Ignorez pour effectuer la recherche.
CID-DemocratieMoyenOrient · CID-Democratie et Moyen-Orient

Informations du groupe

? Déjà membre ? Ouvrir session

Astuces Yahoo! Groupes

Le saviez-vous...
Et si je montais le groupe des anciens de mon école ? J'essaie !

Messages

  Messages Aide
Avancée
Messages 1714 - 1743 sur 2473   Le plus ancien  |  < Plus ancien  |  Plus récent >  |  Le plus récent
Messages 1714 - 1743 sur 2473   Le plus ancien  |  < Plus ancien  |  Plus récent >  |  Le plus récent
Messages: Afficher les résumés des messages Date ^  
#1714 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Mardi 1. Février 2005  13:57
Sujet: Annonce exposition / la Belgique et les leçons de l'histoire
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. CID : Exposition 60ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz

2. Maxime Steinberg : « J'attends le Chirac belge »

    [Le Soir (Bruxelles) - 28/1/2005]

3. Une Europe compromise ou complice

    [Le soir - 28/1/2005]

4. Polémique autour d'une résolution MR [libéraux francophones - NDCID]

    [Le Soir - 28.01.2005]
______________________________________________________________________________

cid a.s.b.l.

Centre d’Information et de Documentation

DEPARTEMENT RACISME ET ANTISEMITISME


           Avec le soutien de la Communauté française de Belgique


                            le C.I.D. présente


       Exposition 60ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz


                                 AUSCHWITZ

                          LA VALEUR DE LA MÉMOIRE

              DESSINS ET POÈMES DES ENFANTS DU GHETTO DE TEREZIN

                          LE RACISME AU MICROSCOPE

                        LES JUSTES PARMI LES NATIONS


              Du jeudi 9 au vendredi 18 février 2005 de 10h à 19h

               à l’Atrium de la Communauté française de Belgique
                      44 Bd Léopold II à 1080 Bruxelles

                    Vernissage le mercredi 8 février à 18h


Renseignements : CID : Tel : 0477/256722 - 02/3445352 / Fax : 02/347 00 19
                  e-mail : cid@...
______________________________________________________________________________

« J'attends le Chirac belge »

Le Soir (Bruxelles)

28/1/2005

Selon Steinberg, on confond génocide et histoire concentrationnaire. Un
génocide, c'est la mort brutale, immédiate. Le génocide tue des gens bien
portants. En Belgique, ce fut la collaboration administrative avec l'occupant.

Le Soir : Comment vous, historien de la déportation, ressentez-vous les
commémorations marquant le soixantième anniversaire de la libération du camp
d'Auschwitz ?

Maxime Steinberg : Le 27 janvier, c'est la libération d'Auschwitz, mais en même
temps, c'est un non-événement parce que la grande masse des détenus d'Auschwitz
va connaître l'événement le plus tragique de leur histoire concentrationnaire,
les « marches de la mort », qui jetteront sur les routes 56.000 déportés. La
libération des survivants des camps n'interviendra qu'en avril.Cela traduit la
confusion entre génocide et histoire concentrationnaire.

Le Soir : Il fallait bien choisir une date.

M.S. : Oui. Mais on nous invite à nous souvenir du génocide à travers Auschwitz.
La Mémoire, avec son besoin de symboles, masque la réalité de l'Histoire. Elle
empêche de savoir exactement ce que fut le génocide. L'incompréhension que nous
avons de la notion de génocide est entretenue par les juristes, notamment du
fait des jugements du Tribunal pénal international de La Haye. Pour Srebrenica,
on a introduit la notion d'un génocide «partiel». On a considéré comme acte de
génocide le massacre de 7.000 hommes en âge de porter les armes alors que femmes
et enfants furent chassés vers des territoires musulmans. On a déployé une
gymnastique argumentaire pour expliquer que ce plus important massacre commis en
Europe depuis la Seconde Guerre mondiale visait à l'élimination des musulmans de
Srebrenica. Le siècle a débuté par le génocide des Arméniens et s'est terminé
par celui des Tutsis. Entre les deux, le génocide des Juifs n'a servi à rien
parce que la communauté internationale, confondant génocide et mort
concentrationnaire, n'a pas les outils pour comprendre par quels mécanismes des
persécutions meurtrières basculent dans le génocide.

Le Soir : Comment, dès lors, cerner un génocide ?

M.S. : La définition historique, c'est Himmler qui me la donne lorsqu'il
s'adresse le 6 octobre 43 aux Gauleiters (gouverneurs) du parti nazi à Poznan :
"Je n'avais pas le droit de faire tuer les hommes et de laisser les enfants qui
auraient été les vengeurs. Il a fallu prendre la grave décision de faire
disparaître ce peuple de la terre." Un génocide, c'est la mort brutale,
immédiate. Celui des Arméniens a duré un an ; celui des Tutsis, 100 jours ;
celui des Juifs est pratiquement accompli en 41-42 avant qu'on ne crée cette
machine industrielle faite de chambres à gaz et de crématoires sur laquelle on
brode. On doit se rendre compte que la dimension industrielle ne réside pas dans
les bâtiments, mais dans le taylorisme du massacre à la chaîne. A Baby-Yar
(Ukraine), 33.771 juifs sont conduits devant des fosses et mitraillés par les
Einsatzgruppen. En décembre 42, le nombre de femmes et d'enfants massacrés
devient plus important que celui des hommes. Au début de l'invasion de l'URSS,
on tuait au nom de la répression du bolchevisme. Quand les femmes et les enfants
tombent, on se trouve face au génocide.

Le Soir : Les crématoires d'Auschwitz devaient être les instruments performants
de la solution finale...

M.S. : Cette idée d'industrialisation de la mort nous vient des images de
Birkenau, avec son chemin de fer et ses crématoires, dont on voit encore les
ruines. Mais le chemin de fer date de 44 et plus de la moitié de ceux qui sont
morts dans le génocide perpétré à Birkenau n'ont pas connu le dispositif tel que
nous le connaissons aujourd'hui. Les crématoires datent du printemps 43, alors
que des centaines de milliers de Juifs ont déjà été exterminés dans une autre
configuration de lieux, dans les « bunkers », ces petites fermes qui se
trouvaient dans la forêt de bouleaux en bordure du camp.

Le Soir : La solution finale est exécutée bien avant la disponibilité des
crématoires d'Auschwitz ?

M.S. : Il faut faire la différence entre la mort immédiate et la mort de longue
durée infligée dans les camps de concentration. Prenons le cas belge. Sur les
24.906 déportés juifs, 15.500 disparaissent à l'arrivée. Ils passent dans la
chambre à gaz. Leur seul lieu d'enfermement, c'est la chambre à gaz. Un camp
induit l'idée d'enfermement. Il n'y a pas de "camps" d'extermination. Les
députés et journalistes britanniques qui visitent le camp de Buchenwald vont le
qualifier de « camp d'extermination » car ils y découvrent la mort en masse,
mais ce n'est pas le génocide. Le génocide tue des gens bien portants. L'exemple
du ghetto de Varsovie est aussi significatif pour qualifier le génocide. Un
demi-million de Juifs sont enfermés dans un quartier. Sur deux ans, on peut
calculer qu'il y eut 83.000 nouvelles tombes dans le cimetière juif de Varsovie.
Nous avons là une mortalité de 15 %. A longue échéance, si le ghetto avait été
fait pour durer (ce qu'il n'était pas), sa population était destinée à
disparaître du fait des maladies et des privations. Mais ce n'est pas comme cela
qu'elle va disparaître. En moins de deux mois, on déporte plus de trois cent
mille Juifs à Treblinka où ils sont directement tués.

Le Soir : Soixante ans après, les historiens ont encore des choses à découvrir
sur la Shoah ?

M.S. : C'est au cours des dix dernières qu'on a retrouvé le plus de documents
sur le génocide grâce à l'ouverture des archives russes.

Le Soir : Et en Belgique ?

M.S. : L'essentiel est connu.On a donné une mission d'étude au Centre d'études
sur la seconde guerre mondiale, où quatre historiens travaillent sur le rôle des
autorités belges lors de la Déportation.

Le Soir : L'Etat belge a collaboré avec l'occupant pour la déportation ?

M.S. : Ce fut une collaboration administrative, pas une collaboration
idéologique. Certes, le fait de ne pas s'intéresser au sort des juifs étrangers,
qui représentaient 93 % des Juifs de Belgique, cela procède d'une xénophobie.
Par patriotisme, on défendit les Belges, alors que, sur le plan constitutionnel,
les étrangers ont la garantie de leurs biens et de leur personne. Les policiers
d'Anvers qui arrêtent des Juifs n'étaient pas membres d'une milice d'extrême
droite. Mais les razzias contre les Juifs ont été rendues possibles parce que
les administrations communales ont accepté de tenir des registres racistes. Sur
leurs papiers d'identité sont apposés les cachets « Juifs, Joden ». Non
seulement les administrations ont pris les noms mais les ont donnés. En 41, sur
ordre du secrétaire général de l'Intérieur, les administrations communales ont
envoyé aux Allemands les registres des Juifs.

Le Soir : Comment expliquer cela ?

M.S. : Par une politique du moindre mal. A cette époque, les SS en charge des
Affaires juives en Belgique sont moins d'une vingtaine. Les forces allemandes
manquent d'effectifs pour réaliser leurs objectifs avec leurs propres moyens. Il
leur faut trouver des relais, juifs ou belges, pour réaliser ce qu'elles ne
peuvent accomplir. Les autorités se substituent à l'occupant. On se dit qu'en le
faisant soi-même, ce sera moins grave que si les Allemands s'en chargent. C'est
la stratégie actuelle de l'extrême droite. En Flandre, on constate ainsi que
l'agenda politique est dicté aux partis démocratiques par le Vlaams Belang.

Le Soir : Qu'espérez-vous du gouvernement belge à l'occasion de ces
commémorations de la libération d'Auschwitz ?

M.S. : En tant qu'historien, je pense avoir une responsabilité sociale, civique.
Sachant ce que je sais, j'attends que la classe politique assume ses
responsabilités. J'attends le Chirac belge (NDLR : le président français avait
reconnu la responsabilité de l'Etat dans la déportation des Juifs de France) qui
dira que les agissements de l'appareil d'Etat furent contraires aux lois.

Propos recueillis par MARC METDEPENNINGEN
_____________________________________________________________________________

"La Persécution des Juifs en Belgique" aux éditions Complexe

De Maxime Steinberg

Ce livre, publié aux Editions Complexe, décrit la persécution des Juifs en
Belgique au cours de l’occupation nazie. Le propos qui renouvelle le sujet est
de comprendre comment elle a été praticable. On interroge donc son organisation,
le rôle et les agissements de ses acteurs-clés.

On les suit dès les premières ordonnances contre les Juifs à l’automne 1940
jusqu’aux grandes déportations de l’été et de l’automne 1942. Cette “évacuation”
démarre avec une efficacité redoutable : en cent jours, elle achemine à
Auschwitz les deux tiers des personnes déportées de ce pays au titre de la
“solution finale”.

Cette performance – et c’est l’originalité de ce livre de le mettre en lumière –
s’accomplit du côté allemand avec une économie de moyens. A l’examen des rôles
et de la distribution des tâches, on constate que les effectifs allemands ne
sont jamais assez nombreux tant en policiers qu’en fonctionnaires. Leur réussite
dépend de la capacité d’agir par procuration, d’organiser un réseau avec des
relais non-allemands dont l’action est décisive.

Le livre montre comment l’appareil administratif et policier belge s’accommode
plus ou moins de ces tâches contraires aux lois belges et au droit des gens. Il
ne néglige pas la part – elle est aussi considérable – des partisans de l’Ordre
nouveau. La collaboration idéologique ne se confond toutefois pas nécessairement
avec la collaboration administrative. Celle-ci ne procède pas d’un ralliement,
mais de la politique de moindre mal des autorités belges. A leur instar, les
autorités juives acceptent de représenter les “intérêts juifs”, et ce même
devant les SS. Dans ce rôle, elles accomplissent les tâches imparties. Elles
constituent une administration parallèle qui rassemble les déportés pendant
l’été 1942. Ces premières déportations se déroulent dans l’ordre et le calme,
avec un minimum de contrainte physique. Le succès des convocations individuelles
au camp de rassemblement de Malines table sur l’obéissance des Juifs et de leurs
notables. S’il permet de faire l’économie de trois à quatre rafles, le système
épuise très vite ses ressources. Il faut, dès la mi-août, passer aux actions
d’envergure qui remplissent un convoi en une nuit. Les grandes razzias sont
toutefois praticables seulement à Anvers. Les autorités locales y poussent la
politique de moindre mal jusqu’à sa caricature, prêtant à trois ou quatre
reprises leur police à l’arrestation des Juifs étrangers. A contrario, le livre
montre aussi qu’à Bruxelles, où les autorités refusent de laisser leur police
pratiquer des arrestations arbitraires du point de vue belge, la seule grande
rafle effectuée est un demi-échec. Le livre évite les pièges du regard
rétrospectif. Il pose la question des responsabilité en termes d’efficacité de
la persécution et d’ampleur de ses ravages, dans un pays qui perd près d’un Juif
sur deux au cours de Seconde Guerre mondiale.

Maxime Steinberg (1936) est docteur en histoire pour la première thèse sur “la
solution finale” défendue dans une université belge (à l’Université Libre de
Bruxelles, en 1987). Spécialiste de cette question d’histoire, il prend part, en
1980-1981 à Kiel, comme expert au procès de l’ancien officier SS des affaires
juives à Bruxelles, pour complicité d’assassinat dans la déportation des Juifs.
Professeur associé à l’Institut d’Etudes du Judaïsme (ULB), il y enseigne les
questions d’histoire de l’antisémitisme et du génocide. Il est l’auteur entre
autres des quatre volumes de L’Etoile et le Fusil (1983-87).
____________________________________________________________________________

Une Europe compromise ou complice

MICHEL GRODENT

Le grand public,et singulièrement le grand public jeune, a besoin de synthèses
claires et surtout pleinement révélatrices sur les différents processus,
politiques ou idéologiques, psychologiques ou religieux dont la combinaison
infernale mena à l'anéantissement des Juifs.

« Hitler, l'Europe et la Shoah » est l'une de ces synthèses utiles, fondées sur
un inlassable dépouillement des fonds d'archives et des travaux spécialisés.Son
auteur, Robert S. Wistrich, enseigne l'histoire à l'Université hébraïque de
Jérusalem. Le titre indique bien ses intentions. Sujet à des tendances
paranoïaques, renforcées par son désir de vengeance et la difficulté qu'il
éprouvait de gérer ses frustrations, le Führer était indissociable de son projet
génocidaire,mais celui-ci n'a pu germer que dans un contexte mental qui lui
était favorable. Ainsi pourrait se résumer un ouvrage qui constitue par ailleurs
un dossier moral accablant.

Hitler peut être considéré à la fois comme un produit de l'histoire et comme un
produit de son temps. L'antijudaïsme chrétien - celui du «Nouveau Testament» -
parle à travers lui, tout autant que les diatribes antijuives de Richard Wagner.

Le nazisme s'est montré fort peu inventif en matière de stéréotypes
fondamentaux, rappelle l'auteur. Hitler a emprunté au christianisme sa vision
missionnaire et apocalyptique, son goût de la prophétie.

Mais s'il est un produit, le Führer n'est pas un « pur » produit. Influencé par
son époque, il l'influence à son tour. Nourri de tradition antisémite, il tire
profit des circonstances politiques pour favoriser son ascension, il exploite la
peur du communisme et les réflexes « droitiers » d'une partie de l'opinion
allemande, il parvient à rouler dans la farine les conservateurs qui
prétendaient nouer avec lui une alliance purement tactique.

D'une manière bien plus grave, et l'auteur a raison d'y insister, l'abominable
Adolf ne met pas longtemps à comprendre que les Européens se désintéressent à
peu près complètement du sort des Juifs, une attitude qui ne manquera pas de le
faire ricaner dans sa moustache.

L'un des chapitres les plus gênants de la synthèse de Robert S. Wistrich
s'intitule « Entre la Croix et la croix gammée ». On en conseille vivement la
lecture attentive à tous ceux qui se réclament de l'Eglise du Christ. Il ne
suffit pas de dire que l'on « sait bien tout ça » pour évacuer à jamais le
problème des rapports tumultueux entre le judaïsme et le christianisme, entre
l'origine et la copie qui souffre de ne pas être l'origine.

Dans tous les cas,l'ouvrage ne cesse de renvoyer le lecteur à sa propre époque
et à ses propres contradictions. Facile d'être un humaniste aujourd'hui ? Pas si
sûr !·

© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2004
______________________________________________________________________________

Polémique autour d'une résolution MR [libéraux francophones - NDCID]

Le Soir du 28.01.2005

La missive de récrimination adressée par la conseillère régionale Viviane
Teitelbaum (opposition MR) au président du Parlement bruxellois Eric Tomas (PS)
est datée du 27 janvier. Et ce n'est pas un hasard.

Je me permets de vous écrire en ce jour solennel où nous commémorons le 60e
anniversaire de la libération des camps de la mort, attaque-t-elle dans sa
lettre. Je vous écris au nom des cinq signataires de la proposition de
résolution contre l'antisémitisme. En ce jour de Mémoire, qui nous rappelle les
événements de la Shoah, je vous prie de  recevoir l'expression de ma totale
indignation devant le fait qu'une telle résolution, qui ne peut que participer à
contrer toute résurgence de l'antisémitisme, soit bloquée pour des
considérations qui ne peuvent être que politiciennes.

Cette proposition de résolution condamnant les actes d'antisémitisme a été
déposée par le MR le 5 juillet 2004 et prise en considération le 8 octobre. Et
donc, selon le MR,elle n'est toujours pas inscrite en commission. Quel message
faites-vous passer aux citoyens de notre pays en agissant ainsi ?, s'insurge
Viviane Teitelbaum, en demandant avec insistance au président de l'assemblée 
régionale de mettre la résolution, en ordre prioritaire et dans les plus brefs
délais, à l'ordre du jour de la commission des Affaires générales.

Pris à parti, Eric Tomas prend très mal la chose. Ce lundi 24 janvier, la
commission s'est réunie et j'ai demandé à l'opposition de faire le tri dans
toutes les propositions qu'elle a déposées, explique-t-il. Il en est ressorti
que la proposition de résolution qui nous occupe a été inscrite à l'ordre du
jour de la réunion du jeudi 3 février ! Cela se passait notamment en présence de
M. Gosuin. Dans ces conditions, et dans le contexte des commémorations de cette
semaine, je trouve que les accusations de Mme Teitelbaum sont particu-lièrement
scandaleuses et inadmissibles  !

Didier Gosuin confirme le «timing» avancé par Eric Tomas. Mais d'aussitôt
contre-attaquer : Qu'a fait le président du Parlement entre le 8 octobre et le
13 février ?, lance-t-il. Depuis le début de la législature, les textes de la
majorité sont systématiquement inscrits, contrairement aux textes de
l'oppo-sition... Après que Jacques Simonet et moi-même avons tapé du poing sur
la table, la majorité a accepté d'inscrire... 27 propositions d'ordonnances à la
séance du 3, dont celle sur l'antisémitisme. Il est clair nous n'aurons jamais
le temps de les examiner toutes. Ce n'est pas sérieux ! C'est d'autant plus
regrettable concernant la proposition condamnant l'antisémitisme, qui est sans
parti pris politique, et que nous aurions pu adopter dans la sérénité, entre
formations démocratiques.

WILLIAM BOURTON
______________________________________________________________________________

#1715 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Lundi 7. Février 2005  11:38
Sujet: Retour sur la session commemorative speciale a l'ONU pour les 60 ans de la liberation d'Auschwitz
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Retour sur la session commemorative speciale a l'ONU du 24 janvier pour les 60
ans de la liberation d'Auschwitz:


La proposition a ete soumise par:

Etats Unis, Russie, Canada, Australie, Nouvelle Zelande, Israel, et les 25 pays
de l'UE


Diffusee aux delegations, conformemant au reglement, par une lettre du
Secretaire Generale, et pas soumise au vote, elle a recu le soutien de:

Azerbaijan, Albanie, Andorre, Angola, Argentine, Armenie, Bahamas, Bahrein,
Bangladesh, Benin, Bolivie, Bosnie-Herzegovine, Botswana, Bresil, Bulgarie,
Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Republique Centrafri- caine, Chine, Chili,
Colombie, Congo, Costa Rica, Cote d'Ivoire, Croatie, Republique democratique du
Congo, republique Dominicaine, Equateur, Egypte, El Salvador, Erythree,
Ethiopie, Fiji, Gabon, Georgie, Ghana, Grenade, Guatemala, Guinee, Haiti,
Honduras, Islande, Inde, Jamaique, Japon, Jordanie,Kazakhstan, Koweit, Liberia,
Lichtenstein, Macedoine, Madagascar, Malawi, Iles Marshall, Oman, Mauritanie,
Mexique, Micronesie, Monaco, Mongolie, Maroc, Mozambique, Myanmar, Namibie,
Nauru, Nepal, Norvege, Nicaragua, Nigeria, Palau, Papouasie-Nouvalle Guinee,
Pakistan, Panama, Paraguay, Perou, Philippines, Qatar, Coree du Sud, Moldavie,
Roumanie, Rwanda, St. Kitts et Nevis, St. Vincent et Grenadines, St. Marin, St.
Tome et Principe, Arabie Saoudite, Serbie-Montenegro, Singapour, Sierra Leone,
Iles Solomon, Sri Lanka, Suisse, Afrique du Sud, Tadjikistan, Timor Leste, Togo,
Tonga, Turquie, Ouganda, Ukraine, Emirats Arabes Unis, Tanzanie, Uruguay,
Ouzbekistan, Vietnam, Yemen, Zambie



N'ont pas apporte leur soutien a la proposition :

Afghanistan, Algerie, Antigua-Barbuda, Barbade, Belize, Bielorussie, Brunei,
Bhutan, Coree du Nord, Cuba, Djibouti, Dominica, Gambie, Granade, Guinee -
Bissau, Guinee equatoriale, Guyane, Indonesie, Irak, Iran, Kenya, Kiribati,
Kirghizstan, Laos, Libye, Liban, Malaisie, Maldives, Mali, Niger, Samoa,
Senegal, Seychelles, Soudan, Somalie, St. Lucia, Surinam, Syrie, Tchad,
Thailande, Tunisie, Trinidad-Tobago, Turkmenistan, Vanuatu, Venezuela, Zimbabwe.
____________________________________________________________________________

#1716 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Mardi 8. Février 2005  14:15
Sujet: Cessez-le-feu de Charm el-Cheikh - optimisme tempéré : l'après-sommet sera le véritable test
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. PROCHE-ORIENT : Abbas et Sharon d'accord pour un cessez-le-feu

    Au sommet de Charm el-Cheikh, le président palestinien annonce un accord
    avec Ariel Sharon pour mettre fin aux violences. Le Premier ministre
    israélien déclare cesser les opérations militaires.

    Pour le Hamas, l'annonce de la fin des violences contre Israël n'engage que
    l'Autorité palestinienne.

    Aucune déclaration conjointe n'a été adoptée pendant ce sommet,
    contrairement aux vœux de l'Egypte qui souhaitait la mise au point d'un
    texte commun.

    L'Egypte et la Jordanie ont décidé de renvoyer leur ambassadeur respectif
    en Israël

    [NOUVELOBS.COM - 08.02.05]

2. Depuis 2000, des trêves jamais respectées [LE MONDE - 08.02.05]

3. Israël tempère l'optimisme général avant le sommet de Charm el-Cheikh

    "Ce sommet sera l'occasion de proclamations, ce qui est important, mais il
    n'y aura pas de négociations politiques sur la Feuille de route, car c'est
    encore prématuré"

    "S'il n'y a qu'un cessez-le-feu, cela va leur donner le temps de
    reconstituer leurs infrastructures, leurs laboratoires pour la fabrication
    d'armes ce qui leur permettra ensuite de choisir le moment approprié pour
    faire exploser le processus de paix", a déclaré M. Shalom à la radio
    publique.

    [AFP - 03/02/2005]

4. Charm el-Cheikh : l'après-sommet sera le véritable test

    Dany Rubinstein, spécialiste du monde arabe au quotidien Haaretz, met en
    garde lui aussi contre "le risque d'échec lorsqu'Israël et les Palestiniens
    aborderont les vrais problèmes", autrement dit la question de Jérusalem, la
    barrière de sécurité, la colonisation des territoires palestiniens.

    [AFP - 08/02/2005]

5. Panser le Proche-Orient

    Face à leurs extrêmes, les deux leaders n'affrontent pas des situations
    tout à fait parallèles. Israël possède une culture démocratique qui lui
    permet d'opérer des changements de fond pour le bien de tous. Malgré la
    période critique et difficile qu'Israël aborde, les extrémistes ne pourront
    que suivre le mouvement, avec, nous l'espérons, le moins de dégâts
    possibles. L'Autorité palestinienne doit, quant à elle, se désembourber
    d'une situation où une multitude de factions armées, belliqueuses et
    jusqu'au-boutistes ­- y compris dans ses rangs -­ veulent déstabiliser le
    pouvoir pour faire émerger le seul ordre qu'elles tolèrent : le leur.

    [Libération - 07/2/2005]

6. A Naplouse, chaos des armes et gangs mafieux

    [LE MONDE - 08.02.05]

7. Le Hamas s'empare de 7 des 10 conseils municipaux de Gaza

    [Reuters - 28/1/2005]

8. Le Hamas et le Hezbollah décident de poursuivre leurs actions contre Israël

    A l'issue de sa rencontre dimanche avec cheikh Hassan Nasrallah, le chef du
    Hamas a qualifié de "forte" la relation de son groupe avec le
    Hezbollah. "Nous sommes partenaires dans cette marche pour confronter un
    ennemi commun", a-t-il déclaré à la presse. "De la même façon que le Sud-
    Liban a été libéré, nous avons l'espoir que toute la Palestine soit
    libérée."

    [AP - 31/1/2005]

9. Vingt-cinq blessés lors d'affrontements entre militants du Fatah et du
    Hamas dans la Bande de Gaza

    [AP - 29/1/2005]
_____________________________________________________________________________

PROCHE-ORIENT

Abbas et Sharon d'accord pour un cessez-le-feu

NOUVELOBS.COM | 08.02.05 | 17:40

Au sommet de Charm el-Cheikh, le président palestinien annonce un accord avec
Ariel Sharon pour mettre fin aux violences. Le Premier ministre israélien
déclare cesser les opérations militaires. Pour le Hamas, l'annonce de la fin des
violences contre Israël n'engage que l'Autorité palestinienne.

Le leader palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ariel
Sharon ont annoncé mardi 8 février dans des déclarations séparées la fin des
violences entre Israël et les Palestiniens, au cours d'un sommet
israélo-palestinien à Charm el-Cheikh en Egypte.

"Je suis tombé d'accord avec le Premier ministre israélien Ariel Sharon pour
mettre fin à tous les actes de violence contre les Israéliens et les
Palestiniens quel que soit le lieu où ils se produisent", a déclaré Mahmoud
Abbas, dont les propos étaient retransmis en direct par des chaînes de
télévision.

"Le calme que nos territoires connaîtront à partir de ce jour signale le début
d'une nouvelle ère, un début pour la paix et l'espoir", a ajouté le président de
l'Autorité palestinienne.

"Ce que nous avons annoncé aujourd'hui est l'application de la première clause
de la Feuille de route (..) et une étape essentielle nous offrant une occasion
de remettre le processus de paix sur les rails, redonnant aux deux peuples
espoir et confiance en la possibilité de parvenir à la paix", a-t-il poursuivi.

Réserve du Hamas

Mais le mouvement islamiste radical palestinien Hamas a déclaré peu après que
l'annonce de la fin des violences contre Israël faite par Mahmoud Abbas,
n'engage que l'Autorité palestinienne. Cette annonce "n'exprime que la position
de l'Autorité palestinienne. Elle n'exprime pas les positions des mouvements
palestiniens", a déclaré à Gaza Mouchir al-Masri, porte-parole du Hamas.

A Beyrouth, Oussama Hamdane, un autre porte-parole du Hamas, a également indiqué
que l'accord israélo-palestinien mettant fin aux violences conclu à Charm
el-Cheikh "n'engageait pas la résistance palestinienne".

Opérations suspendues

"Israël va cesser ses opérations militaires contre les Palestiniens partout", a
quant à lui déclaré Ariel Sharon. "Israël va libérer des centaines de
prisonniers palestiniens", a-t-il ajouté.

"Aujourd'hui, au cours de ma rencontre avec Mahmoud Abbas, nous sommes tombés
d'accord pour que les Palestiniens cessent tous les actes de violence contre les
Israéliens partout et parallèlement, Israël cessera ses opérations militaires
contre les Palestiniens partout", a déclaré Ariel Sharon.

"Nous espérons qu'à partir d'aujourd'hui commence une nouvelle ère de calme et
d'espoir", a-t-il ajouté, précisant qu'il avait "accepté de transférer la
responsabilité de secteurs palestiniens", une allusion à plusieurs villes de
Cisjordanie où seront déployés des Palestiniens armés, comme cela fut le cas
récemment dans la bande de Gaza.

Le transfert du contrôle de ces cinq villes, Ramallah, Jéricho, Bethléem,
Tulkarem et Kalkiliya sera achevé d'ici à trois semaines.

"Nous avons informé Mahmoud Abbas de notre volonté de prendre des mesures pour
établir la confiance. Dans peu de temps, Israël va libérer des centaines de
prisonniers palestiniens", a poursuivi le Premier ministre israélien.

Selon des responsables israéliens, 900 détenus sur les 8.500, devraient être
libérés, dont un premier contingent de 500 après le sommet et 400 autres dans
les prochains mois.

"Nous voulons mener un dialogue sincère et réel", a assuré Ariel Sharon, en
soulignant sa "détermination à appliquer le plan de retrait de la bande de Gaza"
prévu cet été.

"C'est une décision unilatérale. Mais si surviennent des changements réels et
concrets du côté palestinien,ce plan peut servir de tremplin pour un processus
coordonné et réussi", a dit le Premier ministre.

Feuille de route

La Feuille de route est un plan de paix international qui prévoit la création
d'un Etat palestinien indépendant en principe en 2005.

Aucune déclaration conjointe n'a été adoptée pendant ce sommet, contrairement
aux vœux de l'Egypte qui souhaitait la mise au point d'un texte commun.

Avant eux, le président égyptien Hosni Moubarak avait appelé à une reprise "le
plus tôt possible" des négociations politiques entre Israël et les Palestiniens.

Le chef de l'Etat égyptien, qui parlait en son nom et au nom du roi Abdallah II
de Jordanie, a appelé à une "application sincère et honnête" de la Feuille de
route.

Il a évoqué une solution du conflit israélo-palestinien "sur la base de deux
Etats, un palestinien et un israélien, réalisant la stabilité et la sécurité des
deux peuples".

Il a souligné l'importance du "soutien de la communauté internationale" à une
solution du conflit israélo-palestinien.

Mahmoud Moubarak a également affirmé que le sommet de Charm el-Cheikh était "un
premier pas", et que "la route vers la paix serait longue et difficile", mais,
a-t-il dit, "notre espoir est grand".

Ambassadeurs

L'Egypte et la Jordanie ont décidé de renvoyer leur ambassadeur respectif en
Israël, a annoncé le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Aboul
Gheit, à l'issue du sommet.

Les deux pays avaient rappelé leur ambassadeur en septembre 2000 pour protester
contre la répression de l'Intifada palestinienne qui avait suivi la venue
d'Ariel Sharon, alors dans l'opposition, sur l'esplanade des Mosquées à
Jérusalem.

Le retour des deux ambassadeurs devrait intervenir dans "les quinze jours",
selon Ahmed Aboul Gheit.

© Le Nouvel Observateur 2005
_____________________________________________________________________________

Depuis 2000, des trêves jamais respectées

LE MONDE | 08.02.05 | 14h33

11 au 25 juillet 2000. Deux semaines de négociations à Camp David entre le
premier ministre israélien, Ehoud Barak, le président palestinien Yasser Arafat
et le président américain Bill Clinton.

29 septembre. Début de la deuxième Intifada Al-Aqsa.

Début juin 2001, George Tenet, directeur de la CIA, élabore un accord de
cessez-le-feu, qui reste lettre morte.

18 septembre 2001. Israéliens et Palestiniens proclament un cessez-le-feu
réclamé par Washington. L'accord vole rapidement en éclats.

15 mars 2002. Le président Bush dépêche le général Anthony Zinni dans la région
[en fait depuis décembre 2001 - NDCID]. L'attentat-suicide palestinien du 27
mars à Netanya (29 morts) sonne le glas de ces efforts.

12-14 avril. Echec d'une mission de médiation du secrétaire d'Etat Colin Powell
pour un cessez-le-feu.

21 février 2003. Mahmoud Abbas évoque une démilitarisation de l'Intifada et un
projet de trêve, proposition rejetée par le Hamas et le Jihad islamique.

4 juin. Sommet d'Aqaba, en Jordanie, et lancement officiel de la "feuille de
route" par George Bush, les premiers ministres israélien, Ariel Sharon, et
palestinien, Mahmoud Abbas.

29 juin. Quatre des principaux mouvements palestiniens proclament une suspension
de trois mois de leurs attaques contre Israël. La fin de la trêve intervient le
22 août.

12 novembre. Le nouveau premier ministre, Ahmed Qoreï, affirme que la conclusion
d'un cessez-le-feu est sa priorité numéro un.

Décembre 2004. M. Abbas appelle à la fin de l'Intifada armée. Les mouvements
radicaux rejettent ses appels à renoncer aux armes.

Fin janvier 2005. M. Abbas, devenu président de l'Autorité palestinienne,
obtient des groupes radicaux armés une "période d'accalmie".

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 09.02.05

© Le Monde 2004
______________________________________________________________________________

Voir aussi notre bulletin n°1111 du 10/1/2004

Sources palestiniennes : le Hamas et le Jihad islamique planifiaient les
attentats pour torpiller le processus de paix

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/1111
____________________________________________________________________________

Israël tempère l'optimisme général avant le sommet de Charm el-Cheikh

03/02/2005 - 12:21

JERUSALEM, 3 fév (AFP) - Israël s'efforçait jeudi de tempérer l'optimisme
général avant le sommet de Charm el-Cheikh (Egypte), en mettant en garde contre
des attentes trop élevées quant aux résultats de cette réunion prévue mardi.

Au lendemain de l'invitation lancée par le président égyptien Hosni Moubarak à
Israël, aux Palestiniens et à la Jordanie, un responsable israélien a déjà
averti qu'il ne faut s'attendre qu'à des déclarations d'intention.

"Ce sommet sera l'occasion de proclamations, ce qui est important, mais il n'y
aura pas de négociations politiques sur la Feuille de route, car c'est encore
prématuré", a prévenu ce responsable à la présidence du conseil.

Le chef de la diplomatie israélienne Sylvan Shalom a lui aussi jeté de l'eau
froide en direction de ceux qui, en Israël ou dans le monde, considèrent que le
processus de paix est de nouveau sur ses rails, en exprimant publiquement ses
doutes.

"S'il n'y a qu'un cessez-le-feu, cela va leur donner le temps de reconstituer
leurs infrastructures, leurs laboratoires pour la fabrication d'armes ce qui
leur permettra ensuite de choisir le moment approprié pour faire exploser le
processus de paix", a déclaré M. Shalom à la radio publique.

Des propos qui tranchent avec l'optimisme débridé notamment affiché dans une
partie de la presse israélienne. Le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot va
même jusqu'à évoquer en grandes lettres blanches sur fond bleu azur "le sommet
de la paix", montrant le Premier ministre israélien Ariel Sharon et le président
de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas arborant un large sourire et se tenant
par la main, lors d'une précédente rencontre.

Beaucoup plus prudents, les spécialistes de la région, se montrent réservés.

"Ce sommet ? Une grosse bulle qui va exploser rapidement après deux semaines
sans violences. C'est tout ce à quoi il faut s'attendre", met en garde Dany
Rubinstein, chroniqueur au quotidien Haaretz.

"Ce n'est pas cette rencontre qui va changer les choses", confie-t-il à l'AFP en
notant que M. Sharon "ne peut même pas évacuer des colonies sauvages sans
soulever un tollé en Israël. Alors imaginez ce qu'il se passerait si les
Palestiniens demandent à nouveau de mettre la question de Jérusalem sur la
table."

Pour le professeur Menahem Klein, spécialiste du monde arabe, "il est évident
que la paix est encore loin".

"M. Sharon espère encore convaincre Mahmoud Abbas de parvenir à une solution
pacifique en ne lui offrant que des sucreries. Cela ne suffira pas. Abbas est
perçu par son opinion comme l'artisan des accords d'Oslo. Et les Palestiniens
pensent qu'ils se sont faits rouler dans la farine à Oslo par les Israéliens.
Abbas doit donc prouver qu'il ne se fera pas avoir à nouveau. Ce qui limite
considérablement l'éventualité d'une percée", explique l'universitaire.

Meron Benvenisti, ancien maire adjoint de Jérusalem et qui oeuvre pour le
rapprochement entre Israéliens et Palestiniens, dit avoir "l'impression d'avoir
vu le même film, il y a plus de dix ans".

"Sharon et la Maison Blanche veulent donner l'illusion qu'il se passera quelque
à Charm el-Cheikh. Ce qu'il y aura, c'est une grande fête, soigneusement
médiatisée, un apaisement sur le terrain pendant quelques semaines, et dès qu'on
parlera des vrais problèmes, tout explosera à nouveau".

Sauf,ajoute Meron Benvenisti avec ironie, "si Abbas accepte d'être le policier
de Sharon pour instaurer le calme dans les territoires".

Zéev Schiff, spécialiste des questions de défense, estime pour sa part, que M.
Sharon "va tout faire pour que le processus en cours ne lui échappe pas", afin
de ne pas être contraint à trop de concessions.

"Tout le monde est dans l'attente", souligne-t-il, "et le vrai test aura lieu
sur le terrain".
_____________________________________________________________________________

Charm el-Cheikh : l'après-sommet sera le véritable test

08/02/2005 - 14:43

JERUSALEM, 8 fév (AFP) - Les déclarations d'intention du sommet
israélo-palestinien de Charm el-Cheikh en Egypte, proclamant solennellement la
fin des violences entre Israéliens et Palestiniens, vont être mis à l'épreuve
des
faits dans les semaines et les mois qui viennent.

Des spécialistes du Proche-Orient mettent en garde contre un excès d'optimisme
après ces annonces qui interviennent après plus de quatre ans d'Intifada et
d'espoirs souvent déçus.

"J'ai appris que sur la terre des prophètes, il vaut mieux ne pas se livrer au
jeu de la prophétie", confie à l'AFP Eytan Haber, ancien conseiller du Premier
ministre israélien assassiné en 1995 Yitzhak Rabin.

"D'autant, ajoute-t-il, que l'expérience nous a montré que sombrer trop vite
dans l'euphorie pouvait aboutir à de mauvaises surprises".

Les accords d'Oslo de 1993, signés par Rabin et Yasser Arafat, le président de
l'Autorité palestinienne décédé en novembre, avaient suscité un grand espoir
dans la région, avant de capoter et d'être suivis par des flambées de violence.

"Des sommets, nous en avons déjà vu beaucoup", rappelle le professeur de
sciences politiques de l'Université hébraïque de Jérusalem, Avraham Diskin.

"Il se peut que celui-là aboutisse vraiment à un arrêt complet de la violence,
que l'on se dirige vers un Etat palestinien, mais tant qu'il n'y aura pas une
reconnaissance générale du fait israélien dans la région, il n'y aura pas de
paix", affirme l'universitaire.

Ce qui ne l'empêche pas de considérer le successeur d'Arafat, Mahmoud Abbas,
comme "un dirigeant plus réaliste, plus rationnel, avec lequel il est possible
de discuter".

Pour le professeur Shaul Michal, politologue à l'Université de Tel-Aviv, il est
possible que les parties entament des négociations sur le statut définitif des
territoires palestiniens "plus vite que nous le pensons".

A condition, fait-il valoir, que "nous assistions à un tremblement de terre
politique qui permettra de redessiner la configuration des organisations
palestiniennes" armées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Dany Rubinstein, spécialiste du monde arabe au quotidien Haaretz, met en garde
lui aussi contre "le risque d'échec lorsqu'Israël et les Palestiniens aborderont
les vrais problèmes", autrement dit la question de Jérusalem, la barrière de
sécurité, la colonisation des territoires palestiniens.

"Au delà du sommet, ce qui est inquiétant, c'est que les problèmes les plus
sensibles ne soient pas encore abordés", renchérit Khader Khader, expert
palestinien du Jérusalem Media and Communication Center, à Jérusalem-est.

"Nous ne pouvons pas dire que nous sommes heureux, seulement soulagés de voir
que le processus a bien commencé", a-t-il poursuivi, en regrettant qu'Israël
bénéficie toujours du soutien inconditionnel des Etats-Unis.

"L'essentiel, c'est ce qui va se passer une fois que les projecteurs de Charm
el-Cheikh se seront éteints", souligne-t-il, en mettant en garde contre
"l'émergence prochaine assurée de divergences majeures".

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Courrier international 2005
______________________________________________________________________________

Rebonds

Les leaders Sharon et Abbas devront tous deux affronter leurs extrêmes pour
bâtir l'avenir.

Panser le Proche-Orient

Par Nissim ZVILI

Libération

lundi 07 février 2005

Nissim Zvili ambassadeur d'Israël en France.

Un débat pour le moins surréaliste agite,ces derniers temps,Israël.«Faut-il se
suicider pour éveiller l'opinion publique?» se demandent certains Israéliens
extrémistes qui sont contre le plan de désengagement de la bande de Gaza et du
nord de la Samarie. Ils sont convaincus que cette terre appartient au peuple
juif et que son évacuation mènera Israël à sa perte. Il y a vingt ans, leurs
rabbins les enjoignaient de tout faire pour lutter contre ceux qui auraient
voulu les déloger. Aujourd'hui, alors que ce plan a bel et bien été voté et
qu'il a été mis en route, des dizaines de rabbins fanatiques ont signé une
pétition pour inciter à la désobéissance. Ils se demandent s'il leur faudra
affronter leurs concitoyens, les soldats israéliens, s'il faudra lutter l'un
contre l'autre avec des armes.

Dans l'armée aussi, certains soldats hésitent à mettre en oeuvre le plan de
désengagement. Ariel Sharon a donné des ordres très clairs pour que Tsahal soit
en mesure de contrer ce phénomène de désobéissance avant l'évacuation, prévue au
printemps. Il a compris le danger que représente une politisation de l'armée.
Des Israéliens tireront-ils sur des Israéliens pour faire respecter la loi ?
Pour désobéir à la loi ? Des illuminés iront-ils jusqu'à mettre à exécution leur
menace contre la vie du Premier ministre d'Israël ? Personne ne peut oublier
l'assassinat de Rabin. Et,comme alors, les débats sont tumultueux et les
tensions grandes dans la société israélienne, mettant à jour des fractures qui
laisseront des traces sans doute pour longtemps.

Ariel Sharon, en rupture avec ses convictions d'antan, a pris un virage
déterminant. Il a d'abord affronté les durs de son parti, puis ceux de son
gouvernement, pour faire passer ce plan de désengagement qui paraissait
impensable de sa part il y a peu. Le Premier ministre israélien a fait le choix
d'agir en chef de gouvernement qui oriente la politique. Cela comporte des
risques, mais l'espoir réside dans le fait que la démocratie israélienne est
solidement enracinée, elle est consubstantielle à la renaissance de
l'Etat. La période qui s'ouvre sera rude, mais les décisions démocratiquement
adoptées en Israël ont toujours trouvé le chemin du concret pour devenir
effectives.

La société israélienne, agitée de l'intérieur, n'en est pas moins harcelée de
l'extérieur. Plus le départ israélien approche, plus les extrémistes
palestiniens ont intérêt à bombarder les villes israéliennes de roquettes, tuant
un gamin au hasard d'une rue. Trois bombes humaines se sont fait exploser au
point de passage de Karni le 13 janvier, tuant six Israéliens et en blessant
cinq. Karni est un point de contact entre Palestiniens et Israéliens. C'est par
là qu'arrivent nourriture, médicaments et matières premières destinés aux
Palestiniens, c'est d'ici que partent les exportations palestiniennes, et c'est
à Karni que viennent les Palestiniens cherchant un travail en Israël.

Les terroristes qui ont visé l'endroit le savent très bien. Mais frapper la vie
quotidienne des Palestiniens leur importe peu. Les mouvements extrémistes sont
indifférents au bien-être des Palestiniens. La misère leur sert au contraire de
terreau fertile de recrutement. Les points d'échange sont des failles dans
lesquelles les terroristes se sont toujours engouffrés pour miner les forces de
réconciliation et de partage.Ces mouvements terroristes qui s'en prennent
délibérément et de façon massive aux civils n'ont rien de mouvements de
libération nationale. Toute approche par la négociation ne les intéresse pas.
Tout au long du processus d'Oslo, chaque fois qu'un accord israélo-arabe
intervenait, un attentat anti-israélien le suivait de peu. Aujourd'hui encore,
les organisations terroristes ne sont pas intéressées par la paix et ses
avancées. Ils ne sont pas dans le champ du politique mais dans celui de la
guerre.

Cependant, et peut-être au grand désarroi des terroristes, c'est bien par un
processus politique que Mahmoud Abbas a été élu président de l'Autorité
palestinienne. Le mandat qu'il a reçu est très clair : mettre fin au terrorisme
«envers les Israéliens où qu'ils se trouvent», reprendre la voie des
négociations et améliorer les conditions de vie des Palestiniens. Ce mandat ne
lui a pas été confié par les extrémistes, qui se sont massivement abstenus de
voter, mais par une forte majorité qui est généralement réduite au silence.

Mahmoud Abbas est désormais investi d'une responsabilité qu'il lui reste à
exercer pleinement. Il y a urgence. Il y a un risque permanent de nouvelles
victimes, il y a un culte de la mort sur lequel les islamistes font croître la
haine et la violence, il y a des enfants palestiniens dont on contamine l'esprit
pour longtemps. Pour que la réalité change, les mots doivent être suivis
d'action, les actions doivent être suivies d'effets. Sans quoi le mot
«responsabilité» se videra de son sens et l'espoir s'effondrera, étouffé dans
l'oeuf.

Mahmoud Abbas a rendez-vous avec son peuple. S'il doit en premier lieu se
préoccuper de lui construire un avenir, d'investir dans l'économie, la santé et
la justice, s'il doit endiguer la corruption et le trafic d'armes, ses
responsabilités le placent aussi face aux extrémistes et aux groupes
terroristes. Affronter une partie de son peuple est une tâche ingrate mais
incontournable lorsque le projet commun est menacé par une minorité. Gouverner,
c'est faire des choix difficiles.

Mahmoud Abbas a aujourd'hui deux possibilités : soit convaincre les mouvements
terroristes de quitter leur idéologie destructrice et se transformer en force
politique, ce qui impliquerait pour eux de s'intégrer à son gouvernement et de
se soumettre aux règles démocratiques, en renonçant aux armes et au chantage.
Soit, en cas d'échec, utiliser la force pour contrer les manoeuvres des
extrémistes et assumer aussi ses engagements vis-à-vis de son peuple. Il n'y a
pas de troisième choix. Ces premiers pas sont irréductibles. La «feuille de
route» le stipule on ne peut plus clairement: l'arrêt du terrorisme,assorti de
la fin de l'incitation à tuer et du démantèlement des mouvements terroristes,
n'est pas une étape comme une autre, mais un préalable à toutes les étapes
ultérieures de ce plan agréé par les deux parties et par la communauté
internationale.

Pour le moment, Mahmoud Abbas a opté pour la négociation avec les mouvements
radicaux. Il démontre par là son réel sens politique et sa détermination. Sur le
plan de l'action, le changement stratégique est également enclenché. Alors que
l'attentat de Karni impliquait des Palestiniens des forces de sécurité -­ des
employés de l'Autorité palestinienne donc­, Mahmoud Abbas a désormais pris
l'initiative de déployer des policiers palestiniens le long de la bande de Gaza
pour empêcher des attaques anti-israéliennes. Et on voit bien que «ça marche» :
les civils retrouvent une vie là où le terrorisme a levé son emprise.

Des policiers palestiniens qui font régner l'ordre, c'est ce qu'on appelle du
«jamais-vu», à la grande surprise des Occidentaux, qui les croyaient détruits
par Israël. Cette bouffée d'oxygène n'est pas du goût de tout le monde : le
Jihad islamique déclare que cela «pourrait être le déclencheur d'une crise
interpalestinienne». Certes, après plus de dix ans de «laisser-faire»,
d'encouragement et de financement du terrorisme au plus haut niveau, la menace
est réelle. Face à elle, l'Autorité palestinienne doit s'affirmer comme la seule
autorité légitime. Ni le Hamas, ni le Jihad, ni le Hezbollah ou son mentor
iranien ne doivent dicter leur loi. En 2003 déjà, Mahmoud Abbas déclarait que la
seule source d'autorité est celle de l'Autorité palestinienne.

Le premier défi du président de l'Autorité palestinienne sera d'opposer une
volonté farouche à ces extrémistes. Si la négociation échoue, il lui faudra du
courage politique pour confisquer toutes les armes illégales, arrêter les
terroristes et démanteler leurs infrastructures. La fin de l'incitation à la
haine (dans les médias, les mosquées, les écoles) est une mesure qui peut être
entreprise dès maintenant. Si le président élu ne peut exercer son pouvoir, ce
sont les éléments extrémistes qui le feront tomber.

Depuis la mort de Yasser Arafat,on a épuisé tous les termes pour évoquer cette
fameuse «fenêtre des opportunités». Mais, quand la vanne des possibles est
ouverte, il faut garder à l'esprit que le pire aussi devient une possibilité. Il
faudra encore beaucoup de volonté, de courage et d'action politique de la part
des deux leaders, l'Israélien et le Palestinien, pour, ensemble, faire évoluer
les choses et éviter le chaos. Face à leurs extrêmes, les deux leaders
n'affrontent pas des situations tout à fait parallèles. Israël possède une
culture démocratique qui lui permet d'opérer des changements de fond pour le
bien de tous. Malgré la période critique et difficile qu'Israël aborde, les
extrémistes ne pourront que suivre le mouvement, avec, nous l'espérons, le moins
de dégâts possibles. L'Autorité palestinienne doit, quant à elle, se
désembourber d'une situation où une multitude de factions armées, belliqueuses
et jusqu'au-boutistes ­ y compris dans ses rangs ­ veulent déstabiliser le
pouvoir pour faire émerger le seul ordre qu'elles tolèrent : le leur. Mais
Mahmoud Abbas et de nombreux leaders palestiniens sont véritablement habités par
un esprit démocratique et la volonté de remettre enfin de l'ordre.

Sharon et Abbas sont tous deux armés d'une forte légitimité démocratique,
soutenus par la majorité des Israéliens et des Palestiniens pour bâtir un avenir
meilleur. Derrière le bruit de ceux qui disent non à tout compromis, il y a le
murmure de ceux qui veulent partager, échanger, créer un Proche-Orient prospère,
respectueux des identités de chacun.

Et, pourquoi pas, heureux.

© Libération
_____________________________________________________________________________

A Naplouse, chaos des armes et gangs mafieux

LE MONDE | 08.02.05 | 14h33

Naplouse de notre envoyé spécial

La police palestinienne a repris ses patrouilles dans Naplouse, le marché aux
légumes a été réorganisé, mais Amin Maqboul, le secrétaire général du Fatah pour
la Cisjordanie, en convient volontiers : "Il reste encore beaucoup de travail
pour remettre de l'ordre dans la ville. L'élection de Mahmoud Abbas a créé une
attente, il faut maintenant que les choses changent si on ne veut pas décevoir."

Naplouse ne figure pas sur la liste des agglomérations de Cisjordanie qui
devraient repasser sous entière autorité palestinienne. Depuis plus d'un an, la
ville fonctionne sans maire. Le dernier en date, Bassam Chaka'a, nommé par
l'Autorité palestinienne, a démissionné après l'assassinat de son frère. De
véritables gangs, qui masquent des activités mafieuses sous de vagues discours
politiques, tiennent la vieille ville et font régner l'insécurité partout
ailleurs.

"Pour faire le ménage à Naplouse, nous avons besoin de nouveaux responsables des
services de sécurité, mais il faut commencer par un nouveau ministre de
l'intérieur qui devra être un homme à poigne", assure Amin Maqboul. "Les
élections municipales, prévues pour l'instant en avril, devraient nous permettre
ensuite de remettre la mairie en route. Il faudrait aussi que Mahmoud Abbas
vienne sur le terrain. Sa présence rassurerait les gens", ajoute-t-il.

Mohammed Razal, un porte-parole du Mouvement de la résistance islamique (Hamas),
se décharge de toute responsabilité dans le chaos qui règne. "C'est un problème
interne au Fatah, les gangs sont utilisés par des responsables rivaux, dans
l'administration de la mairie, au sein du gouvernorat. Ce sont eux qui créent
les problèmes alors qu'ils devraient au contraire les résoudre, assure- t-il. Le
Hamas est d'ailleurs très populaire à Naplouse, parce que les gens voient qu'il
se comporte bien. C'est pour cela que nous pouvons tout à fait l'emporter lors
des municipales."

"Naplouse est Fatah", affirme en réponse Amin Maqboul, qui s'appuie sur le
résultat des élections étudiantes d'Al-Najah, la plus grande université de
Cisjordanie, qui ont vu la victoire du Fatah sur le Hamas. A Balata, camp de
réfugiés surpeuplé qui borde l'entrée sud de la ville, Nasser Abou Aziz ne cesse
de vitupérer contre l'Autorité palestinienne, coupable selon lui de naïveté face
aux Israéliens.

PATROUILLES ISRAÉLIENNES

Autrefois agent de la Sécurité préventive pour la Cisjordanie, aujourd'hui
membre des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa,une nébuleuse de groupes armés issus
comme lui du Fatah, Nasser Abou Aziz tourne en dérision le choix de certains de
déposer les armes pour rejoindre les services de l'Autorité palestinienne.
"Ceux qui font cela ont tout simplement peur de mourir, ce ne sont pas de vrais
combattants, dit-il. Le chaos des armes - dénoncé par M. Abbas - ne me concerne
pas, moi, je m'en sers uniquement contre les militaires et les colons
israéliens. La résistance est un droit légitime. Qui pourrait me prouver le
contraire !" Minoritaire au sein des Brigades, il n'en démord pas : "Les
Israéliens continuent de patrouiller dans Balata pour nous provoquer, les
libérations de prisonniers n'avancent pas, et Abou Mazen - le nom de guerre de
M. Abbas - risque rapidement de se retrouver dans la situation d'Arafat, bloqué
à la Mouqata'a - le siège de l'Autorité à Ramallah. C'est pour cela qu'il faut
garder le nom des Brigades et ne pas les démanteler, parce qu'elles devraient
encore servir à l'avenir !"

Gilles Paris

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 09.02.05

© Le Monde 2004
____________________________________________________________________________

Le Hamas s'empare de 7 des 10 conseils municipaux de Gaza

Par Nidal al Moughrabi

vendredi 28 janvier 2005, 15h40

GAZA (Reuters) - Le Hamas a nettement surclassé le Fatah en remportant sept des
10 conseils municipaux de Gaza avec environ deux tiers des sièges lors des
élections de jeudi marquées par une importante participation.

La liste du Hamas rafle 75 des 118 sièges en jeu, alors que le Fatah du
président Mahmoud Abbas s'en contente de 39, au vu des chiffres définitifs
communiqués vendredi par la Commission électorale.

Le président Abbas, un modéré qui prône le renoncement à la violence, subit là
un camouflet, moins de trois semaines après son élection à une nette majorité.

Des milliers de sympathisants du Mouvement de la résistance islamique ont tenu à
fêter l'événement dans les rues de Gaza en agitant les drapeaux verts de leur
organisation.

Les haut-parleurs répétaient en boucle le même slogan: "La victoire du Hamas
prouve que l'islam est la solution!"

"Notre peuple est d'accord sur le choix de la guerre sainte et de la résistance,
et ces élections ont mis en relief ces concepts", a déclaré à la presse un
porte-parole du Hamas, Mouhir al Masri.

Le taux de participation a atteint les 80%, soit nettement plus que pour
l'élection présidentielle du 9 janvier.

Pour le ministre des Collectivités locales Djamal al Chobaki, membre du Fatah,
la participation élevée montre que le peuple palestinien a compris que la
démocratie et les élections marquaient le commencement de la fin de l'occupation
israélienne.

Déjà, le Hamas avait fait très bonne figure lors des élections municipales qui
s'étaient déroulées le 23 décembre en Cisjordanie et le Mouvement de la
résistance islamique s'attendait à faire encore mieux dans la bande de Gaza, où
vivent 1,4 million de Palestiniens, pour une bonne part dans la misère.

LE HAMAS PRÉSENT AUX LÉGISLATIVES?

En Cisjordanie, le Hamas l'avait emporté dans neuf conseils municipaux contre 16
pour le Fatah, avec lequel il était à égalité dans la 26e et dernière
municipalité en jeu.

Dans la bande de Gaza, le scrutin fait figure de baromètre du soutien de la
population aux islamistes du Hamas, qui ont boycotté l'élection présidentielle
face à un Abbas prônant le renoncement à la violence contre Israël.

Ce succès laisse augurer d'une participation du Hamas aux législatives
programmées pour juillet. Forte de sa victoire, l'organisation extrémiste, qui
n'a pas encore pris position sur sa participation, pourrait être tentée de tirer
profit de la dynamique en sa faveur.

Un porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, a levé un peu le voile. "Les
résultats (des municipales) montrent que notre peuple insiste pour que le Hamas
participe au scrutin suivant".

Le Hamas, qui s'est juré la destruction de l'Etat juif, s'est acquis la faveur
d'une frange importante de la population, non seulement en campant sur sa ligne
dure, mais aussi grâce aux oeuvres de charité qu'il chapeaute et qui aident les
Palestiniens dans le besoin, en l'absence de politique sociale digne de ce nom
de la part de l'Autorité autonome.

Pour les observateurs, le fait que le Hamas participe aux municipales montre
qu'il veut assumer sa part de pouvoir dans la bande de Gaza, dans la perspective
du retrait des colons juifs et de l'armée israélienne de ce territoire prévu
dans le courant de cette année.
_____________________________________________________________________________

Le Hamas et le Hezbollah décident de poursuivre leurs actions contre Israël

lundi 31 janvier 2005, 5h31

BEYROUTH (AP) - Le Hezbollah et le Hamas ont décidé de poursuivre leurs actions
contre Israël malgré les pressions américaines exercées sur eux, a déclaré le
Hezbollah dans un communiqué publié dimanche.

Cet accord a été scellé lors d'une réunion entre le chef du groupe palestinien
Hamas, Khaled Mashaal, et le chef du Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah dans le
bureau de ce dernier dans la capitale libanaise.

"Un accord a été conclu sur le fait que l'option de la résistance et de la
fermeté est la seule option face à la pression actuelle", précise le communiqué.

Les discussions entre les chefs des deux groupes ont porté sur les derniers
développements dans la région, "particulièrement (sur) la pression à laquelle
sont confrontées les forces de résistance et de fermeté en Syrie et au Liban à
travers la résolution 1559 (de l'ONU) et en Palestine du fait de l'agression
continue (israélienne) contre le peuple palestinien", ajoute le communiqué.

La résolution 1559 de l'ONU, votée en septembre, appelle au démantèlement du
Hezbollah et des groupes armés palestiniens ainsi qu'au retrait des troupes
syriennes du Liban.

Samedi, le ministre palestinien des Affaires étrangères Nabil Chaath a annoncé
que le Hamas et le Djihad islamique s'étaient engagés à une trêve provisoire
mais seulement si Israël cesse les attaques sur les zones palestiniennes et
libère les Palestiniens détenus en Israël.

A l'issue de sa rencontre dimanche avec cheikh Hassan Nasrallah, le chef du
Hamas a qualifié de "forte" la relation de son groupe avec le Hezbollah. "Nous
sommes partenaires dans cette marche pour confronter un ennemi commun", a-t-il
déclaré à la presse. "De la même façon que le Sud-Liban a été libéré, nous avons
l'espoir que toute la Palestine soit libérée."

Le Hezbollah, groupe chiite soutenu par la Syrie et l'Iran, a mené durant 18 ans
une guérilla contre les troupes du Tsahal dans la zone frontalière entre Israël
et le Liban. L'occupation israélienne a pris fin en 2000. AP
______________________________________________________________________________

Voir aussi notre bulletin n°1111 du 10/1/2004

Sources palestiniennes : le Hamas et le Jihad islamique planifiaient les
attentats pour torpiller le processus de paix

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/1111
____________________________________________________________________________

Vingt-cinq blessés lors d'affrontements entre militants du Fatah et du Hamas
dans la Bande de Gaza

samedi 29 janvier 2005, 21h50

JERUSALEM (AP) - Un rassemblement politique organisé par le Hamas dans le camp
de réfugiés de Maghazi centre de la Bande de Gaza a dégénéré samedi après que
des partisans du Fatah eurent ouvert le feu, provoquant des affrontements qui
ont fait 25 blessés, selon un responsable palestinien.

Ce sont les premières violences entre factions rivales palestiniennes depuis
l'élection de Mahmoud Abbas à la présidence de l'Autorité palestinienne le 9
janvier. Le successeur de Yasser Arafat a organisé des discussions avec les
factions palestiniennes, dont le Hamas, pour tenter d'obtenir une trêve entre
les groupes radicaux et Israël.

La fusillade s'est produite lors d'un rassemblement en plein air organisé par le
Hamas pour célébrer sa victoire aux municipales dans la Bande de Gaza dans la
semaine. Selon un responsable palestinien qui a requis l'anonymat, des partisans
du Hamas ont scandé des slogans de victoire, provoquant la colère de militants
du Fatah, la faction dominante de Mahmoud Abbas.

L'un d'eux a ouvert le feu, blessant grièvement un militant du Hamas. Quelque 25
autres personnes ont été blessées dans la mêlée qui a suivi.

De telles violences entre factions palestiniennes sont rares. AP
___________________________________________________________________________

#1717 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Mardi 8. Février 2005  16:00
Sujet: Mahmoud Abbas est menacé de mort par le Hezbollah
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Mahmoud Abbas est menacé de mort par le Hezbollah

Par Maariv

http://www.proche-orient.info/

7 février 2005 / 11 h 55

Le président de l'Autorité palestinienne a clairement signifié, aux Américains
et aux Européens, que ce mouvement est une organisation terroriste.

Le Maariv se fait l'écho d'informations en provenance de sources arabes selon
lesquelles le Hezbollah aurait l'intention d'attenter à la vie du président de
l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, afin de torpiller la relance du
processus de paix.

Le Maariv rapporte qu'au cours de ces dernières semaines, Abou Mazen a
clairement indiqué aux Américains et aux Européens que le Hezbollah est une
organisation terroriste et qu'il représente un danger pour la stabilité
régionale. L'émissaire européen au Proche-Orient, Mark Otte a confirmé à des
sénateurs américains les plaintes émises par la partie palestinienne concernant
les activités du Hezbollah.

Selon le Maariv, les relations entre Abbas et le Hezbollah se sont
considérablement dégradées. Lors de discussions fermées avec des responsables
israéliens, Mahmoud Abbas n'hésite pas à exprimer ses appréhensions face au
regain d'activités subversives du mouvement chiite et de ses parrains iraniens
et syriens dans les Territoires, dans le but de torpiller un éventuel
cessez-le-feu.

Par ailleurs, le quotidien israélien cite Shaoul Mofaz qui a affirmé que les
organisations terroristes tenteraient de faire échouer le sommet de Charm
el-Cheikh en commettant des attentats. C'est pourquoi les forces de sécurité
israéliennes seront, demain, en état d'alerte maximale.
_____________________________________________________________________________

#1718 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Mercredi 2. Février 2005  13:50
Sujet: La Corée du Nord reconnaît posséder l'arme atomique / Où est passé Kim Jong-il ?
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. La Corée du Nord reconnaît posséder l'arme atomique et suspend sa
    participation aux pourparlers sur son programme nucléaire

    [Quotidien permanent du nouvel obs - 10/2/2005]

2. La Corée du Nord aurait vendu de l'uranium enrichi à la Libye

    [LEMONDE.FR - 02.02.05]

3. Lequel ne passera pas l’année ?

    Pour George Bush et Condi Rice, le dictateur nord-coréen Kim Jong-il est
    plus que jamais l’homme à abattre. Seul problème : où se terre-t-il ? Cela
    fait près de cinq mois qu’il n’a pas été vu en public

    [Valeurs Actuelles n° 3558 - 4 Février 2005]
___________________________________________________________________________

La Corée du Nord reconnaît posséder l'arme atomique et suspend sa participation
aux pourparlers sur son programme nucléaire

Jeudi 10 février 2005 - 11h48

Quotidien permanent du nouvel observateur

SEOUL, Corée du Sud (AP) -- La Corée du Nord a publiquement reconnu jeudi pour
la première fois que le pays possédait l'arme atomique, tout en annonçant
qu'elle ne participerait plus aux pourparlers de six nations - les deux Corée,
les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon - visant à mettre fin au
programme d'armement nucléaire nord-coréen.

«Nous avons déjà pris la décision résolue de nous retirer du (Traité de
non-prolifération nucléaire) et avons fabriqué des armes atomiques pour notre
autodéfense contre la politique de l'administration Bush qui cherche plus
ouvertement que jamais à isoler et réprimer la DPRK», a annoncé le ministère
nord-coréen des Affaires étrangères dans un communiqué relayé par l'agence
officielle KCNA. Les initiales DPRK signifient République démocratique populaire
de Corée, nom officiel de la Corée du Nord.

Dans son communiqué, l'Etat communiste déclare également qu'il est «contraint de
suspendre» et ce «pour une période indéterminée» sa participation aux
pourparlers nucléaires qui regroupent les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine,
la Russie et le Japon.

A Luxembourg, où elle rencontre des responsables de l'Union européenne, la
secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a déclaré que l'administration
américaine allait examiner cette annonce, tout en exhortant l'Etat communiste à
mettre fin à son isolement.

«Je pense que nous devons d'abord examiner la déclaration, et ensuite nous
devrons parler avec nos alliés», a-t-elle affirmé sur la chaîne de télévision
RTL.

«Les Nord-Coréens n'ont aucune raison de croire que quelqu'un veut les
attaquer», a-t-elle souligné. «On leur a dit qu'ils pouvaient avoir des
garanties multilatérales en matière de sécurité s'ils prennent la décision
importante d'abandonner leur programme d'armement nucléaire», a-t-elle ajouté.
AP

© Le Nouvel Observateur 2005
___________________________________________________________________________

La Corée du Nord aurait vendu de l'uranium enrichi à la Libye

LEMONDE.FR | 02.02.05 | 12h51

Des tests américains effectués sur des échantillons fournis l'an passé par
Tripoli révèlent que ceux-ci ne proviendraient pas du Pakistan, comme cela avait
été d'abord envisagé, mais "de Corée du Nord, avec une certitude d'au moins 90
%".

La Corée du Nord a sans doute vendu de l'uranium enrichi à la Libye, selon des
tests américains effectués sur des échantillons fournis l'an passé par Tripoli,
et pourrait avoir fait de même avec la Syrie et l'Iran, selon des informations
publiées mercredi 2 février par le New York Times.

Les tests sur le matériel libyen ont été conduits au Laboratoire national d'Oak
Ridge, après que Tripoli eut accepté en décembre 2003 de démanteler ses
programmes nucléaire, chimique et biologique militaires en échange d'une levée
des sanctions à son encontre.

Toujours selon le New York Times, ces tests ont montré que les échantillons
d'uranium enrichi ne provenaient pas du Pakistan, comme cela avait été d'abord
envisagé, mais "de Corée du Nord, avec une certitude d'au moins 90%".

LA SOLUTION DIPLOMATIQUE PRIVILÉGIÉE

Cette information, qui provient de sources proches des services de
renseignement, est de nature à relancer le débat sur l'ampleur de la menace
représentée par le programme nucléaire nord-coréen, estime le journal. Le
quotidien cite ainsi un ancien responsable non identifié du Pentagone, selon
lequel cette découverte est de nature à "changer toute l'équation en ce qui
concerne la Corée du Nord".

"Elle suggère que nous n'avons pas le temps de nous asseoir autour d'une table
et d'attendre le résultat des négociations", affirme-t-il, en ajoutant : "C'est
une conclusion effrayante car vous ne savez pas à qui d'autre les Nord-Coréens
peuvent avoir vendu" de l'uranium enrichi.

Pourtant, le président américain, George W. Bush, devrait réaffirmer, mercredi,
dans son discours sur l'état de l'Union, qu'il privilégie une solution
diplomatique pour empêcher l'Iran et la Corée du Nord de développer des armes
nucléaires, a indiqué un responsable de son administration.

Le ministre des affaires étrangères sud-coréen, Ban Ki-moon, a déclaré mardi
s'attendre à un retour de la Corée du Nord à la table des négociations sur ses
ambitions nucléaires après le discours sur l'état de l'Union.

Pyongyang s'est dit prêt à reprendre le dialogue et à renoncer à l'arme
nucléaire en échange de concessions de Washington, après avoir toutefois
boycotté la dernière session de pourparlers multilatéraux qui devait se tenir en
septembre dernier à Pékin.

Avec AFP

© Le Monde 2004
______________________________________________________________________________

Valeurs Actuelles n° 3558 paru le 4 Février 2005

Monde

Lequel ne passera pas l’année ?

En participant largement aux élections du 30 janvier, les Irakiens ont ratifié
la “lutte pour la démocratie” de George Bush. Prochain objectif américain :
éliminer les “petits tyrans” encore en selle. Avec l’appui des Européens ?

Pour George Bush et Condi Rice, le dictateur nord-coréen Kim Jong-il est plus
que jamais l’homme à abattre. Seul problème : où se terre-t-il ? Cela fait près
de cinq mois qu’il n’a pas été vu en public, ni présenté à la télévision :
depuis le 9 septembre 2004, date à laquelle une explosion mystérieuse a ravagé
la province de Yanggang, le long de la frontière chinoise. Plus étrange encore,
ses portraits officiels, naguère omniprésents, disparaissent les uns après les
autres.

Le fait a été noté par les visiteurs étrangers, diplomates ou hommes d’affaires.
Un expert économique autrichien qui se rend fréquemment dans le pays, Rüdiger
Frank, observe : « Jusqu’ici, les hôtels où je séjournais étaient décorés de
portraits jumeaux de Kim Jong-il, le Grand Dirigeant actuel, et de son père Kim
Il-sung, le fondateur du régime. Lors de mon dernier voyage, courant septembre,
ces icônes avaient été décrochées. Dans la salle de conférences, il n’y avait
plus qu’un seul portrait, celui du père. »
Le phénomène a pris tant d’ampleur que les services d’information nord-coréens
ont procédé à des mises au point. Celles-ci sont bien contradictoires. Un
conseiller de l’ambassade au Japon, Li Sang-su, a affirmé à la mi-novembre qu’il
s’agissait d’une “opération purement technique” : « Beaucoup de portraits
étaient jaunis. Il fallait les changer. Et tenir compte, dans les nouveaux
portraits, de l’âge réel du Dirigeant. Cela prend du temps. » Au même moment,
l’agence de presse chinoise publiait une interview d’un responsable du ministère
nord-coréen des Affaires étrangères, Ri Gyong-son, selon laquelle les “rumeurs
concernant la disparition des portraits officiels” étaient propagées “par les
Américains et tous ceux qui veulent renverser le régime” de Pyongyang.

Pour certains analystes, il se pourrait tout simplement que Kim soit mort, soit
le 9 septembre au Yanggang, soit dans une autre explosion, survenue le 22 avril
dernier à Ryongchon, le port qui sert de portail frontalier avec la Chine.
Certes, il est réapparu à la télévision entre fin avril et début septembre.
Reste à déterminer la nature de ces images : reportages d’actualité, ce qui
confirmerait que le dictateur aurait survécu, ou archives. Ce dont plus personne
ne doute, c’est que le régime soit entré dans sa phase terminale. « Après plus
de quinze ans de famine organisée, la population n’est plus intimidée par la
terreur policière », écrit le journal sud-coréen Monthly Chosun. Un décret de
1997 prévoit la peine de mort pour tout “vol” ou “commerce illégal” de produits
alimentaires, à commencer par le riz ou le blé. Les exécutions sont fréquentes
et ont lieu en public : fusillade, garrot et même bûcher.

Mourir pour mourir, de nombreux Nord-Coréens préfèrent participer à des actes
insurrectionnels : profanation des portraits officiels, destruction de monuments
mais aussi attentats contre des chefs locaux du parti ou des forces de sécurité.
« Certains d’entre eux ont été enlevés, torturés, mis en pièces, parfois en
compagnie de leur proche famille. »

Longtemps considérée comme l’enfant chéri du régime (elle absorbe officiellement
18,8 % du PNB et officieusement plus du tiers), l’armée n’est plus sûre. Les
tentatives de coup d’État ou plus prosaïquement d’attentats sur la personne de
Kim se sont succédé tout au long des années 1990 : pas moins de sept.

Les conditions atroces dans lesquelles les conjurés ont été exécutés (en 1995,
on a parlé d’un bûcher collectif pour plusieurs dizaines de personnes) n’ont pas
découragé de nouvelles tentatives comme les opérations de Ryongchon ou de
Yanggang.

Les désertions se multiplient : selon le Monthly Chosun, des milliers de
militaires de tout rang auraient fui vers la Chine à partir de 1998, quand les
rations alimentaires réservées à leurs familles se sont rapprochées de celles du
reste de la population. Les officiers supérieurs les imitent : on peut voir dans
tous les locaux officiels des avis de recherche concernant des généraux ou
colonels “félons”. Au total, 10 % du haut commandement auraient ainsi fait
défection, principalement vers la Chine, où une “armée nord-coréenne en exil”
aurait été mise sur pied, sous le contrôle étroit des forces armées de Pékin.

Le lieutenant-général préfère l’Amérique.

Le lieutenant-général O Se-ok, lui, a préféré se tourner vers les États-Unis.
C’était l’une des personnalités clés de la hiérarchie nord-coréenne. Son père, O
Kuk-ryol, a longtemps été le numéro deux militaire de Pyongyang, derrière Kim
Jong-il. Lui-même connaissait une ascension rapide au sein de l’état-major. Au
mois de mai 2004, il s’embarque sur un petit bateau à Chongjin et gagne le
Japon, avant d’obtenir le droit d’asile en Amérique. Certains estiment qu’O
Se-ok est en fait un émissaire,chargé de négocier un arrangement avec
Washington. Au nom de Kim ? Peut-être. Ou au nom d’une partie de la haute
nomenklatura : rien n’interdit de penser que Kim est mort à Ryongchon et que,
depuis cette date, les héritiers peinent à organiser sa succession. Une partie
d’entre eux ne verraient de salut que dans un protectorat chinois. D’autres
préféreraient jouer la carte américaine.

Anneliese Graschy

© Copyright Valeurs Actuelles  2005 Groupe Valmonde - Tous droits réservés.
______________________________________________________________________________

#1719 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Jeudi 10. Février 2005  13:10
Sujet: «Une arme de survie d'un régime paranoïaque»
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Monde

«Une arme de survie d'un régime paranoïaque»

Par Judith Rueff

Libération

jeudi 10 février 2005 (Liberation.fr - 12:55)

Bruno Tertrais, spécialiste en recherche stratégique, vient de publier un
ouvrage sur la diplomatie américaine, «Quatre [ans] pour changer le monde:
l'Amérique de George Bush, 2005-2008», aux éditions Autrement. Il répond aux
questions de Libération.fr.

Peut-on croire les autorités nord-coréennes quand elles disent qu'elles ont
l'arme atomique?

Personne aujourd'hui ne peut en avoir la certitude absolue, mais tout ce que
nous savons sur le programme nucléaire de la Corée du Nord nous permet de dire
que c'est une hypothèse raisonnable. Seul un essai nucléaire pourrait achever de
nous convaincre que Pyongyang a la bombe, mais on peut parler de certitude à
90%. Cette quasi-conviction se base sur un faisceau d'indices. Le pays dispose
d'un programme avéré de retraitement du combustible irradié de ses centrales
nucléaires, qui ne sont pas reliées au réseau électrique et ne servent donc pas
à la production d'électricité. On sait avec certitude que le combustible est
retraité pour en extraire le plutonium. En octobre 2002, le régime a avoué
disposer d'un deuxième programme, secret celui-là, d'enrichis-sement de
l'uranium. Enfin, des émissions de gaz signalant des processus de retraitement
nucléaire ont été détectés. On peut donc raisonnablement estimer que la Corée du
Nord a la capacité de fabriquer quelques bombes par an depuis le tournant du
siècle. On ignore en revanche si elle est capable de mettre ces armes sur des
missiles balistiques.

S'agit-il, comme l'affirme le ministre des Affaires étrangères, d'une «mesure
d'auto-défense» contre une attaque américaine?

Il s'agit avant tout d'une arme de survie d'un régime paranoïaque, qui vit dans
la peur d'être attaqué. Rappelons qu'au moment de la guerre en Irak, Kim Jong-il
a disparu pendant quelques semaines. Les autorités nord-coréennes ont été
particulièrement furieuses d'être incluses dans l'axe du mal décrété par Bush en
janvier 2002, et cela a pu les encourager à renforcer leur capacité nucléaire.
Les récentes déclarations américaines traitant le pays de «poste-avancé de la
tyrannie» ont pu de la même façon renforcer leur détermination à développer
l'arme atomique.

L'hostilité de l'administration américaine explique-t-elle vraiment la décision
de la Corée du Nord de se retirer des négociations internationales sur son
programme nucléaire ou bien s'agit-il d'une manœuvre?

C'est bien possible, la Corée du Nord n'a cessé de souffler le chaud et le froid
depuis plus de dix ans, et les négociations peuvent reprendre dans quelques
semaines ou mois. Une autre hypothèse ne doit pas être négligée: Pyongyang peut
avoir décidé que les discussions ne lui donneraient pas un «paquet» diplomatique
et économique suffisant pour qu'il renonce à sa capacité nucléaire. Il se peut
que les Nord-Coréens aient estimé qu'il valait mieux choisir la certitude
nucléaire à l'incertitude d'un deal avec les Américains et les Chinois.

Quel «paquet» pourrait conduire Pyongyang à renoncer à son programme nucléaire?

Sur le plan diplomatique, une reconnaissance pleine et entière de la légitimité
du régime et l'assurance que Washington ne cherchera pas à le renverser.
Contrairement à l'Irak de Saddam Hussein, le changement de régime en Corée du
Nord n'est pas un objectif officiel de l'administration Bush et des garanties
dans ce sens ont déjà été données par les Etats-Unis. Sur le volet économique,
les Nord-Coréens demandent une aide massive, notamment sur le plan
énergétique,par exemple par des livraisons de pétrole.Les Chinois, qui sont les
principaux acteurs de cette crise avec les Américains, sont les seuls à pouvoir
faire pression sur le régime, en coupant le robinet à un pays qui dépend
totalement des importations énergétiques chinoises. Mais l'attitude de Pékin est
très ambivalente sur ce dossier: la Chine a tout intérêt à maintenir un point de
fixation pour les Etats-Unis dans la région,mais elle veut aussi éviter l'effet
domino que le programme nucléaire nord-coréen pourrait avoir sur les pays
voisins. Un Japon doté de l'arme nucléaire est un cauchemar pour la Chine. Côté
américain, l'essentiel est d'éviter l'exportation de technologies nucléaires et
la vente de matières fissiles à l'extérieur.

© Libération
_____________________________________________________________________________

#1720 De: "CID" <cid1@...>
Date: Vendredi 11. Février 2005  13:29
Sujet: Bush et Sharon superstars ?
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Débats & Opinions

INTERNATIONAL

En contrepoint à la tournée de la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, et à la
réussite de la rencontre de Charm el-Cheikh

Bush et Sharon superstars ?

par Jean d'ORMESSON de l'Académie française

Le Figaro

[11 février 2005]

Ils reviennent de loin. Chez nous et dans le monde entier, l'un et l'autre ont
suscité une hostilité qui allait jusqu'à la haine. Après le 11 septembre 2001,
nous étions tous des Américains. Et puis, changement de décor : tout a basculé.
La guerre contre l'Irak réussit à rendre le président vainqueur presque aussi
odieux que le dictateur vaincu. Elle a fait de George Bush l'ennemi public n° 1.
Ariel Sharon, de son côté, est rejeté même par les esprits les plus favorables à
Israël. Une immense majorité le considère comme un péril pour son pays et pour
la paix. A eux deux, il y a encore quelques semaines, Bush et Sharon étaient au
ban du monde démocratique dont ils se réclamaient. Deux séries d'événements ont
retourné une nouvelle fois la situation.

En Amérique, contrairement à toutes les prévisions, Bush a remporté sur Kerry,
qui était le candidat de l'Europe et surtout des Français, une victoire
écrasante. Ce triomphe imprévu n'aurait réussi qu'à irriter encore davantage
démocrates et intellectuels à travers le monde entier si, contrairement, une
fois de plus, à tous les pronostics, les élections en Irak n'avaient constitué
un succès indéniable pour le président contesté. La mort d'Arafat émeut en
France autorités et médias ; au Moyen-Orient, elle ouvre la voie à une
possibilité nouvelle de négociations entre Israéliens et Palestiniens. La paix,
dont chacun désespérait, est-elle devenue possible ? Tous les regards se
tournent vers Sharon et vers Bush. Ils portent - qui l'aurait cru ? - les
espérances du monde.

Il n'est pas impossible que nous nous soyons trompés sur Sharon et sur Bush.
Sharon apparaissait comme un faucon d'extrême droite qui mettait en danger les
efforts des travaillistes genre Pérès en faveur de la paix. Peut-être est-il
plus capable que personne de marcher sur les traces de Rabin et d'imposer la
paix, non seulement à ses ennemis, mais - ce qui est plus difficile - à ses
concitoyens ? Ce ne sont pas les socialistes, mais de Gaulle qui a pris le
tournant douloureux de l'indépendance de l'Algérie. Il n'est pas impossible que
Sharon, chef de guerre, se mette à rêver des lauriers de la paix. Si sa
politique aboutit, après tant de drames et de deuils, à la création d'un Etat
palestinien, il prendra place dans l'histoire.

Sur les présidents des Etats-Unis, les Français ont depuis longtemps l'habitude
de se tromper. C'est une vieille tradition, et ils y tiennent beaucoup. Ils ont
sous-estimé Truman qui vendait des bretelles. Ils ont méprisé Reagan qui était
un acteur de série B. L'un et l'autre ont été de très grands présidents. Le
monde entier a traité Bush junior de crétin, et les Français se sont distingués
dans ce jeu de massacre. S'il réussit à faire naître quelque chose qui ressemble
à un espoir d'apaisement dans l'Irak déchiré et entre les frères ennemis de
Palestine et d'Israël, il passera d'un seul coup du camp des réprouvés au statut
de grand homme.

Tout avait l'air perdu pour Sharon et pour Bush. Les voilà de retour au premier
rang de l'histoire. Une nouvelle fois pourtant, souvenons-nous de nous méfier :
rien n'est gagné pour eux. Après plus de cinquante ans d'une guerre inexpiable,
est-il encore possible de réconcilier entre eux Palestiniens et Israéliens ? La
paix exigera des sacrifices cruels de la part d'Israël. On a vu récemment
l'opposition résolue des colons à tout changement de leur statut. Sharon doit
affronter les extrémistes de tous bords : les terroristes arabes et les
intégristes juifs. Rabin a été abattu, non par un assassin palestinien, mais par
un assassin israélien. L'extrême droite israélienne représente désormais pour
Sharon qui l'incarnait un risque presque aussi grand que les kamikazes musulmans
intégristes qui ne relâcheront pas leur pression. Il lui faudra un mélange inouï
de courage politique, de chance à peine vraisemblable et de vision de l'avenir.

Le succès de Bush est dû aux Irakiens qui ont eu le courage d'aller voter malgré
les menaces sur leur vie. Ces élections marquent la revanche de la majorité
chiite sur la minorité sunnite à laquelle appartenait le clan de Saddam Hussein.
Sera-ce un grand progrès de remplacer en Irak un régime laïque quelque haïssable
qu'il ait pu être, par une République islamique - qui risque, au surplus, d'être
assez proche de la théocratie iranienne ?

L'Iran est désormais ouvertement désigné par le président George W. Bush comme
une des pièces maîtresses de l'axe du Mal. Il est douteux que, après
l'expérience irakienne, une opération militaire soit montée contre Téhéran qui
représente aujourd'hui le danger majeur pour Israël. Va-t-on alors laisser
l'Iran devenir la grande puissance - peut-être demain nucléaire - de cette
région du monde ? Il est toujours permis d'espérer qu'une évolution interne
finisse par se produire et que l'Iran prenne le chemin d'une modernisation et
d'une démocratisation reniées avec brutalité par les ayatollahs. Dans l'état
actuel des choses, un tel processus appartient au domaine de ce que les
Américains appellent «wishful thinking». Sharon et Bush sont sortis du cercle de
réprobation universelle où ils s'étaient enfermés. C'est déjà inespéré. Il leur
reste beaucoup à faire pour transformer en victoire ce succès encore fragile et
pour permettre à la paix de revenir au Moyen-Orient.
______________________________________________________________________________

#1721 De: "CID" <cid1@...>
Date: Jeudi 10. Février 2005  13:15
Sujet: Hamas brise cessez-le-feu / Que fait la police palestinienne ? / Le rôle du Hezbollah et de la Syrie
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Abbas veut faire respecter la paix

    Au lendemain de la revendication par le Hamas d'attaques au mortier contre
    des cibles israéliennes, le leader palestinien est attendu à Gaza • Israël
    et les Etats-Unis ont salué sa décision de limoger plusieurs responsables
    des ses services de sécurité.

    [Libération.fr - 11/2/2005]
                           ___________________________

I. Que font les Forces de Sécurité Palestiniennes ?

I.1. Mahmoud Abbas limoge des chefs de sa police

      Au lendemain du sommet de Charm el-Cheikh au cours duquel Mahmoud Abbas,
      mardi, avait annoncé l'arrêt de «toutes les attaques contre des
      Israéliens, partout», les forces palestiniennes ont été incapables de
      faire respecter la trêve sur le terrain.

      «Les résistants ont le droit de riposter aux agressions israéliennes»,
      affirme un soldat palestinien.

      «Nous n'avons pas reçu d'ordres pour lutter contre les militants par la
      force», confirme un officier.

      [Le figaro - 11/2/2005]

I.2. Trois responsables du FDLP arrêtés brièvement par les forces de sécurité
      palestiniennes

      Les forces de sécurité palestiniennes ont arrêté brièvement samedi matin
      trois hauts responsables du Front démocratique de libération de la
      Palestine (FDLP). Il s'agit des premières arrestations de personnes liées
      à des attentats anti-israéliens depuis que Mahmoud Abbas a été élu . Les
      trois hommes ont toutefois été libérés au bout de cinq heures.

      [Canadian Press  - 6/2/2005]
                            __________________________

II. Le rôle du Hezbollah

II.1. M. Abbas presse le Hezbollah de cesser de financer les groupes armés
       palestiniens

       Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a dépêché un émissaire au Liban
       pour presser les responsables du Hezbollah chiite d'arrêter de financer
       les attaques contre Israël, a-t-on appris mercredi 9 février de sources
       politique et sécuritaire.

       Ils sont prêts à payer 100 000 dollars pour l'ensemble d'une opération,
       alors qu'avant ils payaient 20 000 dollars, puis 50 000 dollars

       Les accusations palestiniennes recoupent celles, formulées de longue
       date par Israël

       [LEMONDE.FR - 09.02.05]

II.2. Berlin veut inscrire le Hezbollah sur la liste des organisations
       terroristes de l'UE

       [www.proche-orient.info - 9 février 2005]

II.3. Le canadien Pettigrew demande au Hezbollah de respecter le cessez-le-feu
       en Israël

       [Canadian Press - 12/2/2005]

II.4. "La plus grande menace pour Mahmoud Abbas vient du Hezbollah"

       Dans un entretien au "Monde", Sylvan Shalom, le chef de la diplomatie
       israélienne estime que les groupes armés palestiniens veulent
       faire "exploser" le processus de paix.

       [LE MONDE - 11.02.05]
                                _______________________

8. Israël-Palestine : la longue patience du divorce

    Rétrospective

    [Alexandre Adler - Le Figaro - 09/2/2005]
____________________________________________________________________________

Abbas veut faire respecter la paix

Au lendemain de la revendication par le Hamas d'attaques au mortier contre des
cibles israéliennes, le leader palestinien est attendu à Gaza • Israël et les
Etats-Unis ont salué sa décision de limoger plusieurs responsables des ses
services de sécurité •

Par Libération.fr

vendredi 11 février 2005 (Liberation.fr - 13:12)

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, était attendu vendredi
à Gaza pour des discussions avec les mouvements radicaux destinées à sauver le
cessez-le-feu proclamé mardi et mis à mal par une série d'attaques au mortier
contre des colonies juives. Trois jours après sa rencontre avec Ariel Sharon à
Charm el Cheikh, en Egypte, le numéro un palestinien devra notamment
s'entretenir avec des représentants du Hamas et du Jihad islamique pour tenter
«consolider l'accalmie» décrétée fin janvier par les groupes armés palestiniens
qui considèrent que le cessez-le-feu israélo-palestinien ne les concerne pas.

Le Hamas a revendiqué jeudi les attaques au mortier contre des cibles
israéliennes dans la bande de Gaza, malgré la proclamation officielle de la fin
de plus de quatre ans de violences. Plus de trente obus de mortier se sont
abattus mercredi soir et jeudi matin sur des colonies juives, notamment le bloc
de Goush Katif, et des postes militaires israéliens dans la bande de Gaza. Le
Hamas a présenté ces tirs, qui n'ont pas fait de victimes, comme des
représailles à la mort d'un Palestinien tué la veille par des tirs de l'armée
israélienne en provenance d'une colonie juive.

A la suite de ces tirs, Mahmoud Abbas a donné des «instructions fermes» aux
services de sécurité pour qu'ils fassent cesser les attaques contre des cibles
israéliennes dans la bande de Gaza. Il a limogé plusieurs hauts responsables de
la sécurité, parmi les quels le chef de la Sûreté nationale, le général
Abdelrazzak Al-Majaïda, le chef de la police, le général Saëb Al-Ajez et le chef
de la Sûreté nationale dans le sud de la bande de Gaza, le général Omar Achour.
Le ministre israélien Ophir Pines a salué la «décision sans précédent» d'Abbas
de se séparer de trois hommes qui appartiennent à la vieille garde
palestinienne. Washington l'a également félicité pour sa «détermination».
«D'autres changements dans les services de sécurité vont être annoncés», a
affirmé à l'AFP un haut responsable palestinien.

Côté israélien, on souligne que Mahmoud Abbas doit trancher: ou il démantèle
rapidement les factions armées, ou il accepte le risque d'un retour des
violences avec leurs conséquences néfastes sur la dynamique de paix amorcée
depuis un mois. «Il doit prendre de véritables mesures pour stopper et arrêter
ces gens, ou il ne pourra y avoir ni calme, ni stabilité, ni cessez-le-feu. Nous
ne nous liguons pas contre Abbas, mais le temps des cérémonies est terminé, le
temps presse», a expliqué à l'agence Reuters un haut responsable israélien.

© Libération
____________________________________________________________________________

I.1.PROCHE-ORIENT

Mahmoud Abbas limoge des chefs de sa police

Le président palestinien Mahmoud Abbas a limogé hier plusieurs responsables de
la Sécurité palestinienne dans la bande de Gaza, après une série de tirs de
mortiers et de roquettes artisanales contre des colonies juives du territoire.
Parmi les responsables évincés figurent le chef de la police palestinienne, le
général Saëb al-Ajez, et le chef de la Sûreté nationale dans le sud de la bande
de Gaza, le général Omar Achour. Les tirs revendiqués par le Hamas, qui
contreviennent à un cessez-le-feu proclamé mardi par l'Autorité palestinienne,
n'ont fait aucune victime.

Gaza : de notre envoyé spécial Patrick Saint-Paul

Le figaro

[11 février 2005]

Revêtus de leur uniforme kaki et coiffés de leurs bérets bleus, les soldats des
forces de sécurité palestiniennes reconstruisent leur petit poste militaire à un
kilomètre de la frontière israélienne, sur une route bordée de terrains vagues
et de vergers. Il y a quelques semaines, avant la tahdia, la trêve concédée par
les groupes armés au président Mahmoud Abbas, les militants venaient ici chaque
jour tirer des roquettes sur Israël et les colonies juives du nord de la bande
de Gaza. Contrairement au sud de la bande de Gaza, où les militants armés ont
tiré plus de 40 projectiles sur des colonies juives en quarante-huit heures,
aucun projectile n'a été tiré depuis Beit Hanoun, dans le Nord.

Pourtant, la population reste sceptique. «Si les résistants veulent tirer, ce ne
sont pas ces pantins qui vont les arrêter», se fâche Ramadan Zaani, 70 ans, en
désignant les policiers palestiniens. Avant la tahdia, le vieux garde chassait
chaque jour les militants qui tentaient de tirer des roquettes depuis
l'orangeraie dont il a la charge. Il essuyait systématiquement les ripostes
israéliennes. «Le calme ne va pas durer, prédit-il. Ici, j'ai autant peur des
Israéliens que des militants.»

Le nouveau raïs palestinien, Mahmoud Abbas, a employé la manière forte hier. Il
a limogé les principaux chefs des forces de sécurité dans la bande de Gaza,
accusés de n'avoir pas su empêcher les salves du Hamas contre les colonies du
sud de la bande de Gaza. Les forces palestiniennes s'étaient déployées dans tout
le territoire, avec l'accord des principaux mouvements armés, qui s'étaient
engagés à respecter une période de calme. Mais, au lendemain du sommet de Charm
el-Cheikh au cours duquel Mahmoud Abbas, mardi, avait annoncé l'arrêt de «toutes
les attaques contre des Israéliens, partout», les forces palestiniennes ont été
incapables de faire respecter la trêve sur le terrain.

Les forces de sécurité palestiniennes sont déployées à tous les points
stratégiques de la bande de Gaza. Mais pour la plupart des soldats, utiliser la
force contre les militants est un tabou. «Les résistants ont le droit de
riposter aux agressions israéliennes», affirme un soldat palestinien. «Nous
n'avons pas reçu d'ordres pour lutter contre les militants par la force»,
confirme un officier. Un sergent de la police militaire renchérit : «Il est hors
de question que j'utilise mon arme contre un frère palestinien. Cela fait cinq
ans que le Hamas se bat pour défendre nos droits.»

Mahmoud Abbas a donné des «instructions fermes» aux services de sécurité pour
qu'ils fassent cesser les tirs d'obus et de roquettes contre des cibles
israéliennes. Mais le maintien du calme dépend de la bonne volonté des groupes
armés radicaux.

Le Hamas se dit prêt à écouter Abbas. Il n'exclut pas de déclarer un véritable
cessez-le-feu. Mais il continue d'exiger, en échange, des concessions
israéliennes : arrêt des incursions militaires et des assassinats ciblés,
retrait militaire des villes et suppression des barrages routiers qui les
enserrent, et enfin libération des prisonniers palestiniens. Le mouvement
radical, qui a revendiqué les salves de roquettes d'hier, nie avoir rompu la
période de calme. Il accuse Israël d'avoir tué deux Palestiniens et d'avoir
arrêté plusieurs de ses militants au lendemain du sommet de Charm el-Cheikh.
«Israël a rompu la période de calme. Nous n'avons fait que riposter, affirme
Sami Abou Zohri, un porte-parole du Hamas. Nous sommes intéressés par une trêve,
à condition qu'Israël montre sa sincérité par des actes sur le terrain.»
_____________________________________________________________________________

I.2.Trois responsables du FDLP arrêtés brièvement par les forces de sécurité
palestiniennes

-Par Ibrahim Barzak-

Canadian Press

Sunday, February 06, 2005

GAZA, Bande de Gaza (AP) - Les forces de sécurité palestiniennes ont arrêté
brièvement samedi matin trois hauts responsables du Front démocratique de
libération de la Palestine (FDLP) dans le camp de réfugiés de Khan Younès, dans
le sud de la Bande de Gaza, ont annoncé des responsables de cette faction.

Il s'agit des premières arrestations de personnes liées à des attentats
anti-israéliens depuis que Mahmoud Abbas a été élu à la présidence de l'Autorité
palestinienne le mois dernier. Les trois hommes ont toutefois été libérés au
bout de cinq heures.

Le FDLP a revendiqué l'attentat qui a blessé légèrement jeudi deux soldats
israéliens à un point de passage entre la Bande de Gaza et Israël. Les
militaires avaient répliqué, tuant l'activiste.

Zalman Shoval, un conseiller du Premier ministre israélien Ariel Sharon, a
affirmé que ces arrestations pouvaient donner l'impression que les Palestiniens
"s'attaquaient sérieusement aux terroristes et au terrorisme" avant la visite de
la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice dans la région dimanche et le
sommet sur le Moyen-Orient organisé mardi en Egypte.

Israël a demandé aux Palestiniens de commencer à arrêter des activistes et à
faire des efforts pour arrêter leur contrebande d'armes et démanteler leurs
infrastructures de fabrication d'armes. "C'est quelque chose qui n'est toujours
pas arrivé", a déploré M. Shoval.

Lors du sommet israélo-palestinien qui doit s'ouvrir mardi prochain, les deux
parties pourraient annoncer un cessez-le-feu mettant fin à quatre ans de
violences.

Avant ce sommet, dans un geste de bonne volonté à l'égard de Mahmoud Abbas,
l'Etat hébreu a approuvé la libération de 900 prisonniers palestiniens et a
accepté de retirer des troupes de Jéricho, la première des cinq colonies de
Cisjordanie qu'Israël doit évacuer, mais les dirigeants palestiniens ont affirmé
que ces gestes étaient insuffisants et ils ont demandé la libération de
davantage de prisonniers.

Le ministre palestinien Saeb Erekat et Dov Weisglass, un proche collaborateur
d'Ariel Sharon, devaient se rencontrer samedi soir pour essayer de surmonter
leurs différends, selon des responsables palestiniens. M. Weisglass doit ensuite
se rendre au Caire dimanche pour préparer le sommet.

Lors d'une réunion samedi à Gaza, le Fatah a apporté son soutien au sommet, le
qualifiant d'étape importante pour faire avancer le processus de paix, a
expliqué Tayeb Abdel Rahim, un responsable du Fatah. "Nous sommes prudemment
optimistes. Des horizons politiques se sont ouverts et nous devons en profiter
avec le maximum de responsabilité et de sérieux".

© La Presse Canadienne 2005

Copyright © 2005 CanWest Interactive, a division of CanWest Global
______________________________________________________________________________

II.1.M. Abbas presse le Hezbollah de cesser de financer les groupes armés
palestiniens

LEMONDE.FR | 09.02.05 | 17h48

Un haut responsable palestinien a précisé que les services de sécurité
enquêtaient sur le financement d'activistes de Gaza et de Cisjordanie par le
Hezbollah.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a dépêché un émissaire au Liban pour
presser les responsables du Hezbollah chiite d'arrêter de financer les attaques
contre Israël, a-t-on appris mercredi 9 février de sources politique et
sécuritaire.

"M. Abbas a dépêché au Liban Abdel Fattah Hmayel (ancien ministre) pour presser
le Hezbollah d'arrêter le financement des groupes armés palestiniens afin de
donner une chance à l'application du cessez-le-feu" proclamé mardi à Charm
el-Cheikh à l'issue d'un sommet israélo-palestinien, ont indiqué ces sources.

Selon une source politique, "Abou Mazen (surnom de Abbas) essaie de résoudre
tous les problèmes par le dialogue". Un autre dirigeant palestinien, Abbas Zaki,
membre du comité central du Fatah, le mouvement de M. Abbas, doit aussi se
rendre la semaine prochaine au Liban, selon ces sources.

Plusieurs dirigeants politiques et militaires palestiniens ont accusé mercredi
le mouvement chiite libanais de chercher à saboter les efforts de paix
palestino-israéliens. Selon ces responsables haut placés, qui souhaitent
conserver l'anonymat, le Hezbollah recrute et finance des Palestiniens en vue
commettre des attentats au nom des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, mouvement
armé issu du Fatah. Le mouvement de résistance libanais soutenu par Damas et
Téhéran s'est refusé à commenter ces allégations.

Un haut responsable palestinien a précisé que les services de sécurité
enquêtaient sur le financement d'activistes de Gaza et de Cisjordanie par le
Hezbollah, dont la guérilla sanglante au Sud-Liban a poussé Israël a s'en
retirer totalement en 2000.

"Nous savons que le Hezbollah cherche à recruter des kamikazes pour commettre au
nom des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa des attentats qui torpilleraient la
trêve", a déclaré un des responsables palestiniens.

"Le Hezbollah essaie d'augmenter les attaques à travers tous les groupes, non
seulement islamistes, mais aussi (les Brigades des martyrs d')Al-Aqsa et le
Front populaire de libération de la Palestine (FPLP)", a confirmé une source
sécuritaire sous le couvert de l'anonymat.

Un représentant des Brigades, Abou Kassa, a démenti tout lien organique avec le
mouvement chiite : "Nous respectons le Hezbollah, mais la résistance
palestinienne est capable de mener seule sa lutte et de se soutenir elle-même."

LA SYRIE MONTRÉE DU DOIGT

Mais un responsable palestinien a fait état de transactions bancaires et de
e-mails interceptés prouvant que le Hezbollah offrait des sommes croissantes aux
activistes palestiniens pour commettre des attentats-suicides.

"Désormais, ils sont prêts à payer 100 000 dollars pour l'ensemble d'une
opération, alors qu'avant ils payaient 20 000 dollars, puis 50 000 dollars",
a-t-il déclaré à Reuters.

Selon les dirigeants palestiniens, l'argent du Hezbollah parvient à ses
destinataires dans les territoires occupés via des parents et proches des
bénéficiaires vivant dans les camps de réfugiés du Liban Les accusations
palestiniennes recoupent celles, formulées de longue date par Israël, d'une
implication du Hezbollah dans la seconde intifada palestinienne, qui a éclaté
juste après le départ de Tsahal du Liban.

Suivi en cela par les Etats-Unis, Israël a maintes fois mis en cause la Syrie
pour son soutien au Hezbollah et aux groupes "terroristes" palestiniens dont
elle abrite les chefs à Damas.

De son côté, Nabil Chaath, ministre des affaires étrangères palestinien, n'a pas
été loin de formuler mardi la même accusation après l'annonce du cessez-le-feu
avec Israël.

Soulignant que cet arrêt des combats était, de la part de l'Autorité
palestinienne, un "engagement national", il a mis en garde les groupes radicaux
contre sa violation, précisant qu'il ferait immédiatement parvenir le message à
la Syrie.

Par la voix de son ambassadeur aux Etats-Unis, Imad Moustafa, celle-ci s'est
dite "choquée" mardi d'être montrée du doigt, notamment par le président Bush
lui-même, comme un "obstacle" à la paix. M. Moustafa a en outre affirmé que
Damas soutenait les efforts de paix de Mahmoud Abbas et exprimé l'espoir qu'ils
conduiraient à une paix globale.

Avec AFP et Reuters

© Le Monde 2004
_____________________________________________________________________________

II.2.Berlin veut inscrire le Hezbollah sur la liste des organisations
terroristes de l'UE

9 février 2005 / 18 h 44

www.proche-orient.info

AFP – Berlin. Le gouvernement allemand veut inscrire le Hezbollah libanais sur
la liste des organisations terroristes de l'Union européenne à l'occasion de la
prochaine réunion du comité des 25 qui réexamine périodiquement cette liste
d'organisations terroristes, a affirmé mercredi le quotidien allemand
"Handelsblatt". Un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères a
refusé de commenter cet article, mais à Bruxelles, on confirme, de source
européenne, "une sensibilité particulière du gouvernement allemand sur cette
question depuis quelque temps".

Selon le journal, qui cite des sources proches du gouvernement allemand, Berlin
soutient depuis un certain temps une attitude plus dure à l'encontre du
mouvement chiite.

En revanche, la France, la Grande-Bretagne, mais aussi les Pays-Bas et la
Finlande, ont jusqu'ici refusé une telle démarche, rapporte le "Handelsblatt",
citant des sources européennes.
_____________________________________________________________________________

II.3.Pettigrew demande au Hezbollah de respecter le cessez-le-feu en Israël

Canadian Press

12/2/2005

BEYROUTH (PC) - Le ministre des Affaires étrangères[Canadien - NDCID], Pierre
Pettigrew, lance un appel au Hezbollah pour qu'il respecte le cessez-le-feu
annoncé par les autorités israéliennes et palestiniennes, cette semaine, en
Egypte.

De passage aujourd'hui à Beyrouth, M. Pettigrew a invité le groupe terroriste
libanais à donner une chance aux pourparlers de paix.

Plusieurs craignent que le Hezbollah tente de perturber la trêve annoncée mardi
par le premier ministre israélien Ariel Sharon et le leader de l'Autorité
palestinienne Mahmoud Abbas.

Au Liban, le Hezbollah est considéré comme un groupe de résistance tout à fait
légitime.

Le Canada l'a cependant ajouté à sa liste des organisations terroristes en 2002.

Le ministre Pettigrew se dirige maintenant vers la Syrie. Sa tournée au
Proche-Orient l'a déjà mené en Jordanie, en Israël et dans les territoires
palestiniens.

© La Presse Canadienne 2005

Copyright © 2005 CanWest
_____________________________________________________________________________

II.4. ENTRETIEN

"La plus grande menace pour Mahmoud Abbas vient du Hezbollah"

LE MONDE | 11.02.05 | 14h14  o  MIS A JOUR LE 11.02.05 | 14h53

Dans un entretien au "Monde", Sylvan Shalom, le chef de la diplomatie
israélienne estime que les groupes armés palestiniens veulent faire "exploser"
le processus de paix.

Jérusalem de notre correspondant

Quel jugement portez-vous sur le sommet de Charm el-Cheikh ?

Nous pouvons parler d'une nouvelle ère. Nous avons devant nous une opportunité
que nous entendons ne pas gâcher. Ce sommet a été une très bonne chose. Je le
demandais depuis longtemps. Je suis très satisfait qu'on y soit parvenu, de plus
sans avoir besoin des Américains ou des Européens. C'était la première fois
qu'Ariel Sharon était invité en Egypte depuis plus de vingt ans.

J'ai participé de près au nouveau dialogue avec l'Egypte. Le ministre des
affaires étrangères de Jordanie m'a annoncé que l'ambassadeur en Turquie
présenterait bientôt ses lettres de créance pour servir en Israël. Les Egyptiens
font de même avec leur actuel ambassadeur en Allemagne, qui viendra ici. Il
s'agit de pas très positifs. J'ai appelé mes homologues du Maroc, d'Oman, du
Qatar. Je leur ai rendu compte du sommet et j'en ai profité pour leur demander,
une nouvelle fois, d'envoyer des ambassadeurs en Israël.

Nous avons déjà des sections d'intérêts : le moment est venu d'aller plus loin.
Nous n'avons aucun sujet de conflit avec les pays d'Afrique du Nord ni avec ceux
du Golfe. Leur présence aurait un impact incroyable sur les opinions publiques,
pour ne pas parler des conséquences économiques...


Israël demande le démantèlement des groupes radicaux. Mahmoud Abbas a
manifestement une autre stratégie en tête : les neutraliser en les intégrant
dans le jeu politique. Qu'en pensez-vous ?

Il n'aura pas le choix. S'il ne les démantèle pas, s'il ne confisque pas leurs
armes, ils finiront un jour ou l'autre par faire exploser ce processus, qui
reste fragile. Aucun gouvernement digne de ce nom ne peut tolérer des milices
armées. La plus grande menace pour Mahmoud Abbas vient aujourd'hui du Hezbollah,
qui est derrière la plupart des projets d'attentats. Le Hezbollah a remplacé
Saddam Hussein pour le versement d'argent aux familles des kamikazes. C'est
pourquoi l'Europe devrait l'intégrer sur sa liste des organisations terroristes.

Les Européens disaient autrefois du Hamas qu'il fallait faire la part des choses
entre l'aile politique et l'aile militaire. C'est la même chose aujourd'hui avec
le Hezbollah. Mais le Hezbollah fera tout pour que "Abou Mazen" -nom de guerre
de Mahmoud Abbas- échoue. Il faut que les Européens renforcent le camp des
modérés.


Vous avez là un nouveau sujet de conflit avec la France...

Oui, mais la France a beaucoup évolué dernièrement, et de manière très positive.
On l'a vu avec l'adoption de la résolution 1559 pour la souveraineté du Liban.
J'ai été très encouragé par l'interdiction en France de la chaîne de télévision
Al-Manar -liée au Hezbollah-. C'était un signe très positif pour les Israéliens.
On a vu la réaction de la France après les attaques antisémites commises sur son
territoire, la participation de Jacques Chirac aux commémorations de la
libération d'Auschwitz, celle de Michel Barnier à la session spéciale des
Nations unies, les efforts français vis-à-vis du nucléaire iranien. Toutes ces
initiatives sont très positives. Les relations entre la France et Israël
reprennent des couleurs. Il y a beaucoup plus d'optimisme entre nous. Les
Israéliens qui en doutent encore n'ont qu'à regarder ce que font les Français.
Quelque chose se passe et c'est très bien.


Pourquoi venez-vous de lancer une campagne pour un référendum sur le retrait de
Gaza ?

C'est pour moi une question de principe. Je suis d'ailleurs l'auteur d'une loi,
adoptée en 2000, qui le prévoit pour le Golan. Je crois que, si nous voulons
donner des territoires et éviter en même temps une crise fratricide, il faut que
le peuple se prononce. Je n'ai cessé de dire, au cours des derniers mois, que
c'était la meilleure solution pour avancer.

Je reconnais aussi qu'on ne peut pas y parvenir si le premier ministre est
contre. Il est impossible d'avoir une majorité à la Knesset sans son soutien. Je
serais ravi s'il s'avérait, à la fin, que je me suis trompé et que le retrait se
passe sans conflits. J'ai demandé trois fois au premier ministre, au cours des
derniers mois, de passer par un référendum. Je crois que cela ne retarderait pas
le processus. Il va y avoir des votes définitifs à la Knesset, dans les
prochaines semaines, sur le projet lui-même et sur la loi d'indemnisation. Nous
disposerons après de cinq mois avant l'échéance. Donc nous avons le temps.


M. Sharon a déjà répondu par la négative. Diriez-vous qu'il est coupé des
réalités ?

Je ne dirais pas cela, d'autant que je sais qu'il n'est pas hostile, par
principe, à l'idée d'un référendum. Je n'ai pas été surpris par sa réponse, mais
je vais continuer à essayer de le convaincre. Si nous sommes privés de
référendum et que, faute de soutien, nous avons des élections anticipées, nous
ne gagnerons pas de temps, bien au contraire ! En plus, je suis sûr que le
premier ministre aurait une large majorité.


Compte tenu de l'opposition répétée de M. Sharon, ne donnez-vous pas
l'impression de prendre date pour préserver votre avenir politique au sein du
Likoud ?

Il n'y a rien de cela dans mon initiative. C'est ma position depuis des mois, et
je me suis longuement exprimé dans les journaux comme à la télévision.

Propos recueillis par Gilles Paris

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.02.05

© Le Monde 2004
_____________________________________________________________________________

MOYEN-ORIENT

Au lendemain du sommet régional de Charm el-Cheikh

Israël-Palestine : la longue patience du divorce

Alexandre Adler

Le Figaro

[09 février 2005]

Le décor du restaurant est parfait. Jamais les chances d'une paix de compromis
israélo-palestiniennes n'auront semblé aussi grandes. Mais rien ne garantit que
la cuisine fasse monter les plats en nombre suffisant et à l'heure. Cette
fois-ci ce sont en effet les deux interlocuteurs israélien et palestinien qui
sont devenus problématiques. A bien des égards cette situation est l'inverse de
celle qui prévalait dans l'euphorie d'Oslo en 1992. Comme cette euphorie a
débouché sur la plus grave des déceptions, il n'est pas tout à fait exclu que le
désenchantement actuel ne débouche symétriquement sur une esquisse de solution.
Mais, pour cela, encore faut-il prendre bien la mesure des obstacles qui
jalonnent toujours la route.

En 1992, après le premier effondrement de Saddam Hussein qui scellait
symboliquement et même très réellement la débâcle du nationalisme arabe issu de
Nasser, les deux sociétés palestinienne et israélienne s'étaient rapprochées
avec un réel enthousiasme, à tout le moins une curiosité interrogative et
réciproque. Les Israéliens, libérés du cauchemar de l'alliance soviétique avec
un monde arabe globalement hostile, pouvaient pour la première fois considérer
le problème palestinien sous sa dimension régionale et même microrégionale. Ils
ne s'affrontaient plus à 200 millions d'Arabes soutenus par près de 500 millions
de Soviétiques et d'Européens de l'Est, mais plus modestement aux 5 millions de
Palestiniens qui faisaient jeu égal avec les 5 millions de juifs d'Israël, le
million d'Arabes israéliens jouant le rôle de fléau de la balance.

Tout à coup, des personnages mythiques et brumeux comme Yasser Arafat et ses
principaux adjoints devenaient des figures familières qu'on pouvait aller
visiter dans leurs bureaux à une demi-heure de voiture des sièges des ministères
israéliens. On les invitait aux mariages de personnalités importantes, on
montait parfois des financements croisés, on s'extasiait du talent littéraire
des écrivains et des journalistes arabes. Bientôt une génération de jeunes
historiens, applaudis par tout un public intellectuel bourrelé de remords
tiers-mondistes, allait remettre en cause les dogmes de la fondation de l'Etat
hébreu. Lorsque Barak eut triomphé de la droite en 1998, il semblait qu'on
touchait enfin au but. Les Palestiniens, de leur côté, avaient vu auparavant les
«sionistes» qu'ils appelaient tout uniment les juifs dans leur langage habituel,
comme des sortes de diables gigantesques et maléfiques, qui avaient été les
auteurs de tous leurs maux...

Déjà, le contact avec le retour de bâton syrien au Liban avait relativisé
quelque peu la méchanceté fondamentale des juifs. Sans tarder, la joyeuse
interpénétration idéologique et morale des deux sociétés allait révéler à une
nouvelle génération palestinienne les vulnérabilités apparentes d'un peuple
israélien divisé de toutes les manières possibles, goguenard à l'endroit de ses
dirigeants, désabusé vis-à-vis de son patrimoine intellectuel fondateur et
passablement hystérique dans l'expression de sa fatigue morale. Il en était
résulté chez les Israéliens des attentes exagérées, politiquement correctes et
naïves vis-à-vis d'Arabes palestiniens qu'ils reconstruisaient à leur propre
image ; et chez les Palestiniens une sous-estimation des ressources
fondamentales d'une société israélienne qui, aussi chavirée qu'elle semblât
alors, conservait néanmoins une farouche volonté de vivre et, si nécessaire, de
résister.

Cette comédie des erreurs, accentuée par les dernières pantalonnades
clintoniennes, avait malheureusement débouché sur une tragédie pure et simple,
l'intifada al-Aqsa à partir d'octobre 2000. Et, aujourd'hui, la scène est
inverse.

Les Israéliens ont compris que les Palestiniens n'avaient plus de curiosité à
leur endroit ni d'envie de fraterniser si peu que ce soit. Toutes les oeuvres de
fiction littéraires ou cinématographiques qui nous proviennent du camp
palestinien exsudent la détestation profonde des Juifs d'Israël. Pour le dire
avec le grand poète communiste palestinien Mahmoud Darwich, les Israéliens
feraient mieux de «partir», se dissoudre dans l'empyrée, idée du cinéaste Michel
Khleifi. Il n'y a aujourd'hui en Palestine qu'une sympathie très relative pour
Mahmoud Abbas, une nostalgie lancinante d'Arafat, une solidarité sans faille
avec les insurgés sunnites de Faludja en Irak, une admiration sourde pour la
geste d'Oussama ben Laden. Et pourtant, ce même peuple veut la paix parce qu'il
est fatigué et recru des épreuves subies et qu'il ne croit plus, à la différence
de l'an 2000, dans la friabilité et la vacillation de la société israélienne.

De même, les Israéliens n'ont plus envie de marier leur destin avec les
Palestiniens, mais – pour le dire ici encore avec l'un de leurs plus grands
écrivains, Amos Oz –, ils souhaitent seulement divorcer définitivement de ceux
qui, il y a quelques mois encore, envoyaient leurs enfants se suicider ceinturés
d'explosifs à la terrasse des cafés de Tel-Aviv ou poignardaient dans leur
sommeil des familles de kibboutzniks. Et pourtant, ces Israéliens en attente de
divorce sont d'accord à 70% pour évacuer non pas seulement Gaza mais la plupart
des implantations isolées en Cisjordanie. L'ancien maire de Jérusalem, Ehud
Olmert, n'a suscité aucune tempête, n'a pas eu à démissionner de son parti de
droite – le Likoud – et n'a même pas eu à remettre en jeu sa position de
vice-premier ministre lorsqu'il se fut prononcé pour l'impensable aux yeux des
nationalistes : la remise à l'Etat palestinien à venir de toute la partie Est
arabe de Jérusalem à l'exclusion, bien évidemment, de la vieille ville. Nous
sommes loin ici du Grand Israël et même du Grand Jérusalem.

Le mur de séparation, en revanche, et pour les mêmes raisons, demeure très
populaire, mais il n'y a pas non plus de protestation massive à droite lorsque
la Cour suprême d'Israël en critique le tracé dans les environs de Jérusalem,
dès lors que certains villages arabes se trouvent séparés de leurs terres
agricoles. Il y a donc, dans cette amertume réciproque, dans cette désillusion
nécessaire, de quoi avancer vers une solution non pas définitive mais durable
des problèmes de coexistence des deux peuples et d'instauration d'un Etat
palestinien viable et indépendant. Sur le plan international, la même fenêtre
d'opportunité est aujourd'hui créée de manière presque inespérée : l'Arabie
saoudite est sur la défensive, la Syrie est tout entière préoccupée du Liban,
l'Egypte de la succession dynastique de Moubarak. L'Iran lui-même, qui se
prépare chaque jour davantage à franchir le seuil nucléaire, n'est pas mécontent
de voir les Israéliens trop engagés dans une négociation décisive avec leurs
interlocuteurs palestiniens pour prendre le risque de représailles aériennes sur
Téhéran qui provoqueraient immédiatement une guerre ouverte avec le Hezbollah au
Sud-Liban. Il ne reste donc qu'un seul et dernier obstacle à la paix, et il est
cette fois-ci enfin symétrique : chacune des deux parties en présence doit
maîtriser maintenant ses propres extrémistes par la guerre civile si nécessaire.
Ce n'est pas là chose facile, même si au fil de cette guerre des complicités
nouvelles et plus prometteuses devaient se mettre en place.
______________________________________________________________________________

#1722 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Samedi 12. Février 2005  16:33
Sujet: La Syrie montrée du doigt
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Des «élections transparentes», une «loi indiscutable» et des «observateurs
    incontestables», réclame Chirac. Rice menace la Syrie d'isolement si la
    1559 n'est pas appliquée

    Mme Rice et M. Chirac ont réaffirmé leurs positions communes à l'égard de
    la situation au Moyen-Orient sur le triple volet israélo-palestinien,
    libano-syrien et irano-irakien.

    « Je ne saurais le dire plus fermement : on ne peut pas d'un côté dire que
    l'on veut un processus de paix et, de l'autre, soutenir les gens qui sont
    déterminés à le faire voler en éclats. Le gouvernement syrien doit agir
    contre les terroristes qui utilisent une partie du Liban-Sud. La Syrie doit
    se montrer plus coopérative si elle ne veut pas se voir isolée, si elle ne
    veut pas avoir de mauvais rapports avec les États-Unis », a menacé Mme Rice.

    [www.lorientlejour.com - Mercredi 09 Février 2005]

2. L'opposition libannaise durcit le ton sur la Syrie et Washington perd
    patience

    [AFP - 03/02/2005]

3. ENTRETIEN : «Le terrorisme est le seul obstacle à la paix au Moyen-Orient»

    Condoleezza Rice, 66e secrétaire d'Etat des Etats-Unis, est la deuxième
    femme (après Madeleine Albright) - et la première femme de couleur - à
    accéder à ce poste. Dans un entretien exclusif de quarante-cinq minutes,
    elle défend la politique américaine en Irak, parle du conflit israélo-
    palestinien, de la guerre contre le terrorisme, des relations avec la
    France et de la religion.

    [Le Figaro Magazine - 29 janvier 2005]

_____________________________________________________________________________

Des «élections transparentes», une «loi indiscutable» et des «observateurs
incontestables», réclame Chirac. Rice menace la Syrie d'isolement si la 1559
n'est pas appliquée

www.lorientlejour.com

Mercredi 09 Février, 2005

Le dossier libanais était au cœur de l'entretien d'une heure que le président
Jacques Chirac a eu hier soir avec Mme Condoleezza Rice.

PARIS, d'Élie MASBOUNGI

C'est le même souci de voir les autorités libanaises organiser des élections
législatives transparentes, en présence d'observateurs « incontestables », et
d'appliquer la résolution 1559 du Conseil de sécurité, que le président
français, Jacques Chirac, et la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice,
ont exprimé au cours de leur entretien nocturne, hier à Paris. Mais si le
président Chirac s'est contenté de mettre en garde contre un scrutin qui ne
tiendrait pas compte de ces trois critères, Mme Rice est allée plus loin en
multipliant les menaces contre la Syrie si la 1559 n'est pas appliquée. « Il y a
le Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restauration Act et nous
pouvons même aller au-delà... », a-t-elle déclaré au cours d'une conférence de
presse conjointe avec son homologue français, Michel Barnier, après avoir
menacé la Syrie d'isolement.

Arrivée hier à Paris, Mme Rice a marqué une conférence donnée en début
d'après-midi à l'Institut d'études politiques et, plus tard, une conférence de
presse au Quai d'Orsay, par de sérieux avertissements à la Syrie, martelant
qu'il est «inadmissible que Damas continue de soutenir et de donner refuge aux
groupes terroristes ainsi qu'aux organisations qui refusent la paix et le
dialogue ». Elle a également affirmé que les élections au Liban doivent se
dérouler dans une atmosphère de liberté afin que la démocratie soit rétablie
dans le pays.

Mme Rice, qui venait de clôturer une visite à Rome, troisième étape d'une
tournée qui l'a déjà menée en Israël et en Cisjordanie, a été reçue à l'Élysée
par le président Chirac avec qui elle a passé en revue les relations franco-US.
Mme Rice et M. Chirac ont réaffirmé leurs positions communes à l'égard de la
situation au Moyen-Orient sur le triple volet israélo-palestinien, libano-syrien
et irano-irakien. Au cours de leur entretien d'une heure, Jacques Chirac et
Condoleezza Rice ont évoqué « la nécessité d'appliquer la résolution 1559 et
d'organiser des élections transparentes au Liban », a rapporté le porte-parole
de l'Élysée, Jérôme Bonnafont.

M. Chirac devait demander à cette occasion que les élections législatives
prévues au printemps soient « transparentes », estimant que « des élections
transparentes impliquent une loi électorale indiscutable et un scrutin honnête,
avec la présence d'observateurs incontestables », a dit le porte-parole. « La
communauté internationale ne manquerait pas de réagir si tel n'était pas le cas
», a estimé M. Chirac. À l'Institut d'études politiques, Mme Rice a affirmé que
« tout le monde s'attend à des élections libres au Liban, car c'est là la clé de
la liberté ».

« Le Syria Accountability Act et plus... »

Répondant à une journaliste libanaise qui l'interrogeait au sujet de la 1559,
lors de sa conférence de presse conjointe avec M. Barnier, la secrétaire d'État
US a déclaré sur un ton ferme, prenant à témoin son homologue français : « Cette
résolution doit être et sera appliquée », ajoutant avec des menaces à peine
voilées, qu'« il y a également le Syria Accountability Act » et que « l'on peut
aller au-delà... ». « Il y a une interférence syrienne dans le processus
démocratique au Liban et les prochaines élections dans ce pays doivent avoir
lieu.La résolution 1559 doit être appliquée. Il est inadmissible que la Syrie
continue d'exporter des terroristes pour détruire les efforts visant à réaliser
une paix si fragile au Proche-Orient ou pour entraver la dynamique de retour de
la démocratie au Liban. »

Auparavant à Rome, elle avait adressé une mise en garde en bonne et due forme à
la Syrie,la menaçant d'isolement «si elle continue de soutenir le terrorisme
notamment à partir du Liban-Sud ». « La Syrie n'a pas aidé, c'est le moins qu'on
puisse dire, notamment en soutenant le terrorisme au Liban-Sud », a-t-elle
déclaré au cours d'une conférence de presse conjointe avec son homologue italien
Gianfranco Fini, avant de prendre l'avion pour Paris. « Je ne saurais le dire
plus fermement : on ne peut pas d'un côté dire que l'on veut un processus de
paix et,de l'autre, soutenir les gens qui sont déterminés à le faire voler en
éclats. Le gouvernement syrien doit agir contre les terroristes qui utilisent
une partie du Liban-Sud. La Syrie doit se montrer plus coopérative si elle ne
veut pas se voir isolée, si elle ne veut pas avoir de mauvais rapports avec les
États-Unis », a menacé Mme Rice. «Si parfois on observe ce qu'il faut bien
qualifier de progrès minimes, cela ne correspond pas du tout aux progrès qu'il
faudrait accomplir»,a-t-elle ajouté. « Je dirais simplement au gouvernement
syrien que s'il veut voir accélérer le processus de paix, celui de la paix
globale, il doit affronter les terroristes sur son sol », a encore dit Mme Rice.

La réponse de Damas

Damas a promptement réagi aux mises en garde de la secrétaire d'État. La radio
officielle syrienne a ainsi estimé que les accusations répétées de la secrétaire
d'État américaine Condoleezza Rice contre la Syrie visaient uniquement à «
satisfaire Israël ».

« Dans toutes les déclarations qu'elle a faites lors de sa première visite au
Proche-Orient, Mme Rice a notamment invité la Syrie à cesser de soutenir ce
qu'elle appelle le terrorisme et de s'ingérer dans les affaires du Liban. Ces
accusations de terrorisme portées contre la Syrie ne sont pas nouvelles, et bien
que les États-Unis reconnaissent que Damas coopère sur cette question, ils
continuent néanmoins de réclamer davantage », a indiqué Radio-Damas dans son
commentaire quotidien.

Selon la radio, les demandes américaines, notamment celles de Mme Rice, «n'ont
qu'un seul objectif : satisfaire Israël pour qui l'unité (entre Syriens et
Libanais) menace sa sécurité». « En qualifiant les mouvements de la résistance
de terroristes, l'Administration du président George W. Bush viole un droit
légitime agréé par la Charte de l'Onu », a ajouté la radio.
______________________________________________________________________________

L'opposition durcit le ton sur la Syrie et Washington perd patience

03/02/2005 - 12:05

BEYROUTH, 3 fév (AFP) - Au lendemain de la visite d'un émissaire syrien à
Beyrouth, l'opposition libanaise durcit le ton vis-à-vis de Damas, réclamant un
"retrait total et dans l'honneur" des soldats syriens du Liban, alors que
Washington montre des signes d'impatience à l'égard du régime bassiste syrien.

"L'opposition souligne la nécessité de trouver un règlement sur la base d'un
retrait total de l'armée syrienne du Liban conformément à l'accord de Taëf",
indique un communiqué de l'opposition publié jeudi, à l'issue d'une réunion à
huis-clos la veille.

L'accord inter-libanais de Taëf -qui n'a jamais été totalement appliqué- avait
mis fin en 1989 à quinze ans de guerre civile. Il prévoit le redéploiement des
forces syriennes dans la région de la Bekaa(est,près de la frontière syrienne)
deux ans après l'adoption de réformes politiques, avant que ne soit décidé de
l'avenir des troupes de Damas.

Mettant la barre plus haut, l'opposition réclame désormais que soit "mis un
terme à la crise dangereuse qui a éclaté entre le pouvoir au Liban et le droit
international, après l'adoption de la résolution 1559 du Conseil de sécurité de
l'Onu" en septembre dernier.

Cette résolution réclame implicitement le retrait de l'armée syrienne et la fin
de l'ingérence de Damas dans les affaires intérieures de son petit voisin.

En ce faisant, l'opposition entend "aller au delà de l'accord de Taëf pour se
rapprocher de la résolution onusienne", souligne jeudi le journal As-Safir.

"L'accord de Taëf n'a pas été conclu pour légaliser la présence syrienne au
Liban, mais pour organiser son retour" en Syrie, a expliqué Samir Frangié,
membre de l'opposition chrétienne qui participait à la rencontre ayant réuni
mercredi les diverses tendances de l'opposition, à l'exception du mouvement de
l'ancien Premier ministre, le général Michel Aoun, en exil en France.

Cité dans As-Safir, le chef druze Walid Joumblatt a pour sa part indiqué qu'un
"retrait graduel n'est plus acceptable. Il faut un retrait total mais de manière
honorable".

Le durcissement du ton de l'opposition rejoint la position du patriarche de
l'église maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, qui s'est rendu à Paris la semaine
dernière et a affirmé son attachement à une application de la résolution 1559 de
l'Onu et à la souveraineté du Liban.

Parallèlement, réunis sous la présidence de Mgr Sfeir, les évêques maronites ont
émis le souhait d'une surveillance "internationale" des législatives, prévues au
printemps, mettant en avant les exemples des élections irakiennes et
palestinienne. Le pouvoir libanais pro-syrien rejette une supervision
internationale du scrutin.

Ces prises de position interviennent au lendemain de la visite à Beyrouth d'un
émissaire syrien nouvellement chargé par le président syrien d'assainir les
relations avec le Liban.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a rencontré une
vingtaine de personnalités politiques, y compris de l'opposition, mais sa visite
a été largement perçue comme une manoeuvre, sans portée véritable.

Ce sentiment est renforcé par les dernières déclarations de Washington.

Les Etats-Unis "n'accordent plus d'importance aux visites, aux déclarations, ou
même au nouveau climat politique que Damas essaye de créer. La Syrie doit passer
aux actes et prendre les mesures nécessaires pour l'application totale de la
1559", a affirmé le secrétaire d'Etat adjoint pour les affaires du Proche-Orient
David Satterfield, interviewé à la radio américaine Sawa et abondamment cité par
les médias libanais.

Pour sa part, le président George W. Bush a accusé Damas "de continuer de
permettre que son territoire et certaines parties du Liban, soient utilisés par
des terroristes qui cherchent à détruire toute chance de paix dans la région".

Pour compliquer les choses, le Conseil chiite supérieur (plus haute instance de
cette communauté au Liban) a averti jeudi contre "toute tentative de parier sur
des changements régionaux pour affaiblir la Syrie".

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Courrier international 2005
______________________________________________________________________________

ENTRETIEN

«Le terrorisme est le seul obstacle à la paix au Moyen-Orient»

Condoleezza Rice, 66e secrétaire d'Etat des Etats-Unis, est la deuxième femme
(après Madeleine Albright) - et la première femme de couleur - à accéder à ce
poste. Dans un entretien exclusif de quarante-cinq minutes, elle défend la
politique américaine en Irak, parle du conflit israélo-palestinien, de la guerre
contre le terrorisme, des relations avec la France et de la religion.

Propos recueillis par Trude B. Feldman (traduction de Thierry Stefanopoulos)

Le Figaro Magazine

[29 janvier 2005]

Spécialiste de l’Union soviétique, Condoleezza Rice doit aujourd’hui tout mettre
en oeuvre pour apaiser le Moyen-Orient et convaincre l’ensemble de la communauté
internationale du bien-fondé de la politique américaine.

Proche de George W. Bush, dont elle a été la conseillère à la Sécurité, cette
dame de fer succède à Colin Powell avec, comme priorité, de donner une nouvelle
image de la diplomatie américaine.

Le Figaro Magazine - L'élection de Mahmoud Abbas à la tête de l'Autorité
palestinienne peut-elle faire évoluer la situation en faveur de la paix ?

Condoleezza Rice - Mahmoud Abbas, comme n'importe quel autre leader palestinien,
doit comprendre que la paix ne peut dépendre que d'une solution négociée et
certainement pas du terrorisme. Le peuple palestinien a besoin d'un chef d'Etat
prêt à s'engager dans une politique qui répond à ses aspirations légitimes :
avoir un gouvernement transparent, démocratique et responsable. Nous
travaillerons avec le nouveau chef de l'Autorité lorsqu'il renoncera à la
violence et s'engagera à mettre fin au terrorisme. Je crois qu'il y a
aujourd'hui une réelle possibilité pour que se développe un Etat palestinien
démocratique, où le peuple sera souverain tout en vivant côte à côte avec Israël
(...). Créer un tel gouvernement est la seule façon de réaliser le souhait du
président Bush de voir deux Etats, Israël et la Palestine, vivre en paix
conjointement. Un Etat palestinien ne sera jamais créé à travers le terrorisme.
Ni Israël ni les Etats-Unis ne le permettront.


Connaissiez-vous Yasser Arafat ?

Le refus du président Bush de le rencontrer était délibéré. Il s'agissait
d'affirmer le point de vue américain, à savoir que rien ne peut excuser la
violence et le terrorisme et qu'il faut refuser de légitimer ceux qui y ont
recours.


Comment peut-on régler ce conflit israélo-palestinien ?

Certains éléments essentiels à une possible solution pourraient bientôt être mis
en place. Le plan de retrait d'Ariel Sharon, qui consiste à démanteler puis à
rendre des territoires de la bande de Gaza, ainsi que quatre autres territoires
du côté ouest, est un bon début. Il s'est battu durement pour faire accepter son
projet et obtenir un vote favorable du parlement israélien. Sa proposition de
désengagement peut faire avancer de façon considérable notre vision pour la paix
et la sécurité dans la région. C'est pour cela que le Président le soutient.


Quelle est la position des Etats-Unis concernant le mur de sécurité israélien ?

Nous prévoyons un Moyen-Orient dans lequel un tel mur n'est pas nécessaire. Nous
avons consacré ces derniers mois à travailler avec les Israéliens pour être sûrs
qu'aucun mur ne remette en cause un accord territorial et, plus important
encore, pour que les Palestiniens ne subissent pas d'intrusion dans leur vie
quotidienne.


Quels changements seront-ils pris en compte dans le second mandat du président
Bush au sujet du Moyen-Orient ?

Beaucoup de ces changements se passent sur le terrain. Les Etats-Unis vont
revenir sur la scène des négociations, comme pour le retrait israélien des
territoires occupés ou encore le soutien apporté au nouveau dirigeant
palestinien. Notre stratégie est d'essayer de changer les termes du débat au
Moyen-Orient. Comme vous le savez, nous avons des relations très étroites avec
Israël, en partie dues au franc-parler du président Bush à propos des conditions
sur lesquelles Israéliens et Palestiniens doivent s'entendre pour vivre en paix.
Il est le premier président américain à s'être exprimé publiquement en faveur de
la création d'un Etat palestinien. Il est aussi le premier président américain à
avoir déclaré que la nature d'un Etat palestinien est aussi importante que ses
frontières. Un tel Etat doit avoir un gouvernement juste et démocratique, qui
serve au mieux les intérêts de son peuple et qui soit, dans la recherche de la
paix, un véritable partenaire d'Israël. C'est dans l'intérêt de tous,
Palestiniens et Israéliens.


Quelle sera la stratégie des Etats-Unis pour faire accepter de tels changements
?

Notre stratégie est d'aider à établir la liberté dans cette région. La liberté
est au centre de notre approche du conflit israélo-palestinien. Les Etats arabes
qui soutiennent la paix doivent mettre un terme aux incitations à la violence
dans leurs médias, ils doivent couper les fonds au terrorisme et établir de
meilleures relations avec Israël. Quant aux dirigeants israéliens, ils doivent
soutenir la naissance d'un Etat palestinien viable. Je pense que si la violence
disparaît, la liberté de mouvement sera restaurée et elle aidera les
Palestiniens à retrouver une vie normale. Conformément à la «feuille de route»
(NDLR : le plan de paix proposé par George W. Bush le 24 juin 2002),
l'implantation dans les territoires occupés doit prendre fin.


Que retirez-vous de votre expérience en tant que spécialiste des Affaires
soviétiques et européennes et de vos deux années (1989-1991) passées à la
Maison-Blanche, au temps de la réunification de l'Allemagne et des derniers
jours de l'URSS ?

J'ai eu la chance de participer à cette réunification et d'être témoin du
démantèlement pacifique de l'Union soviétique. Beaucoup s'accordent à dire que
la lutte contre le communisme était le combat de l'époque. Aujourd'hui, notre
nouveau combat c'est la guerre mondiale contre le terrorisme. Nous ne sommes pas
la première génération à devoir faire face à une lutte précise ou à être appelée
à défendre la liberté. Aucune raison ne justifie le terrorisme : la terreur
reste le seul obstacle à la paix au Moyen-Orient.


Quel est aujourd'hui votre sentiment sur l'attaque du 11 septembre 2001 et sur
la façon dont elle a changé le monde ?

C'était un acte de guerre destiné à nous paralyser, nous et notre nation. Nous
avons été plongés dans une guerre totale contre un ennemi sans scrupule. Ce qui
est arrivé le 11 septembre a changé la direction de notre politique étrangère.
Nous faisons tout notre possible pour faire échouer les terroristes et
l'idéologie de haine qui les anime.


Depuis le 11 septembre 2001, les Américains ont constitué une coalition de
quelque 90 pays qui partagent des renseignements et travaillent ensemble pour
combattre le terrorisme. Quels sont les résultats ?

Encore récemment, les terroristes étaient bien implantés en Arabie saoudite,
rencontrant peu d'opposition. Mais aujourd'hui, spécialement après les récent
attentats à Riyad et à Jeddah, le gouvernement saoudien arrête les sympathisants
terroristes. En raison de nos efforts, le monde terroriste est de plus en plus
petit. Mais nous n'abandonnerons pas cette lutte et nous continuerons jusqu'à ce
qu'il n'y en ait plus un seul.


Quelle est la politique des Etats-Unis concernant la prolifération des armes de
destruction massive ?

Les régimes qui s'engagent sur ce terrain le font à leurs risques et périls. Ils
peuvent aussi choisir d'y renoncer et s'engager sur une voie plus prometteuse
pour de meilleures relations internationales, comme l'a fait le dirigeant libyen
Kadhafi.

En raison de la forte détermination du président Bush à combattre les armes de
destruction massive, la Libye a aujourd'hui abandonné ses projets de
développement en matière de nucléaire sensible et d'équipements dangereux.
L'année dernière, travaillant avec nos alliés britanniques, allemands et
italiens, nous avons saisi une livraison importante de pièces de centrifugeuse
destinées à la Libye juste à temps pour convaincre le colonel Kadhafi de prendre
la bonne décision.


Quel rôle joue le pétrole dans la politique américaine au Moyen-Orient ?

Un rôle important depuis qu'il est un produit essentiel dans les échanges
internationaux et un facteur déterminant pour le développement économique à
travers le monde. Mais ce n'est pas la raison pour laquelle nous sommes au
Moyen-Orient ou en Irak.


Est-ce que l'indépendance pétrolière est un objectif de l'administration Bush ?
Si oui, comment allez-vous procéder pour le réaliser ?

Pour la sécurité de la nation, les Etats-Unis doivent réduire leur dépendance
vis-à-vis des producteurs étrangers dans la mesure du possible. Une des
solutions est d'augmenter la production intérieure. Une autre est de diversifier
davantage les sources étrangères d'approvisionnement. (...)


Comment voyez-vous la volonté iranienne de suspendre son développement et son
retraitement d'activité nucléaire, en échange de certains accords favorables
avec l'Europe ?

Ce qui est important, c'est que le monde fasse bloc, faisant comprendre à l'Iran
qu'il ne peut pas poursuivre son ambition nucléaire tout en étant un membre
actif de la communauté internationale.

Je pense que cela peut-être réglé par la voie diplomatique. Mais le plus
important, quels que soient les accords, c'est que nous ayons les moyens de
vérifier ce que font les Iraniens et qu'ils ne puissent pas s'en tirer en
mentant. Il faut qu'ils sachent que s'ils ne tiennent pas leurs engagements, la
communauté internationale est prête à les faire comparaître devant le Conseil de
sécurité des Nations unies.


Est-ce que les Etats-Unis devraient utiliser la force militaire contre l'Iran ?

Je crois que c'est quelque chose que nous pouvons résoudre par la diplomatie.


Quelles sont les relations entre les Etats-Unis et la France ?

Meilleures en pratique qu'elles ne le sont en théorie. J'ai récemment rencontré
Michel Barnier (NDLR : ministre français des Affaires étrangères). Nous avons
présenté ensemble une résolution aux Nations unies demandant à la Syrie de
retirer ses troupes du Liban (NDLR : la résolution 1559). Auparavant, les
Français étaient également avec nous à Haïti (NDLR : pour contraindre le
président Aristide à l'exil). Et nous travaillons avec la France sur la
situation en Côte d'Ivoire.

Oui, nous avons eu des différends. Mais c'était seulement à propos de l'Irak.
Maintenant, nous travaillons ensemble sur l'allègement de la dette irakienne et
l'Otan y participe (NDLR : en entraînant les troupes irakiennes avec le concours
des Français). Donc nos relations avec la France sont bonnes.


En Irak justement, que pensez-vous de la prise de Falloujah par les forces
américaines ? Cela peut-il conduire à une augmentation de l'hostilité des civils
irakiens à l'encontre des troupes américaines ?

Je pense que le Premier ministre Iyad Allaoui a dit vrai lorsqu'il a déclaré :
«Vous ne pouvez pas avoir une partie du pays où les terroristes intimident la
population et empêchent les gens de vivre leur vie.» Le but est de créer un
environnement dans lequel des élections peuvent avoir lieu, pour que les
Irakiens puissent gérer leurs propres affaires.


Au Darfour et au Soudan, des centaines de milliers de vies sont en suspens. Que
font les Américains ?

Nous travaillons sans relâche avec les Nations unies pour que le gouvernement
soudanais reconnaisse sa responsabilité. Il doit cesser d'être violent à
l'encontre de la population et accepter l'aide humanitaire. Nous avons davantage
obtenu d'aides humanitaires que nous n'avons réussi à stopper les violences.
Mais le Soudan est prévenu : le monde attend que le gouvernement soudanais
agisse avec sérieux.


Quelle est la place de la religion dans votre vie ?

La foi a une place majeure dans ma vie, elle fait entièrement partie de moi,
elle ne peut être séparée de ce que je fais. Je suis très croyante, dévouée à ma
foi et à mes prières. Je suis quelqu'un qui est analytique dans ses décisions ou
ses recommandations : chaque jour, je suis constamment à la recherche de la
meilleure ligne de conduite à suivre.


Vous avez été conseillère du Président pour la Sécurité nationale, et vous êtes
désormais secrétaire d'Etat. Comment définissez-vous le rôle de la femme dans la
construction de la paix et la sécurité nationale ?

Vous savez, je me considère comme un tout. Je suis une femme. Je suis
Afro-Américaine. Je mesure 1,75 mètre et je suis professeur de politique
internationale. Tout s'emboîte. C'est difficile d'en dissocier une partie, c'est
«tout ou rien». Je pense que les femmes, en général, ont un rôle très important
à jouer en faveur de la démocratie... Même dans les sociétés où dominent la
pauvreté et les difficultés, dès que les femmes ont le contrôle de leur vie et
qu'elles peuvent créer des entreprises, tout le monde en bénéficie.
______________________________________________________________________________

#1723 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Samedi 12. Février 2005  12:54
Sujet: Brèves : Rebondissement affaire Kazemi / levée sanctions Libye / violences au Nigéria
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Rebondissement dans l'affaire Kazemi

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/

9 février 2005

Pour la première fois, un diplomate iranien admet la responsabilité de son pays
dans la mort de la photojournaliste canadienne Zahra Kazemi, en juillet 2003.

Selon le réseau de nouvelles Canwest, l'ambassadeur d'Iran en Grande-Bretagne a
reconnu que la journaliste a été victime des forces de sécurité iranniennes.
L'ambassadeur a souligné qu'il n'acceptait pas le geste posé par les forces de
sécurité et s'est dit désolé pour ce qui s'est passé.

Shirin Ebadi, avocate et prix Nobel de la paix, représente la famille Kazemi en
Iran

Cette déclaration contredit la version officielle qui, jusqu'ici, parlait d'un
accident. La justice iranienne a d'ailleurs enterré l'affaire et acquitté un
agent des services secrets, faute de preuves suffisantes.

Zahra Kazemi est morte des suites de blessures à la tête pendant sa détention, à
Téhéran, en juillet 2003. Elle venait d'être arrêtée pour avoir pris des photos
de la prison d'Evine. Sa famille estime qu'elle a été battue par ses
interrogateurs.

En novembre 2004, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre
Pettigrew, a nommé un nouvel ambassadeur, en Iran. « Le fait que justice n'ait
pas été rendue soulève l'indignation des Canadiens et des Canadiennes. Nous
poursuivrons vigoureusement nos démarches dans cette affaire », a affirmé, lors
de la nomination du diplomate, le ministre Pettigrew.

Cette nomination est intervenue quatre mois après le rappel du représentant
canadien à Téhéran, pour protester contre les lacunes du système judiciaire
iranien dans l'affaire Kazemi.
___________________________________________________________________________

Les Etats-Unis lèvent de nouvelles sanctions imposées à la Libye

samedi 12 février 2005, 2h54

WASHINGTON (AP) - Le département d'Etat américain a annoncé vendredi la levée
des restrictions concernant les déplacements aux Etats-Unis des diplomates
libyens, confirmant ainsi le réchauffement des relations entre Washington et
Tripoli.

Simultanément, la Libye a levé les mesures restreignant les déplacements des
diplomates américains sur son sol.

Les Etats-Unis lèvent progressivement certaines des sanctions imposées à la
Libye depuis 1979, et son entrée sur la liste des Etats terroristes du
département d'Etat, depuis que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a accepté à
la fin 2003 de renoncer à développer des armes de destruction massive et de
démanteler ses programmes de recherches en armement.

D'autres sanctions restent en vigueur (restrictions sur l'aide américaine,
contrôle des ventes de matériel pouvant être utilisé à des fins militaires et
diverses sanctions financières...) et les deux pays n'ont toujours pas renoué de
relations diplomatiques formelles malgré les signes ponctuels de réchauffement.
AP
____________________________________________________________________________

Plus de 53000 tués en trois ans dans des heurts interreligieux au Nigeria

www.lorientlejour.com

Vendredi 08 Octobre 2004

Les affrontements entre chrétiens et musulmans dans l'État du Plateau au centre
du Nigeria ont fait plus de 53 000 morts en trois ans, a indiqué hier le bureau
de l'administrateur de cet État où l'état d'urgence a été instauré le 18 mai
dernier. Au cours d'une conférence de presse mercredi soir à Jos, la capitale de
l'État du Plateau, le conseiller spécial en charge de la réinstallation et de la
réhabilitation de l'administrateur, Thomas Kangnaan, a présenté un rapport
fixant à 53 787 le nombre de personnes qui ont trouvé la mort depuis le début de
la crise le 7 septembre 2001 dans cet État.

Selon lui dans ce bilan, « 18 931 sont des hommes, 17 397 des femmes et 17 459
sont des enfants ». Le porte-parole de l'administrateur - mis en place par le
président Obasanjo pour remplacer M. Dariye -, Chris Alli, a également déclaré
que « ces personnes sont mortes des suites des hostilités, soit tuées par balle
ou machette, soit d'autres choses ».
______________________________________________________________________________

#1724 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Lundi 14. Février 2005  12:34
Sujet: Rafic Hariri, l'ex-Premier ministre libanais et allié de Paris tué dans un attentat à Beyrouth
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
L'ex-Premier ministre libanais tué dans un attentat à Beyrouth

13h27 - 14/02/05

BEYROUTH (AFP) - L'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri a été tué lundi
dans un attentat à l'explosif à Beyrouth, selon un employé de l'hôpital de
l'Université américaine de Beyrouth (AUH) et les télévisions libanaises.

Une violente explosion a dévasté un secteur proche de l'hôtel Saint-Georges à
Beyrouth faisant au moins six tués. Elle s'est produite au moment du passage
d'un convoi de quatre limousines noires, accompagnées de jeeps.

L'explosion a provoqué d'énormes dégâts et laissé dans la rue des corps brûlés
et des voitures en feu. Elle a eu lieu en milieu de journée dans un secteur
bondé à cette heure de la journée. Des gravats jonchaient les rues et des
personnes sont accourues sur les lieux pour tenter de porter secours aux
victimes.Une épaisse colonne de fumée noire s'élevait des lieux de l'explosion
et des flammes de plusieurs mètres de haut empêchaient les gens d'approcher des
victimes dans les voitures en feu.
_____________________________________________________________________________

Rafic Hariri tué dans un attentat à Beyrouth: hôpital américain

14/02/2005 - 13:35

BEYROUTH, 14 fév (AFP) - L'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, 60 ans, a
été tué lundi dans un attentat à l'explosif à Beyrouth qui a fait neuf morts,
selon un employé de l'hôpital de l'Université américaine de Beyrouth (AUH) et
les grandes chaînes de télévision libanaises.

M. Hariri, un responsable politique qui bénéficiait d'une grande notorité
internationale, a été évacué peu après l'explosion, vers l'hôpital de
l'Université américaine de Beyrouth où il a été admis dans un service des soins
intensifs, a-t-on précisé auprès de l'administration de l'établissement.

Au moins neuf personnes ont été tuées dans l'explosion dans un quartier
résidentiel près du front de mer où se trouvent plusieurs grands hôtels, selon
un bilan établi par les médias locaux.

Parmi les tués figure également au moins un des gardes du corps de M. Hariri,
Haya al-Arab, selon la chaîne de télévision privée libanaise LBC.

La LBC avait auparavant indiqué que le convoi de l'ancien Premier ministre se
trouvait dans la zone au moment de l'explosion.

L'explosion, qui selon une autre chaîne de télévision libanaise pourrait avoir
été causée par une voiture piégée, a provoqué d'énormes dégâts et laissé dans la
rue des corps calcinés et des véhicules en feu. Elle a eu lieu en milieu de
journée dans un secteur bondé à cette heure de la journée.

Selon la chaîne de télévision Future TV de M. Hariri, il s'agirait d'un attentat
à la voiture piégée. Cette information n'a pas pu être confirmée dans
l'immédiat.

M. Hariri avait démissionné début octobre de son gouvernement. Musulman sunnite,
il avait fait fortune en Arabie saoudite avant de se passionner pour la
politique et d'accéder au pouvoir au Liban pour la première fois en 1992.

M. Hariri, qui avait formé cinq gouvernements entre 1992 et 2004, s'était
accommodé tant bien que mal des règles du jeu imposées par Damas, qui exerce sur
son petit voisin occidental une influence sans partage et y maintient toujours
quelque 15.000 soldats.

Dans la zone de l'explosion, les forces de sécurité libanaises ont installé un
cordon de sécurité. Une épaisse colonne de fumée noire s'élevait des lieux de
l'explosion et des flammes de plusieurs mètres de haut empêchaient les gens
d'approcher des victimes dans les voitures en feu.

Le Premier ministre libanais Omar Karamé s'est rendu sur les lieux de
l'explosion, de même que d'autres députés qui ont interrompu une séance du
parlement, selon les télévisions libanaises.

Des pans de murs de bâtiments du quartier étaient totalement détruits. Un grand
nombre de blessés étaient transportés à l'hopital à bord d'ambulances toutes
sirènes hurlantes.

L'explosion a provoqué un cratère de plusieurs mètres dans la chaussée.
Plusieurs banques, dont le siège de la HSBC, ainsi que des hôtels sont
concentrés dans le secteur très passant, sur le bord de mer.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Courrier international 2005
_______________________________________________________________________________

Voir aussi nos bulletins

- n°1722 du 12/2/2005

La Syrie montrée du doigt

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/1722

- n°1706 du 30/1/2005

L'ONU considère les fermes de Chebaa comme un prétexte / Syrie - Irak / Syrie -
Russie

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/1706
______________________________________________________________________________

#1725 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Jeudi 24. Février 2005  8:23
Sujet: Interrruption temporaire
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Chers membres,

Comme vous l'avez remarqué la diffusion de notre bulletin de revue de presse est
interrompu pour le moment et ce parce que la réalisation d'un site internet est
en cours qui accapare tout notre temps.

Malheureusement cette suspension arrive alors que les événements se précipitent
notamment au Liban et aussi concernant une nouvelle - ou un rebondissement de l'
- affaire Dieudonné.

Veuillez nous excuser de cet impair mais la réalisation de notre site internet
traîne depuis longtemps et il nous est apparu indispensable de nous y consacrer
pleinement.

Merci de votre compréhension

CID

#1726 De: "CID" <cid1@...>
Date: Mardi 8. Mars 2005  13:42
Sujet: Moyen-Orient : les arbres et la forêt
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Moyen-Orient : les arbres et la forêt

    Et si la «Vieille Europe» avait sous-estimé l'efficacité de la politique
    étrangère de George W. Bush ?

    2001-2005... Faisons un bilan provisoire de ces quatre années

    Bush, je le disais il y a deux ans dans ces colonnes, a révoqué la doctrine
    stratégique américaine dans la région, la doctrine Eisenhower.

    [Le Figaro - 08 mars 2005]

2. Un tour du monde arabe

    Livre. Analyse sans complaisance sur les mythes et la réalité.

    [Libération -  18 janvier 2005]
______________________________________________________________________________

Débats & Opinions

INTERNATIONAL

Et si la «Vieille Europe» avait sous-estimé l'efficacité de la politique
étrangère de George W. Bush ?

Moyen-Orient : les arbres et la forêt

PAR LAURENT MURAWIEC *

Le Figaro

[08 mars 2005]

2001-2005... Faisons un bilan provisoire de ces quatre années : événement sans
précédent, les électeurs et électrices afghans ont fait acte de citoyenneté, en
dépit des menaces talibanes et des lugubres prédictions de nos experts
habituels.

Avec un courage qui force l'admiration, une proportion élevée d'Irakiens a fait
de même, alors que les tueurs djihadistes se déchaînaient, en vain. Cahin-caha,
une situation de partage du pouvoir s'y installe, idée révolutionnaire au
Proche-Orient ; les sunnites n'ont pas encore accepté, mais doivent subir, la
perte d'un pouvoir qu'ils exerçaient discrétionnairement depuis quatre-vingts
ans. Il faut partager.

Dans les territoires palestiniens, c'est la victoire remportée par Ariel Sharon
sur la deuxième Intifada qui a dégagé le terrain, avec la mort du vieux chef de
Ramallah ; voilà qui a permis à Abou Mazen, syndic de faillite, quelques
décisions pragmatiques, élections à la clé. Notons que le nouveau chef a fait
plus en quelques semaines qu'Arafat en plus de dix ans pour endiguer la terreur
palestinienne. Quand on veut...

En Egypte, le dictateur à vie Moubarak a dû annoncer des propositions certes
équivoques et destinées à sauver sa mise, mais qui représentent une ouverture
politique (encore faudrait-il qu'il libère de la prison où il l'a fait jeter son
principal challenger).

Le régime saoudien a même procédé à l'aimable mascarade d'une pseudo-élection
municipale, qui donne des frissons à ses thuriféraires stipendiés, ne change
rien à la réalité du pouvoir, mais constitue une manière d'hommage du vice
(despotique) à la vertu (démocratique). Kadhafi, quant à lui, a abandonné son
programme d'armes nucléaires. Il ne s'est pas pour autant rangé des affaires
terroristes. A chaque jour suffit sa peine.

Le régime syrien aux abois a pris le risque de s'aliéner son coparrain, le
prince héritier Abdallah d'Arabie saoudite, en faisant assassiner l'ex-légat
colonial syrien, l'ex-premier ministre de nationalité saoudienne Rafiq Hariri,
ne conservant que son autre parrain (comme on dit dans la Mafia), l'Iran.
Catastrophique erreur de calcul, comme on le voit ces jours-ci : la cendre qui
couvait sous l'éteignoir syrien a enflammé le Liban entier, dont l'«intifada»
pacifique est prometteuse... Après tout, même imparfait, le Liban d'avant la
guerre civile n'était-il pas l'unique «politie» pluraliste du monde arabe ?

Est-ce l'opération du Saint-Esprit qui a engendré ce remue-ménage aux accents de
démocratisation dans une région où le despotisme et la tyrannie régnaient en
maîtres ? Est-ce, dans ce cas, la diplomatie de l'Union européenne, attentive
aux tyrans, oublieuse des dissidents (comme le rappelait récemment avec éclat et
amertume Vaclav Havel) ? Est-ce la stratégie bien française qui fut longtemps de
«ne pas isoler» les assassins terroristes, Assad, Hezbollah («l'équipe fanion de
la terreur»), l'OLP ; de «dialoguer» ; enfin, de «ne pas exporter par la force
nos valeurs» et autres «la guerre n'est jamais la solution» ? Le syndrome de
Stockholm n'a jamais constitué une politique, si ce n'est celle de la
capitulation.

Bush, je le disais il y a deux ans dans ces colonnes, a révoqué la doctrine
stratégique américaine dans la région, la doctrine Eisenhower. Pour celle-ci,
quiconque avait du pétrole gagnait ipso facto une immunité complète, et la
protectrice bénédiction des Etats-Unis. «C'est un salaud, mais c'est notre
salaud», disait jadis un secrétaire d'Etat américain. Après la bataille
d'Afghanistan vint la bataille d'Irak, et viendront d'autres batailles dans la
guerre menée contre la terreur arabo-islamique. L'événement auquel nous
assistons, c'est, grâce à l'intervention américaine, l'affaiblissement des
despotismes et les prodromes d'un réveil de la modération arabe. Les GI ont par
contrecoup créé les espaces où a pu s'engouffrer cette forte minorité forcée au
silence, qui n'est pas entichée des fatwas meurtrières, de la haine obsidionale,
du ressentiment violent : les diplomates européens (et leurs cousins
«kerryesques» aux Etats-Unis) misaient toujours sur la pérennité de la «rue
arabe», ce peuple manipulé par les pouvoirs en place. Ce n'est pas la rue qui va
voter, même sous les bombes en Irak, au Liban en bravant la menace des nervis du
régime syrien.

Un journaliste américain connu, qui avait empilé critique sur sarcasme à l'égard
de Bush et de sa stratégie, écrit maintenant : «Nous contemplons aujourd'hui une
glorieuse catastrophe au Moyen-Orient. L'ancien système qui avait les apparences
de la stabilité s'effondre, chaque pilier en entraîne un autre dans sa chute. La
pression qui a produit la réaction en chaîne, c'est l'invasion américaine de
l'Irak. Mais cette structure du pouvoir arabe était pourrie jusqu'à la moelle
depuis une génération. La force qui la met à bas, c'est la colère populaire»
(1). Le même journaliste rapportait les dires de cet ex-allié libanais de la
Syrie, Walid Joumblatt, qui s'était réjoui du 11 septembre comme la punition des
Etats-Unis: «(...) Quand j'ai vu huit millions d'Irakiens voter le 30 janvier,
j'ai compris que c'était le commencement d'un nouveau monde arabe. Le peuple
syrien, le peuple égyptien, tous disent que quelque chose est en train de
changer. Le mur de Berlin est tombé. Sous nos yeux.»

En Europe, naguère mobilisée autour du «camp de la paix», pour s'attaquer au
couple satanisé «Busharon» et diaboliser les néoconservateurs, on lit avec
intérêt Claus-Christian Malzahn du Spiegel (2) : «Peut-être que les peuples de
Syrie, d'Irak ou de Jordanie vont se mettre en tête de se défaire de leurs
régimes oppresseurs, tout comme les Allemands de l'Est l'avaient fait. Juste une
idée à méditer pour la vieille Europe : Bush pourrait bien avoir raison comme
Reagan avant lui.» En France, un journaliste de radio me demandait tout
récemment : «Bush a-t-il eu raison et la France tort ?»

Reste l'Iran aux visées impérialo-islamistes et nucléaires. Reste Ben Laden, son
gang et la vaste nébuleuse des assassins islamistes. Restent les équipes fanion
de la terreur, et l'immense gâchis causé par des décennies de décisions
délétères prises par les élites arabes.Reste aussi,pour la nouvelle modération
arabe, à mener à bien son dessein, à passer d'une révolte pacifique à une
reconstruction pluraliste. Reste pour nous à les soutenir efficacement. Rien
n'est fini, mais tout commence.

Pour reprendre la belle phrase de Churchill, «ce n'est pas le commencement de la
fin. C'est la fin du commencement».

* Directeur de recherche à l'Institut Hudson, Washington.

(1) David Ignatius dans le Washington Post du 2 mars.
(2) DerSpiegel, 23 février.
____________________________________________________________________________

Voir aussi notre bulletin n° 656 du mercredi 9 avril 2003

La fin de la «doctrine Eisenhower»

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/656
____________________________________________________________________________

Rebonds

Livre. Analyse sans complaisance sur les mythes et la réalité.

Un tour du monde arabe

Par Christophe AYAD

Libération

mardi 18 janvier 2005

Considérations sur le malheur arabe de Samir Kassir, Sindbad-Actes Sud, 108 pp.,
10 ?.

Il y a une quinzaine d'années, Burhan Ghalioun décrivait le Malaise arabe.
Aujourd'hui, Samir Kassir disserte sur le «malheur arabe». C'est un progrès dont
cette région du monde se serait bien passé. Le constat s'est mué en diagnostic,
l'autopsie n'est plus loin : «A l'exception de l'Afrique sub-saharienne (...),
le monde arabe est la région de la planète où l'homme a le moins de chances
d'épanouissement. A plus forte raison la femme.»

Et encore, l'Afrique, certes plus mal en point du point de vue économique, peut
se prévaloir de transitions démocratiques réussies, là où la dictature est la
norme dans le monde arabe.

Samir Kassir, qui éditorialise d'une plume acérée dans le quotidien libanais
Al-Nahar, n'épargne aucun travers de son monde arabe qu'il aime d'amour vache :
le mythe de «l'âge d'or» et son corollaire, le «deuil inabouti de la grandeur»,
qui fait que «le malheur des Arabes serait dans leur impuissance à être après
avoir été» ; «l'impuissance» à prendre en main son destin ;le «littéralisme
coranique» et, son pendant politique, l'a-historicisme des mouvements islamistes
; le culte de la «victimisation» et le «refus de l'universel» ; la «totémisation
de la résistance» qui fait du Hezbollah un modèle et du kamikaze un héros, etc.

Mais tout n'est pas perdu, plaide Samir Kassir. Le monde arabe, qui a la mémoire
courte, s'est empressé d'oublier la Nahda (renaissance, en arabe), cette
séquence qui ­ au sens large ­ va de 1850 à 1950 et durant laquelle il assimile
rapidement et sans effort tous les acquis technologiques de l'Occident, adapte,
voire invente, une modernité originale qui passe par une éclosion nationaliste,
un effort de réformisme religieux, une renaissance culturelle et un début de
libération de la femme. A travers son avatar tiers-mondiste et révolutionnaire,
Samir Kassir fait durer la Nahda jusqu'aux années 1970-1980.

Reste aujourd'hui à trouver les moyens de rouvrir cette «parenthèse enchantée».

© Libération
______________________________________________________________________________

#1727 De: "CID" <cid1@...>
Date: Vendredi 18. Mars 2005  21:00
Sujet: Le diplomate américain George Kennan est décédé jeudi à 101 ans
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
PORTRAIT

George Kennan

18/3/2005

Le diplomate et historien américain George Kennan, décédé jeudi à 101 ans, était
l'un des plus importants théoriciens de la guerre froide qui a mis au point la
politique de "l'endiguement" de l'URSS.

C'est grâce à un article publié en 1947, deux ans après que les Etats-Unis et
l'URSS, alliés, eurent vaincu l'Allemagne nazie, que George Kennan est devenu
l'un des diplomates les plus influents de l'après-guerre.

Dans la revue Foreign Affairs, sous la signature "X", il écrit que "le principal
élément de toute politique des Etats-Unis à l'égard de la Russie soviétique doit
être de contenir ses tendances expansionnistes avec patience, fermeté et
vigilance".

Les principes de l'OTAN

Ce long article résume les grands principes de "l'endiguement" ("containment" en
anglais), une politique promue par le président de l'époque, Harry Truman, avant
d'être suivie, avec des variantes, par ses successeurs jusqu'à la chute du Mur
de Berlin en 1989. Sur la base de ses principes sera notamment créé l'Otan en
1949 puis lancée la guerre du Vietnam.

Mais George Kennan regrettera que, dans leur lutte contre le communisme, les
Etats-Unis se soient focalisé sur la voie militaire au détriment de l'idéologie
et des pressions diplomatiques et économiques. Pour lui, la course aux
armements, notamment atomiques, aggravait le risque d'un conflit entre les deux
super-puissances au lieu de le réduire.

Avant l'article de Foreign Affairs, George Kennan était sorti de l'ombre en 1946
lorsque, numéro deux de l'ambassade américaine à Moscou, il envoie un message de
8.000 mots, connu depuis comme le "Long télégramme". Il y met en garde contre
les concessions à Staline et conseille d'appliquer la logique du "rapport de
force".

Ambassadeur

Quelques mois plus tard, de retour à Washington, George Kennan participe
activement au lancement du Plan Marshall de reconstruction des pays dévastés par
la Deuxième Guerre mondiale. Il contribue en outre au développement d'un service
d'opérations secrètes, au sein de l'Agence centrale du renseignement (CIA),
contre le communisme.

Mais son influence diminue rapidement, notamment avec la nomination de Dean
Acheson au poste de secrétaire d'Etat en 1949. En 1952, il est nommé ambassadeur
à Moscou avant d'être déclaré, moins d'un an plus tard, "persona non grata" par
Staline après avoir comparé les conditions de vie en URSS avec celles de
l'Allemagne nazie.

A l'exception d'une nouvelle ambassade, en Yougoslavie, au début des années
1960, George Kennan consacra les cinquante dernières années de sa vie à la
recherche et l'enseignement au sein du prestigieux Institute for Advanced Study
à Princeton, la ville du New Jersey (nord-est) où il est décédé.

Participant au débat public, notamment en s'opposant à la guerre du Vietnam, où,
estime-t-il, son pays n'a pas d'intérêt stratégique, il écrit une vingtaine
d'ouvrages. Deux d'entre eux, un livre sur les relations américano-soviétiques
et ses Mémoires, ont été couronnés par le prix Pulitzer.

© Le Nouvel Observateur 2005
______________________________________________________________________________

A lire (en Anglais)

George Kennan, "The Sources of Soviet Conduct" in Foreign Affairs (1947)

http://www.historyguide.org/europe/kennan.html
______________________________________________________________________________

Voir aussi notre bulletin n°1558 du 12/9/2004

Dossier Spécial 11 septembre : Definir l'ennemi : non pas le terrorisme mais une
idéologie

Le rapport de la commission du 11 septembre 2001

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/1558
_____________________________________________________________________________

#1728 De: "CID" <cid1@...>
Date: Mercredi 16. Mars 2005  10:17
Sujet: Les arbres et la forêt : Vive la révolution du Cèdre !
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
_____________________________________________________________________________

Voir notre bulletin n°1726 du 18 mars 2005

Moyen-Orient : les arbres et la forêt

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/1726
_____________________________________________________________________________

1. Vive la révolution du Cèdre !

    Un appel d'intellectuels à soutenir les opposants à l'occupation et le
    retrait des troupes syriennes

    [Le Figaro - 14 mars 2005]

2. LA CHRONIQUE d'Alexandre Adler : Liban : Réactions en chaîne

    On a beaucoup comparé les derniers événements de Beyrouth et ceux de Kiev.
    Pourtant, les événements actuels, qui ont tout d'un tremblement de terre,
    feraient penser à l'année 1989 en Europe soviétique plutôt qu'à l'Ukraine
    de Noël 2004.

    S'il existe un contexte particulier au Liban, on peut cependant décrire une
    à une les étapes de cette réaction en chaîne.

    Les premiers craquements internes à l'appareil d'Etat syrien ont commencé à
    se produire

    [Le Figaro - 02 mars 2005]

3. L'armée syrienne est divisée sur le retrait du Liban; l'opposition affirme
    que Bachar Assad a du s'enfuir.

    [World Tribune.com - 18 mars 2005 - Traduction CID]

4. Petite leçon de dictature "Made in Syria"

    Comment fonctionne le régime que tout le monde aimerait voir décamper du
    Liban ? Rencontre à Damas de deux frères ennemis : le général et le
    dissident.

    [Courrier international - 10 mars 2005]

5. Le «Times» affirme avoir la preuve que la Syrie a assassiné Hariri

    [Agence télégraphique suisse - 18 mars 2005]

6. Face à face avec Damas

    La liberté du Liban, Jacques Chirac en a fait une affaire personnelle. Les
    Syriens sont dans la ligne de mire, ils le savent. Récit d'un duel
    impressionnant.

    [Valeurs Actuelles 3563 - 11 Mars 2005]

7. La marée antisyrienne

    Les patriotes libanais ont fait la démonstration de leur force et de leur
    détermination. Washington et Paris ne doivent pas relâcher la pression sur
    la Syrie.

    [Valeurs Actuelles 3564 - 18 Mars 2005]
_____________________________________________________________________________

Débats & Opinions

LIBAN

Un appel d'intellectuels à soutenir les opposants à l'occupation et le retrait
des troupes syriennes

Vive la révolution du Cèdre !

Le Figaro

[14 mars 2005]

Le vent de la liberté souffle sur le Liban. Evènement exceptionnel dans un pays
arabe : la démission du gouvernement prosyrien de Karamé a été obtenue par la
mobilisation patriotique des citoyens, transcendant les communautés et les
opinions, qui a suivi l'assassinat de Rafic Hariri.

La révolte libanaise rappelle les grands mouvements populaires antitotali-taires
à l'Est. Elle évoque aussi l'exemple ukrainien dont elle emprunte les formes :
occupation pacifique et prolongée de la rue, bienveillance voire sympathie des
forces de police ou de l'armée, usage similaire des couleurs identitaires du
mouvement : orange à Kiev, rouge et blanc à Beyrouth.

Au Moyen-Orient aussi, la liberté s'affirme comme la grande valeur politique
universelle sur laquelle devra se bâtir l'ordre international futur. Elle
parvient à bousculer des régimes qu'on croyait inamovibles et à défier des
tyrans qui se pensaient inébranlables. En quelques mois, les électeurs afghans,
palestiniens et irakiens, parfois au risque de leur vie, ont démenti de manière
cinglante le préjugé d'une incompatibilité entre démocratie et monde
arabo-musulman.

Depuis l'intervention américaine en Irak et la chute de la dictature de Saddam
Hussein,un nouveau Moyen-Orient se dessine sous nos yeux. Rien n'est cependant
joué. Le meilleur comme le pire peuvent advenir. Il faut absolument soutenir la
détermination du peuple libanais à chasser totalement l'occupant syrien et à
recouvrer sa liberté et sa souveraineté.

Dans ce but, les gouvernements démocratiques doivent poursuivre avec fermeté
leurs pressions sur la Syrie - que même les pays arabes invitent à se retirer du
Liban - afin qu'armée et services secrets quittent immédiatement le pays du
Cèdre.

C'est la seule garantie pour une enquête impartiale sur l'assassinat de Rafic
Hariri. C'est aussi l'unique condition pour la tenue d'élections législatives
réellement libres. L'application de la résolution 1559 du Conseil de sécurité
des Nations unies demande expressément le désarmement et la dissolution des
milices libanaises ou non libanaises. Sa réalisation nécessitera, comme le
réclament les manifestants, «qu'il n'y ait plus d'autre armée que libanaise au
Liban et sur la totalité de son territoire».

Les démocrates arabes ont besoin d'un soutien international. Citoyens engagés
dans la lutte pour la démocratie, sous toutes les latitudes et dans toutes les
langues, ne laissons pas passer cette occasion : l'extension de la liberté et de
la démocratie dans le monde arabe est une condition essentielle de la paix au
Moyen-Orient. Vive la révolution démocratique du Cèdre !


a.. Premiers signataires : Fadela Amara, Mohamed Abdi, Antoine Basbous, Paul
Berman (Dissent), Emma Bonino, Pascal Bruckner, Stéphane Courtois, Alain
Finkielkraut, Arié Flack, André Glucksmann, Patrick Klugman, Michel Laval,
Corinne Lepage, Bernard-Henri Lévy, Jacky Mamou, Kaveh Mohseni, Jean-Luc Mouton,
Réforme (hebdomadaire protestant), Kendal Nezan, Pierre-André Taguieff, Michel
Taubmann,

Contact : m.taubmann@...

Ce texte est soutenu par : Galia Ackerman, journaliste, Naoual Bennaceur, Ni
Putes Ni Soumises, Saïd Bouaissi, physicien des particules, Claire
Brière-Blanchet, journaliste, David Chemla, président du Comité Deux peuples
Deux Etats, Brice Couturier, journaliste, Patrick Demerin, écrivain, Philippe
Gumplowicz, musicologue, Raphaël Glucksmann, réalisateur, Kébir Jbil, président
du Mouvement des Maghrébins laïques de France, Mireille Kukawka, conseillère
d'arrondissement Paris XIIIe (les Verts), Arthur Kriegel, médecin, Pierre
Lassus, directeur de revue, Safia Lebdi, vice-présidente Ni Putes Ni Soumises,
Alda Lemaître, écrivain, Bertrand Lebeau, médecin, Norbert Lipszyc, ingénieur,
Jacqueline Lipszyc, peintre, Gérard Patrimonio, militant humanitaire, Pierre
Rigoulot, historien, Alberto Toscano, journaliste, Michèle Tribalat, sociologue,
Ilios Yannakakis, universitaire, François Zimeray, ancien parlementaire, Pascal
Perrineau, politologue,

______________________________________________________________________________

Débats & Opinions

LA CHRONIQUE d'Alexandre Adler

Réactions en chaîne

Le Figaro

[02 mars 2005]

On a beaucoup comparé les derniers événements de Beyrouth et ceux de Kiev.
Pourtant, les événements actuels, qui ont tout d'un tremblement de terre,
feraient penser à l'année 1989 en Europe soviétique plutôt qu'à l'Ukraine de
Noël 2004. Car il ne s'agit pas ici d'un événement isolé qui survient dans un
pays fragile et exposé d'une zone géopolitique en voie de stabilisation
démocratique - ancienne Europe de l'Est -, mais bien plutôt d'une réaction en
chaîne dans une région instable et fragilisée, le Moyen-Orient islamique, qui ne
supporte plus l'ordre ancien.

S'il existe un contexte particulier au Liban, on peut cependant décrire une à
une les étapes de cette réaction en chaîne. Tout d'abord, au printemps 2004, le
succès des élections afghanes, dû, en grande partie, à la convergence des
politiques américaine et iranienne.

Rappelons tout de même que l'on évoquait quelques semaines avant l'élection, une
résurgence des talibans, le mécontentement des Pachtouns et l'emprise des
seigneurs de la guerre. Les Afghans ont montré qu'ils appréciaient le changement
de régime intervenu avec le président Karzaï.

Puis a commencé à se manifester la volonté des chiites arabes et des Kurdes
d'utiliser l'espace démocratique que leur avait ouvert la victoire américaine
sur Saddam Hussein.

Et là encore, après avoir tenu les deux fers au feu, l'Etat iranien a opté pour
le soutien au courant chiite majoritaire qu'expriment l'ayatollah Sistani et ses
alliés. Lorsque Téhéran eut imposé, contre la ligne du Hezbollah libanais, le
désarmement de la milice du jeune Moqtada Sadr, les dés étaient jetés. Il n'y
aurait pas de conjonction entre le régime islamiste de Téhéran et le djihad
purement sunnite que mènent en Irak, l'aventurier Zarqaoui, rallié à al-Qaida
fin 2004, et aussi une constellation de services spéciaux arabes (saoudiens,
syriens, voire pakistanais) appuyés financièrement par des banques des Emirats
et politiquement par une faction de l'armée syrienne.

Dès lors, l'opposition libanaise, qui attendait son heure depuis le 11 septembre
2001, relève la tête et parvient à s'annexer un Rafic Hariri qui représente la
communauté sunnite la plus hostile de tout le Moyen-Orient à l'intégrisme : le
sunnisme libanais. Mieux, l'ancien premier ministre démissionnaire utilise son
association financière avec l'ancien trésorier de Saddam Hussein pour inciter un
grand nombre des anciens baasistes et des musulmans modérés à abandonner le
djihad et à s'entendre avec le nouveau gouvernement de Bagdad.

C'est à ce moment-là que deviennent effectives les menaces de mort très
explicites que lui avait adressées Bachar Assad lorsqu'il eut refusé à ce
dernier la reconduction du président Lahoud pour un second mandat.

En s'engageant aux côtés des Américains et de la France, sans pour autant nuire
à un Iran dont la tutelle sur le Hezbollah est désormais totale, le grand
financier libanais venait pour la première fois de porter atteinte aux intérêts
fondamentaux du royaume saoudien, du moins tels que ses dirigeants, toutes
tendances confondues, les interprètent. Certes, l'Arabie saoudite n'a pas fait
tuer Rafic Hariri, elle lui a seulement retiré cette aura de protection dont ont
toujours avant lui bénéficié les chefs successifs de la communauté sunnite
libanaise, véritables facteurs du royaume saoudien aux échelles du Levant.

L'étape suivante de notre réaction en chaîne a eu lieu en Palestine, où la mort
de Yasser Arafat a déclenché une sorte de coup d'Etat à froid du groupe modéré
d'Abou Mazen et de Mohammed Dahlan. Là encore, les observateurs ont rendu compte
de ces oppositions qui n'avaient pourtant rien de souterrain avec une
remarquable parcimonie. Enfin, les premiers craquements internes à l'appareil
d'Etat syrien ont commencé à se produire.

L'Amérique en effet n'avait qu'une exigence, celle-là non négociable : l'arrêt
immédiat du soutien logistique fourni par l'Etat syrien à l'insurrection sunnite
irakienne. A la fin des fins, il apparaît que le pouvoir syrien, où qu'il soit
réellement situé, s'est refusé à satisfaire cette demande, qui correspondait
aussi désormais aux intérêts fondamentaux de l'Iran et de la communauté chiite
arabe, forte de son contrôle de l'Irak et de son influence croissante à Bahrein
ainsi qu'à Dubaï.

Et l'Iran ? Tout de suite après le désaveu de l'insurrection de Sadr, voici que
Téhéran, en conformité avec son tournant irakien, pousse désormais Nasrallah et
son Hezbollah à adopter une attitude centrale, à égale distance de Hariri et de
Damas, mais très ouverte à la perspective d'une élection libre qui lui
conférerait à l'irakienne une influence considérable dans l'Etat libanais ainsi
rédimé.

Or, dans le même temps, l'Iran s'efforce de soutenir à bout de bras Bachar
el-Assad, qu'il tient visiblement pour un modéré, capable d'accompagner son
grand mouvement de création d'un croissant chiite qui s'étendrait de Beyrouth à
Machhad.

Il n'est donc pas exagéré de voir à nouveau la double influence d'une menace
militaire américaine tout à fait crédible et d'une pression iranienne tout à
fait sensible dans la volte-face du 28 février, qui amène une faction
relativement modérée de Damas à se défaire du gouvernement de Beyrouth et à
ouvrir enfin un dialogue avec l'opposition libanaise.

Nous l'avons constaté dans l'attentat contre Hariri de même que dans la
poursuite du soutien au djihad irakien, cette faction n'est nullement au
contrôle de l'Etat syrien «profond».

Celui-ci dispose encore de nombreux relais dans l'armée et les services secrets,
de l'argent des pétromonarchies du Golfe qui coule à flots à son profit, du
ralliement à sa bannière, de la confrérie des Frères musulmans, devenue très
puissante dans le nord du pays et du soutien de la vieille garde alaouite,
décidée, tout comme l'était le défunt président Hafez el-Assad, à basculer dans
le sunnisme militant pour mieux assurer sa permanence au pouvoir.

C'est cette faction, bien entendu, qui a aussitôt encouragé un groupuscule
palestinien à rompre la trêve avec Israël.

La victoire de l'opposition libanaise ouvre donc, une nouvelle fois, les portes
béantes de la crise résolutoire de l'Etat syrien sans pour autant l'avoir
désiré, les Etats-Unis et l'Iran se retrouvent dans le même camp, comme naguère
Roosevelt et Staline. C'était à Téhéran déjà... en 1943.
______________________________________________________________________________

L'armée syrienne est divisée sur le retrait du Liban; l'opposition affirme que
bachar Assad a du s'enfuir.

World Tribune.com

Vendredi 18 mars 2005

Traduction CID

Le regime du Président Bashar Assad est le siège de grandes tensions à propos de
la décision de retrait de ses forces du Liban et, selon un rapport non confirmé,
Assad a fui Damas pour Alep dans le but de regrouper ses fidèles.

Des sources de l'opposition libanaise affirment qu'une fracture est apparue dans
le régime d'Assad à propos de la décision de retirer des milliers de soldats du
Liban. Les sources affirment que certains éléments de l'armée ainsi que des
agents des services de renseignement ont refusé de suivre les ordres
d'évacuation des troupes du centre du Liban et de la vallée de la Bekaa à l'est
du pays.

L'armée syrienne a renforcé son dispositif autour Damas en raison de tensions au
sein même du régime. La Fondation Libanaise pour la Paix, appartenant à
l'opposition, affirme que l'armée syrienne s'est scindée en deux, et qu'une
faction rebelle a pris le contrôle de certaines parties de la capitale, rapporte
Middle East Newsline.

On dit que la faction rebelle est emmenée par le ministre de l'intérieur syrien
Ghazi Kanaan ainsi que par Firas Tlas, le fils de l'ancien ministre de la
défense, Mustapha Tlas. Les sources affirment que ce groupe, qui comprend le
chef des renseignements syrien au Liban, Maj. Gen. Rustom Ghazaleh ainsi que le
Maj. Gen. Ali Madi, s'est rebélé contre la décision d'Assad de se retirer du
Liban.

"Vers 3 heures du matin [mercredi], heure de Damas, l'armée de l'air syrienne a
bombardé deux aéroports militaires autour de Damas, la base aérienne de Dumair,
et la base aérienne de Katana," affirme la Fondation Libanaise pour la Paixt
liée à l'opposition. "Egalement, tard dans la nuit vers 3 heures du matin,
l'armée de l'air syrienne a bombardé des positions militaires de l'armée
syrienne à l'ouest de la ville de Homs."

Il n'y a pas de confirmation de ce rapport. Il n'y a pas eu de rapports parlant
de mouvements militaires anormaux à Damas jeudi.

La fondation affirme qu'Assad a fui à Alep et y regroupe les forces loyalistes
dans le but de reprendre le contrôle de Damas. On dit qu'Assad aurait quitté 
Damas avec le chef des renseignements militaires syrien, le Gen. Assaf Chawkat,
beau frère du président.

"Le groupe dissident, rendu furieux par le retrait du Liban, a pris le contrôle
de Damas, car ils ont laissé derrière eux une industrie rapportant un milliard
de dollar," affirme la fondation.

Sur la journée écoulée, les officiers des renseignements syrien ont abandonné
leur quartier général de Beyrouth et les forces libanaises en ont pris
possession. Jeudi, des sources libanaises ont affirmé que Damas avait achevé la
première étape de son retrait du Liban et avait redépolyé 8.000 hommes ainsi que
le personnel des renseignements militaires dans la vallée de la Bekaa ainsi
qu'en Syrie. Les sources affirment que la Syrie a retiré son dispositif
militaire du centre et du nord du Liban.

"Il y a beaucoup de mouvements en cours au Liban," déclarait mercredi le
porte-parole adjoint du Département d'Etat U.S. Adam Ereli. "Je dirais qu'il y a
un certains manque de clareté, que nous continuons à requérir du gouvernement
Syrien. Le manque de clareté porte sur plusieurs points : Où vont-ils ? Quand
partiront-ils ? Et le feront-ils tous ?"
_____________________________________________________________________________

Syrian military split on pullback; Opposition reports Assad has fled

SPECIAL TO WORLD TRIBUNE.COM

Friday, March 18, 2005

The regime of President Bashar Assad has come under severe strain over the
decision to pull back forces from Lebanon and, according to an unconfirmed
report, Assad has fled Damascus to regroup in Aleppo.

Lebanese opposition sources said the Assad regime has been divided over the
decision to withdraw thousands of troops from Lebanon. The sources said some
elements of the military have refused to follow orders for the pullout of troops
as well as intelligence agents from both central Lebanon and the eastern Bekaa
Valley.

Syria's military increased deployment around Damascus due to tension within the
regime. The opposition Lebanese Foundation for Peace said the Syrian military
has undergone a split, with a rebel faction having taken control over parts of
the capital, Middle East Newsline reported.

The rebel faction was said to be led by Syrian Interior Minister Ghazi Kanaan
and Firas Tlas, the son of former Defense Minister Mustapha Tlas. The sources
said this group, which included Syrian intelligence chief in Lebanon, Maj. Gen.
Rustom Ghazaleh and Maj. Gen. Ali Madi, has rebelled against Assad's decision to
withdraw from Lebanon.

"Around 3 a.m. [Wednesday], Damascus time, the Syrian Air Force bombarded two
military airfields around Damascus, the air force base of Dumair, and the air
force base of Katana," the opposition Lebanese Foundation for Peace said. "Also,
late night around 3 a.m., the Syrian Air Force bombarded military positions of
the Syrian Army west of the city of Homs."

There was no confirmation of this report. There were no unusual military
movements reported in Damascus on Thursday.

The foundation said Assad has fled to Aleppo and amassed a force of loyalists in
an attempt to regain control of Damascus. Assad was said to have left Damascus
with Syrian military intelligence chief Gen. Assaf Chawkat, the president's
brother-in-law.

"The dissident group took control of Damascus as they were very upset at the
Lebanon withdrawal, for they left behind a billion dollar industry," the
foundation said.

Over the last day, Syrian intelligence officers left their Beirut headquarters
and Lebanese forces moved in. On Thursday, Lebanese sources said Damascus
completed the first stage of its withdrawal from Lebanon and redeployed 8,000
troops and military intelligence personnel to the Bekaa Valley and Syria. The
sources said Syria has removed its military presence from central and northern
Lebanon.

"There's a lot of movement going on in Lebanon," U.S. State Department deputy
spokesman Adam Ereli said on Wednesday. "I would say there's a certain lack of
clarity, which we continue to look for from the government of Syria. The lack of
clarity is where are they going and when will they leave and will it be all of
them."

Copyright © 2005 East West Services, Inc.
_____________________________________________________________________________

Courrier international - 10 mars 2005

ARTICLE INTÉGRAL - Petite leçon de dictature "Made in Syria"

Comment fonctionne le régime que tout le monde aimerait voir décamper du Liban ?
Rencontre à Damas de deux frères ennemis : le général et le dissident. Reportage
de Der Spiegel, également paru dans l'Hebdo.

Une heure du matin: la nuit commence dans la discothèque Laterna, au coeur de
Damas. Fatima Haidar porte une minijupe très courte, plus courte de moitié que
la cascade de boucles sombres qui lui tombent dans le dos. A la paille, elle
aspire un breuvage bleu azur : un peu de curaçao, beaucoup de vodka. Fatima, 23
ans, est étudiante aux beaux-arts. Du bout de sa botte blanche à talon aiguille,
elle tape la mesure ; le DJ passe Amr Diab, un sex-symbol de la jeunesse arabe.
Les lumières illuminent le lieu et Fatima entraîne son compagnon vers la piste
de danse. La discothèque est bondée, comme chaque jeudi soir, à la veille du
jour de repos islamique. Dimanche, ce sont les chrétiens qui envahissent les
lieux. Et soir après soir, les videurs indiquent la sortie à quiconque n'a pas
réservé ou n'est pas assez glamour.

Le lendemain, à deux pas dans le quartier de Bab Tuma, l'archevêque orthodoxe,
Mgr Dionysius Bahnan Jajawi, 80 ans, revient tout juste d'un colloque qui a
réuni les dirigeants musulmans et chrétiens de tout le Proche-Orient, pour
débattre de la guerre et d'une paix, ici même, à Damas, la ville la plus
libérale et la plus diversifiée dans la région sur le plan religieux.
"L'ambiance est toujours très fraternelle et chaleureuse entre nous", remarque
Jajawi.

L'extrémisme religieux n'est pas toléré en République arabe de Syrie, aux mains
d'un parti Baas qui traque toute velléité d'opposition depuis 1963. En fait, pas
grand-chose n'y était toléré sous le régime dictatorial d'Hafez el-Assad. Après
la prise de pouvoir de son fils Bachar el-Assad, on a cru au changement. Nulle
part ailleurs au Proche-Orient - hormis peut-être à Beyrouth -, la vie ne
foisonne autant de diversités et de contradictions qu'à Damas.

Les services secrets ont apparemment reçu l'instruction d'abandonner les
méthodes brutales d'antan. Les paraboles, interdites voici peu, tapissent les
toits et les façades des immeubles. Vous trouvez des cafés Internet et des
boutiques "gsm" à tout coin de rue. Les supermarchés regorgent de pubs et de
produits occidentaux.

Est-ce là l'Etat voyou, censé avoir orchestré l'attentat à la bombe contre
l'ex-premier ministre libanais Rafik Hariri, lundi 14 février à Beyrouth ? Celui
auquel Washington adresse des mises en garde sévères pour qu'il cesse de
soutenir les terroristes du Hezbollah et fournisse la garantie qu'il ne possède
aucune arme de destruction massive ? Est-ce l'Etat qui doit s'attendre à de
graves sanctions s'il ne surveille pas sa frontière avec l'Irak, par laquelle
les combattants afflueraient sur Bagdad pour rallier l'insurrection irakienne ?

Ou sommes-nous dans cet Etat qui a tiré la leçon de l'Irak et dont le
gouvernement a reconnu qu'il était de toutes parts encerclé par des alliés de
l'Amérique : la Turquie, la Jordanie et Israël ? Avec lui, d'autres dictatures
ont déjà cédé : la Libye de Kadhafi a courbé l'échine ; l'Iran négocie avec les
Européens sur la question de l'arme nucléaire. La Syrie, de son côté, semble
presque désemparée.

Lorsque Bachar el-Assad a pris le pouvoir en 2000, suite à la mort de son père,
l'espoir s'est répandu à Damas. Dans un discours émouvant, le régent, âgé alors
de 34 ans, ophtalmologue formé à Londres, annonça l'ouverture du pays et la fin
imminente de l'oppression : "J'invite tous les Syriens à prendre une part active
dans cette politique."

De belles paroles. La Syrie demeure un Etat policier, qui réprime toute
critique. Une explication de cette loi de l'immuable nous est donnée par un
homme qui a passé sa vie à maintenir le pouvoir aux mains d'un cercle restreint.
Vieux compagnon de l'ancien autocrate, il est l'un des rares en qui ce dernier
aura eu confiance jusqu'au bout.

Le général Mustafa Tlass est un homme imposant avec une fine moustache blanche,
il a 72 ans, mais le regard vigilant. Le vieux général à l'allure de grand-père
débonnaire, reçoit ses visiteurs chez lui à Abu Rummana, un quartier huppé de
Damas. Chandeliers en cristal au plafond et plancher couvert de tapis d'Orient.
Des portraits de famille au mur. Deux petits dessins à la craie représentant des
fleurs sauvages, signés... Adolf Hitler.

Tlass boit son thé lentement et nous révèle les principes de base en dictature.
"Si vous voulez rester au pouvoir", précise-il, "vous devez faire peur aux
autres." Jusqu'à il y a neuf mois, Tlass était encore le ministre de la Défense
du pays, une position qu'il a occupée pendant trente-deux ans. Son rôle a été
crucial dans la répression de l'opposition, islamiste comme démocrate.
Nationaliste syrien, il prônait l'avènement de la Grande Syrie. Il est aussi le
responsable du massacre des fanatiques religieux à Hama, en 1982, et des vagues
d'arrestations parmi les activistes de gauche de l'opposition.

Tlass ne sait plus combien il a signé d'arrêts de mort et explique ses actes
horribles qu'il juge inévitables, y compris les pendaisons en masse. Parfois,
dans les années 80, se rappelle-t-il, 150 pendaisons étaient exécutées chaque
semaine, rien qu'à Damas. "Nous avons utilisé les armes pour prendre le pouvoir
et nous comptions le garder", note le général, suave.

A une vingtaine de kilomètres de là, dans des conditions de logement bien plus
modestes, nous retrouvons Riad Turk, un vieil homme qui a lutté toute sa vie
contre des hommes comme Tlass. Ce défenseur des droits civils et secrétaire
général du Parti communiste syrien passe pour un intellectuel, l'un des cerveaux
de l'opposition. L'endroit où il vit et travaille, en bordure de la ville, est
meublé de quelques chaises défraîchies, d'une table et d'un lit en fer. Turk a
lui aussi consacré sa vie à la politique. Il a combattu les putschistes avant la
prise de pouvoir de Hafez el-Assad, puis pendant trente ans, il s'est battu
contre le régime de ce dernier, pour des élections libres et la liberté
d'opinion. Une lutte résolue mais pacifique qui lui vaut le surnom de "Nelson
Mandela de Syrie".

Turk a passé plus de dix-huit ans en prison, dont dix-sept en isolement, au
sous-sol d'une geôle des services secrets, dans une cellule de quatre mètres
carrés. Une période où il n'a presque jamais vu le soleil. Il fut détenu sans
chef d'accusation ni décision du tribunal, sur ordre du président.

Le général et le communiste sont aussi différents que deux Syriens peuvent
l'être, et en même temps si proches: Turk et Tlass ont fait leurs classes
ensemble. lls ont fréquenté l'Ecole Haschimija de Homs, à 150 kilomètres au nord
de Damas. "C'était un têtu et un communiste fanatique, mais il a toujours été
droit", se souvient Tlass en parlant de Turk. Lequel n'a rien oublié non plus:
"Dans chaque manifestation, Mustafa voulait toujours être le meneur. Il
n'obtenait déjà rien sans la force et l'oppression."

Deux ans après la libération de Turk, en 2000, est advenu le "Printemps de
Damas", les premiers jours de pouvoir du jeune Assad. Alors, Turk s'était remis
aussi à faire des discours publics. Il a décrit comment Assad père s'était
approprié le pouvoir, comment il a réprimé les autres partis, foulant aux pieds
les droits de l'homme et les droits civils. Un groupe d'hommes politiques,
d'avocats et de médecins, aussi, ont mis sur pied une table ronde pour élaborer
des écrits sur la corruption du monde économique ou des pamphlets contre des
membres corrompus du gouvernement. Mais le "Printemps de Damas" s'est vite
éteint. Turk et neuf autres défenseurs des droits civils ont été arrêtés en
automne 2001.

Les dix hommes étaient accusés d'avoir répandu de "fausses informations" et
d'avoir appelé à des manifestations armées. Ils furent ainsi condamnés à des
peines allant de deux à dix ans. Turk fut vite libéré, notamment grâce à la
pression de Jacques Chirac. Mais six de ses amis restent sous les verrous.
"Bachar el-Assad nous a roulés, affirme Turk, tant qu'il sera au pouvoir, il n'y
aura pas de réelle liberté possible."

Malgré tout, les dissidents continuent à se faire entendre. Chaque mois, à jour
fixe, l'opposition se réunit dans le très respectable quartier de Dumar, dans
l'appartement de Suheir al-Atassi, 33 ans, fille d'industriel. Intellectuels,
spécialistes des droits de l'homme, journalistes, étudiants et femmes - voilées
ou non - s'amassent dans le vaste appartement. Ils écoutent un exposé de Jassin
al-Hadsch Salih, lui-même longtemps enfermé. Ce médecin de 43 ans n'a pu
terminer ses études qu'il y a quatre ans, à cause de sa condamnation. Il sait
les arrestations arbitraires d'étudiants.

Atassi, l'hôtesse des lieux, est une femme menue, en jean moulant et lainage
noir à col montant. Elle sait que sa maison n'accueille pas que des amis, ce
soir. Sur 300 invités, une quarantaine appartient à la Sûreté d'Etat
estime-t-elle. "Mais nous devons prendre le risque" ajoute-t-elle, en versant le
moka. Les conversations s'animent et se prolongent tard dans la nuit. On parle
des services secrets al-Amn al-Tullabi, qui espionnent les étudiants par trop
politisés. On parle de liberté. Ces cinq dernières années, de nombreux cercles
politiques de ce type s'étaient formés mais au fil du temps, tous ces forums ont
été à nouveau interdits et dissous, hormis le salon Atassi.

"Tous les politiciens mentent" Est-ce là la liberté promise ? Mustafa Tlass, en
vieux cynique, hausse les épaules: "Ne fais jamais confiance à un politicien !
Ils mentent tous ; ils sont obligés de mentir, sinon, comment pourraient-ils
rester au pouvoir ?" De quel crime son ancien camarade de classe Riad Turk
s'était-il rendu coupable ? Le général hoche la tête. La résistance doit être
étouffée dans l'oeuf. "L'amputation est le seul expédient, dit-il avec un
sourire de patriarche. Nous avions fait la même chose au début."

La génération suivante a pris le relais. Elle parle certes de changement
économique mais s'efforce de maintenir le processus politique à l'abri de
garde-fous. "Nous voulons la libre concurrence et la transparence", déclare
Abdullah al-Dardari, 41 ans. Cet homme est la nouvelle baguette magique du
président ; nommé chef de la Commission de Planification, il est chargé de
mettre en oeuvre des réformes au sein de l'économie. Il a étudié les sciences
économiques en Europe, a travaillé pour l'ONU et parle un excellent anglais. En
sa qualité inédite de superministre, il devra transformer l'économie planifiée
en économie de marché ; se débarrasser du chômage - environ 30 % - et attirer
les investisseurs internationaux. Pour ce faire, ce journaliste et consultant a
reçu carte blanche des échelons suprêmes.

Pourtant, Dardari - l'alibi préféré du système face à l'Occident - évite de
débattre du processus de démocratisation. Il ne souhaite pas s'enliser dans les
guéguerres idéologiques entre l'ancienne garde et les modernistes du parti
socialiste Baas. Fidèle à son mandat, il se contente d'afficher ouverture et
optimisme : "Dans cinq ans, la Syrie disposera d'un commerce de libre-échange et
d'une administration efficiente." Des réformes prudentes et maîtrisées, car la
vieille garde guette : quiconque met à l'épreuve les limites réelles de la
liberté se heurte tôt ou tard au joug de l'ancien pouvoir.

Les entrepreneurs privés qui réussissent en affaires sont systématiquement
infiltrés par la mafia d'Etat. Les gros contrats impliquent les grandes familles
qui se partagent le gâteau. Ainsi, le cousin du président, dit-on dans les rues
de Damas, détient des paquets d'actions dans les deux grandes compagnies de
téléphonie mobile, des participations dans la grande hôtellerie et les licences
des boutiques hors taxe. Les fils du vice-président Abd al-Halim Chaddam et de
Tlass, eux, contrôlent les médias et une grande part du commerce.

Nombre de militaires de haut rang se sont enrichis au fil des années de manière
démesurée, du fait que l'armée tient la principale route reliant le pays au
Liban : des limousines de luxe ou d'autres types d'équipement high-tech, sur
lequel l'Etat socialiste prélève des taxes d'importation allant jusqu'à 250 %
entrent ainsi dans le pays sous le manteau, pour être revendus au noir.

Le jeune ophtalmologue devenu président a-t-il échoué ? Peut-être Bachar
el-Assad était-il sincère lorsqu'il promettait un nouveau départ, voici quatre
ans. Mais c'était sous-estimer la ténacité des structures que son père a
lui-même cimentées. Et aujourd'hui l'opposition est trop faible pour mobiliser
une majorité des Syriens. Toute une génération d'activistes âgés de 30 à 40 ans
a été décimée. Dès lors, la pression extérieure est-elle la seule voie possible
? Peut-être mais les Américains se préoccupent surtout de faire surveiller la
frontière avec l'Irak et d'obtenir les informations des services secrets. Tant
que Damas jouera le jeu, il se préservera des foudres de Washington.

Mustafa Tlass est assis dans son salon, au-dessous des deux dessins d'Hitler
qu'il a acquis pour un bon prix en Angleterre, il y a longtemps. Il se souvient
aussi du prix qu'il a dû payer pour que le calme règne dans son pays : "C'était
affreux, j'ai vu tous mes plus vieux amis jetés en prison. Mais il n'y avait pas
d'autre solution. Au bout du compte nous avons atteint la stabilité :
trente-quatre ans sans putsch." Et Turk alors, qu'en dirait-il ? Tlass lève les
mains au ciel : "Tout ce qu'il avait à faire, c'était présenter ses excuses par
écrit au président, et il aurait été libéré sur le champ..." Mais Turk n'a
jamais écrit cette lettre. Le jour de sa libération, son vieil ami Tlass lui a
fait porter une montagne de sucreries, avec ses "Cordiales salutations". Turk a
tout renvoyé.

- Dites-lui que je l'aime bien, ajoute Tlass.

- Et moi je le méprise, répond Turk.


© Spiegel, trad.: Rita Grobberio, pour L'Hebdo Susanne Koelbl

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Courrier international 2005
     
______________________________________________________________________________

Le «Times» affirme avoir la preuve que la Syrie a assassiné Hariri

18 mars 2005

LONDRES - Le quotidien britannique «The Times» affirme vendredi avoir la preuve
que la Syrie a assassiné l'ancien premier ministre libanais, Rafiq Hariri. Le
journal dit se baser sur les témoignages d'une dizaine de responsables
occidentaux et proche-orientaux.

Deux jours avant d'être tué par l'explosion d'une bombe le 14 février à
Beyrouth, Hariri a invité le chef druze Walid Jumblatt chez lui pour mettre en
garde son vieil ami, écrit le «Times». «Il m'a dit que dans les deux prochaines
semaines il se passerait quelque chose pour lui ou pour moi», a raconté M.
Jumblatt au quotidien.

Damas a nié toute implication dans l'assassinat de l'ex-premier ministre mais le
«Times» affirme le contraire se basant sur des interviews d'une dizaine de
responsables occidentaux, libanais et syriens.

Rafiq Hariri a irrité le gouvernement syrien en inspirant une résolution de
l'ONU demandant à la Syrie de cesser d'interférer dans les affaires du Liban,
explique le «Times».

Sous la pression de la Syrie, le gouvernement libanais a retiré l'important
service de sécurité qui entourait Hariri, note-t-il également.

© ATS
______________________________________________________________________________

Valeurs Actuelles n° 3563 paru le 11 Mars 2005

Monde

Face à face avec Damas

La liberté du Liban, Jacques Chirac en a fait une affaire personnelle. Les
Syriens sont dans la ligne de mire, ils le savent. Récit d'un duel
impressionnant.

On ne se fait plus de cadeaux. Les Syriens ont commis une faute et un crime ; la
faute, en ayant reconduit pour trois ans le mandat de leur homme à la présidence
du Liban, Émile Lahoud, ce que Jacques Chirac a vécu comme un affront personnel
; le crime, en étant soupçonnés d'avoir fait assassiner son ami quasi intime
Rafic Hariri, premier ministre libanais jusqu'au mois d'octobre 2004.

La nouvelle de l'attentat qui vient de tuer son ami parvient à Jacques Chirac le
lundi 14 février, quelques minutes après 11 heures du matin. Durant toute la
journée qui va suivre et celle du lendemain, il se tient, par téléphone, en
liaison constante avec la famille de Rafic Hariri, sa veuve, sa sour, comme s'il
s'agissait de l'un des siens.

Les funérailles doivent avoir lieu le mercredi 16 en fin de matinée ; il y sera,
déplaçant le Conseil des ministres pour être à Beyrouth à temps. Il s'y fait
accompagner par son épouse, ses diplomates, ses officiers de sécurité. Il ne
veut rencontrer que la famille. S'il doit croiser Bachar el-Assad, il l'évitera
(ses services feront en sorte que les deux hommes ne puissent pas se voir).

Pour lui, il n'y aucun doute : ce crime, « épouvantable, inqualifiable », est
signé par des professionnels. L'ancien ministre libanais de l'Économie, Marwane
Hamadé, qui a lui-même échappé à un attentat au mois d'octobre, n'est pas loin
d'exprimer la conviction intime du chef de l'État quand il dit : « Tout cela
commence à Damas, passe par la présidence libanaise, le gouvernement et les
services de renseignements (qui sont eux-mêmes aux mains des Syriens). »

Après avoir salué la famille Hariri, il décide, impromptu, de se rendre à la
mosquée Al-Amine. Les Libanais, prévenus par la rumeur, se rassemblent et
l'attendent. « Allah Akhbar ! Chirac ! Chirac ! La Syrie dehors ! » C'est à ce
moment précis que va commencer ce que les Libanais appelleront leur "intifada
pacifique" contre la Syrie, mouvement qui ne va plus cesser de s'amplifier. Et
voilà les effigies de Chirac puis de Bush mêlées aux drapeaux libanais, aux
portraits de Rafic Hariri, en champions de l'intifada antisyrienne !

Paris avait prévenu l'été dernier à la fois Damas et Beyrouth qu'il y avait une
"ligne rouge" à ne pas franchir. Jacques Chirac ne voulait ni d'une révision de
la Constitution libanaise ni d'un prolongement du mandat du président Lahoud,
contraire aux textes, qui signifiait de facto le renforcement de l'occupation
syrienne au Liban et la poursuite du pillage de son économie. Il l'avait dit à
Tony Blair comme à Gerhard Schröder. Le ministre allemand des Affaires
étrangères, Joschka Fischer, était même allé à Damas pour en informer les
Syriens de vive voix : le point de vue de Chirac n'était pas seulement français,
il était désormais européen.

Mais rien n'y fait : le samedi 28 août, le gouvernement libanais, pressé par
Damas, franchit la "ligne rouge" et envoie la révision constitutionnelle devant
le Parlement. Jacques Chirac est hors de lui. Il a été le seul chef d'État à se
rendre à Damas aux obsèques d'Hafez el-Assad, le seul à avoir fait le geste de
recevoir son fils et successeur, Bachar, à l'Élysée alors que celui-ci est
interdit à la Maison-Blanche pour collusion avec les baasistes irakiens, le seul
à lui avoir proposé les services de la France pour rebâtir son administration et
son appareil d'État. En tentant de normaliser l'État syrien, Paris espérait
desserrer l'étau qui emprisonnait le Liban. Peine perdue, la Syrie répond par le
mépris aux offres de Paris.

Pourquoi tant d'affection pour le Liban ? Parce que c'est la perle francophone
et francophile de l'Orient. Sans le Liban, que serait l'influence française dans
la région ? Tout le milieu d'affaires libanais habite à la fois Beyrouth et
Paris, les officiers supérieurs de l'armée libanaise viennent s'instruire dans
nos écoles militaires en ayant leur pied-à-terre en France. Quand Jacques Chirac
est revenu au pouvoir, comme premier ministre en 1986, ce qu'il a eu à gérer en
priorité, ce fut le terrorisme, dont tous les fils conduisaient à l'époque au
Liban, d'où son extrême sensibilité pour tout ce qui se passe à Beyrouth.

Or ce pays est depuis quinze ans aux mains des Syriens : de l'armée, des
services de renseignements et des fonctionnaires syriens. Et, bien plus que les
quinze mille soldats entretenus par Damas, ce qui est en cause ce sont les
milliers d'agents et de bureaux syriens qui tiennent le pays.

Alors que l'opinion française croit, comme toute la classe politique, en cette
fin du mois d'août, que Jacques Chirac n'a qu'une obsession en tête, régler le
cas Sarkozy, il consacre toute son énergie à l'affaire libanaise. Il en parle
avec Poutine, le 31 août, en mer Noire, il appelle Bush, tout en envoyant son
"sherpa", Maurice Gourdault-Montagne, le premier de ses diplomates, en mission
auprès de Condoleezza Rice à Washington. "Puisque vous voulez généraliser la
démocratie au Moyen-Orient, disent les Français aux Américains, commençons par
protéger ensemble le seul pays démocratique de la région avec Israël, le Liban."

Chirac est d'autant mieux entendu à la Maison-Blanche que la Syrie sert
manifestement d'abri aux insurgés irakiens. C'est ainsi que, malgré tout ce qui
se dit de la crise des relations franco-américaines, naît dans l'urgence une
résolution aux Nations unies, à l'initiative de Paris et de Washington, texte
qui va être voté à l'unanimité au Conseil de sécurité, le 2 septembre. Cette
résolution 1559 enjoint la Syrie d'évacuer le Liban. Négligeant tant
l'avertissement préalable de Jacques Chirac que ce texte sans appel, les Syriens
continuent de faire pression sur les Libanais et obtiennent du Parlement de
Beyrouth le vote de la révision constitutionnelle, le 3 septembre.

Rafic Hariri est encore premier ministre. Pour combien de temps ? Le 30
septembre, il rend visite à son ami à l'Élysée. Les dés sont en train de rouler.
L'homme qui a ramené la paix et la prospérité dans son pays, malgré la présence
des Syriens, va être progressivement étouffé par eux. Le 20 octobre, il n'a plus
le choix : il remet sa démission et se retrouve dans l'opposition. « Je ferai
mon devoir », dit-il.

L'opposition est déjà passée entre les mains du chef druze Walid Joumblatt, le
seul à s'être opposé au prolongement de Lahoud, après avoir été si longtemps
l'allié des Syriens dont les services secrets avaient pourtant assassiné son
père. C'est donc lui que Jacques Chirac reçoit, le 3 décembre à l'Élysée, et lui
encore qui, dix jours après, fédère l'opposition libanaise antisyrienne au cours
d'une assemblée qui se tient à l'hôtel Bristol de Beyrouth. Hariri attend, en
position de recours.

Chacun dès lors va jouer sa partie. Réélu, George Bush gagne les élections en
Afghanistan, puis celles d'Ukraine. Jacques Chirac gère au mieux la fin
d'Arafat, évitant ainsi tout débordement dangereux en Palestine. Bush marque à
nouveau un point avec l'élection palestinienne de Mahmoud Abbas, puis avec le
vote massif des Irakiens le 30 janvier. Chirac lui dit en substance : "Faisons
gagner la liberté au Liban, profitons-en, il va y avoir des élections générales
au mois de mai."

Les deux hommes se donnent rendez-vous le 21 février à Bruxelles. Et voici que
Rafic Hariri est assassiné. L'émotion est à son comble. Bush et Chirac vont
ensemble réclamer la capitulation de la Syrie au Liban. Une déclaration
franco-américaine est rendue publique par la Maison-Blanche : « Le peuple
libanais doit être en mesure de faire ses propres choix politiques sans menaces
de violences ni intimidation. » À l'attention de ceux qui n'auraient pas bien lu
la résolution 1559, le même texte précise qu'il s'agit du « retrait total et
immédiat du Liban de toutes les forces militaires et services de renseignement
syriens », de la « restructuration des responsabilités en matière de sécurité
sous l'autorité d'un gouvernement libanais libre de toute domination étrangère
». Et avec cela, une enquête transparente sur l'assassinat d'Hariri et un
contrôle international pour les élections.

Quand Bachar cherche à gagner du temps.

Comme si cela ne suffisait pas, Condoleezza Rice et Michel Barnier profitent de
leur présence commune à la conférence de Londres sur la Palestine, pour répéter,
le 1er mars, ce qui s'est dit entre Chirac et Bush. À Beyrouth, le gouvernement
prosyrien démissionne. "Victoire de la rue" qui en appelle, dans la même
clameur, à Chirac et Bush ensemble.

Bachar el-Assad part pour Riyad chercher un bon conseil, mais déjà Moubarak
l'Égyptien et Hussein le Jordanien l'ont abandonné. Bachar cherche de l'air, à
gagner du temps. Il annonce un "redéploiement". On est loin du "retrait total et
immédiat".

C'est alors que parvient à Paris une cassette vidéo dans laquelle Florence
Aubenas, enlevée à Bagdad le 5 janvier, appelle à l'aide le député Didier Julia,
familier de Damas, ce qui jette le désordre et la consternation au sein du
gouvernement français. Le 9 janvier, un officier français de la Finul, le
commandant Jean-Louis Valet, était tué à la suite d'un échange de tirs entre
Israéliens et miliciens du Hezbollah prosyrien aux confins libano-israéliens.
Des échanges de tirs comme ceux-là, il y en aura d'autres, tant que les Syriens
seront au Liban.

© Copyright Valeurs Actuelles  2005 Groupe Valmonde - Tous droits réservés.
_______________________________________________________________________________

Valeurs Actuelles n° 3564 paru le 18 Mars 2005

Monde

La marée antisyrienne

Les patriotes libanais ont fait la démonstration de leur force et de leur
détermination. Washington et Paris ne doivent pas relâcher la pression sur la
Syrie.

Venue de tout le pays et cette fois issue de toutes les confessions - chrétiens
et musulmans, sunnites, druzes et même des chiites -, une marée humaine couverte
de drapeaux rouge et blanc frappés du cèdre libanais a défilé dans Beyrouth ce
lundi 14 mars, un mois jour pour jour après l'assassinat de l'ancien premier
ministre Rafic Hariri, probablement tué sur l'ordre des services secrets
syriens, avec la complicité d'une partie de l'appareil d'État libanais, à la
botte de Damas.

Près de un million de personnes ont saturé les grandes places et les principales
avenues du centre de Beyrouth : le quart de la population libanaise ! Un
rassemblement sans précédent au Liban, organisé sur trois mots d'ordre :
l'indépendance du pays, la vérité sur l'assassinat d'Hariri, le départ du
président prosyrien Émile Lahoud et des responsables libanais de la sécurité.
L'opposition anti-syrienne rejette aussi la reconduction d'Omar Karamé au poste
de premier ministre, dix jours à peine après sa démission.

Le départ des 14 000 soldats syriens était déjà presque un fait acquis pour les
manifestants, dopés par les premiers mouvements de repli vers la plaine de la
Bekaa. Soumis à la pression conjointe des Nations unies, de la France et des
États-Unis, de l'Arabie saoudite et de l'Égypte, Damas a annoncé un calendrier
de retrait, en accord avec l'émissaire spécial de l'Onu. « Les Syriens
appartiennent au passé, disaient des manifestants survoltés. Maintenant, c'est
le gouvernement et le président prosyrien qui doivent partir. Il nous faut des
élections vraiment libres, sans agents syriens.»

Les antisyriens ont aussi voulu prouver cette semaine que le Hezbollah chiite et
les autres groupes libanais inféodés à la Syrie n'étaient pas les seuls maîtres
de la rue, après leur impressionnante démonstration de force du 8 mars. Les
patriotes libanais avaient assisté atterrés au déferlement de dizaines de
milliers de familles chiites, renforcées par des centaines de milliers de
travailleurs immigrés syriens.

Ce 14 mars, tous unis derrière les micros et sur les écrans géants de la place
des Martyrs, les opposants sont allés très loin dans la mise en cause de la
Syrie et de ses amis libanais : « Lahoud doit partir dans le dernier camion
syrien » (Walid Joumblatt) ; « Vous voulez la vérité sur l'assassinat d'Hariri ?
Elle croupit dans les chambres obscures des services de renseignements qui nous
gouvernent et que vous êtes en train de balayer » (Marwan Hamadé). Les
dirigeants de l'opposition ont réussi leur pari. Ils redonnent en même temps une
légitimité à l'action diplomatique lancée par leurs amis américains (publique et
déterminée) et français (plus discrète), un peu douchés par la vague prosyrienne
du 8 mars. Ni Washington ni Paris ne doivent relâcher la pression. « Il faut
maintenant éviter les provocations et offrir une porte de sortie à Damas, dans
la dignité », disent les opposants libanais.

Les États-Unis veulent agir encore plus vite et fort. Ils veulent prendre le
problème du Hezbollah chiite à bras-le-corps. Les Américains ont inscrit ce
mouvement sur la liste des groupes terroristes dans le monde. Ils pressent
l'Europe d'en faire autant. Paris joue la prudence.

On sait en Europe que le Hezbollah est soutenu et financé à la fois par la Syrie
et par l'Iran (qui lui verserait chaque année une "aide" de 60 millions de
dollars). Il est la dernière milice confessionnelle libanaise non encore
désarmée, malgré les différents accords qui l'exigeaient. On connaît ses
agissements terroristes contre les Occidentaux dans les années 1980 et 1990,
mais le Hezbollah a été légitimé par sa résistance victorieuse face à Israël
dans le sud du pays. Il s'est aussi imposé comme un parti politique représenté
au Parlement libanais et solidement implanté dans les zones chiites, grâce à son
réseau d'organisations sociales. Tous les responsables libanais agissent en ce
moment avec une extrême prudence. "Attention à ce que Bush ne mette pas de
poison dans le miel de la démocratie qu'il nous promet", préviennent-ils. Ils
n'ont qu'un mot à la bouche : "unité nationale". On leur a tant reproché la
responsabilité des quinze années de guerre civile. Ils jurent que les divisions
confessionnelles sont derrière eux. "Les jeunes ne sont plus dans cette
logique." Ce 14 mars, Gébrane Tuéni, le rédacteur en chef du quotidien An-Nahar,
était ovationné par la foule : « Nous jurons par Dieu tout-puissant, musulmans
et chrétiens, de rester éternellement unis pour défendre le Liban. »

Frédéric Pons

© Copyright Valeurs Actuelles  2005 Groupe Valmonde - Tous droits réservés.
______________________________________________________________________________

#1729 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Dimanche 20. Mars 2005  15:48
Sujet: Al-Manar , Sahar 1 : L'UE contre les émissions incitant à la haine
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Les autorités néerlandaises vont couper la diffusion satellite de Al-manar

    [AFP - 18/3/2005]

2. La diffusion de la chaîne [iranienne] Sahar 1 interrompue en France

    [AFP - 10/3/2005]

3. L'UE part en guerre contre les émissions incitant à la haine

    [AFP - 17 mars 2005]

4. La France interdit la chaîne iranienne Sahar1 pour diffusion d’émissions
    antisémites

    [25 février 2005 - MEMRI]
_____________________________________________________________________________

Al-Manar, organe du Hezbollah, ambitionne d'atteindre tous les Arabes

18/03/2005

Al-Manar, l'organe télévisuel du Hezbollah chiite libanais dont les autorités
néerlandaises ont prévu de couper la diffusion par satellite dans la majeure
partie de l'Europe, est une chaîne qui ambitionne d'atteindre le grand public
arabe partout dans le monde.

Al-Manar, qui signifie en arabe "le phare", a commencé à émettre ses programmes
au Liban dès 1991, arrachant facilement une autorisation de l'Etat lorsque les
médias audiovisuels, qui avaient essaimé lors de la guerre civile (1975-1990),
sont mis au pas.

La Résistance islamique, bras armé du Hezbollah, est peut-être la première
formation paramilitaire au monde à avoir mis la caméra au service de son combat.

Les opérations anti-israéliennes qu'elle mène sont filmées, diffusées et
rediffusées par Al-Manar et jouent un rôle majeur dans la mobilisation de la
formation intégriste.

Aujourd'hui encore, ce genre de clips est régulièrement diffusé entre les
programmes.

La chaîne devient satellitaire en 2000, émettant 24 heures sur 24, et le journal
est diffusé en arabe, en anglais et en français. Une jeune Française, convertie
à l'islam et portant le voile, a d'ailleurs été recrutée pour présenter le
journal en français.

Ses programmes sont axés sur la lutte du peuple palestinien et l'heure
officielle adoptée est celle de Jérusalem.

Les informations, comme les "brèves", mettent en exergue les événements dans les
territoires occupés, mais aussi en Irak, contre les forces d'occupation
américaines.

Al-Manar,qui rend régulièrement hommage aux attaques suicide anti-israéliennes
menées par le Hamas et le Jihad islamique palestiniens, est d'ailleurs le plus
souvent la première à recevoir les communiqués revendiquant ces attaques.

© AFP
_____________________________________________________________________________

La diffusion de la chaîne Sahar 1 interrompue en France

10/3/2005

La diffusion de la chaîne iranienne Sahar 1 a été interrompue jeudi en France, à
la suite de la mise en demeure du CSA, a indiqué à l'AFP la société Eutelsat,
qui gère le satellite chargé de cette diffusion sur le territoire français.

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) avait mis en demeure Eutelsat le 10
février dernier de cesser la diffusion en France de la chaîne iranienne, qui
selon le Conseil, comportait des "programmes antisémites et incitant à la haine
raciale".

Selon Eutelsat, la diffusion a été interrompue jeudi en début d'après-midi à
partir de l'Iran, à la suite d'une opération technique d'Irib, le diffuseur
public iranien qui diffusait cette chaîne vers le satellite d'Eutelsat.

On précise à Eutelsat que la chaîne a été retirée du multiplex (serveur) de
Téhéran, sans toutefois indiquer qui a pris la décision de suspendre la
diffusion vers la France.

Cette démarche permet à Eutelsat de ne pas cesser la diffusion des autres
chaînes présentes dans ce multiplex aux côtés de Sahar 1.

Le Conseil d'Etat français avait ensuite rejeté le 4 mars en référé une demande
d'Eutelsat de suspendre cette mise en demeure du CSA.

Eutelsat s'était donc engagé à respecter l'injonction du CSA "dans les délais".
Les mesures prises en Iran lui permettent de respecter l'injonction du Conseil.

© AFP
_____________________________________________________________________________

L'UE part en guerre contre les émissions incitant à la haine

17 mars 2005

BRUXELLES - Les autorités nationales de régulation de l'audiovisuel ont décidé
jeudi de coordonner leurs procédures en vue de lutter contre les émissions
incitant à la haine en Europe, a indiqué la Commission européenne.

Réunies à Bruxelles à l'initiative de la commissaire européenne chargée de la
société, de l'information et des médias, Viviane Reding, les différentes
instances nationales prévoient notamment d'améliorer l'échange d'informations.

A moyen terme, les autorités de régulation des 25 Etats membres pourraient
relier leurs bases de données d'autorisation des chaînes, voire mettre en place
une base de données centrale, et créer un forum internet restreint pour examiner
les cas problématiques.

Outre leurs chaînes nationales, les autorités de régulation des Etats membres
sont responsables des chaînes de télévision de pays tiers qui utilisent une
fréquence, la capacité d'un satellite ou une liaison montante placées sous leur
contrôle, a rappelé la Commission.

"Le cas des chaînes Al Manar et, plus récemment, Sahar 1, interdites par les
autorités françaises pour incitation à la haine raciale, illustre la nécessité
d'agir de concert pour lutter contre la haine raciale et religieuse, tant en
Europe que dans d'autres régions du monde", a souligné Bruxelles.

Dans le cas spécifique d'Al Manar, chaîne liée au Hezbollah libanais, l'autorité
de régulation des Pays-Bas a annoncé à ses partenaires qu'en vertu de la
nouvelle approche décidée, le satellite néerlandais New Skies cesserait sa
diffusion à partir de lundi.

"Cela signifie que la réception d'Al Manar ne sera plus possible dans la majeure
partie de l'Union européenne", a indiqué à l'AFP un porte-parole de la
Commission, en précisant que des vérifications étaient encore en cours quant à
la possibilité de capter la chaîne en Espagne.

Les incitations à la haine pour des raisons de race, de sexe, de religion ou de
nationalité sont interdites par le droit communautaire et notamment par
l'article 22 bis de la directive "Télévision sans frontières" de 1989.

L'organisation non gouvernementale juive Bnai Brith, qui combat l'intolérance
raciale et religieuse, a regretté pourtant que la réunion de jeudi "n'ait rien
donné de concret" et que le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ait renoncé
à proposer à la Commission la mise en place d'une autorité européenne
indépendante de l'audiovisuel.

Or selon Bnai Brith, seule une telle autorité "aurait les moyens de mettre en
oeuvre une véritable cellule de veille audiovisuelle dans des langues
extra-européennes et de répondre au défi gigantesque posé par la télévision sur
l'internet".

©AFP
____________________________________________________________________________

La France interdit la chaîne iranienne Sahar1 pour diffusion d’émissions
antisémites

25 février 2005 - MEMRI

De décembre 2004 à février 2005, MEMRI TV a traduit et mis en ligne des clips
tirés du feuilleton iranien 'Les yeux bleus de Zahra', série iranienne qui met
en scène l’armée, le gouvernement et des civils israéliens complotant pour voler
les yeux d’enfants palestiniens. Ce feuilleton a été produit par un ancien
responsable du ministère iranien de l’Education.

Suite à la diffusion des clips traduits par MEMRI, le feuilleton iranien a été
condamné par le gouvernement des Etats-Unis. Le Voice of America a publié un
"éditorial reflétant les vues du gouvernement américain", accusant la série
d’"incitation à la haine". Michael Kozak a été cité en ces termes :
"L’antisémitisme représente un fléau pour notre monde depuis des siècles. Les
formes d’antisémitisme les plus viles et les plus extrêmes - l’Holocauste - ou
plus subtiles mais non moins viles, ont brisé des vies, bouleversé des
communautés et imposé des clivages sociaux entre communautés et Etats. Dans le
monde où nous vivons, en interdépendance accrue, l’antisémitisme est un poids
intolérable".

En outre, quinze membres du Congrès, Démocrates et Républicains, (1) ont signé
une lettre adressée au directeur de la Section des Intérêts de la République
islamique d’Iran, Ali Jazini, pour condamner la série. La lettre dit : "Nous
vous écrivons pour manifester notre profonde préoccupation au sujet d’un
feuilleton télévisé intitulé ’Les yeux bleus de Zahra’ (...) Ce feuilleton
iranien hebdomadaire présente une fiction diffamatoire odieuse et
particulièrement incendiaire (...)"

Hier, la télévision iranienne a rapporté que Sahar TV, chaîne iranienne très
vue, a été interdite de diffusion en France en raison de son contenu fortement
polémique, lequel a été visualisé, traduit et diffusé par MEMRI TV. Eutelsat a
été mis en demeure de cesser la diffusion du service de télévision Sahar1 par le
CSA en raison de la programmation des Yeux bleus de Zahra et de celle,
antérieure, d’Al-Shatat, feuilleton de production syrienne originellement
diffusé par Al-Manar, la télévision du Hezbollah.

Al-Shatat a été rediffusé par Sahar TV en persan à l’attention du public iranien
(la version originale, passée sur Al-Manar, est en arabe) en janvier 2005.
Al-Manar avait préalablement était interdite de diffusion en France en raison de
la programmation d’Al-Shatat. Ces deux feuilletons ont été portés à l’attention
des pays occidentaux, ainsi que des autorités judiciaires occidentales, suite à
la diffusion de dépêches et clips traduits par MEMRI.

Censé jouer le rôle de "feuilleton de Ramadan" pour l’année 2003, Al-Shatat a
créé une onde de choc après la traduction et la diffusion de passages du
feuilleton par MEMRI. Ces passages ont été visionnés par le Premier ministre
français, Jean-Pierre Raffarin, le Chancelier allemand Gerhard Shroeder, le
ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, le Premier ministre
suédois Goran Persson et un grand nombre d’autres responsables gouvernementaux
américains et européens.

Pour visualiser des passages d’Al-Shatat, consulter http://www.memritv.org/.

Voici l’annonce, sur les télévisions iraniennes Sahar TV et Jaam-E-Jam 3, de la
décision française d’interdire Sahar TV, suivie d’une interview du producteur de
la série, Ahmed Mir-Alawi. Pour visionner ces moments, une courte compilation
d’extraits des Yeux bleus de Zahra et l’interview, consulter
http://www.memritv.org/.

L’annonce, sur les télévisions Sahar TV et Jaam-E-Jam 3, le 23 février 2005

Sahar TV Présentateur du journal télévisé : "Le CSA a décidé, le 10 février,
d’annuler [la diffusion de] la télévision iranienne Sahar, qui dépend de la
République islamique d’Iran, sur le satellite Hotbird. Ceci en raison de la
diffusion des feuilletons Al-Shatat et Les yeux bleus de Zahra’. Ce dernier a
évidemment eu de fortes répercussions car il voulait révéler la vérité, faire
ressortir la vérité dans l’esprit de tous, mais pas à la façon des sionistes.
Notre seul crime est d’avoir voulu prendre parti pour les opprimés. Notre seul
crime est d’avoir voulu être les disciples de l’enseignement de l’imam Hussein,
que la paix soit sur lui, Hussein qui nous a appris et continue de nous
apprendre à affronter les agresseurs."

Jaam-E-Jam 3 TV Présentateur : "Après l’interdiction d’Al-Manar TV en France,
nous constatons que les émissions de Sahar TV ont aussi été interdites dans ce
pays, qui se prétend libre et démocratique."

Présentatrice : "Oui, malheureusement (...) Comme vous l’avez dit, la France a
interdit les émissions du réseau de Sahar, en raison de programmations
anti-israéliennes. Le CSA a communiqué sa décision à la société Eutelsat.
Sharif-Zadeh, directeur du réseau Sahar, a fait le commentaire suivant : "

Mohsan Sharif-Zadeh : "Nous avons dernièrement diffusé un feuilleton intitulé
’Les yeux bleus de Zahra’ et un autre intitulé ’Al-Shatat’. Ce dernier a été
produit dans un pays arabe ; nous l’avons diffusé ici, sur le réseau Sahar. Une
grande partie du feuilleton n’a pas encore été programmée. Nous n’en avons
diffusé que 10 épisodes. Ils se sont servis de cette série comme prétexte.

Nous poursuivons la diffusion. Nous nous efforçons de régler le problème par
voie politique et dans des forums sur les droits de l’Homme, afin de faire
réévaluer la décision. Nous espérons que nos efforts porteront des fruits. Bien
entendu, nous avons agi ainsi pour soutenir le peuple palestinien et présenter
les fondements mensongers du régime sioniste. Naturellement, nous continuerons
la programmation tant qu’Eutelsat n’aura pas mis fin à la diffusion. Et même
après cela, nous poursuivrons notre programmation."

Interview du producteur des Yeux bleus de Zahra  : "Un navire sioniste kidnappe
des enfants en bas âge. Les sionistes se servent d’eux à des fins médicales - de
leurs cœurs, de leurs reins et de leurs autres organes." Les extraits suivants
sont tirés d’une interview d’Ahmed Mir-Alawi, qui a produit les Yeux bleus de
Zahra. Dans cet entretien, Mir-Alawi mentionne l’existence d’un "navire
sioniste" parcourant les océans, rempli de petits enfants enlevés à leurs
parents.

Sahar TV a diffusé l’interview le 8 février 2005 en farsi, doublé en arabe. La
traduction suivante a été faite à partir de l’original en farsi :

Ahmed Mir-Alawi : "Nous n’avons présenté qu’une petite partie des crimes
sionistes. Au cours de notre travail [sur le film], nous avons reçu des
informations, parfois même de Juifs solidaires de notre point de vue, eux-mêmes
anti-sionistes - des Juifs monothéistes. Ils nous ont fourni des informations
qui nous ont fait regretté d’avoir terminé le film. Si seulement nous avions eu
ces informations avant de faire le film ...

Ô, sionistes ! Vous avez occupé les habitations de gens innocents. Vous les
tuez, vous les forcez à affronter des escouades ouvrant le feu, vous leur
arrachez les yeux en face de leurs parents. Dans ce film, nous vous avons traité
plus que justement, en vous présentant en train de leur arracher les yeux dans
une salle d’opération.

Il y a un navire blanc qui parcourt les océans. Il ne pénètre pas dans les eaux
territoriales de l’Iran ou de pays similaires. Nos frères arabes sont à l’affût
de ce bateau. Dans ce navire, [les sionistes] détiennent des enfants âgés de
seulement un ou deux ans, ignorants de tout. Ce sont des enfants dont nul ne
s’est occupé. Ils ont été enlevés par différents moyens sous prétexte de soins à
recevoir. Ces enfants sont détenus sur ce navire, et nul ne connaît leur sort.
Ils deviennent adolescents, ignorant quel sera leur destin. Ils reçoivent les
meilleurs soins médicaux et leur santé physique est sous constante surveillance.
Pourquoi [les sionistes] s’occupent-ils si bien d’eux ? Pour se servir d’eux à
des fins médicales. Ils se servent de leurs cœurs, de leurs reins et de leurs
autres organes.

En racontant l’histoire de cet homme qui voulait devenir président, ou qui était
candidat aux élections, et de cet enfant issu de telle famille, portant tel nom
- et autres détails, l’intrigue n’a pas pour but de suivre dans les moindres
détails un cas précis en Israël. Ce n’est pas un documentaire à part entière. Ce
récit est le fruit de recherches et d’informations que nous avons rassemblées
d’un peu partout et réunies pour en faire une histoire. Cette histoire réunit
des faits. Comme je l’ai dit, nous avons mené des recherches et atteint des
conclusions dont nous avons fait un film pour que le monde soit conscient de ce
que les sionistes font aux Palestiniens."

(1) Steve Rothman (D-NJ), Nita Lowey (D-NY), John Shimkus (R-IL), Sheila
Jackson-Lee (D-TX), Anthony Weiner (D-NY), Joseph Crowley (D-NY), Steve King
(R-IA), Dan Burton (R-IN), Carolyn Maloney (D-NY) , Edward Markey (D-MA), Robert
Wexler (D-FL), Barney Frank (D-MA), Tom Lantos (D-CA), Adam Schiff (D-CA), Chris
Chocola (R-IN)

Site : www.memri.org/french

MEMRI détient les droits d’auteur sur toutes les traductions. Les textes ne
peuvent être cités qu’avec mention de la source
______________________________________________________________________________

#1730 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Mardi 22. Mars 2005  10:43
Sujet: La paix palestinienne passe par la neutralisation des radicaux de chaque camp
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
I.Israel : Le gouvernement Sharon va-t-il tomber?

1. Course contre la montre de Sharon pour éviter des élections anticipées en
    Israël

    Le Premier ministre israélien Ariel Sharon ne dispose plus que de deux
    semaines pour faire voter son budget, faute de quoi son cabinet tombera,
    provoquant des élections anticipées, ce qui compromettrait son plan de
    retrait de la bande de Gaza.

    [AFP - 17 mars 2005]

2. Ariel Sharon met en garde contre un éclatement du Likoud

    "Je ne vois pas comment nous pourrions nous présenter ensemble aux
    prochaines élections alors que je soutiens le désengagement et vous pas"

    [Agence télégraphique suisse - 22 mars 2005]

3. L'Egypte a de nouveau un ambassadeur en Israël

    [...] l'Egypte a renvoyé jeudi un émissaire à Tel Aviv, illustrant le
    réchauffement des relations dans la région dans le cadre de la relance du
    processus de paix israélo-palestinien.

    [Reuters - 17 mars 2005]

4. Israël et le Maroc sur le point de (r)établir des relations diplomatiques,
    selon la télévision israélienne

    Israël et le Maroc pourraient rétablir des relations diplomatiques dès le
    mois prochain, mettant fin à un gel de plus de quatre ans consécutif à la
    seconde Intifada palestinienne [...]

    [AP - 19 mars 2005]
                     ______________________________

II. Palestiniens: Que fait Abou Mazen ?

1. Israël-Palestine: à défaut de trêve, l'accalmie perdure

    Au Caire, jeudi, Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, n'a
    pas obtenu la «trêve des armes» (houdna), mais il se contentera volontiers
    de «l'accalmie».

    «Est-ce suffisant ? Certainement pas. Est-ce que cela signifie que
    l'Autorité palestinienne mène une guerre contre le terrorisme ?
    Certainement pas. Mais ils font indéniablement des efforts.»

    [Libération - 19 mars 2005]

2. Éclairage - Les groupes armés palestiniens cherchent à se renforcer à la
    faveur de la 'trêve'

    [www.lorientlejour.com - 22 Mars 2005]
_____________________________________________________________________________

I.1.Course contre la montre de Sharon pour éviter des élections anticipées en
Israël

jeudi 17 mars 2005, 12h58

JERUSALEM (AFP) - Le Premier ministre israélien Ariel Sharon ne dispose plus que
de deux semaines pour faire voter son budget, faute de quoi son cabinet tombera,
provoquant des élections anticipées, ce qui compromettrait son plan de retrait
de la bande de Gaza.

La législation israélienne prévoit que si la loi de Finances n'est pas votée le
31 mars, le gouvernent est dissous et des législatives ont lieu dans les trois
mois.

Selon la plupart des commentateurs, M. Sharon devrait toutefois parvenir in
extremis à faire adopter son budget. La procédure d'adoption du budget 2005 est
actuellement en panne. M. Sharon ne dispose pas d'une majorité à la suite de la
"rébellion" de 13 des 40 députés du Likoud, son propre parti. Ces
parlementaires, hostiles au retrait de la bande de Gaza, exigent la tenue d'un
référendum sur cette opération comme condition à leur soutien au budget, ce que
le Premier ministre refuse.

Pressé par le temps, M. Sharon a accéléré jeudi ses consultations. Il a
rencontré jeudi le chef du parti centriste laïc Shinouï (14 députés) Yossef
Lapid pour tenter de le convaincre de soutenir le budget.

Le Shinouï avait été exclu du gouvernement par M. Sharon après avoir voté le 1er
décembre 2004 en première lecture contre le projet de budget pour dénoncer
l'octroi de crédits supplémentaires à un parti ultra-orthodoxe pour son réseau
scolaire. M. Lapid a maintenu le suspense à l'issue de son entretien avec M.
Sharon en affirmant qu'en "l'état actuel des choses, notre parti votera contre
le budget".

Des élections anticipées risqueraient de provoquer un sérieux retard pour
l'évacuation de la bande de Gaza et des 8.000 colons installés dans cette région
qui doit débuter le 20 juillet.

"Des députés de l'opposition de gauche, des formations arabes vont le soutenir
ou s'abstenir pour éviter des élections anticipées", estime Hanan Cristal,
commentateur de la radio publique.
____________________________________________________________________________

I.2.Ariel Sharon met en garde contre un éclatement du Likoud

Agence télégraphique suisse

22 mars 2005 00:51

JERUSALEM - Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a averti que le désaccord
affiché par certains membres de son parti concernant son projet de désengagement
de la bande de Gaza risquait de faire éclater le Likoud. Des élections
anticipées ne sont pas exclues.

"Je ne vois pas comment nous pourrions nous présenter ensemble aux prochaines
élections alors que je soutiens le désengagement et vous pas", a déclaré Sharon
lors d'une réunion houleuse des députés du Likoud.

A la veille du vote, mardi, du budget 2005, par la commission des Finances de la
Knesset, ces députés ont rejeté une tentative de partisans de Sharon d'évincer
de la commission quatre membres du Likoud adversaires du retrait de Gaza, alors
même que le vote de ce budget n'est pas acquis. "Le Likoud est tout simplement
en train de se suicider", a déclaré le ministre des Transports Meir Sheetrit,
allié de Sharon.

Si le budget n'est pas adopté par la commission puis par l'ensemble de la
Knesset d'ici le 31 mars, la coalition de Sharon sera contrainte de convoquer
des élections législatives anticipées d'ici fin juin, ce qui pourrait retarder
le retrait de la bande de Gaza, prévu cet été. Les élections législatives sont
normalement prévues fin 2006.

La coalition de Sharon contrôle 67 des 120 sièges du Parlement, mais cette marge
pourrait être réduite par la menace d'une dizaine de membres du Likoud,
partisans des colons, de voter contre le budget.

Un responsable israélien a expliqué qu'à l'approche de l'épreuve de force sur le
budget, Sharon brandissait la menace d'élections anticipées dans l'espoir que
les députés se rallieraient à lui plutôt que de risquer de perdre leur siège à
l'occasion de législatives anticipées.

SDA-ATS
_____________________________________________________________________________

I.3.L'Egypte a de nouveau un ambassadeur en Israël

jeudi 17 mars 2005, 11h25

JERUSALEM (Reuters) - Quatre ans après avoir rappelé son ambassadeur en Israël
en raison de la seconde intifada, l'Egypte a renvoyé jeudi un émissaire à Tel
Aviv, illustrant le réchauffement des relations dans la région dans le cadre de
la relance du processus de paix israélo-palestinien.

"Je suis très fier que le président Hosni Moubarak m'ait donné la responsabilité
de représenter l'Egypte en Israël", a déclaré Mohamed Assem, le nouvel
ambassadeur d'Egypte, à son arrivée à l'aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, selon
le journal Haaretz.

"Comme tous les ambassadeurs dans tous les pays, j'aspire à développer les
relations entre nos deux nations".

Le Caire s'était engagé le 8 février, lors du sommet de Charm el Cheikh, auquel
participaient notamment le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas,
et le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, à renvoyer son ambassadeur à Tel
Aviv.

Le ministère égyptien des Affaires étrangères a précisé qu'Assem avait
auparavant été en poste au Soudan, au Kenya et en Ethiopie.

Son prédécesseur, Mohamed Bassiouny, avait été rappelé en 2000 pour protester
contre la gestion israélienne du soulèvement palestinien.

L'Egypte a été en 1979 le premier pays arabe à signer un traité de paix avec
Israël.

La Jordanie, qui a fait de même en 1994, avait également rappelé son ambassadeur
en 2000. Ce dernier a été renvoyé le mois dernier dans la capitale israélienne.
______________________________________________________________________________

I.4.Israël et le Maroc sur le point de (r)établir** des relations diplomatiques,
selon la télévision israélienne

samedi 19 mars 2005, 21h58

JERUSALEM (AP) - Israël et le Maroc pourraient rétablir des relations
diplomatiques dès le mois prochain, mettant fin à un gel de plus de quatre ans
consécutif à la seconde Intifada palestinienne, a rapporté samedi soir la
télévision publique israélienne.

Citant une "source marocaine haut-placée" non identifiée, la deuxième chaîne de
télévision israélienne affirme qu'un accord de principe a été conclu la semaine
dernière entre le roi Mohammed VI du Maroc et le vice-Premier ministre israélien
Shimon Pérès qui se trouvaient tous deux à Madrid pour le premier anniversaire
des attentats du 11 mars 2004 dans la capitale espagnole.

Interrogée par l'Associated Press, une source officielle marocaine à Rabat,
ayant requis l'anonymat, a déclaré: "Nous n'avons aucun commentaire à faire sur
cette information rapportée par des médias israéliens".

Selon la télévision israélienne, M. Pérès devrait effectuer prochainement une
visite officielle au Maroc. Dans le cadre de ce rétablissement envisagé de
relations diplomatiques, affirme la deuxième chaîne, le Maroc serait représenté
en Israël dans un premier temps par un chargé d'affaires, niveau en-deçà du rang
d'ambassadeur.

Pour sa part, le ministère israélien des Affaires étrangères ne confirmait pas
l'information, mais se montrait optimiste sur un prochain réchauffement
diplomatique. "Israël espère que le Maroc rétablira prochainement des relations
(avec Israël)", a déclaré Mark Regev, porte-parole du ministère.

Quelque 500.000 Israéliens, soit 10% de la population totale, sont des immigrés
marocains ou des descendants d'immigrés marocains. AP

** Note CID : les parenthèses ne sont pas dans le texte d'origine de
l'associated press. Israël et le Maroc n'ont jamais eu de relations
diplomatiques au sens plein du terme comme c'est le cas pour la Jordanie et
l'Egypte.
_____________________________________________________________________________

II.1.Monde

Israël-Palestine: à défaut de trêve, l'accalmie perdure

Les groupes islamistes palestiniens entrent dans le jeu politique.

Par Jean-Luc ALLOUCHE

Libération

samedi 19 mars 2005

Jérusalem de notre correspondant

Ce n'est pas encore la «trêve des armes» (houdna) mais la prolongation de
«l'accalmie» (tahdia) instaurée entre les organisations palestiniennes et
Israël. Au Caire, jeudi, Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne,
n'a pas obtenu la première, mais il se contentera volontiers de la seconde. Il
peut en tout cas se féliciter d'avoir réuni autour de lui, sous l'égide de
l'Egypte, l'ensemble des chefs des principales organisations, y compris leurs
directions extérieures. La présence de Khaled Mechaal, chef du bureau politique
du Hamas, résidant à Damas, donne un poids certain à cette décision.

Dans un entretien téléphonique avec le président égyptien, Hosni Moubarak, le
Premier ministre israélien Ariel Sharon a qualifié cette mesure de «premier pas
positif» mais insuffisant «sans la dissolution des groupes terroristes». Le
général égyptien Omar Souleiman, chef des services de renseignement, a qualifié
cet engagement d'accalmie, de «programme de 2005», ce qui laisse entrevoir son
maintien jusqu'à la fin de l'année. Tout en demandant «la libération de tous les
prisonniers, l'arrêt de la colonisation, de la construction de la barrière de
sécurité et de la judaïsation de Jérusalem-Est», dont la poursuite est
«susceptible de mettre à bas l'accalmie».

Pour sa part, le vice-Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a salué cet arrêt
des violences en mettant toutefois en garde : «Est-ce suffisant ? Certainement
pas. Est-ce que cela signifie que l'Autorité palestinienne mène une guerre
contre le terrorisme ? Certainement pas. Mais ils font indéniablement des
efforts.»

De leur côté, les comités palestiniens de résistance populaire, qui n'avaient
pas été invités au Caire, ont lancé cet avertissement : «Les jours de repos que
nous avons accordés aux sionistes sont finis et ils devront bientôt retourner
aux abris car nos charges explosives et nos roquettes arrivent.» «Il s'agit
d'une affaire interne que nous pouvons régler», a répondu Mahmoud Abbas, pour
qui «le dialogue du Caire a enregistré une réussite en aboutissant à un
consensus entre tous les groupes sur une accalmie».

D'ores et déjà, le Hamas et le Jihad islamique songent à rejoindre
l'Organisation de libération de la Palestine. Surtout, la proximité des
législatives -­ et les succès qu'ils espèrent en tirer -­ leur permet désormais
de peser sur le jeu politique de l'Autorité palestinienne. Une participation au
pouvoir leur fournirait une raison essentielle pour renoncer à la lutte armée.

© Libération
_____________________________________________________________________________

II.2.Éclairage - Les groupes armés palestiniens cherchent à se renforcer à la
faveur de la trêve

www.lorientlejour.com

Mardi 22 Mars, 2005

Les groupes armés palestiniens, affaiblis par les coups de boutoir de l’armée
israélienne, cherchent à mettre à profit le relatif calme régnant à la faveur
d’une trêve informelle pour se renforcer sur les plans militaire et politique.

Les principaux groupes armés palestiniens se sont engagés le 17 mars, à l’issue
de deux jours de dialogue au Caire, à respecter une période d’accalmie jusqu’à
la fin de l’année, à condition qu’Israël cesse ses « agressions ».Cet accord a
couronné près de deux mois d’accalmie sur le terrain, au cours desquels les
groupes armés palestiniens ont observé une trêve de facto alors qu’Israël s’est
gardé de mener des opérations d’envergure dans les territoires palestiniens.

Si cette trêve signifie d’abord la suspension des attaques anti-israéliennes, la
quasi-absence en contrepartie d’opérations israéliennes donne un répit aux
groupes armés dont les combattants et les infrastructures étaient la cible
d’offensives ou de raids ponctuels de l’armée israélienne depuis le début de
l’intifada en septembre 2000.

Ces groupes n’entendent pas pour autant se dissoudre, comme l’exige Israël, ou
renoncer à la lutte armée, bien au contraire. « Cette accalmie n’est pas un
cadeau offert à l’occupation. Nous allons continuer à travailler et à nous
préparer. Dissoudre la branche militaire du Hamas est catégoriquement exclu »,
affirme à l’AFP Abou Oubada, un porte-parole de l’aile militaire du Hamas.

Selon lui, le mouvement a accepté de prolonger l’accalmie non pas pour rendre
service à Israël «mais pour mettre de l’ordre dans les affaires palestiniennes
et assurer une période de calme propice à la tenue des élections». Il se
référait aux élections législatives palestiniennes prévues en juillet et
auxquelles le Hamas va participer pour la première fois.

Le porte-parole a rejeté les appels au désarmement des groupes palestiniens. «
Nos fusils sont pointés vers l’occupant. Les armes qui doivent être collectées
sont celles utilisées pour provoquer le chaos », a-t-il dit.

Abou Qoussaï, porte-parole des Brigades des martyrs d’al-Aqsa liées au Fateh, a
affirmé que des combattants du groupe vont intégrer les services de sécurité de
l’Autorité palestinienne, sans pour autant renoncer à la lutte armée. « Un grand
nombre de nos combattants sont déjà membres des services de sécurité. Rejoindre
les services de sécurité ne doit en rien signifier la fin de la résistance
contre l’occupation », a-t-il dit. Il a mis en garde Israël contre toute
violation de la trêve «car nous sommes prêts à riposter à tout moment». « Les
armes resteront aux mains de la résistance et nous ne les dirigerons que contre
l’ennemi israélien », a-t-il ajouté.

Abou al-Walid, membre du Conseil militaire des Brigades al-Qods, branche armée
du Jihad islamique, a pour sa part affirmé que le groupe entend profiter de
l’accalmie « pour préparer notre appareil militaire à faire face à toute
éventualité ». Il a affirmé que le maintien de l’accalmie dépendait de
contreparties dont Israël doit s’acquitter, « notamment le retrait de la bande
de Gaza, la libération de tous les prisonniers et la fin des agressions ». «
Nous ne serons plus tenus de respecter cette accalmie si Israël n’applique pas
sa partie avant la fin de l’année. Entre-temps, nous riposterons à toute
violation israélienne », a-t-il dit.

Sakher ABOU EL-OUN (AFP)
_____________________________________________________________________________

#1731 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Mardi 22. Mars 2005  16:39
Sujet: Séisme dans la politique arabe de la France : Quand la Syrie monte au nez de Chirac
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Grand Angle

Séisme dans la politique arabe de la France. Jadis proche de Damas, Paris y est
désormais perçu comme un ennemi. Ulcéré par le traitement infligé à son ami
Rafic Hariri, déçu par Bachar al-Assad, le président français a fait voter à
l'ONU la résolution 1

Quand la Syrie monte au nez de Chirac

Par Christophe AYAD et Christophe BOLTANSKI et José GARÇON et Jean-Pierre PERRIN

Libération

mardi 22 mars 2005

Cela tourne presque à l'idée fixe. Lorsqu'on interroge des proches de l'Elysée
sur les préoccupations du chef de l'Etat, hors politique intérieure, quatre
chiffres reviennent inlassablement : la «1559». Ce numéro, attribué à la
résolution du Conseil de sécurité des Nations unies demandant le respect de
«l'indépendance et de la souveraineté» du Liban et le départ «des forces
étrangères qui y sont encore», occupe depuis des mois une grande part des
pensées de Jacques Chirac. Une obsession qui sidère ou agace nombre de hauts
fonctionnaires.

Le texte, adopté aux forceps le 2 septembre dernier, porte la signature de la
France et des Etats-Unis. Mais Jacques Chirac peut, à juste titre, le considérer
comme son bébé tant il l'a porté à bout de bras. Son conseiller diplomatique,
Maurice Gourdault-Montagne, l'a négocié directement avec Condoleezza Rice, bras
droit de George W. Bush. Kofi Annan a découvert le projet à quatre jours du
vote. Les services de l'Etat et leurs bataillons d'analystes n'ont pas été mis
dans la confidence. Le Quai d'Orsay n'a appris l'existence du projet qu'à la
veille de sa présentation à New York. Avec surprise, parfois réticence, tant il
marque un tournant dans la politique
française au Proche-Orient.

Son langage diplomatique peut faire illusion, ses quelques lignes prennent soin
de ne nommer personne. Ce n'est pas la première fois que l'ONU appelle au
respect de la souveraineté libanaise. La 1559 est d'ailleurs passée presque
inaperçue lors de son vote. Elle s'apparente pourtant à une déclaration de
guerre, à un tremblement de terre dont les secousses se font toujours sentir.
D'alliée «critique» de Damas, la France apparaît comme une ennemie. Depuis, un
ancien Premier ministre du Liban, Rafic Hariri, a été assassiné. Des
manifestations monstres se succèdent à Beyrouth. Et la Syrie, sous la double
pression populaire et internationale, dopée par la 1559, a dû entamer son
retrait du pays du Cèdre.

Affaire de famille

Cette résolution est partie d'«une vraie colère de Jacques Chirac», d'«un
sentiment d'échec énorme, de trahison», selon un bon connaisseur du dossier.
Au-delà des grands principes et de considérations géostratégiques ­ elle
constitue le seul moyen de reprendre pied au Proche-Orient ­, le chef de l'Etat
a réagi à l'affect. Par attachement d'abord à un homme, Rafic Hariri, par
désenchantement envers un autre, Bachar al-Assad, le président syrien.

Entre Jacques Chirac et l'ancien leader libanais, l'amitié était ancienne,
sincère, profonde. Elle remonte au début des années 80. A leurs premières
rencontres, le premier rongeait son frein à la mairie de Paris, le second
n'était qu'un entrepreneur ambitieux. Chacun a su déceler en l'autre le grand
destin politique qui l'attendait. Le patron gaulliste a entretenu des relations
étroites avec de nombreux dirigeants arabes, avec Saddam l'Irakien, Moubarak
l'Egyptien, cheikh Zayed des Emirats... «Ils comblent sa faim
d'aventures, son besoin de compagnonnage, son goût de l'exotisme», observe
Franz-Olivier Giesbert dans la biographie qu'il lui a consacrée (1).

Aucun pourtant n'a été aussi proche que Rafic Hariri. Un sentiment réciproque :
«Chirac, c'est mon meilleur copain», confie le Libanais à l'une de ses
collaboratrices peu de temps avant sa mort. Le président français voyait en lui
un «sage». Il louait son courage, sa fidélité. «Eh bien, mon cher ami, je me
souviens que votre épouse et vous-même avez été présents dans les instants de
bonheur comme dans les heures difficiles», lui a-t-il déclaré, en 1996, en lui
remettant les insignes de grand-croix de la Légion d'honneur.

A travers lui, c'est aussi le Liban qui l'attire, ce pays encore si proche de la
France, cette ancienne poussière d'Empire, ce rêve d'Orient. Les deux hommes se
tutoyaient, se consultaient, s'appelaient régulièrement par téléphone. Ils
riaient ensemble des mêmes blagues, partageaient une même vision du monde et ne
pouvaient rien se refuser. «C'était une relation familiale», analyse un proche
de Hariri. Il y a également l'argent. De multiples rumeurs veulent que le
milliardaire libano-saoudien ait alimenté les caisses de campagne du candidat
Chirac.

C'est Rafic Hariri qui, le premier, en 1999, pousse son ami à miser sur Bachar
al-Assad, cet héritier improbable. C'est en grande partie à cause de lui que le
même Chirac adoptera, quatre ans plus tard, l'attitude inverse. En juin 2000, il
est le seul chef d'Etat occidental à assister aux obsèques du décrié Hafez
al-Assad. «Nous nous sommes fait engueuler par tout le monde pour ça»,
rappelle-t-on à Paris. En rendant hommage au père, il espère peser sur le fils.
Convaincu qu'il sera le leader capable de moderniser la Syrie, il le courtise
avec assiduité. «Il a invité Bachar à Paris.» Une préintronisation avant même la
mort de son père. Une fois président, «il lui a préparé un tour en Europe, lui a
ouvert les portes des Anglais, des Espagnols et de biens d'autres». Il ne sera
pas payé en retour.

Sentiment de trahison

La déconvenue se nourrit de plusieurs incidents. En novembre 2002, Jacques
Chirac évite au Liban et à son Premier ministre une catastrophe «à l'argentine».
Le pays se trouve alors au bord de la faillite avec une dette record de 35
milliards de dollars. Lors d'une conférence baptisée «Paris II», le président
français persuade les pays donateurs d'accorder un prêt à taux préférentiel de 4
milliards de dollars au gouvernement de Rafic Hariri. Il a arraché ce pactole,
contre l'avis du FMI et même de Bercy. La veille, au cours d'un sommet de l'Otan
à Prague, il faisait encore la quête. «Il y avait tout le monde, Berlusconi,
Bush... Et Chirac passait de l'un à l'autre pour les convaincre
personnellement», raconte un conseiller présent.

En échange, Hariri promet verbalement d'engager des réformes, en particulier de
privatiser certains services, comme l'électricité ou les télécoms, devenus des
gouffres. Mais, au Liban, «qui dit privatisation dit priver Damas et ses obligés
de certaines ressources», explique un diplomate. Peu de temps après, le tuteur
syrien impose à Hariri un remaniement et un nouveau ministre des Finances. Les
réformes ne verront jamais le jour. «Chirac était furieux.» Sur la parole de son
protégé, «il a joué son crédit politique et financier auprès de la communauté
internationale», souligne la même source.

Il dépêche son conseiller Maurice Gourdault-Montagne auprès de Bachar al-Assad
porteur d'un message qui dit en substance : «Le monde change, bougez ! Prenez
une initiative, n'importe laquelle et nous examinerons les moyens de vous
aider.» «Bachar a cru que la France venait l'assurer de son soutien face à la
pression américaine», rapporte un ministre libanais qui connaît bien la
direction syrienne. Pire, «on a vu la main syrienne sur le Liban devenir de plus
en plus pesante», explique-t-on à Paris. Convoqué à Damas, Hariri est reçu par
des subalternes qui «l'humilient», selon un proche. Ses rapports avec Bachar se
dégradent de plus en plus. «Il le traitait comme un bibelot.»

Les couacs se multiplient également avec la France. La Syrie retire brutalement
à Total l'exploitation de gisements gaziers au profit d'un consortium américain.
Un acte d'autant plus inamical que Chirac a appelé personnellement Bachar à ce
sujet. A la suite de ces déconvenues, raconte un proche, «le Président a eu une
réaction : "Les Syriens [que j'ai aidés] me manquent."»

Un pistolet sur la tempe

En juin 2004, il évoque la question avec George W. Bush, à l'Elysée, en marge
des cérémonies du débarquement. Le terrain a été balisé par Maurice
Gourdault-Montagne et Condoleezza Rice. Chacun a son propre agenda. Les
Américains se préoccupent du soutien de la Syrie à des organisations
terroristes, comme le Hezbollah, et de la porosité de sa frontière avec l'Irak.
Les Français pensent d'abord au Liban. Pourquoi ne pas relier les deux dossiers
et opérer par la même occasion un début de réconciliation ? L'idée d'une
initiative commune fait son chemin. Le quotidien libanais Al-Safir, très proche
de Damas, s'en fait l'écho.

Quand le parrain syrien décide d'amender la Constitution du Liban afin de
prolonger le mandat de son président, Emile Lahoud, un fidèle allié, tous les
clignotants virent au rouge. L'opposition hurle au putsch. Pour Hariri, ennemi
juré du chef de l'Etat, la rupture est consommée. Fin août, Bachar le mande dans
son palais. L'entretien ne dure que dix minutes. Hariri a rapporté les propos du
dirigeant syrien à quatre témoins dont Walid Joumblatt, chef des Druzes :
«Lahoud, c'est moi, lui aurait déclaré le dirigeant syrien. Si Chirac veut me
sortir du Liban, je casserai le Liban.»

Un autre avertissement suit, encore plus explicite. Le Premier ministre doit se
rendre dans la Bekaa sur ordre du chef des services de renseignements syriens au
Liban, le général Rostom Ghazaleh, qui ne s'embarrasse pas de détail : «Ton
Beyrouth qui scintille et que tu as reconstruit, je peux l'anéantir avec dix
voitures piégées.» Il le somme de convoquer le Parlement, de ne pas démissionner
et de voter l'amendement constitutionnel. Livide, Hariri cède à la menace.
D'après un de ses proches, ses interlocuteurs lui ont mis «un pistolet sur la
tempe». Au sens quasi littéral.

A Paris, c'est le branle-bas de combat. Jacques Chirac se rue au secours de son
ami. «Dans l'instant, on s'est parlé, avec les Américains. On leur a dit : vous
voulez promouvoir la démocratie dans cette région ? Au Liban, elle est en train
de disparaître. On ne peut pas laisser passer ça», raconte-t-on dans l'entourage
élyséen. En quelques jours, un projet de résolution est rédigé. Maurice
Gourdault-Montagne le concocte avec Condoleezza Rice jusqu'en pleine convention
républicaine. Chirac en parle à Poutine lors d'une rencontre à Sotchi, sur la
mer Noire. Il téléphone au président brésilien Lula. Stupeur des Syriens. «Ils
n'ont pas vu la balle arriver.» Ils s'attendaient à un mauvais coup de
l'administration Bush, pas des Français. Des intermédiaires tentent d'infléchir
l'Elysée. «Ils nous disaient que Farouk al-Chareh, ministre syrien des Affaires
étrangères, était prêt à toutes sortes de choses, à retirer ses troupes du
Liban...»

Trop tard. Le 2 septembre, le texte passe avec neuf voix pour et six
abstentions. Pour ménager les Arabes, il réclame le désarmement des milices sans
mentionner explicitement le Hezbollah. Le lendemain, les députés libanais
prorogent de trois ans le mandat d'Emile Lahoud.

A Paris, l'affaire, comme durant la crise irakienne, a été conduite dans le plus
grand secret par une poignée de fidèles : Maurice Gourdault-Montagne, Jean-Marc
de la Sablière, ambassadeur auprès de l'ONU, Bernard Emié, directeur du
département Afrique du Nord-Moyen-Orient au Quai (et aujourd'hui ambassadeur à
Beyrouth), mais surtout proche de Chirac. Ce coup diplomatique permet à la
France de renouer avec les Etats-Unis sans avoir à céder sur l'Irak. Ce
rapprochement, même «s'il n'était pas la cause, mais la conséquence de la 1559»,
dixit un diplomate, arrive à point nommé.

Sous le choc, les Syriens ont trouvé un coupable. Ils accusent Rafic Hariri
d'être le «serpent» qui a fomenté la résolution. Pour un ancien ministre des
Affaires étrangères, son implication ne fait pas de doute. Vrai ou faux ? «C'est
lui qui a poussé Chirac à s'engager contre les Syriens», assure ce dernier. Le
20 octobre, le Premier ministre libanais est poussé par les Syriens à la
démission et rejoint l'opposition. Cinq mois plus tard,une énorme déflagration
pulvérise sa voiture blindée et provoque des ravages sur plus d'une centaine de
mètres. Pour Paris, «une telle opération ne peut pas être menée en dehors d'un
grand service appuyé par un Etat».

(1) Jacques Chirac, par Franz-Olivier Giesbert, éditions du Seuil, Paris, 1987.

© Libération
______________________________________________________________________________

#1732 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Mercredi 23. Mars 2005  16:42
Sujet: Un sommet de la ligue où les questions importantes ont été soigneusement évitées
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Ligue arabe : Ouverture du 17e sommet à Alger

    Les chefs d'Etat arabes étalent leurs divisions

    Les résolutions finales, arrêtées par les ministres des Affaires
    étrangères, devraient porter sur la création d'un «Parlement arabe», sans
    députés élus, qui s'annonce comme un conseil dénué d'influence. «Pourquoi
    rajouter un étage dans une maison vide ?»,ironise un observateur bien placé.

    [Le Figaro - 23 mars 2005]

2. Le sommet de la Ligue arabe s'achève à Alger sans décisions majeures

    [...] Kofi Annan a prévenu qu'une enquête plus approfondie serait sans
    doute nécessaire pour faire la lumière sur l'assassinat de l'ex-Premier
    ministre libanais Rafic Hariri, l'un des nombreux sujets sensibles que les
    participants auront tenté d'éviter durant deux jours.

    Ce sommet sans relief n'a pas vu de prises de position significatives sur
    les problèmes majeurs du Proche-Orient, Irak, Liban et processus de paix.

    La déclaration finale ne mentionne ni le retrait syrien du Liban, promis
    par Damas sous la pression internationale, ni les troubles qui secouent le
    pays du Cèdre, où un attentat a fait trois morts tôt mercredi matin dans un
    centre commercial d'un quartier chrétien au nord de Beyrouth. En revanche,
    elle apporte son soutien à Damas face aux sanctions économiques américaines.

    [AP - 23 mars 2005]

3. Analyse - Un sommet sans surprises ni grand débat

    Le sommet arabe d’Alger s’est déroulé sans surprises ni grand débat de
    fond, les pays arabes ayant soigneusement évité les dossiers chauds et
    controversés afin de donner une impression d’unité, estiment des analystes
    politiques.

    [...] « Depuis que les pays arabes ont décidé de tenir tous les ans des
    sommets ordinaires, ceux-ci ont perdu de leur importance » [...] les
    sommets extraordinaires avaient l’avantage de se tenir autour « d’un
    dossier chaud et pour débattre de questions précises, alors que les sommets
    ordinaires restent ordinaires ».

    [www.lorientlejour.com - 24 Mars
2005]___________________________________________________________________________\
__

International/ligue arabe

Ouverture du 17e sommet à Alger

Les chefs d'Etat arabes étalent leurs divisions

Le 17e sommet de la Ligue arabe, qui s'est ouvert hier à Alger, a adopté une
résolution réactivant une initiative de paix avec Israël basée sur le retrait
israélien des territoires arabes occupés et la création d'un Etat palestinien.
Sans surprise, l'Etat hébreu l'a rejetée.

Alger : de notre envoyé spécial Pierre Prier

Le Figaro

[23 mars 2005]

Neuf chefs d'Etat sur vingt-deux ont évité le déplacement au sommet de la Ligue
arabe qui s'est ouvert hier à Alger. La plupart des émirats du Golfe n'étaient
pas représentés, ni le président libanais, Emile Lahoud, trop occupé par ses
problèmes intérieurs. Abdallah de Jordanie n'avait pas fait le déplacement non
plus. La raison de sa bouderie était le rejet de son plan de paix avec Israël,
une «amélioration» de la résolution de la Ligue arabe en 2002. Le prince
héritier Abdallah d'Arabie saoudite, lui, s'est décommandé au dernier moment,
mais la décision était déjà prise avant. Car le colonel Kadhafi l'accuse d'avoir
commandité une tentative d'assassinat contre lui.

Présenté comme «historique» par l'Algérie, le 17e sommet de la Ligue arabe ne
fera sans doute pas date. On attendait des «réformes». Les résolutions finales,
arrêtées par les ministres des Affaires étrangères, devraient porter sur la
création d'un «Parlement arabe», sans députés élus, qui s'annonce comme un
conseil dénué d'influence. «Pourquoi rajouter un étage dans une maison vide ?»,
ironise un observateur bien placé. Le secrétaire général de la Ligue, l'Egyptien
Amr Moussa, ne se fait d'ailleurs guère d'illusions sur la détermination des
membres. «Nous ne pouvons pas faire des réformes sans volonté politique et sans
les moyens pour les réaliser.» Dans son discours inaugural, Amr Moussa a
néanmoins évoqué le Parlement arabe et la création d'une «commission de suivi
des résolutions des sommets arabes».

Les chefs d'Etat n'ont pu que constater une fois de plus le peu d'influence de
la Ligue. L'institution a cessé de critiquer l'intervention américaine en Irak.
Le sommet d'Alger devrait entériner, par la présence du président irakien
sortant, Gazi al-Yaouar, un changement de régime auquel la Ligue n'a pris aucune
part. L'autre dossier brûlant, celui de la présence syrienne au Liban, ne sera
pas évoqué officiellement. La résolution devrait mentionner une vague
«solidarité avec la Syrie et le Liban».

La tentative jordanienne avortée de modification de l'offre de paix à Israël
risque pourtant de laisser des traces. Le roi de Jordanie n'avait apparemment
aucune chance de faire accepter son texte, soutenu publiquement par Israël. Le
roi proposait sans aucune contrepartie préalable une reprise des contacts
diplomatiques ainsi que des aménagements sur le droit au retour des réfugiés.

Mais le plan de Beyrouth en 2002, qui propose la normalisation, en échange d'un
Etat palestinien dans les frontières de 1967, connaît une nouvelle vie. Et
l'idée jordanienne elle-même a reçu l'aval des Egyptiens qui l'ont qualifiée de
«phare dans le processus de paix». Et d'autres Etats, qu'ils aient déjà des
liens avec Israël ou non, pourraient être intéressés. Le Maroc accueillera
bientôt Shimon Pérès, et la Tunisie a invité Ariel Sharon. Le ministre des
Affaires étrangères algérien, Abdelaziz Belkhadem, a reconnu hier
l'impuissance de la Ligue arabe à déterminer une action commune : «La
normalisation avec Israël est un acte souverain. Les Etats sont libres. Cela ne
peut pas être un acte collectif.»

Pour son premier sommet, le président palestinien Mahmoud Abbas a dû se sentir
bien seul face à un marchandage qui le dépasse. Il restait hier, au sommet
arabe, d'écouter la proposition du colonel Kadhafi qui tient à relancer son idée
d'un Etat pour les Juifs et les Arabes qu'il appellerait Isratine (amalgame
d'Israël et de Palestine).
____________________________________________________________________________

Le sommet de la Ligue arabe s'achève à Alger sans décisions majeures

mercredi 23 mars 2005, 19h05

ALGER (AP) - Le sommet de la Ligue arabe s'est achevé mercredi à Alger, où Kofi
Annan a prévenu qu'une enquête plus approfondie serait sans doute nécessaire
pour faire la lumière sur l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais Rafic
Hariri, l'un des nombreux sujets sensibles que les participants auront tenté
d'éviter durant deux jours. Ce sommet sans relief n'a pas vu de prises de
position significatives sur les problèmes majeurs du Proche-Orient, Irak, Liban
et processus de paix. Il s'est contenté d'appeler à la création d'une commission
de trois membres chargée de promouvoir le plan de paix approuvé par la Ligue
arabe en 2002 lors du sommet de Beyrouth, et déjà rejeté par Israël.

La déclaration finale ne mentionne ni le retrait syrien du Liban, promis par
Damas sous la pression internationale, ni les troubles qui secouent le pays du
Cèdre, où un attentat a fait trois morts tôt mercredi matin dans un centre
commercial d'un quartier chrétien au nord de Beyrouth. En revanche, elle apporte
son soutien à Damas face aux sanctions économiques américaines.

Devant les dirigeants de la Ligue arabe, le secrétaire général des Nations Unies
a plaidé pour un retrait syrien complet du Liban, conformément à la résolution
1559 de l'ONU. Il a fait savoir que le président syrien Bachar el-Assad lui
avait promis la veille, en marge du sommet, de présenter avant le début avril à
l'ONU un calendrier pour le retrait complet de ses troupes. Kofi Annan a estimé
que tous les soldats et agents de renseignement syriens auraient quitté le Liban
avant les élections prévues en avril et mai.

Au même moment, à Bruxelles, les 25 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union
européenne ont appelé mercredi la Syrie à procéder à un "retrait complet" et
"selon un calendrier précis" de ses troupes et de ses services de renseignement
du Liban.

Dans son intervention, Kofi Annan a annoncé que l'équipe d'enquêteurs dépêchée
par l'ONU au Liban après l'attentat de Beyrouth qui a coûté la vie à Rafic
Hariri et 17 autres personnes le 14 février publierait son rapport "dans les
prochains jours". "Mais je crois qu'une enquête plus complète pourrait également
être nécessaire", a-t-il ajouté.

Dans la journée, le ministère libanais de la Justice annonçait que le magistrat
chargé de l'enquête avait demandé à être dessaisi du dossier, invoquant d'autres
obligations. D'après la presse libanaise, le rapport onusien accuserait les
autorités libanaises de négligence et destruction de preuves après l'attentat.

Moammar Kadhafi a succédé à Kofi Annan à la tribune pour improviser un long
plaidoyer en faveur d'une Syrie de plus en plus isolée. Le dirigeant libyen a
estimé que la Syrie devrait être "récompensée pour ses sacrifices en faveur de
la paix civile au Liban". "Nous verrons désormais ce qui se passera au Liban
après le retrait", a-t-il dit.

"Ils auront besoin des fusils de la Syrie et des fusils étrangers. C'est un défi
pour le peuple libanais, de gouverner leur pays démocratiquement sans tomber
dans une autre guerre civile".

Principale décision du sommet d'Alger, une commission sera chargée d'expliquer
le plan de paix de Beyrouth aux Etats-Unis, aux Nations unies et à l'Union
européenne, entre autres. Mais les dirigeants de la Ligue arabe n'ont pu se
mettre d'accord sur sa composition, laissant à leur hôte, l'Algérie, le soin
d'en désigner les membres.

Le plan de 2002 offre à Israël la paix et des relations diplomatiques avec tous
les pays arabes en échange de la restitution des territoires occupés lors de la
guerre israélo-arabe de 1967, de la création d'un Etat palestinien et du
règlement de la question des réfugiés.

La proposition de la Jordanie, qui suggérait un changement radical de stratégie,
offrir tout de suite à l'Etat hébreu une normalisation des relations pour
l'inciter à des concessions, a été repoussée. "A ce stade, Israël ne mérite pas
une main tendue parce qu'elle mène une politique (...) dangereuse", a jugé le
secrétaire général de la Ligue Amr Moussa. Une normalisation serait "nuisible
pour nous tous".

La déclaration finale ne s'est pas non plus attardée sur les appels croissants à
la démocratie dans le monde arabe. Elle se borne à une déclaration d'intentions,
sans engagement concret.

Enfin, les dirigeants souhaitent établir un organe consultatif de la Ligue
arabe, un "parlement arabe". Ils ont aussi décidé d'amender la charte de
l'organisation vieille de 60 ans pour améliorer son processus de décision. AP
______________________________________________________________________________

Analyse - Un sommet sans surprises ni grand débat

www.lorientlejour.com

Jeudi 24 Mars, 2005

Le sommet arabe d’Alger s’est déroulé sans surprises ni grand débat de fond, les
pays arabes ayant soigneusement évité les dossiers chauds et controversés afin
de donner une impression d’unité, estiment des analystes politiques. La
résolution la plus importante adoptée à Alger concerne la réactivation du plan
de paix arabe, qu’Israël a « rapidement » rejeté, poussant le chef de la
diplomatie jordanienne, dont le pays a été à la base de cette résolution, à
exprimer ses souhaits que l’État hébreu revienne sur son rejet.

D’emblée, la proposition jordanienne avait soulevé un tollé de la part de pays
comme la Syrie et le Yémen qui y ont vu des tentatives de normalisation avec
Israël sans que ce pays ne donne de garanties en retour.

La Jordanie s’est défendue d’avoir voulu vendre une telle formule aux Arabes,
affirmant qu’en présentant une résolution « concise », le royaume hachémite a
voulu « simplifier » l’initiative arabe de paix et la rendre plus claire, sans
entrer dans les détails.

La formule retenue par les ministres des Affaires étrangères et approuvée par le
sommet a réaffirmé les positions de base des Arabes, poussant un responsable
israélien à dire : « Malheureusement, la Ligue arabe préfère se donner
l’illusion de l’unité en surface en adoptant des résolutions, en contradiction
avec toutes les avancées faites notamment par l’Égypte et la Jordanie, et qui
sont totalement irrecevables. »

Les réformes politiques dans le monde arabe, qui avaient fait couler beaucoup
d’encre lors du précédent sommet à Tunis en 2004, n’ont presque pas été évoquées
à Alger, ont indiqué à l’AFP des délégués. « Des dirigeants arabes voient dans
ces réformes un danger pour la stabilité de leur régime et n’ont aucun intérêt à
les précipiter », a indiqué un ancien ministre qui avait participé au sommet de
Tunis. « Éviter d’entrer dans les détails des réformes politiques ou d’imposer
un calendrier à ces réformes a été agréé par tous, chacun pour des raisons le
concernant », a-t-il relevé.

L’Irak, où les négociations pour former un nouveau gouvernement sont toujours en
cours, a eu droit aux « positions de soutien classiques qui ne veulent pas dire
grand-chose dans la pratique », a indiqué un expert de ce pays qui a assisté au
sommet d’Alger.

Le chef de la diplomatie irakienne Hoshyar Zebari avait affirmé mardi à l’AFP
que l’Irak allait appeler les pays arabes à « sortir de leur inertie à son égard
», pour qu’ils lui fournissent « une aide claire et solide ». « L’Irak a besoin
d’action de la part notamment de ses voisins, dont le laxisme constitue un
danger pour sa sécurité, mais aucune discussion sérieuse à ce sujet n’a eu lieu
lors de ce sommet », a relevé cet expert.

« Depuis que les pays arabes ont décidé de tenir tous les ans des sommets
ordinaires, ceux-ci ont perdu de leur importance », a estimé un autre analyste
politique arabe. Selon lui, les sommets extraordinaires avaient l’avantage de se
tenir autour « d’un dossier chaud et pour débattre de questions précises, alors
que les sommets ordinaires restent ordinaires ».

Randa HABIB (AFP)
_____________________________________________________________________________

#1733 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Jeudi 24. Mars 2005  12:25
Sujet: Sharon franchit une étape cruciale pour le vote du budget mais rien n'est gagné
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Retrait de Gaza: Sharon franchit une étape cruciale pour le vote du budget

mercredi 23 mars 2005, 11h43

JERUSALEM (AFP) - Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a franchi mercredi
une étape cruciale dans la bataille pour l'adoption du budget 2005, et infligé
ainsi un coup sévère aux rebelles de son parti, le Likoud, qui contestent son
plan de retrait de la bande de Gaza.

Par 10 voix contre 9, la commission parlementaire des Finances a adopté dans la
nuit le budget de l'Etat pour l'exercice 2005, et ce texte a de bonnes chances
d'être entériné en trois lectures la semaine prochaine en séance plénière à la
Knesset même si le vote s'annonce serré.

"Je suis convaincu que le budget va désormais passer sans aucun problème", a
déclaré à la radio publique le ministre des Finances, Benjamin Netanyahu.

Les 13 députés "rebelles" du Likoud ont en fait renoncé à leur droit de veto sur
le budget en acceptant qu'il soit voté par la commission parlementaire des
Finances, une étape incontournable.

Le budget doit impérativement être adopté avant le 31 mars, faute de quoi le
gouvernement tombe et des élections doivent être organisées rapidement.

Les "durs" du grand parti de droite ont transigé après avoir en contrepartie
imposé un vote à la commission des Lois sur la tenue d'un référendum national au
sujet du plan de désengagement.

Cette commission des Lois s'est prononcée mercredi par 9 voix contre 8 en faveur
d'un texte sur un référendum, qui doit être discuté lundi en première lecture en
plénière.

Tactiquement, les "durs" du Likoud ont ainsi infligé une défaite à M. Sharon,
qui est catégoriquement opposé au référendum, mais il s'agit pour eux d'une
victoire à la Pyrrhus car ce projet n'a aucune chance d'être approuvé en
plénière, la grande majorité des 120 élus de la Chambre y étant hostiles.

M. Sharon n'est pas au bout de ses peines, car le vote de la loi de Finances en
première lecture lundi, puis en seconde et troisième lecture mercredi prochain,
s'annonce serré.

Il devra compter sur le soutien de députés de l'opposition, notamment le Shinouï
(centre droit laïque), le Yahad (gauche laïque) et les formations arabes, qui
contestent le caractère "anti-social" du budget, mais soutiennent en revanche le
plan de désengagement.

Ce budget compte un chapitre prévoyant le financement du retrait des 21 colonies
juives de la bande de Gaza et de quatre autres isolées dans le nord de la
Cisjordanie qui doit être appliqué à compter du 20 juillet et s'étaler sur trois
à quatre semaines.

Au plan diplomatique, le président russe Vladimir Poutine doit effectuer une
visite d'Etat en Israël les 27 et 28 avril, la première d'un dirigeant russe de
ce rang, a annoncé à Jérusalem la présidence de l'Etat.

Selon des sources gouvernementales, citées par le quotidien Haaretz, cette
visite vise à démontrer que les relations entre la Russie et Israël n'ont pas
été altérées par la vente planifiée d'armement à la Syrie, notamment des
missiles anti-aériens.

Après l'annonce de cette vente, Israël avait exprimé son inquiétude et son
mécontentement auprès de Moscou, affirmant que ces missiles portaient atteinte à
sa sécurité et pourraient tomber entre les mains du Hezbollah, la milice chiite
libanaise soutenue par Damas et par Téhéran.

A Washington, le porte-parole adjoint du département d'Etat, Adam Ereli, a une
nouvelle fois appelé Israël à mettre fin à ses "activités de colonisation" après
l'annonce de projets de construction de logements dans trois grandes colonies
urbaines de Cisjordanie, Maalé Adoumim, Goush Etzion et Ariel.

La Feuille de route, le dernier plan de paix international, prévoit la fin des
violences de l'Intifada, le gel de la colonisation israélienne et la création
d'un Etat palestinien.

M. Sharon doit être reçu par le président américain George W. Bush le 11 avril
dans son ranch de Crawford (Texas, sud).
_______________________________________________________________________________

#1734 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Lundi 21. Mars 2005  13:12
Sujet: La violence raciste et antisémite redouble en France
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. La violence raciste redouble en France

    Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) dans son
    rapport 2004 : Les violences et menaces racistes et antisémites ont presque
    doublé.

    «Des manifestations tant d'antisémitisme que de racisme et de xénophobie
    d'un niveau jamais égalé.»

    [Libération - 21 mars 2005]

2. TROIS QUESTIONS A… GÉRARD FELLOUS

    "Il ne s'agit pas d'opinions mais de délits"

    Gérard Fellous est secrétaire général de la Commission nationale
    consultative des droits de l'Homme (CNCDH)

    La recrudescence des violences et des menaces en milieu scolaire a
    également caractérisé cette dernière année, l'école devenant un des
    premiers lieux d'expression d'actes racistes en France

    [Le Nouvel Observateur - 21/3/2005]

3. L'antisémitisme en France croît depuis septembre 2000 en même temps que les
    Palestiniens déclenchaient l'Intifada contre Israël. [...]

    Il n'y a pas d'"affrontements communautaires" : les Juifs subissent sans
    riposter des agressions d'individus d'une communauté victime [elle-même]
    d'actes racistes dont les Juifs ne sont pas les auteurs.

    [Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme]

4. Fou de l'origine, journal de l'intifada de Daniel Sibony : Extraits

    Le Proche-Orient est-il cause de l'antisémitisme en France ?

    [...] Tout l'establishment condamne très fort les actes antisémites et il
    ne peut les empêcher : cela l'amènerait à poursuivre leurs auteurs,
    essentiellement musulmans, donc à paraître « traquer l'arabe » ; ça fait
    « raciste ». Du coup, pour ne pas paraître « raciste », il laisse faire
    l'antisémitisme.

    [...] il y a des notes de service aux juges pour leur dire que l'impératif
    majeur c'est d'«intégrer» les Maghrébins et donc de ne pas trop les embêter
    avec ces petites histoires antisémites. Implicitement, on demande aux Juifs
    de «comprendre» le problème, à leur corps défendant.

    [Christian Bourgeois - 2005 - pages 214 à 221]

5. ÉDUCATION

    La tournée de Leïla Chahid dans les lycées crée la polémique

    Plusieurs lycées ont refusé la venue de la représentante de l'Autorité
    palestinienne en France, accompagnée du rédacteur en chef du Monde
    diplomatique et d'une Israélienne militante d'une organisation pacifiste.

    «Ces trois personnes sont fortement marquées sur un plan politique et
    soutiennent les mêmes idées. Ce ne pouvait être un débat contradictoire»

    [Le Figaro - 17 mars 2005]

6. C'était une soirée intello militante à Paris…

    "État de guerre" : un film « Entrepôt », avec en guest stars, Thierry
    Meyssan et Dieudonné

    L'auteur de "L'effroyable imposture" – l'homme qui n'a jamais vu d'avion
    planté dans le Pentagone un certain 11 septembre - et animateur du Réseau
    Voltaire était invité par les Amis du Monde diplomatique à répondre aux
    questions du public après la projection d'un film de Béatrice Pignède et
    Francesco Condemi intitulé "État de guerre".

    Francesco Condemi n'hésite pas, quant à lui, à prétendre que, contrairement
    à ce qu'affirment les journalistes, l'antisémitisme n'existe pas en France
    et que SOS-Racisme, dont il est un ancien militant, "tient aujourd'hui un
    discours ouvertement fasciste et xénophobe".

    [Proche-orient.info - 25/3/2005]

7. Meyssan démasqué

    Fiammetta Venner a enquêté sur Thierry Meyssan. Elle publie « L'effroyable
    imposteur » (Grasset).

    [Le Point - 3/3/2005]

8. Dieudonné crée un nouveau spectacle sans renoncer à la polémique

    Dieudonné, maintes fois accusé d'antisémitisme depuis quatorze mois,
    consacre son nouveau spectacle solo ("1905") au thème de la laïcité, mais
    ne peut s'empêcher de prolonger, sur scène, la controverse, en
    vilipendant "les sionistes".

    [AFP - 25 mars 2005]

9. Six mois de prison dont un ferme contre les agresseurs de Dieudonné

    [AFP - 19 mars 2005]

10.Dieudonné va être rejugé pour des propos visant les juifs

    [AFP - 15 mars 2005]
_____________________________________________________________________________

Racisme

La violence raciste redouble en France

Les violences et menaces racistes et antisémites ont presque doublé en 2004,
selon un rapport remis aujourd'hui à Matignon.

Par Catherine COROLLER

Libération

lundi 21 mars 2005

«Des manifestations tant d'antisémitisme que de racisme et de xénophobie d'un
niveau jamais égalé.»

La France, pays des droits de l'homme, est-elle gangrenée par le racisme ? Le
constat que dresse la Commission nationale consultative des droits de l'homme
(CNCDH) dans son rapport 2004, qui sera remis cet après-midi à Jean-Pierre
Raffarin, est accablant : le nombre de violences et menaces racistes et
antisémites a, en 2004, quasiment doublé par rapport à 2003. Il est passé de 833
à 1 565, atteignant un niveau jamais égalé depuis 1994. Dans le détail, la plus
forte hausse concerne les menaces et intimidations, qui ont triplé par rapport à
2003. Et tous les types de racisme sont concernés. Néanmoins, compte tenu de
l'importance des communautés, l'antisémitisme, avec 970 actes contre 601 en
2003, est beaucoup plus virulent que le racisme, essentiellement antimaghrébin,
avec 595 actes contre 232 en 2003. Petit espoir : «Il faut noter une tendance à
la déflation au cours du dernier trimestre 2004, qui pourrait se poursuivre
début 2005», précisent les auteurs du rapport.

Durable.

Selon qu'elles visent des juifs ou des Arabes, ces manifestations de racisme ont
des caractéristiques différentes : l'antisémitisme est très présent en milieu
scolaire, où il continue de progresser. Les exactions ont été multipliées par
trois par rapport à 2003. L'autre fait marquant est la déconnection des
manifestations d'antisémitisme de l'évolution du conflit israélo-palestinien.
«Les auteurs d'exactions antisémites semblent moins réactifs à l'actualité. Mais
l'inquiétude n'est pas moins grande puisqu'on en déduirait que l'antisémitisme
s'installe, à haut niveau, de manière continue et durable», observe la
commission. Concernant les populations arabo-maghrébines, les auteurs du rapport
soulignent la persistance d'un nombre important d'actes racistes en Corse, et
l'augmentation exponentielle (+251 %) des exactions prenant pour cible l'islam.
«On relève une confusion entre immigrés, maghrébins, musulmans, islamistes,
entre culture et religion.»

Extrême droite.

Sur le profil des auteurs de ces actes, la commission souligne la réémergence de
l'extrême droite. Sa part serait passée de 14 % en 2002 à 18 % en 2003 et 30 %
en 2004. Cette mouvance serait à l'origine de la majorité des menaces contre les
musulmans (59 %). «Les thèses de la suprématie blanche et occidentale, du
"nationalisme révolutionnaire" semblent avoir été relancées par les débats de
politique intérieure sur l'immigration, la nationalité, la laïcité, et à
l'étranger sur l'Europe, l'adhésion de la Turquie, les attentats islamistes.»
Ces extrémistes, dont des skinheads, seraient responsables des nombreuses
profanations de lieux de culte et de cimetières juifs et musulmans observées en
2004. Les auteurs du rapport soulignent également le développement d'un certain
«prosélytisme révisionniste» touchant «les milieux scolaires et universitaires».
Reste que les principales victimes de ces extrémistes seraient les Arabes : «Il
apparaît que l'extrême droite vise moins la communauté juive que les populations
arabo-musulmanes», souligne la CNCDH. Les juifs seraient, eux, largement
victimes des Maghrébins. «Concernant l'antisémitisme, sur 209 interpellations,
104 personnes provenaient de "milieux arabo-musulmans".»

Pour autant, toute la France n'a pas basculé dans le racisme. Paradoxe, que
souligne la commission, les Français sont de plus en plus nombreux à juger
«enrichissante» la présence de personnes d'une autre nationalité, d'origine
étrangère ou d'une autre religion. A condamner la xénophobie et les
discriminations. Et à exprimer «un fort soutien aux mesures de lutte contre
toutes les formes de racisme». Mais ces mêmes Français n'en sont pas à une
contradiction près. Tandis que 77 % des personnes sondées souhaitent «fortement
que l'exercice du culte musulman soit favorisé», 22 % seulement (un chiffre en
baisse de 8 points par rapport à 2003) perçoivent la religion musulmane comme
positive.

© Libération
_____________________________________________________________________________

3 QUESTIONS A… GÉRARD FELLOUS

"Il ne s'agit pas d'opinions mais de délits"

Gérard Fellous est secrétaire général de la Commission nationale consultative
des droits de l'Homme (CNCDH)

Comment expliquez-vous l'augmentation globale en 2004 des violences racistes et
antisémites constatée par votre commission ?

- Ces phénomènes ne s'expliquent pas de manière globale, on les constate et on
essaie de les analyser. Je pense que ce qui est le plus important cette année,
c'est de distinguer antisémitisme et racisme anti-maghrébin. Dans notre rapport
2004, nous nous sommes attachés à établir une distinction nette entre ces deux
formes de discriminations, qui ont toutes deux augmenté mais qui constituent des
phénomènes différents.

Les actes racistes touchent aussi d'autres communautés, notamment les
populations noires, mais dans une proportion très inférieure, autour de 20%. Les
violences antisémites représentent à elles seules près de 60% des actes
constatés.

Par rapport à 2003, l'année 2004 a été marquée par un plus grand nombre de
profanations de lieux de cultes et de cimetières, aussi bien juifs que
musulmans. La recrudescence des violences et des menaces en milieu scolaire a
également caractérisé cette dernière année, l'école devenant un des premiers
lieux d'expression d'actes racistes en France.

Y a-t-il un "profil-type" des auteurs d'actes racistes et antisémites ?

- Il ne s'agit pas à proprement parler de "profil-type" mais de similitudes chez
les auteurs d'actes racistes ou antisémites qui permettent d'émettre certaines
hypothèses. Parmi les personnes interpellées en 2004, nous avons constaté un
plus grand nombre d'auteurs de ce type d'actes dans les milieux d'extrême
droite, en ce qui concerne le racisme anti-maghrébin. Les actes antisémites sont
quant à eux le plus fréquemment commis par des personnes issues des milieux
arabo-musulmans. L'appartenance à des groupes idéologiques ou religieux est donc
déterminante dans le déclenchement de ce type de comportement.

Selon la CNCDH, quelles sont les réponses concrètes au problème du racisme et de
l'antisémitisme en France ? Comment peuvent-elles être mises en œuvre par le
gouvernement ?

- Nous avons émis une quinzaine de recommandations en conclusion de notre
rapport 2004. Toutes tournent autour de deux axes majeurs : d'une part,
l'amélioration de la répression des actes racistes et antisémites, pour que les
tribunaux condamnent plus fortement leurs auteurs sur le plan pénal. Jusqu'à
présent en effet, les condamnations sont très peu nombreuses dans ce
domaine.[Selon afp : La CNCDH estime qu'en dépit d'une législation française
complète, le "rendement" de la répression "a été faible" en 2004, puisque, sur
387 affaires recensées par la chancellerie, 319 n'ont pas fait l'objet de
poursuites pénales.] D'autre part, la prévention en milieu scolaire doit être
privilégiée: à travers l'éducation, les cours, les travaux dirigés, il faut
arriver à montrer aux jeunes que le racisme et l'antisémitisme ne peuvent pas
être perçus comme l'expression banale d'opinions, mais qu'il s'agit bien de
délits.

Propos recueillis par Chiara Penzo (le lundi 21 mars 2005)

© Le Nouvel Observateur 2005
______________________________________________________________________________

"L'antisémitisme en France croît depuis septembre 2000 en même temps que les
Palestiniens déclenchaient l'Intifada contre Israël. Et ce malgré les mesures
policières et judiciaires engagées par le gouvernement français. Il n'y a pas
d'"affrontements communautaires" : les Juifs subissent sans riposter des
agressions d'individus d'une communauté victime [elle-même] d'actes racistes
dont les Juifs ne sont pas les auteurs.

Ce nouvel antisémitisme n'est pas le fait de délinquants ordinaires. Il se
produit dans les communes dont les Maires, Députés, autres élus et partis
politiques engagés dans la solidarité pro palestinienne, incitent la population
à les rejoindre dans ce combat qui pousse à court ou moyen termes à l'acte
antijuif. La plupart de ces élus se trouvent dans les banlieues où des prêches
antisémites sont prononcés par des imams radicaux.

Le BNVCA constate avec pessimisme que l'antisémitisme d'origine arabo musulmane
ne cessera pas, même en cas de règlement du conflit au Proche-Orient, car il
atteint profondément notre société".

BNVCA, Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme
______________________________________________________________________________

Extraits de Fou de l'origine, journal de l'intifada

de Daniel Sibony

Paru chez Christian Bourgeois, 2005

(pages 214 à 221)

Le Proche-Orient est-il cause de l'antisémitisme en France ? Je pense que le
conflit du Proche-Orient n'est pas la cause de l'antisémitisme actuel en
France ; car ce conflit et cet antisémitisme expriment tous deux la même
impasse entre Juifs et Arabes, impasse très simple à formuler : l'identité
arabe, construite sur le Coran, était sûre que le sort des Juifs était
réglé, puisqu'en effet le Coran ayant repris le message des Juifs (la Bible)
et les ayant éjectés de ce message pour cause d'insoumission c'est-à-dire de
résistance à l'islam les Juifs étaient refoulés, au sens propre et au sens
psychique, refoulé de toute idée de souveraineté.

Et voilà qu'ils reviennent en force au Proche-Orient et fondent un État qui
n'a nullement l'intention de «se soumettre » et qu'en France, les Juifs,
supposés maudits pour toujours, par Allah, forment une nébuleuse - plutôt
qu'une communauté - assez vivante, créative, prospère qui en tout cas ne
produit pas des intégristes agressifs, et qui dans l'ensemble soutient
l'État hébreu.

De sorte que le terrorisme islamiste, la tactique des « martyrs» au
Proche-Orient et l'antisémitisme en France sont trois phénomènes différents
mais qui procèdent d'une même colère devant le retour du refoulé, ce refoulé
étant «les Juifs». (Si encore ils revenaient en douceur. Mais quel refoulé
revient sans violence ?) Si l'on refuse d'envisager cette analyse, qui
concerne des enjeux symboliques liés à la transmission, alors on passe à
côté. En témoigne, parmi tant d'autres exemples, ce discours de sociologue
où s'exprime comme un symptôme l'actuel consensus français. À la question:
«On croit le plus souvent que ce sont de jeunes Arabes qui sont antisémites
? Est-ce la réalité ?», il répond : « Cela peut arranger beaucoup de monde,
mais ce n'est pas vrai. Tous les Arabes ne sont pas antisémites.» Or la
question était pas : « Est-ce que tous les Arabes sont antisémites ? » mais
plutôt : « Est-ce que les actes antisémites qu'on observe sont le plus
souvent le fait de jeunes Arabes ? », ce qui est très différent. C'est dire
de façon très typique, le blocage affectif : le refoulement en somme,
perturbe la pensée au niveau de la simple logique.

On lui demande ensuite : «De quoi se nourrit l'antisémitisme au quotidien
? » et il répond : « Le problème est aujourd'hui totalement banalisé. » Il
croit même devoir préciser : « Depuis le « 11 septembre, s'est rajoutée une
dimension politique très forte. « Les Juifs sont partout », « ils contrôlent
les medias », « le lobby juif gouverne tout », etc.» Il ramène donc la chose
pratiquement au discours du Protocole des sages de Sion, ce qui lui évite de
répondre dans le cas présent. Il ne peut pas percevoir la violence
intérieure que vivent ces jeunes musulmans ratés, quand ils ont absorbé même
à faible dose le discours islamique qui voue les Juifs à la  misère et à
l'opprobre, alors que, pour leur part, et au quotidien, ils voient les Juifs
prospérer.

Son « explication» est donc très aseptisée : ce qui pousse ces «Jeunes» à l'
antisémitisme, c'est qu'ils sont dans des ghettos où « règne le vide
politique ».

« C'est dans ce vide que surgit l'antisémitisme. » Il ne peut pas concevoir
que c'est au contraire dans le plein du discours islamiste, diffusé par des
Imams ou par la simple tradition, - peu violente, d'ailleurs, et souvent
débonnaire -, qu'un jugement négatif sur les Juifs se transmet depuis des
siècles, et n'apparaît nouveau en France que parce qu'il y est arrivé
récemment. Il a fallu attendre que la masse maghrébine soit plus importante
en nombre, plus implantée puisque ses enfants sont français, pour qu'on
commence à entrevoir de modifier les lois laïques, et pour que dans la
foulée s'exprime un discours antijuif jusque-là refoulé : on le croyait
réservé aux pays islamiques, et donc indécent en Europe (sur ce point
précis, la France laïque va commencer à découvrir les contenus très
surprenants que charrie le discours coranique, via les imams ou le simple
enseignement. Elle connaîtra alors quelques dilemmes intéressants. Or point
n'est besoin de lire le Coran ou d'écouter les imams pour être pris - ou
enfilé par leur discours. On ne parle pas leur langage, on est parlé par
lui.

Quant à notre sociologue (qui offre sûrement ses compétences pour traiter le
problème), il suggère le remède « logique» : il faut faire davantage exister
ces «jeunes» qui sont dans le «vide»,il faut satisfaire leurs revendications
; il faut leur donner du travail, des responsabilités politiques, de
l'aisance matérielle, et ils seront plus heureux, et, étant plus heureux ils
ne seront pas antisémites. Cette idée que l'aisance matérielle efface la
vindicte antijuive a beau être contredite par les faits (les classes aisées
et les élites dans les pays islamiques sont violemment antijuives), cette
naïveté a beau être démentie, elle est tenace dans le consensus français :
rendez les gens heureux, résolvez leurs problèmes matériels et ils cesseront
d'être haineux. (Touchante identification sur le mode : «Regardez-nous : on
est aisés, on a une place, on est des citoyens actifs, et vous voyez qu'on
n'est pas des haineux !» ) D'autres politiciens maghrébins en France sont
plus directs : «Nos jeunes d'origine maghrébine sont déjà intégrés en
France, puisqu'ils sont français, mais donnez-leur les moyens de leur
dignité, donnez-leur de quoi se sentir fiers d'être français, sinon,
attention, ils vont virer à l'islamisme, on vous aura prévenus ! » Les
projets de « discrimination positive» espèrent relayer ces discours, mais
certainement ils échoueront et produiront une haine plus grande ; car les
gens n'acquièrent pas la dignité avec ce qu'«on leur donne», et avec un
État-mère poule pris dans le chantage, mais avec ce qu'ils peuvent eux-mêmes
conquérir en devenant un peu plus mûrs, et en cessant d'être les instruments
d'une identité en détresse qui croit encore à sa plénitude initiale.
J'analyse ailleurs l'énigme antisémite et je montre pourquoi - sous l'effet
de quelle angoisse - ceux qui tentent de penser cette impasse judéo-arabe
reculent instinctivement (et leur pensée aussi recule) devant les enjeux
symboliques énormes que charrie ce problème ; et pourquoi le consensus
français est aujourd'hui pris dans un piège qui frôle l'absurde :
condamnation de l'antisémitisme, et impuissance parfois voulue à le
combattre. Le tout culmine dans ce qui pourrait être une image de BD : des
Juifs de France se plaignent de l'antisémitisme, et l'instance officielle
leur répond qu'elle combattra le «racisme» jusqu'au bout, «racisme» dont se
plaignent justement les Maghrébins. Autrement dit, les Juifs disent : « Nous
sommes agressés ! » et les officiels répondent : « Rassurez-vous, nous
protégeons vos agresseurs contre le « racisme » !

Ajoutons que beaucoup, dans l'élite maghrébine en France, vivent dans le
simple déni de la vindicte antijuive transmise par l'islam. Pour eux,
l'antisémitisme c'est l'affaire de l'Europe (d'ailleurs l'islam n'a jamais
fait de chambres à gaz). Notre analyse de l'énigme antisémite montre la
cause de leur angoisse et de leur déni. Lequel fut récemment dopé par
l'épisode de la mythomane du RER - qui,prétendant avoir subi une agression
antisémite,a choisi,en bonne perverse, le mensonge qui mettait tout le monde
en défaut. Du coup, l'épisode risque de nuire surtout aux Maghrébins qui y
trouvent de quoi s'enfoncer dans leur déni : on vous l'a toujours dit, vous
nous accusez à tort, vous nous mettez sur le dos les turpitudes antisémites
de la France, vous voulez « intégrer au forceps les Arabes et les Africains
à une histoire honteuse de l'Occident ! Alors que le vrai problème n'est pas
l'antisémitisme mais le «racisme» à l' égard de minorités post-coloniales. »
Ils peuvent encore s'assourdir par ce discours, mais les faits sont têtus,
et l'histoire, sans complaisance.

« Comment combattre l'antisémitisme ? » me demande-t-on. Est-ce aux victimes
de le faire ? Elles peuvent s'en protéger, l'éviter, le contourner, alerter
l'entourage, porter plainte. Mais lutter contre, c'est au pouvoir de le
faire, à tous les niveaux. Or le problème est là : tout l'establishment
condamne très fort les actes antisémites et il ne peut les empêcher : cela
l'amènerait à poursuivre leurs auteurs, essentiellement musulmans, donc à
paraître « traquer l'arabe» ; ça fait « raciste », Du coup, pour ne pas
paraître « raciste », il laisse faire l'antisémitisme, qui est le noyau même
de tout «racisme» en tant que haine identitaire. Donc, pour ne pas paraître
«raciste», on est «raciste», au sens large du terme. La seule issue pour les
gens qui ont un pouvoir, ce serait d'être honnête, d'appliquer la loi ; et
non pas d'appliquer comme une compresse leurs bons sentiments sur la plaie
des uns ou des autres.

Si des gens qui, par ailleurs, sont victimes du «racisme», le pratiquent
sous sa version antisémite, on leur doit de les punir. Il y a une loi
biblique que j'aime bien : si tu dois juger un pauvre, ne prends pas son
parti, rends-lui justice. «En somme, c'est de la loi qu'il a besoin s'il la
transgresse, et non de tes bons sentiments; sinon il en voudra plus, de la
compassion, ou il devra te séduire pour en avoir plus, et c'est la confusion
totale.

Or il y a des notes de service aux juges pour leur dire que l'impératif
majeur c'est d'«intégrer» les Maghrébins et donc de ne pas trop les embêter
avec ces petites histoires antisémites. Implicitement, on demande aux Juifs
de «comprendre» le problème, à leur corps défendant.

Mais le problème du «racisme» anti-maghrébin - qui n'est pas haineux, il est
plutôt méfiant - est lié non pas a l'échec de l'intégration, comme on le
dit, mais à la manière dont ils sont devenus français : certain les ont
perçus comme forçant la porte pour entrer dans un groupe qu'ils n'estiment
pas vraiment. Vrai ou faux, c'est ainsi que c'est perçu. Les Maghrébins sont
sanctionnés pour la lâcheté du pouvoir à leur endroit. Aurait-il, lui,
accordé plus de valeur à ce qu'il leur donnait, la nationalité, ils
auraient, eux, reçu quelque chose.

En tout cas, aujourd'hui, la lutte contre ce «racisme» et la lutte contre
l'antisémitisme sont devenues deux choses distinctes. Cela aurait dû être
pareil mais ce n'est pas le cas. Tout comme Juifs et Arabes auraient dû se
sentir frères mais se combattent au Proche-Orient ; pour des raisons
profondes.

Justement, sur le Proche-Orient, une occasion de dignité pour les pouvoirs
publics serait de sévir contre ceux qui passent à l'acte ici leur envie de
se battre là-bas, ce qui les met dans une posture assez lâche puisqu'ils
attaquent ici des gens qui ne veulent pas se battre. Et, par exemple, que,
quand les médias informent sur le Proche-Orient, il faudrait qu'ils se
sentent plus responsables et qu'ils modulent leur parti-pis en tenant compte
de ses conséquences. Mais est-ce possible ? Après tout, les médias aussi ont
besoin de leur jouissance. Il serait bon aussi que les responsables
s'intéressent de plus près,ici,à l'enseignement coranique.Cela pose des
problèmes intéressants, liés à la question posée.

Bref, sur cette question, on a affaire à une pathologie de masse plurielle,
multiforme, passionnante, qui ne pourra pas se résoudre par un peu plus de
refoulement, de censure ou de langue de bois.
_______________________________________________________________________________

France

ÉDUCATION

La représentante de l'Autorité palestinienne explique le conflit avec Israël aux
jeunes

La tournée de Leïla Chahid dans les lycées crée la polémique

Marie-Estelle Pech

[17 mars 2005]

Des conférences données dans des lycées, sur le temps scolaire, par des
défenseurs de la cause palestinienne, avec l'accord du corps enseignant : la
tournée de Leïla Chahid dans les établissements scolaires suscite une vive
polémique.

Plusieurs lycées ont refusé la venue de la représentante de l'Autorité
palestinienne en France, accompagnée du rédacteur en chef du Monde diplomatique
et d'une Israélienne militante d'une organisation pacifiste. Mais d'autres
proviseurs leur ouvrent largement leurs portes pour des «conférences-débats» sur
le conflit israélo-palestinien.

Ainsi, alors qu'elle avait été refoulée d'un établissement public de la banlieue
de Nancy, Leïla Chahid s'est, mardi après-midi, rabattue sur un lycée
professionnel privé catholique ! Après avoir consulté son rectorat, le proviseur
du lycée public s'était, il y a un mois, opposé à cette venue au nom du
«principe de neutralité», inhérent à tout établissement public. «Ces trois
personnes sont fortement marquées sur un plan politique et soutiennent les mêmes
idées. Ce ne pouvait être un débat contradictoire», explique Pierre-Jean Vergès,
le directeur de cabinet du recteur de Nancy-Metz.

Le recteur d'Aix-Marseille, également sollicité en février par un proviseur de
sa région, a soutenu la même position. «Il y aurait une contradiction grave à ce
qu'un débat soucieux d'apporter la paix crée, par son existence même, une
occasion de conflit interne ou externe à l'établissement l'accueillant», lui
avait-il écrit. Pour ces deux recteurs, Leïla Chahid peut faire entendre sa voix
mais surtout pas dans un établissement scolaire.

Ce n'est pas l'avis du directeur du lycée privé Claude-Daunot de Nancy, qui a
souhaité recevoir le trio mardi, par souci «d'ouverture d'esprit». Selon
l'équipe pédagogique, la réunion a remporté un «grand succès» auprès des
quatre-vingts élèves «émus et impressionnés». «La volonté de paix était bien
présente. On ne nous a pas présenté le conflit de façon simpliste avec les
méchants et les gentils», assure une enseignante d'histoire qui assistait au
débat, entouré d'une grande discrétion.

Aux lycéens qui lui ont posé des questions sur la situation des enfants
palestiniens ou sur l'Intifada, Leïla Chahid a cependant expliqué que le conflit
était une «lutte politique au même titre que la lutte nationale de libération de
l'Algérie». Bref, «un occupé» face à «un occupant». «Certes, on n'avait pas de
contradicteur», admet du bout des lèvres l'enseignante.

Les trois intervenants se sont déjà rendus dans d'autres établissements
scolaires. En octobre dernier, ils étaient dans un lycée public du Havre
(Seine-Maritime). Ils devraient aussi se rendre le 20 mai au lycée Camille-Sée
de Colmar (Haut-Rhin). «J'ai dit que j'étais prêt à les accueillir mais je vais
discuter avec le recteur avant de prendre une décision définitive», indique le
proviseur de cet établissement public.

Ces conférences-débats sont organisées depuis un an et demi dans le cadre d'une
«tournée des banlieues» par l'association des Amis du Monde diplomatique et
soutenue par un collectif de vingt-cinq associations, dont France Palestine
Solidarité ou la Ligue des droits de l'homme. On y traite pêle-mêle des
répercussions en France du conflit israélo-palestinien, de la montée de
l'antisémitisme, du racisme et du communautarisme.

Dominique Francescetti, secrétaire général des Amis du Monde diplomatique, se
défend de tout prosélytisme : «Nous allons dans des lieux publics ou des lycées,
à la rencontre des jeunes de banlieue qui n'ont pas toujours accès à
l'information pour défaire certaines idées reçues.»

Pour Michel Richard, secrétaire national du Syndicat national du personnel
encadrant de l'Education nationale (SNPDEN), le sujet reste cependant épineux.
«Ce thème est susceptible de provoquer des tensions. Il est difficile de
l'aborder autrement que sous un angle polémique, dit-il. Mieux vaut maintenir
ces débats en dehors des locaux de l'Éducation nationale.»
______________________________________________________________________________

25 mars 2005 / 16 h 40

C'était une soirée intello militante à Paris…

"État de guerre" : un film « Entrepôt », avec en guest stars, Thierry Meyssan et
Dieudonné

Par Alexandre Sulzer

Saviez-vous que la "révolution orange" en Ukraine – absolument pas démocratique
– a porté au pouvoir deux partis néo-nazis ? Que celle "du Cèdre" au Liban est
menée par les seuls phalangistes, "donc des fascistes" ? Que les Etats-Unis vont
bientôt mettre fin à leur alliance avec Israël – qui "faisait jusqu'alors le
sale boulot"- parce qu'ils ont établi des bases militaires en Irak ? Ou encore
que Washington, après s'être emparé des hydrocarbures au Moyen-Orient et en
Russie, déclarera la guerre à la Chine…. en 2017 ?

Vous le sauriez si vous étiez allé écouter Thierry Meyssan, mercredi 23 mars à
20h, à l'Entrepôt dans le XIVe arrondissement de Paris. L'auteur de
"L'effroyable imposture" – l'homme qui n'a jamais vu d'avion planté dans le
Pentagone un certain 11 septembre - et animateur du Réseau Voltaire était invité
par les Amis du Monde diplomatique à répondre aux questions du public après la
projection d'un film de Béatrice Pignède et Francesco Condemi intitulé "État de
guerre".

Le film lui-même se présente comme un "documentaire" dont la prétention est de
démontrer que la période actuelle est comparable à celle de l'entre deux guerres
: la guerre dans les Balkans hier, en Irak et au Proche-Orient aujourd'hui
seraient autant d'éléments annonciateurs d'un futur conflit mondial, engendré
par l'hégémonie américaine et la soif de Bush – épaulé par les multinationales -
de dominer la planète. Une grille de lecture du monde pour le moins réductrice
et manichéenne que les réalisateurs étayent en interviewant, entre autres
éminents experts, Thierry Meyssan lui-même et Dieudonné, réunis pour l'occasion
dans un même fantasme.

Pour eux tous, Washington avance masqué, instrumentalisant les malheurs du
monde. Comment expliquer autrement qu'Elie Wiesel – symbole de la Shoah -, que
Vaclav Havel – symbole de la résistance au communisme - et que Bernard Kouchner
– symbole de l'humanitaire – prennent systématiquement la défense de la
politique américaine ? "D'ailleurs, explique un intervenant dans le film, quand
Elie Wiesel parle, on a l'impression que les victimes de la Shoah sont contentes
de la victoire de l'impérialisme américain"….

Même diagnostic à propos des médias français, soumis à Washington et au complexe
militaro-industriel. Meyssan, lors des questions du public, ne déclare-t-il pas
que ce sont les Etats-Unis, "archétype absolu de la propagande moderne", qui ont
choisi en 1947 les hommes à placer à la tête des groupes de presse hexagonaux ?
Francesco Condemi n'hésite pas, quant à lui, à prétendre que, contrairement à ce
qu'affirment les journalistes, l'antisémitisme n'existe pas en France et que
SOS-Racisme, dont il est un ancien militant, "tient aujourd'hui un discours
ouvertement fasciste et xénophobe".

Mais si le tableau de la situation que dressent les réalisateurs est bien
sombre, l'espoir, laissent-ils entendre, est toutefois permis. La preuve ? La
résistance populaire pro-Chavez au Venezuela ! Et puis, le rire rappelle
Dieudonné en guise de conclusion alors que la caméra montre des enfants
palestiniens faisant le "V"de la victoire. Un rire que Dieudonné prétend
toutefois impossible à propos d'Israël puisque, selon lui, il serait moins grave
aujourd'hui de violer un enfant que de se moquer de ce pays… Rigolo, non ?

Bref, "Etat de guerre" est une bouillie intellectuelle qui a pourtant ravi les
spectateurs réunis mercredi à "l'Entrepôt". Beaucoup d'entre eux ont d'ailleurs
confié qu'ils ont arrêté de lire les journaux, "Le Monde" en tête, scandalisés
parce que les journalistes français "cachent la réalité sur la mort de Rafic
Hariri et le nombre de morts en Irak". Le mythe du complot a encore de beaux
jours devant lui.

Copyright proche-orient.info. Reproduction interdite sauf accord formel de
proche-orient.info
______________________________________________________________________________

Edition

Meyssan démasqué

Le Point

3/3/2005

Fiammetta Venner a enquêté sur Thierry Meyssan. Elle publie « L'effroyable
imposteur » (Grasset).

Thierry Meyssan n'est pas seulement l'auteur d'un best-seller planétaire («
L'effroyable imposture ») affirmant faussement que, le 11 septembre 2001, aucun
avion ne s'est écrasé contre le Pentagone. Depuis plus de vingt ans, ce militant
de la gauche alternative, devenu l'animateur de l'étrange Réseau Voltaire, a
navigué dans bien des causes. Catholique et mystique fervent, il devient un
charismatique effervescent avant de bifurquer vers le militantisme homosexuel
qui le mènera à la défense d'une liberté d'expression absolue, notamment en
faveur de la pornographie et de la pédophilie, puis aux théories du complot qui
feront sa fortune.Cette vie lui vaut aujourd'hui une biographie critique rédigée
par une ancienne compagne de route, abusée et désabusée, Fiammetta Venner.

Extraits

Amman (Jordanie), 2002. l'auteur tombe devant la devanture d'un libraire qui lui
vante ses ouvrages antisémites.

« Le succès incontournable est d'origine russe : il s'agit des "Protocoles des
sages de Sion", ce faux grossier imaginant un complot juif mondial, que l'on
sait désormais avoir été écrit par des antisémites russes contemporains de
l'affaire Dreyfus. D'ordinaire, c'est lui qui brille en devanture. Aujourd'hui,
il se dispute avec un livre dont je connais trop bien l'auteur et son
imagination fertile : "L'effroyable imposture", de Thierry Meyssan, l'ouvrage
qui proclame qu'"aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone", le 11 septembre.
Il est là, traduit en arabe.

- Vous venez d'où ?

- De France.

- Ah ! la France ! Thierry Meyssan, c'est l'honneur de la France ! [...]
                         ____________________________

Chez les charismatiques

Pentecôte 1975. Place Saint-Pierre de Rome. Le mouvement charismatique, l'une
des tendances les plus folkloriques mais aussi les plus sectaires du
christianisme, vit un moment exceptionnel. Dix mille de ses fidèles sont
rassemblés sous les fenêtres du pape [...].

Au premier rang, un jeune homme particulièrement extatique retient l'attention
des journalistes. Les bras hissés vers le ciel, il semble habité. Il est
l'illustration parfaite de ce mouvement qui revendique un "rapport direct" avec
l'Esprit saint. Ses boucles brunes, qui lui tombent sur les épaules, rappellent
celles des chérubins des peintures vaticanes. Sa communion est si démonstrative
qu'une photo prise de lui ce jour-là sera régulièrement utilisée par la presse
pour illustrer le mysticisme des charismatiques. Le 15 mai 1986, elle est en
première page du journal catholique La Vie, qui consacre tout un dossier à ce
mouvement. Ce jeune homme, c'est Thierry Meyssan. [...]
                         ____________________________

En mars 1996, le Réseau proteste notamment contre la décision de Jean-Louis
Debré d'interdire la revue Jeunes et naturels. Le Réseau Voltaire, lui, n'y voit
que la traduction française d'"une revue naturiste britannique illustrée par des
photos de vacances des lecteurs". De simples bambins nus en train d'édifier des
châteaux de sable...

Pour le bien des révisionnistes...

Il serait faux de dire que le Réseau Voltaire n'a mis son énergie qu'au profit
des oeuvres pornographiques. Au nom de la liberté d'expression, l'association va
également défendre certaines prises de position négationnistes ou
révisionnistes. En 1995, elle soutient l'animateur Cauet lorsqu'il est renvoyé
de Fun Radio pour avoir comparé Auschwitz à un camp de vacances. Dans sa lettre
d'information en date du 13 février, le Réseau recommande également à ses
sympathisants de faire pression sur le CSA afin que Fun Radio ne soit pas
sanctionnée suite aux propos de Cauet. Pour justifier sa mobilisation,
l'association explique que de nombreux commentateurs "considèrent l'incident
comme le symptôme d'un manque de culture et non pas d'une idéologie antisémite".
                      ______________________________

Opération Moyen-Orient

Thierry Meyssan sera reçu et plébiscité par tous les pays arabes, surtout par
les moins recommandables. En Iran, par exemple, où il se rend le 4 septembre
2002 à l'invitation de la République islamique. Est-il conscient de l'ironie de
cette invitation ? Lui, l'ancien prétendant au titre de défenseur de la liberté
d'expression, de défenseur de la pornographie ? Même pas. Loin de réaliser
qu'une fois de plus il change de réseau et de bord, il pense que c'est le monde
qui a changé. Dans une tribune pompeusement intitulée "L'axe de la paix", le
Réseau Voltaire ose s'interroger comme suit : "Le monde serait-il en train de
changer ? Tandis que les autorités de la République islamique d'Iran ont invité
Thierry Meyssan,président du Réseau Voltaire et journaliste, pour défendre une
conception des relations internationales fondées sur le droit et l'arbitrage,
George W. Bush appelait à la croisade contre l'Axe diabolique. Heureusement
l'ego de Meyssan, lui, n'a pas changé et son site regorge d'anecdotes sur ce
fameux voyage en Iran, photos à l'appui. On l'y découvre aux côtés des
représentants des autorités de la république, habillé d'une veste noire au col
mao. [...] Les pantalons en cuir moulant, qu'il portait lorsque je l'ai connu,
ont visiblement été laissés au vestiaire".

© le point 03/03/05 - N°1694 - Page 50 - 750 mots
______________________________________________________________________________

Dieudonné crée un nouveau spectacle sans renoncer à la polémique

vendredi 25 mars 2005, 10h30

PARIS (AFP) - Dieudonné, maintes fois accusé d'antisémitisme depuis quatorze
mois, consacre son nouveau spectacle solo ("1905") au thème de la laïcité, mais
ne peut s'empêcher de prolonger, sur scène, la controverse, en vilipendant "les
sionistes".

Dans son propre théâtre parisien, le comédien commence par se mettre à la place
de ses spectateurs. Il incarne ainsi un de ses détracteurs qui lance : "ce mec
suinte la haine", "on va lui fermer sa gueule au nazillon camerounais", "tu
penses qu'il s'est calmé mais c'est la technique du double langage."

Puis, Dieudonné joue Dieudonné qui serait en coulisses : "Je ne dois surtout
pas, dit-il, prononcer les mots 'pornographie mémorielle'" (qu'il avait employés
en évoquant les commémorations de la Shoah, suscitant un tollé, ndlr). Aussitôt,
les deux mots résonnent dans la salle, comme si les techniciens avaient
malencontreusement laissé le micro ouvert.

"Je suis obligé de faire gaffe", dit le comédien, "j'ai eu 17 procès", "j'ai été
traité de nazi, d'extrémiste", comme si j'étais "la branche humoristique d'Al
Qaïda".

Son nouveau spectacle est centré sur la séparation en 1905 de "dame l'Eglise et
de sieur l'Etat". L'occasion d'évoquer l'affaire du voile à l'école, à travers
un conseil de parents d'élèves houleux, où tout le monde en prend pour son
grade.

Le comique caricature les racistes de tout poil et brocarde les religions qui
devraient être "cantonnées à la sphère privée".

Son personnage de prêtre catholique, venu administrer les saints sacrements,
presse le mourant de rendre l'âme... Là haut, Jean-Louis retrouvera certainement
des gens, dit-il, "mais pas Ahmed l'épicier" : "lui, tu ne le croiseras pas, ce
ne sont pas les mêmes compagnies, Air Paradis et Air Couscous".

Souvent, l'humoriste revient sur la polémique née en décembre 2003, après son
sketch télévisé sur un colon israélien ultraorthodoxe faisant le salut
hitlérien.

Avant la première de "1905", il affirmait à l'AFP : "J'ai traité un sujet, le
tabou du sionisme, j'ai été jusqu'au bout de ce traitement et je passe
aujourd'hui à un autre sujet".

Pourtant, il ne se retient pas de distiller, à nouveau, ses provocations : "j'ai
vu la terre promise, j'ai vomi"; "j'aime faire chier les cons, c'est mon truc
(...), les sionistes, c'est un filon".

Dieudonné a été relaxé en justice de toutes les accusations d'antisémitisme
portées contre lui. Mais la Cour de cassation a récemment annulé une relaxe et
il doit être rejugé pour des propos présentant les juifs comme "une secte", "une
des plus graves escroqueries".
______________________________________________________________________________

Six mois de prison dont un ferme contre les agresseurs de Dieudonné

samedi 19 mars 2005, 17h16

FORT-DE-FRANCE (AFP) - Le tribunal correctionnel de Fort-de-France a condamné
samedi matin à 6 mois de prison dont 1 mois ferme et à un euro symbolique de
dommages et intérêts, les quatre agresseurs de l'humoriste Dieudonné, au terme
de douze heures de débat.

Les prévenus étaient poursuivis pour "violences en réunion avec préméditation"
après l'agression de l'humoriste, le 1er mars dernier, sur le parking d'Antilles
Télévision (ATV) à Fort-de-France (Martinique).

Au cours de l'audience ouverte vendredi à 14 heures (19H00 à Paris), les avocats
de Dieudonné ont tenté en vain de faire retenir la qualification d'injures
raciales.

L'humoriste avait indiqué qu'il s'était fait traiter de "sale négro" avant
d'être frappé par ses agresseurs. Les quatre prévenus reconnaissaient pour leur
part l'avoir frappé mais contestaient les injures raciales.

Lors des débats, deux témoins de l'agression, appartenant à l'entourage de
l'humoriste, ont indiqué qu'ils n'avaient pas entendu les propos incriminés.

Dans son réquisitoire, le procureur de la république avait retenu les injures
raciales et réclamé une peine de 6 mois de prison dont trois ferme.

Le tribunal a estimé qu'il n'y avait pas d'éléments probants dans le dossier
accréditant la thèse des injures raciales et que le doute devait bénéficier aux
prévenus.

Après l'annonce du jugement, l'humoriste n'a fait aucun commentaire à la presse.

A l'appel de plusieurs organisations associatives et politiques, entre cent et
deux cents personnes s'étaient réunies devant le palais de justice, durant le
procès. A l'énoncé du jugement, des réactions d'hostilités ont été enregistrées
dans la foule.
____________________________________________________________________________

Dieudonné va être rejugé pour des propos visant les juifs

mardi 15 mars 2005, 17h23

PARIS (AFP) - Dieudonné devra être rejugé en appel pour ses propos controversés
visant les juifs, après l'annulation mardi par la Cour de cassation de l'arrêt
de la cour d'appel de Paris qui avait relaxé l'humoriste.

Dans une interview au magazine Lyon Capitale publiée en novembre 2003, Dieudonné
avait notamment affirmé "les juifs, c'est une secte, une escroquerie, c'est une
des plus graves parce que c'est la première".

"Le racisme, avait également déclaré Dieudonné, a été inventé par Abraham. 'Le
peuple élu', c'est le début du racisme".

Dans un arrêt rendu le 30 juin 2004, la 11ème chambre de la cour d'appel de
Paris avait confirmé le jugement de relaxe prononcé à l'encontre de l'humoriste
en première instance.

Dans ses motivations, l'arrêt de la cour estimait que si "les termes incriminés,
'secte' et 'escroquerie' rapportés aux juifs, pris en eux-mêmes sont forts et
choquants, il convient, comme l'a fait le tribunal, de les replacer dans le
contexte de l'article qui fait apparaître à quel point Dieudonné M'Bala M'Bala
rejette l'idée du communautarisme et promeut l'universalité de l'être humain".

La chambre criminelle de la Cour de cassation, présidée par Bruno Cotte, n'a pas
souscrit à cette analyse.

Pour la plus haute juridiction judiciaire, "les propos litigieux mettaient
spécialement en cause la communauté juive, présentée comme 'une des plus graves
escroqueries' parce que 'la première de toutes'".

De ce fait, "les juges (de la cour d'appel, ndlr) n'ont pas tiré les
conséquences légales de leurs propres constatations".

La Cour de cassation a renvoyé le dossier devant la cour d'appel de Paris
"autrement composée" qui devra donc de nouveau statuer sur ces propos
polémiques.

Pour Frédéric Attali, le directeur du Consistoire central-union des communautés
juives de France qui avait formé l'un des deux pourvois contre l'arrêt de la
cour d'appel de Paris, la décision de la Cour de cassation est "une
satisfaction".

"Enfin ! Enfin, un jugement positif concernant Dieudonné", a-t-il affirmé à
l'AFP. "Dieudonné a accumulé déclarations sur déclarations proprement
antisémites, il est normal que la justice mette un coup d'arrêt, c'est un
premier pas positif, on espère que ça continuera", a-t-il déclaré.

Dieudonné, interrogé par l'AFP, a estimé qu'il s'agissait d'une décision
"politique", et a mis en cause des "pressions" exercées par le garde des Sceaux,
Dominique Perben, qui a pour "obsession de voir de l'antisémitisme dans tous mes
propos".

"J'ai été relaxé deux fois dans cette affaire, nous nous préparerons pour
comparaître une troisième fois, laissons la justice faire son travail", a ajouté
l'humoriste.

Ce dernier s'est par ailleurs étonné que l'on puisse s'intéresser à une telle
décision alors que, selon lui, les médias se sont peu intéressés à l'agression
dont il a été victime à Fort-de-France (Martinique).

"Il y a là deux traitements de l'information qui ont étonné beaucoup de gens",
a-t-il estimé.

Vendredi, doivent comparaître devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France
les quatre auteurs présumés de cette agression survenue le 2 mars, alors que
l'humoriste s'apprêtait à rejoindre les locaux d'Antilles Télévision (ATV).
_____________________________________________________________________________

#1735 De: "CID" <cid1@...>
Date: Vendredi 18. Mars 2005  12:24
Sujet: Pendant ce temps là du côté de l'extrême droite...
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Accès de fièvre dans les milieux d'extrême droite

    Depuis deux ans, cette mouvance multiplie les agressions.

    [Libération - 21 mars 2005]

2. Dans les coulisses du Vlaams Blok / Belang

    Antisémitisme : Le naturel du Blok/Belang revient au galop

    Au Parlement européen, à l'occasion du vote d'une résolution à propos
    de la mémoire d'Auschwitz, le parti d'extrême droite Vlaams Blok /
    Belang a eu l'occasion de nous rappeler son vrai visage.

    [www.resistances.be - Belgique - 9 février 2005]
_____________________________________________________________________________

Racisme

Accès de fièvre dans les milieux d'extrême droite

Depuis deux ans, cette mouvance multiplie les agressions.

Par Alain AUFFRAY

Libération

lundi 21 mars 2005

Le 10 février, à Annecy, trois hommes ont été écroués dans le cadre de l'enquête
sur des incendies volontaires de deux lieux de culte musulman en Haute-Savoie.
Agés de 23 à 27 ans, ils appartiennent, selon les enquêteurs, «à la mouvance
d'extrême droite». L'un d'eux est un militaire du 27e bataillon de chasseurs
alpins. Ils sont mis en examen pour «destruction de biens par incendie, faits
commis en raison de l'appartenance du propriétaire du bien à une race ou une
religion déterminée» et encourent jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle. Ils
sont soupçonnés d'avoir, en mars 2004, provoqué l'incendie volontaire qui a
détruit une salle de prière de la mosquée d'Annecy.

Poussée.

Depuis une dizaine d'années, l'extrême droite a cessé d'être la principale cause
de la violence raciste. Selon la Commission nationale consultative des droits de
l'homme (CNCDH), elle était, en 2002, à l'origine de 14 % des actes recensés,
contre 90 % jusqu'au milieu des années 90 (la majorité des actes antisémites
viennent aujourd'hui des «milieux arabo-musulmans»). Mais, ces deux dernières
années, l'activité des groupuscules fascistes a progressé : 30 % des actes
racistes lui sont imputés en 2004, 292 «actes racistes» (essentiellement contre
des représentations arabo-musulmanes) et 163 actes antisémites.

Skinheads.

Cette poussée avait déjà été relevée en janvier par la Direction centrale des
renseignements généraux. Selon une étude commandée par le gouvernement, le
nombre d'actions imputables à des sympathisants d'extrême droite a plus que
doublé l'an dernier (de 28 en 2003 à 65 en 2004). Les RG estiment que la
mouvance d'extrême droite compte de 2 500 à 3 500 militants et sympathisants
appartenant à une vingtaine de groupes. L'étude recense cinq grandes familles :
les plus nombreux sont les skinheads (entre 1 000 et 1 500), les «identitaires»
(entre 200 et 300), le reste se répartissant entre ultranationalistes, hooligans
et néonazis, qui, eux, seraient moins de 200. Cette dernière famille est surtout
représentée en Alsace par des groupes aux noms évocateurs (Elsasse Korps,
Truppenkamerad Schaft et Werwolf) qui seraient en relation, outre-Rhin, avec les
nostalgiques allemands du IIIe Reich.

Dominique de Villepin a déclaré le 1er février à l'Assemblée nationale qu'il
était déterminé à «dissoudre» les groupes néonazis. Le ministre de l'Intérieur a
également promis d'interdire les réunions publiques en «mobilisant l'ensemble
des loueurs de salles de façon à ce qu'ils puissent empêcher les locations [...]
ou les réservations chez les restaurateurs». La liste des organisations
interdites n'a toujours pas été dévoilée. Attendu fin février en Conseil des
ministres, le décret tarde à venir, signe que l'entreprise est juridiquement
complexe. De Villepin veut «apporter l'ensemble des preuves, selon la loi de
janvier 1936». En menant les poursuites indispensables, il veut veiller à ce que
les organisations «ne soient pas reconstituées sous de faux noms».

© Libération
______________________________________________________________________________

Dans les coulisses du Vlaams Blok / Belang

Antisémitisme : Le naturel du Blok/Belang revient au galop

Au Parlement européen, à l'occasion du vote d'une résolution à propos
de la mémoire d'Auschwitz, le parti d'extrême droite Vlaams Blok /
Belang a eu l'occasion de nous rappeler son vrai visage.

Le 27 janvier 2005, à l'occasion du 60e anniversaire de la libération
du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, et considérant que
certaines populations d'Europe sont toujours victimes de
l'antisémitisme et de préjugés raciaux ou religieux, le Parlement
européen a adopté une résolution où il « rend hommage à toutes les
victimes des nazis et se déclare convaincu qu'une paix durable en
Europe doit se fonder sur le souvenir de l'histoire du continent;
rejette et condamne les idées révisionnistes et la négation de
l'Holocauste, qui sont scandaleuses et contraires à la vérité
historique, tout en se déclarant préoccupé par la montée des partis
extrémistes et xénophobes et par l'accueil favorable dont leurs idées
bénéficient de plus en plus dans l'opinion. »

Cette résolution a été adoptée par 617 voix pour, aucune voix contre
et 10 abstentions. Parmi les dix abstentionnistes se trouvent les
trois députés du Vlaams Blok/Belang : Frank Vanhecke (par ailleurs
président de celui-ci), Koenraad Dillen (admirateur du général SS
belge Léon Degrelle, fils et protégé du président-fondateur et auteur
de la première traduction néerlandaise d'un livre négationniste) et
Philip Claeys (anciens responsable des VBJ, les jeunesses du parti),
l'élue du Front national français Lydia Schenardi, l'élu communiste
français Jacky Henin et deux députés communistes grecs.

Le VB se sent visé !

Selon « La Libre Belgique », Frank Vanhecke a expliqué en séance
après le vote sa crainte que la résolution soit utilisée à tort contre
des partis qui «luttent pour les valeurs européennes et les peuples
européens ». Autrement dit, sans doute, des aux partis qui « luttent
pour la domination de la race blanche européenne et l'asservissement
des autres peuples », comme nous le rappelle le soutien nostalgique du
VB à l'ancien régime d'apartheid d'Afrique du Sud. Plus précisément,
sur son site Internet, le VB motive son abstention par son désaccord
avec le passage suivant de la résolution : « Le Parlement européen [...]
se déclare préoccupé par la montée des partis extrémistes et
xénophobes et par l'accueil favorable dont leurs idées bénéficient de
plus en plus dans l'opinion. ». Il est intéressant de constater que le
VB semble se ranger de lui-même dans la catégorie des partis
extrémistes et xénophobes. Une clairvoyance dont devrait s'inspirer la
Commission de contrôle des dépenses électorales au lendemain du vote
de la loi sur le financement des partis liberticides.

Le VB voit également dans cette résolution un plaidoyer contre la
liberté d'expression, rien que ça !(1). Pourtant il n'y a que deux
références à cette liberté, dont une qui ne fait que demander «
instamment au Conseil de parvenir à un accord pour mettre hors la loi,
au niveau européen, l'incitation à la haine raciale et religieuse sur
tout le territoire de l'UE, tout en préservant la légitime liberté de
parole ». Faut-il comprendre que le VB lui-même considère l'incitation
à la haine raciale et religieuse comme faisant partie intégrante de
son programme ? Une autre information dont la Commission de contrôle
des dépenses électorale pourrait s'inspirer.

Un deuxième paragraphe fait mention de la nécessité d'un « dialogue
permanent avec les médias au sujet de la contribution tant positive
que négative que les informations qu'ils diffusent et leurs
commentaires peuvent apporter à la perception et à la compréhension
des problèmes religieux, ethniques et raciaux, ainsi qu'à la
présentation de la vérité historique ». Une responsabilité dont le VB
s'embarrasse effectivement assez peu dans ses tracts électoraux.
Peut-être est-ce là que le VB se sent attaqué, ses représentants
confondant régulièrement liberté d'expression et droit de diffuser des
contre-vérités.

Usage abusif du génocide des Juifs ?

Plus loin le VB fait également mention de « l'usage abusif de
l'Holocauste à des fins politiques », et plus particulièrement pour
rendre impossible le débat nécessaire sur les problèmes d'intégration
et pour diaboliser l'extrême droite. »

La judéocide est évidemment utilisé politiquement pour montrer à quoi
mène un régime d'extrême droite, puisque c'est la démonstration la
plus évidente de ce que le vote basé sur la haine ne peut mener qu'à
des actes criminels. A contrario, pour affirmer la prétendue
légitimité d'un programme d'extrême droite, il est nécessaire de
minimiser les conséquences du régime hitlérien. Dans la mesure où le
VB est un parti cofondé par plusieurs anciens responsables du « milieu
négationniste » et dont beaucoup de leaders actuels ont fréquenté des
mouvements voués à la négation des crimes de la dictature nazie, il
est légitime de penser que la demande d'une diffusion plus limitée de
l'information relative aux horreurs du nazisme participe à la volonté
de ne plus parler de ces crimes, ceci pour ensuite pouvoir mieux les nier.

Cette abstention tranche avec l'opération de séduction entreprise
depuis quelques années par le VB à l'adresse de la communauté juive
anversoise dans le but d'élargir son électorat et d'arriver au pouvoir
aux prochaines élections communales (3). L'attitude récente de ce
parti aux origines néonazies a au moins le mérite de souligner son
hypocrisie.

Marie-Ange VEYCKEMANS et Julien MAQUESTIAU

Notes :

(1) Faute d'une communication plus précise de la part du VB sur les
termes de la résolution incriminée, nous sommes contraints aux
déductions. Il se pourrait que le passage litigieux soit le suivant :
« le Parlement européen [...] se félicite de l'intention exprimée par la
présidence luxembourgeoise de relancer l'examen de la proposition de
décision-cadre du Conseil relative à la lutte contre le racisme et la
xénophobie, et demande instamment au Conseil de parvenir à un accord
pour mettre hors la loi, au niveau européen, l'incitation à la haine
raciale et religieuse sur tout le territoire de l'UE, tout en
préservant la légitime liberté de parole ».

(2) "De Holocaust wordt misbruikt voor politieke doeleinden. Om het
noodzakelijke debat over de integratieproblemen onmogelijk te maken.
Om de rechterzijde voor eeuwig te demoniseren."

(3) L'électorat du VB est désormais hétéroclite. Afin de l'agrandir,
ce parti issu des rangs du mouvement néonazi flamand diffuse des
slogans plus généralistes, aux accès toujours populistes. Le VB est à
la base de plusieurs campagnes de propagande en direction de publics
cibles variés : les jeunes, les vieux, les ouvriers, les petits
patrons, les femmes, les francophones (à Bruxelles), les déçus du
socialisme, les déçus du libéralisme, les chrétiens intégristes.
Malgré la présence d'activistes antisémites et la diffusion d'une
imagerie politique anti-Juive, la formation de Franck Vanhecke et
Philip Dewinter s'est même adressée directement, à Anvers, à la
Communauté juive. Une petite fraction de cette dernière aurait été
séduite par les discours blokkers, selon un dossier de la revue
bruxelloise juive « Regards ». Il faut également savoir que le VB,
connu surtout comme un parti anti-immigrés et islamophobe, aurait même
séduit des électeurs de confession musulmane ! En effet, selon une
étude du CEVIPOL, un centre d'études en sciences politiques de
l'Université libre de Bruxelles, parmi les électeurs bruxellois du VB
aux élections régionales de juin 2004, il se trouvait 4,5 % de musulmans.

© RésistanceS - www.resistances.be - Belgique - 9 février 2005
______________________________________________________________________________

#1736 De: "CID" <cid1@...>
Date: Vendredi 25. Mars 2005  13:11
Sujet: Racisme antisémitisme : les sources de la nouvelle vague
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Bat Ye'or : « L'Europe s'est soumise à l'islam sans se battre »

    Et si la tolérance de l'islam n'était qu'un mythe ? Et si l'Europe, par
    peur du terrorisme, avait déjà renoncé à une partie de ses valeurs pour
    complaire à ses partenaires arabes ? Questions explosives que pose
    l'historienne Bat Ye'or dans « Eurabia : l'axe euro-arabe ». Son oeuvre
    majeure, « Face au danger intégriste, juifs et chrétiens sous l'islam »,
    est rééditée en France par Berg International. Elle y décrit le statut des
    minorités non musulmanes dans l'Islam ancien.

    [le point - 10/03/05]
                        _______________________

Voir aussi notre bulletin n°533 du 22/2/2003

Le dialogue Euro-Arabe et la naissance d'Eurabia

L'embargo sur le pétrole : le déclencheur

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/533
                        _______________________

2. L'islam entre au Parti populaire européen (PPE)

    Les Premiers ministres turc et bosniaque se joignent à la table de Wilfried
    Martens.

    [La Libre Belgique - 23/03/2005]

3. Cardinal Angelo Scola, patriarche de Venise :

    "Le métissage entre chrétienté et islam n'est pas une idée naïve"

    [LE MONDE | 19.03.05]

4. Pétrole : La bataille des derricks

    Le prix du baril s'envole à nouveau. Les réserves existent, mais les
    producteurs refusent de laisser les assoiffés, Etats-Unis et Chine en tête,
    venir les déposséder de leur trésor.

    [Le point - 24/03/05]

5. L'OPEP encourage les pays consommateurs à faire des stocks

    Depuis quarante ans, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)
    s'était toujours efforcée d'empêcher la constitution de stocks aux Etats-
    Unis et dans les pays importateurs, afin de garder des prix élevés. Au
    début du printemps, lorsque la demande décline dans l'hémisphère Nord, elle
    coupait donc sa production.

    A Ispahan, mercredi 16 mars, elle a fait l'inverse.

    [LE MONDE | 18.03.05]
______________________________________________________________________________

Bat Ye'or : « L'Europe s'est soumise à l'islam sans se battre »

Historienne britannique d'origine égyptienne, Bat Ye'or présente dans « Eurabia
: l'axe euro-arabe » une analyse provocante des relations entre l'Europe et
l'islam. Un essai paru en janvier 2005 aux Etats-Unis, édité par l'université
Fairleigh Dickinson.

Propos recueillis par Monique Atlan

Le point

10/03/05

Et si la tolérance de l'islam n'était qu'un mythe ? Et si l'Europe, par peur du
terrorisme, avait déjà renoncé à une partie de ses valeurs pour complaire à ses
partenaires arabes ? Questions explosives que pose l'historienne Bat Ye'or dans
« Eurabia : l'axe euro-arabe ». Son oeuvre majeure, « Face au danger intégriste,
juifs et chrétiens sous l'islam », est rééditée en France par Berg
International. Elle y décrit le statut des minorités non musulmanes dans l'Islam
ancien.

Le Point : Votre dernier livre s'intitule « Eurabia », pour décrire la relation
de l'Europe à l'islam, l'Europe devenant, selon vous, le « protégé » de l'islam
?

Bat Ye'or : Depuis trente ans, la France et l'Europe sont menacées par le
terrorisme. Cela a commencé avec le terrorisme palestinien, puis islamiste. Le
fait que les autorités refusent de nommer le mal ne signifie pas qu'il n'existe
pas. L'Europe est devenue le nouveau continent de la dhimmitude, où on ne livre
pas bataille parce que l'on s'est déjà soumis sans se battre. Cet engrenage
s'est mis en marche dès 1974-1975, à l'instigation de la France, qui a milité
pour une politique proarabe, afin de doter l'Europe d'un poids et d'un prestige
qui rivaliseraient avec ceux de l'Amérique. Eurabia est à la fois un partenariat
avec le monde arabo-musulman et une stratégie menée discrètement, en dehors des
traités officiels, sous le nom bénin de Dialogue euro-arabe. Il s'agit d'une
structure qui gère les aspects financiers, politiques, économiques, culturels et
migratoires des relations euro-arabes, sous les auspices des chefs d'Etat
européens et de leurs ministres des Affaires étrangères, en étroite
collaboration avec leurs homologues arabes, et avec les représentants de la
Commission européenne et de la Ligue arabe.

Les Arabes mirent plusieurs conditions à cette association : une politique
européenne indépendante de celle de l'Amérique, la reconnaissance par l'Europe
d'un Etat palestinien, le soutien à l'OLP, le retrait d'Israël sur les lignes
d'armistice de 1949, la souveraineté arabe sur Jérusalem.

La condition dhimmie, qui est celle d'une insécurité perpétuelle, est
aujourd'hui celle de l'Europe menacée par le terrorisme. L'esprit de soumission
d'Eurabia découle d'un libre choix : obtenir, moyennant un alignement politique
et le versement de fonds considérables par l'Union européenne, une protection
factice.

Vous avez consacré toute votre vie à l'histoire du dhimmi. Pourriez-vous le
définir ?

En arabe, dhimmi signifie protégé. Le terme a désigné durant treize siècles les
juifs, chrétiens et autres non-musulmans des pays islamisés dès le VIIe siècle.
Très souvent occulté, ce concept du dhimmi est fondamental ; il s'insère dans
l'idéologie même du djihad, la guerre sainte de l'Islam, qui divise l'humanité
en deux camps : les musulmans, représentant le camp de la paix, et les
infidèles, celui des territoires de la guerre dar al-harb.

Invoquant le Coran et les hadiths (piliers de la loi islamique), le djihad
prescrit à la communauté musulmane l'obligation de conquérir les pays non
musulmans afin de les soumettre à la loi islamique. Le djihad peut être mené
soit pacifiquement (prosélytisme, immigration), soit par la guerre. Toute
résistance à la progression de l'islam constitue un casus belli.

Le dhimmi est l'infidèle qui, se soumettant sans combattre à la suzeraineté
islamique, bénéficie d'une protection sur sa vie et ses biens. Des droits
limités lui sont reconnus. En échange, il doit payer une rançon-capitation, la
jiziya (Coran 9, 29). Ce paiement est assorti d'humiliations. Le refus de payer
la jiziya, assimilé à une rébellion, abolit la protection et restaure
automatiquement la loi du djihad.

De quand date ce système ?

Du VIIIe siècle. Mais les jurisconsultes musulmans le font remonter au traité
entre Mahomet et les cultivateurs juifs de Khaybar, une oasis à 140 kilomètres
de Médine.

La conquête par le djihad a islamisé d'énormes territoires, du Portugal à
l'Indus. Les juristes théologiens fondateurs du droit musulman ont alors
formulé, au VIIIe siècle, le statut des millions d'indigènes non musulmans.

Quel était le prix de leur sécurité ?

Tout d'abord, l'expropriation. Ces pays devenus le butin (fay) de la communauté
musulmane appartenaient au calife, qui les gérait au bénéfice des musulmans et
favorisait une intense colonisation arabe. Ce fut le cas de la Terre sainte,
terre de butin enlevée aux dhimmis expropriés. La quasi-totalité du sol
palestinien appartenait encore au sultan turc jusqu'en 1917. Les fellahs en
étaient les simples métayers, ils n'en avaient pas la possession.

A quelles contraintes leur vie quotidienne était-elle soumise ?

L'interdiction de porter des armes les rendait très vulnérables. Il leur était
interdit de construire ou de réparer leurs lieux de culte. Leurs vêtements
discriminatoires obligatoires les exposaient à la vindicte et aux insultes dans
la rue (pièces de couleur cousues sur les vêtements). C'est d'ailleurs là
l'origine de la rouelle imposée aux juifs en 1215 par le Concile de Latran.

Dans la rue, les dhimmis devaient marcher rapidement, les yeux baissés, passer à
la gauche des musulmans, c'est-à-dire du côté impur, et enterrer leurs morts en
courant. Leur culte devait être silencieux et les processions étaient
interdites. Ils vivaient dans des ghettos dont on fermait les portes le soir. Le
mariage d'un dhimmi avec une femme musulmane et le blasphème contre l'islam
étaient évidemment punis de mort.

Paradoxalement, cette vulnérabilité attisait les conflits entre les victimes,
notamment entre chrétiens et juifs ?

Oui, les chrétiens étaient souvent plus vulnérables que les juifs. Les chrétiens
étaient assimilés aux ennemis de l'extérieur. Cela provoquait représailles et
massacres. Mais, par ailleurs, ils pouvaient aussi bénéficier de la protection
des rois chrétiens, dont les cadeaux au calife leur assuraient certains
privilèges. Souvent accusés de collaborer avec les chrétiens de l'extérieur, les
dhimmis chrétiens tentaient de détourner la colère islamique contre les juifs.

Vos recherches vous ont amenée à élaborer la notion de dhimmitude...

La dhimmitude représente l'ensemble des comportements et de l'histoire de
peuples se chiffrant par millions et rassemblant une infinie variété de groupes
ethno-religieux, d'Europe, d'Orient, d'Asie. Chacun évolua à sa manière, mais
dans le même univers juridique. Cette histoire s'étend du Portugal aux Indes et
du sud de la Pologne jusqu'au Soudan. Elle se poursuit encore aujourd'hui sous
nos yeux. Certaines sont toujours valables dans les pays musulmans, même en
Turquie. Pourtant, cette histoire qui a affecté une si large proportion de
l'humanité n'est même pas étudiée dans les universités. Elle est ignorée, alors
qu'elle exige d'être examinée dans sa globalité et sa complexité. C'est une
histoire de violence, d'esclavage, de souffrance, de viols, de déportations,
d'humiliation. C'est toute une humanité qui vibre, souffre, lutte pour survivre
et se libérer, et qui non seulement combat les ennemis extérieurs, mais aussi la
corruption des siens.

Pourquoi cette occultation ?

Cette histoire a été effacée quand l'Europe a fondé ses relations avec le monde
arabo-musulman sur le partenariat politique, économique et culturel. L'Europe a
alors élaboré le mythe andalou comme modèle de civilisation multiculturelle, âge
d'or des trois religions. Tout ce qui concernait le djihad et la dhimmitude a
été éliminé. La mémoire dhimmie est fragmentée, interrompue au rythme de
massacres, de destruction d'églises, de synagogues, gardiennes des archives.
L'histoire n'est possible qu'avec la liberté. Tant que le dhimmi vit dans
l'oppression, il ne peut avoir d'histoire, puisqu'il ne peut critiquer le
gouvernement qui l'opprime. Il est obligé de louer la tolérance islamique et de
perpétuer son aliénation. Il a perdu la mémoire de son histoire, la conscience
de ses droits. Pour constituer une mémoire, il faut aussi une réflexion
critique, une conscience de sa situation.

Vous ne craignez pas d'être taxée d'islamophobie ?

On m'a déjà fait ce reproche. Mais récuser l'histoire de millions de gens pour
ménager la sensibilité de leurs oppresseurs est immoral. Surtout, l'on doit
connaître l'idéologie du djihad, puisqu'elle détermine les relations avec les
non-musulmans. Nous devons pouvoir discuter des conceptions islamiques
concernant notre propre identité. Selon l'islam, l'histoire biblique est une
histoire islamique.

Le judaïsme et le christianisme seraient des déformations ultérieures de la
religion islamique, première et seule vraie religion. Il est essentiel que les
non-musulmans s'interrogent sur la conception musulmane de leur identité et
s'interrogent aussi sur ce qu'ils sont eux-mêmes

© le point 10/03/05 - N°1695 - Page 52 - 1305 mots
_____________________________________________________________________________

Voir aussi notre bulletin n°533 du 22/2/2003

Le dialogue Euro-Arabe et la naissance d'Eurabia

L'embargo sur le pétrole : le déclencheur

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/533
______________________________________________________________________________

Union européenne

L'islam entre au Parti populaire européen (PPE)

Christophe Lamfalussy

La Libre Belgique

Mis en ligne le 23/03/2005

Les Premiers ministres turc et bosniaque se joignent à la table de Wilfried
Martens.

La religion islamique a fait, mardi, son entrée dans le Parti populaire européen
(PPE), le grand parti de centre- droit de l'Union européenne (UE) fondé jadis
par des démocrates-chrétiens.

Son président, Wilfried Martens, a accueilli pour la première fois hier deux
Premiers ministres émanant de formations politiques musulmanes, le Bosniaque
Adnan Terzic et le Turc Recep Tayyip Erdogan.

Adnan Terzic est issu du parti de l'action démocratique (SDA), le parti fondé
par l'ancien président bosniaque Alija Izetbegovic, tandis que Recep Erdogan a
été élu sur la liste du Parti de la justice et du développement (AKP), au
pouvoir depuis 2002 en Turquie.

Les deux hommes sont venus à titre de «membre observateur» du PPE, a indiqué
Wilfried Martens à la fin d'un pré-sommet qui a rassemblé dix Premiers ministres
avant le sommet de Bruxelles proprement dit.

Le PPE tient ses conclaves au château de Bouchout, au jardin botanique de Meise.
Etre «observateur» est un marchepied vers une appartenance pleine si la Bosnie
et la Turquie entrent dans l'Union.

Guy Verhofstadt avait tenté à plusieurs reprises d'attirer Erdogan dans le
groupe libéral, l'invitant même aux réunions des libéraux européens, mais le
Premier ministre turc a finalement choisi de rallier le PPE avec lequel il
partage des valeurs conservatrices et religieuses. Les membres de l'AKP se
définissent volontiers comme des «musulmans-démocrates», et non comme des
«islamistes modérés» comme la presse les appelle régulièrement.

A Meise, Erdogan s'est exprimé en turc et était traduit par des interprètes.
Selon Martens, lui et le Premier ministre bosniaque sont intervenus en réunion
pour soutenir la thèse que la Croatie coopère «pleinement» avec le TPI et que la
voie est donc ouverte au lancement des pourparlers d'adhésion à l'Union.

Unifier l'Europe

Pour le PPE, l'ouverture à l'islam marque une nouvelle étape d'un parti qui n'a
cessé de s'élargir dans son histoire, principalement sous la présidence de
Martens, depuis 1990. «Le tournant historique a été pris quand le parti a choisi
la dénomination de Parti populaire européen en 1976, estime Christian Franck, le
nouveau président de l'Institut d'études européennes de l'UCL. On voit mal
Erdogan venir dans le parti des démocrates chrétiens.»

Créer une grande fédération de partis de centre-droit était la thèse des
chrétiens-démocrates allemands qui estimaient qu'il fallait faire efficacement
contrepoids aux socialistes. Ce qui fait dire à Pascal Delwit, politologue à
l'ULB, que Wilfried Martens est «l'homme de la CDU, qui a joué un rôle essentiel
dans la transformation» du parti.

«Paradoxalement, note Pascal Delwit, c'est le PPE qui accueille Erdogan alors
que plusieurs de ses membres sont opposés à la candidature européenne de la
Turquie.»

En 1976, le PPE, alors sous la présidence de Leo Tindemans, déclarait que son
principal objectif était d'achever l'unité de l'Europe. Ce pari est désormais
réussi. En 1999, il a ravi aux socialistes la première place au Parlement
européen. En 2004, grâce notamment aux voix des Polonais et d'autres Européens
de l'Est, il a remporté 268 sièges de députés. Cette victoire lui a permis de
peser dans la décision de nommer José Manuel Barroso à la tête de la Commission
européenne.

Le PPE compte désormais 65 partis membres, associés et observateurs, dont 28
conservateurs britanniques au sein de son groupe parlementaire.

© La Libre Belgique 2005

Cet article provient de http://www.lalibre.be
______________________________________________________________________________

Cardinal Angelo Scola, patriarche de Venise

"Le métissage entre chrétienté et islam n'est pas une idée naïve"

LE MONDE | 19.03.05 | 22h18  .  Mis à jour le 19.03.05 | 22h18

Le cardinal Angelo Scola, patriarche de Venise, 62 ans, l'un des favoris pour la
succession de Jean Paul II, vient de créer ­ avec d'autres évêques d'Europe, du
Moyen-Orient et d'Asie ­ un centre de recherche et une revue internationale de
dialogue avec l'islam, appelée Oasis (oasis@...). Présentant cette
initiative à l'Unesco, mardi 15 mars, il a lancé un appel au dialogue entre
cultures chrétienne et musulmane.

N'êtes-vous pas sceptique, depuis les attentats du 11 septembre 2001, quant aux
chances d'un dialogue entre islam et christianisme ?

Ce dialogue, nous voulons le mener avec des intellectuels et des religieux
musulmans, les inviter à Venise, au Caire, pourquoi pas à Paris. Car nous
pensons que le métissage des civilisations n'est pas une idée naïve, mais un
processus historique en actes, attesté par les migrations, les relations
commerciales ou le tourisme. Il ne nous appartient pas de définir les politiques
d'immigration. Mais les chrétiens et les musulmans, en Europe ou au
Moyen-Orient, ont à vivre ensemble. Les mariages mixtes, dans un pays comme
l'Italie, progressent à vive allure. Ce métissage est donc une réalité, mais
aussi une chance. Il n'y a pas d'attitude plus réaliste que de prendre le risque
d'un dialogue de communauté à communauté, de foi à foi, de langue à langue. Le
témoignage personnel du croyant implique uneidentité forte, mais dynamique. Ou
celle-ci est exclusive et débouche sur toutes les formes connues d'intolérance
et de rejet. Ou elle est ouverte et capable de dialogue d'égal à égal avec
d'autres identités.

Mais les minorités chrétiennes au Proche-Orient, en Asie, en Afrique ont un
regard plus critique que vous sur l'islam...

C'est vrai, mais cette idée d'un dialogue culturel est venue des évêques de ces
régions du Moyen-Orient, du Maghreb, du Pakistan, d'Indonésie, qui sont parmi
les plus exposées aux tensions internationales et aux mouvements islamistes. Ce
sont eux qui nous demandent de les aider à trouver des instruments d'éducation
pour des communautés chrétiennes qui vivent avec des musulmans majoritaires sur
leur sol.

Ce qui se joue aujourd'hui, dans les événements au Liban, en Egypte, en Israël,
dans les territoires palestiniens, est vital pour l'équilibre de cette région et
de nos communautés. Le Liban est l'un des derniers espaces de chrétienté au
Proche-Orient. Il faut tout faire pour aider les minorités chrétiennes à rester.
Mesure-t-on ce que représenterait, en termes de civilisation, la disparition de
toute présence chrétienne et la transformation en musée de cette terre sur
laquelle est né le Christ ?

N'y a-t-il pas une exigence de réciprocité quant à la liberté des chrétiens en
terre d'islam ?

Si, bien entendu. Nous devons demander aux pays d'islam de tout faire pour
respecter la liberté de chaque croyant qui vit et travaille sur leur sol, de
donner à chacun, quelle que soit sa confession, les moyens d'exercer sa liberté.
Mais je ne veux pas exiger à tout prix la réciprocité. Il y a une part de don
gratuit, dans la foi chrétienne, qui peut être de nature à toucher le cour de
l'autre. Quand l'Eglise catholique a multiplié ses gestes de pardon et
d'ouverture à d'autres communautés religieuses, elle n'a rien demandé en
échange.

Mais, pour certains, l'identité chrétienne est en crise, dans une Europe touchée
par l'immigration musulmane...

Je n'aime pas ce mot de crise, lié à la désaffection des Eglises en Europe. Je
préfère parler des douleurs de l'accouchement de l'homme dans une société
postmoderne. "Les hommes semblent fatigués par le métier de vivre", disait Cesar
Pavese. Or, nous ne sommes pas capables de proposer un christianisme pertinent
appliqué à notre vie quotidienne. En même temps, les prophètes de la
sécularisation nous avaient annoncé un monde où Dieu aurait disparu. Au lieu de
quoi, nous assistons aujourd'hui à l'explosion d'un "sacré" sauvage.

Nous devons donc repenser notre action, nous remettre à proposer le Christ comme
un événement, non avant tout comme une doctrine morale ou une ascèse. Un
événement, c'est-à-dire le Fils de Dieu qui s'est fait homme, son histoire, son
message transmis par des communautés fortes et vivantes. Que désire l'homme
postmoderne, sinon le bonheur et la liberté ? Or n'est-ce pas le programme de
vie qu'offre le christianisme aujourd'hui, délivré des conceptions absolutistes
et réductrices de l'histoire qui ont fait tant de mal au XXe siècle ? Le Christ
n'a rien dit d'autre que ces mots pleins de sens : "Viens, suis-moi, si tu veux
t'accomplir."

Propos recueillis par Henri Tincq

Article paru dans l'édition du 20.03.05

© Le Monde.fr | Conditions générales de vente | Qui sommes-nous ? | Aide
______________________________________________________________________________

Pétrole

La bataille des derricks

Le prix du baril s'envole à nouveau. Les réserves existent, mais les producteurs
refusent de laisser les assoiffés, Etats-Unis et Chine en tête, venir les
déposséder de leur trésor.

Etienne Gernelle

Le point

24/03/05

La crise de nerfs pétrolière guette les Etats-Unis. En témoigne cette
stupéfiante missive adressée à George W. Bush par une douzaine de sénateurs
américains, dont Hillary Clinton : « Si rien n'est fait, écrivent les auteurs,
cet été, les prix de l'essence continueront à peser sur notre économie, en
prenant de l'argent à des familles de travailleurs qui en ont désespérément
besoin, pour le mettre dans les poches de l'Opep. » Certes, le baril de Brent a
atteint la semaine dernière son plus haut niveau historique, à 56 dollars, mais
la violence du propos a de quoi surprendre. Un autre sénateur démocrate, Patrick
Leahy, a même annoncé le dépôt d'un projet de loi autorisant l'administration à
poursuivre l'Opep pour entente sur les prix et activités anticoncurrentielles !
« Les pays de l'Opep conspirent ouvertement pour violer nos lois antitrust, et
pourtant ils s'attendent à faire des affaires avec les Etats-Unis et à empocher
les bénéfices de ces relations », s'est-il indigné...

Aux Etats-Unis, la hausse des prix du pétrole ne fait plus rire du tout. « Le
seuil des 2 dollars par gallon (3,785 litres) d'essence vient d'être franchi, et
cela marque les esprits », relève Olivier Appert, président de l'Institut
français du pétrole (IFP). A la Maison-Blanche, on a entendu le message. Si le
gouvernement américain refuse de puiser dans les réserves stratégiques, comme le
lui demandent Hillary Clinton et ses acolytes, il vient de faire un pas au moins
aussi controversé en autorisant l'exploitation d'une zone jusqu'ici protégée en
Alaska. Les écologistes écument de rage, mais la colère du consommateur paraît
bien plus effrayante au gouvernement des Etats-Unis.

« La politique de l'administration Bush est constante depuis 2000 : l'offre,
l'offre, l'offre », constate Jean-Marie Chevalier, professeur à
Paris-IX-Dauphine (1). Oubliées, les économies d'énergie ! La priorité de
Washington ces cinq dernières années a consisté à siphonner le maximum de
pétrole pour satisfaire les appétits de son économie florissante... et ceux de
ses énormes 4 x 4 ! Mais la politique de l'offre semble trouver ses limites. La
marge entre demande et capacités mondiales de production ne cesse de se réduire.
Et met les cours du pétrole à la merci du moindre attentat au Qatar, d'une grève
au Nigeria ou d'un coup de froid dans le Minnesota. D'où la migraine de la
Maison-Blanche et les coups de sang du Capitole. L'Opep, qui gardait
traditionnellement sous le coude des capacités de production excédentaires, ne
peut plus rien faire pour tempérer les cours. « Dans le contexte actuel, l'Opep
ne sert plus à rien. Tous les robinets sont à fond », souligne Jean-Marie
Chevalier.

« Le sang de la nation »

Tout cela parce que, tous en conviennent, l'investissement dans
l'exploration-production a été très insuffisant ces dix dernières années. Alors
à qui la faute ? Le monde des buveurs de pétrole serait-il si insouciant qu'il
n'ait rien vu venir ? Dans la panique de la soif, tout le monde se renvoie la
balle. Les premières accusées sont les compagnies pétrolières internationales,
les « majors ». Leurs profits ahurissants (25 milliards de dollars pour
Exxon-Mobil !) pourraient leur permettre de mettre en chantier de nombreux
gisements. Au lieu de cela, disent leurs détracteurs, elles redistribuent à
leurs actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d'actions. Les
compagnies rétorquent qu'elles voudraient bien faire des investissements, mais
que les pays détenteurs des plus grosses réserves, et des plus faciles (donc les
moins chères à exploiter), en particulier au Moyen-Orient, n'ouvrent pas assez
leurs portes. « Il y a des pays qui s'ouvrent, précise Frédéric Lasserre,
spécialiste des matières premières à la Société générale, mais ils proposent des
contrats dits de "partage de production", qui ne permettent pas aux compagnies
de s'approprier les réserves et de les inscrire à leur bilan. » Et c'est là que
cela coince, puisque la valeur boursière de ces dernières est précisément
déterminée par leurs réserves... La situation est donc bloquée. « Ces pays
n'accepteront jamais de revenir sur ce point et de céder leurs réserves, ajoute
Frédéric Lasserre. Le pétrole est la richesse du pays, mais aussi la ressource
des générations futures. Ils ne s'en sentent que les gardiens, pas les
propriétaires. » Symbole de cet eldorado interdit : l'Arabie saoudite, une «
anomalie géologique », disent les scientifiques, tant ses nappes regorgent de
brut. Le royaume possède le quart des réserves mondiales ! Mais seule la
puissante Saudi Aramco est autorisée à toucher au « sang de la nation ». Tout
juste les compagnies étrangères sont-elles tolérées sur les champs gaziers.

Certes, l'absence des majors ne signifie pas l'absence d'investissement. Les
pays de la région n'ont d'ailleurs aucun besoin des compagnies étrangères pour
forer. Ni de leurs capitaux, puisque le cours du baril est au sommet, ni de
leurs compétences techniques, qu'elles peuvent emprunter à des sociétés
d'ingénierie. Et, de fait, elles forent, ne serait-ce que pour renouveler leurs
capacités. Mais leur ardeur n'est sans doute pas à la mesure de l'inquiétude des
grands pays consommateurs. Dans certains Etats du Golfe, dont la population
grandit rapidement, la manne du pétrole est souvent ponctionnée pour les besoins
sociaux. L'investissement s'en ressent. L'urgence n'est pas la même, vue du
Moyen-Orient.

Pour les majors, il reste tout de même de nombreux territoires à explorer, en
particulier en Russie et en Afrique. Des frontières physiques sont aussi en voie
d'être franchies. L'offshore profond se développe, comme en mer de Barents, où
la Norvège vient de faire une découverte, un champ nommé « Blanche-Neige ». Les
sables bitumineux canadiens et les huiles extralourdes vénézuéliennes
constituent des réserves colossales. Mais ces voies sont plus chères, ou plus
exposées aux risques politiques. « Il y a une certaine réticence des grands
groupes à expliquer à leurs actionnaires qu'il faudra investir avec des
rendements plus faibles ou avec plus de risques que par le passé », affirme
Frédéric Lasserre. Et, même si l'effort est consenti, un puits de pétrole ne se
creuse pas en un jour. Il faudra au moins cinq ans avant que le flux de liquide
noir jaillisse et fasse retomber la fièvre.

Plusieurs années de tensions sont donc à prévoir. De longues années de
vulnérabilité pour l'Amérique, qui consomme le quart du pétrole mondial (avec 5
% de la population) et qui ne modère pas sa gloutonnerie, puisqu'elle est
également responsable d'une bonne part de l'accroissement de la demande (voir
schéma). Le piège pétrolier est désormais bien en place. Et les producteurs le
savent. « Durant cent ans, nous vous avons offert le pétrole, mais oubliez cela,
le pétrole a un prix », a lancé le président vénézuélien, Hugo César Chavez, à
l'intention des Etats-Unis. Chavez, qui entretient de très mauvaises relations
avec Washington, a menacé de couper le robinet à l'Amérique si, comme il affecte
de le craindre, celle-ci tentait de le renverser. Or le Venezuela fournit 1,5
million de barils par jour aux Etats-Unis. Si, hypothèse d'école, le blocus
était décrété, le cours du pétrole exploserait en un instant. Les sénateurs
américains peuvent pester contre l'Opep, leur pays n'est pas en position de
force.

Mais l'Amérique n'est pas la seule à être fébrile.La Chine, deuxième
consommateur mondial, est rongée par la peur de la soif. Les compagnies
chinoises achètent frénétiquement dans tous les pays producteurs des permis
d'exploiter à des tarifs et des conditions que les majors n'accepteraient
jamais. La Chine a même tenté de mettre la main sur Iouganskneftegas, principale
filiale de Ioukos, mise aux enchères en décembre dernier. Et son intense - et
vain - lobbying pour faire passer un oléoduc directement de Sibérie vers la
Chine témoigne de cette obsession.

Mais les « diplomaties pétrolières », notamment chinoise et américaine, semblent
incapables de faire revenir l'abondance. « Cette contradiction entre
consommation et manque d'investissement ne peut trouver qu'une seule issue,
selon Jean-Marie Chevalier : la hausse des prix entraînera un ralentissement de
la croissance, donc de la consommation de pétrole. » Reste à savoir quand. «
Cela peut prendre du temps, estime Olivier Appert. Les économies occidentales
sont moins dépendantes du pétrole. Aux Etats-Unis, il faut aujourd'hui deux à
trois fois moins de pétrole pour produire 1 dollar de PIB qu'il y a trente ans.
» En attendant, le stress des pays industrialisés se mesurera à la pompe

1. Egalement directeur au Cambridge Energy Research Associates, Jean-Marie
Chevalier est l'auteur des « Grandes batailles de l'énergie », Gallimard, 2004.

© le point 24/03/05 - N°1697 - Page 75 - 1350 mots
______________________________________________________________________________

L'OPEP encourage les pays consommateurs à faire des stocks

LE MONDE | 18.03.05 | 19h10  •  Mis à jour le 19.03.05 | 12h01

Vienne de notre correspondante

Depuis quarante ans, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)
s'était toujours efforcée d'empêcher la constitution de stocks aux Etats-Unis et
dans les pays importateurs, afin de garder des prix élevés. Au début du
printemps, lorsque la demande décline dans l'hémisphère Nord, elle coupait donc
sa production.

A Ispahan, mercredi 16 mars, elle a fait l'inverse : elle a encouragé les pays
consommateurs à stocker du pétrole dont ils n'ont pas besoin aujourd'hui, dans
l'espoir qu'ils le remettront sur le marché au quatrième trimestre, où l'on
prévoit déjà de très fortes tensions. Et qu'ils aideront ainsi l'OPEP à
maintenir les prix à un niveau plus supportable pour l'économie mondiale. C'est
une révolution pour le cartel et un pari sur la collaboration avec les pays
consommateurs.

"Nous espérons que les stocks vont augmenter afin d'éviter des pénuries", a
résumé le président du cartel, le ministre koweïtien du pétrole, le cheikh Ahmad
Fahad Al-Ahmad Al-Sabah. En vingt-quatre heures, l'OPEP a multiplié les signaux
positifs : elle a augmenté d'abord son quota de 500 000 barils par jour (b/j),
s'engageant à doubler cet effort si nécessaire. Les cours ayant continué de
monter, jeudi, elle promet de produire plus de 30 millions de b/j au quatrième
trimestre.

PREUVE D'IMPUISSANCE

Nombre d'analystes voient dans ces annonces une preuve de l'impuissance de
l'OPEP. "Si j'étais à leur place, je ne ferais même pas de réunion, car cela
souligne leur incapacité à enrayer la spéculation", déclare le président de
l'Oxford Institute for Energy Studies, Robert Mabro. Les membres du cartel
eux-mêmes expriment leur désarroi : "Le marché nous échappe", a avoué le
ministre qatari du pétrole, Abdullah Ben Hamad Al-Attiyah.

Même s'il n'a pas eu d'effet immédiat, le changement de stratégie est net.
"C'est un geste sans précédent", affirme Pierre Terzian, directeur de la revue
Pétrostratégies. Le cartel délègue ainsi à ses clients, qui ont parfois été ses
adversaires, ce qui a constitué jusqu'alors sa seule arme pour agir : sa
capacité de réserve, son "coussin de sécurité", dangereusement aminci depuis un
an. Si l'OPEP a recours à cette mesure inédite, proposée par l'Arabie saoudite,
c'est "parce que ses tentatives classiques de stabilisation des prix ont
échoué", note M. Terzian. L'idée de conjuguer capacités de production et stocks
pétroliers était envisagée dans le secret de réunions sur une possible
coopération producteurs-consommateurs. Mais jamais on n'avait osé imaginer que
le cartel y consentirait de façon unilatérale, sans accord préalable sur
l'utilisation des stocks et une fourchette de prix.

L'OPEP était sous très forte pression. Avant la conférence d'Ispahan, son
président et plusieurs ministres ont reçu des coups de téléphone de dirigeants
occidentaux, en premier lieu des Etats-Unis. De leur côté, le Venezuela et
l'Iran menaçaient d'utiliser "l'arme du pétrole" en représailles contre des
tentatives de déstabilisation de Washington.

En réalité, le cartel est plus soudé qu'il y a vingt ans. Le rapprochement entre
Riyad et Téhéran a permis à l'OPEP de se stabiliser, et le président
vénézuélien, Hugo Chavez, a su lui donner, à la fin des années 1990, une
stratégie de régulation du marché, entre 22 et 28 dollars le baril, jusqu'à ce
que la demande explose en 2003. Il faudra attendre la fin de 2005 pour mesurer
l'impact de la nouvelle stratégie du cartel.

Joëlle Stolz

Article paru dans l'édition du 19.03.05

© Le Monde.fr
______________________________________________________________________________

#1737 De: "CID" <cid1@...>
Date: Dimanche 27. Mars 2005  15:38
Sujet: France - Israël : histoire d´un désamour
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Raffarin tente de redorer le blason français en Israël

    Il a salué le «courage politique» d'Ariel Sharon pour le retrait de Gaza.

    [Libération - 16 mars 2005]

2. ANTISÉMITISME

    Devant Raffarin au dîner du Crif : Cukierman fait le procès de la
    diplomatie française

    Jean-Pierre Raffarin et les seize ministres qui l'accompagnaient ne sont
    pas près d'oublier l'accueil que leur a réservé Roger Cukierman, samedi
    soir, au dîner annuel du Crif.

    [Le Figaro - 14 février 2005]

3. France - Israël : histoire d´un désamour

    De la livraison des Mystère IV à l´évasion des vedettes de Cherbourg

    [Nouvel obs - Semaine du jeudi 10 février 2005 - n°2101]
______________________________________________________________________________

Jean-Pierre Raffarin et les seize ministres qui l'accompagnaient ne sont pas
près d'oublier l'accueil que leur a réservé Roger Cukierman, samedi soir, au
dîner annuel du Crif.

Monde

Raffarin tente de redorer le blason français en Israël

Il a salué le «courage politique» d'Ariel Sharon pour le retrait de Gaza.

Par Eric AESCHIMANN

Libération

mercredi 16 mars 2005

Jérusalem envoyé spécial

Raffarin en petit télégraphiste de l'Elysée... Hier, pour son premier voyage en
Israël, le Premier ministre était en mission commandée par le chef de l'Etat
pour tenter de modifier l'image d'une France dénoncée à l'unisson comme proarabe
par la classe politique et les médias israéliens ­- et encore très récemment en
France, par le président du Crif, Roger Cukierman. Rappel des liens historiques
unissant la France et l'Etat hébreu, hommage répété aux victimes du nazisme, ton
martial contre les actes antisémites en France : que ce soit au Mémorial de la
déportation française de Roglit, au sud-ouest de Jérusalem, ou devant la
communauté française d'Israël, le Premier ministre n'a pas lésiné sur les
démonstrations d'amitié. Reçu en tête-à-tête pendant une heure par son homologue
israélien, il a salué «le courage politique d'Ariel Sharon» dans sa décision de
se retirer de Gaza et de renouer le dialogue avec les Palestiniens.

Signaux.

Rééquilibrer la politique française au Proche-Orient : telle est la petite
musique qu'on entend depuis quelques semaines à Paris. Michel Barnier, réputé
plus atlantiste que son prédécesseur Dominique de Villepin, en a fait l'un des
objectifs de son passage au Quai d'Orsay. Le chef de l'Etat a opéré un
rapprochement avec les Etats-Unis sur le dos de la Syrie. L'invitation à
participer à l'inauguration du nouveau musée de Yad Vashem était l'occasion
d'illustrer ce nouveau cours. Et d'envoyer des signaux. Par exemple en
choisissant d'être représenté par le Premier ministre, là où la Grande-Bretagne,
l'Allemagne ou l'Espagne n'ont délégué que leurs chefs de la diplomatie. Ou
encore en décidant que la visite ne comporterait pas de rencontre avec les
représentants palestiniens. Sur place, Raffarin a affirmé pour la première fois
le soutien solennel de la France à une adhésion d'Israël à l'Organisation de la
francophonie. Jusqu'à présent, Beyrouth s'y opposait en raison de l'occupation
du Sud-Liban. «Israël, le fait est injustement oublié, est une terre éminemment
francophone», a dit le Premier ministre français, qui a lancé : «Nous étions à
vos côtés lors de vos premiers pas. La France entend être à vos côtés
aujourd'hui aussi.»

Sécurité.

Mais voilà : les Israéliens n'ont pas l'habitude de se contenter de belles
promesses. Hier, au cours de son entretien avec Raffarin, Sharon, a donné
quelques bons points à la France dans sa lutte contre l'antisémitisme. Mais
surtout, il a martelé le préalable de la sécurité et, à la sortie, Raffarin
était encore étonné d'une telle insistance : «Si je n'avais pas compris à la
première fois, à la cinquième reprise, j'aurais compris.» C'est ainsi que si le
chef du gouvernement israélien a applaudi l'interdiction d'Al-Manar, la chaîne
du Hezbollah, l'organisation des chiites libanais, cela est loin de lui suffire.
Hier, il a présenté à son interlocuteur une requête autrement plus délicate à
satisfaire : l'inscription de ce même Hezbollah sur la liste des organisations
terroristes établie par l'Union européenne.

C'est là que l'opération de séduction française touche ses limites. «Le
Hezbollah est un mouvement qui a de l'audience et son inscription sur la liste
des organisations terroristes compliquerait la réalisation des objectifs de la
résolution 1559», demandant le retrait des forces syriennes, a répondu Raffarin.
Une fin de non-recevoir, qui traduit la conviction constante de son mentor
chiraquien : condamner le Hezbollah, c'est rompre avec l'opinion arabe. En 2000,
c'était justement sur cette question que le chef de l'Etat avait tancé son
Premier ministre d'alors, Lionel Jospin. En visite en Israël, celui-ci avait
qualifié de «terroristes» les attaques du Hezbollah contre l'Etat hébreu, avant
de se faire caillasser le lendemain par les étudiants palestiniens.

© Libération
______________________________________________________________________________

France

ANTISÉMITISME

Devant Raffarin au dîner du Crif

Cukierman fait le procès de la diplomatie française

Judith Waintraub

[14 février 2005]

Jean-Pierre Raffarin et les seize ministres qui l'accompagnaient ne sont pas
près d'oublier l'accueil que leur a réservé Roger Cukierman, samedi soir, au
dîner annuel du Crif. Le président du Conseil représentatif des institutions
juives de France a exprimé son «malaise» face à l'aggravation du climat
antijuif dans notre pays, en interpellant le premier ministre sur
l'«incompatibilité entre la politique étrangère de la France et sa politique
intérieure de lutte contre l'antisémitisme».

A la demande expresse de Jacques Chirac, auquel il avait transmis le texte
de son intervention, Roger Cukierman s'était engagé à élaguer les passages
de son discours jugés «contraires à la courtoisie républicaine» par
l'Elysée. Mais l'ex-ministre des Affaires étrangères et très chiraquien
Dominique de Villepin a frémi quand le président du Crif a affirmé : «La
politique étrangère de la France est souvent ressentie comme identifiant
l'Amérique et Israël, le sionisme et l'impérialisme, le mondialisme et
l'oppression. Qu'elle soit ou non voulue par nos diplomates, cette confusion
est bien réelle dans l'opinion publique et alimente des amalgames dont les
Juifs subissent les effets néfastes.»

Des déclarations saluées pas un tonnerre d'applaudissements dans la salle,
tandis qu'à la table d'honneur, les membres du gouvernement se pétrifiaient
en entendant Roger Cukierman énumérer ses éléments à charge : la lenteur des
pouvoirs publics à interdire d'émission la chaîne antisémite al-Manar, la
«cérémonie grandiose» organisée par les autorités françaises autour de la
mort de Yasser Arafat ou, encore, les «commentaires ambigus» après la
libération de Georges Chesnot et de Christian Malbrunot.

Le 22 décembre, Jean-Pierre Raffarin avait estimé devant l'Assemblée
nationale que la «ligne» politique de la France et son «amitié pour le
peuple irakien» avaient été «reconnues par cette libération». Samedi soir,
Roger Cukierman lui a répondu samedi soir en jugeant «dangereuse» l'idée
qu'une «politique étrangère originale» puisse assurer à la France, et à elle
«seule au monde», une «protection contre la haine des hommes».

Fait rarissime, aucun des ministres présents n'a applaudi le président du
Crif quand il a regagné sa table. En montant à son tour à la tribune,
Jean-Pierre Raffarin a prévenu qu'il n'avait pas l'intention de «polémiquer»
sur la diplomatie française. «La politique de la France au Proche-Orient n'a
qu'un seul parti pris : celui de la paix», a-t-il affirmé, en renvoyant
Roger Cukierman aux déclarations de Sylvan Shalom, ministre israélien des
Affaires étrangères, sur «la manière très positive dont la France a évolué
dernièrement». Sylvan Shalom sera reçu aujourd'hui à l'Elysée. Jean-Pierre
Raffarin a annoncé que, de son côté, il se rendrait à Jérusalem les 15 et 16
mars pour l'inauguration du nouveau mémorial de la déportation de Yad
Vashem. Le chef du gouvernement a précisé que ce serait sa première visite
en Israël et qu'il était «très heureux» de découvrir «cet Etat ami».

Il est également revenu sur l'affaire al-Manar, pour affirmer qu'il n'avait
pas à «rougir de l'action de la France» dans le domaine de la lutte contre
la diffusion d'«émissions destructrices de l'humanité». Tout en admettant
que jusqu'à présent, «sur ces sujets, on n'avait pas le sentiment que la
France donnait l'exemple», il s'est félicité que «cette fois, la France ait
été la première à agir». «D'autres pays nous ont suivis et c'est très bien»,
a-t-il rappelé, en annonçant que la France soumettrait à ses partenaires
européens «une proposition visant à faire inscrire ces sujets de façon
régulière et spécifique à l'ordre du jour des réunions des Conseils des
ministres Justice-Affaires intérieures de l'Union européenne». L'auditoire a
applaudi, sans excès d'enthousiasme.
______________________________________________________________________________

Semaine du jeudi 10 février 2005 - n°2101 - Dossier

De la livraison des Mystère IV à l´évasion des vedettes de Cherbourg

France - Israël : histoire d´un désamour

D´où vient l´incompréhension, parfois même l´hostilité, qui continue à
envenimer les relations entre la France et l´Etat hébreu? Henri Guirchoun a
rencontré les protagonistes de cette longue histoire et tenté de comprendre
pourquoi les malentendus avaient la vie aussi longue

De notre envoyé spécial en Israël

Ce 24 décembre 1969, la mer est démontée, un rideau de pluie bouche la
sortie du port et les vents rendent impraticables la traversée du golfe de
Gascogne. Dans sa chambre d´hôtel de Cherbourg, branché sur la station météo
de Southampton, l´amiral Mordechai Limon guette l´accalmie. Face à
l´inquiétude de ses officiers, qui ont déjà battu le rappel des 90 matelots
israéliens dispersés en ville, il a accepté de retarder le départ
initialement prévu dans l´après-midi. Mais le temps presse. Dans une petite
ville où tout se sait, les autorités ne vont-elles pas finir par remarquer
ces allées et venues? Il faut donc éloigner au plus vite des côtes
françaises les cinq vedettes lance-missiles construites pour Israël à
Cherbourg et bloquées par l´embargo du général de Gaulle au lendemain de la
guerre des Six-Jours. Puis gagner la haute mer et filer, via Gibraltar et
l´Italie, en direction de Haïfa. Sinon, toute l´opération minutieusement
préparée depuis des mois risque d´échouer.

L´amiral Limon, cette force de la nature qui avait été nommé à l´âge de 26
ans patron des forces navales israéliennes, n´est pas du genre à subir les
éléments. Avant la naissance d´Israël, il a surmonté d´autres tempêtes.
C´est tout de même cet homme qui, entre 1946 et 1948, a conduit en Palestine
trois rafiots chargés de milliers de réfugiés embarqués à La Ciotat ou à
Bayonne au nez et à la barbe des Britanniques, qui imposaient le blocus pour
interdire l´immigration des juifs d´Europe. Et la mer aujourd´hui serait
contre lui?

Vers 2 heures du matin, enfin, les vents s´apaisent. L´amiral donne ordre de
quitter le mouillage. En moins de vingt minutes, les puissantes vedettes
franchissent les passes et disparaissent au regard d´une capitainerie encore
engourdie par la veillée de Noël.

L´annonce de la disparition des vedettes plonge les autorités françaises
dans une perplexité puis dans une rage folle. Le président Pompidou est
ulcéré. Son ministre de la Défense Michel Debré panique, lance des ordres
inconsidérés, veut punir les responsables. L´amirauté en fera les frais,
mais rien de tout cela n´empêchera les cinq bateaux de parvenir à Haïfa, le
Jour de l´An. Ironique, la presse internationale se fait très généreusement
l´écho du piratage. On moque cruellement Paris dans les chancelleries.
Israël s´est joué de la France, laquelle mettra longtemps à lui pardonner
l´affront.

Trente-cinq ans plus tard, sur le patio de sa maison du centre de Tel-Aviv,
l´octogénaire «Moka» Limon, ancien chef de la mission d´achat en Europe du
ministère israélien de la Défense, bourre sa pipe de loup de mer avant de
raconter placidement sa part d´histoire. «Nous avions un besoin vital de ces
douze vedettes de la dernière génération. Nous les avions d´ailleurs
achetées légalement, et payées. Elles nous appartenaient. Cinq avaient été
livrées avant l´embargo. Nous en avions récupéré deux autres à l´arraché. Il
en restait cinq. Pas question de s´en priver.» Son mètre quatre-vingt-dix et
son regard scrutateur impressionnent toujours. «Selon Moshe Dayan, le
ministre de la Défense, cette affaire d´embargo nous offrait trois
possibilités: attendre que la France revienne sur sa décision, lancer des
commandos pour les récupérer ou concocter une opération plus complexe
semi-légale, semi-clandestine.» C´est ainsi qu´en novembre 1969 une vague
société norvégienne spécialisée dans le forage pétrolier en mer commanda aux
chantiers de Cherbourg des bateaux dont les caractéristiques techniques, mis
à part l´armement, correspondaient étrangement aux vedettes commandées par
Israël. On demanda aux Israéliens s´ils acceptaient, puisqu´elles étaient
bloquées par l´embargo, de céder leurs vedettes à cette société norvégienne.
Malin.

Les «Norvégiens» demandent ensuite à leurs vendeurs de fournir des
équipages, ce qui justifiera, un mois plus tard, la présence à Cherbourg
d´une centaine de matelots israéliens formés pour manoeuvrer ces vedettes.
Et le tour est joué. «J´ai su que Michel Debré avait demandé à la marine de
stopper ou même de couler les vedettes. Mais on m´a dit aussi que le chef
d´état-major français avait refusé et menacé de démissionner. A cette
époque, nous avions encore beaucoup d´amis en France», dit l´amiral. Des
amis, certes, mais plus d´alliés. Ordre est donné aux fonctionnaires
français de rompre tout contact avec la mission israélienne d´achat en
Europe - cette ruche (80 personnes) qui officie depuis le début des années
1950 dans un immeuble du boulevard Malesherbes.

La rocambolesque opération de Cherbourg est un symbole. Deux années après la
victoire éclair d´Israël en juin 1967 et la phrase assassine du général de
Gaulle sur le «peuple d´élite, sûr de lui-même et dominateur», un an après
l´embargo sur les armes et les pièces de rechange décrété contre l´Etat
hébreu à la suite du bombardement de l´aéroport de Beyrouth par les
Israéliens, Cherbourg illustre les tensions, le malaise et les crises qui ne
cesseront plus entre les deux pays. Côté français, une distance volontaire,
une froideur, parfois une rigidité; côté israélien, des frustrations, de la
méfiance et un comportement souvent rebelle.

En 1976, les commandos israéliens doublent les négociateurs français en
libérant les otages d´un appareil d´Air France détourné vers Entebbe, en
Ouganda. En 1981, les chasseurs bombardiers de l´Etat juif détruisent la
centrale nucléaire irakienne Osirak construite par la France. «Les bons
moments se sont arrêtés en 1967, et depuis, les sensibilités sont à fleur de
peau. Petit à petit, les deux pays se sont éloignés», déplore Avi Pazner, un
proche d´Ariel Sharon. Et chaque incident distend un peu plus les liens. Mis
sur pied en 2003, un «groupe de haut niveau pour la relance des relations»
cherche à rapprocher les deux sociétés. Avec un certain succès. Mais l´appel
de Sharon aux juifs de France, invités à émigrer en Israël pour fuir
l´antisémitisme, provoque à Paris émotion et courroux.

Dernière polémique, en décembre, quand l´ambassadeur de France à Tel-Aviv
évoque une «maladie mentale appelée antifrancisme» chez les Israéliens. En
fait, Gérard Araud souhaite réagir, après les torrents de boue déversés sur
la France par les radios, les télévisions et les journaux israéliens, lors
de l´hospitalisation d´Arafat à Paris. Un jeune présentateur célèbre est
allé jusqu´à traiter les Français de «merdes». «J´ai sans doute un peu
exagéré, mais j´étais à Paris à ce moment-là. Et je n´ai pas supporté que la
presse place Arafat sur un piédestal sans même mentionner son implication
dans le terrorisme», explique aujourd´hui Yair Lapid, qui se présente comme
un partisan de la paix. «Pourquoi la France, ce pays sophistiqué qui s´érige
souvent en modèle d´intelligence et de subtilité, ignore-t-elle la
complexité du Proche-Orient?»

La France reste la deuxième destination étrangère - après la Turquie - pour
les Israéliens, mais l´image de la France en Israël est exécrable. En mai
2004, un sondage a révélé que 86,4% des Israéliens jugent les Français
antisémites. 85,8% d´entre eux estiment que la France est du côté des
Palestiniens. Le chantage au pétrole arabe hier? L´antisémitisme
aujourd´hui? La montée en puissance de la minorité musulmane de France
demain? Ces griefs reviennent sans cesse. Sont-ils suffisants pour expliquer
le mur de préjugés qui s´est élevé entre les deux pays?

«Israël a longtemps considéré la France comme un sein maternel, omniprésent
et inépuisable. Mais cet Etat nourrisson a été brutalement sevré par de
Gaulle», affirme l´ancien ambassadeur israélien à Paris, Yehuda Lancry.
Cette relation si particulière expliquerait donc aujourd´hui les réactions
excessives des Israéliens envers la France?

«En 1955, la France s´était engagée à nous fournir 48 Mystère IV. Une seule
escadre de l´armée de l´air en était équipée. Elle a reçu l´ordre de nous
les céder, au grand dam du patron de l´escadre. Mais sur la base de
Mont-de-Marsan j´ai eu la surprise de voir atterrir non pas 48 mais 52
appareils.» «"Quitte à vous donner mes avions, j´en ai rajouté 4 de réserve,
en cas de pépin", me dit le colonel», se souvient Paul Kedar, ancien attaché
de l´air israélien à Paris. Un geste qui illustre toute la chaleur et la
fraternité qui unissaient alors les officiers des deux armées. «Pour gagner
du temps, l´état-major français avait mis un bureau à ma disposition rue
Saint-Dominique, au ministère des Armées», raconte Asher Ben Nathan, à
l´époque responsable israélien des achats militaires. A la veille de la
campagne de Suez, en 1956, le célèbre physicien Yuval Neeman, alors chef
adjoint du renseignement militaire, multiplie les voyages en France: «Entre
juillet et octobre, j´ai fait huit ou neuf allers-retours. J´étais chargé du
contact avec le Sdece [Service de Documentation extérieure et de
Contre-Espionnage, NDLR], et je rendais compte directement à Ben Gourion.» A
ce moment même est lancée la coopération nucléaire qui aboutira à la
construction du réacteur de Dimona, dans le désert du Néguev. «La France a
joué un rôle inoubliable dans la défense d´Israël et nous a aidés à l´époque
la plus difficile de notre histoire», admet Shimon Peres, alors directeur
général du ministère israélien de la Défense.

Au-delà de l´admiration mutuelle, il y a bien sûr convergence d´intérêts. La
France affronte l´insurrection d´Algérie, Israël combat le nationalisme
arabe, particulièrement vif en Egypte. «Paris nous fournissait des armes. En
échange, nous lui donnions des renseignements, notamment sur l´Egypte, qui
aidait les insurgés algériens», résume Yuval Neeman.

Oublie-t-on que ce lien des années 1950 dont parlent avec nostalgie tous les
protagonistes fut tissé bien avant, souvent d´ailleurs par les mêmes acteurs
de l´histoire?

A la veille de la naissance d´Israël, toutes les fractions du mouvement
sioniste eurent leur siège à Paris. Le chef de «l´Alya Beth», l´immigration
juive clandestine en Palestine, Shaul Avigur, recevait ses agents dans un
bureau au-dessus du Lido. Les bateaux de réfugiés juifs d´Europe de l´Est
rescapés des camps partaient de La Ciotat, de Bayonne, de Port-de-Bouc sous
les yeux complices des édiles locaux et de la police. Les représentants de
la Hagannah, mais aussi des groupes terroristes, comme l´Irgoun ou le Stern,
faisaient antichambre dans les locaux des services secrets français où ils
étaient considérés avec la plus grande bienveillance. Se souvient-on que
l´«Altalena», navire affrété par l´Irgoun de Menahem Begin, et dont Ben
Gourion exigera l´arraisonnement, était parti de Provence, rempli d´armes
fournies en sous-main par les services français? Certes, il y avait là aussi
convergence d´intérêts, la France d´alors n´étant pas mécontente de malmener
la Grande-Bretagne, puissance mandataire en Palestine. Mais cette
bienveillance se nourrissait aussi d´autres sentiments bien plus profonds.

En France, les services, l´armée, l´administration de l´après-guerre étaient
alors dominés par les anciens de la France libre ou de la Résistance.
Certains avaient connu les camps. Les sionistes étaient, eux, imprégnés du
romantisme de la Révolution française, ils n´avaient pas non plus oublié le
rôle de Napoléon dans l´émancipation des juifs de France. Lors de la
campagne d´Egypte, le général Bonaparte n´avait-il pas appelé «les juifs
d´Asie et d´Afrique à rejoindre son armée pour libérer Jérusalem et recréer
leur Etat»? Et en 1917, avant même la déclaration Balfour, Jules Cambon,
secrétaire général du Quai-d´Orsay, n´avait-il pas déjà souligné «la
sympathie du gouvernement français pour la renaissance de la nation juive
sur cette terre d´où le peuple d´Israël avait été chassé il y a tant de
siècles»? C´est donc à cette sympathie profonde - presque une symbiose -
qu´avait mis fin le Général en 1967.

«La fin de la guerre d´Algérie et les intérêts français dans le monde arabe
justifient ce changement, pas sa brutalité. Certains faits assez méconnus
qu´il faut relier offrent une autre grille de lecture», affirme aujourd´hui
Yuval Neeman, ex-ministre qui préside encore l´Agence spatiale israélienne.
Selon lui, en 1961, les services israéliens ont eu vent d´un projet
d´assassinat du Général par l´OAS. L´attaché militaire à Paris Uzi Narkiss
prévient discrètement Alain de Boissieu, gendre et aide de camp du Général.
Le complot est déjoué, ses auteurs sont arrêtés. Cette même année, Ben
Gourion est reçu à Paris par un de Gaulle qui clame: «Israël, notre ami,
notre allié.» Mais au fond le Général supporte déjà de moins en moins ces
Israéliens qui sont comme chez eux au ministère de la Défense, au Sdece,
chez Dassault comme au Commissariat à l´Energie atomique. Plus étonnant
encore, fin Mai-68, le même Boissieu aurait à son tour convoqué à Paris Uzi
Narkiss pour lui délivrer un message étrange: «Dites à votre Dany le Rouge
de se calmer.»

«En 1961, dans sa légendaire fierté, de Gaulle n´avait sans doute pas
supporté l´idée de devoir la vie à un petit Etat étranger. C´est peut-être
ce qui explique sa crispation en 1967 et ses dérapages», affirme encore
Neeman. Quoi qu´il en soit, le divorce est prononcé. Israël se tourne vers
les Etats-Unis. Avec la France, rien ne sera plus comme avant.

Après son élection de 1977, Menahem Begin, hostile à la moindre allusion en
faveur d´un futur Etat palestinien, évite soigneusement Paris. Avec
l´avènement de François Mitterrand, un «ami d´Israël», renaît l´espoir d´une
véritable réconciliation. Mais lors de son séjour à Jérusalem en 1982, le
premier voyage d´un chef d´Etat français en Israël parvient tout juste à
casser la glace. Un exemple? En 1984, Shimon Peres, vieil ami de la France
et de son président, tente de relancer l´idée d´une coopération nucléaire.
Mitterrand donne son aval. Le projet vise la construction de deux nouvelles
centrales en Israël destinées à produire de l´électricité. Entre experts
français et israéliens, les négociations avancent dans le plus grand secret.
Elles n´aboutiront jamais: Paris veut en même temps reconstruire la centrale
irakienne d´Osirak, détruite en 1981. «Nos experts étaient formels: entre
les mains de Saddam Hussein, toute nouvelle centrale était dangereuse.
C´était inacceptable, confie Asher Ben Nathan, chargé du montage financier
du projet franco-israélien. Et un matin, l´air gêné, les experts français
ont signifié à leurs interlocuteurs israéliens qu´ils venaient de recevoir
l´ordre de tout arrêter. C´était fini!»

En 1996, le voyage de Jacques Chirac est gâché par cet incroyable incident
dans la vieille ville de Jérusalem: le président français s´emporte
bruyamment contre l´omniprésence des services de sécurité israéliens. Plus
tard, quand Lionel Jospin se fera caillasser par des étudiants palestiniens
de Bir Zeit après avoir qualifié de terroriste le Hezbollah, il obtiendra en
retour de la part des dirigeants israéliens une commisération teintée d´un
léger amusement. Et aujourd´hui, même si des contacts étroits sont maintenus
entre les services de renseignement, même si les échanges commerciaux ont
doublé en quinze ans, atteignant près de 2 milliards d´euros, le courant
passe toujours aussi mal sur le plan politique. Et mieux vaut ne pas trop
miser sur les Israéliens d´origine française qui vivent en Cisjordanie et à
Gaza pour donner une autre image de la France. «Les médias français sont les
pires. Pour eux, les Palestiniens sont toujours les victimes, même quand il
s´agit de terroristes. L´affaire Dieudonné en dit long sur la montée de
l´antisémitisme, assène sans complexe David Shapira, l´un des porte-parole
du Conseil de Judée-Samarie, lui-même installé dans la colonie de Beit-El
depuis vingt ans. Ceux d´entre nous qui ont dû quitter l´Algérie française
constatent que la France est en train de devenir algérienne.»

D´autres Israéliens, parmi les plus modérés, n´hésitent pas, eux non plus, à
avouer leur malaise: «Depuis le début de l´Intifada, je me suis brouillée
avec certains de mes vieux amis de gauche à Paris. Car je ne supporte plus
qu´ils me disent: "Vous, les Israéliens, faites ceci ou cela", alors qu´ils
savent très bien que je suis moi-même opposée à la politique du gouvernement
Sharon», explique Ziva Postec, une réalisatrice longtemps parisienne qui a
collaboré avec Claude Lanzmann pour le montage de «Shoah». Certes, à la
mi-décembre, Nicolas Sarkozy, invité de la conférence annuelle d´Herzliya,
le très huppé centre de réflexion stratégique d´Israël, est parvenu, dans
son style direct, à séduire ses auditeurs. Ceux-ci lui avaient d´ailleurs
réservé un véritable accueil de chef d´Etat. S´agissait-il d´une malice
destinée à agacer l´Elysée et à renforcer l´image du nouveau président de
l´UMP, qui n´a jamais caché un atlantisme jugé prometteur? Ou bien ce succès
marque-t-il réellement la volonté d´un rapprochement imminent entre les deux
pays? Difficile à dire. Malgré les reproches qui lui sont adressés pour son
soutien aux Palestiniens, on reconnaît à Jacques Chirac un parcours
inattaquable sur le sujet de l´antisémitisme, comme il vient une nouvelle
fois d´en administrer la preuve à l´occasion des cérémonies marquant la
libération d´Auschwitz. Ce qui n´empêche pas certains cyniques israéliens de
suggérer, sous le manteau, que le président français cherche un alibi pour
masquer une politique en réalité proarabe. Mais en France les sceptiques
n´ont-ils pas ricané à l´annonce du retrait de Gaza par Sharon, ce qui
risque pourtant de lui coûter son fauteuil de Premier ministre? Les
malentendus ont la vie longue.

Henri Guirchoun

© Le Nouvel Observateur 2005
______________________________________________________________________________

Voir aussi notre bulletin n°1731 du 23/3/2005

Séisme dans la politique arabe de la France

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/1731
______________________________________________________________________________

#1738 De: "CID" <cid1@...>
Date: Vendredi 25. Mars 2005  12:18
Sujet: Attentat Liban: «Ils veulent nous faire peur» / rapport onu : accablant pour services sécu
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Attentat au Liban: «Ils veulent nous faire peur»

    Après la troisième bombe en huit jours, les services de sécurité sont
    accusés.

    «Nous ne sommes pas dupes. Nous savons que ces explosions sont un message
    adressé à ceux qui réclament la fin de la tutelle syrienne.»

    [Libération - 28 mars 2005]

2. Meurtre de Hariri: la Syrie désignée

    Le rapport onusien réclame la tête des services de sécurité libanais.

    Commandé par l'ONU, le rapport de la commission Fitzgerald sur les
    circonstances de la mort de Rafic Hariri, le 14 février à Beyrouth, ne lève
    pas le voile sur l'identité des assassins de l'ex-Premier ministre libanais
    mais il désigne clairement la Syrie de Bachar al-Assad et ses alliés
    libanais.

    [Libération - 26 mars 2005]

3. Congé administratif pour le chef des renseignements militaires libanais
    dont l'opposition réclame la démission

    [AP - 29 mars 2005]

4. Nations unies: Paris et Washington propose une enquête internationale sur
    l'assassinat de Rafic Hariri

    [AP - 31 mars 2005]
                           _________________________

Le Rapport Fitzgerald

    Le rapport de Fitzgerald remis à Annan est accablant pour les services de
    sécurité libanais et syriens

    Des « négligences sérieuses et systématiques » dans l'enquête locale,
    accuse la commission de l'Onu

    Ce texte, à propos duquel un haut responsable de l'Onu avait déclaré
    quelques heures auparavant qu'il est « l'un des plus retentissants jamais
    compilés par les Nations unies », est accablant tant pour les autorités
    libanaises que syriennes.

    [www.lorientlejour.com - 25 Mars 2005]
_____________________________________________________________________________

Voir aussi notre bulletin n°1731 du 23 mars 2005

Séisme dans la politique arabe de la France : Quand la Syrie monte au nez de
Chirac

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/1731
______________________________________________________________________________

Monde

Attentat au Liban: «Ils veulent nous faire peur»

Après la troisième bombe en huit jours, les services de sécurité sont accusés.

Par Anaïs BERANGER

Libération

lundi 28 mars 2005

Beyrouth correspondance

Au pied des immeubles en flammes, Elie tente de se frayer un chemin. Il vient de
parcourir 30 kilomètres pour évaluer l'ampleur des dégâts. Sa famille possède
deux magasins dans la cité industrielle de Dekouaneh, au nord de Beyrouth,
frappée samedi en début de soirée par un nouvel attentat à la voiture piégée. Le
troisième au Liban en l'espace d'une semaine. «Là-bas, dit-il en montrant du
doigt un coin de bâtiment noirci par le feu, c'est la boutique de mon oncle.
Regardez, il ne reste plus rien.» A sa gauche, un jeune Indien observe d'un
regard incrédule le ballet des secouristes et des pompiers. Comme d'autres
travailleurs immigrés, il dormait dans l'atelier de son employeur quand la
charge a explosé et s'il s'en sort indemne, certains de ses amis comptent parmi
les six blessés. Depuis quelques jours, sa communauté paie un lourd tribut à ces
attentats qui ciblent des zones commerciales de nuit, quand la plupart des
Libanais ont déserté les lieux.

«Je ne sais pas qui est responsable, ce n'est pas le moment de donner des
opinions politiques», s'agace, au milieu des gravats, le député Michel el-Murr,
proche du président prosyrien Emile Lahoud. Des hommes de l'opposition,
également sur les lieux, n'usent pas des mêmes précautions de langage. «Ce sont
les services de sécurité qui sont censés assurer la protection de la population,
déclare Elias Atallah, secrétaire général de la Gauche démocratique. Soit ils
sont incapables de faire correctement leur travail, soit ils sont directement
coupables, mais, dans les deux cas, ils doivent démissionner.»

«Chaos». Il reprend là l'une des principales revendications de l'opposition, qui
réclame la tête des six chefs des services de sécurité libanais depuis
l'attentat ayant coûté la vie à l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, le 14
février. «Non seulement ils n'ont pas su le protéger mais en plus, ils regardent
sans rien faire notre pays sombrer dans le chaos, renchérit Pierre Gemayel,
député des Forces libanaises. Nous ne sommes pas dupes. Nous savons que ces
explosions sont un message adressé à ceux qui réclament la fin de la tutelle
syrienne. Ils veulent nous faire peur et nous diviser.»

Depuis le 19 mars, date du premier attentat dans une banlieue résidentielle de
Beyrouth, les déflagrations se produisent exclusivement dans des quartiers
chrétiens. Aux yeux de nombre de Libanais, cette récurrence prouve que les
commanditaires cherchent à dresser les communautés les unes contre les autres.
«Ce sont comme les prémices d'une guerre civile, analyse Dany, étudiant. Ils
espèrent que les maronites vont accuser les musulmans, mais ça ne prendra pas.»

Egalement visée, l'économie libanaise. «En choisissant des zones industrielles,
commerçantes, ils nous disent qu'ils ont différents moyens de porter atteinte au
pays, explique Nicolas Sbeih, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Commerce du
Levant. Bien sûr, ces actes terroristes vont avoir des répercussions, mais
limitées et provisoires.» Plus durable sera, en revanche, la peur qui s'abat
progressivement sur le pays du Cèdre. Un appel anonyme a même menacé de faire
sauter un bâtiment abritant plusieurs médias, dont Al-Jezira.

«Négligences». Vendredi, le rapport de la mission de l'ONU chargée d'enquêter
sur les circonstances du meurtre de Rafic Hariri avait mis en cause les services
de sécurité libanais, accusés de «sérieuses et systématiques négligences dans
l'exercice des devoirs qui incombent d'habitude à un appareil sécuritaire
national professionnel». Depuis, le président Lahoud s'est engagé à coopérer
avec l'organisation internationale, «quelle que soit la formule adoptée», pour
faire la vérité sur la mort de Rafik Hariri. Un premier pas qui pourrait, selon
des quotidiens libanais, aboutir au limogeage des chefs des services de
sécurité.

© Libération
______________________________________________________________________________

Monde

Meurtre de Hariri: la Syrie désignée

Le rapport onusien réclame la tête des services de sécurité libanais.

Par Christophe AYAD

Libération

samedi 26 mars 2005

Peu de techniques, mais beaucoup de politique. Commandé par l'ONU, le rapport de
la commission Fitzgerald sur les circonstances de la mort de Rafic Hariri, le 14
février à Beyrouth, ne lève pas le voile sur l'identité des assassins de
l'ex-Premier ministre libanais mais il désigne clairement la Syrie de Bachar
al-Assad et ses alliés libanais.

D'après l'équipe d'experts irlandais, c'est une charge d'une tonne de TNT,
placée dans un véhicule, qui a tué 20 personnes et ravagé le centre de la
capitale libanaise. Sans désigner le régime syrien comme le commanditaire du
meurtre de Hariri, le rapport de Peter Fitzgerald, chef adjoint de la police
irlandaise, désigne la Syrie, qui «porte la principale responsabilité de la
tension politique qui régnait [au Liban] avant l'assassinat». Les renseignements
militaires syriens sont accusés d'avoir «tissé la toile de fond» de
l'assassinat. Quant aux services de sécurité libanais, ils «n'ont pas fourni de
protection appropriée à M. Hariri et ont donc créé un contexte commode pour son
assassinat». Pire, ils «ont contribué à la propagation d'une culture
d'intimidation et d'impunité».

Le rapport préconise la création d'une commission d'enquête internationale,
seule à même de faire toute la lumière, à condition que «l'actuelle hiérarchie
des services de sécurité libanais» soit remplacée. Ces derniers feraient
obstacle à la vérité. A tel point que le juge chargé de l'enquête s'en est
dessaisi au début de la semaine. L'opposition libanaise antisyrienne, qui
réclame le remplacement des chefs des six services de sécurité et du procureur
général, s'est félicitée des conclusions du rapport.

Sur la défensive, le pouvoir libanais a accepté du bout des lèvres la
proposition d'enquête internationale, reprise à son compte par le secrétaire
général de l'ONU, Kofi Annan. Les recommandations de la commission Fitzgerald
pourraient donner au président Emile Lahoud l'occasion de démettre les chefs des
services de renseignements sans donner l'impression de céder à l'opposition.
Mais une enquête internationale ouvre la porte à une internationalisation de la
crise et offre un levier, aux Etats-Unis et à la France notamment, sur les
premiers cercles du régime syrien. Un jeu dangereux si Washington se met en tête
d'opérer un changement de régime à Damas et utilise l'enquête pour écarter tel
ou tel nom.

© Libération
_____________________________________________________________________________

Congé administratif pour le chef des renseignements militaires libanais dont
l'opposition réclame la démission

mardi 29 mars 2005, 19h08

BEYROUTH (AP) - Le général pro-syrien en charge des renseignements militaires
libanais, dont la démission est réclamée par l'opposition, s'est effacé mardi en
prenant un "congé administratif" d'un mois, selon un responsable militaire.

Le général Raymond Azar, directeur des renseignements a pris un "congé
administratif" d'un mois, a précisé le responsable sous couvert de l'anonymat.

L'opposition anti-syrienne a réclamé la démission d'Azar, de quatre autres
généraux et du procureur général après l'assassinat le 14 février de l'ancien
Premier ministre libanais Rafic Hariri, imputant sa mort à Damas et à ses alliés
au Pays du Cèdre.

Le général, qui dirige les renseignements dans la province du Mont Liban, a été
nommé pour remplacer Raymond Azar en son absence. AP
______________________________________________________________________________

Nations unies: Paris et Washington propose une enquête internationale sur
l'assassinat de Rafic Hariri

jeudi 31 mars 2005, 1h56

NATIONS UNIES (AP) - La France et les Etats-Unis ont fait circuler mercredi aux
Nations unies un projet de résolution prévoyant la création d'une commission
d'enquête internationale chargée de faire la lumière sur l'assassinat de
l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri.

Ce texte est actuellement étudié par des experts des 15 pays membres du Conseil
de sécurité des Nations unies. Il fait suite à la publication, la semaine
dernière, d'un rapport onusien exigeant l'ouverture d'une enquête internationale
après avoir établi que les autorités libanaises avaient bâclé, voire
complètement manipulé leur enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri.

Le projet de résolution reprend les conclusions de ce rapport, affirmant que
"l'enquête libanaise a souffert de nombreux défauts et n'avait ni la capacité ni
la volonté de parvenir à une conclusion satisfaisante et crédible".

Il autorise les enquêteurs internationaux à interroger toutes les personnes
qu'ils souhaiteront, à recueillir toutes les preuves dont ils auront besoin, et
leur garantit une liberté de mouvement totale au Liban. Il demande enfin au
secrétaire général de l'ONU Kofi Annan de consulter le gouvernement libanais de
toute urgence pour faciliter la création de la nouvelle commission d'enquête.

Rafic Hariri et 17 autres personnes ont été tués dans l'attentat du 14 février.
L'opposition libanaise a accusé la Syrie, qui continue de nier toute
implication. Le rapport publié la semaine dernière estime que Damas est
responsable des tensions politiques qui ont conduit à la mort de l'ancien
Premier ministre, mais ne va pas jusqu'à accuser la Syrie d'être directement
responsable de l'attentat. AP
_____________________________________________________________________________

Le rapport de Fitzgerald remis à Annan est accablant pour les services de
sécurité libanais et syriens

Des « négligences sérieuses et systématiques » dans l'enquête locale, accuse la
commission de l'Onu

NEW YORK - De notre correspondante Sylviane ZEHIL

www.lorientlejour.com

Vendredi 25 Mars, 2005

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a rendu public hier en fin
d'après-midi à New York (près de minuit heure de Beyrouth) le texte du rapport
établi par la commission d'information des Nations unies sur les circonstances
de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri.

Ce texte, à propos duquel un haut responsable de l'Onu avait déclaré quelques
heures auparavant qu'il est « l'un des plus retentissants jamais compilés par
les Nations unies », est accablant tant pour les autorités libanaises que
syriennes.

Le rapport souligne que la Syrie était responsable de la tension ayant régné au
Liban avant l'assassinat de Hariri. Il affirme que l'enquête menée par le
gouvernement libanais sur l'assassinat souffrait de « négligences sérieuses et
systématiques » et qu'une enquête internationale indépendante était nécessaire.
Mais la commission estime « plus que douteux » qu'une telle commission
indépendante puisse mener à bien sa mission de manière satisfaisante, « tant que
l'actuelle hiérarchie des services de sécurité libanais restera en place ». Elle
affirme que « la restauration de l'intégrité et de la crédibilité de l'appareil
de sécurité libanais est d'une importance vitale pour la sécurité et la
stabilité du pays ». « Un effort soutenu de restructuration, de réforme et de
formation des services de sécurité libanais sera nécessaire pour parvenir à
cette fin », ajoute la commission. Elle estime que l'explosion qui a tué Rafic
Hariri était due à une charge d'environ une tonne de TNT, placée probablement
au-dessus du sol. La commission, dirigée par l'Irlandais Peter Fitzgerald,
ajoute que « les services de sécurité libanais et les services secrets syriens
portent la responsabilité principale du manque de sécurité, de protection de
l'État de droit et de l'ordre au Liban ». Les services de sécurité libanais «
ont fait preuve de négligences sérieuses et systématiques dans la réalisation
des tâches habituellement accomplies par un appareil national de sécurité
professionnel », poursuit la commission dans son rapport. « Par là, ils ont
échoué à fournir aux citoyens du Liban un niveau acceptable de sécurité et ont
contribué à la propagation d'une culture d'intimidation et d'impunité »,
ajoute-t-elle.

Après l'émotion considérable soulevée à travers le monde par le meurtre de
Hariri, M. Annan avait chargé une commission d'enquête de trois hommes, menée
par M. Fitzgerald, d'enquêter sur ses « circonstances, causes et conséquences ».
L'équipe de l'Onu, qui comprend des experts en explosifs, en médecine légale et
dans le domaine juridique, a terminé son enquête le 15 mars à Beyrouth, où elle
se trouvait depuis le 24 février.

L'ambassadeur de Syrie à l'Onu a immédiatement réagi au rapport, accusant M.
Fitzgerald d'avoir pris partie pour l'opposition libanaise et d'avoir établi un
texte « partial » évoquant des questions politiques « qui ne sont pas de son
ressort ». Il estime, en outre, que ce rapport « n'a pas force de loi ».

Les conclusions et les recommandations

Voici dans leur intégralité les points 60, 61, 62, 63 et 64 du rapport présenté
par la mission Fitzgerald au secrétaire général de l'Onu, correspondant aux
conclusions et aux recommandations - particulièrement accablantes pour Beyrouth
et Damas - qui ont été soumises hier au Conseil de sécurité des Nations unies.

« La mission estime que c'est aux services de sécurité libanais et aux SR
militaires syriens qu'incombe en tout premier lieu la responsabilité dans les
manquements à la sécurité, à la protection, à l'État de droit et à l'ordre au
Liban. Les services de sécurité libanais ont fait montre de sérieuses et
systématiques négligences dans l'exercice des devoirs qui incombent d'habitude à
un appareil sécuritaire national professionnel. Ainsi, ils ont gravement échoué
dans leur mission consistant à assurer aux citoyens libanais un niveau
acceptable de sécurité, et, par conséquent, ont contribué à la propagation d'une
culture de l'intimidation et de l'impunité. Les SR militaires syriens partagent
au plus haut degré cette responsabilité à cause de leur implication dans la
gestion des services de sécurité au Liban.

« Deuxièmement, la mission estime que c'est au gouvernement syrien qu'incombe en
tout premier lieu la responsabilité dans les tensions politiques qui ont précédé
l'assassinat de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri. Le gouvernement syrien
a exercé d'une façon claire une influence allant bien au-delà de la coopération
raisonnable ou des relations de bon voisinage. Ce gouvernement s'est mêlé dans
les moindres détails de la gouvernance au Liban, il a eu la main lourde et s'est
montré inflexible et cela a été la raison principale de la polarisation
politique qui a suivi. Sans porter préjudice aux résultats de l'investigation,
il est évident que cette atmosphère a assuré la toile de fond qui a entraîné
l'assassinat de Rafic Hariri.

« Troisièmement, il est clairement apparu à la Mission que le processus de
l'enquête libanaise souffre de sérieux défauts. Que cela soit dû à un manque
d'aptitude ou d'engagement, il est impossible que ce processus aboutisse à des
conclusions satisfaisantes. Sans compter que la crédibilité des autorités
libanaises chargées de l'enquête est remise en question par un grand nombre de
Libanais, appartenant aussi bien à l'opposition qu'au gouvernement. La Mission
estime par conséquent qu'une enquête internationale indépendante est nécessaire
afin de révéler la vérité. Et pour mener à bien une telle enquête, il faudrait
une équipe autonome, comprenant l'ensemble des experts et spécialistes
généralement impliqués dans des enquêtes aussi vastes ayant comme cadre un
système national. Cette équipe a besoin du concours d'un personnel et de
ressources adéquates, ainsi que de connaissances du système judiciaire concerné
; elle pourrait être assistée et conseillée juridiquement par des Libanais sans
que cela ne touche en quoi que ce soit son indépendance. Il est cependant plus
que douteux qu'une telle enquête puisse être menée à bien - et recevoir la
nécessaire et efficace coopération de la part des autorités locales - tant que
l'actuelle hiérarchie des services de sécurité libanais restera en place.

« Quatrièmement, et en conclusion, la Mission pense que la restauration de
l'intégrité et de la crédibilité de l'appareil sécuritaire libanais est
d'importance vitale pour la sécurité et la stabilité du pays. Un effort soutenu
de restructuration, de réforme et d'entraînement des services de sécurité
libanais sera nécessaire pour atteindre cet objectif, ce qui nécessitera
certainement l'assistance de la communauté internationale et un engagement actif
de sa part.

En base de l'appréciation de l'état présent de l'appareil sécuritaire libanais,
la Mission a identifié six principaux points de réforme prioritaires de
l'appareil sécuritaire libanais : a) découpler sécurité et politique et établir
un service professionnel ; b) nationaliser l'appareil sécuritaire en le
désengageant de toute influence externe et en le hissant au-dessus des
allégeances sectaires ; c) établir un service policier démocratique,
spécialement attentif au règne de la loi et aux droits de l'homme ; d) définir
des structures claires de responsabilité et de comptes à rendre ; e) établir des
structures de capacitation (capacity-building) ; f) introduire des mécanismes
clairs de responsabilité et de supervision judiciaire.

Finalement, la Mission est également d'avis qu'un appui international et
régional sera nécessaire pour protéger l'unité nationale libanaise et en
défendre la fragile constitution des pressions indues. Améliorer les
perspectives de paix et de sécurité dans la région offrirait aussi de meilleures
conditions pour la restauration de la vie normale au Liban.

Une enquête truffée de négligences

La mission d'enquête de l'Onu s'est attachée à mettre en lumière les
circonstances de l'attentat. Après avoir inspecté les lieux du crime, les
enquêteurs sont parvenus à la conclusion que l'explosion a vraisemblablement eu
lieu à la surface de la route et que l'explosif utilisé était une charge
d'environ 1 000 kg de TNT.

Les enquêteurs mettent également en exergue les manquements de l'enquête menée
sur le terrain par les autorités locales, notamment la découverte des corps de
victimes plusieurs jours après la date de l'attentat. Tout en soulignant que la
priorité doit toujours être donnée à la recherche des victimes, la mission de
l'Onu relève que les autorités auraient dû assurer une meilleure préservation de
la scène du crime et des indices s'y trouvant. « Les autorités ont échoué en la
matière », affirme le rapport. La mission insiste également sur le fait que les
six véhicules formant le convoi de Rafic Hariri ont été enlevés des lieux du
crime, ce qui a entravé la collecte des preuves. L'armée, la police et les
services de renseignements ont également ôté des lieux des éléments pouvant
avoir une valeur au niveau de l'enquête sans recenser correctement leurs
actions.

Le rapport de la commission d'enquête révèle en outre que le jour de l'attentat,
le directeur et un présentateur d'al-Jazira à Beyrouth ont reçu des menaces pour
que la chaîne satellitaire diffuse une vidéo contenant la revendication de
l'attentat par le groupe « de la Nasra et du Jihad pour la grande Syrie ».
L'agence Reuters a été la cible de menaces similaires. Les enquêteurs de l'Onu
estiment toutefois que peu d'éléments tendent à conforter la thèse selon
laquelle Ahmed Abou Adas, identifié par les autorités libanaises comme la
personne apparaissant sur la bande vidéo du groupe « de la Nasra et du Jihad
pour la grande Syrie », serait un militant extrémiste.

Le rapport de la mission souligne également qu'un enregistrement vidéo, effectué
par les caméras de la HSBC, montre le comportement suspect d'un pick-up blanc
Mitsubishi roulant approximativement six fois moins vite que la moyenne sur les
lieux de l'attentat, peu avant le passage du convoi de M. Hariri. Une piste
privilégiée par les autorités libanaises. La Mission assure toutefois pouvoir
affirmer avec certitude « que des pièces d'un camion ont été apportées sur les
lieux de l'explosion par un membre des forces de sécurité après l'assassinat et
ont été placées dans le cratère puis photographiées dans ce cratère par des
membres des forces de sécurité, créant ainsi des doutes et suspicions sur
l'implication réelle de ce camion dans l'assassinat et écornant sérieusement la
crédibilité du fil principal de l'enquête ».

En résumé, les enquêteurs onusiens soulignent que l'enquête menée par les
autorités libanaises est au mieux altérée par de sérieuses négligences, au pire
sujette à des actions criminelles. La Mission met en exergue le fait que les
juges ne contrôlaient pas l'enquête.

En conséquence, la Mission estime qu'il y a eu « un manque clair d'engagement
pour enquêter de manière efficace sur le crime, et que l'enquête n'a pas été
menée selon les standards internationaux acceptables. La Mission estime
également que l'enquête locale n'a ni la capacité ni l'engagement nécessaires
pour réussir. Elle manque également de la confiance populaire nécessaire pour
que ses résultats soient acceptés ».

Un environnement propice à l'assassinat de Hariri

Exposant la mission des différents services sécuritaires du pays, le rapport
s'arrête sur le rôle des services de renseignements syriens au Liban. «
Contrairement aux affirmations faites à la commission par leur chef, les preuves
et les témoignages concurrents nous poussent à croire au-delà de tout doute
possible que ces services ont joué un rôle-clé dans la vie politique libanaise
et avaient une implication active, si ce n'est pas une supervision directe, de
la gestion des affaires sécuritaires au Liban », affirme le texte.

Le rapport a en outre estimé que le conseil central de sécurité, supposé gérer
les relations entre ces différents services, est plus « une formalité qu'un
mécanisme de coordination », puisque les chefs des services rapportent leurs
informations à ceux qui les ont désignés plutôt qu'au conseil.

Le texte a également conclu qu'il y a « un grave échec de la part de l'appareil
sécuritaire qui n'a pu prévoir ni empêcher l'assassinat de M. Hariri ». Malgré
les rumeurs de danger menaçant M. Hariri ainsi que M. Joumblatt, et malgré la
tentative d'assassinat de M. Hamadé, aucune mesure supplémentaire de protection
n'a été prise autour de l'ancien Premier ministre, a-t-il indiqué, précisant que
l'équipe de protection de Hariri a été réduite de 40 à 8 agents peu de temps
après sa démission. « Au moment de son assassinat, la protection de M. Hariri
était assurée presque entièrement par son équipe de sécurité privée », a-t-il
ajouté.

Le rapport rejette enfin les arguments des responsables sécuritaires affirmant
que les services au Liban ne connaissent pas le concept de « sécurité préventive
». Cet argument est inadmissible puisque la prévention est essentielle dans un
mécanisme de sécurité, et faux, puisque la garde républicaine a elle-même
affirmé assurer ce genre de protection au président de la République, déclare le
rapport.

Et de conclure : « L'appareil sécuritaire libanais n'a pas pu fournir une
protection adéquate à M. Hariri et a donc assuré un contexte adéquat à son
assassinat. »

Paris étudie le mécanisme nécessaire à la création d'une enquête internationale

Selon notre correspondante au palais de Verre, Sylviane Zéhil, la France prépare
un projet de résolution qu'elle soumettra la semaine prochaine au Conseil de
sécurité de l'Onu relatif à la formation d'une commission d'enquête de l'Onu,
dont elle étudie actuellement le mécanisme nécessaire à sa création.

Pour sa part, Washington s'est félicité jeudi du travail de la mission
Fitzgerald, affirmant que l'enquête menée par le gouvernement libanais sur
l'assassinat de Rafic Hariri souffrait de « sérieuses faiblesses », mais a
refusé de commenter avant de pouvoir lire le rapport.

« Nous avons particulièrement apprécié » le travail de la commission d'enquête
de l'Onu, qui a également pointé la nécessité d'une enquête indépendante sur les
circonstances de la mort de l'ancien Premier ministre, a dit un responsable au
département d'État sous le couvert de l'anonymat. « Nous n'avons pas encore eu
l'occasion de lire le rapport (...) mais nous avons hâte de le recevoir et d'en
discuter avec les membres du Conseil de sécurité », a-t-il ajouté.

Lahoud à Annan : Faites le nécessaire pour établir la vérité

Le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a appelé hier soir le chef de
l'État, Émile Lahoud, pour lui communiquer les grandes lignes du rapport de la
commission d'information internationale sur l'assassinat de l'ancien Premier
ministre Rafic Hariri, indique un communiqué de la présidence de la République.

« Le président Lahoud a demandé à M. Annan de faire le nécessaire pour établir
la vérité sur le crime le plus rapidement possible et l'a remercié de
l'attention qu'il porte à la situation au Liban », précise le communiqué.

De source diplomatique libanaise, on indique que le Liban a reçu une copie du
rapport de la commission internationale.

L'ancien ministre Marwan Hamadé, qui intervenait en direct à la LBC, a affirmé
que le communiqué de la présidence « signifie que le Liban se prépare à accepter
l'idée d'une commission d'enquête internationale » sur l'assassinat de Hariri,
qui pourrait être proposée par le Conseil de sécurité de l'Onu.

Le ministre sortant de l'Intérieur, Sleimane Frangié, a pour sa part affirmé sur
la même chaîne qu'en cas d'accord pour la formation d'une commission
internationale d'enquête, il serait « le premier à comparaître » devant elle.

Tabbarah n'écarte pas l'éventualité d'un tribunal international

L'ancien ministre de la Justice, Bahige Tabbarah, a estimé hier qu'« il est
clair que l'on se dirige vers la mise en place d'une commission d'enquête
internationale, dotée de larges prérogatives (...), et cela pourrait conduire à
l'établissement d'un tribunal international », a-t-il affirmé, dans une première
réaction recueillie par la LBC. Il a également indiqué qu'il était significatif
dans ce contexte que le juge d'instruction libanais chargé de l'enquête, Michel
Abou Arrage, ait remis sa démission au Conseil supérieur de la magistrature. «
Ce désistement est en soi une dénonciation de l'enquête conduite par les
autorités libanaises et les services de sécurité », a-t-il ajouté.
______________________________________________________________________________

Voir aussi notre bulletin n°1731 du 23 mars 2005

Séisme dans la politique arabe de la France : Quand la Syrie monte au nez de
Chirac

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/1731
______________________________________________________________________________

#1739 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Jeudi 31. Mars 2005  11:36
Sujet: CRISE DE L'ANTIRACISME : LA FIN DE L'AVEUGLEMENT ?
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Chronique du médiateur

    Nul ne peut soupçonner Le Monde de minimiser le racisme. Au cours des vingt
    dernières années, le journal lui a consacré des milliers d'articles, de
    reportages, commentaires ou points de vue, et toujours dans le même sens :
    il s'agissait de décrire, analyser et condamner les discriminations ou les
    humiliations dont sont victimes en France des personnes d'origine
    étrangère. Et voilà que le numéro du 16 mars a consacré sa manchette et une
    page entière aux violences "anti-Blancs" survenues au cours des dernières
    manifestations lycéennes !

    Au Monde aussi, reconnaissons-le, une sorte de tabou interdisait de parler
    de certaines choses. Il ne fallait surtout pas "faire le jeu du Front
    national". On a donc tu, avec les meilleures intentions, ce qui aurait dû
    être décrit en détail et analysé autrement que par le biais de sociologues
    bien-pensants.

    [LE MONDE - 26.03.05]

2. Racisme "anti-blancs": un appel contesté

    Plusieurs personnalités, dont Alain Finkielkraut et Jacques Julliard, ont
    signé un appel contre les "ratonnades anti-blancs". L'Union nationale des
    lycéens juge la démarche "irresponsable et simplificatrice".

    La ligue des droits de l'Homme (LDH) et le Mrap (mouvement contre le
    racisme et pour l'amitié entre les peuples) jugent cet
    appel "irresponsable" et "simplificateur".

    "En France, il est difficile de dire que le racisme vient des victimes du
    racisme."

    "C'est la bataille Farrakhan qui nous pend au nez"

    [NOUVELOBS.COM - 31.03.05]

3. Les bonnes âmes et le racisme

    Ou quand la gauche compassionnelle répugne à parler de racisme antiblanc

    [Semaine du jeudi 31 mars 2005 - n°2108 - Chroniques]

4. 3 QUESTIONS A... JACQUES JULLIARD

    "L'anti-racisme ne se divise pas"

    [Le Nouvel Observateur - mardi 29 mars 2005]

5. Extraits du bloc-notes de Bernard-Henri Lévy

    Dire et répéter qu'un casseur reste un casseur quelle que soit la couleur
    de sa peau et quel que soit, surtout, le « malaise social » qu'il invoque,
    bravo. Mais de là à parler de « racisme », de là à réamorcer cette bombe
    sémantique qu'est la notion de « racisme anti-Blanc », de là à jouer avec
    des mots graves, lourds de sens et de sang, chargés de la douleur des
    siècles, il y a un pas dont je ne comprends pas qu'ils aient pu si
    allègrement le franchir.

    [le point - 31/03/05]

6. De Malcolm X à Farrakhan

    Etats-Unis : les Noirs antijuifs

    [Nouvel Observateur Hebdo  N° 2103 - 24/2/2005]

7. De la cause noire à la haine des juifs

    Dieudonné : Enquête sur un antisémite

    L'affaire Dieudonné qui scandalise aujourd'hui la France est un double
    drame. Celui de la chute tragique d'un humoriste de talent et celui de la
    naissance troublante d'un antisémitisme sur le terreau progressiste

    [Nouvel Observateur Hebdo  N° 2103 - 24/2/2005]
______________________________________________________________________________

Chronique du médiateur

par ROBERT SOLÉ

LE MONDE | 26.03.05 | 15h23  •  Mis à jour le 26.03.05 | 15h23

Nul ne peut soupçonner Le Monde de minimiser le racisme. Au cours des vingt
dernières années, le journal lui a consacré des milliers d'articles, de
reportages, commentaires ou points de vue, et toujours dans le même sens : il
s'agissait de décrire, analyser et condamner les discriminations ou les
humiliations dont sont victimes en France des personnes d'origine étrangère. Et
voilà que le numéro du 16 mars a consacré sa manchette et une page entière aux
violences "anti-Blancs" survenues au cours des dernières manifestations
lycéennes !

On y apprenait que plusieurs centaines de jeunes banlieusards, venus pour la
plupart de la Seine-Saint-Denis, étaient "descendus" à Paris pour agresser des
garçons ou des filles en train de défiler. C'était chaque fois le même scénario
: "Des petites baffes, une "balayette" pour faire tomber le lycéen un peu isolé
et des coups de pied pour l'empêcher de se relever." Le témoignage d'un
professeur d'histoire-géographie était particulièrement inquiétant : "Devant
lui, des lycéens ont été traînés par les cheveux. D'autres ont été "massacrés" à
coups de pied et de poing. Des agresseurs ont volé des portables pour les briser
devant les yeux de leurs victimes." Militant antiraciste, membre du syndicat
SUD-Education (proche de l'extrême gauche), cet enseignant précisait : "Il
s'agissait d'agressions de type racial (...). Je n'ai vu que des Noirs agresser
des Blancs." Un reportage de Luc Bronner révélait la triple motivation des
jeunes banlieusards qui revendiquaient ces violences : se faire de l'argent
facile, "se venger des Blancs" et frapper par plaisir.

"Merci pour vos articles, écrit Claude Guillier (Paris). Cela nous change d'une
époque où Le Monde était à peu près le seul à ne pas voir, ou à peine, ce genre
de débordement. Un petit doute quand même : la manifestation a eu lieu le 8
mars, et les articles ont été publiés une semaine plus tard. Y aurait-il eu
quelques hésitations au sein de la rédaction sur l'opportunité de publier de
tels articles, pour ne pas "désespérer Billancourt" ?"

Reprenons la chronologie. Une première manifestation lycéenne a été organisée à
Paris le 10 février, sans incidents. Le 15 février, en revanche, des "casseurs"
ont détruit des voitures, s'en sont pris aux forces de l'ordre et ont agressé
des lycéens. C'est le 8 mars qu'a eu lieu la manifestation la plus violente,
marquée par plusieurs dizaines d'agressions.

Les reporters du Monde n'avaient pas réussi à s'entretenir avec des "casseurs".
Il a été décidé alors, en prévision d'une nouvelle manifestation prévue le 15
mars, que Luc Bronner irait enquêter à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), d'où
venaient certains de ces groupes. C'est à la sortie d'un lycée professionnel
qu'il a recueilli divers commentaires, recoupant des témoignages de victimes,
d'enseignants ou de médecins des services d'urgence dans des hôpitaux parisiens.

Des lecteurs ont été choqués que Le Monde soulève une telle question, et de
cette manière. "Quel est votre but ?, demande Amel Lagoubi (courriel). Nous
informer que des abrutis brutaux existent ? Que les problèmes viennent des
banlieues ? Vous décrivez une réalité, mais sous un angle assez dangereux. A
croire que tous les manifestants ne sont que des "petits Blancs" et tous les
casseurs des basanés !"

Une autre internaute, Micaela Rojas, est encore plus sévère : "Bravo, sujet
magistralement traité, bel exemple de stigmatisation communautaire, un de plus
dans l'océan de mépris des médias nationaux vis-à-vis des communautés arabes et
noires! Vous avez tout compris des racines profondes du mal,c'est effectivement
l'envie de belles fringues et de portables dernier cri qui motive les
"bougnoules" et autres sales négros de banlieue, et pas du tout leur exclusion
sociale criante. Quelle clairvoyance ! Je ne pensais pas que Le Monde, que
j'estime depuis l'adolescence, pouvait en arriver là."

Remarque ironique, mais en sens inverse, d'Eric Descheemaeker, d'Oxford (Grande-
Bretagne) : " Le Monde a eu, de toute évidence, un instant d'égarement dans son
traitement des manifestations lycéennes. Comment pouvez-vous écrire que des
"Noirs" y ont agressé des "Blancs" ? Je vous rappelle les règles de l'évangile
antiraciste (...). J'attends votre mea culpa."

Le lendemain, dans un autre courriel, ce même lecteur corrigeait le tir :
"Merci. Malgré l'ironie de mes propos, croyez bien que je suis heureux que Le
Monde regarde enfin la réalité en face. Cela fait quinze ans que j'attendais
cela. J'ai passé toute mon enfance, à Paris, à affronter quotidiennement
l'attitude hostile des jeunes issus de l'immigration, à qui vous n'avez jamais
rien fait mais qui vous haïssent du simple fait que vous êtes blanc;pour ensuite
lire le soir les chroniques ruisselantes de bonne conscience de votre journal
expliquant jour après jour que le principal danger menaçant la France était le
racisme des petits bourgeois blancs. Quinze ans à renverser systématiquement les
victimes et les agresseurs. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai quitté
ce pays."

Rémy Mouton, qui écrit, lui, de Berlin (Allemagne), s'étonne que Le Monde ait
mis tant de temps à découvrir ce qui crevait les yeux depuis longtemps. "J'ai
passé, raconte-t-il, trois années, de 1983 à 1986, au lycée Georges-Braque
d'Argenteuil (Val-d'Oise). Si on ne les connaissait pas d'avance, on apprenait
très vite et à grand renfort de coups, en arrivant dans cet établissement, un
certain nombre de règles de survie:ne jamais adresser la parole à un
non-Blanc,ne jamais regarder une fille non-Blanche, et si une bande de "Zoulous"
s'approchait, changer immédiatement de trottoir. Tout manquement coûtait un
tabassage (...)."

Rémy Mouton précise : "Ces règles n'étaient jamais dites. Il m'a fallu des
années pour me rendre compte qu'elles n'étaient pas universelles et que les gens
qui n'avaient jamais vécu en banlieue ne les connaissaient pas. Nous n'avions
pas le droit de les formuler. Les mots "Noir" et "Arabe" étaient strictement
interdits:ç'aurait été du racisme.Etonnamment, nous professions un antiracisme
intransigeant, mais uniquement orienté vers soi-même, quasi masochiste. Il faut
croire que nous écoutions nos professeurs..."

Au Monde aussi, reconnaissons-le, une sorte de tabou interdisait de parler de
certaines choses. Il ne fallait surtout pas "faire le jeu du Front national". On
a donc tu, avec les meilleures intentions, ce qui aurait dû être décrit en
détail et analysé autrement que par le biais de sociologues bien-pensants.

Aujourd'hui, le Front national boit du petit lait. Le Monde du 16 mars a inspiré
à l'un de ses principaux dirigeants, Bruno Gollnisch, un communiqué railleur :
"Tant que les victimes étaient les jeunes Français des milieux populaires de
banlieue, la "gauche caviar" les considérait avec indifférence. Mais
aujourd'hui, ce sont ses enfants qui trinquent. Pauvres chéris, qui manifestent
contre Fillon et se font agresser lors de ce devoir civique. "Allô maman bobo,
que font donc les CRS ?" Les choses ont bien changé depuis Mai 68."

Le journal ­ comme les médias français en général ­ est absent des zones
sinistrées de banlieue. Il ne suffit pas d'un reportage de temps en temps pour
rendre compte de ce qui s'y passe, en bien et en mal. Plusieurs lecteurs nous
font remarquer que, chaque jour, le pire y côtoie le meilleur : des violences,
mais aussi des initiatives intelligentes et courageuses, des parcours
exemplaires de jeunes issus de l'immigration... Le racisme n'est pas seulement à
double sens, mais affecte aussi les minorités entre elles. Cela dit, il n'y a
pas que du racisme, et toute agression n'en relève pas nécessairement.

Le Monde n'a pas attendu les manifestations lycéennes de mars pour commencer à
aborder des réalités dérangeantes. Mais il l'a fait jusqu'ici de manière timide
et incomplète. L'"investigation", dans ce domaine, a été insuffisante, et c'est
un euphémisme.

Article paru dans l'édition du 27.03.05

© Le Monde.fr
______________________________________________________________________________

RACISME

Racisme "anti-blancs": un appel contesté

NOUVELOBS.COM | 31.03.05 | 13:19

Plusieurs personnalités, dont Alain Finkielkraut et Jacques Julliard, ont signé
un appel contre les "ratonnades anti-blancs". L'Union nationale des lycéens juge
la démarche "irresponsable et simplificatrice".

L'Union nationale des lycéens a condamné lundi 28 mars le récent appel lancé par
Hachomer Hatzaïr contre des "ratonnades anti-blancs" lors des dernières
manifestations lycéennes, jugeant cette démarche "irresponsable et
simplificatrice".

"Ayant participé aux manifestations lycéennes (...) nous estimons que les
violences qui s'y sont déroulées traduisent avant tout un profond malaise parmi
les jeunes issus de milieux défavorisés", écrit l'UNL dans un communiqué.

"Simplifier cela à du racisme anti-blanc, c'est négliger les nombreux efforts
que notre société doit faire pour réduire ses inégalités", ajoute l'UNL, en
condamnant un "appel qui ne peut que favoriser les communautarismes".

"Démarche communautaire"

L'appel lancé vendredi 25 mars pour dénoncer des "ratonnades anti-blancs" lors
des récentes manifestations lycéennes a également été condamné par plusieurs
représentants d'associations anti-racistes et de défense de la communauté noire.

La ligue des droits de l'Homme (LDH) et le Mrap (mouvement contre le racisme et
pour l'amitié entre les peuples) jugent cet appel "irresponsable" et
"simplificateur".

"Il risque d'accroître les divisions, c'est une démarche communautaire", a
affirmé Michel Tubiana, président de la LDH.

"Cela transpire le mépris"

Affirmant que les incidents au cours de la manifestation du 8 Mars "était
détestables et pas justifiables", il estime cependant "réducteur" de "qualifier
ces actes de racisme", "cela transpire le mépris à l'égard de certaines couches
sociales", a-t-il ajouté. "La haine sociale n'est pas acceptable, mais en
focalisant sur le racisme, on se ferme toute possibilité de comprendre, d'agir,
y compris par la voie des sanctions".

"On veut éteindre un incendie avec un bidon d'essence", a estimé Mouloud Aounit
(Mrap) affirmant ne pas croire "que ces manifestations soient animées
exclusivement par la haine du blanc. On ne peut donner une lecture ethnique à
une violence sociale, ne donner que cette lecture est à courte vue et
irresponsable".

En revanche, Serge Romana, président du Comité marche du 23 mai, luttant pour
une reconnaissance de l'esclavage, reconnaît que ces violences étaient
"malheureusement prévisibles et une vraie catastrophe", mais juge l'appel
"inacceptable car il prend l'allure d'un affrontement blancs-noirs".

Patrick Klugman, vice-président de SOS-Racisme, a estimé que "la définition
binaire (blancs-noirs) n'est pas la bonne grille d'analyse". "Arrêtons la
victimisation. Il faut démontrer à David, Kader et Sébastien qu'ils ne sont pas
seulement des victimes", a-t-il affirmé. "Nous sommes dans une société
fragmentée, en voie de tribalisation. Le racisme est devenu un mode haineux de
régulation de notre société".

"Simpliste" et "dangereux"

L'Unef a également dénoncé vendredi cet appel le considérant "simpliste quant
aux faits rapportés et dangereux quant à l'effet escompté".

L'Unef a rappelé dans un communiqué sa condamnation des violences mais a ajouté:
"il est faux d'affirmer qu'elles aient eu d'abord un caractère raciste. Elles
sont avant tout le reflet du malaise social et de la fracture qui se creuse
entre lycées de banlieue et de centre ville".

"En distinguant les cas de 'David, Kader et Sébastien', on contribue à alimenter
le mythe d'une France morcelée entre communautés", a ajouté l'Unef.
"Au lendemain d'un rapport recensant une augmentation dramatique des actes
racistes, à l'heure où des propos négationnistes sont tenus par des professeurs
d'université, il nous paraît particulièrement maladroit de faire un amalgame
entre la montée du racisme et les événements qui se sont déroulés lors de
manifestations contre la loi Fillon", a-t-elle conclu.

En revanche, Yonathan Arfi, président de l'UEJF (Union des étudiants juifs de
France) a estimé que "la problématique" de l'appel est juste. "En France, il est
difficile de dire que le racisme vient des victimes du racisme. On a du mal à
mettre des mots sur les choses, on a parlé de 'revanche scolaire' pour parler
des agressions racistes dans les manifestations lycéennes".

L'appel

L'appel, publié vendredi à l'initiative du mouvement sioniste Hachomer Hatzaïr
et Radio Shalom, a été signé par plusieurs dont Alain Finkielkraut, Jacques
Julliard et Bernard Kouchner, ont signé un appel.

"Il y a deux ans, le 26 mars 2003, quatre jeunes du mouvement Hachomer Hatzaïr
venaient de se faire agresser en marge d'une manifestation (...) parce qu'ils
étaient juifs, rappelle le texte. Aujourd'hui, les manifestations lycéennes sont
devenues, pour certains, le prétexte à ce que l'on peut appeler des 'ratonnades
anti-blancs".

"Des lycéens, souvent seuls, sont jetés au sol, battus, volés et leurs
agresseurs affirment, le sourire aux lèvres, 'parce qu'ils sont français'",
poursuit le texte.

"Ceci est un nouvel appel parce que nous ne voulons pas l'accepter et parce que,
pour nous, David, Kader et Sébastien ont le même droit à la dignité".
"Il ne s'agit pas, pour nous, de stigmatiser une population quelle qu'elle soit,
ajoute le texte. Il s'agit d'une question d'équité. On a parlé de David, on a
parlé de Kader mais qui parle de Sébastien?"

Finkielkraut

Les initiateurs de l'appel ont fait état, au cours d'une conférence de presse,
d'une liste de 1.000 premiers lycéens signataires et du soutien de plusieurs
personnalités, parmi lesquels le philosophe Alain Finkielkraut, le journaliste
Jacques Julliard, l'ancien ministre Bernard Kouchner, le politologue
Pierre-André Taguieff, le journaliste Ghaleb Bencheikh ou encore le cinéaste
Elie Chouraqui.

Alain Finkielkraut, présent à la tribune de la conférence de presse, s'est
défendu d'avoir voulu "stigmatiser une catégorie" mais a dénoncé "un mouvement
de haine judéophobe et francophobe" tel qu'il s'est exprimé, selon lui, pendant
la manifestation lycéenne à Paris le 8 mars dernier.

"La francophobie se répand comme la judéophobie et ne s'en distingue pas",
a-t-il dit. "Il y a un ressentiment monstrueux qui s'exprime aujourd'hui en
France". "C'est la bataille Farrakhan qui nous pend au nez", a-t-il ajouté se
référant à Louis Farrakhan, leader aux Etats-Unis du mouvement raciste noir
"Nation of Islam".

"Juifs et Français sont mis en cause conjointement", a-t-il répété, soulignant
que "la dénégation mène au pire", en évoquant la présidentielle d'avril 2001 qui
avait vu le dirigeant du Front National Jean-Marie Le Pen arriver en deuxième
position.

© Le Nouvel Observateur 2005
______________________________________________________________________________

Semaine du jeudi 31 mars 2005 - n°2108 - Chroniques

La chronique de Jacques Julliard

Les bonnes âmes et le racisme

Ou quand la gauche compassionnelle répugne à parler de racisme antiblanc

Pourquoi avoir accepté de cosigner un appel (1) dénonçant le racisme
antiblanc qui est apparu lors des manifestations lycéennes de ces
dernières semaines? Pour plusieurs raisons, dont la plus évidente
est que l'antiracisme ne se divise pas, et que distinguer entre un
racisme intolérable, parce qu'il n'a pas d'excuses, et un racisme
tolérable, sous prétexte qu'il en aurait, ce serait sombrer dans
l'apologétique politicienne, celle qui compromet sans remède les
causes qu'elle prétend défendre. Il me semble que la chose va de soi
ou devrait aller de soi. Sinon, nous sommes tous des casuistes et
des imposteurs.

Mais il est une autre raison, plus conjoncturelle, à laquelle je
n'ai pu m'empêcher de penser quand on m'a proposé ce texte. Je ne
veux pas voir la gauche reproduire à propos des nouvelles formes de
racisme les erreurs qu'elle a commises naguère à propos de
l'insécurité et de la violence, et qui lui ont coûté assez cher.
Souvenez-vous. Longtemps, la gauche que j'appelle compassionnelle,
par sollicitude envers les catégories dont sont censés sortir
beaucoup de délinquants, a affirmé contre l'évidence que cette
montée de la délinquance était purement imaginaire; qu'elle relevait
de cette «psychose sécuritaire» dont les conservateurs savent si
bien jouer en période électorale.

Nous avons été un certain nombre, notamment dans ce journal, à nous
élever contre une conception si manifestement fausse et dévoyée par
les bons sentiments. Lionel Jospin, alors Premier ministre, réagit
de son côté avec lucidité et vigueur. Mais c'était trop tard. On ne
saura jamais si un tel aveuglement a coûté à la gauche la
présidentielle de 2002, où elle ne figura même pas au second tour.
Convenons tout au moins que les émois de dames d'œuvre de cette
gauche-là ont fourni pour des années à Jacques Chirac et à Nicolas
Sarkozy, sur le thème de l'insécurité, un fonds de commerce
miraculeux, inépuisable.

On connaît bien la raison, au demeurant fort honorable, de ce
véritable déni de réalité: la crainte de voir stigmatisées, à la
faveur de la dénonciation de l'insécurité, les populations immigrées
ou étrangères. Or voici que les choses recommencent au chapitre du
néoracisme. A propos d'incidents au cours desquels de jeunes Noirs
ont castagné et détroussé de jeunes Blancs, on a vu de bonnes âmes
détourner les yeux, baisser la voix, se tortiller sans fin. Et si
quelqu'un se décide à dénoncer ce racisme, pendant qu'il est encore
temps, on parle de «malaise»...

On dira qu'il ne s'agit pour le moment que d'actions sporadiques.
Fort heureusement. Mais les provocations répétées de Dieudonné,
celles aussi préoccupantes des soi-disant «indigènes de la
République» signifient qu'un climat délétère est en train de
s'installer. Jean Daniel a montré (2) comment la tentation
d'essentialiser et de perpétuer une situation coloniale révolue est
porteuse de menaces pour la concorde et l'intégration des diverses
populations que comporte la France. Nous y sommes.

Je n'ai pas encore parlé du plus fallacieux et du plus détestable
des arguments maniés par les partisans du silence. Il consiste à
prétendre substituer à l'apparence raciste des agressions leur
signification véritable: la lutte des classes, qui opposerait ici
les riches aux pauvres, les banlieues aux centres des villes, les
lycéens nantis aux déshérités de la culture. C'est la reductio ad
marxismum! Mais alors c'est Noël au pays du racisme, parce que le
racisme n'existe plus, puisqu'il est toujours innocent! Les petits
Blancs racistes du sud des Etats-Unis, qui s'en prenaient aux Noirs,
n'en pouvaient mais, puisqu'ils étaient les victimes de la
paupérisation! Le lepénisme est innocent, puisque sa xénophobie, son
antisémitisme ne sont que l'expression du désarroi et des
difficultés économiques des artisans et des commerçants, victimes de
la mondialisation! Et le racisme nazi ne faisait que traduire les
faillites des commerçants et le chômage de la classe ouvrière
allemande!

On devrait avoir honte, après tout ce que nous avons vécu au XXe
siècle, de recourir à des habillages idéologiques aussi grossiers.
Expliquer la dérive d'un individu ou d'un groupe n'est en aucune
façon l'excuser. Il n'y a pas de bon et de mauvais racisme. Tenter
d'analyser les causes de la dérive raciste qui tente aujourd'hui de
petites minorités sociales ou ethniques dans notre société, mille
fois oui. Cela ne doit pas dispenser, au préalable, de leur donner
un bon coup sur le mufle.

(1) Lancé par le mouvement progressiste de la jeunesse juive
Hachomer Hatzaïr et Radio Chalom, et signé entre autres par Ghaleb
Bencheikh, Elie Chouraqui, Chahdortt Djavann, Alain Finkielkraut,
Bernard Kouchner et Pierre-André Taguieff.

(2) «Le Monde», 27-28 mars 2005.

Jacques Julliard

© Le Nouvel Observateur 2005
______________________________________________________________________________

3 QUESTIONS A... JACQUES JULLIARD

"L'anti-racisme ne se divise pas"

Jacques Julliard est directeur délégué de la rédaction du Nouvel Observateur
et un des signataires de l'appel contre "les ratonnades anti-Blancs".

Pourquoi avez-vous signé cet appel ?

- J'ai d'abord répondu à cet appel car on me l'a demandé.

Mais j'ai accepté de signer car l'antiracisme ne se divise pas. J'ai passé ma
vie à lutter contre le racisme antimusulman en Algérie, en Bosnie, au Kosovo et
en France. Alors pourquoi ne pas s'élever contre cette forme de racisme envers
des petits Français qui n'en peuvent mais ? Car ce phénomène n'est de surcroît
pas isolé, il intervient après les propos de Dieudonné et l'Appel des Indigènes
de la République.

D'autre part, j'ai signé cet appel car la gauche ne doit pas recommencer ses
erreurs au sujet de l'insécurité. La gauche a longtemps nié le phénomène de
l'insécurité en n'y voyant qu'un phantasme sécuritaire alimenté par les journaux
ou la droite. Pour moi, c'est une des erreurs majeures qui a conduit à la
défaite de Jospin en 2002. Et je crois qu'on est en train de
recommencer…Regardez : il n'y a pratiquement eu aucune réaction après ces
incidents dans les manifestations lycéennes.

L'appel contre "les ratonnades anti-Blancs" n'est-il pas une généralisation
excessive de quelques incidents isolés, en associant "francophobie" et
"judéophobie" ?

- Bien entendu, il n'y a pas symétrie entre le racisme anti-blanc et le racisme
antinoir ou antirarabe. C'est l'alouette contre le cheval. Cela dit le climat se
délétère. Il est encore sporadique et c'est maintenant qu'il faut réagir.

J'ai été un des premiers, il y a plusieurs années, à dénoncer la montée des
violences dans les écoles. Et tout le monde me répondait que c'était un
phénomène isolé et que la majorité des classes était calme. C'est maintenant
qu'il faut condamner ces actes, il ne faut pas avoir peur de dire qu'il y a des
brebis galeuses !

Je refuse de généraliser donc je condamne ces cas isolés. Lorsque je condamne un
coiffeur criminel, je ne condamne pas l'ensemble des coiffeurs ! Il y a un
malaise certain car tout le monde craint d'impliquer l'ensemble de la population
noire ou musulmane, ce qui suppose que toute la population est soit coupable,
soit complice. C'est faux ! Bien évidemment, il ne faut pas identifier
l'ensemble de la jeunesse noire, musulmane ou immigrée à cette racaille !

Il faut être ferme et permettre à l'ensemble de la population concernée de se
distinguer de ces brebis galeuses ! Il faut refuser le silence !

Cet appel a été désavoué par beaucoup de personnes. Se veut-il provocateur ?
N'est-ce pas le risque, comme le souligne Esther Benbassa, de créer un
antagonisme Blancs/ Noirs ?

- C'est l'inverse qui est vrai.

Expliquer ces incidents racistes par des raisons sociales (les pauvres contre
les riches ou les déshérités contre les prébendiers de la culture) c'est nier
totalement le racisme! En poussant plus loin ce raisonnement, on arrive à dire
que le racisme de Le Pen ne fait que refléter le malaise social des commerçants
et des artisans victimes de la modernisation. Il faut expliquer ce phénomène
mais surtout ne pas refuser de le condamner, sinon, on est sur la pente fatale !

Les propos de Jean Daniel dans Le Monde, "L'anticolonialisme comme alibi",
rejoignent ma démarche, et je les prolonge dans le Nouvel Observateur à paraître
jeudi.

Comme lui, je n'admets pas cette déviance d'une partie de la population, sous
prétexte que leurs ancêtres ont été victimes de la colonisation, car toutes les
formes de racisme sont inexcusables.

Propos recueillis par Aline Brachet (le mardi 29 mars 2005)

© Le Nouvel Observateur 2005
______________________________________________________________________________

Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy

Extraits

(...)

Mes amis ont-ils perdu la tête ? Prendre la défense de Sébastien quand c'est
Sébastien, et non plus Kader et David, que l'on agresse, très bien. Dire et
répéter qu'un casseur reste un casseur quelle que soit la couleur de sa peau et
quel que soit, surtout, le « malaise social » qu'il invoque, bravo. Mais de là à
parler de « racisme », de là à réamorcer cette bombe sémantique qu'est la notion
de « racisme anti-Blanc », de là à jouer avec des mots graves, lourds de sens et
de sang, chargés de la douleur des siècles, il y a un pas dont je ne comprends
pas qu'ils aient pu si allègrement le franchir. Une ratonnade est une ratonnade.
Ce sont des hommes et des femmes concrets, concrètement torturés, assassinés,
lynchés. C'est tout un appareillage policier, politique, philosophique,
scientifique, qui s'appelle, en effet, le racisme et qui débouche sur des
meurtres réels qui furent, parfois, des meurtres de masse. Confondre ceci et
cela, mélanger la tradition du lynchage et une manif qui tourne mal, penser sous
le même mot le tabassage odieux de « Sébastien » et les centaines de morts en
pleine guerre d'Algérie, du 17 octobre 1961, amalgamer enfin francophobie et
judéophobie en venant, comme Finkielkraut, nous raconter que la première « se
répand » comme la seconde et ne « s'en distingue pas », tout cela est ahurissant
et relève, dans le meilleur des cas, de la confusion intellectuelle. Attention,
oui, amis. Renoncer à bien nommer les choses, c'est, vous le savez aussi bien
que moi, ajouter au mal en ce monde. Galvauder les noms de la souffrance, c'est
profaner la mémoire des victimes d'hier et se rendre impuissant à secourir
celles d'aujourd'hui.

© le point 31/03/05 - N°1698 - Page 138 - 849 mots
______________________________________________________________________________

Nouvel Observateur Hebdo  N° 2103 - 24/2/2005

De Malcolm X à Farrakhan

Etats-Unis : les Noirs antijuifs

De notre correspondant aux Etats-Unis

«I am a jew.» Venant d'une Noire, la célèbre chanteuse Beyoncé Knowles, le
message fera sursauter. C'est voulu. Beyoncé, avec quelques autres stars
non-juives, a accepté de prêter son joli minois à une campagne de spots qui
devraient être bientôt diffusés en Europe, aux Etats-Unis et en Israël. Mais
comme toujours dans les relations entre Noirs et juifs américains, l'histoire
est un peu plus compliquée. La campagne est le fruit d'une collaboration entre
Marc Schneier, un rabbin orthodoxe new-yorkais, et Russell Simmons, fondateur du
label de disques Def Jam. Pour le rabbin, Simmons «est un passionné des
relations entre Noirs et juifs», mais d'autres relèvent qu'il a toujours refusé
de prendre ses distances avec Louis Farrakhan, le leader ouvertement antisémite
de la Nation de l'Islam.

Les Noirs américains n'ont pas attendu Dieudonné pour entonner le vieux refrain
du juif trop puissant. Dans les années 1920, le leader noir Marcus Garvey avait
lancé une campagne «Achetez noir» visant explicitement les juifs. Au lendemain
de la Seconde Guerre mondiale, l'écrivain James Baldwin accusait les juifs de
«faire le sale boulot des Blancs». Et la quasi-canonisation de Malcolm X ne
saurait faire oublier son antisémitisme virulent. Mais Farrakhan, avec sa Nation
de l'Islam, a véritablement donné une nouvelle dimension à l'antisémitisme noir.
Tout y est: le judaïsme «religion d'égout», le juif esclavagiste - une
accusation fausse, car en 1830 on ne comptait que 120 juifs parmi les 45000
propriétaires d'esclaves sudistes -, le «juif suceur de sang»...

Les tensions culminent en 1991 dans le quartier new-yorkais de Brooklyn Heights,
quand une foule noire se livre pendant trois jours à une «chasse au juif», puis
en 1995 à Harlem, quand un Noir met le feu à un magasin de la 125e Rue
appartenant à un juif (huit morts). Il n'y a pas eu, depuis, d'incident majeur
et les sondages montrent une certaine stabilité dans le black antisemitism, mais
à un niveau élevé: 35% affichent des opinions antisémites, selon une étude de
l'Anti-Defamation League de 2002.

L'antisémitisme noir, tout comme le racisme de certains juifs envers les
shvartsers, un mot yiddish terriblement péjoratif pour désigner les blacks, est
complexe. Voilà deux communautés qui forment deux des derniers bastions du Parti
démocrate, malgré les efforts considérables - et largement infructueux - de
George Bush pour séduire l'électorat juif. Deux communautés qui ont fait front
commun dans le mouvement pour les droits civiques des années 1950 et 1960,
années pendant lesquelles les juifs ont largement soutenu et financé la lutte
pour l'émancipation des Noirs. Deux communautés, enfin, qui partagent bien des
réticences face aux wasps, ces blancs anglo-saxons protestants qui tiennent
encore le haut du pavé. Pourquoi, dans ces conditions, les leaders noirs
sont-ils si peu nombreux à prendre ouvertement leurs distances avec un Farrakhan
ou un Al Sharpton, le politicien de Harlem qui cherche aujourd'hui à se faire
passer pour un modéré? Le Moyen-Orient peut jouer un rôle à l'occasion, comme
lorsque les Comités d'action politiques juifs font battre des élus noirs trop
critiques envers Israël.

Mais les vraies raisons sont ailleurs. La première est tout simplement
historique: quand les Noirs migrent vers le Nord, dans les années 1920, ils
peuplent des quartiers dont les propriétaires et les commerçants sont souvent
juifs; les juifs sont depuis partis habiter d'autres quartiers ou d'autres
villes, à tel point qu'il existe aujourd'hui très peu d'endroits où les deux
communautés coexistent. Mais le mythe du juif exploiteur, accapareur, a la vie
dure. Une deuxième raison est d'ordre économique: il y a chez les Noirs «une
forme de ressentiment et d'envie» à l'égard des juifs, selon les mots de Cornell
West, le célèbre prof de Princeton. Parmi les minorités américaines, les Noirs
occupent largement le bas de l'échelle sociale, même si la classe moyenne noire
grandit vite, tandis que les juifs sont depuis longtemps l'une des plus riches.

Selon Julius Lester, un écrivain noir qui s'est converti au judaïsme, la
véritable explication à l'antisémitisme noir est à chercher plus loin, dans la
psyché: les Noirs tireraient de leur antisémitisme un plus grand sentiment de
puissance que s'ils s'en prenaient aux Gentils, du simple fait que les juifs
restent une minorité vulnérable, tandis que les Blancs non-juifs, de par leur
masse, restent largement invulnérables. CQFD.

Philippe Boulet-Gercourt
_____________________________________________________________________________

Nouvel Observateur Hebdo  N° 2103 - 24/2/2005

De la cause noire à la haine des juifs

Dieudonné : Enquête sur un antisémite

L'affaire Dieudonné qui scandalise aujourd'hui la France est un double drame.
Celui de la chute tragique d'un humoriste de talent et celui de la naissance
troublante d'un antisémitisme sur le terreau progressiste

Dieudonné : Enquête sur un antisémite

Dieudonné est donc le diable, il doit être content. Il y a une jouissance de la
chute chez ce comique, désormais incarnation du «nouvel antisémitisme», lâché
par ses amis, conspué par la totalité de la presse et du monde politique. Un
acharnement à dévoyer son talent, comme s'il fallait prouver l'existence de
l'ennemi par son propre martyre. «Si Dieudonné est exécuté, c'est bien que les
juifs sont intouchables», suggère un ancien compagnon de l'artiste, pas encore
échaudé. La transgression a bon goût: des mots hideux que l'on se met en bouche,
que l'on prend plaisir à proférer, à suggérer, à instiller. Lobby, puissance
occulte, pouvoir juif. Les juifs contre les Noirs. Auschwitz contre l'esclavage.

Le souvenir de la Shoah est une «pornographie mémorielle», a expliqué Dieudonné
la semaine dernière à des journalistes algériens, ravis d'entendre un expert
décrire la France en «territoire occupé par le sionisme». En matière
d'antisémitisme, le comique fait preuve de répétition. Son thème,obsessionnel,
depuis plus d'un an? Les juifs - ou les sionistes - tiennent les médias. Ils
imposent le culte de leur martyre à l'opinion. Ils exploitent la Shoah à des
fins mercantiles et politiques. Abrités derrière Auschwitz, ils occultent leur
participation à la traite des Noirs, étouffent la mémoire de l'esclavage et
massacrent les Palestiniens. Et auraient peut-être même inventé le sida...
Dieudonné ressasse ses thèmes jusqu'à la nausée.

Son dérapage algérois, révélé par le journal internet Proche-Orient.info, n'est
qu'une redite. Mais il survient après plusieurs mois de tolérance molle.
Dieudonné était l'ami de trop de monde, tant de gens l'avaient aimé. Comique
métis, ancien partenaire d'un juif, Elie Semoun, dans un duo de potaches
antiracistes. Militant de gauche, candidat anti-lepéniste aux élections, sur une
ligne basiste, façon «motivé-e-s». Dieudonné, en dépit de ses délires, était
aussi l'ardent défenseur d'un projet de film sur l'esclavage aux Antilles, «le
Code noir». Pour financer ce rêve, il avait même rencontré l'été dernier le
président de la République du Bénin, Mathieu Kérékou. Aujourd'hui, la croisade
antijuive du comique a tout balayé. Jusqu'à ce film. Ses amis rompent et
s'interrogent sur ce suicide moral. Folie? Persécution? Conflits récurrents avec
des animateurs de télévision juifs? Influence d'amis extrémistes? Dans les
milieux noirs, on pointe le soutien de Dieudonné à un groupe radical et
mystique, le Parti kémite, profondément anti-Blanc, à qui il a offert son
théâtre, la Main d'Or, pour organiser un congrès. D'autres se souviennent de son
amitié passée avec un représentant français de la Nation de l'Islam de Louis
Farrakhan.On pointe sa prise en main par des pro-Palestiniens radicaux. On
évoque ses liens avec l'écrivain antisémite Alain Soral. On cherche une
explication. On ne découvre qu'un gâchis humain. Et plus encore: une horreur
politique.

Dieudonné est aussi un révélateur. Sa transformation inquiète moins que sa
permanence. Le comédien reprend en les exacerbant des fantasmes courants dans
une gauche tiers-mondiste ayant pignon sur rue: l'idée d'une «injustice» dans le
traitement des racismes ou d'une exagération de l'antisémitisme, ou d'une
exploitation de la Shoah par Israël.Dieudonné le bouffon hurle ce que d'autres
murmurent. Il n'est pas convenable. Il emploie une rhétorique violente et
populiste, mais fabriquée à l'usage des foules de gauche. Il est un alchimiste
de la transgression. Il joue de son passé. Il culpabilise ses potes, les prend
en otage. Le 29 décembre dernier,on voit ainsi Jamel Debbouze, comique préféré
des Français, monter sur scène au Zénith pour applaudir Dieudonné. «Il a les
couilles de dire ce qu'on pense», lance Jamel, après que Dieudonné se fut payé
les juifs, les sionistes «qui frappent toujours dans le dos».

Dire tout haut ce que l'on pense tout bas? Une rhétorique typiquement
«lepénienne» dans la bouche du gentil Jamel? Cela en dit long sur la légèreté
politique de Debbouze, qui reniera d'ailleurs Dieudonné quelque jours plus tard.
Mais aussi sur l'effet pervers du personnage «Dieudo». Un joueur de flûte, qui
conduit ses amis sur un chemin périlleux. Ce qui trouble dans l'affaire
Dieudonné? Son succès. Les applaudissements aujourd'hui de la presse algérienne.
Ce rappel de la popularité de l'antisémitisme dans les médias arabo-musulmans.
Les réticences de militants de la cause noire n'osant pas attaquer Dieudonné de
peur d'être assimilés à ses ennemis, de hurler avec les loups. «J'ai défendu
Dieudonné dans un premier temps, et j'avais tort, constate l'écrivain Calixte
Beyala. Il veut nous faire croire à nous les Noirs que les juifs sont
responsables de nos malheurs. Il travestit l'histoire, invente une haine qui n'a
pas lieu d'être. Et cela peut marcher auprès de jeunes ignorants si on ne se met
pas en travers.»

Mais les Noirs ne sont pas la seule cible. Témoin cette confidence d'un
humoriste parisien, bien blanc, très à la mode, et éminemment progressiste: «Au
fond, on peut comprendre sa colère, quand on voit Finkielkraut ou Bernard-Henri
Lévy abriter leurs positions acquises en brandissant l'antisémitisme.»

Dieudonné n'est pas un penseur, mais il capte l'air du temps. Son duo avec Elie
Semoun témoignait de la fraternité naïve née des années 1980. Son
néo-antisémitisme porte la marque de notre époque perturbée. Marquée par la
seconde Intifada, le 11-Septembre et l'invention d'une «nouvelle judéophobie»
théorisée par le chercheur Pierre-André Taguieff («Prêcheurs de haine», Mille et
Une Nuits): une détestation des juifs nourrie du progressisme, grandie entre les
sociétés arabo-musulmanes et certaines gauches radicales, validée par la
souffrance palestinienne; une nazification d'Israël, élargie aux juifs dans leur
ensemble... Au nom de l'amour de l'humanité.

Qui a soutenu Dieudonné depuis un an? Des saltimbanques, par solidarité
corporatiste. Des activistes de gauche. Des militants ultras de la Palestine,
qui avaient fait de Dieudonné la figure de proue de leur liste Europalestine aux
élections européennes. Qui le défend encore aujourd'hui? Un progressiste,
inscrit au barreau de Montpellier,ami intime et défenseur de José Bové, ancien
avocat du Larzac et de Jean-Marie Tjibaou! Me François Roux a connu Dieudonné en
2001, quand l'humoriste ne chargeait pas encore les juifs, mais les Blancs en
général, et les catholiques en particulier, responsables collectivement de
l'esclavage. L'Agrif - association d'extrême-droite fondée par le catholique
intégriste et FN Bernard Antony - avait attaqué l'artiste. Roux l'avait défendu.
Dieudonné était alors une bonne cause. Un métis. Anti-Le Pen. Pro-Kanak.

Puis «Dieudo» est devenu douteux, mais Me Roux est resté. Il a défendu
Dieudonné, avec talent, de procès en procès. Malgré le sketch du rabbin nazi qui
a provoqué le premier scandale, en décembre 2003, dans l'émission de Fogiel.
Malgré l'accumulation de dérapages de son client. Habitude et solidarité?
Incapacité à rompre? Incapacité à voir? Refus de trahir un homme qu'on a aimé?
Espoir de le voir sortir de son enfermement? L'affaire Dieudonné, depuis
quatorze mois, vient illustrer la myopie d'une partie de la gauche quand le mal
naît de ses rangs.

En février 2004, quand son spectacle à l'Olympia est annulé, le comité de
soutien à Dieudonné organise un rassemblement de protestation. Mouloud Aounit,
secrétaire général du Mrap, fait partie des manifestants. Il insiste pour monter
à la tribune. A ce moment, Dieudonné a déjà joué les rabbins nazis sur France 3.
Il a déjà expliqué au «Journal du Dimanche» que ses adversaires sont des
«anciens négriers reconvertis dans la banque». Il a déjà confié au site noir
BlackMap que les juifs sont un peuple «qui a bradé l'Holocauste, qui a vendu la
mort et la souffrance pour monter un pays et gagner de l'argent». Le patron du
Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples ne l'en soutient
pas moins. Choix tactique? Aounit se prépare alors à entrer en politique,
voulant capter des suffrages «banlieusards»; il pousse son organisation à se
solidariser avec des courants pro-islamistes.

Les violences de nervis juifs d'extrême-droite, qui ne se contentent pas de huer
Dieudonné mais agressent physiquement ses spectateurs, offrent une raison pour
ne pas condamner le comique. Mais aujourd'hui, on ne peut plus louvoyer. Aounit
explique gravement - et en se trompant - que Dieudonné pratique le
«négationnisme». Tardif retournement. Le comique est devenu médiatiquement
infréquentable. Il a pourtant été longtemps fréquenté.

Lors de son procès en première instance, pour le sketch de France 3, Dieudonné a
été défendu par Robert Ménard, président de Reporters sans Frontières, par
l'ex-auteur des Guignols Benoît Delépine et le comique Moustic. Témoignages de
moralité. Mais dans le prétoire, fervent soutien également, était présente
Ginette Skandrani, personnage sulfureux.Cette sexagénaire, environnementaliste
alsacienne, anti-israélienne extrémiste, travaille couramment avec des
négationnistes. Et elle est toujours membre du parti Vert. «J'ai même voté oui à
la consultation pour l'Europe. On dit que je suis d'extrême-droite alors que
j'ai défendu les sans-papiers! Quand j'ai vu François Roux au procès, on s'est
salués.» Skandrani assiste toujours Dieudonné. Elle assurait l'accueil des
journalistes lors de la conférence de presse organisée samedi au théâtre de la
Main d'Or. Dans la salle, venu également soutenir Dieudonné, un militant
islamiste, Nouari Khiari, animateur des manifestations dures des pro-voiles l'an
dernier, mais également militant pro-Le Pen, qui fêtait la victoire du «Menhir»
le 21 avril 2002, au siège du Front national!

Roux l'ami de Bové et Khiari le supporter de Le Pen? Dieudonné ou la confusion
inévitable. Le bateleur populiste vend une camelote idéologique que d'autres ont
inventée. En 1987, l'avocat Jacques Vergès, chargé de défendre Barbie, recrute
un confrère algérien, Nabil Bouaïta, et un Congolais, Jean-Martin M'Bemba.
Défendre un nazi tueur de juifs en s'abritant derrière la souffrance des peuples
colonisés. Le Congolais plaide en évoquant les Noirs massacrés aux colonies.
L'Algérien explique que les Israéliens sont les nazis d'aujourd'hui. CQFD. Me
Vergès, autoproclamé «salaud lumineux», a inventé une rhétorique. Quatorze ans
plus tard, en septembre 2001, en Afrique du Sud, à Durban, une conférence
antiraciste placée sous l'égide de l'ONU tourne à l'hystérie antisémite. «Kill,
kill, kill the Jews», scandent des manifestants «pro-Palestiniens». Pour
beaucoup, Durban est une prise de conscience. Celle d'un délire antisémite qui
s'abrite derrière la cause palestinienne. Mais c'est aussi un gâchis. Car la
conférence, originellement, aurait dû marquer la reconnaissance mondiale de
l'esclavage, et mettre à l'ordre du jour la réparation de ce crime contre
l'humanité. La tempête anti-juive est telle que ce débat est occulté. Certains
militants noirs en déduiront que la question juive, décidément, oblitère bien la
cause noire! Aujourd'hui, Dieudonné nous joue Durban au cabaret.

Dieudonné dans le texte :

«Je pense que le lobby juif déteste les Noirs! Etant donné que le Noir dans
l'inconscient collectif porte la souffrance, le lobby juif ne le supporte pas,
parce que c'est leur business! Maintenant, il suffit de relever sa manche pour
montrer son numéro et avoir droit à la reconnaissance...»

Interview au site Blackmap.com, 2003.

«La population juive n'aime pas que je dénonce certaines de leurs manipulations
médiatiques. Quand ils se plaignent de racisme, il faut arrêter. Il n'y a pas
d'antisémitisme en France.(...) D'où viennent ces pressions, si ce n'est de ces
gens que j'accuse d'avoir organisé un lobby puissant et d'avoir la main basse
sur tous les médias?»

The Source, janvier 2004.

«Aujourd'hui, ce sont les sionistes qui tiennent les commandes. [Bernard-Henri
Lévy] soutient comme beaucoup de "penseurs" un mensonge politique monstre, assis
sur une escroquerie qui se sert du drame de la Shoah. En France, la domination
des sionistes est objective: ils possèdent des réseaux extrêmement puissants.»

Interview à «24 heures», décembre 2004.

«C'est quand même amusant de voir à quel point le pouvoir sioniste en France va
jusqu'à priver une partie de la population du devoir de la mémoire. Les juifs
ont souffert moins que les Noirs. On ne parle que des chambres à gaz, mais les
Noirs ont été jetés vivants à la mer.»

Interview à «l'Echo d'Oran», février 2005.

«Ce sont tous des négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et
aujourd'hui l'action terroriste qui manifestent leur soutien à la politique
d'Ariel Sharon. C'est Israël qui a financé l'apartheid et ses projets de
solution finale.»

Interview au «Journal du Dimanche», 8 février 2004.

« Nous sommes des sous-citoyens. Nous n'avons pas les mêmes droits que les
sionistes. Eux, dans une école, il suffit qu'un petit soit traité de sale juif
pour que tout le monde se lève. Pour moi, le sionisme c'est le sida du judaïsme.
»

Interview à « l'Expression », février 2005.

Claude Askolovitch
______________________________________________________________________________

#1740 De: "cid_demo" <cid1@...>
Date: Vendredi 1. Avril 2005  9:37
Sujet: Proche-orient.info : un site islamiste condamné pour un article comparant Israël aux Nazis
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Un arrêt de la Cour d'appel de Paris qui pourrait faire jurisprudence

Le responsable du site « Islamiya » condamné pour « provocation publique à la
discrimination, à la haine ou à la violence raciale », suite à un article qui
comparait l'action d'Israël à celle des nazis

Par Jean-Yves Camus

30 mars 2005 / 16 h 47

Par un arrêt du 24 mars 2005, Khaled el Hasni, responsable légal du site «
Islamiya », domicilié en France, a été reconnu coupable, alors que les parties
civiles - « J'Accuse », « Avocats sans Frontière », la Licra et l'UEJF avaient
été déboutées en première instance. L'appel avait été interjeté par les parties
civiles et par le Ministère public.

Rappelons l'objet de la plainte : le site Islamiya avait mis en ligne des
photographies regroupées deux par deux. Chaque binôme illustrait un thème et,
dans chaque binôme, la première photographie présentait une scène de la Deuxième
Guerre mondiale (en l'occurence, une scène concernant le génocide des juifs) et,
la seconde, une scène du conflit israélo-palestinien. Pour reprendre les
attendus de la Cour, « ces photographies, dans lesquelles on peut voir des
destructions, des enfants morts ou privés de liberté ou des contrôles
d'identité, présentent à l'évidence une forte charge émotionnelle ». Elles
étaient accompagnées d'un texte à rimes dont un passage, particulièrement
incriminé, était ainsi rédigé : « Où sont donc tous ces gens qui des droits de
l'homme font des slogans et qui devant tant d'atrocités ont les yeux voilés ; oh
vous Israël dont le peuple a tant souffert, comment pouvez-vous désormais à
Hitler ressembler ».

« En mettant en parallèle la Deuxième Guerre mondiale et le conflit
israélo-palestinien, Khaled El Hasni provoque la haine envers le peuple
israélien »

C'est sur cette base que la Cour a estimé que, « en accusant le peuple israélien
de ressembler à Hitler en présentant des photographies qui illustrent des scènes
de guerre et en mettant en parallèle la Deuxième Guerre mondiale et le conflit
israélo-palestinien, Khaled El Hasni provoque la haine envers le peuple
israélien ». Le jugement explique ainsi que « ces photographies vont bien
au-delà de la critique d'un état » et estime en conséquence que le délit de
provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale
est établi.

Le prévenu est donc condamné à une amende de 1.000 € et doit verser à chaque
partie civile la somme de 1.000 € à titre de dommages et intérêts et celle de
500 € au titre de l'article 475-1 du Code de Procédure pénale.

Les Israéliens et la jurisprudence française

Certes, l'arrêt de la Cour d'appel a confirmé la relaxe du prévenu pour le délit
de diffamation publique raciale envers Ariel Sharon, le Premier ministre
israélien ayant été accusé par « Islamiya » de perpétrer des atrocités
comparables à celles des nazis. Cependant, l'arrêt destiné à faire jurisprudence
va à l'essentiel et dans le bon sens : il admet que le fait d'imputer à Israël,
à travers les actions de son armée, un comportement comparable à celui des nazis
envers le peuple juif, constitue bel et bien un délit et, qui plus est, un délit
qui consiste à « inciter à la haine envers le peuple israélien », lequel est
donc désormais protégé par la jurisprudence française.

L'association « J'Accuse », présidée par Marc Knobel et ayant pour avocat Me
Richard Sebban, était à l'origine de cette procédure. Elle se félicite, dit son
président, « de la clairvoyance de la Cour et affirme : « Plus personne ne
doutera que ce site provoque à la haine à l'égard du peuple israélien et qu'il
ne s'agit plus d'une seule critique d'une politique gouvernementale. C'est sur
cette base que nous travaillerons à l'avenir pour pointer du doigt ceux et
celles qui stigmatisent le peuple Israélien ».

Ce 30 mars, le site «Islamiya» n'a toujours pas fait état de la condamnation. En
revanche, il continue à annoncer sur sa page d'accueil un « direct de Genève »,
chaque mardi soir entre 20 et 22 heures, avec le prédicateur Hani Ramadan, et à
faire de la publicité pour les ouvrages du prédicateur égyptien Amr Khaled,
invité en 2004 des rencontres de l'UOIF.

Copyright proche-orient.info. Reproduction interdite sauf accord formel de
proche-orient.info
______________________________________________________________________________

#1741 De: "CID" <cid1@...>
Date: Dimanche 3. Avril 2005  14:41
Sujet: Jean Paul II contre le totalitarisme : Guerre froide nostalgie.
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Récit

Un combat pour la Pologne

LE MONDE | 02.04.05

En soir d'octobre 1978, de service au bureau de Moscou, un jeune correspondant
de l'Agence France-Presse voit tomber sur le téléscripteur le "flash" annonçant
l'élection d'un pape polonais. Il n'a jamais entendu parler de Karol Wojtyla,
mais connaît assez bien la Pologne. Interloqué, il n'est sûr que d'une chose :
ni le pouvoir en place à Varsovie ni le régime soviétique ne pourront s'en
accommoder. L'évidence s'impose : cette élection est un scandale, une
provocation pour le système imposé par la force après la seconde guerre
mondiale.

Plus d'un quart de siècle après, lorsque Jean Paul II disparaît, cela fait belle
lurette que les régimes communistes sont morts et enterrés en Europe. La Pologne
est une démocratie, entrée dans l'Union européenne. Et celui qui s'est toujours
présenté comme le "fils de la nation polonaise" meurt en "père de la nation",
reconnu comme tel par presque tous ses compatriotes, ex-communistes en tête.

"Je ne fais pas de politique", avait-il pourtant dit et répété tout au long de
sa vie. Karol Wojtyla est tout imprégné de son pays de naissance. Il sait la
valeur et le prix de l'indépendance, lui dont le père a servi dans l'armée
autrichienne, lui qui est né dans la Pologne reconstituée entre les deux
guerres, après cent vingt ans de déni d'existence. Mais quand la guerre frappe
son pays, et une fois de plus l'abolit, et qu'il a tout juste 19 ans, il n'entre
pas en résistance, comme tant d'autres. Il étudie ­ clandestinement, puisque
l'université de Cracovie a été fermée par l'occupant ­, continue à se pénétrer
de cette "culture" qui lui sera toujours si chère, se livre à sa première
passion, le théâtre. En 1942, après la mort de son père, il décide de devenir
prêtre.

Son existence est tout sauf facile. Il doit travailler dans une carrière de
pierre, échappe à des rafles et à la mort, mais l'essentiel, pour lui, est et
sera toujours ailleurs. Ni pendant les années noires du stalinisme (qu'il passe
en partie à Rome) ni pendant les événements de 1956 ­ première révolte, premier
dégel ­, il ne s'engage politiquement. Son monde, c'est la foi, la philosophie,
le contact avec la nature et avec la jeunesse. Il concilie d'ailleurs les deux
dans ses expéditions en montagne ou en kayak, avec des groupes de jeunes, y
compris quand il sera nommé évêque en 1958.

La politique, c'était pour son illustre supérieur le cardinal Wyszinski, primat
de Pologne, longtemps maintenu en résidence surveillée par le régime. C'est Mgr
Wyszinski (dont Karol Wojtyla, à l'époque, n'est pas le poulain ni le favori,
bien au contraire) qui incarne, selon la grande tradition de l'Eglise polonaise,
la continuité de la nation dans l'épreuve. Et même devenu archevêque de
Cracovie, puis cardinal, Karol Wojtyla se garde bien de monter sur ses
plates-bandes, de lui contester en quoi que ce soit sa "primauté". Jusqu'à ce
moment d'intense émotion où, après que tout eut basculé, en octobre 1978, on vit
le nouveau pape relever le vieux primat qui s'était agenouillé devant lui et lui
dire : "Sans vous, vénérable et bien-aimé cardinal primat, sans votre foi qui
n'a pas reculé devant la prison et la souffrance (...), il n'y aurait pas eu non
plus de pape polonais."

Les choses, pourtant, avaient changé dès les années 1960, et les dirigeants du
parti avaient pu constater de quel bois était fait le jeune archevêque de
Cracovie qui, si un prêtre était arrêté, allait immédiatement dire lui-même la
messe à sa place dans sa paroisse, et qui s'entêtait, année après année, à
participer aux messes-manifestations en faveur de la construction d'une église
dans le quartier "ouvrier" de Nowa Huta. Pour le prélat, il ne s'agissait, en
principe, que de défendre la liberté religieuse : mais le pouvoir en vint à
conclure que le jeune Karol Wojtyla serait sans doute plus dangereux, en fait,
que le vieux cardinal Wyszinski.

Quand Karol Wojtyla devient pape, rien ne change et tout change. Il engage, avec
les autorités de son pays, ce long jeu du chat et de la souris, où il se montre
le plus fort, entre autres parce qu'il a, lui, le soutien de la société
polonaise. La première escarmouche ­ et la première grande victoire ­, c'est sa
décision de venir en Pologne célébrer l'anniversaire du martyre de saint
Stanislas (assassiné neuf cents ans plus tôt par le roi, c'est-à-dire le pouvoir
politique). Le régime tergiverse, tente de jouer d'égal à égal, veut retarder
l'épreuve, récupérer et minimiser l'événement (en faisant disparaître les foules
des images de la télévision). Echec sur presque toute la ligne : les "Il faut
ouvrir les frontières", les "N'ayez pas peur", sont entendus et fort bien
compris par des foules enhardies par leur propre masse.

"SOLIDARITÉ", "NOBLE LUTTE"

La société découvre sa force, et ne l'oubliera pas l'année suivante, lors des
grandes grèves qui imposeront au régime l'émergence d'un syndicat indépendant du
parti. Cet événement, Jean Paul II le suit d'aussi près qu'il le peut (il envoie
à Gdansk son secrétaire particulier, Stanislaw Dziwisz). Pas parce que les
grévistes ont accroché son portrait sur les grilles du chantier Lénine à Gdansk.
Mais parce que, jouant, sur le fil, une énorme partie historique, ils
s'abstiennent de toute violence et se réclament aussi bien de Dieu que de la
liberté. Recevant six mois plus tard au Vatican Lech Walesa et ses amis, le pape
les félicitera pour la méthode.

L'année 1981 sera beaucoup plus amère. Dans une Pologne où le pouvoir a engagé ­
en secret ­ la lutte contre Solidarité, l'attentat contre le pape apparaît comme
un signe de très mauvais augure, et à beaucoup comme l'oeuvre des services
soviétiques. Depuis longtemps, Jean Paul II sait que de lourds nuages
s'accumulent sur son pays. En décembre 1980, le pape a été informé par un autre
Polonais ­ Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité du président Carter ­
des préparatifs pour une intervention soviétique. Aussitôt, il écrit à Leonid
Brejnev, l'enjoint de respecter le "principe de non-intervention dans les
affaires intérieures des Etats".

Un an plus tard, quand le général Jaruzelski se charge du sale travail en
imposant "l'état de guerre", Jean Paul II accuse le coup. Mais il se reprend
très vite. Et quand tombent les premières victimes, il écrit à Jaruzelski en des
termes très fermes : "J'en appelle à votre confiance, général." Remet dans le
droit chemin un primat de Pologne (le cardinal Glemp) trop vite résigné et trop
mou. Et, après s'être assuré que Lech Walesa, interné, est bien décidé à ne pas
céder aux pressions du pouvoir, allume le soir du 24 décembre, comme des
millions de gens dans le monde, un cierge à sa fenêtre du Vatican, en signe de
solidarité.

Il n'en démordra pas. En se gardant bien d'attaquer de front le pouvoir séculier
de son pays, il répétera, au fil des ans et des formules, le même message :
"Solidarité appartient au patrimoine de toutes les nations." La partie qui s'est
engagée concerne la Pologne mais aussi la dépasse. Elle est, à ce stade, loin
d'être gagnée. Quand le pape retourne, en 1983, dans son pays, la plupart des
opposants restent en prison, et le pontife doit accepter les conditions qui lui
sont imposées : pas question d'aller sur la côte baltique. Pourtant, lorsque le
général s'adresse au pape pour défendre son régime, ses jambes sont agitées d'un
tremblement irrépressible. Et le pape insistera pour rencontrer, certes loin des
caméras, dans une vallée des Tatras, le " citoyen privé" que la propagande
traîne dans la boue jour après jour : Lech Walesa.

Ces voyages ­ celui de 1983, celui de 1987 ­ ne sont pas faciles, ni pour le
pape, qui doit jouer serré, ni pour les foules, qui l'attendent des heures
durant, et qui doivent, au gré du savant balancement observé par Jean Paul II,
se contenter d'exposés théologiques,ou s'accrocher à des mots "solidarité",
"noble lutte", "droits de l'homme" ­ qu'elles applaudissent à tout rompre,
quitte à se faire gentiment gronder par leur héros.

En 1987, le régime semble rassuré sur son avenir, l'opposition, démoralisée, est
au plus bas. Le pape obtient le droit d'aller se recueillir, seul, devant les
trois grandes croix érigées devant le chantier naval de Gdansk. La scène est
sinistre, au 12e étage d'un hôtel d'où on peut vaguement l'entrevoir, les femmes
de chambre sont en larmes. Et pourtant, le même jour, quelque chose se passe, un
déclic : devant l'immense foule qui assiste à la messe dans un quartier
populaire, il se laisse aller à improviser, à dire la toute simple vérité : "Je
parle un peu en votre nom." Le soir même, une poignée d'opposants se congratule,
sourit aux anges.

Le régime n'a plus que deux ans à vivre, avant d'entraîner dans sa chute le
reste de l'Europe de l'Est. L'URSS suit deux ans plus tard, et Gorbatchev,
l'homme qui avait voulu réformer le socialisme soviétique dans l'espoir de le
préserver, reconnaît, beau joueur : "Rien de ce qui s'est passé en Europe de
l'Est n'aurait été possible sans ce pape, sans le rôle éminent qu'il a joué, y
compris sur le plan politique, sur la scène mondiale."

Le vieux pape retournera encore plusieurs fois dans son pays redevenu libre et
indépendant. Pas toujours pour dire des choses agréables à ses compatriotes ­
moins enclins à l'écouter quand il fustige le laxisme moral ou sexuel, ou
remonte les bretelles d'un clergé trop assoupi dans son confort matériel. Mais
Jean Paul II, toujours accueilli avec enthousiasme, insiste. Y compris sur un
point essentiel : la Pologne ne doit pas céder à la tentation du
recroquevillement nationaliste, elle doit exercer son droit historique
d'appartenance pleine à l'Europe.

Déjà, à Saint-Jacques-de-Compostelle, en 1982, il s'était écrié : "Moi, Jean
Paul II, fils de la nation polonaise, successeur de Pierre, je t'en conjure,
vieille Europe, retrouve-toi, sois toi-même." Ce réveil, de son pays, de la
"vieille Europe" et du monde, l'a-t-il suscité, ou simplement accompagné ?
L'important, c'est le résultat.

Jan Krauze

Article paru dans l'édition du 03.04.05

© Le Monde.fr
______________________________________________________________________________

#1742 De: "CID" <cid1@...>
Date: Mardi 8. Mars 2005  13:06
Sujet: Démocratie en Europe orientale : Révolutions douces
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
1. Europe orientale : Révolutions douces

    De la Serbie à l'Ukraine, en passant par la Géorgie, les démocrates ont
    fait chuter sans violence les régimes autoritaires. Une stratégie efficace
    qui a ses théoriciens, ses réseaux... et des émules

    [L'Express - du 31/01/2005]

2. Les informateurs militaires de la Révolution orange, ou la bain de sang
    évité

    Le général Antonets avait patiemment rassemblé des centaines de gens comme
    lui, qui voulaient prendre leur revanche sur le régime de Léonid Koutchma,
    le président sortant. Ces informateurs joueront un rôle crucial dans
    l'issue pacifique de la crise.

    [AFP - 14/02/2005]

3. Inquiétude chez les dictateurs de l'ex-URSS

    La Géorgie, l'Ukraine et le Kirghizstan ont basculé dans le camp des
    démocraties en l'espace d'un an et demi

    [Le Figaro - 29 mars 2005]

4. Kirghizistan : Les Américains ébranlent l'empire russe

    Après la Géorgie, l'Ukraine et la Moldavie, le Kirghizistan fait sa
    révolution au détriment de Moscou.

    Mais, à l'inverse des autres républiques, le petit Etat hésite à se tourner
    totalement vers l'Occident. La stratégie des dominos américaine appuyée par
    les ONG marque le pas. Pour l'instant

    [le point - 31/03/05]

5. Le Premier ministre géorgien Zourab Jvania retrouvé mort à Tbilissi

    [AFP - 3 février 2005]

6. Des trafiquants d'armes ukrainiens ont vendu des missiles de croisière à
    l'Iran et la Chine, selon un procureur

    [AP - 18 mars 2005]
_____________________________________________________________________________

Europe orientale

Révolutions douces

par Laurent Rouy

L'Express du 31/01/2005

De la Serbie à l'Ukraine, en passant par la Géorgie, les démocrates ont fait
chuter sans violence les régimes autoritaires. Une stratégie efficace qui a
ses théoriciens, ses réseaux... et des émules

Le local ne paie pas de mine: deux pièces étroites d'un appartement un peu
défraîchi de Belgrade. Les bureaux d'Otpor, l'ancien mouvement étudiant de
Serbie qui a joué un rôle clef dans la révolution du 5 octobre 2000 et la
chute de Milosevic, ne semblent pas à la mesure de la réputation
révolutionnaire qu'on leur prête.

Pourtant, les membres d'Otpor ne tarissent pas d'anecdotes sur la formation
qu'ils ont dispensée aux opposants d'Edouard Chevardnadze, alors président
de la Géorgie, ou aux Ukrainiens qui se sont battus pacifiquement pour que
l'opposition emporte finalement, le 26 décembre, la présidence de la
République. «Nous sommes allés 26 fois en Ukraine, entre le printemps 2003
et le printemps 2004, pour aider Pora, puis, à l'été 2004, pour créer
Znayu!», explique Aleksandar Maric, membre du Centre Otpor pour la
résistance non violente.

Pora («C'est l'heure») et Znayu! («Je sais!») sont les deux organisations
non gouvernementales sur lesquelles s'est appuyée la coalition de Viktor
Youchenko pour remporter l'élection. Pora a mené une campagne d'action dite
«négative» - en clair, critique - stigmatisant les travers du pouvoir du
président sortant Leonid Koutchma - corruption, clientélisme, chômage,
pauvreté. Znayu!, de son côté, avait opté pour une campagne «positive» dans
le dessein d'apprendre aux Ukrainiens comment voter, comment s'inscrire pour
la première fois sur les listes, sur quels critères choisir son candidat,
comment éviter que son vote soit manipulé...

Ces deux campagnes avaient le même objectif: transformer l'élection en une
sorte de référendum, pour ou contre le pouvoir en place. Pora n'a jamais
appelé à voter pour qui que ce soit, tandis que la campagne de Znayu! en
faveur de la participation au scrutin, censée s'adresser à tous les
électeurs, apportait surtout des voix à l'opposition. «Dans un régime
autoritaire, les partisans du pouvoir votent quoi qu'il arrive; chaque
nouvel électeur convaincu de voter par la campagne «positive» a donc toutes
les chances de donner sa voix à l'opposition», explique-t-on à Otpor.

De jolies jeunes filles tout sourire

L'activité d'Otpor en Ukraine a été financée par Freedom House, une
organisation non gouvernementale américaine déjà très présente en Serbie en
2000. A Freedom House, on reste discret sur le contenu exact des relations
avec Otpor. «Freedom House n'est pas là pour changer les régimes politiques.
C'est aux citoyens de le faire. Nous fournissons les ressources pour que les
électeurs comprennent que leur vote compte et puissent dépasser leur peur du
pouvoir en place», expliquait l'un des dirigeants de cette association au
lendemain du premier tour de l'élection.

Une politique à long terme, puisque Freedom House, Otpor, mais aussi
d'autres activistes, comme Mukhuseli Jack, l'un des leaders de la lutte
antiapartheid en Afrique du Sud, ont déjà organisé à plusieurs reprises des
séminaires de «formation de formateurs», pour échanger leurs expériences.
Lors de l'une de ces manifestations, le 9 mars 2004, à Washington, on notait
par exemple la présence de théoriciens de la lutte non violente tels que
l'universitaire américain Gene Sharp ou Jack DuVall, producteur d'un
documentaire intitulé Comment renverser un dictateur. Le film de DuVall a
été utilisé en Géorgie. Il a aussi été diffusé dans certains cercles à Cuba
et en Iran. Pour Gene Sharp, pacifiste convaincu, «la lutte non violente est
destinée non à résoudre les conflits, mais à les gagner. Elle est très
proche de la rhétorique militaire».

Si les armes utilisées ne font pas couler le sang, elles n'en sont pas moins
efficaces. La technique de la révolution non violente repose d'abord sur une
analyse des méthodes de fonctionnement d'une autocratie moderne. «La
dictature de grand-papa, où un tyran règne sans partage sur un pays asservi,
n'existe presque plus, explique Slobodan,la trentaine, ancien d'Otpor. A la
place, nous avons aujourd'hui des fausses démocraties où des élections sont
organisées. Une opposition y vivote, mais c'est finalement toujours la même
personnalité qui se retrouve au sommet de l'Etat,sous un titre ou un autre.»
Pour affaiblir ce type de pouvoir,il faut saper les principaux «piliers» sur
lesquels il repose: police,armée,médias et justice aux ordres... Tous les
moyens non violents sont bons, y compris la dérision ou la séduction. Lors
du siège du palais présidentiel, à Kiev, les jolies jeunes filles qui, tout
sourire, plantaient des fleurs devant le cordon de policiers escomptaient
bien semer le doute et le trouble dans l'esprit de ces derniers. Au même
moment, la pression de la foule obligeait les juges de la Cour suprême à
réfléchir et à mieux peser leur décision. Dans la rue, les caricatures de
Koutchma mettaient les rieurs dans le camp du changement, alors qu'en
coulisses les contacts d'Oleg Ribatchouk, chef de cabinet de Viktor
Youchenko, faisaient basculer les officiers des forces de sécurité dans le
camp orange...

A la tête de cette machine à casser en douceur la dictature, le rôle de
capitaine est assuré par le chef de l'opposition. A Belgrade, le 5 octobre
2000, Zoran Djindjic, futur Premier ministre, avait planifié l'assaut non
violent du Parlement et de la télévision. A Tbilissi, Mikheïl Saakachvili,
aujourd'hui président de la Géorgie, avait en personne forcé les portes du
Parlement pour mettre Edouard Chevardnadze en fuite. Ce 22 décembre 2003,
Saakachvili était armé d'une rose. A Kiev, le député pro-Youchenko Taras
Stestkyv avait préparé dès novembre le plan d'attaque non violente du palais
présidentiel: «Les filles devaient embrasser les policiers, au moment où les
hommes auraient franchi les barrières de sécurité à l'aide d'échelles. Le
plan a été rejeté par Youchenko à la dernière minute, alors que l'on avait
déjà commencé à cisailler les grilles.»

Les dictateurs tentent de se protéger

Si le futur président ukrainien a choisi de rester légaliste jusqu'au bout,
c'est sans doute à cause du risque de division du pays. Mais il s'était
lui-même préparé, à travers une série de contacts, à divers scénarios. Il
s'était notamment entretenu, dès le début de 2004, avec le président
Saakachvili. Des opposants ukrainiens avaient ensuite rendu visite au tout
nouveau pouvoir géorgien, en février 2004. De la même manière, en 2003,
alors qu'il était dans l'opposition, le parti de Saakachvili avait rencontré
discrètement à Belgrade des politiciens serbes pour se faire expliquer les
dessous du renversement de Milosevic.

Quel sera le prochain pouvoir autoritaire mis à bas par les réseaux
révolutionnaires non violents? Depuis la révolution des Roses, en Géorgie,
les dictateurs de l'Europe orientale tentent de se protéger. En Biélorussie,
Loukachenko détient une liste noire d'activistes d'Otpor interdits de séjour
chez lui. Le mois dernier, des observateurs biélorusses qui se rendaient en
Ukraine ont été brièvement arrêtés avant leur départ pour Kiev. Lors des
élections ouzbekes de décembre 2004,le président Islam Karimov - dont tous
les opposants croupissent en prison - dénonçait les «coups d'Etat»
démocratiques organisés selon lui par l'Occident.

Pendant que les dictateurs s'arment, Otpor continue ses activités. Des
militants de l'association devaient rencontrer pour la première fois, à la
mi-janvier, des représentants de l'opposition moldave. Par ailleurs des
activistes sont arrivés en Ukraine d'un peu partout dans le monde - de
Biélorussie, du Kazakhstan, d'Arménie, d'Iran - pour y observer la
«révolution orange». Les cassettes vidéo du documentaire de Jack DuVall sont
largement traduites et diffusées, tout comme le sera un cédérom en cours de
préparation. Le livre de Gene Sharp est disponible en une trentaine de
langues sur Internet. Les séminaires de formation font le plein et bien des
opposants arborent les rubans orange, roses ou bleus des révolutions douces
qui ont jusqu'ici réussi. En attendant d'entreprendre la leur.

© L'EXPRESS
_____________________________________________________________________________

Les informateurs militaires de la Révolution orange, ou la bain de sang évité

14/02/2005 - 09:52

KIEV, 14 fév (AFP) - Le 28 novembre, la révolution orange entre dans sa
phase décisive et le téléphone portable de Volodymyr Antonets, l'ancien
commandant en chef de l'armée de l'air ukrainienne passé à l'opposition, ne
cesse de sonner.

"On a du travail à 23H00", prévient l'un de ses interlocuteurs.

Cet ancien vice-ministre de la Défense comprend alors que le moment auquel
il s'était préparé pendant deux ans était arrivé: des milliers de policiers
et de militaires, stationnés autour de Kiev à la veille de l'élection
présidentielle controversée du 21 novembre, venaient de recevoir l'ordre
d'aller à la rencontre des contestataires qui assiégeaient le gouvernement.

La protestation pacifique risquait d'être réprimée dans le sang.

Deux ans plus tôt, Viktor Iouchtchenko, le meneur de cette révolution qui le
conduira au pouvoir, avait chargé le général Antonets de mettre en place le
"projet militaire" de sa campagne.

Car M. Iouchtchenko n'avait rien laissé au hasard.

"Après deux ans de travail, l'armée était dans notre camp", explique Roman
Bezsmertnyi, qui fut un temps le directeur de campagne de M. Iouchtchenko.

Le général Antonets avait patiemment rassemblé des centaines de gens comme
lui, qui voulaient prendre leur revanche sur le régime de Léonid Koutchma,
le président sortant. Ces informateurs joueront un rôle crucial dans l'issue
pacifique de la crise.

Le pouvoir avait compris la menace que représentaient ces personnes.
Certains, comme Hryhori Petrik et Anatoli Vakoulenko, deux officiers de
police, durent déménager une douzaine de fois pour assurer leur sécurité.

Le général Antonets avait été chargé de trois missions clés.

Il s'agissait d'abord de conduire la campagne de M. Iouchtchenko auprès des
militaires et de leurs proches, soit près de 10% de l'électorat.

Son deuxième objectif était de préparer la réorganisation de l'armée en cas
de victoire du candidat de l'opposition.

Sa dernière tâche était de rassembler des informateurs bien placés qui
pourraient le renseigner sur les mouvements de l'armée en cas de
manifestations de masse.

Le fils de M. Petrik était l'un d'entre eux. Venant de terminer son service
militaire dans une unité d'élite de l'armée, il avait gardé de très bons
contacts parmi ses anciens camarades.

Dès lors, lorsque les troupes ukrainiennes reçurent l'ordre de se mettre en
mouvement, le quartier général de campagne de M. Iouchtchenko, immédiatement
prévenu, a pu organiser sa résistance.

Alors que le général Antonets rejoignait les manifestants pour préparer une
défense pacifique et interposer ses 500 hommes entre les militaires et la
foule, David Jvania, membre de l'état-major de campagne de M. Iouchtchenko,
mobilisait ses contacts.

L'un d'entre eux n'était autre que le chef du SBU (ex-KGB), Ihor Smechko.

"Ihor a commencé par appeler le Parquet et le ministre de l'intérieur(ainsi
que) le chef de la police de Kiev", leur disant que l'ordre devait être
réexaminé, raconte M. Jvania.

Peu après, les troupes regagnaient leurs casernes.

Certains prétendent que la mise en alerte de l'armée n'était qu'un exercice,
d'autres que le SBU n'est pour rien dans l'évolution positive des
évènements, mais M. Jvania en reste à sa version des faits.

M. Smechko "avait compris que le gouvernement était dépassé et discrédité
(...) Lorsqu'il a vu un million de personnes dans la rue, il aurait été fou
de prendre une autre décision", affirme M. Jvania.

M. Smechko a été limogé après l'arrivée au pouvoir de M. Iouchtchenko. Il a
refusé toutes les demandes d'interview de l'AFP.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Courrier international 2005
_____________________________________________________________________________

International / CEI

La Géorgie, l'Ukraine et le Kirghizstan ont basculé dans le camp des démocraties
en l'espace d'un an et demi

Inquiétude chez les dictateurs de l'ex-URSS

Laure Mandeville

Le Figaro

[29 mars 2005]

En un an et demi, trois «dominos» post-soviétiques sont déjà tombés. A qui le
tour ? Depuis que des révolutions populaires portées par une revendication
démocratique ont renversé les régimes autoritaires du Géorgien Chevardnadzé, de
l'Ukrainien Koutchma et du Kirghize Akaïev, tous les despotes d'ex-URSS se sont
mis à trembler, hantés par la peur de la contagion.

De Minsk à Bakou, en passant par Erevan, Tachkent ou même Moscou, la plupart des
pays d'ex-URSS font aujourd'hui figure de «candidats» potentiels à la
contestation. La corruption galopante, la confiscation de tous les pouvoirs au
profit d'une caste oligarchique issue de la Nomenklatura de l'ancien PC ou des
services secrets ont creusé un fossé profond entre les peuples et les Princes.

«Dures» ou «molles», selon les latitudes, les traditions politiques et le
tempérament des dirigeants,ces dictatures autoritaires sont toutes travaillées
par des germes de mécontentement, qui pourraient éclore à l'occasion du
calendrier électoral.

Selon un modus operandi en trois temps – élection, falsification, révolution –,
les mouvements de velours ont en effet tous surfé sur les fraudes électorales
massives des récents scrutins.

A chaque fois, les étudiants et les ONG locales, encadrés par des ONG
américaines présentes depuis plusieurs années dans la région, ont été le fer de
lance de la révolte. Il est vrai aussi que les régimes géorgien, ukrainien et
kirghize avaient tous pour spécificité de ne pas être des dictatures pures et
dures. Des espaces de liberté importants y avaient été maintenus, notamment dans
la presse. Certains experts en déduisent que les pays les plus susceptibles de
«bouger» sont justement ceux qui, comme l'Azerbaïdjan, l'Arménie ou le
Kazakhstan, laissent s'exprimer un certain pluralisme d'opinions.

Mais d'autres parient plutôt sur les phénomènes de contagion par proximité.
Ainsi la Biélorussie du dictateur Alexandre Loukachenko serait-elle menacée par
l'exportation du modèle orange ukrainien et les dictatures musclées d'Asie
centrale par la contagion kirghize...

L'Azerbaïdjan

Avec une élection législative prévue pour novembre 2005, la situation de ce
petit pays caucasien – où le clan Aliev s'est maintenu au pouvoir lors d'une
élection vécue par beaucoup comme une passation de pouvoir entre le père mourant
Gueïdar et le fils Ilham – est précaire. En octobre 2003, jour de l'annonce des
résultats, des troubles durement réprimés avaient éclaté à Bakou.

Depuis, l'opposition divisée tente de s'unir sous la houlette du chef du Front
populaire d'Azerbaïdjan, Ali Kirimli, qui, dopé par la révolution ukrainienne,
vient de faire le tour des capitales occidentales.

Pour assurer sa pérennité, le clan Aliev continue de se présenter, en Occident,
comme le garant de la stabilité des investissements des majors pétrolières en
mer Caspienne.

L'Arménie

Grand adversaire de l'Azerbaïdjan, avec lequel il s'affronte sur le conflit
«gelé» du Karabakh, le pouvoir arménien est fragilisé par son incapacité à
résoudre cette épineuse question.Son président Robert Kotcharian, faucon
originaire du Karabakh, n'a pas hésité à recourir à l'arme de la falsification
massive des scrutins. L'opposition est faible, mais l'échec politique de
Kotcharian sur le Karabakh et l'effondrement économique entretiennent le
mécontentement. L'émigration est massive. Des voix s'élèvent pour remettre en
cause l'alliance étroite nouée avec Moscou, au profit d'une réorientation de
l'Arménie vers l'Occident. L'exemple géorgien, pays ami, suscite des débats
acharnés.

Le Kazakhstan

L'évolution politique du Kazakhstan depuis 1991 ressemble fort à celle du
Kirghizstan. En 1991, le président Noursoultan Nazarbaïev est perçu comme l'un
des dirigeants les plus modernistes d'ex-URSS. Mais il va progressivement
dériver vers une gestion autoritaire, modifiant la Constitution pour rester au
pouvoir. Signe du népotisme répandu dans ces contrées, il a systématiquement
favorisé ses proches, plaçant sa propre fille à la tête d'un nouveau parti...
d'opposition. Les autorités kazakhes, qui suivent de près la révolution
kirghize, n'en affirment pas moins «ne pas craindre la contagion», en raison du
niveau de vie nettement plus élevé des citoyens kazakhs. Pays très riche en
hydrocarbures, le Kazakhstan est appelé à devenir l'un des principaux pays
producteurs de pétrole du monde.

L'Ouzbékistan

C'est l'une des dictatures les plus dures de la région centre-asiatique. Dirigé
d'une main de fer par Islam Karimov depuis l'indépendance en 1991, l'Ouzbékistan
a éliminé tous les partis d'opposition démocratique de l'époque gorbatchévienne.
Aucun mouvement d'opposition n'a pu participer aux élections parlementaires de
décembre, sévèrement critiquées par l'OSCE. Le régime de Karimov est accusé de
pratiquer la torture et de maintenir dans ses geôles près de 6 000 prisonniers
politiques. Les ONG sont constamment harcelées.

C'est au nom de l'islamisme que le régime de Karimov justifie sa dureté. Miné de
l'intérieur, fragilisé par la multiplication des attentats, il cherche soutien
auprès de la Russie et des Etats-Unis. Les portes du pays ont été ouvertes aux
Américains, installés depuis 2001 sur une base aérienne. Une alliance à double
tranchant...

Le Turkménistan

Régime ultradur, entièrement dédié au culte de la personnalité de son chef,
Saparmourat Niazov, le Turkménistan a totalement verrouillé la scène politique
et médiatique locale. Le système est si peu transparent qu'il est difficile de
se faire une idée de l'impact qu'a pu y avoir la révolution kirghize.

Le Tadjikistan

Avec 64% de la population en deçà du seuil de pauvreté, un chiffre comparable au
chiffre kirghize, la situation économique du Tadjikistan est explosive. Mais, à
son actif, son patron Emomali Rakhmonov a su jouer la carte d'un partage partiel
du pouvoir avec l'opposition islamiste. Véritable antidote contre les
soulèvements populaires, le souvenir de l'effroyable guerre civile, qui aurait
fait près de 500 000 morts en 1992, rend une révolte populaire peu probable.

La Biélorussie

Bordée à l'ouest par la Pologne, au sud par l'Ukraine et au nord par les pays
baltes, la Biélorussie du dictateur Alexandre Loukachenko se trouve
indéniablement dans un environnement «propice». Mais à quelle échéance ? La
manière musclée dont le pouvoir a imposé en octobre un référendum permettant une
modification de la Constitution donne une idée des difficultés d'une opposition
divisée. Pourtant, les initiatives civiles inspirées de l'exemple ukrainien, se
multiplient. Des manifestations étudiantes se tiennent à intervalles réguliers
dans la capitale.

La Russie

Alors que, il y a un an à peine, Poutine, tout juste réélu, paraissait au faîte
de sa puissance, une série de revers semblent ébranler la cuirasse d'un pouvoir
russe de plus en plus autoritaire.

C'est la «révolution orange», à Kiev, qui a tiré l'élite russe de sa torpeur.
Défaits, marginalisés par le verrouillage opéré par Poutine, libéraux et
«oligarques» fourbissent leurs armes,profitant du mouvement de contestation
sociale auquel le maître du Kremlin doit faire face, pour contre-attaquer,
notamment dans des scrutins locaux. Le maire de Moscou, Iouri Loujkov, jusqu'ici
aux ordres du Kremlin, a carrément estimé devant les étudiants de l'Université
de Moscou, qu'une «révolution» était possible en Russie. Mais de quelle couleur
? «Citron», à l'image de certains mouvements nationalistes radicaux qui surfent
sur la frustration ? Ou «pomme», du nom du parti libéral Iabloko ? Personne ne
se risque à prendre de pari.
______________________________________________________________________________

Kirghizistan

Les Américains ébranlent l'empire russe

Après la Géorgie, l'Ukraine et la Moldavie, le Kirghizistan fait sa révolution
au détriment de Moscou. Mais, à l'inverse des autres républiques, le petit Etat
hésite à se tourner totalement vers l'Occident. La stratégie des dominos
américaine appuyée par les ONG marque le pas. Pour l'instant

Marc Nexon avec Régis Genté, à Tbilissi, et Madeleine Vatel, à Bichkek

«On est fier d'avoir soutenu la révolution. » En voilà un qui ne boude pas son
plaisir : Stephen Young, ambassadeur américain au Kirghizistan. Deux mois plus
tôt, il avait adressé une note de trente pages à Washington dans laquelle il
louait son action. « Nous avons porté notre aide financière annuelle à
l'opposition à 30 millions de dollars. C'est une augmentation sensible, conforme
aux instructions du Département d'Etat », écrivait-il. Du beau travail, monsieur
Young !

Sauf qu'il y a un bogue.Le soulèvement kirghize déclenché voilà deux semaines,
au lendemain des élections législatives, prend une mauvaise tournure. D'abord,
il y a les morts dans les manifestations et la mise à sac de Bichkek, la
capitale. Pour une révolution pacifique, dite de velours, c'est raté !

Mais surtout, les Etats-Unis sont loin du compte. Certes, le régime corrompu
d'Askar Akaïev, aux confins de l'Asie centrale, a sombré à l'image de ceux de
Géorgie et d'Ukraine. Mais avec une différence de taille par rapport aux deux
précédents. Cette fois, nulle allégeance à l'Occident. Et nul sursaut
démocratique. Une nouvelle équipe s'empare du pouvoir, portée par seulement
quelques milliers de manifestants et un Parlement provisoirement maintenu en
place, pourtant élu à l'issue de fraudes massives. Bref, un quasi-coup d'Etat.
Le Kirghizistan et ses 5 millions d'habitants devraient même rester dans
l'orbite de Moscou.

Voilà qui tombe mal pour l'administration Bush,lancée dans une grande croisade
pour la démocratie à l'Est. Dommage, car, jusqu'ici, son parcours est sans
faute. En moins de deux ans, elle a réussi à rallier plusieurs anciennes
républiques soviétiques au camp occidental. La Géorgie, l'Ukraine, et même la
Moldavie communiste,dont les dirigeants se proclament désormais pro-européens.
Fin février, à Bratislava, en Slovaquie, lors d'une cérémonie, le président Bush
a même accueilli et salué ses « champions de la liberté », une vingtaine
d'étudiants, héros des révolutions de Tbilissi et de Kiev. Un cauchemar pour le
Kremlin, dont la zone d'influence ne cesse de fondre.

Comme ses républiques soeurs, le Kirghizistan aurait dû tomber du « bon » côté.
Mais ce n'est pas le cas, du moins pour l'instant. Pour deux raisons. D'abord
parce que,cette fois,Moscou a plutôt bien géré la crise. Contrairement à
l'Ukraine, le Kremlin a pris soin de ne pas soutenir ouvertement le pouvoir
déchu. Ensuite parce que les deux hommes forts du nouveau gouvernement ont des
profils de purs apparatchiks. Kourmanbek Bakiev, 55 ans, visage sévère, ancien
directeur d'usine, proclamé président par intérim, a rejoint l'opposition il y a
seulement trois ans après avoir occupé le poste de Premier ministre auprès du
satrape déchu Akaïev. Quant au général Félix Koulov, 56 ans, nommé nouveau
ministre de l'Intérieur, il a longtemps officié au KGB avant de prendre la tête
des services secrets lors de l'indépendance du pays, en 1991. « C'est un petit
Poutine à poigne », dit de lui un diplomate occidental. « Leur coeur ne balance
pas franchement du côté des Etats-Unis », concède un homme d'affaires français
présent sur place.

Et pourtant, l'administration Bush se donne du mal ! Depuis cinq ans, elle
redouble d'efforts pour apprivoiser le Kirghizistan. Un pays montagneux, grand
comme un tiers de la France, sans ressources, mais au coeur d'une zone
stratégique : doté d'une frontière commune avec le Kazakhstan, riche en pétrole,
avec la Chine, et situé à 200 kilomètres de l'Afghanistan. De fait, les
Etats-Unis ne lésinent pas sur les moyens.

Ils entretiennent ainsi depuis quatre ans une base militaire, forte de 2 000
hommes, sur l'aéroport de Manas. A seulement 40 kilomètres... d'une base russe.
« A coups de stages de formation offerts aux Etats-Unis, les Américains ont
noyauté l'armée kirghize et l'ont empêchée de réprimer la révolution », souligne
l'écrivain René Cagnat, ancien attaché militaire français dans la région (« Asie
centrale », éditions Transboréal). Mais surtout, les Etats-Unis disposent d'une
arme redoutable : un puissant réseau d'organisations non gouvernementales (ONG).
Au nombre de 7 000, elles couvrent l'ensemble du territoire. « Le plus petit
village en possède trois ou quatre », raconte Boris Petric, chercheur au CNRS et
spécialiste de l'Asie centrale. La plupart financées par des fonds américains.

Les mécènes ? Le National Democratic Institute (NDI), présidé par Madeleine
Albright, l'ancienne secrétaire d'Etat américaine, Freedom House, dirigé par
James Woolsey, ancien patron de la CIA, ou encore l'Open Society Institute,
piloté par George Soros, le milliardaire américain d'origine hongroise. Leur
champ d'action ? L'éducation, la santé, le statut de la femme, les droits de
l'homme et même l'écologie (!). Des associations idéales pour former des
bataillons de jeunes Kirghizes aux principes de la démocratie.

Les protégés de Washington

Mais il y a aussi des méthodes plus radicales. Le gouvernement américain finance
ainsi, via Freedom House, une imprimerie chargée d'éditer une cinquantaine de
journaux d'opposition. Aux commandes de l'imprimerie : Mike Stone, 52 ans, un
ancien journaliste de l'Illinois installé à Bichkek. Un défenseur de la voix de
l'Amérique chouchouté. Lorsque l'ancien pouvoir kirghize décide, cinq jours
avant les élections législatives, de couper l'électricité de l'imprimerie,
l'ambassade américaine s'empresse de lui fournir des groupes électrogènes.

Autre protégé des Etats-Unis: Edil Baisalov, la trentaine, chemise à carreaux,
des airs d'étudiant boutonneux. Formé durant quatre ans à l'université
américaine de Bichkek, parti achever ses études pendant un an de l'autre côté de
l'Atlantique, il dirige la Coalition pour la démocratie et la société civile
(170 ONG kirghizes), le pivot de la contestation militante. Budget annuel : 83
000 euros, entièrement financés par le National Democratic Institute. Une somme
rondelette dans un pays où le salaire mensuel moyen n'excède pas 30 euros.

Qu'importe ! Baisalov se démène. Grâce à lui, un millier d'observateurs ont été
dépêchés dans les bureaux de vote, lors des dernières élections. De quoi
constater les falsifications et déclencher la fronde populaire. Baisalov, il est
vrai, a bénéficié de bons instructeurs. En décembre dernier, au coeur de la
révolution ukrainienne, une ONG américaine l'a expédié à Kiev avec une mission :
apprendre à surveiller un scrutin. Un dîner lui a même été aménagé avec le
sénateur américain Richard Lugar, envoyé spécial de Bush en Europe centrale. «
Nous voulons conduire un mouvement parfaitement pacifiste », affirmait-il à son
retour. Objectif à demi rempli.

Il n'empêche, la machine américaine avance. Avec les mêmes ingrédients, des
mouvements d'étudiants chargés d'essaimer «l'internationale de la révolution».
Tout commence en 1998 en ex-Yougoslavie avec deux jeunes Serbes, fondateurs du
mouvement Otpor (Résistance), soutenu par Freedom House. Leur stratégie :
engager une révolution non violente au lendemain d'élections truquées. Et ça
marche. Deux ans plus tard, le régime de Slobodan Milosevic s'effondre sous la
pression pacifique de la rue.

Rebelote en 2003 en Géorgie. Cette fois, c'est le financier Soros qui règle une
partie de la facture. Un groupe de militants géorgiens se rend à Belgrade pour
tirer les enseignements de l'«Octobre serbe». Dans le même temps, « deux membres
d'Otpor sont invités en Géorgie à trois reprises pour former plusieurs centaines
d'étudiants à l'occasion de séminaires d'été », raconte Nicolas Jallot dans un
ouvrage intitulé « Chevardnadze, le renard blanc du Caucase » (Belfond).
Surveillance des listes électorales, conception de slogans, fabrication de
cassettes vidéo, logistique des manifestations de longue durée... Tout y est
disséqué. Et le manuel « Comment renverser un dictateur », inspiré de
l'Américain Gene Sharp, théoricien de l'action non violente et traduit en
géorgien, circule de main en main. C'est un nouveau succès. En novembre 2003, la
« révolution des roses » chasse le président géorgien, Edouard Chevardnadze.

Des cibles bien sélectionnées

En décembre 2004, c'est au tour de l'Ukraine. Un morceau de choix.
L'administration Bush sort le grand jeu. Et c'est Madeleine Albright elle-même,
à la tête du National Democratic Institute, qui dispense la bonne parole auprès
de 280 ONG. Avec à la clé un chèque de 65 millions de dollars signé par le
gouvernement américain et directement affecté au renversement du président,
Leonid Koutchma. Entre-temps, les étudiants serbes d'Otpor ont exporté leur
modèle. L'Ukraine vit à l'heure de leur petit frère, le mouvement Pora (Il est
temps). La paralysie gagne Kiev. Pendant un mois, des milliers de tentes
s'installent dans le centre-ville. Pari gagné. Un nouveau despote tombe. Et
Viktor Iouchtchenko s'empare du pouvoir au terme d'une nouvelle élection
présidentielle.

Fort de ces succès, Washington poursuit sa stratégie des dominos. Au début du
mois, une révolution de velours menace ainsi la Moldavie. Mais Vladimir
Voronine,son président communiste, joue habilement. A la veille des élections,
il fustige la Russie et déclare son attachement à l'Europe. De quoi s'offrir un
répit.

Autre cible : la Biélorussie, tenue d'une main de fer par le dictateur
Loukachenko. Bush a promis d'y envoyer ses « champions de la liberté ». En
décembre dernier, lors des événements de Kiev, des activistes biélorusses
prenaient d'ailleurs une leçon pratique au milieu des étudiants ukrainiens.

D'autres tyrannies figurent sur la liste, mais la partie s'annonce rude. Soit
parce que les régimes en place traquent la moindre ingérence étrangère. L'an
passé, l'Ouzbékistan a ainsi interdit de séjour l'organisation de Soros. Soit
parce que les Etats-Unis y possèdent des intérêts et hésitent à y semer le
désordre. Exemple : l'Ouzbékistan, où sont implantées deux de ses bases
militaires. Mais aussi l'Azerbaïdjan ou le Kazakhstan, deux régions cruciales
pour le ravitaillement de l'Occident en pétrole. L'Amérique sait choisir ses
dominos

La Chine aux aguets

La Chine observe de très près les événements du Kirghizistan. Son souci : le
risque d'instabilité dans la région - la frontière kirghize est à 150 kilomètres
seulement de la grande ville chinoise de Kachgar - et le réveil des idées
indépendantistes parmi les Ouïgours du Xinjiang.

Cette grande région musulmane (un sixième du territoire chinois) n'a été greffée
qu'en 1884 à l'empire chinois et appartenait historiquement à la civilisation
d'Asie centrale, dominée par les Ouïgours, une ethnie d'origine turque, qui a
développé sa propre culture le long de la fameuse route de la Soie. A deux
reprises, en 1933 et 1944, les Ouïgours du Xinjiang ont créé un Etat
indépendant, le Turkestan oriental, mais ce dernier a été réintégré à la Chine
communiste en 1949.

Depuis lors, Pékin mène une politique de « sinisation » et l'équilibre ethnique
s'est modifié. Les Ouïgours ne représentent plus que 45 % du Xinjiang (9
millions sur 17). Mais des groupuscules ouïgours, avec des antennes dans les
Etats voisins (anciennes républiques soviétiques), continuent à réclamer
l'indépendance et la police chinoise se livre à une sévère répression. Des
combattants ouïgours ont été retrouvés par les Américains en Afghanistan aux
côtés des talibans, et Pékin a obtenu que les « combattants du Turkestan
oriental » soient classifiés « groupe terroriste ». Dix mille Chinois vivaient
au Kirghizistan, dont 2 000 Ouïgours, faisant du commerce. 400 d'entre eux ont
été évacués de Bichkek après que leurs magasins ont été pillés pendant les
émeutes des derniers jours

Caroline Puel (à Pékin)

© le point 31/03/05 - N°1698 - Page 40 - 1526 mots
_______________________________________________________________________________
Le Premier ministre géorgien Zourab Jvania retrouvé mort à Tbilissi

Jeudi 3 février 2005, 10h34

TBILISSI (AFP) - Le Premier ministre Zourab Jvania, l'un des hommes
politiques les plus expérimentés de Géorgie, considéré comme l'un des
moteurs des réformes économiques menées dans le pays, a été retrouvé mort
jeudi matin à Tbilissi, apparemment accidentellement empoisonné au gaz.

M. Jvania, venu passer la soirée chez un ami --le vice-gouverneur de la
région de Kvemo-Kartli, Raoul Ioussoupov-- a été retrouvé mort à l'aube, par
ses gardes du corps, ainsi que son hôte.

"Il semble clair qu'il s'agit d'un empoisonnement au gaz, apparemment un
accident", a annoncé le ministre de l'Intérieur, Vano Merabichvili. La fuite
d'un appareil de chauffage, mal branché sur la conduite d'évacuation, serait
à l'origine du drame.

L'appartement avait été loué depuis très peu de temps par M. Ioussoupov, et
selon son propriétaire, interrogé par la télévision géorgienne, il ne
disposait pas d'appareil de chauffage.

Mais si les responsables géorgiens semblaient unanimes sur le caractère
accidentel du drame, le président de la majorité parlementaire, Alexandre
Chalamberidzé, a mis en doute cette thèse, reliant ces morts à un attentat à
la voiture piégée, perpétré deux jours plus tôt à Gori (ouest de Tbilissi).

"Il m'est très difficile de parler (...). C'est un coup dur pour le pays et
pour moi en tant que chef de l'Etat", a pour sa part déclaré le président
Mikhaïl Saakachvili devant le gouvernement réuni en urgence jeudi matin.

"J'ai perdu mon plus proche ami, un conseiller et un compagnon d'armes. La
Géorgie a perdu un grand patriote qui a consacré toute sa vie au bien du
pays".

M. Jvania, âgé de 41 ans, père de 3 enfants, ancien président du Parlement
géorgien, avait été l'un des principaux alliés de l'ex-président Edouard
Chevardnadzé avant de s'en détacher pour passer dans l'opposition.

Aux côtés de M. Saakachvili, il fut l'un des meneurs de "la révolution de la
rose" en novembre 2003, qui a porté au pouvoir le nouveau président
réformateur et pro-occidental.

Il était très respecté, même s'il comptait des ennemis politiques. Et son
décès laisse un grand vide à la tête du gouvernement de ce pays du Caucase,
dont les ministres sont dans l'ensemble très jeunes et manquent
d'expérience, alors que les réformes à mener sont particulièrement lourdes
(lutte contre une corruption endémique, redressement du niveau de vie,
privatisations...).

"Il n'y a pas d'homme politique de son envergure en Géorgie. Ce sera
extrêmement difficile de le remplacer", estime Paata Zakareichvili, analyste
du Centre pour le développement et la coopération.

"Jvania jouait un rôle unique en Géorgie. Il tenait une place particulière,
bénéficiant d'un soutien énorme dans une grande partie de la classe
politique", ajoute Archile Gueguechidzé, de la Fondation pour les études
stratégiques et internationales.

Pour le politologue Alec Rondeli, qui relève que nombre de ministres dans la
Géorgie d'aujourd'hui "n'ont même pas la trentaine", la mort de Zourab
Jvania "risque fort de ralentir les réformes".

"C'est comme un conducteur de train. Jvania savait parfaitement conduire sa
machine. Il connaissait tout et tout le monde. C'est lui qui était derrière
les réformes économiques du pays. Le nouveau Premier ministre va devoir
apprendre à conduire avant de monter dans le train", dit-il.

Selon la Constitution, le président a sept jours pour choisir un nouveau
Premier ministre. Et la liste du gouvernement devra être constituée d'ici
dix jours. Ces candidatures devront toutes être présentées dans les trois
jours suivants, au Parlement qui aura alors une semaine pour se prononcer.

Dans l'attente, l'interim à la tête du gouvernement sera exercé par le
vice-premier ministre Guia Baramidzé.

Le président russe Vladimir Poutine a présenté ses condoléances au président
Saakachvili, a annoncé le Kremlin dans un communiqué.
_____________________________________________________________________________

Des trafiquants d'armes ukrainiens ont vendu des missiles de croisière à l'Iran
et la Chine, selon un procureur

vendredi 18 mars 2005, 14h51

KIEV, Ukraine (AP) - Des trafiquants d'armes ukrainiens ont vendu 18 missiles de
croisière à l'Iran et à la Chine il y a quatre ans, à l'époque où l'ancien
président Léonid Koutchma était au pouvoir, ont annoncé vendredi les services du
procureur général de Kiev. Ces missiles ont une portée suffisante pour atteindre
certains alliés des Etats-Unis.

Ces missiles Kh55 sont sortis clandestinement d'Ukraine, ont précisé les
services du procureur général de Kiev. Selon eux, ces missiles, qui ont une
portée de 1.860 miles (environ 2.980 kilomètres), ont été vendus illégalement et
n'ont pas été exportés par des entreprises ukrainiennes.

"Les procédures contre les personnes impliquées (dans la vente illicite) ont été
transmises à la cour d'appel de Kiev et elles sont entendues de manière privée",
ont précisé les services du procureur dans un communiqué.

L'agence Associated Press avait rapporté le 4 février qu'une enquête du
gouvernement sur des ventes illicites d'armes par des proches de Léonid Koutchma
avait abouti, en secret, à des inculpations et des arrestations d'au moins six
trafiquants d'armes accusés de vendre des missiles à l'Iran et la Chine. AP
______________________________________________________________________________

#1743 De: "CID" <cid1@...>
Date: Vendredi 1. Avril 2005  13:42
Sujet: ONU obtient financement pour procès des khmers rouges
cid_demo
Envoyer un message Envoyer un message
 
Les Nations unies obtiennent le financement pour le procès des dirigeants
khmers rouges

LE MONDE | 29.03.05 | 14h44  o  Mis à jour le 29.03.05 | 14h44

Phnom Penh de notre envoyé spécial

La traduction devant un tribunal des derniers dirigeants khmers rouges encore en
vie est de nouveau en vue. "Je crois que nous pouvons commencer", a déclaré
Kofi Annan, lundi 28 mars, à l'issue d'une réunion à New York consacrée au
financement d'un "tribunal mixte", sur lequel se sont entendus l'ONU et le
gouvernement cambodgien. "Je m'attends à ce qu'une partie de l'argent soit
fournie assez rapidement pour que nous disposions d'une année de financement",
a précisé le secrétaire général de l'ONU.

Le coût de ce procès ­- celui des responsables présumés de la mort, entre
1975 et 1979, de 1,7 million de Cambodgiens, soit le quart de la population de
l'époque -­ a été évalué à 56 millions de dollars. Les engagements pris
lundi à l'ONU portent sur plus de 38 millions de dollars, dont plus de 20
millions pour le seul Japon. Le gouvernement cambodgien a promis, de son côté,
de réunir 13,5 millions de dollars, en faisant notamment appel à des donateurs
bilatéraux. On ignore si cette contribution du Cambodge fait partie ou non des
38 millions de dollars annoncés à New York. Mais Kofi Annan s'est montré
optimiste, en déclarant que les résultats "avaient dépassé son attente". "Je
suis sûr que nous parviendrons à obtenir le reste", a-t-il ajouté.

LE CHOIX DES JUGES

Au terme de longues négociations, un accord avait été trouvé, en 2003, sur
un "tribunal à caractère international" dont la majorité des juges seront
cambodgiens. Mais, suivant une proposition du sénateur américain John Kerry,
les décisions prises à la majorité des voix ne seront valides que si l'un des
juges nommés par l'ONU les vote. Cette formule a permis de satisfaire les
Cambodgiens, qui s'estiment les premiers concernés, tout en levant les
appréhensions d'une communauté internationale inquiète de la corruption de la
justice locale et de sa soumission au pouvoir politique.

Un nouveau délai est intervenu car les élections générales de juillet 2003
au Cambodge ont été suivies d'une crise politique de près d'un an, reportant
d'autant le vote du Parlement. Par la suite, la négociation du financement du
procès a traîné, notamment parce que les Etats-Unis refusaient de
s'impliquer. Le Cambodge, démuni, s'est engagé à fournir les locaux, à
assurer la sécurité et à réunir le cinquième des fonds prévus.

Il s'agit de juger les membres de la chaîne de commandement des Khmers rouges,
ceux qui sont directement responsables des sévices infligés aux Cambodgiens
pendant plus de trois ans. Deux d'entre eux sont en prison : Ta Mok, l'un des
hommes de main de Pol Pot, et Deuch, l'ancien directeur du centre de torture de
Tuol-Sleng à Phnom Penh. Parmi ceux qui demeurent en liberté figurent Nuon
Chea, ancien bras droit de Pol Pot, Ieng Sary, ancien numéro trois du régime,
et Khieu Samphan, chef de l'Etat de 1976 à 1979. Pol Pot lui-même est mort en
1998.

La création de ce tribunal est loin de faire l'unanimité. Norodom Sihanouk,
qui a abdiqué en 2004 et se fait actuellement soigner à Pékin, a dit à
plusieurs reprises qu'il vaudrait mieux affecter les fonds réunis aux
malheureux de son royaume. La Chine, qui a envoyé des milliers de conseillers
au Cambodge du temps où Pol Pot était au pouvoir, ne dit rien mais son
hostilité au procès est connue.

Les partisans du procès, de leur côté, estiment que le choix du procureur et
des juges étrangers sera crucial. Ils souhaitent un procès pédagogique, qui
se préoccupe davantage des victimes que des bourreaux et ne soit pas
transformé en tribune par des accusés qui en profiteraient pour régler leurs
comptes avec d'anciens alliés ou semer la confusion dans les esprits. Un
nationalisme défensif demeure, en effet, à fleur de peau dans ce pays, qui a
du mal à se remettre d'un passé douloureux. La seule constitution des
juridictions s'annonce donc déjà une affaire très délicate.

Jean-Claude Pomonti

Article paru dans l'édition du 30.03.05

© Le Monde.fr
______________________________________________________________________________

Messages 1714 - 1743 sur 2473   Le plus ancien  |  < Plus ancien  |  Plus récent >  |  Le plus récent
Messages 1714 - 1743 sur 2473   Le plus ancien  |  < Plus ancien  |  Plus récent >  |  Le plus récent
Avancée

Copyright © 2010 Yahoo! France SAS – Tous droits réservés.
Données Personnelles NOUVEAU - Conditions d'utilisation - Charte - Signaler un abus - Aide