1. L'ampleur de la fraude
Dans sa ville natale d'Aligoodarz, qui compte plus de 90 000
habitants, le candidat réformiste Mehdi Karoubi a eu... une unique
voix. Pourtant, ce religieux, très populaire dans sa province du
Lorestan, avait notamment reçu le soutien de l'influent réseau des
derviches qui font la réputation de cette localité. Dans la petite
ville de Rafsandjan, d'où est originaire l'ex-président Ali Akbar
Hachémi Rafsandjani, viscéralement hostile à Ahmadinejad, ce
dernier a obtenu 2 886 voix et ses trois rivaux, ensemble, 95 voix.
[Libération - 19/06/2009]
2. Les preuves de la falsification du régime de Téhéran
Le haut clergé chiite est à son tour entré dans la bataille. Après
les grands ayatollahs Hossein Ali Montazeri, Nasser Makarem Chirazi
et l'ayatollah Asadollah Zanjani, un quatrième haut religieux,
l'ayatollah Abdolkarim Moussavi Ardebili, a adressé une injonction
au pouvoir islamique lui demandant d'examiner avec soin les
plaintes des candidats contestant les résultats de l'élection
présidentielle et de rendre un «verdict convaincant». Ces prises de
position sont pour le moins inhabituelles,..
[JEAN-PIERRE PERRIN - Libération]
3. Le régime paye son isolement international
La forte mobilisation contre Ahmadinedjad s'explique aussi par les
conséquences intérieures désastreuses de sa politique auxquelles
s'ajoutent les effets à long termes des sanctions internationales.
[LE MONDE - 19.06.09]
4. Un climat de peur
L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de
l'homme, qui publie ces jours-ci son rapport annuel, rappelle que
tout au long de l'année 2008, la répression à l'encontre du
mouvement social en Iran, qu'il s'agisse des défenseurs des droits
des femmes ou des minorités, mais aussi des syndicats et des
étudiants, n'a cessé de croître.
[Liberation - 22/06/2009]
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Monde
L'ampleur de la fraude
Ahmadinejad est arrivé, en réalité, en troisième position.
Libération
19/06/2009
Par JEAN-PIERRE PERRIN
Dans sa ville natale d'Aligoodarz, qui compte plus de 90 000 habitants, le
candidat réformiste Mehdi Karoubi a eu... une unique voix. Pourtant, ce
religieux, très populaire dans sa province du Lorestan, avait notamment reçu le
soutien de l'influent réseau des derviches qui font la réputation de cette
localité. Dans la petite ville de Rafsandjan, d'où est originaire l'ex-président
Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, viscéralement hostile à Ahmadinejad, ce dernier a
obtenu 2 886 voix et ses trois rivaux, ensemble, 95 voix.
Caricaturaux, ces deux résultats locaux sont à l'image des autres chiffres
officiels qui ont crédité Mahmoud Ahmadinejad de 63 % des suffrages au niveau
national et témoignent d'une fraude massive. Au fur et à mesure que sont
divulgués les résultats officiels, on peut se rendre compte de leur caractère
extravagant. Ainsi, dans 77 circonscriptions, les chiffres font apparaître une
participation supérieure à plus de 70 % du nombre d'électeurs en âge de voter -
jusqu'à 140% dans plusieurs d'entre elles.
Avis de décès.
Dès vendredi soir, ce trucage massif et sans finesse avait été révélé par
quelques fonctionnaires du ministère de l'Intérieur. Depuis, quatre d'entre eux
ont été emprisonnés.Au moment de leur arrestation, selon des témoins extérieurs,
l'un d'eux avait été empêché par les policiers de se jeter depuis le neuvième
étage du ministère. Depuis, via les avis de décès publiés dans les quotidiens de
Téhéran, on a appris la mort d'un de ces quatre hommes, Mohammed Ashkari, sans
que l'on sache encore dans quelles circonstances.
Selon les résultats communiqués clandestinement par ces fonctionnaires et qui
leur valent aujourd'hui d'être détenus, Mir Hossein Moussavi arrive largement en
tête avec un peu plus de 19 millions de voix (sur 42 millions), devançant
largement Mehdi Karoubi qui a obtenu 13,38 millions de voix. Ce n'est qu'en
troisième position qu'est arrivé Ahmadinejad, avec seulement 5,77 millions des
voix, devançant le quatrième candidat, l'ex-chef historique des pasdarans, qui a
obtenu 3,74 millions de voix. C'est sur la foi de ces résultats que Moussavi,
averti de la fraude en cours, avait aussitôt proclamé sa victoire.
Fuites.
La manipulation des votes a pu être aussi massive grâce à la prise de contrôle
du ministère de l'Intérieur par des bassidji (miliciens) qui ont investi,
vendredi, soit le jour même du scrutin, dès 17 heures, des terminaux de
totalisation des votes, chassant les fonctionnaires affectés à ces postes. D'où
les fuites, favorisées par le fait que ce ministère a longtemps été un fief de
la mouvance réformatrice à l'époque du président Mohammad Khatami, sous
l'impulsion notamment du ministre Abdullah Nouri - personnalité des plus
libérales du régime, il avait été condamné à cinq ans de prison pour propagande
contre le système islamique. Hier, pour la première fois, la télévision d'Etat
iranienne, citant les représentants des trois candidats «battus», a reconnu «646
irrégularités graves».
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Monde
Les preuves de la falsification du régime de Téhéran - RÉCIT
Le fonctionnaire à l'origine de la fuite sur la victoire de Moussavi a été
arrêté.
Par JEAN-PIERRE PERRIN
Libération
18/06/2009
Le haut clergé chiite est à son tour entré dans la bataille. Après les grands
ayatollahs Hossein Ali Montazeri, Nasser Makarem Chirazi et l'ayatollah
Asadollah Zanjani, un quatrième haut religieux, l'ayatollah Abdolkarim Moussavi
Ardebili, a adressé une injonction au pouvoir islamique lui demandant d'examiner
avec soin les plaintes des candidats contestant les résultats de l'élection
présidentielle et de rendre un «verdict convaincant». Ces prises de position
sont pour le moins inhabituelles, la haute hiérarchie chiite répugnant, sauf
lorsque la situation est gravissime, à commenter publiquement les affaires
politiques. Ces exhortations ne vont pas jusqu'à demander l'annulation du
scrutin et un nouveau vote, comme l'exige Mir Hossein Moussavi, mais elles
laissent clairement entendre qu'il y a eu une lourde fraude aux élections.
C'est Montazeri, une des plus hautes autorités spirituelles chiites, qui est
allé le plus loin mardi dans sa dénonciation du trucage en décrivant les
résultats comme «quelque chose qu'aucun esprit sain ne peut accepter».
«Malheureusement cette excellente opportunité [de l'élection, ndlr] a été
utilisée de la pire façon qui soit», écrit le religieux, qui fut pressenti pour
succéder à l'imam Khomeiny avant d'être écarté du pouvoir et longtemps assigné à
résidence.
Manipulation.
Jour après jour, de nouveaux éléments témoignent de l'ampleur de la
manipulation. Selon des informations recueillies par Libération, l'après-midi du
scrutin, vers 17 heures, des bassidji («volontaires» des milices islamiques) ont
pris le contrôle des terminaux de totalisation des votes au ministère de
l'Intérieur, chassant les fonctionnaires qui travaillaient à ce poste. C'est un
fonctionnaire de ce même ministère qui a prévenu le camp réformateur. D'autres
fuites vont révéler les vrais chiffres obtenus par les quatre candidats: en tête
vient Moussavi avec un peu plus de 19 millions des suffrages (sur 42 millions),
devant le second candidat réformateur, le religieux Mehdi Karoubi, avec plus de
13,38 millions de voix ; Ahmadinejad n'arrive qu'en troisième position avec 5,77
millions de voix ; le quatrième candidat, Mohsen Rezaï, ex-leader historique des
pasdarans - les gardiens de la révolution - occupe la dernière position avec
3,74 millions de voix.
Prévenu qu'il est arrivé en tête, Moussavi va immédiatement se proclamer
victorieux avant d'être rapidement démenti par Ahmadinejad, puis par le Guide
suprême Ali Khamenei, qui va entériner le succès du président sortant, parlant
même de victoire tombée du ciel.
L'auteur des «fuites», fonctionnaire au ministère de l'Intérieur, semble avoir
été arrêté dès le lendemain. Des témoins l'ont vu empoigné par des policiers au
moment où il s'apprêtait à sauter du neuvième étage du bâtiment. Depuis, on
ignore ce qu'il est devenu.
Toujours selon nos informations, les bassidji ont aussi fait main basse sur une
partie des urnes qu'ils ont fait disparaître - ce qui explique que les résultats
ville par ville et région par région ne sont toujours pas connus, même ceux de
Téhéran. L'agence officielle Irna a remplacé les résultats manquants par des
chiffres totalement abracadabrants, allant jusqu'à affirmer que Moussavi,
Karoubi et Rezaï avaient été battus dans leurs villes natales.
Intimidation.
Si les urnes ne sont pas rendues, on voit mal dans ces conditions comment le
Conseil des gardiens de la Constitution pourrait procéder à un réel recomptage
des voix. D'où l'hypothèse que l'annonce de celui-ci ne servirait en fait qu'à
gagner du temps. En attendant, l'intimidation reste de rigueur. Hier, un
religieux, intervenant à la télévision nationale, a fait savoir que toute fitna
(sédition) était passible de «la peine de mort».
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Point de vue
Le régime paye son isolement international, par Azadeh Kian
LE MONDE - 19.06.09
"Moussavi, récupère nos votes !", chantent des centaines de milliers d'Iraniens
qui, brandissant la couleur verte, symbole, selon Mir Hossein Moussavi, d'un
islam rationnel, démocratique et ouvert sur le monde, bravent les interdits et
la peur, descendent dans la rue pour défendre leur dignité et revendiquer la
restitution de leurs voix confisquées.
Ces hommes et ces femmes, tant celles et ceux qui ont fait la révolution en 1979
que leurs enfants, ont massivement voté à la présidentielle du 12 juin (avec un
taux de participation record de 85 %) dans l'espoir de renforcer la composante
démocratique et républicaine du régime islamique au détriment de sa composante
théocratique de plus en plus militarisée. Parmi ces électeurs épris de liberté
qui revendiquent leur droit de citoyen et tentent de sortir leur pays de
l'isolement, se trouvent de nombreux intellectuels, étudiants, artistes ou
militants des droits de l'homme, qui, déçus du bilan du président Khatami,
avaient déserté les urnes depuis 2001.
Aujourd'hui, ils se sentent trahis par le guide Khamenei, qui exprime une rare
concordance de vues avec M. Ahmadinejad et qui semble avoir scellé son sort au
sien. En acceptant la candidature de Moussavi n'avait-il pas pour but de
provoquer la participation de cet électorat contestataire afin de légitimer le
régime tout en lui confisquant le vote ? N'a-t-il pas enfreint la Constitution
et son propre devoir de superviseur neutre en soutenant le président sortant
contre ses rivaux et en écartant l'annulation de cette élection frauduleuse
avant même que les résultats soient approuvés par le Conseil de surveillance ?
La mobilisation des électeurs de Moussavi s'explique aussi par les conséquences
de la politique populiste menée par le président Ahmadinejad. Ils appartiennent
aux groupes sociaux structurés, notamment les classes moyennes, les ouvriers,
les commerçants ou les entrepreneurs qui subissent, plus que d'autres, les
conséquences d'une monopolisation croissante de l'économie à des fins politiques
et clientélistes, d'une inflation importante (entre 27 % et 30 %)conduisant à la
perte de leur pouvoir d'achat, d'un taux de chômage élevé (entre 30 % et 50 %
des jeunes, selon des estimations) ou de la fuite des capitaux iraniens et
étrangers. Ils sont davantage encore fragilisés par les conséquences des
sanctions économiques, financières et technologiques décrétées par l'ONU depuis
décembre 2006, en réponse aux diatribes lancées par M. Ahmadinejad et les durs
du régime sur le dossier du nucléaire, sanctions qui se sont greffées sur celles
imposées depuis 1984 par les Etats-Unis.
La campagne électorale et les débats télévisuels entre les candidats ont fourni
l'occasion à ses trois rivaux de critiquer le bilan économique négatif
d'Ahmadinejad malgré le triplement des revenus pétroliers de l'Etat depuis son
élection en 2005 (plus de 75 milliards de dollars par an contre 24 milliards
sous Khatami). Nombre d'économistes, dont les deux directeurs démissionnaires de
la Banque centrale d'Iran, sont d'avis qu'Ahmadinejad a ruiné l'Iran. Les
importations massives sont faites au détriment des producteurs iraniens, tandis
que des milliards de dollars sont investis en Amérique latine et en Afrique au
lieu de créer des emplois pour les 800 000 jeunes qui entrent chaque année sur
le marché du travail.
A cela s'ajoutent les importantes sommes dépensées pour la reconstruction du
Liban sud, alors que d'innombrables Iraniens souffrent du problème de logement,
et les centaines de millions de dollars d'aide au Hezbollah libanais ou au
Hamas, qui n'ont servi qu'à l'isolement du pays.
Dépourvus d'un véritable programme et d'une réelle assise sociale, Mahmoud
Ahmadinejad et son camp, qui veulent en découdre avec les institutions
électives, ont scindé la société, dressant les Iraniens les uns contre les
autres afin d'imposer leur emprise. Ils ont aussi tenté de se consolider à
travers la provocation des tensions régionales et internationales, comme le
montre la gestion de la crise du nucléaire ou encore les propos négationnistes
et anti-israéliens.
Ces politiques idéologiques et conflictuelles et la militarisation de la
politique et de l'économie, qui ont provoqué un front de refus contre l'Iran,
ont poussé les conservateurs, ayant leur assise notamment au sein des classes
moyennes traditionnelles, des grands commerçants et de la majorité des clercs à
l'école théologique de Qom, à revoir leurs alliances avec le président sortant.
Seule une minorité d'entre eux a appelé à voter pour lui.
Dès lors, on se pose la question de savoir qui sont ces présumés 62,5%
d'électeurs qui auraient voté pour Ahmadinejad, malgré son bilan économique,
culturel ou politique négatif. A travers sa politique populiste et clientéliste,
Ahmadinejad a augmenté les dépenses publiques et a épuisé des réserves
financières accumulées sous la présidence de Khatami. Il redistribue certes une
partie des revenus pétroliers aux classes déstructurées et défavorisées, afin de
contenir leur mécontentement et d'orienter leur vote, et recrute leurs jeunes
chômeurs pour les milices. Mais même avec les pasdarans (dont le nombre est
estimé à environ 120 000) et leur famille, on est encore très loin des résultats
annoncés par le ministère de l'intérieur, dirigé par Mahsouli,un milliardaire
proche d'Ahmadinejad.
La contestation de cette élection entachée de fraudes et d'irrégularités sans
précédent et le refus du Guide d'annuler ses résultats ont provoqué une crise
politique profonde des institutions, déplaçant le champ politique dans la rue.
Malgré la répression et les arrestations massives, c'est désormais la
mobilisation des contestataires qui déterminera les rapports de force entre les
factions au pouvoir.
Les traditions chiites de commémoration des martyrs de la répression aidant, la
mobilisation semble pouvoir tenir, surtout avec l'appui de l'opinion publique
occidentale et internationale. Si dans son bras de fer avec les meneurs du coup
d'Etat, Moussavi, ancien premier sinistre et proche de l'ayatollah Khomeiny, ne
parvient pas à "récupérer les votes de ses électeurs", la légitimité de
l'ensemble du régime sera en jeu trente ans après son avènement. Mais la fin de
l'exception iranienne semble ne pas être pour bientôt.
Azadeh Kian est professeur de sociologie, Université Paris VII-Diderot.
Article paru dans l'édition du 20.06.09
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Monde
Un climat de peur
Par ERIC SOTTAS secrétaire général de l'Organisation mondiale contre la
torture(OMCT), SOUHAYR BELHASSEN présidente de la Fédération
internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH)
Liberation
22/06/2009
L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'homme, qui
publie ces jours-ci son rapport annuel, rappelle que tout au long de l'année
2008, la répression à l'encontre du mouvement social en Iran, qu'il s'agisse des
défenseurs des droits des femmes ou des minorités, mais aussi des syndicats et
des étudiants, n'a cessé de croître. La fermeture du Centre des défenseurs des
droits de l'homme, fin décembre 2008, en a constitué l'un des exemples les plus
frappants. Les jours précédant le 1er mai 2008, des arrestations se sont
multipliées en Iran, «dans le but», nous dit le rapport, «d'intimider les
syndicalistes et de créer un climat de peur».
La Terreur comme méthode de gouvernement semble avoir été le but poursuivi par
les autorités iraniennes. L'utilisation massive de la peine de mort - plus de
345 pour 2008 -, et sa publicité macabre, n'ont eu pour but selon nous que
d'accentuer ce climat délétère. Mais paradoxalement, la société civile a su
utiliser cette violence aveugle de l'Etat comme levier pour en dénoncer les
outrances (utilisation de la lapidation, pendaisons de personnes mineures au
moment des faits), et mettre en évidence l'absurdité d'une telle politique.
L'ampleur de la répression n'a eu d'égal que le courage de ces défenseurs
iraniens, qui ont osé affronter le régime, et l'ont souvent payé cher. Les
femmes, surtout, qui ont lancé la campagne «One Million Signatures», pour
obtenir l'égalité de statut entre les sexes dans la loi iranienne, ont continué
de subir un harcèlement judiciaire constant, mais elles ne se sont jamais
découragées. Et elles sont nombreuses à faire partie des manifestants qui
demandent l'annulation du scrutin présidentiel. L'ampleur de la fraude
électorale a certes joué le rôle de révélateur pour ces Iraniennes et Iraniens
qui descendent aujourd'hui dans la rue. Elle a montré aussi que l'engagement de
ces défenseurs qui ont dénoncé patiemment et pacifiquement les incohérences de
ce système n'a pas été vain.
A leur manière, ces avocats, ces journalistes, ces militants associatifs, ou ces
simples citoyens ont préparé le terrain nécessaire à cette prise de conscience.
Roberto Saviano rappelle fort justement, dans la préface du rapport, que «les
droits de l'homme font partie de l'air que nous respirons, et renoncer à savoir,
à connaître et à agir signifie renoncer complètement à soi-même».
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