Les parois irrégulières du boyau sont constituées d'une espèce d'agglomérat de
sécrétion de poly-silicones métalliques sombres aussi dures que l'acier.
La galerie de section grossièrement circulaire fait environ deux mètres de
diamètre. Elle n'est éclairée que par de faibles radiations lumineuses émise par
des moisissures phosphorescentes qui jettent un voile fantomatique sur la peau
de Joenes. Le champ de vision ne porte qu'à quelques mètres. Le silence est
pesant et chaque pas résonne désagréablement.
L'instinct de l'ambrien est en alerte maximum comme celui d'une proie qui sait
que les prédateurs sont sur ses traces.
Le dôme, noyé dans la brume, est le sommet d'une sphère argentée parfaite qui
sort de terre et semble enchâssée dans la montagne comme si la structure était
antérieur à l'orogenèse. Il s'élève à plus d'une centaine de mètre au dessus du
sol. Sa surface lisse semble composée d'un métal liquide qui réfléchit le
paysage environnant mais pas Joenes.
L'ambrien tend la main.
Le contact avec le dôme est surprenant : la matière est chaude et douce comme la
peau d'une baleine. Elle coule sous la main de Joenes alors qu'il joue avec le
fluide. C'est alors que l'entité brise les barrages de sa psyché et submerge son
esprit de sensations : un exode de plusieurs millénaires à travers le vide d'un
espace trop long, la souffrance, le désespoir, le sacrifice… Et soudain une
marelle… Pas la Marelle d'Ambre… Mais un dessin inédit.
Joenes se retrouve allongé au milieu d'une coursive aux parois biomécaniques qui
ne sont pas sans rappeler les terriers de certaines araignées, en plus évolué.
Son sac est à portée de la main. Il n'y a aucune entrée apparente.
La chasse commence.
Le ciel de cette dernière nuit d'août est couvert d'épais nuages au-dessus du
manoir Xavier. L'air est lourd, presque irrespirable. Un orage menace du
sud-est. Des flashs de lumières zèbrent silencieusement les nues dans les
lointains.
Mimic, le plagieur de pouvoirs, récemment admis à l'Institut, survole doucement
un bosquet d'arbres dont les frondaisons abondantes dissimulent un sous-bois
ténébreux et accidenté. L'extraordinaire odorat qu'il tient du Fauve et de
Wolverine perçoit l'odeur bestiale qui émane du corps mutant de ce dernier mais
son exceptionnelle vision nocturne ne parvient pas à le discerner dans
l'obscurité du taillis ombrageux, savamment entretenu par les élèves de
L'Institut sous les conseils du Docteur MacCoy. Les effluves transportent un
message inquiétant : un mélange d'adrénaline, de testostérone et autres hormones
naturelles de combat, distribuées au rythme du cœur bradycarde d'un guerrier zen
qui se prépare à la bataille. La Bête aux aguets attend, immobile, invisible,
prêt à bondir.
L'inconnue dort profondément tandis que le camping-car s'enfonce en Ombre,
traversant sur une longue autoroute jeté entre les mondes, des paysages
fantastiques, très différents les uns des autres : un bord de mer tempétueux, un
bocage humide peuplé de scarabées géants, une prairie sèche au ciel rouge comme
le sang, une steppe équatoriale aux herbes chantantes, une jungle tropicale
silencieuse… La marche en avant semble d'autant plus facile que Joenes se
concentre sur les singularités de la jeune femme : les traits, les courbes et la
respiration de la belle au bois dormant forment comme une carte routière qui
semble conduire l'ambrien vers une destination précise. De plus en plus souvent,
il trouve dans la définition des ombres qu'il traverse des caractères propres à
l'inconnue, des concepts inédits, du jamais vu, qui lui murmure qu'il approche
de quelque chose d'important.
Après deux jours, Joenes doit se rendre à l'évidence, sa nymphe est tombée dans
un coma profond. Il est obligé de la mettre sous perfusion pour éviter qu'elle
ne dépérisse. Il lui faut 10 jours pour atteindre le bout de l'autoroute puis
encore 3 jours à rouler sur de petites pistes sauvages avant de toucher ce qui
lui semble être un but.
Le camping-car passe sous une arche de pierre de style néolithique gravée qui
n'est pas sans rappeler les portes de Stonehenge et entre, sur une petite sente,
dans une vallée noyée dans le brouillard. Au milieu de ce nulle part, la piste
s'arrête devant un dôme chromé aux dimensions cyclopéennes aux proportions
parfaites qui semble n'être que la partie supérieur d'un édifice enterré et qui
barre complètement la vallée.
A l'arrière du véhicule, la jeune femme n'est plus là.