Quatrième vérité : le chemin de la délivrance
La quatrième vérité trace le chemin que doit suivre le candidat à la délivrance.
Nous entrons dans le domaine de l'éthique.
Le chemin prescrit compte huit branches : foi pure, volonté pure, langage pur,
action pure, moyens d'existence purs, application pure, mémoire pure, méditation
pure. Ces dispositions ont donné lieu à des développements techniques très
poussés, toute religion ayant tôt ou tard ses casuistes. Mais l'allure générale
de notre exposé nous incitant à la concision, contentons-nous de préciser qu'une
des conditions de la pureté de ces dispositions est de n'être pas souillées par
l'attachement au moi, et que la foi bouddhique ne correspond en rien à ce
qu'entendent par ces mots les chrétiens : elle résulte d'une conviction
intellectuelle, d'un effort mental concernant le bien-fondé des quatre vérités
saintes.
La conquête de ces huit dispositions ou, si l'on préfère, la progression dans
l'octuple chemin, est fondée sur trois éléments : la moralité, la concentration
et la sagesse.
La morale bouddhique consiste en un catalogue des vices et des passions
susceptibles de contrarier la délivrance. Nous ne procéderons pas à la
fastidieuse énumération de tous ces interdits. Soulignons seulement le lien qui
unit cet aspect de l'éthique et la philosophie qui la sous-tend : si la
rétribution des actes obéit à une loi aveugle, si aucun dieu n'intervient pour
rendre la justice, si l'acte produit par lui-même tel ou tel genre de
renaissance, il importe au plus haut point de désigner, de classer les actes
sous ce rapport : il faut bien sûr éviter ceux qui entraînent de mauvaises
renaissances.
Remarquons également qu'en stricte logique, puisque seul le non-agir ne mûrit
pas en renaissance, il faudrait éviter les actes bons autant que les mauvais.
Dans la pratique cependant, les actes mauvais sont beaucoup plus redoutables car
ils nous font renaître dans de mauvaises conditions qui font obstacle à la
délivrance tandis que les actes bons nous assurent des renaissances dont les
conditions facilitent l'accès à l'ultime étape. C'est ainsi qu'un laïc nourrira
l'espoir de mener, dans une existence ultérieure, la vie monacale, plus propice
à la libération; on pourra aussi espérer renaître parmi les dieux : nous allons
revenir à l'instant sur ce point