Vers un règlement de comptes général dans le triangle Arabie
Saoudite-Iran-Pakistan
Alexandre Adler
courrier international
20 aout 1998
Les attentats d'Afrique Orientale représentent sans doute le début d'un tournant
dans la politique moyen-orientale. Il s'agit ici d'attaques coordonnées, menées
avec beaucoup de soin, une bonne connaissance du terrain africain et une
relative discrétion. Leurs auteurs et leurs commanditaires n'ont commis aucune
erreur grave et ils ont tué quantité de monde. On a donc affaire à des
professionnels qui, s'ils n'ont pas de véritable Etat derrière eux, ont en tout
cas à leur disposition une logistique et des moyens de coordination importants.
Parvenue à ce point, l'enquête cherchera quels peuvent être les auteurs de ces
crimes : malgré le caractère souvent aberrant de Saddam Hussein, on peut, pour
l'instant, l'écarter raisonnablement de la liste des suspects directs : ce n'est
pas le moment pour Bagdad de compliquer inutilement sa tâche en perdant des
alliés russes, chinois et français au Conseil de sécurité de l'ONU par des
gestes inutilement provocateurs. Il n'y a en réalité que deux types de suspects
: les intégristes sunnites à dominante égypto-saoudienne, d'une part, les
islamistes chiites de Téhéran désireux de placer le président Khatami dans une
situation impossible, de l'autre.
Les seconds ont incontestablement un mobile et des moyens incomparables : ceux
de l'Etat iranien. Depuis que le président exilé banni Sadr a eu le courage de
révéler, devant un tribunal allemand, le processus de décision des attentats et
des assassinats à
l'étranger en usage à Téhéran, on connaît de mieux en mieux les méthodes des
intégristes iraniens. Leur signature sur les attentats commis à Buenos Aires (86
morts au siège de la communauté juive argentine) ressemble beaucoup, comme l'a
noté le quotidien israélien Ha'aretz à celle que portent les ambassades
américaines de Nairobi et Dar es-Salaam.
Le mobile serait particulièrement clair : depuis que les réformateurs de Khatami
se sont engagés publiquement à faire cesser attentats et meurtres à l'étranger,
le défi lancé au pouvoir du «Guide» de la Révolution,Khamenei doit être relevé.
En attaquant violemment l'Amérique, les Gardiens de la Révolution espéraient
tout simplement replonger bien vite l'Iran dans l'isolement et la nuit
totalitaires. Deux objections viennent cependant tout de suite à l'esprit :
pourquoi, dans ces conditions, se donner tant de mal pour camoufler la source de
l'attentat, pourquoi espérer que les Américains leur rendront le service de
rompre avec Khatami?
De nombreuses circonstances laissent donc penser que la piste de l'attentat
conduit plutôt vers cette nébuleuse sunnite, ramifiée mais de plus en plus
soudée idéologiquement, qui se déploie depuis les confréries égyptiennes, en
rupture avec l'attentisme prudent des Frères musulmans officiels, jusqu'aux
talibans afghans ainsi que leurs alliés idéologiques et militaires pakistanais,
en passant par le régime aux abois de Tourabi à Khartoum, l'opposition islamiste
yéménite et, last but not least, les divers courants du mouvement intégriste
saoudien, qui ont pris officiellement parti contre la famille royale, mais
semblent parfois se placer surtout «tout contres. Un homme, depuis quelques
années, semble à lui seul résumer et orchestrer cette nouvelle partition,
l'héritier saoudo-yéménite (en fait originaire du Hadramaout) Oussama Ben Laden,
qui ne fait rien pour établir son innocence, bien au contraire. L'homme n'a-t-il
pas été un héros du Djihad afghan, un ami des services secrets pakistanais, un
conseiller de Tourabi au Soudan, le financier des groupes terroristes égyptiens
qui ont, entre autres, commis le massacre d'une soixantaine de touristes à
Louxor? Il est clair par ailleurs que le choix de deux cibles africaines peut
aussi correspondre à la profonde aversion que le régime de Khartoum éprouve à
l'endroit du Kenya et de la Tanzanie, qui servent de base arrière aux diverses
insurrections africaines du Sud-Soudan depuis les années 60.
Une objection doit pourtant être soulevée : Ben Laden, s'il a agi de la sorte,
notamment pour punir la CIA d'avoir intercepté puis livré à leur pays d'origine
des intégristes égyptiens qui opéraient en Albanie, a tout de même assumé un
très sérieux risque, au moment où militaires pakistanais et talibans
déclenchaient une offensive sans précédent pour contrôler la totalité du pays,
en n'hésitant pas à défier Russes et Iraniens. Pour obtenir la neutralité
bienveillante de Washington, les talibans ne sont-ils pas disposés cette fois-ci
à livrer une partie de ces réseaux intégristes étrangers au bras séculier de la
CIA?
Il y a peut-être une « équation de champ unitaire » qui pourrait réconcilier les
deux théories : les durs de Téhéran sont aux abois et se cherchent des alliés.
Ne dit-on pas dans The Observer que Ben Laden aurait rencontré le mois dernier
en Afghanistan un des dirigeants des Gardiens de la Révolution iraniens, Safavi?
Forts de la montée des oppositions en Egypte et en Arabie Saoudite, Ben Laden et
ses amis ont cru qu'ils pouvaient traiter en quasi-Etat avec Téhéran et affirmer
la montée d'un fondamentalisme sunnite destiné à reprendre le mouvement des
mains débiles des Iraniens, à présent rejetés massivement par leur propre
peuple.Mais,pour cela,il leur fallait agir spectaculairement, d'autant plus que
Téhéran toujours fait courir dans les milieux islamistes, sur le compte de Ben
Laden et consorts, la vieille rengaine de leur alliance de fait avec la CIA au
temps du djihad antisoviétique. Les extrémistes sunnites devaient donc en faire
toujours davantage pour prouver qu'ils ont expié leurs fautes proaméricaines de
jeunesse. Mais comprenant ces mouvements bien mieux que Washington et la CIA,
les Saoudiens et leurs alliés militaires pakistanais et afghans n'ont-ils pas
organisé et financé la grande offensive anti-iranienne des talibans pour tuer
dans l'œuf ce renouveau islamique ? Si tel devait être le cas, nous serions
immanquablement confrontés à un règlement de comptes général dans le triangle
Arabie Saoudite-Iran-Pakistan, dont l'issue est évidemment incertaine, mais le
potendel de clarification immense.
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Iran et Afghanistan : deux intégrismes rivaux prêts à se sauter à la gorge
Alexandre Adler
courrier international
24 septembre 1998
Les premières années du renouveau nassérien avaient provoqué, dans l'ensemble du
monde arabe, une aspiration à l'unité qui trouva à s'exprimer peu ou prou, du
Maroc à l'Irak, jusqu'au début des années 1960. Puis, à la décennie suivante, il
fallut bien conclure que les chemins de l'unité étaient plus tortueux que prévu
: tour à tour, les baasistes syriens et irakiens (bientôt engagés dans une
rivalité insurmontable), les nationalistes marocains et algériens au Maghreb et,
pour finir, les Palestiniens eux-mêmes, se mirent à défier l'hégémonie du
mouvement national égyptien sur l'ensemble arabe. L'unité des nationalistes
arabes avait volé en éclats malgré la très grande similitude idéologique des
nouveaux régimes mis en place à Alger, au Caire, à Damas, à Bagdad...
Le même phénomène se reproduit, sur une durée plus longue, avec l'islamisme
politique dont la révolution iranienne de 1979 avait sonné l'heure de la
renaissance sur un cadre géographique bien plus vaste que le monde arabe,
puisque cette fois-ci les intégristes n'ambitionnaient rien moins que de refaire
l'unité d'action et de législation de tous les musulmans par la restauration du
Califat. A présent, l'unité des musulmans semble toujours aussi lointaine, mais
c'est surtout l'unité des intégristes qui menace de se rompre définitivement, en
retrouvant une vieille césure du passé, celle qui sépare depuis un millénaire
les chiites des sunnites, et en réveillant une vieille cicatrice, la frontière
purement religieuse qui sépare, au cœur du monde iranien, l'ancienne Perse de
ses provinces afghanes dissidentes.
Car la naissance de l'Etat afghan moderne a pour seule cause effective la
volonté acharnée de la dynastie turque des Séfévides au XVIIe siècle d'imposer
par tous les moyens les dogmes du chiisme des douze imams à des populations qui
jusqu'alors étaient demeurées sunnites en majorité. Accepté par les Persans du
centre du pays, par les Azéris du nord-ouest, par les Arabes du sud-ouest -
aujourd'hui irakiens - et par les Hazaras, descendants des Mongols des montagnes
de l'Hindou Kouch, le chiisme fit au contraire l'objet d'un rejet violent des
Tadjiks du Baloutchistan et des Turcs de l'est de l'Empire, et surtout des
belliqueux Afghans (les Pachtouns ou Pathans, dans l'actuel Pakistan) des
confins indiens, qui finirent par saccager Ispahan et arracher l'indépendance
des marches de l'Est, en alliance avec les Turcs ottomans de l'Ouest qui
défendaient l'orthodoxie sunnite (bien que leurs janissaires aient été
contaminés par un autre type de chiisme soufi beaucoup plus tolérant et ouvert).
Nous sommes à peine, trois siècles plus tard, sortis de cette géopolitique
religieuse, ranimée par un Khomeyni aussi passionnément chiite qu'intégriste. Le
Guide de la révolution avait consciemment choisi une politique prioritairement
iranienne et chiite, laquelle optait pour l'alliance machiavélienne avec une
Syrie, certes laïque, mais dominée par des Alaouites de confession chiite. De la
même manière, Khomeyni choisissait délibérément d'épargner l'Union soviétique en
Afghanistan, en obtenant progressivement d'un Moscou en repli stratégique un
protectorat de fait sur les Hazaras chiites, en échange d'un soutien sans faille
à l'unité en crise de l'URSS. Cette stratégie brouillera définitivement Téhéran
avec les nouveaux régimes nationalistes et laïques de l'Azerbaïdjan et de
l'Ouzbékistan, désormais tournés vers la Turquie.
Et le résultat inévitable de cette politique sera un puissant ressentiment des
Afghans, et notamment des Pachtouns, traditionnellement liés au Pakistan, envers
un Iran qui demeure à la fois, en Afghanistan, la référence en matière de
civilisation (le persan y est appelé le dari, ou « langue de la cour », bien
qu'il soit parlé par les 4 millions de Tadjiks[*], pauvres et humiliés) et la
puissance autrefois tutélaire dont on redoute l'hégémonisme et le dédain. Ce
sentiment, bien attisé par des agitateurs saoudiens, militaires pakistanais et
autres agents secrets américains, est à l'origine de l'agressivité
anti-iranienne des talibans, en grande majorité pachtouns. La politique récente
des Iraniens visant à détacher les Tadjiks[*]du Nord pour les assimiler
progressivement à eux au nom de la communauté de langue, avec l'assentiment de
leurs alliés « antimusulmans » russes et indiens, a mis le feu aux poudres.
Deux intégrismes rivaux se trouvent donc prêts à se jeter à la gorge l'un de
l'autre, sous les applaudissements d'une diplomatie saoudienne qui est contente
de fixer ses rivaux persans sur une frontière terrestre difficile à l'Est,
libérant la route du golfe
Persique, et dans le même temps, d'interrompre ainsi, par l'insécurité, la
concurrence potentielle des hydrocarbures turkmènes et demain ouzbeks que
Pakistanais et Américains auraient aimé faire transiter par un gazoduc terrestre
en territoire afghan.
Il y a donc moins que jamais un front uni de l'islam politique. Oussama ben
Laden, appuyé sur le Soudan et les Frères musulmans égyptiens d'un côté, sur
l'Afghanistan des talibans et les intégristes pakistanais de l'autre, s'efforce
de bâtir un front du sunnisme montant capable de tenir tête au chiisme déclinant
des ayatollahs de Qom. La petite guerre de guérilla, qui se déclenchera sans nul
doute bientôt en Afghanistan, pourrait précipiter, par sa logique morale,
l'accélération de ce processus : à terme, l'Iran pourrait en sortir laïcisé en
partie, et les intégristes sunnites consolider leur emprise sur le Pakistan,
l'Arabie Saoudite et, même peut-être un jour, sur l'Egypte fragilisée que nous
connaissons actuellement. La logique de cet affrontement dépasse de loin les
pittoresques cruautés du djihad pachtoun.
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[*] NDCID
1. On se rappellera que le commandant Massoud était Tajiks donc liés à Téhéran.
D'où son assassinat à la veille des attentats du 11 septembre par des islamistes
sunnites. D'où aussi le peu de soutien dont il bénéficiait en occident à une
époque où l'islamisme sunnite n'était pas encore vécu comme une menace grave au
contraire de l'islamisme chiite.
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2. On rappellera aussi pour la circonstance que l'année 1998 est aussi celle
d'autres manifestations d'hostilités émanant du monde sunnite :
- Election de Chavez au Vénézuela qui est lié au monde sunnite par l'OPEP dont
il est membre
- Retour de l'arme du pétrole car justement Chavez entraînera l'OPEP dans une
politique de baisse des quotas et par conséquent d'augmentation des prix (c'est
l'époque des grandes grèves des camioneurs en Europe). Chavez a récemment
déclaré souhaiter poser la candidature de son pays à la Ligue arabe.
- Expulsion des inspecteurs de l'ONU par Saddam Hussein
- Les premiers tests de la bombe pakistanaise
- Le déclenchement de l'intifada al aqsa se passe dans ce contexte (voir-ci
dessous)
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Attention à l'islamisme nouvelle manière!
Alexandre Adler
courrier international
19 octobre 2000
Alors que le sommet de Charm el-Cheikh se déroule en ce moment même, il est
difficile de se livrer à des pronostics qui seront dépassés lorsque ce journal
paraîtra. Aussi, mieux vaut nous concentrer sur le moyen terme, déjà perceptible
lors même que les détails du combat qui se livre nous échappent encore. La fin
brutale du processus de paix israélo-palestinien inauguré en 1992 nous ramène en
effet à un contexte régional bien plus vaste, qui n'est nullement marqué par le
déclin de l'islamisme — imprudemment proclamé dans des ouvrages récents —,mais
plutôt par sa transformation.
Depuis 1997, l'Iran chiite n'en est plus le centre organisateur car la victoire
électorale des réformateurs a enclenché un cycle long de démocratisation de ce
grand pays, qui rappelle à bien des égards, par son côté heurté et instable, la
période de 1945 à 1953, durant laquelle fleurirent les utopies socialistes, le
nationalisme laïc de Mossadegh et les complots en tout genre. L'Iran n'est plus
mobilisable pour le combat intégriste. On peut ajouter que le bilan plus que
décevant des gouvernements Erbakan-Ciller en Turquie, le déclin d'Izetbegovic en
Bosnie et l'échec retentissant des tentatives d'implantation islamiste en
Albanie ont eu raison des espoirs que certains fondaient sur un renouveau de
l'«ottomanisme» intégriste.
Reste alors le bon vieux cœur arabe du Dar ul-Islam, de l'empire musulman
classique du premier califat, ainsi que ses annexes pakistanaise et afghane
étroitement engrenées sur la péninsule Arabique et ses pétrodollars. Ici, la
perspective d'une contre offensive intégriste n'a rien d'une vue de l'esprit :
en Irak, le Baas autrefois laïque et étatiste a été réduit par un Saddam Hussein
aux abois à une véritable confrérie sunnite, dont le programme social (dernière
innovation : le retour des femmes à la maison) et la violence antichiite n'ont
rien à envier à ce qui se pratique couramment en Arabie Saoudite.
Au Maghreb, les islamistes se réinsèrent dans le jeu politique au plus haut
niveau : le roi Mohammed VI les installe dans l'Istiqlal et les coopte, tout
comme son grand-père et même son père l'avaient fait en leur temps, mais rien
n'indique cette fois-ci que les choses en resteront là; le président Bouteflika,
humilié par ses parrains militaires et kabyles, dont le général Medhienne, chef
de la Sécurité militaire, a accompli un virage sur l'aile en cooptant un
islamiste modéré à la tête de la diplomatie et en envoyant des signaux
favorables à son ancien rival Taleb Ibrahimi; en Egypte, enfin, où la société
civile est chaque jour davantage gangrenée par l'islamisme plus ou moins
radical, le pouvoir — et, plus généralement, les élites intellectuelles - ne
trouve rien de mieux que de pratiquer la fuite en avant nationaliste, se
réconciliant avec la junte soudanaise d'Omar el-Béchir, approfondissant son
intimité avec Kadhafi, ouvrant toutes les portes à l'influence et aux capitaux
saoudiens. Moubarak est bien le seul à ne pas comprendre, tout comme Farouk en
son temps, qu'une telle politique ouvre le chemin de son remplacement par un
«officier libre» plus directement engagé dans la réislamisation de la société.
Bien des gestes d'Arafat,ces dernières semaines, s'apparentent à cette recherche
d'un nouveau paradigme nationaliste, susceptible d'endiguer l'islamisme. Mais
vient à un moment où l'oeuvre de récupération équivaut à un ralliement,d'autant
mieux venu que l'islamisme lui-même a changé en redevenant sunnite. Ce qu'il a
perdu en ferveur indépendante, caractéristique d'un chiisme longtemps persécuté,
l'intégrisme le gagne en ductilité politique : le sunnisme de la mosquée et de
la madrasa (l'école coranique) n'incarne jamais une légitimité nouvelle par
rapport au pouvoir de l'Etat ; il se coule à l'intérieur, comme on le voit en
Arabie Saoudite - où, à travers le cheikh Ben Baz, il tient la «police
islamique», les milices tribales, certaines banques et une bonne part de
l'appareil d'Etat -, au Pakistan, où l'armée et les services de renseignements
ont peu à peu basculé, voire dans l'Algérie de Boumediene ou l'Irak actuel,
demain peut-être au Maroc et en Palestine.
Mais voilà : à se rapprocher du pouvoir, l'islamisme joue très gros. Nul doute
que les événements actuels vont s'enchaîner dans une tempête régionale sans
précédent où la succession au trône saoudien et l'avenir stratégique de l'OPEP
seront les enjeux les plus graves. Le prince héritier Abdallah n'a toujours pas
le contrôle de l'Etat, et tout indique qu'il a continué à marquer son hostilité
au compromis israélo-palestinien, que le roi Fahd au contraire appelait de ses
vœux. Abdallah a par ailleurs deux boîtes noires dont il aimerait réduire les
pouvoirs, outre son demi-frère, le prince Turki, qui tient les services secrets
du royaume : il s'agit de son homonyme jordanien Abdallah II, détenteur de la
légitimité des Hachémites, et à présent de Bachar Assad, dont la politique ne
lui plaît pas du tout, puisqu'elle tourne le dos au retour de Rafik Hariri au
Liban et à l'intégration des élites sunnites dans le pouvoir à Damas. D'où la
question primordiale : qui contrôle aujourd'hui le Hezbollah? L'attentat contre
un destroyer américain en rade d'Aden nous y prépare. L'échiquier
israélo-palestinien donne tous les signes de devoir laisser place à un espace
beaucoup plus vaste, celui sur lequel se déploie la dernière offensive de
l'islamisme radical, désormais sunnite et engagé dans une grande
stratégie hégémonique de cooptation par les pouvoirs en place.
Mais là où il y a oppression, il y a résistance. Aujourd'hui, l'Etat d'Israël
est la seule cible apparente de l'ire islamiste. Qui peut croire qu'il en
restera là? L'Algérie a montré que l'islamisme, fût-il sévèrement barbare,
reculait quand on lui faisait face. Cette leçon vaut aussi pour la France et ses
incendiaires de synagogues.
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