1. Edito du Monde - Iran, le défi
Tout l'appareil de répression de la République islamique d'Iran
se mobilise. Les similitudes avec les partis fascistes européens
des années 1930 sont troublantes.
[LE MONDE - 22.06.09]
2. Iran : l'armée idéologique montre les crocs
Les Gardiens de la Révolution ont lancé un avertissement sans
nuances aux manifestants et promis une riposte « décisive » pour
ramener l'ordre.
Cette « montée en première ligne » des Gardiens de la Révolution
témoigne aussi des craintes de la faction dominante d'être débordée
par le clan de l'ex-président Rafsandjani, décidé à prévenir
l'instauration d'un « gouvernement islamique ». Ces tensions au
sein du régime ont reçu une nouvelle illustration avec la
confirmation de l'arrestation de cinq proches d'Akbar Hachémi
Rafsandjani, dont sa fille. Arrêtés samedi, ils ont été libérés
quelques heures plus tard.
[Ouest-France - 23 juin 2009]
3. Le pays sous tension après la réélection de Mahmoud Ahmadinejad.
Rafsandjani - Khamenei, la guerre sourde des religieux
Arrestations, intimidations. Les deux haut dignitaires s'affrontent.
[Libération - 22/06/2009]
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Edito du Monde
Iran, le défi
LE MONDE - 22.06.09
Tout l'appareil de répression de la République islamique d'Iran avait été
mobilisé : police, unité spéciale des Gardiens de la révolution, groupes de
nervis armés appartenant aux milices du régime, les bassidji, chargées des plus
basses besognes. Rien n'y a fait. Des Iraniens de tous âges et de toutes
conditions sont descendus samedi 20 juin dans la rue. Certains l'ont payé de
leur vie : au moins dix morts à Téhéran, la capitale. Ils ont défié le "Guide",
l'autorité suprême du régime, l'ayatollah Ali Khamenei, qui, la veille, avait
interdit toute manifestation.
Ils n'ont pas seulement réclamé ce pourquoi ils manifestent depuis une semaine :
un nouveau décompte des suffrages, ou un autre scrutin, après l'élection
présidentielle du vendredi 12 juin. Plus grand monde ne conteste que celle-ci a
très vraisemblablement été volée par le président sortant, le fondamentaliste
Mahmoud Ahmadinejad, avec l'accord et l'appui de l'ayatollah Khamenei.
Descendant dans la rue, ces courageux Iraniens ont aussi brisé un tabou : ils se
sont opposés à celui qui, dans l'usine à gaz institutionnelle iranienne, est
censé incarner la révolution islamique. Mais, précisément, M. Khamenei est sorti
de son rôle d'arbitre des diverses factions qui composent le pouvoir iranien. Il
s'est "factionnalisé" : il a pris le parti d'un des camps en présence. Il a mis
toute sa légitimité, le poids de l'institution qu'il représente, au service du
mouvement amorcé par M. Ahmadinejad au lendemain de son élection, en 2005 : la
militarisation d'un régime s'appuyant de plus en plus sur un petit groupe des
Gardiens de la révolution, cette deuxième armée nationale qui se veut le bras
armé de la République islamique.
Le politologue français Frédéric Tellier a détaillé le détonnant cocktail
idéologique qui anime ce groupe : romantisme et prosélytisme révolutionnaires,
rationalité technique (l'obsession du nucléaire militaire), fanatisme froid,
dévouement inconditionné. Comment nommer ce mélange d'hypernationalisme et de
populisme, de quête de "pureté révolutionnaire" et d'anti-intellectualisme, de
mépris de la démocratie, de rejet du compromis ? Islamo-fascisme ? Les
similitudes avec les partis fascistes européens des années 1930 sont
troublantes.
En face, l'opposition s'est résolument située dans le légalisme, dans le jeu
institutionnel de la République islamique. Que veut-elle ? Un peu d'Etat de
droit, nous disait une Iranienne : "Un peu de loi, une vie normale, la sécurité
dans la rue, des droits parmi les plus élémentaires." Pas le règne de
l'arbitraire.
Article paru dans l'édition du 23.06.09
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Etranger
Iran : l'armée idéologique montre les crocs
Ouest-France
mardi 23 juin 2009
Les Gardiens de la Révolution ont lancé un avertissement sans nuances aux
manifestants et promis une riposte « décisive » pour ramener l'ordre.
L'armée idéologique du régime iranien, le corps des Gardiens de la Révolution,
a-t-elle été chargée de ramener l'ordre et de mater les opposants qui dénoncent
un tripatouillage électoral ? C'est ce que suggère son communiqué d'hier matin :
« Les Gardiens de la Révolution, les bassidjis (milice islamique dépendant des
Gardiens) et les autres forces de l'ordre et de sécurité sont prêts à mener une
action décisive et révolutionnaire pour [...] mettre un terme au complot et aux
émeutes. » Cette annonce intervient alors que des annonces appelant à la grève
générale commencent à circuler en Iran.
En théorie, le maintien de l'ordre est du ressort de la police. Mais la nature
de la contestation et sa virulence semblent avoir convaincu Ali Khamenei, le
Guide suprême de la Révolution islamique, de confier cette mission à ses propres
forces de sécurité.
Une structure parallèle
Hier après-midi, des Gardiens de la Révolution épaulaient ainsi la police lors
d'une manifestation dans le centre de Téhéran, ville que vont évacuer toutes les
familles du personnel de l'ambassade britannique.
Le corps des Gardiens de la Révolution constitue une structure parallèle aux
forces armées iraniennes. Créé en mai 1979, il est chargé de « maintenir l'ordre
et la discipline, de prévenir les provocations et les complots, d'empêcher les
sabotages, de faire appliquer les décrets du gouvernement ». C'est donc bien, de
l'aveu même de son commandant, le général Mohammad Ali Jafari, une «organisation
politique et idéologique».
Les 175 000 Gardiens, ou pasdaran, sont regroupés en une trentaine d'unités qui
disposent de leurs propres forces aériennes et navales. Leur chef direct,
l'ayatollah Ali Khamenei, leur a aussi confié le contrôle de toutes les unités
de missiles sol-sol.
Des Gardiens dépendent aussi les milices bassidjis, dont les forces sont
estimées à au moins quatre millions d'hommes. Ces milices, qui traditionnel-
lement appuyaient les forces armées (pendant la guerre Iran-Irak, les bassidjis
ont subi de très lourdes pertes) sont désormais chargées du maintien de l'ordre
« politique ».
Enfin, les pasdaran disposent d'une unité spéciale, la force Qods, chargée de
missions de déstabilisation, de formation de miliciens étrangers ou de raids
contre les éléments antirévolutionnaires.
Cette « montée en première ligne » des Gardiens de la Révolution témoigne aussi
des craintes de la faction dominante d'être débordée par le clan de
l'ex-président Rafsandjani, décidé à prévenir l'instauration d'un « gouvernement
islamique ». Ces tensions au sein du régime ont reçu une nouvelle illustration
avec la confirmation de l'arrestation de cinq proches d'Akbar Hachémi
Rafsandjani, dont sa fille. Arrêtés samedi, ils ont été libérés quelques heures
plus tard.
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Iran
Le pays sous tension après la réélection de Mahmoud Ahmadinejad.
Rafsandjani - Khamenei, la guerre sourde des religieux
Analyse
Arrestations, intimidations. Les deux haut dignitaires s'affrontent.
Par JEAN-PIERRE PERRIN
Libération
22/06/2009
C'est désormais la guerre au sein même du régime. Une guerre impitoyable. Une
guerre encore largement secrète mais que révèlent certains indices, comme
l'arrestation samedi à Téhéran de Faezeh, la fille de l'ancien président Ali
Akbar Hachémi Rafsandjani ; son fils, Mehdi, sur le point d'être capturé, aurait
réussi à prendre la fuite. C'est donc une attaque en règle qui se dessine contre
ce haut dignitaire du régime, personnalité intouchable et président de deux
institutions clés de la révolution islamique. Si la faction dominante au sein du
régime s'en prend à lui avec autant de violence, tout en le couvrant de
compliments, ce n'est pas seulement parce que Rafsandjani, un hodjatoleslam
(rang intermédiaire dans le clergé chiite) conservateur, a financé la campagne
du réformateur Moussavi. C'est d'abord parce qu'il orchestre une campagne
souterraine dans les milieux religieux dans le but de sanctionner le Guide
suprême, Ali Khamenei. Autrement dit, de l'acculer à la démission.
Légitimité.
L'opération n'est pas facile. Le Guide est le chef des forces armées et de
sécurité. Il nomme le président de l'institution judiciaire et, directement, six
des douze membres du Conseil de surveillance de la Constitution, la clé de voûte
du système et, indirectement, les six autres. Il incarne à ce point la
légitimité théocratique que toute critique de sa personne peut conduire en
prison. Un seul organe peut superviser son action et, en théorie, le révoquer,
c'est l'Assemblée des experts, que préside justement Rafsandjani.
Depuis le début des événements, Rafsandjani est silencieux. Il n'a pas dénoncé
les fraudes dont a été victime Moussavi. Mais, dans la coulisse, il est à la
manouvre. Il s'est rendu dans la puissante ville sainte de Qom, où siège la
Howzeh (le bureau des séminaires théologiques). Il y a rencontré le représentant
du grand ayatollah Ali Sistani, la plus haute sommité religieuse du chiisme - il
réside à Najaf en Irak. Sur Rooyeh.com, proche de la Howzeh, on découvre que Ali
Khamenei est sur la sellette. Le site, qui a depuis été bloqué, évoque ainsi la
possibilité de sa démission et de son remplacement par «un conseil de guidance»,
composé de hauts religieux. «Le Guide est le père du peuple. Aujourd'hui, il
tend à n'être que celui d'une partie de la population», lui reproche-t-on.
République.
Si la bagarre est aussi violente entre le sommet du pouvoir et la mouvance
réformatrice, soutenue par une large partie de la jeunesse qui profite de la
situation pour contester le système, c'est parce que Moussavi et ses amis se
sont rendu compte que le Guide et son champion, Ahmadinejad, voulaient changer
la nature du régime. Le métamorphoser de République islamique en «gouvernement
islamique», comme on peut le lire sur le site de Moussavi. Ce qui signifie que
le régime n'aurait plus besoin de légitimité populaire. Et les réformateurs n'y
auraient plus leur place.
Les coups que se donnent les uns et les autres ne sont pas de nature à renforcer
le système. «Il reste peu de temps pour sauver le régime. Ne l'utilisez pas pour
accélérer sa chute», avertissait hier l'ex-président réformateur Mohammad
Khatami.
© Libération
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