Déjà au premier rang pour le sucre, le café et le jus d'orange, le pays pourrait
devenir le premier producteur agricole mondial d'ici dix ans.
A n'en pas douter, le Brésil pèsera dans les discussions du G20 agricole qui se
tient les 22 et 23 juin à Paris. Et non comme nation émergente mais comme
puissance agro-exportatrice. Ce pays - le cinquième plus grand de la planète par
sa superficie -, qui était encore en 1975 importateur net de denrées agricoles,
pourrait devenir d'ici dix ans le premier producteur agricole mondial. Et il s'y
emploie, avec beaucoup d'énergie.
Ses performances dans le domaine agricole sont déjà impressionnantes : le Brésil
est le premier producteur et exportateur mondial de sucre, de café, de jus
d'orange, premier exportateur de boeuf, de soja, de tabac et deuxième
exportateur de poulets. Et ce alors même que les deux tiers de sa production
agricole va à la consommation intérieure. Il diffuse ses produits dans quelque
180 pays, la Chine étant aujourd'hui son premier partenaire commercial avec 14 %
de ses exportations (contre 3 % en 2000).
En 2020, le Brésil projette de fournir 44,5 % du marché mondial de la viande
bovine, et 48,1 % de celui de la volaille. Selon les prévisions établies par le
ministère de l'agriculture, les volumes exportés progresseraient d'ici à cette
échéance à un taux de croissance moyen annuel de 2 % à 5%, selon les familles de
produits. C'est comme si rien ne pouvait arrêter son développement agricole,
entamé dans les années 1960.
Le Brésil bénéficie d'une diversité de climats et d'écosystèmes permettant la
production de quasiment toutes les espèces végétales comestibles, celles du
monde tropical comme celle du monde tempéré. Son dynamisme agricole s'appuie sur
un mouvement continu d'expansion dans les zones de savane du centre et aux
marges de l'Amazonie. Il est aussi le fruit d'une mécanisation poussée et d'une
intensification de l'agriculture, appuyée sur les travaux d'un institut de
recherche agronomique, l'Embrapa, digne des grands instituts des pays
développés.
Depuis 1973, ont ainsi été créées de nouvelles variétés de cultures plus
productives et adaptées aux différents climats. La culture du soja qui, hier, ne
pouvait être développée que dans le sud, s'étend ainsi aujourd'hui jusque dans
la région du Tocantins, au coeur du pays. Elle est désormais à 72 %
transgénique.
Les OGM ne posent pas plus de cas de conscience que cela aux Brésiliens. "
Lorsqu'il pleut au Brésil, on ne peut pas combattre les insectes et mettre des
pesticides. Avec des cultures transgéniques, nous ne sommes pas contraints
d'attendre une fenêtre de tir sans pluie ", explique Derli Dossa, directeur de
la stratégie au ministère de l'agriculture. Depuis quatre ans, le soja mais
aussi le maïs transgénique sont ainsi autorisés.
Sur leurs vastes exploitations, notamment au Mato Grosso où il n'y a pas
d'hiver, les Brésiliens se mettent à développer des systèmes de doubles récoltes
(la culture du soja précédant celle du maïs, par exemple) intégrant de
l'élevage. " Nous évitons de cette façon le déboisement en intensifiant la
culture des terres déjà utilisées ", relève Mauricio Antonio Lopes, directeur de
l'Embrapa. Le Brésil n'est cependant pas sans contradictions. Affirmant vouloir
développer une agriculture durable, il n'en est pas moins un des champions de
l'usage des pesticides.
35 % du territoire
A côté de ces grandes exploitations s'étendant sur des centaines, voire des
milliers d'hectares, le Brésil compte 4 millions de fermes familiales,
lesquelles fournissent 70 % de la production consommée dans le pays. Mais qui
dit petite exploitation peut aussi dire production intensive. En survolant la
région d'Itaipu et ses fermes de 10 à 50 hectares, on découvre des séries de
longs toits rouges couvrant de vastes porcheries et poulaillers. Car au Brésil,
si les boeufs paissent sur de grands espaces, la production de porcs et de
poulets est, elle, intensive.
En à peine vingt ans, le Brésil a accru sa productivité agricole de plus 141 %.
Sur la seule décennie 1990-2000, sa production a été multipliée par deux et
demi, alors que sa surface cultivée n'augmentait " que " de 30 %. Les cultures
agricoles occupent aujourd'hui 35 % du territoire. Mais le pays recèle encore
quelques réserves de terres. Au cours des dix prochaines années, les Brésiliens
entendent mettre à profit un potentiel de 12 millions d'hectares de terres
cultivables au croisement de quatre régions dans le centre du pays, le Maranhao
sud, le Tocantins nord, le Piaui sud et Bahia nord-est. Un espace disposant de
ressources en eau et proche des ports de la côte est. Il y manque encore des
infrastructures, mais des projets de développement du transport ferroviaire et
fluvial sont à l'étude.
Reste que, aujourd'hui, 85 % du revenu agricole est réalisé par moins de 410 000
exploitations. Tout à la base, 1 300 000 fermes de moins de dix hectares
survivent. Une réalité qui pose une question cruciale : le Brésil peut-il
prétendre devenir premier producteur mondial de denrées alimentaires et laisser
l'exode rural se renforcer, avec le risque de voir la pauvreté se concentrer
dans les villes ?
Laetitia Van Eeckhout
Source : http://www.lemonde.fr/