Le verdict est tombé comme un couperet, au cours de la traditionnelle prière de l'angelus, dimanche 9 juillet à Rome : « Au nom de l'Eglise de Rome, a tranché Jean Paul II, je ne peux pas ne pas exprimer l'amertume suite à l'affront fait au grand Jubilé de l'an 2000 et à l'offense faite aux valeurs chrétiennes d'une ville chère aux catholiques du monde entier ». Il a ajouté que « les actes homosexuels sont contraires à la loi naturelle ».
Cette intervention sans équivoque a provoqué la stupeur. « Décidément, tout dialogue est impossible avec le Vatican », a déploré Imma Battaglia, l'une des principales organisatrices de la World Gay Pride à l'origine de cette condamnation du pape.
CONVIVIALITÉ ET TOLÉRANCE
Pourtant, cette semaine de manifestations et de débats n'avait donné lieu à aucun incident ni interférence avec les manifestations du Jubilé, contrairement aux craintes du Vatican, qui avait jugé l'événement déplacé et provocateur. La grande parade homosexuelle de clôture, samedi, fut même une démonstration de convivialité et de tolérance. Réunissant environ 200 000 personnes, elle a pu se rendre jusqu'au Colisée, monument symbole des droits de l'homme, et s'achever en meeting sur le Circo Massimo, selon le parcours souhaité par les organisateurs. Soit, pour eux, une victoire inappréciable. Pour Imma Battaglia, « Rome est devenue plus belle, plus colorée, plus libre ».
Pratiquement inexistantes ont été les provocations envers l'Eglise. A peine quelques costumes de nonnes ou d'évêques, mais pas d'insultes ni d'obscénités. Seulement quelques inscriptions de dépit : « Je suis chrétien et je suis ici. Je suis ici parce que je suis chrétien. » Ou encore : « La haine et la discrimination ne peuvent être des valeurs chrétiennes. »
Se dissociant de sa hiérarchie, Don Vitaliano Della Sala, prêtre d'un village de Campanie, a pris la tête du cortège et regretté qu'en cette année de repentance et de réconciliation l'Eglise se fourvoie en excluant les homosexuels. Des dirigeants de gauche et différents partis communistes sont venus faire part de leur solidarité.
Le maire de Rome, Francesco Rutelli, qui avait retiré son parrainage à la manifestation, a été traité de « bouffon », tandis que le chef du gouvernement, Giuliano Amato, a été pris pour cible pour avoir jugé ce rassemblement « inopportun ». « Mieux vaut aimer qu'être Aimé » (« Meglio amare che essere Amato ») : ce jeu de mots a fait fureur sur le parcours, mais ce message d'amour n'a pas été entendu place Saint-Pierre.

