le Rafale peut être fourni avec de courts
délais, alors que l'avion mythique américain JSF F 35 promis à tous les
alliés des Etats-Unis depuis 10 ans pour les décourager d'avoir une
industrie aéronautique en propre est toujours en discussion de
finalisation, avec un prix astronomiquement en hausse.
4. Mais pourquoi si le Rafale est à ce point merveilleux, personne ne
l'achète? Parce que les pressions américaines (en faveur du F35
notamment) et anglaises (en faveur de l'Eurofighter où British
Aerospace, BAE, a une part importante) jouent à plein. Quand nous disons
pression, c'est corruption à tout va. On a suivi, en s'en indignant en
France, la façon dont le Département d'Etat a fait pression sur les
Polonais pour les décourager d'acheter le Rafale. Vous n'ignorez pas non
plus le scandale BAE / Yamama (http://www.dedefensa.org/article.php?).
Tony Blair et l'establishment britannique y sont lourdement compromis.
C'est grâce à cette corruption d'origine britannique (les Américaine
s'étaient tenus à l'écart, malgré leurs liens avec BAE) que ceux des
Saoudiens qui voulaient acheter des Rafales, comme le Président Jacques
Chirac le croyait naïvement, ont finalement renoncé.
5. Last but not least: La France est aujourd'hui la seule puissance au
monde disposant encore d'une aéronautique militaire crédible (nous ne
mentionnons pas la Russie ni la Suède ni le Brésil qui se situent à la
marge). Les Américains ont réussi à décourager tous les autres pays. Or
qui dit industrie aéronautique de défense crédible dit aussi industrie
aéronautique et spatiale crédible.
Voudrait-on tout abandonner aux concurrents ?
Ajoutons que notre revue participera sans doute à l'automne à une
journée organisée en Belgique pour expliciter les arrières plans du
Joint Stike Fighter F 35, la plus grande esbroufe
politico-industrialo-militaire de ces dernières années.
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*A propos de l'article de Jean-Paul Baquiast consacré au livre de Jean
Staune dans le numéro 73*
*Question
*Vous écrivez: /"je crois que l'homme n'est qu'un produit local de
l'évolution globale, lui-même en pleine évolution. Je crois que des
automates intelligents pourront prochainement disposer de corps et de
cerveaux bien supérieurs à ceux des humains"
/
J'ai plusieurs problèmes avec cette "croyance"*
*1) Philosophiquement, j'ai du mal à imaginer qu'un individu puisse
concevoir quelque chose d'une complexité supérieure à ce qu'il peut
imaginer, par définition.
2) La démarche serait -si la chose était concevable- suicidaire puisque
cette créature plus intelligente "esclavagiserait" nécessairement son
constructeur-concepteur ou procèderait à son extermination selon ce
qu'elle aurait estimé de "plus utile"
3) Il me semble que ce soit d'un optimisme excessif quant à l'état
d'avancement de la science. N'est-ce pas la vanité suprême que
d'imaginer que l'homme soit tellement intelligent qu'il puisse seulement
concevoir plus intelligent que lui ?
Je me souviens d'un groupe de chercheurs astrophysiciens, biologistes,
médecins, pharmacologues qui étaient à pu près tous d'accord pour dire,
il y a 25 ans de ça, en l'an 2000, "Heureusement, ce ne sera plus un
problème de vieillir si la mécanique est en bon état car avec les
progrès de la recherche spatiale, les maladies type Alzheimer auront
disparu".....Well, well, well.;
*Réponse
*de JP. Baquiast
Je conçois bien que la question des super-intelligences et super-corps
soit posée comme vous le faites. Je ne me cramponne pas mordicus à la
"croyance" que j'avais exprimée. Cependant, je peux vous proposer
quelques réponses:
1. l'automate intelligent, dans l'hypothèse "forte" de ce qu'il convient
d'appeler le robot autonome, ne sera pas conçu par l'homme mais
résultera d'une évolution darwinienne en interaction avec d'autres
robots et avec son environnement. L'ambition de tous les scientifiques
travaillant dans cette direction est de voir en effet apparaître quelque
chose que l'intelligence humaine, aujourd'hui, n'aurait pu imaginer.
Mais cette ambition, même si elle n'est pas toujours consciente et
explicitée, est celle de beaucoup de ceux qui travaillent dans les
nouvelles sciences et technologies : les réseaux, les biotechnologies,
les nanotechnologies, la physique des hautes énergies, etc.
2. la démarche serait – ou pourrait être – suicidaire pour les humains
s'ils n'essayaient pas, d'une part de fixer à l'avance des contraintes
de développement (ni trop étroites ni trop larges) et surtout, s'ils
n'essayaient pas de « s'augmenter » en parallèle et en dialogue avec les
nouvelles entités. C'est toute la problématique, souvent maladroitement
présentée, du posthumanisme ou plutôt du posthumain. Le problème, comme
je l'ai indiqué dans mon livre, est alors du sort des humains qui
resteraient à la traîne : que deviendront-ils ? Comment accepteront-ils
leur situation ? Mais ce problème se pose déjà cruellement à une grande
partie de l'humanité.
3. concernant les délais à compter avant que des changements
substantiels se produisent dans les intelligences, les corps et les
sociétés, dans le sens indiqué ci-dessus, chacun fera ses propres
prévisions – et d'ailleurs se trompera nécessairement. Tout dépendra de
ce qui sera affecté aux recherches correspondantes, face à d'autres
dépenses, notamment les énormes budgets militaires engloutis en pure
perte pour la recherche..
© Automates Intelligents 04/09/2007
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