Cet article m'a été inspiré par le message cité au bas de celui-ci, diffusé le
26 décembre sur la [lettre-périnatalité]:
"Maisons de naissance et dérive sectaire"
http://fr.groups.yahoo.com/group/lettre-perinatalite/message/1118
Il concerne le rapport Fenech-Vuilque :
"Commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire
et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des
mineurs"
http://www.assemblee-nationale.fr/12/pdf/rap-enq/r3507-rapport.pdf
Voici quelques réflexions.
La rhétorique de l'infiltration
Il me paraît important d'attirer l'attention sur l'effet délétère des
accusations "d'infiltration" ou de "dérive sectaire" lancées à l'encontre de
groupes de personnes ou de projets sous-tendus par des idées nouvelles -
minoritaires face au rouleau compresseur médiatique. Cette technique de
manipulation fonctionne à merveille, puisqu'il est par définition impossible
d'étayer son accusation, l'idée d'infiltration impliquant que moins on trouve
d'indices plus la suspicion est grande.
Dernier argument des personnes en panne de légitimité ou d'autorité, la
rhétorique de l'infiltration permet de clore d'avance tout débat contradictoire
sur un pied d'égalité. L'été dernier, pendant la préparation des Etats généraux
de la naissance 2006, nous avons eu droit à un joli concert de caquettements
dans ce registre. ;-)
Voici un cas parmi bien d'autres dans le rapport Fenech-Vuilque: page 37, le
site <http://majorite-sexuelle.org> est désigné comme un "l'un des sites
raëliens" alors qu'aucun indice, ni dans le texte ou le vocabulaire, les liens,
le code source des pages, ne jutifie une telle accusation. À supposer que les
enquêteurs aient eu des informations complémentaires sur ce site, ils ne les ont
pas communiquées dans le rapport. Or l'évocation de ce site sert à renforcer la
thèse (déjà vérifiée par des témoignages) que la secte de Vorilhon "Raël"
autoriserait ou encouragerait les relations sexuelles entre adultes et jeunes
adolescents. Cette thèse n'apparaît nulle part sur le site ni dans son extrait
mis en exergue dans le rapport. De fil en aiguille, on pourrait soupçonner Mme
Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche au Cevipof, dont l'ouvrage fait
office de référence chez les ados libertaires, d'appartenir aussi à cette
secte... et pourquoi pas d'encourager la pédophilie? Faudrait-il aussi demander
qu'elle se soumette à un test ADN au nom de la loi Sarkozy sur la sécurité
intérieure? Tout cela sans rien connaître de ses écrits et de ses engagements?
Je force volontairement le trait pour rappeler qu'il n'y a aucun garde-fou de
l'approximation à l'amalgame, de l'amalgame à la rumeur, et de la rumeur à la
dénonciation publique.
La légalité, une valeur universelle ?
Les rédacteurs du rapport parlementaire sur les mouvements à caractère sectaire
sont souvent tombés dans les pièges qu'ils entendaient dénoncer. Exemple :
l'assimilation maladroite, pages 61-63, de l'obligation vaccinale à une vérité
scientifique universelle, sans aucune comparaison avec la législation et les
données épidémiologiques des pays voisins. Faut-il interdire aux touristes
allemands, danois, espagnols, non soumis à cette obligation, de venir en France
?
Je crois qu'il y a matière à s'inquiéter pour le respect des libertés
fondamentales quand les auteurs d'une étude sur des sujets aussi graves se
croient dispensés de toute démarche intellectuelle rigoureuse. Sans aucune
sympathie pour les idées du député Christian Vanneste, j'ai trouvé pertinentes
la plupart des objections qui justifient son refus de signer le rapport (pages
201-203).
Dans le même registre, il me semble que la recommandation "d'imposer le principe
d'un contrôle médical obligatoire annuel PAR LA MEDECINE SCOLAIRE" aux enfants
placés sous le régime de l'instruction à domicile (page 59) bafouerait un droit
fondamental de la législation sanitaire (article L 1110-8 du CSP sur le libre
choix du praticien). Je crois pleinement fondé, enfin, le communiqué publié par
le Collectif Pour la Liberté d'Instruction soulignant l'inefficacité des
propositions liberticides de ce rapport dans la lutte contre les "écoles de
fait":
http://fr.cpli.eu/articles.php?lng=fr&pg=9
Une évolution plutôt encourageante
Au risque de choquer les âmes sensibles, je suis presque rassuré par le recours
aux arguments d'infiltration et de manipulation sectaire au chapitre de la
périnatalité (page 71). C'est le signe que les autres arguments - les seuls qui
pourraient avoir quelque crédibilité dans un débat digne de ce nom - ont été
épuisés. Autrement dit, la naissance, la périnatalité, ne sont plus enclavées
dans le champ sémantique de la médecine. Aujourd'hui on ne peut plus brandir
l'étandard de "la sécurité" pour justifier les usines à bébés ni fustiger les
pratiques des sages-femmes à domicile ou en maison de naissance, puisqu'aucune
étude épidémiologique n'est jamais venue à l'appui d'un tel argumentaire. Il
faut trouver autre chose. De même, les 70% de Françaises qui subissent encore
une épisiotomie à la naissance de leur premier enfant finiront bien par savoir
que ce n'est plus un acte médical (justifié par les données factuelles de la
science) mais un simple geste rituel inscrit dans les us et coutumes des
sages-femmes (et les programmes de formation de leurs écoles). :-(
Pendant le débat qui a suivi la présentation de la plateforme de propositions du
CIANE, le 9 décembre 2006, des sages-femmes ont convenu que, si seulement 10%
des femmes inscrites dans une maternité rédigeaient un projet de naissance -
comme les y encouragent les textes officiels - et si la majorité des
professionnels de santé décidaient de respecter l'article L1111-4 du Code de la
santé publique, par exemple en informant leurs patientes des risques d'un
déclenchement "de confort" (environ 10% des naissances en France), ce serait la
panique générale dans les services d'obstétrique. Une des rares usagères qui ait
osé aborder en toute naïveté la question du projet de naissance à l'Hôpital
Tenon a été redirigée vers un autre établissement. (S.L. est venue témoigner sur
place. Ecouter le "jeu de rôles" à partir de la page des enregistrements
référencée sur <http://www.ciane.info/article-4670455.html>)
On est donc passé de la naissance "acte médical" à la naissance "fait social",
ce qu'il conviendrait de saluer comme une première victoire si l'on pouvait
absoudre l'obscénité des statistiques précitées. Le combat pour améliorer ces
statistiques périnatales se situe aujourd'hui sur le terrain du social, du
culturel, du politique, là où tous les citoyens peuvent se mesurer à armes
égales. Mais quelles armes ?
Dépasser le stade de la dénonciation
Jusqu'ici j'ai parlé "d'infiltration" mais pas de "mouvements sectaires" ni de
"dérives". Le rapport Fenech-Vuilque reconnaît qu'on a perdu "beaucoup de temps
et d'énergie intellectuelle", en France, à tenter de "définir la notion de
secte, pensant que cette définition était le préalable à toute politique
d'action, [...] à lister des groupes pouvant être classés comme sectes à
travers la définition de leur objet" (page 122). (Ce qui revenait à trier les
"bonnes" et les "mauvaises" en évitant de citer celles qui ont fait leur place
en tant que religions ?) Tout cela au détriment de la lutte contre les
"comportements sectaires".
Ces comportements ne sont pas l'apanage exclusif de groupes cultivant des
croyances religieuses. Le présupposé du rapport est que le développement
harmonieux d'un enfant et son accès à la citoyenneté impliquent l'éveil de sa
capacité d'abstraction et de son esprit critique, rendus impossibles par son
immersion "dans la certitude d'une vision unique du monde" (page 31). Je partage
entièrement ce point de vue, mais je m'étonne que l'analyse qui en découle se
focalise exclusivement sur les groupes (subjectivement perçus comme) marginaux.
Il n'y a aucune raison de feindre d'ignorer que les groupes dominants cherchent
aux aussi à imposer des formes de pensée unique qui garantissent la cohésion
sociale.
Le mouvement altermondialiste s'est construit sur une dénonciation de
l'hégémonie de la doctrine ultralibérale imposée comme seul modèle
"scientifique" de l'économie. Dans son ascension (il fut majoritaire dans
l'électorat français au moment du référendum sur le TCE) il a attiré vers lui
d'autres formes de pensée unique propagées par des idéologues intégristes ou des
régimes totalitaires. Ce qui montre que toute dénonciation est contreproductive
quand elle ne sert pas de nouveaux outils pour affiner la pensée critique. Je
vais essayer de développer ce point à partir des réactions suscitées par le
rapport Fenech-Vuilque.
Pensée unique en obstétrique
Dans le domaine médical, la pensée unique peut s'immiscer dans un consensus (cf
les conférences du même nom) visant à gommer toute trace de controverse ou de
débat scientifique. Les praticiens de santé doivent s'appuyer sur des règles de
bonne pratique et les équipes médicales ont besoin de protocoles pour intervenir
dans l'urgence. En obstétrique, la pensée unique qui domine le modèle français
consiste à poser comme principe que tout accouchement est pathologique jusqu'à
preuve du contraire. L'urgence est la norme, de sorte que la seule manière de
minimiser le risque (médical et juridique) réside dans l'application de
protocoles, au détriment de l'écoute et de l'accompagnement des parturientes.
Le groupe de travail de la Haute Autorité de Santé chargé de rédiger des
recommandations de pratique clinique autour de la "grossesse physiologique"
ouvre, à mon avis, une brèche dans ce mur de la pensée unique, ce qui explique
peut-être la rudesse des discussions... On peut suivre la progression du débat à
travers l'évolution de l'intitulé de cette RPC: à l'origine (24/5/2005, sur
proposition du CNGOF) "Critères de sélection des grossesses à bas risque",
renommée, à la demande du Comité technique périnatalité de la HAS, "Définition
de la grossesse physiologique et critères d'orientation des femmes enceintes".
Il serait maintenant question, après la réunion du 21/11/2006, d'adopter
l'intitulé "Suivi des grossesses et repérage des situations à risque" qui ose
enfin exprimer clairement que l'urgence n'est plus le seul point de référence et
que les femmes enceintes ont besoin d'un suivi de grossesse plutôt que d'une
"orientation" (comme dans un triage de marchandises). Voilà une approche qui, si
elle se confirme, pourrait constituer une ouverture vers la diversité des formes
de suivi ou d'offre de soins (pôle physiologique, plateau technique, maison de
naissance, accouchement à domicile), un leitmotiv de la politique périnatale au
Royaume-Uni.
Pensée unique et "package alternatif"
Un comportement sectaire peut s'immiscer dans toute forme de vie sociale à
partir du moment où celle-ci n'est plus structurée par une hiérarchie de
compétences techniques. C'est inévitable dans le domaine de la périnatalité, en
raison de l'ouverture sur la diversité que je viens de saluer. La mauvaise
compréhension des enjeux de cette ouverture pourrait expliquer, sinon excuser,
les réactions corporatistes face à l'apparition des doulas, ou contre les
initiatives des usagers en matière de démocratie sanitaire :
http://www.ciane.info/article-3872218.html
http://www.quellenaissancedemain.info/images/stories/presse/communique.pdf
Là où le pouvoir médical s'efface, il libère un espace de prise de pouvoir qui
peut être occupé par d'autres, à commenser par les thérapies "alternatives" vu
que l'empreinte médicale reste prédominante sur la périnatalité. En remplacement
de la pensée unique du corps médical, il s'est construit une pensée unique dans
laquelle coexistent des croyances disparates. L'amalgame est possible, quelles
que soient les contradictions logiques, à partir du moment où le "liant"
principal du package alternatif est la réfutation de tout esprit critique,
réduit au "cartésianisme" par souci de simplification. Ainsi on peut faire
cohabiter une théorie qui prétend qu'il n'y a aucun lien entre VIH et sida
(Peter H. Duesberg) avec une autre qui affirme que le VIH n'existe pas (Stefan
Lanka) :
http://yarchive.net/med/aids_heresies.html
http://www.righto.com/theories/nohiv.html
Les contradictions ou réfutations par les faits observés sont "digérées",
assimilées au corpus de croyances pour éviter tout effondrement des repères dont
les croyants ont besoin pour préserver leur statut - autrement dit, la place des
leaders d'opinion, personnalités charismatiques ou "gourous". Je trouve
qu'Alison Lurie a brillamment exposé le problème dans son roman "Des amis
imaginaires", étonnant par son actualité, car, publié en 1967, il anticipait les
grandes impostures mystico-thérapeutiques de la fin du 20e siècle: Vorilhon
(Raël), Castaneda, Odier etc. Ce roman montre tout simplement qu'on n'a rien
inventé de nouveau et que le New Age est presque aussi vieux que le monde... Les
lettres hallucinantes publiées par Biocontact (N°143) en janvier 2005, suite à
la mort de Mark Griffiths, gourou du sida-négationnisme, en sont la preuve
affligeante.
Lutte contre les sectes ou protection du "médicalement correct" ?
Il est intéressant que le rapport Fenech-Vuilque ne se soit pas limité aux
formes de manipulation "classiques": scientologie, Témoins de Jéhovah, ni à
l'exemple de Tabitha's Place - scandaleusement surinterprété, par paresse
intellectuelle et recherche de sensationnalisme. Il y est question de décodage
biologique, de rebirth (sans oublier la "thérapie intra-utérine"), de
bio-psychogénéalogie, de faux souvenirs induits, d'enfants indigo (y compris les
"enfants étoiles" des anthroposophes), de communication facilitée... Au
chapitre de "l'enfant artefact" (page 70) on reconnaît enfin la connivence entre
OMAEP, ANEP et Fraternité Blanche Universelle, reconnaissance étayée par la
lecture d'Aïvanhov que j'avais signalée fin 2003 :
"Infiltration de mouvements religieux dans le milieu naissance-périnatalité"
http://bioethics.ws/society/religion/omaep/infiltration.htm
Mais la lucidité de ces observations est de courte portée. En effet, les
parlementaires mandatés pour proposer de nouvelles dispositions dans la lutte
contre les sectes ont saisi l'occasion pour régler d'autres comptes. Une lecture
attentive du rapport permet en effet d'observer un glissement sémantique
annonciateur d'un agenda qui n'a plus grand chose à voir avec son titre.
On apprend pour commencer (page 22) que les sectes auraient tendance à se
disperser en "groupuscules de vingt personnes au plus". Autrement dit, l'ennemi
est partout, attention à vos colocataires et aux familles nombreuses ! (Voilà
qui rappellera aux plus âgés des moments sombres de notre histoire. Je crains
que nous ne soyons de nouveau dans un moment sombre si nous n'exerçons pas notre
vigilance en gardant les pieds sur terre et la tête froide.)
Puis les enquêteurs - qui visiblement se sont contentés d'aller prendre "une
tasse de thé ou de maté et des biscuits" à Tabitha's Place (page 13), mais il
fallait bien justifier les frais de mission par une "enquête de terrain" -
découvrent que les enfants élevés en milieu sectaire ne bénéficient pas des
bienfaits de la vie moderne: obligation vaccinale, scolarisation, références
culturelles (Zidane et les Rolling Stones...) etc. Élevé dans un pays étranger -
une secte d'un milliard d'habitants - mon fils nous a avoué récemment qu'il
avait été la risée du collège car il était arrivé en cinquième sans avoir jamais
entendu parler de Napoléon Bonaparte !
Un témoignage plus inquiétant (page 40) révèle que les enfants de Tabitha's
Place sont aussi victimes de châtiments corporels. Puisque la protection de
l'enfance est, à juste titre, le principal souci des rapporteurs, il serait
judicieux de se demander si cette violence éducative est le seul résultat d'une
vie "en vase clos", ou si au contraire elle ne fait que refléter une tendance
générale à réhabiliter la "pédagogie noire" (selon le terme d'Alice Miller) en
réaction à la "permissivité" et au "laxisme" de l'éducation "soixante-huitarde".
Autrement dit, les "valeurs" de soumission inconditionnelle à l'autorité, que
cultivent les mouvements sectaires - à commencer par les extrêmistes religieux
qui ne fonctionnent pas en vase clos mais bénéficient de la même impunité - ne
sont-elles pas "distillées" par la culture même dont on reproche à quelques
illuminés de vouloir s'isoler ?
Le glissement sémantique se poursuit par une attaque frontale contre les
thérapies alternatives. Puisque les sectes se sont pour la plupart diluées en
"groupuscules", puisqu'elles participent à une défiance envers la médecine
allopathique au bénéfice de thérapeutes qui jouissent d'une aura charismatique,
il devient facile de décréter l'équivalence entre secte et n'importe quelle
technique "de développement personnel" qui se targue de contribuer à
l'amélioration de la santé sans que l'industrie pharmaceutique ne touche de
dividendes. (Ne pas oublier la très forte présence du lobby pharmaceutique parmi
nos élus !)
Il était important, comme nous l'avons vu plus haut, de tirer la sonnette
d'alarme sur l'utilisation de certaines techniques aux fins de manipulation.
Mais les auteurs du rapport vont bien plus loin en n'hésitant pas à dresser une
liste de "tous les procédés censés apporter du bien-être" en concurrence avec
les pratiques de psychothérapie officiellement reconnues. Ces procédés sont
qualifiés de potentiellement dangereux - principe de précaution oblige.
L'artefact qui aboutit à une liste quasiment exhaustive (pages 171-173) est que
les personnes qui en vivent se sont longtemps déclarées en libéral dans la
branche professionnelle des "psychothérapeutes" pour laquelle n'existait,
jusqu'en 2004, aucune régulation. Certes, il est souligné (page 170) que cette
autoqualification peut leur ouvrir les portes d'interventions lucratives dans le
cadre de la formation professionnelle, en concurrence donc avec des
professionnels armés de diplômes officiels. Il est aussi permis de s'insurger
contre l'usage abusif du qualificatif "thérapie" en association avec tout ce qui
peut "faire du bien" au corps ou au psychisme. Mais où est le rapport avec les
sectes ? Quand on trouve sur cette même liste les "massages de bébé", la
"préparation affective à la naissance" et les "ateliers d'écriture" ?
Une des mesures proposées (page 173) est "l'évaluation de ces techniques par les
pouvoirs publics"... Retour magnifique d'une pensée unique qui, il y a quelques
mois (loi n° 2006-11 du 5 janvier 2006 d'orientation agricole) s'essayait à
interdire toute publicité ou recommandation de produits "non homologués" comme
le purin d'orties ! Imaginons, pour rire, une brigade d'inspecteurs mandatés
par la DGS débarquant dans un stage de Tai Chi Chuan ou de Tantra (pris au
hasard page 173) pour "mesurer" l'efficacité de ces pratiques !
Où sont les sectes ?
Serait-il donc plus dangereux d'inscrire un adolescent à un stage de méditation
Zen ou à un atelier d'écriture, que de le laisser se joindre à un groupe de
hooligans sur les tribunes d'un stade ? Le hooliganisme n'est-il pas un
comportement sectaire caractérisé, destructeur de l'intégrité psychique de ses
adeptes quand ce n'est pas de vies humaines ? Pourquoi n'est-il pas cité dans
ce rapport ? Serait-ce parce qu'il est le produit de cette société lisse et
consensuelle que l'on voudrait expurger de toute déviance venue "de l'extérieur"
? Une "secte" de 60 millions de bien-pensants que les pouvoirs publics auront
pour mission de protéger en vérifiant la conformité de tous leurs actes avec des
protocoles érigés par les experts: naissance hypermédicalisée, dépistage précoce
des déviances, pédagogie standardisée, fichage systématique, surveillance
policière, etc. jusqu'à la mort en unité de soins intensifs ?
Les carences de ce rapport sont inquiétantes. Alors qu'il y aurait beaucoup de
travail à faire sur le fond, afin d'éveiller et de revaloriser cet esprit
critique qui, si l'on en croit les auteurs du rapport, ne ferait défaut que chez
les enfants prisonniers de mouvements sectaires.
À aucun moment les parlementaires ne se sont interrogés sur les philosophies,
systèmes de croyances et visions du monde qui circulent entre citoyens instruits
dans des établissements scolaires contrôlés par l'Etat, actifs
professionnellement ou inscrits à l'ANPE, vaccinés et exposés à la "réalité du
monde" - avec un bonus pour les abonnés aux chaînes cryptées - bref, des gens
normaux qui seraient les premiers surpris de s'entendre dire qu'ils ont adopté
un comportement sectaire. Pas un mot sur la négation du hasard (retour en force
de la superstition), le fatalisme karmique (alors que l'Intelligent Design
domine la culture nord-américaine) et la pensée magique ("mieux vaut être dans
l'erreur que dans l'incertitude") qui constituent le fond de commerce
inépuisable des nouveaux marchands de vérité.
Retour critique sur la périnatalité
Il est certes regrettable que les insinuations d'infiltration sectaire servent à
repousser aux calendes grecques les projets de maison de naissance, ou à
combattre des pratiques (validées scientifiquement) plus respectueuses de la
physiologie de l'accouchement et des choix des parents. Mais ne tendons-nous pas
le bâton pour nous faire battre en n'utilisant l'esprit critique que pour
dénoncer les incohérences de l'obstétrique productiviste ? Si nous n'avons rien
d'autre à lui substituer que du "médical alternatif", où se situe l'autonomie
des parents et des femmes enceintes ? C'est la question qui était posée en
préambule de l'atelier 20 aux Etats généraux de la naissance :
http://www.quellenaissancedemain.info/ateliers/presentation_des_ateliers/alterna\
tives.html
Le débat de cet atelier, et les quelques mises au point publiées par la suite
sur la liste [egn2006]
http://fr.groups.yahoo.com/group/egn2006/message/7
laissent supposer que la critique des thérapies non-conventionnelles n'est pas
encore d'actualité, la majorité des participants s'étant positionnés comme des
clients satisfaits ou des défenseurs inconditionnels du "package alternatif".
Par ailleurs, la lecture de la transcription intégrale de l'atelier 14 :
"Influences à long terme des conditions de la naissance et de la vie in-utero"
http://www.quellenaissancedemain.info/content/view/181/131/
et l'absence d'examen critique des propositions des intervenants et
participants, me donnent l'impression désagréable d'un retour à l'époque où
l'Association nationale d'éducation prénatale (faux-nez, je le rappelle, de la
secte d'Aïvanhov) avait pignon sur rue dans le monde de l'éducation et de la
recherche en France :
http://nouvellescles.com/article.php3?id_article=799
J'espère que ces commentaires susciteront quelques réactions. Ce n'est pas le
moment de s'endormir !
Merci de ne pas copier d'extraits de ce texte sans en mentionner la source :
http://fr.groups.yahoo.com/group/Re-Co-Naissances/message/4335
Bernard Bel
Auteur de "Cultural facets of medical power", in (Bel, Brouwer, Das,
Parthasarathi, eds.) "Communication Processes, 2: The Social and the Symbolic".
New Delhi/London: Sage, 2006, à paraître, p.79-120.
Secrétaire de l'AFAR <http://afar.info>
Collectif interassociatif autour de la naissance <http://ciane.info>
Webmaster du portail « Naissance » <http://naissance.ws>
Semaine Mondiale pour l'Accouchement Respecté
World Respected Childbirth Week
7-13 mai 2007
http://smar.info
------
Bonsoir,
Le 19 Décembre 2006, la "commission d'enquête relative à l'influence des
mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la
santé physique et mentale des mineurs" a rendu public son rapport.
Une partie me semble mettre en danger la liberté des mamans à choisir un
accouchement dé- ou peu médicalisé, notament en maisons de naissance,
sous-entendant fortement une relation malsaine entre maisons de naissance et
sectes :
Je vous colle quelques passages qui me semblent importants :
Au cours de son audition devant la commission d'enquête, M. Didier Houssin (3) a
présenté le dispositif de vigilance mis en place par son ministère afin de
protéger le domaine de la naissance d'éventuelles dérives sectaires, notamment
en ce qui concerne la préparation à la naissance et les maisons de naissance
« Il s'agit d'abord, dans le cadre de la préparation à la naissance, de la mise
en oeuvre, à partir de 2007, d'un entretien supplémentaire, au quatrième mois,
individuel ou en couple. Cet entretien est destiné à dépister les vulnérabilités
psychologiques des futures mères. La réalisation, actuellement en cours, d'un
référentiel de formation pour l'exercice de cet entretien a été confiée à la
Société française de médecine périnatale. »
Elle constate que « la périnatalité est l'objet de programmes de formation dont
certains acteurs sont manifestement nourris d'idéologie sectaire » et rapporte
les cas « d'une sage-femme libérale diffusant des vidéos sur la mort foetale
lors de préparations à la naissance, ou de telle autre, qui par le rejet des
pratiques conventionnelles, refuse de pratiquer les examens de suivi de la
grossesse
Les autorités sanitaires répondent ainsi aux inquiétudes qu'avait pu susciter le
projet d'expérimentation de maisons de naissance prévue dans le plan «
périnatalité 2005-2007 » lancé par le ministère de la santé et des solidarités.
Il est à relever qu'en Belgique, les autorités ont, en avril 2005, lancé des
actions d'information sur les risques d'infiltration sectaire parmi les
personnels travaillant dans les maisons de naissance
Seules les maisons de naissance et les sages-femmes libérales sont montrées du
doigt comme pouvant être infiltrées par des mouvements sectaires ; quid des
personnels de maternité publiques ou privée ?
Cela crée une confusion dans l'esprit du public qui aura tendance à faire le
rapprochement maisons de naissance ou aad = secte.
Le rapport dans son intégralité est disponible ici :
http://www.assemblee-nationale.fr/12/pdf/rap-enq/r3507-rapport.pdf
Je suis déçue de voir, qu'au lieu de valoriser ces projets et d'y apporter tout
le soutien dont ils ont besoin, les parlementaires font preuve d"une
méconnaissance profonde du fonctionnement des maisons de naissance, et d'un
mépris certain des sages-femmes libérales et des femmes ne désirant pas vivre
de grossesses et d'accouchements ultra-médicalisés.
Cordialement,
Mylène Bressan
matrae@...
ps : je précise, je ne suis à priori enrôlée dans aucun mouvement sectaire, je
suis simplement une maman désirant ardement que toutes les femmes puissent avoir
la liberté de choisir la façon de mettre au monde leurs petits :-D