Le scénario du vote blanc
La liste définitive des candidats à l'élection présidentielle venait
d'être arrêtée. 20 candidats vont briguer la magistrature suprême.
Le nouveau scénario est simple. Apparemment, les juristes qui l'ont
imaginé ne manquent pas d'humour !
En fait, le scénario consiste à mettre en doute la
constitutionnalité de l'ordonnance interdisant aux présidents et aux
membres du CMJD et du gouvernement de prendre part aux élections
organisées durant la période de transition. Les membres du CMJD
entichés à la morale et aux bonnes mœurs refusent les nouvelles
frasques et se tiennent plus à leur parole d'honneur qu'à autre
chose.
Ely convoque, comme d'habitude, ses juristes et leur demande de
fouiner dans la constitution pour trouver des arguties valables. Les
juristes s'adonnent au travail, mais au lieu d'examiner la
constitution en vigueur, ils puisent leurs arguments de la
constitution du 25 juin qui n'entrera en vigueur qu'après l'élection
du 25 mars. Emportés par des sentiments d'hilarité mitigée, les
juristes d'Ely vont s'agglutiner à l'article 26 de la constitution
nouvellement votée. Pour eux, les choses sont claires: le président
de la république ne peut être élu qu'à la majorité absolue, ce qui
signifie qu'en cas de deuxième tour, aucun candidat ne pourrait
l'emporter.
Ould Mohamed Vall est satisfait du travail de ses juristes. Le 27
janvier 2007, il convoqua d'urgence les maires fraîchement élus, les
leaders des partis politiques, les membres du CMJD présents à
Nouakchott, le corps diplomatique et la presse. Au palais des
conférences, il donne un discours fleuve où l'arabe et le français
vont s'alterner bon gré, mal gré. "Si l'obtention par un candidat
d'une majorité absolue au premier tour n'intervenait pas, les
électeurs peuvent donner une majorité absolue au deuxième tour.
S'ils ne veulent d'aucun des candidats, ils ont le droit,
conformément à la constitution, d'exprimer leur rejet par le vote
blanc, ou un vote de refus. Cela veut dire que si par le jeu du vote
blanc, vous ne désirez aucune de ces candidatures, ni au premier, ni
au deuxième tour, vous pouvez les refuser par votre vote blanc".
Cette fois-ci le président du CMJD s'est bien fait comprendre. Ould
Mohamed Vall vient de lancer un appel solennel au vote blanc. Il va
même jusqu'à donner à l'opinion publique les assurances qu'un tel
choix sera respecté par l'armée et les forces de sécurité.
"Je voudrais vous dire que quand vous aurez fait votre choix et
quel qu'il soit, que vous ayez élu un président au premier tour avec
une majorité absolue, que vous l'ayez élu au deuxième tour à une
majorité absolue, que vous ayez rejeté les uns et les autres, que
vous vous êtes ainsi inscrits dans une nouvelle logique politique,
dans une nouvelle perspective et qu'une autre élection ait été
convoquée pour que d'autres choix soient offerts aux Mauritaniens,
votre choix sera respecté par les Forces armées et de sécurité.
Elles seront avec vous, derrière vous et devant vous".
De ce coq-à-l'âne, l'idée principale qui se dégage est la suivante :
le colonel Ould Mohamed Vall veut que ceux qui vont suivre ses
conseils et ses idées se sentent à l'abri de toute menace d'où
quelle vienne.
Désormais, tous les candidats à l'élection présidentielle voient en
lui un concurrent déloyal. Ceux qui avaient décidé sans ambages de
s'embarquer avec lui( notabilités, cadres et intellectuels sans
principes) donnèrent le coup d'envoi d'une campagne pour le vote
neutre afin de barrer le chemin de la magistrature suprême à tous
les candidats. Ainsi, le président du CMJD, pourrait se porter lui-
même candidat à une élection présidentielle similaire à toutes
celles qu'organisait Ould Taya.
Cette sortie fort médiatisée va encore susciter des réactions
furieuses tant sur le plan national qu'international. Conséquences :
en moins de 24 heures, Ould Mohamed Vall va se renier. Il essaie
d'apaiser la situation. Ould Mohamed Vall abandonne sans coup férir
son entreprise qualifiée par beaucoup de "tentative de putsch
étouffée dans l'oeuf"
Dans la foulée, Ould Mohamed Vall convoqua Ahmed Ould Daddah pour
lui dire qu'il "prend désormais ses distances de tous les
candidats". Ahmed sort moralement abattu d'un entretien de deux
heures (quand il prend la parole, Ely ne peut plus se taire !).
L'attitude du président du CMJD surprend Ould Daddah. Pour lui, ce
n'est pas la suite logique des évènements. La rencontre se termine,
cependant, sur une petite note d'espoir : Ely s'engage à ne plus
donner l'ordre de voter Ould Cheikh Abdallahi et promet à Ould
Daddah de réunir la tribu Ewlad Bousbaa pour qu'elle lui apporte un
quelque soutien. Baba Ould Ahmed Youra, Ahmed Ould Hamza et Ould
Marrakchi organiseront en grande pompe une réunion au PK 28 sur la
route d'Akjout. Les invités, en grande partie des chauffeurs et des
taximen loués pour les besoins "d'une apparence majestueuse" n'ont
pas donné à l'évènement la dimension qu'on voulait lui coller. Mais
le RFD va propager pendant quelques jours la rumeur que l'on
sait : "la tribu Ewlade Besbaa soutient Ahmed Ould Daddah".La rumeur
s'estompe, le soutien présumé aussi. Les hommes Ewlad Besbaa, diront
plus tard que Baba Ould Ahmed Youra, Ahmed Ould Hamza et Ould
Marrakchi ne sont point mandatés pour parler en leur nom et que leur
soutien pour tel ou tel candidat ne se décide pas sous les tentes de
la complaisance.
A suivre……
Sylla L.G.