Date Sent: Monday, February 11, 2008 9:50
From: Olivier Maurel
Bonjour,
La psychanalyste Claude Halmos vient de donner au magazine Elle une
interview où elle recommande aux parents la fessée comme moyen
d'éducation. Je lui ai répondu et j'ai pensé que ma réponse pourrait
vous intéresser. Elle peut être largement diffusée...
Pour lire l'interview :
http://www.elle.fr/elle/societe/interviews/la-fessee-est-ce-si-grave
Bonne lecture.
Olivier Maurel
Madame,
Je suis un peu étonné de voir une grande spécialiste de l'enfance,
de la famille et de la relation telle que vous, faire l'apologie de
la fessée.
Si je vous ai bien comprise, il ressort en effet de votre interview
que la fessée est le meilleur moyen :
- de "montrer qu'on a des limites" et de "mettre des barrières" à
l'enfant ;
- de faire appréhender à l'enfant ce qu'est un autre être humain ;
- de montrer que l'on doit respecter l'être humain ;
- de le "tirer du côté de l'humain" ;
- de favoriser la construction de l'enfant.
J'avoue que je n'aurais pas pensé que donner des coups à un être
beaucoup plus faible que soi et lui enseigner que le principe le
plus basique de la morale : "Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux
pas qu'on te fasse" est une baliverne, pouvait avoir tant de
résultats positifs pour "l'être humain" !
J'aurais plutôt cru que déculotter un enfant et le frapper sur les
fesses revenait à franchir les limites de son intimité et risquait de
lui faire perdre sa capacité naturelle de réaction contre quiconque
toucherait cette partie de son corps dans un autre but que celui de
le "tirer du côté de l'humain" ! Mais je dois me tromper.
J'aurais plutôt cru que pour apprendre à un enfant ce qu'est un
autre être humain, il fallait se conduire avec lui avec affection et
respect et qu'il existe d'autres moyens d'être ferme que de cogner
sur ses fesses. Mais je dois me tromper.
J'aurais plutôt cru que le rôle d'une spécialiste de la relation est
d'aider les parents à trouver d'autres moyens que les torgnoles
(parce que quand les fessées sont recommandées, pourquoi pas les
torgnoles ?) pour éduquer leurs enfants. Là encore, je dois me tromper.
J'aurais plutôt cru que pour apprendre aux enfants à "respecter
l'être humain", il fallait commencer par les respecter eux-mêmes.
Nouvelle erreur !
J'aurais plutôt cru que pour "favoriser la construction de
l'enfant", il y avait mieux que cogner sur lui. Quelle naïveté !
J'aurais plutôt cru que dans un pays où beaucoup d'enfants meurent
encore de maltraitance, il valait mieux éviter d'encourager les
parents à recourir à la violence. Autre naïveté !
J'aurais plutôt cru que dans un monde où, dans beaucoup de pays, le
moyen d'éducation normal est encore la bastonnade, et où la plupart
des parents trouvent, comme vous le pensez vous-même, que frapper un
enfant est un moyen indispensable pour l'éduquer, il valait mieux
soutenir les efforts du Comité des droits de l'enfant, de toutes les
institutions internationales et du Conseil de l'Europe pour interdire
cette méthode d'éducation que vous jugez si humanisante. Mais c'est
sûrement vous qui, avec votre savoir psychanalytique, avez raison !
Et comme je trouve que mon épouse franchit parfois certaines limites
et ne respecte pas toujours suffisamment "l'être humain" que je suis,
je pense que je vais me convertir à l'excellent moyen d'éducation que
vous préconisez. Quand tous les maris et les conjoints auront, comme
moi, adopté cette méthode, je pense que nous aurons grandement
contribué à tirer les femmes "du côté de l'humain".
Merci, chère Madame, pour vos excellents conseils.
Olivier Maurel
Porte-parole de l'Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO)
http://www.oveo.org