Ce sont Pic de la Mirandole et Reuchlin qui placèrent pour la première fois la
Kabbale dans un contexte culturel et théologique chrétien, accentuant la place
des Noms Divins, de la kabbale pratique au sein des spéculations premières de la
Kabbale traditionnelle.
Le De Arte Cabalistica est écrit sous la forme d'une discussion entre un
Cabaliste, un Pythagoricien et un Musulman. Reuchlin y décrit la Kabbale comme
la source du christianisme, la Kabbale est une "forme sublimée d'alchimie". "La
Cabale ne doit être recherchée ni au moyen du contact grossier des sens, ni avec
les arguments des arts de la logique. Son fondement se situe dans la troisième
région des connaissances" (De Arte Cabalistica, traduction François Secret,
éditions Aubier-Montaigne, 1973). Reuchlin y explique également quelques
concepts tels l'Arbre de Vie des 10 Sephiroth et des 22 sentiers de la sagesse,
les 50 portes de l'intelligence, ... et propose la première distinction entre
Cabalici (ceux qui reçurent les premiers la tradition), les Cabalaei (leurs
disciples) et les Cabalistae (ceux qui les imitent). Reuchlin donne en outre une
utile information quant au fameux Sepher Raziel qui fait couler tant d'encre
chez les amateurs de kabbale fantastique : selon lui le Raziel est "une fiction
magique".
A cette époque, parut l'oeuvre la plus influente dans le domaine magique et
cabalistique, la "De Occulta Philosophia" de Cornelius Agrippa von Nettesheim
(1531) en trois volumes (le" quatrième étant de paternité douteuse). La
Philosophie Occulte se présentait comme une encyclopédie de cabale pratique et
de magie.
François Secret a montré comment, à partir de cet ouvrage, « miroir déformant
des œuvres qu'il pilla, la pente de décadence est longue jusqu'à l'occultisme
d'Éliphas Lévi » (François Secret, « Du "De occulta philosophia" à l'occultisme
du XIXe siècle », Revue de l'histoire des religions/ 186, 1974, p. 55-81.).