Bonjour Marie,
Et be, vous vous êtes mises dans de beaux draps ;-) Je veux dire
par là que le sujet de la péridurale, donc de la douleur, donc de la
souffrance, est le plus difficile à aborder qui soit en périnat.
Réaction de la plupart des gens, dont la mienne il fut un temps :
mais pourquoi souffrir puisqu'il y a la péridurale ? Très difficile
de répondre à cette question.
Les réponses dépendront beaucoup du temps de parole que vous aurez.
Perso je vois les réponses dans l'ordre suivant.
1) Parlons donc de la souffrance. Qu'est-ce qui conduit à la souffrance ?
Pourquoi croyons-nous que accoucher est synonyme de souffrance ?
Je pense que la racine fondamentale est culturelle. Bien que nous
soyons au 21e siècle, dans une société technologique et électronique,
une grande partie de notre culture repose sur le chirstianisme et
les religions qui en ont sont issues. Dans l'une de ces religions le corps
fut maudit (conséquence : hygiène déplorable). Les femmes devaient
payer le prix du pêché originel dans les douleurs de l'accouchement
à la façon d'une rédemption. Tout cela implique un état d'esprit
passif et soumis à la souffrance perçue comme inéluctable. A cela
s'ajoute une mortalité ancienne très élevée due en grande partie
au manque d'hygiène, à la malnutrition, peut-être à certaines
pratiques des matrones, et peut-être bien aussi à la peur de cette
"malédiction" divine ... Perso je crois à la malédiction, ce n'est
rien d'autre que la méthode coué, parfois mise en scène pour pousser
à la roue, et ça marche très bien. Comment diable une femme pourrait-elle
accoucher, donner la vie, sans peur et sans souffrance si on lui
lave le cerveau depuis sa naissance avec le prix du péché de chair et
la souffrance de la rédemption ...
Tout ça parait loin, mais c'est encore là, dans ce que la
périnatalité est devenue. Les médecins se sont immiscés dans la
naissance, ils en ont pris possession. Il y a eu du pire, il y eu
du bien aussi. Mais sur le fond rien n'a changé. La médecine
se pose en sauveur des femmes en couche. L'état d'esprit est resté
le même qu'il y a des siècles. Les médecins sauvent les femmes
d'elles-mêmes, du péché, de la "nature" pour les athés, mais c'est
le même discours scientisé en réalité. Personne jusqu'à très récemment
ne s'etait mis à penser que les femmes n'avaient pas forcément besoin
d'être sauvées.
On retrouve cet état d'esprit dans les pratiques. Les femmes
sont rendues passives, elles n'agissent pas pendant l'accouchement,
sauf sur ordre. Elles sont allongées immobilisées. On les trifouille
sans leur demander l'autorisation, comme si parce qu'une femme
accouche la médecine avait soudain plein pouvoir sur son corps ...
parce que la médecine la sauve ... On retrouve dans des écrits médicaux
de médecins par ailleurs plutôt sympathiques des choses comme : tel
action rend la parturiente plus docile. Dans les années 50-60
il n'était pas rare que les femmes se fassent engueuler, qu'on
leur attache les pieds dans les étriers. Ca change lentement, mais
ça reste difficile.
Quelle est la première chose que fait un tortionnaire ? Il réduit
sa victime à l'impuissance, physiquement par des liens, mentalement
par l'humiliation. La comparaison peut paraitre très exagérée, pourtant
l'ingrédient de base est le même. Les femmes en couche sont réduites
à l'impuissance mentalement et physiquement. A partir de là la
souffrance arrive très vite.
Il y a donc deux causes principales de la souffrance. La douleur
en elle-même, à un certain seuil, sur une certraine durée, peut faire
basculer dans la souffrance. Et ça peut suffire bien sur, hélas.
Mais l'état d'impuissance mentale ou physique est un catalyseur
puissant qui baisse considérablement le seuil de douleur auquel vient
la souffrance. Je rejoins ce que disait Vanina, ces femmes viennent
en ne pensant que péridurale (on ne leur a donné aucune autre
alternative), dans un état d'esprit passif. Au moindre pépin ça
clache car elles n'ont aucun moyen ni physique ni mental de
gérer.
2) La grande "découverte" actuelle c'est de redonner possession de
leur esprit et de leur corps aux femmes en couche, de leur dire
que c'est elles qui sont actrices, de ne surtout pas intervenir
dans leurs déambulations, vocalisations, changements de position.
On est même obligé de faire un lavage de cerveau inverse en leur
affirmant leur potentiel pour leur redonner la confiance qu'elles
n'ont plus depuis des siècles et probablement des millénaires (car
ce n'est pas seulement catholique cette histoire). Ya du boulot !
Dans ce type de conditions où la femme est puissante (au contraire
d'impuissante, et je pèse les mots ;-)) on peut tenter de donner une
estimation chiffrée de la douleur : une frange de environ 10%
n'aura pas de douleur ou quasi rien, voire même du plaisir; une frange
de 10 à 15% aura des douleurs très sévères qui peuvent nécéssiter
une péridurale; et la majorité des femmes aura des douleurs costauds
mais gérables sans péridurale, c'est à dire ne conduisant pas à la souffrance.
Ce sont surement des chiffres préliminaires car le changement de l'état
d'esprit n'a pas encore atteint suffisament la population pour
que l'on puisse se rendre compte de l'impact global. Dans 2 siècles
peut-être ?...
3) Finalement on doit aussi parler bien sur des effets secondaires de
la péridurale.
- le premier c'est ce que disait Vanina, c'est que des fois ça rate,
et alors là bernique.
- ça diminue les contractions, d'où une rupture de la poche des eaux
systématique, souvent du syntocinon. Ce n'est pas forcement
une catastrophe, mais ça fait une naissance plus dure pour le bébé
qui n'est plus protége par le liquide de la poche des eaux.
- ca augmente les taux d'extraction instrumentales (par un facteur
1.5 à 4 selon les études et les établissements), surtout quand la
femme ne sent plus rien et ne parvient donc pas à pousser sur
commande. Les forceps augmentent à leur tour les taux d'épisiotomie
et de déchirures graves, ainsi que certains dommages craniens au bébé.
- Une partie des produits passent quand même dans le placenta, d'où
probablement cette constatation que les bébés nés sous péridurale
ont en moyenne plus de difficultés à têter que les autres (ils
sont un peu groggys quoi, mais pas tous, la mienne avait la forme).
- Effet secondaire dont on ne parle pas, c'est que la femme étant censée
ne pas souffrir ça incite les médecins à faire des actes tels que
forceps ou révision utérine (surtout avec la tarification à l'acte).
Peut-être que finalement on ne peut parler de ce sujet qu'avec
une infinie tendresse pour les femmes en couches. C'est important
de leur dire qu'elles peuvent être puissantes. C'est important de
leur dire aussi que l'accouchement n'est pas un défi, que demander
la péridurale parce qu'on bascule dans une souffrance destructrice
n'est pas un échec. Ca sert à ça la médecine, à soigner. Je vous laisse
trouver votre propre équilibre entre ces deux positions, difficile ...
Bon courage à vous,
Cécile L.
> Il est évident qu'actuellement, avec les protocoles qui ne laissent
> pas souvent la femme se mouvoir (monito en continu et les dernières
> recommandations du CNGOF ne vont pas facilité la tâche !), même si
> elle ne souhaite pas au départ avoir une péridurale, elle aura bien
> des difficultés à accompagner ses contractions et finira par la
> demander. En plus, la péridurale est vraiment présentée comme étant
> le seul moyen "anti-douleur"....alors qu'en réalité c'est un outil
> parmi d'autres...mais les "autres" ne sont pas évoqués : la
> déambulation, le bain chaud, le moyen de se positionner
> confortablement (debout, assis, accroupi, suspendu après une corde ou
> après le cou de son compagnon, le ballon, les massages de bien-être,
> la serviette chaude appliquée sur le périnée....l'homéopathie entre
> autres).
> C'est le choix qui n'est pas proposé aux femmes/couples et le
> problème est bien là....tout est encadré, tout est "protocolisé",tout
> est dirigé afin que cette péridurale, en fin de compte, soit réclamée
> par la femme...il faudrait que les soignants reprennent un rôle
> d'accompagnant et non d'interventionniste systématique. Il suffit
> très souvent d'être à l'écoute de la femme en travail, d'être là tout
> simplement, afin d'accompagner et non d'imposer, avoir confiance dans
> le savoir-faire de la femme et cette dernière sait très ce qu'il faut
> faire...
> Chantal
>
> ----- Original Message -----
> From: Vanina Goetgheluck
> To:
Re-Co-Naissances@...
> Sent: Saturday, December 22, 2007 2:24 PM
> Subject: RE: [Re-Co-Naissances] recherche informations sur la péridurale
>
>
>
> Bonjour Marie
>
> J'imagine que de nombreuses personnes vous donneront tous les
> chiffres nécessaires, mais moi, ce que j'aimerais évoquer, c'est la
> question du choix.
>
> En effet, la plupart du temps, quand une femme, lors du RdV avec
> l'anesthésiste, dit qu'elle aimerait se passer de péridurale, elle
> n'est pas bien accueillie !! On lui dit plein de choses agréables
> comme « vous voulez vraiment accoucher comme une bête ? » ou alors «
> et vous allez effrayer votre mari avec vos hurlements et vos
> gesticulations ? ». Alors, souvent, la femme finit par être
> convaincue que la péridurale est la seule issue.
>
> Mais là, cela se complique. la future maman est donc décidée à
> demander une péridurale. Mais qui lui dira que, si elle a une légère
> fièvre, on ne lui administrera pas de péridurale ? Qui lui dira qu'il
> arrive que la péridurale ne « fonctionne » que d'un côté ? Et qui lui
> dira que, peut-être, l'anesthésiste sera trop occupé ailleurs, ou que
> c'est « trop tard », etc.
>
> Voilà donc des femmes qui, persuadées d'avoir cette péridurale,
> n'envisage rien d'autre et n'auront pas d'alternatives le Jour J. Je
> pense que là, il y a un véritable piège pour elles, vous ne pensez
> pas ?
>
>
>
> Quand, en tant qu'Accompagnante Périnatale, j'encourage les futures
> mamans à suivre une préparation à l'accouchement, je m'adresse autant
> à celles qui ont envisagé d'accoucher sans péridurale qu'à celles qui
> optent pour cette anesthésie.
>
>
>
> Voilà ma participation à votre demande, en toute amitié.
>
>
>
> Joyeuses Fêtes à tous !!!
>
>
>
> Vanina GOETGHELUCK
>
> 13 400 AUBAGNE
>
> Tel: 06 07 61 66 03
>
>
>
>
>
>
> ------------------------------------------------------------------------------
>
> De :
Re-Co-Naissances@...
> [mailto:
Re-Co-Naissances@...] De la part de mariegassiot
> Envoyé : vendredi 21 décembre 2007 20:24
> À :
Re-Co-Naissances@...
> Objet : [Re-Co-Naissances] recherche informations sur la péridurale
>
>
>
> bonjour,
> je m'appelle Marie Gassiot et je suis présidente d'une
> association "bien naitre" à Nantes. biennaitre.canalblog.com
> Une membre de l'asso et moi devons participer à une émission de radio
> (local !!) courant janvier avec pour thème :
> "Accoucher sans péridurale : plaisir folie ou masochisme ?"
> Notre propos est de faire savoir au plus grand nombre que l'on peut
> accoucher sans péridurale (malgrès ce que veulent nous faire croire bcp
> de gens), que c'est non seulement possible mais que c'est en plus une
> aventure extraordinnaire.
> Le problème c'est que je ne suis qu'une maman et que je manque
> d'info "objectives", "chiffrées"....recevables par un journaliste peu
> au fait de la question.
> Pouvez vous m'orienter ?
> merci bcp
> Marie
>
>
>
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