Iran : Vraies nouvelles fraîches du front
iran-resist.org
23.06.2009
Si l’on en croit certains medias, journalistes ou politiciens français, il y
aurait de petits affrontements en Iran, principalement à Téhéran et uniquement
entre des partisans de deux clans rivaux. Etrangement, alors que tous les médias
français évitent les mot révolution ou insurrection, ils parlent aussi d’une
mobilisation massive des Pasdaran pour mater le mouvement. En fait, il faut
oublier cette désinformation, voici des vraies nouvelles fraîches du front.
Le régime des mollahs a annoncé en début d’après-midi qu’il avait opté pour un
bain de sang. Nous avons alors été submergés de courriels : ceux qui nous ont
écrit le savent déjà : cette annonce avait pour but de cacher les premières
fissures dans l’appareil de répression du régime.
En effet, hier nous avons appris que 48 heures plus tôt, samedi, à l’heure où
3,000,000 d’Iraniens avaient défié le mot d’ordre de Khamenei, c’est-à-dire
celui du régime, pour descendre dans les rues, il y avait eu un large mouvement
de désobéissance dans les forces de répression du régime, en particulier au sein
des Pasdaran, milice qui comprend aussi les forces anti-émeutes de Bassidj.
Dans la journée de Samedi, les miliciens Pasdaran de 2 casernes de Téhéran,
celle de Farmânieh dans le nord-est de la Capitale et celle de Tôhid située près
du quartier de Jamshidieh (qui est un gros foyer de contestation nocturne)
avaient remis leurs armes et leurs uniformes à leurs commandants, annonçant
ainsi leur refus de prendre part aux assauts. Parallèlement, on rapporte que les
appelés de l’Armée qui étaient sélectionnés pour renforcer les troupes de
Bassidj avaient collectivement déserté en s’enfuyant vers la province.
C’est donc une milice affaiblie qui était descendue en rangs dispersés dans les
rues de Téhéran ce samedi face à la foule. Le régime avait pourtant annoncé le
contraire faisant état d’un dispositif lourd et des renforts nationaux.
Rétrospectivement, on peut affirmer que le régime a essayé de faire peur afin de
dissuader les Iraniens de sortir dans les rues pour contester sa légitimité.
Un peu plus tard ce même samedi, le Général-milicien Ali Fazli, ex-n°2 du
commandement général des Pasdaran et actuel commandant des Pasdaran, de l’armée
et de Bassidj de la région de Téhéran avait refusé de faire intervenir ses
troupes présents dans les rues contre les manifestants. S’il avait suivi les
ordres qu’il avait reçus la veille, on n’aurait pas eu droit à 150 morts mais 20
fois plus.
C’est à l’heure où Ali Fazli, héros de la guerre Iran-Irak a été destitué ce
lundi que le régime a fait état de sa détermination de résister quitte à faire
un bain de sang (qu’il avait projeté pour samedi dernier). On est toujours dans
le domaine des menaces. Cela pourrait cacher d’autres désistements au sein des
Pasdaran. Ceci explique peut-être le changement de tactique des Pasdaran qui ont
abandonné la poursuite des manifestants pour privilégier la création des
concentrations de troupes qui cachent leur désorganisation interne, mais aussi
implantent la terreur dans les quartiers résidentiels où naissaient les flots de
manifestants.
Cela a empêché hier la formation des manifestations impressionnantes des jours
précédents aux abords de la Place de la Révolution, mais il y a néanmoins une
marche dont voici quelques images et encore et toujours des tirs et des blessés
et 200 arrestation.
Les jeunes qui la veille avaient arraché des barrières pour obstruer les voies
et ralentir les déplacements des troupes à leur poursuite pour les 10
manifestations simultanées prévues pour ce lundi n’ont pas eu l’occasion de
tester leur inventivité. Dans son papier, Delphine Minoui se réjouit de cette
désorganisation.
Cependant, il serait un peu prématuré d’enterrer ce mouvement qui n’a rien à
voir avec Moussavi. Très réactif, le mouvement a aussi décidé de changer de
tactique et il a appelé à une grève générale qui officialise l’arrêt du travail
depuis une semaine pour cause de rassemblements quotidiens.
Les conducteurs de cars et d’autobus ont entièrement cessé leur activité
(ci-dessous le dépôt de Bus de Téhéran), et l’on attend l’adhésion des ouvriers
de pétrole, une adhésion qui va priver le régime de son approvisionnement en
essence. On entre ainsi dans une nouvelle phase de la contestation : cette grève
entraînera des embouteillages qui nécessiteront la dispersion des troupes ce qui
permettra aux manifestants de retrouver leur supériorité de la semaine dernière.
Cela peut prendre quelques jours, mais nous reverrons ces manifestations
majestueuses. La fissure dans le corps des Pasdaran étant l’élément décisif pour
le moral des deux camps, avant qu’elle ne se généralise provoquant des
fraternisations fatales au régime, ce dernier a décidé d’activer toutes ses
initiatives pour désamorcer le mouvement.
Première initiative : l’incruste | Le régime a mis en avant Moussavi qui a
évoqué son intention d’appeler à la grève générale ! Comme disait Cocteau : «
Devant ces faits qui nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs… » On
ne sait pas ce qui l’empêche d’interpeller les acteurs décisifs de la vie
économique iranienne comme : le bazar, les ouvriers du pétrole, ou encore ceux
des centrales électriques qui peuvent paralyser les troupes fidèles au régime.
Ces appels ne viendront jamais, mais Moussavi se manifestera quand les ouvriers
du pétrole annonceront leur adhésion.
Seconde initiative : mesures démagogiques | Le régime a fait arrêter les membres
de la famille Rafsandjani connus pour leur corruption, mais le mouvement ayant
continué de plus belle dimanche, le régime a donc lâché les rejetons Rafsandjani
!
Troisième initiative : mesures dilatoires | Le régime, qui avait évoqué un
recomptage partiel des voix, vient d’annoncer un recomptage total qui
nécessiterait 10 jours ! Cela fait rire à Téhéran car les recomptages
nécessitent moins d’une journée, en fait Téhéran cherche à arrêter le mouvement
pour au moins 10 jours. Moussavi n’a évidemment pas protesté contre cette
mesure. Dans le même esprit, Moussavi et Montazéri ont conjointement proposé 3
jours de deuil national pour les victimes. Les deux opérations sont censées
donner des délais nécessaires aux Bassidjis pour arrêter les meneurs.
Quatrième initiative : mesures policières | Dans ce domaine aussi Moussavi donne
un coup de main, puisque son site de campagne s’inquiète pour les blessés qui
craignent des poursuites et évitent les hôpitaux. Il leur propose de lui
communiquer leurs coordonnées pour qu’il les aide à se soigner. On se souvient
qu’il y a une semaine, l’épouse de Moussavi Zahra Rahnavard avait été filmée en
train de convaincre les étudiants de lui communiquer les coordonnées des meneurs
de ce mouvement. Des appels à la délation ont aussi été lancés. Il y aura sans
doute également des pressions sur les familles des prisonniers liés à cette
révolte.
Prise en main de la grève, acceptation d’une procédure très longue de recomptage
ou recherches des coordonnées confidentielles, Moussavi est présent dans
l’ensemble des initiatives du régime pour calmer le jeu et faire tomber le
mouvement. La chaîne d’info en exil s’est immédiatement mise en action pour
prévenir nos compatriotes : « ne pas se laisser abuser par les appels à marquer
une pause de trois jours pour deuil, ne pas communiquer ses coordonnées à des
sites d’apparence amicale, et garder l’espoir que les ouvriers du pétrole
arriveront très bientôt pour relancer le mouvement. »
Cinquième initiative : mesures publicitaires | Parallèlement à des initiatives
nationales pour casser le mouvement, le régime a décidé de relancer sa
désinformation au niveau international pour attribuer le mouvement à Moussavi. A
cette fin, Téhéran a fait appel à ses lobbyistes à l’étranger pour focaliser le
débat sur Moussavi. Un groupe de soi-disant intellectuels a été formé pour
continuer la désinformation dans les médias occidentaux. Le groupe sur la France
se compose de Marjane Satrapi, Chahla Chafiq (Moussaviste à mi-temps), Mohsen
Makhmalbaf, Ahmad Salamatian et Karim Lahidji. Le groupe profite d’un soutien du
PCF, du PS et des Verts.
Ne vous laissez pas abuser par ces personnages qui ont un double langage très
étudié pour qualifier le régime des mollahs en un système presque démocratique
en présentant Moussavi, le bassidji, et sa femme l’islamiste Zahra Rahnavard
comme des modèles de vertus démocratiques. Ils étaient hier devant l’ambassade
d’Iran et se réuniront le mercredi 24 juin 2009, à 20 heures à la «Bellevilloise
(21 rue Boyer - 75020 PARIS)» pour abuser d’autres partisans de l’Iran libre.
Allez-y pour leur mettre la pression pour qu’ils cessent leur lobbying dans les
milieux de gauche et les milieux médiatiques.
Dénoncer ou neutraliser ces lobbyistes est utile, mais il faut surtout
s’organiser pour aider les Iraniens au moment où les forces de répression
montrent des signes de fissure. Si l’on se concentre pour aider ceux de
l’intérieur qui se battent à Téhéran, mais aussi en province (ci-dessous à
Shiraz hier soir), ce régime sera vaincu malgré ses moyens financiers et
médiatiques.
Nous en appelons à chaque Français pour appeler ses élus afin de demander
l’ouverture des portes des ambassades et des consulats européens Iran pour
accueillir les blessés. Il est aussi nécessaire de nous aider à rédiger des
manuels des premiers soins pour les blessés par armes blanches ou par balles et
aussi de nous communiquer des techniques de protection contre les différents
types de gaz lacrymogènes utilisés par les forces anti-émeutes. Il faut aussi
diffuser nos liens pour faire circuler l’information et battre les lobbyistes du
régime : Aidez Nous ! Aidez les Iraniens.
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